On n'est pas des moutons

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juil­let 2012, un extrait de 14 min­utes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était postée sur YouTube, met­tant le feu aux poudres islamistes. Dès le 11 sep­tem­bre, des attaques furent menées, notam­ment, con­tre des mis­sions diplo­ma­tiques états-uni­ennes. Furent ain­si pris­es d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le con­sulat à Beng­hazi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cence of Mus­lims, pro­duite en 2012, fut alors attribuée à un cer­tain Nakoula Bas­se­ley Nakoula, un copte égyp­tien rési­dant en Cal­i­fornie, sous le pseu­do­nyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypocrisies de l’islam en met­tant en scène des pas­sages de la vie de Mahomet…

À cette occa­sion, une de plus, j’avais pub­lié un arti­cle sur lequel je viens de retomber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le pub­li­er à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaîne­ments fana­tiques, des affron­te­ments, des vio­lences, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix min­utes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actu­al­ité atter­rante et celle des vingt ans passés le mon­trent : des trois reli­gions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus con­tro­ver­sée, voire rejetée 1. Tan­dis que la judaïque et la chré­ti­enne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur con­cur­rente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­toriques flam­boy­antes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétro­grades et répres­sifs. 2

Préal­able : par­ler « reli­gions » ici c’est con­sid­ér­er les appareils, et non pas leurs adeptes, ni leurs vic­times plus ou moins con­sen­tantes. C’est donc par­ler des clergés, des dogmes et des cohort­es activistes et prosé­lytes. On en dirait autant des idéolo­gies, dont les pires – fas­cistes et nazies –, con­stru­ites comme des reli­gions, ont entaché l’Histoire selon des sché­mas sim­i­laires. Donc, dis­tinguer les « hum­bles pécheurs » con­sen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libéra­teurs », tout comme on ne con­fon­dra pas ces mil­i­tants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­tique, mis en exhi­bi­tion dra­ma­tique sur la scène plané­taire, voulant en quelque sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aus­si recourt-il à la vio­lence spec­tac­u­laire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïss­able et le ren­force du même coup dans sa pro­pre et vin­dica­tive dés­espérance. Et ain­si appa­raît-il à la fois comme cause et con­séquence de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gin­al­isée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rompu et « infidèle » ? C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pass­er auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la planète, les plus activistes et dji­hadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharg­er ain­si sur ce bouc émis­saire leur pro­pre part de respon­s­abil­ité quant à leur mise en marge de la « moder­nité ». Moder­nité à laque­lle ils aspirent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeunesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­tifère et désir d’affranchissement des con­traintes obscu­ran­tistes, entre géron­to­crates inté­gristes et jeuness­es reven­dica­tives. D’où cette pres­sion de « cocotte minute » et ces man­i­fes­ta­tions col­lec­tives sans lesquelles les sociétés musul­manes ris­queraient l’implosion. D’où, plus avant, les « print­emps arabes » et leurs nor­mal­i­sa­tions poli­tiques suc­ces­sives – à l’exception notable de la Tunisie.

Un nou­v­el épisode de poussées cléri­cales d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo dén­i­grant l’islam dif­fusée sur la toile mon­di­ale et attribuée à un auteur israé­lo-améri­cain – ou à des sources indéfinies 3. Pré­texte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fana­tiques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­loguer sur ces con­di­tion­nements rep­tiliens (je par­le des cerveaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrême vio­lence à la moin­dre provo­ca­tion du genre. De tout récents ouvrages et arti­cles ont ravivé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fièvre érup­tive qui a saisi les sys­tèmes monothéistes à par­tir de son foy­er le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Ori­ent. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions prophé­tiques et sec­taires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, instal­lé des comp­toirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, tor­turé et mas­sacré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­tenant et ici-bas sur cette Terre, elle aus­si mar­tyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothé­tique, pro­scrivant à cha­cun sa libre con­science et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière human­ité.

Va pour les croy­ances, qu’on ne dis­cutera pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tèmes séculiers pro­liférant sur les plus noirs obscu­ran­tismes ? On par­le aujourd’hui de l’islam parce que les guer­res religieuses l’ont replacé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­ginis­er sur l’air de la mod­éra­tion. Parce que l’islamisme « mod­éré » – voir en Tunisie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pak­istan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tian­isme adhèrent obséquieuse­ment, par « char­ité bien com­prise » en direc­tion de leur pro­pre « mod­éra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au prof­it des mytholo­gies monothéistes, les affab­u­la­tions entretenues autour des messies et prophètes, dont les « biogra­phies » incer­taines, polies par le temps autant que manip­ulées, per­me­t­tent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seule­ment sur leur réal­ité exis­ten­tielle, mais surtout sur les inter­pré­ta­tions dont ces fig­ures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là – c’est selon évidem­ment – comme ignare, voleur, manip­u­la­teur, cupi­de et ama­teur de fil­lettes ? Pas plus réel que sa divin­i­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus con­stru­its hors de leur pro­pre réal­ité, selon des con­tes infan­tiles psalmod­iés et faisant appel à la plus totale cré­dulité.

Mais, admet­tons que les hommes aient créé leurs dieux par néces­sité, celle de combler leurs angoiss­es exis­ten­tielles, de panser leurs mis­ères, leurs ver­tiges face à l’univers et devant l’inconnu des lende­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la per­spec­tive de son devenir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la con­di­tion d’humains désir­ant, par­lant, con­nais­sant, com­prenant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la con­nais­sance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, mal­traité les enfants, méprisé les ani­maux ; inculqué la cul­pa­bil­ité et la soumis­sion ; attaqué la philoso­phie et la sci­ence ; colonisé la cul­ture et imprégné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sex­u­al­ité et les mœurs (con­tra­cep­tion, avorte­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­mandé à la poli­tique et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tiori un seul, puisse con­tenir et exprimer LA vérité ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il chem­iné pour finale­ment dis­soudre sa ratio­nal­ité et son juge­ment ? Mys­tère de la croy­ance… Soit ! encore une fois pas­sons sur ce chapitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème séculi­er, comme ordre ecclésial, avec ses cohort­es, ses palais, ses forter­ess­es spir­ituelles et tem­porelles… Son his­toire mar­quée en pro­fondeur par la vio­lence : croisades, Inqui­si­tion (je voy­ais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tômes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siè­cles !), guer­res religieuses, Saint-Barthéle­my, les bûch­ers, et aus­si les coloni­sa­tions, eth­no­cides, sou­tiens aux fas­cismes… Ça c’est pour le judéo-chris­tian­isme.

Côté islamisme, qui dit se dis­penser de clergé, son emprise ne s’en trou­ve que plus entière­ment diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laï­cisme des islamistes, se voudraient-ils « mod­érés ». Et que penser de cette vio­lence endémique dev­enue syn­onyme d’islam, jusque dans nos con­trées d’immigration où d’autres extrémismes en nour­ris­sent leurs fonds de com­merce nation­al­istes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présen­té dans son his­toire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nom­breuses sourates invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infidèles – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mulguent une « sen­tence d’amitié » – con­tra­dic­tion ou signe oppor­tuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fat­was de con­damna­tion à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix rehaussée des jours-ci ! 4) et de Tasli­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Ams­ter­dam, poignardé puis achevé de huit balles et égorgé en pleine rue ; dans un doc­u­men­taire, il venait de dénon­cer le traite­ment réservé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-dessous.] 5

Même dou­ble lan­gage chez le dieu juif Yahvé pour jus­ti­fi­er…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­tine (dont les Cananéens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient “le peu­ple élu de Dieu”, dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tueras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légiti­mant le colo­nial­isme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théocraties. Affron­te­ment égale­ment par affidés inter­posés et leurs États ou organ­i­sa­tions ter­ror­istes : Bush con­tre Al Quaï­da, Tsa­hal con­tre le Hezbol­lah, “kamikazes” con­tre pop­u­la­tion civile. Vio­lences innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­tiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, sem­blent en con­tester la légitim­ité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­taires, il fait bien appa­raître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprég­nant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les car­i­ca­tures danois­es de Mahomet, dont cer­tains avaient, de même, con­testé la qual­ité artis­tique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représen­tait les vis­ages de l’Inquisition, était-ce bien esthé­tique ? 6

La ques­tion ne porte aucune­ment sur la nature du « sac­rilège » mais sur la dis­pro­por­tion de la réplique engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­lab­o­ra­teurs en Libye, vic­times sac­ri­fi­cielles et à ce titre totale­ment inscrites dans un proces­sus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade améri­caine ? Et aus­si à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Car­o­line Fourest a été chahutée, men­acée, insultée et empêchée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front nation­al !

Comme quoi, pour résumer, une insulte con­tre la foi – ou ce qui en tient lieu –con­stitue un crime plus grave que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musul­man, évidem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins déclarées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion sans visée plané­taire directe retrou­ve toute­fois le chris­tian­isme – ne dit-on pas le judéo-chris­tian­isme ? – et l’islamisme dans cette même volon­té de pénétr­er jusque dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, celles qui se présen­tent comme les « meilleures » parvi­en­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nentes d’aliénation. De même que leur « mod­éra­tion » demeure rel­a­tive à leur stratégie hégé­monique.
  3. Sources qui demeurent encore floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, femme poli­tique et écrivaine néer­lan­do-soma­li­enne con­nue pour son mil­i­tan­tisme con­tre l’excision et ses pris­es de posi­tion sur la reli­gion musul­mane. Elle fut men­acée de mort par Mohammed Bouy­eri, assas­sin du cinéaste Theo van Gogh, notam­ment à la suite de sa par­tic­i­pa­tion au court-métrage du réal­isa­teur qui dénonçait les vio­lences faites aux femmes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­tique !

Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le “porno-islamisme” s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détes­tent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles pren­nent le volant, por­tent des jupes cour­tes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pel­lent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions monothéistes. Le jour­nal­iste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lectuels du monde musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esquiv­ées par les reli­gions – sans doute parce qu’elles leur sont con­sti­tu­tives. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sex­uelles de femmes fin décem­bre à Cologne, il accuse le “porno-islamisme” et inter­pelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immi­gré », cet « autre », con­damné autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­roger val­able­ment sur l’islam con­duit à décrypter les mécan­ismes de haine à l’œuvre dans les dis­cours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assas­sin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décem­bre 2014 dans l’émission de Lau­rent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­siste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­biliter l’homme, on ne va pas avancer. La ques­tion religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pou­voir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam salafiste, appelant à son exé­cu­tion « pour apos­tasie et hérésie ». Depuis, le jour­nal­iste, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, est placé sous pro­tec­tion poli­cière, avec toutes les con­traintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bre­tagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, en Algérie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avancer sans guérir ce rap­port trou­ble à l’imaginaire, à la mater­nité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la per­pé­tu­a­tion de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont con­tre la pornogra­phie et com­plète­ment pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révo­lu­tion. Libérez la femme et vous aurez la lib­erté.  »

Ces jours-ci, dans un arti­cle pub­lié en Ital­ie dans le quo­ti­di­en La Repub­bli­ca et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événe­ments de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fan­tasmes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immi­gré : angélisme, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­bares anci­ennes et base du binôme bar­bare-civil­isé. Des immi­grés accueil­lis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les vio­lent. »

meursaultsJour­nal­iste et essay­iste algérien, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, con­tre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du pre­mier roman. Il s’agit d’une sorte de con­tre­point à L’Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 févri­er au Théâtre des Bernar­dines à Mar­seille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à com­pren­dre, à expli­quer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme pro­jeté sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa cul­ture […] On voit le sur­vivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège cul­turel que résume surtout son rap­port à Dieu et à la femme. »

Il pour­suit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste dif­férent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foy­er col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si con­va­in­cre l’âme de chang­er. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la mis­ère sex­uelle dans le monde arabo-musul­man, le rap­port malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud refor­mule sa « thèse » :

« Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, le sec­ond dans le monde d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfer­mée ou pos­sédée. Cela dénote un rap­port trou­ble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la lib­erté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admet­tre. Elle est l’incarnation du désir néces­saire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inutile, d’un éloigne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une désobéis­sance et cette désobéis­sance est le pro­duit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa per­ti­nence, ne risque pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­tiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « mod­érés », tant la fron­tière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être enten­du ? – quand il par­le – naïve­ment ? – de « con­va­in­cre l’âme de chang­er »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande mis­ère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font dis­cours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descrip­tions d’un par­adis plus proche du bor­del que de la récom­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les kamikazes, chas­se aux corps dans les espaces publics, puri­tanisme des dic­tatures, voile et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat con­tre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explos­er en terre d’Occident, là où la lib­erté est si inso­lente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment dernier. Un sur­sis qui fab­rique du vivant un zom­bie, ou un kamikaze qui rêve de con­fon­dre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Europe pour échap­per, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux con­naître une femme mais je refuse que ma sœur con­naisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fer­mer les portes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les portes con­duira, un jour ou l’autre, à tir­er par les fenêtres, et cela est un crime con­tre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela sig­ni­fie comme tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immi­grés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délin­quance, mais cela pose le prob­lème des « valeurs » à partager, à impos­er, à défendre et à faire com­pren­dre. Cela pose le prob­lème de la respon­s­abil­ité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l’on voit que la “guerre” ne saurait con­duire à la paix dans les cœurs… Dans ce proces­sus his­torique mil­lé­naire par­cou­ru de reli­gions et de vio­lence, de con­quêtes et de dom­i­na­tion, de refoule­ments sex­uels, de néga­tion de la femme et de la vie, de haines et de ressen­ti­ments remâchés… de quel endroit de la planète pour­ra bien sur­gir la sagesse humaine ?


Le futur « transhumaniste », selon le neurobiologiste Jean-Didier Vincent

ECRIVAINS JEAN DIDIER VINCENT ET GENEVIEVE FERRONE CHEZ GRASSETProfesseur à l’Institut uni­ver­si­taire de France et à la Fac­ulté de médecine de Paris-Sud, directeur de l’Institut de neu­ro­bi­olo­gie Alfred-Fes­sard du CNRS, un des pio­nniers de la neu­roen­docrinolo­gie, Jean-Didi­er Vin­cent est aus­si un aven­turi­er intel­lectuel et, comme tel, un passeur entre des domaines ouverts à la vie au plein sens. C’est dire qu’il ne saurait se lim­iter au seul domaine du cerveau, dont il est pour­tant un grand spé­cial­iste. Ses livres récents don­nent une idée de son activ­ité de trans­fert des con­nais­sances : Casano­va ou la con­ta­gion du plaisir, Celui qui par­lait presque, La Chair et le dia­ble, La Vie est une fable, Faust : une His­toire naturelle (tous chez Odile Jacob), Si j’avais défendu Ève (Plon). Un éclec­tisme à l’image de sa curiosité insa­tiable et de son humour à l’occasion provo­ca­teur.

Paul Veyne se demandait si les Grecs avaient cru à leurs mythes 1. Pour les chré­tiens, pas de doute, le Christ a bel et bien ressus­cité. Pâques en est la célébra­tion religieuse la plus fer­vente, sour­cée à une mytholo­gie païenne datant de la plus haute antiq­ui­té. Il s’agissait de célébr­er le retour du print­emps, le cycle du vivant pour lesquels l’œuf représente le sym­bole de la vie. De même en est-il du lièvre (choco­laté désor­mais, comme l’œuf…), sym­bole antique de la fécon­dité – le con féminin (cun­nus en latin), faut-il le rap­pel­er, déri­vant de l’analogie formelle avec le muse­au du lapin (cone­jo en castil­lan, conill en cata­lan et en occ­i­tan , coniglio, en ital­ien, etc.) Dans le chris­tian­isme, ils sym­bol­isent la résur­rec­tion du Jésus-Christ et sa sor­tie du tombeau, comme le poussin sort de la coquille avec sa pure naïveté ques­tion­nante et éter­nelle : quid de la poule ou de l’œuf ?

Je m’égare ? Non pas. Puisqu’il est ques­tion d’immortalité, ques­tion exis­ten­tielle s’il en est et autour de laque­lle se sont gref­fées les croy­ances religieuses puis leurs dogmes plus ou moins néfastes. De nos jours, ce sont les hal­lu­cinés coraniques qui déti­en­nent les records les plus atro­ces. La com­péti­tion a tou­jours été vive dans ces domaines prop­ices aux plus sin­istres et mor­tifères obscu­ran­tismes, sans exclure les reli­gions séculières telles que peu­vent être con­sid­érés le nazisme et le stal­in­isme.

Je m’égare encore ? Non, car il s’agit cette fois de l’immortalité ici-bas, celle qui touche une autre forme de croy­ance, liée à la toute-puis­sance (notion divine) de la Sci­ence et de ses dérivés dits tech­nologiques.

J’ai trop tardé à vous présen­ter le neu­ro­bi­ol­o­giste Jean-Didi­er Vin­cent [voir ci-con­tre égale­ment], co-auteur avec Geneviève Fer­one, en 2011, de l’ouvrage Bien­v­enue en Tran­shu­manie. Sur l’homme de demain (éd. Gras­set) 2. Livre pas­sion­nant autour de per­spec­tives inouïes et ter­ri­fi­antes, ain­si qu’on pour­ra le com­pren­dre dans le pas­sion­nant entre­tien que Jean-Didi­er Vin­cent a don­né au Figaro Mag­a­zine, en autorisant sa reprise sur « C’est pour dire ». En le remer­ciant vive­ment ain­si que l’intervieweur, Patrice De Méritens.

 

« L’espèce humaine ne peut durer que si elle demeure mortelle »

  • Qu’est-ce qui vous a pris d’écrire une nou­velle Apoc­a­lypse ?

Jean-Didi­er Vin­cent — Je n’ai rien fait d’autre qu’un voy­age dans le futur de l’homme, et si j’ai effec­tive­ment pen­sé à l’Apocalypse, ce ne sera pas pour autant un texte sacré. J’ai eu envie de voir ce qu’il y avait dans le ven­tre de ces gens qu’on appelle les « tran­shu­man­istes ». Ce sont des idéo­logues qui visent au dépasse­ment de l’espèce humaine, qu’ils con­sid­èrent comme impar­faite, par une cyber­hu­man­ité. Leur rêve est celui de l’immortalité pour une créa­ture, pro­duit du génie de l’homme. Le monde actuel est entré dans une zone de fortes tur­bu­lences, nous détenons une puis­sance de feu capa­ble de trans­former la Terre en con­fet­tis radioac­t­ifs, l’homme est en passe de bricol­er son ADN, mais comme nous ne pou­vons remon­ter la grande hor­loge biologique du vivant, la ten­ta­tion est grande du pas­sage en force tech­nologique.

Avant l’avènement du posthu­main, nous voici donc arrivés dans une phase de tran­si­tion, celle du tran­shu­man­isme. Elle répond en quelque sorte aux préoc­cu­pa­tions apoc­a­lyp­tiques anci­ennes où l’homme, dépas­sant la créa­ture réagis­sant aux mis­ères qui lui sont infligées par son créa­teur, ne compte plus que sur lui-même et sur les tech­nolo­gies qu’il a su dévelop­per pour faire face à la grande crise qui frappe l’ensemble de la biosphère. Les tran­shu­man­istes ne sont pas une secte, mais un groupe de pres­sion qui utilise pour ses des­seins le con­cept de con­ver­gence des nou­velles tech­nolo­gies : les NBIC : nan­otech­nolo­gies (N), biotech­nolo­gies (B), infor­ma­tique (I) et sci­ences cog­ni­tives ©. En faisant con­verg­er sur des pro­jets com­muns les moyens théoriques et tech­niques de ces qua­tre champs dis­ci­plinaires, on espère obtenir des résul­tats supérieurs à la somme de ceux obtenus par cha­cun d’eux isolé­ment. On peut aus­si s’attendre à l’émergence d’observations inat­ten­dues. Pour vous faire appréhen­der ce qu’est la con­ver­gence, j’utiliserai cette métaphore peut-être un peu vio­lente : vous faites col­la­bor­er un forg­eron avec un menuisi­er et ils vous con­stru­isent une croix pour cru­ci­fi­er le Christ…

  • Où sont les tran­shu­man­istes et com­ment tra­vail­lent-ils ?

– Leur mou­ve­ment est forte­ment implan­té aux Etats-Unis, il a essaimé en Europe, notam­ment au Roy­aume-Uni et en Alle­magne. Nous n’en avons qu’un faible con­tin­gent en France. Leur « pape » est un Sué­dois, pro­fesseur à Oxford, Nick Bostrom. Il est loin de m’avoir fasciné. En revanche, j’ai ren­con­tré dans la Sil­i­con Val­ley (que j’appelle la « val­lée de la poudre »), pas mal de beaux esprits ain­si qu’une col­lec­tion d’originaux. Leur pro­jet d’ « humains aug­men­tés » remet en cause la déf­i­ni­tion tra­di­tion­nelle de la médecine fondée depuis Fran­cis Bacon sur la répa­ra­tion du corps et le soulage­ment de la souf­france. Le tran­shu­man­isme aspire non seule­ment à empêch­er l’homme d’être malade, mais à le ren­dre « incass­able ». Ain­si, par exem­ple, l’informatique asso­ciée à la biolo­gie molécu­laire aboutit à la bio-infor­ma­tique, qui per­met de décrypter les génomes et les lois de la vie avec une acuité, une per­ti­nence, et une effi­cac­ité prodigieuses – l’exponentiel étant le mot clé ! Les sci­ences cog­ni­tives, quant à elles, per­me­t­tent de mod­i­fi­er le cerveau, avec notam­ment les implants. La seule bar­rière de com­mu­ni­ca­tion entre le cerveau et la machine demeure nos sens, avec leurs organes récep­teurs qui ser­vent d’intermédiaires. Si ces derniers sont absents par la nais­sance ou par la mal­adie, ils peu­vent être rem­placés par des appareils élec­tron­iques implan­tés directe­ment au con­tact des voies sen­sorielles à l’intérieur du cerveau. Voici venu le temps des cyborgs ! Cet ensem­ble va don­ner des pou­voirs dont le pre­mier béné­fi­ci­aire est d’ores et déjà l’armée améri­caine, avec la Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency), prin­ci­pale source de sub­ven­tions de ces recherch­es.

Éma­na­tion de la recherche mil­i­taire états-uni­enne, ce robot bes­tial, hol­ly­woo­d­i­en et ter­ri­fi­ant.

Ain­si se des­sine le pro­jet d’un nou­v­el humain, pas tout à fait encore homo novus, mais sapi­ens sapi­ens aug­men­té, non plus dans le cadre de la natu­ra nat­u­rans de Descartes, mais dans celui du per artem arte­fact. L’augmentation des capac­ités per­me­t­tant en toute logique l’augmentation de la vie dans ses fonc­tions et sa durée.

  • Vous avez par­lé d’immortalité pour une créa­ture, pro­duit du génie de l’homme…

– Ce qui ne sig­ni­fie nulle­ment l’immortalité de l’homme lui-même. « La vie c’est la mort, la mort c’est la vie », dis­ait Claude Bernard – et il n’y a pas de proces­sus de vivant sans proces­sus de mort asso­cié. Grâce à la biolo­gie molécu­laire, aux nan­otech­nolo­gies, aux neu­rotech­nolo­gies, la durée de la vie sera pro­longée. Sans être du domaine quan­tique (une réal­ité abstraite), la nou­velle matière inter­mé­di­aire inac­ces­si­ble au vis­i­ble, créée par les nan­otech­nolo­gies, per­me­t­tra d’intervenir sur la san­té en touchant des cibles à l’intérieur du corps. On pour­ra entr­er dans la cel­lule malade et, par exem­ple pour les can­cers, appli­quer des thérapeu­tiques aux­quelles on ne pou­vait pas soupçon­ner d’avoir un jour accès. Cer­tains pro­duits com­men­cent déjà à béné­fici­er de ces décou­vertes. Sous forme nanométrique, au mil­liardième de mètre, la matière prend des pro­priétés extra­or­di­naires. C’est ain­si que l’or, métal impas­si­ble, change de couleur sous forme de nanopar­tic­ules. Quand il rougit, il devient tox­ique et attaque l’oxygène. C’est surtout à par­tir du car­bone que l’on obtient des matières excep­tion­nelles, par exem­ple pour des fils des­tinés aux ascenseurs spa­ti­aux, dont la résis­tance sera 1 000 fois supérieure à celle d’un métal de même dimen­sion. Mêlez à cette révo­lu­tion tech­nologique les pro­grès de la biotech­nolo­gie, et nous devien­drons de nou­veaux humains. Le clon­age per­me­t­tra le triage d’embryons, l’élimination comme l’ajout de cer­tains gènes ; on fera même des Franken­stein réus­sis – des chimères, au strict sens du mot.

  • Avec quelles con­séquences ?

– Sans même évo­quer les ques­tions d’éthique, aux­quelles il serait bon de réfléchir en amont, les con­séquences sur le plan social risquent d’être par­ti­c­ulière­ment destruc­tri­ces. Le sexe n’ayant plus d’importance, que restera-t-il de nos amours ? Com­plète­ment séparés de la repro­duc­tion, que vont devenir le désir, l’érotisme — la cul­ture elle-même qui est tou­jours, peu ou prou, sex­uelle ? Il fau­dra enter­rer solen­nelle­ment le Dr Freud ! Épi­cure dit que l’âme est le cri de la chair, mais juste­ment, il faut que la chair souf­fre, qu’elle jouisse, qu’elle éprou­ve de l’affect, qui est le fonde­ment de l’humain. Nous sommes des êtres duels. Le jour où l’on parvien­dra à provo­quer le plaisir par la libéra­tion d’ocytocine dans le cerveau, autrement dit provo­quer un orgasme arti­fi­ciel avec une puce implan­tée dans la région ad hoc du cerveau, qu’adviendra-t-il d’une société dev­enue exclu­sive­ment onaniste ? Où sera le souci de la descen­dance ? Quelle sera cette société sans amour, douée de rai­son et de mul­ti­ples qual­ités sélec­tion­nées pour con­stru­ire les humains ?

  • Une société effi­cace… c’est presque ten­tant ! Quand y sera-t-on ?

– On ne le sait heureuse­ment pas. Dans la per­spec­tive d’une human­ité aug­men­tée, « mort à la mort » n’en demeure pas moins un pro­gramme de recherche réal­is­able. Il suf­fi­ra de neu­tralis­er les ensem­bles géné­tiques qui causent notre perte, et le sui­cide ou l’accident sera le seul moyen de rem­plir les cimetières. Nous serons donc cass­able mais non mor­tels, tout comme ces ser­vices de vais­selle hérités des grands-par­ents qui finis­sent par être détru­its avant d’être usés. Clon­age et « amor­tal­ité » seront réservés aux puis­sants, la repro­duc­tion demeu­rant la spé­cial­ité des hum­bles. Mais si la pos­si­bil­ité de ne pas mourir est offerte à tous, pau­vres et rich­es, alors, selon la loi de l’offre et la demande, le coût de la mort devien­dra exor­bi­tant : offrez la vie éter­nelle, la mort devien­dra pré­cieuse. Au cours de mon voy­age en tran­shu­manie, j’ai ren­con­tré un prophète et grand math­é­mati­cien nom­mé Eliez­er Yud­kowsky, qui ne dés­espère pas de créer des algo­rithmes grâce aux­quels on pour­ra intro­duire dans les cerveaux de la pen­sée nou­velle et des capac­ités de con­cep­tu­al­i­sa­tion, pour l’heure inimag­in­ables. Penser l’impensable ! Mais que sera l’impensable dès lors que nous n’aurons plus l’angoisse de la mort et de l’au-delà, sur quoi se con­stru­it la méta­physique ? Frus­trés à l’origine, frus­trés à l’arrivée ! Nous serons conçus par l’opération du Saint-Esprit (si ce n’est qu’il n’y a plus d’esprit), sans plus avoir à s’en souci­er puisque nous serons immor­tels. C’est trop beau pour être vrai, et pro­pre­ment incon­cev­able.

  • Oui, si l’on s’en tient à l’imbrication de la vie et de la mort selon Claude Bernard, mais ce principe ne risque-t-il pas un jour d’être tech­nique­ment obsolète ?

– Est-ce fan­tas­mer de penser que l’espèce humaine ne peut dur­er que si elle demeure mortelle ? La mort sup­primée reviendrait à sa néga­tion. Sans même évo­quer les prob­lèmes matériels que poserait l’immortalité : asphyx­ie numérique, survie ali­men­taire, anémie spir­ituelle en cas de numerus clausus – sans compter l’ennui ! –, j’oppose à la mort une virtuelle immor­tal­ité, celle de la « com­mu­nion des saints » : vous n’êtes immor­tel que dans la mesure de l’amour du prochain que vous avez semé autour de vous, lequel vous gardera dans la mémoire du vivant. Que sig­ni­fie la longévité des patri­arch­es ? Math­usalem, un peu plus de 900 ans, Enoch un peu moins de 400 ans, ou bien encore Abra­ham, 175 ans, alors qu’il y eut peut-être cinquante Math­usalem, trente Enoch, dix Abra­ham qui se suc­cédèrent. Ce qui appa­raît comme un mythe relève de la com­mu­nion des saints : Abra­ham, passé dans un autre Abra­ham, etc. C’est ain­si que l’humanité évolue, con­ser­vant ses pro­pres traces dans l’inconscient col­lec­tif, pour repren­dre une expres­sion qui sent un peu la psy­ch­analyse. J’espère bien qu’un peu de moi sur­vivra dans d’autres qui m’auront enten­du, que j’aurai aimés et qui m’auront aimé.

Aug­men­tons donc la vie de l’homme, sup­p­ri­mons tous ses hand­i­caps, notam­ment ceux de la vieil­lesse odieuse, sou­vent reléguée dans les hos­pices, cela ne peut qu’améliorer la bon­té de l’homme. Vain­cre cette forme de pré-mort est la vraie vic­toire. Mais si nous n’aspirons qu’à la valeur exis­ten­tielle d’une vais­selle de famille, cette immor­tal­ité-là ne me séduit guère. Sans compter que le tran­shu­man­isme est une idéolo­gie por­teuse d’espérances dou­teuses…

  • Que voulez-vous dire ?

– En matière mil­i­taire, un seul sol­dat serait capa­ble de détru­ire une pop­u­la­tion enne­mie. Ques­tion d’équipement : avec sa smart­dust (pous­sière com­mu­ni­cante élec­tron­ique), son exosquelette, son corps autoré­para­ble, des nanobots (robots nanométriques) capa­bles d’envahir l’adversaire sans qu’il s’en rende compte, des drones et des chars d’assaut pilotés par la pen­sée… La qua­trième tech­nolo­gie, celle du cerveau, traite de l’interface cerveau-machine : si vous perdez un bras, il sera rem­placé par un exo­bras mécanique autorégulé. Pour vous en servir, vos ordres seront envoyés à par­tir des don­nées enreg­istrées par des élec­trodes dans votre cerveau et trans­mis par voie de com­mu­ni­ca­tion d’ordinateurs.

  • Une part de cette sci­ence demeure donc haute­ment pos­i­tive. L’homme ne risque-t-il pas d’être dépassé par sa créa­tion ?

C’est pourquoi il est essen­tiel que des pro­grès non tech­nologiques s’accomplissent par­al­lèle­ment dans l’humain. L’homme est de tous les ani­maux celui qui ne peut pas vivre seul. Il a besoin de l’homme, c’est inscrit dans sa phys­i­olo­gie. L’autre lui est néces­saire pour appren­dre à par­ler, com­mu­ni­quer, vivre. Il est en même temps unique : pas un indi­vidu ne ressem­ble inté­grale­ment à un autre. Mais le tran­shu­man­isme risque de nous induire en ten­ta­tion d’une plus grande uni­for­mité, qui nous ferait régress­er au monde des abeilles. Quelques indi­vidus aux super capac­ités pour­raient pren­dre le pou­voir, comme dans les fic­tions d’Orwell et plus exacte­ment d’Hux­ley, qui a par­faite­ment pressen­ti le phénomène dans Le Meilleur des mon­des. D’où le souci de l’entraide : l’attention à l’autre, telle est la morale des anar­chistes. D’où, égale­ment, la néces­sité de retrou­ver une organ­i­sa­tion de société fonc­tion­nant plutôt sur le mode local, util­isant les grandes tech­nolo­gies de la com­mu­ni­ca­tion pour établir des liens entre les groupes, tout en per­me­t­tant d’intégrer les indi­vidus. Dès lors que nous ne réin­ven­terons pas l’économie – non plus que ce dont nous sommes morts, c’est-à-dire la dan­gereuse vir­tu­al­ité du cap­i­tal, qui per­met de faire n’importe quoi –, nous revien­drons au con­tact du réel pour recon­stru­ire des sociétés fondées sur la com­mu­nion entre les humains.

  • On voit resur­gir ici le philosophe anar­chiste. Vous avez pointé le bout de l’oreille en évo­quant la morale…

– Que voulez-vous, je ne peux m’empêcher de prêch­er l’amour entre les hommes. Je suis un athée absolu en même temps qu’un chré­tien irrécupérable. Cette reli­gion qui tourne rad­i­cale­ment le dos au Dieu de l’Ancien Tes­ta­ment est fondée sur l’incarnation. Dieu est homme. C’est nous. Avec ce mes­sage essen­tiel : aimez-vous les uns les autres, qui est aus­si celui des anar­chistes. Pas les poseurs de bombes, comme les ter­ror­istes russ­es avec leur goût du néant, mais des penseurs comme Kropotkine, ou Élisée Reclus, l’anarchie pour eux étant la forme supérieure de l’ordre, qui s’établit dès l’instant où l’amour règne dans un groupe humain. 3

  • Pour autant, vous nous par­lez ici d’une société virtuelle…

Mais c’est la société actuelle qui est virtuelle, on le voit chaque jour avec la crise finan­cière ! La société future reposera quant à elle sur la tech­nolo­gie, inscrite dans une matéri­al­ité. Si l’on suit le principe qui veut que l’on ne con­naisse que ce que l’on a fab­riqué, l’Apocalypse n’est pas promesse de mal­heur, mais d’une nou­velle Jérusalem. Le mot, qui sig­ni­fie « révéla­tion », dévoile à la fois la méchanceté du monde et les risques qu’il court. Les tran­shu­man­istes sont donc à pren­dre comme des sortes d’éclaireurs, dont on appréciera les idées avec cir­con­spec­tion. Il ne faut pas les laiss­er sur le côté, ne serait-ce que pour ne pas les laiss­er faire n’importe quoi. Par­mi eux, on trou­ve une col­lec­tion incal­cu­la­ble d’imbéciles, et quelques génies illu­minés. Ils ne peu­vent être nuis­i­bles que dans la mesure où ils sont un groupe de pres­sion. A con­trôler ! Sachant que les pires tran­shu­man­istes sont mal­heureuse­ment les mil­i­taires – et cer­tains médecins qui, quelque­fois, ne valent pas plus cher.

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1. Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Essai sur l’imagination con­sti­tu­ante. Paul Veyne, 1992. Points Essais, 168 p., 6.10 €

2. Bien­v­enue en Tran­shu­manie. Sur l’homme de demain, par Geneviève Fer­one et Jean-Didi­er Vin­cent, Gras­set, 288 p., 17,50 €. Geneviève Fer­one, direc­trice du développe­ment durable du Groupe Veo­lia Envi­ron­nement, est l’auteur chez Gras­set de 2030. Le krach écologique (2008).

3.  L’Entraide, un fac­teur de l’évolution, est un essai de l’écrivain anar­chiste russe Pierre Kropotkine paru durant son exil à Lon­dres en 1902. Déter­mi­nant dans la théorie anar­chiste, le con­cept d’entraide l’est aus­si pour Charles Dar­win qui le développe, non pas dans L’ Orig­ine des espèces (1859), mais dans La Descen­dance de l’Homme (1871), ouvrage dans lequel il s’attarde sur la notion d’altruisme chez l’humain et aus­si dans le monde ani­mal, le rat­tachant à sa théorie de l’évolution. Ce livre s’inscrit en faux con­tre la notion de “dar­win­isme social” qui lui sera postérieure, con­tre­sens délibéré inven­té par les ten­ants du libéral­isme. [Note de GP]


Église. Le lapsus du p’tit Nicolas

Quand le corps et l’inconscient par­lent plus fort que le p’tit Nico­las, fringant sémi­nar­iste… On en apprend de belles, sur le site des Inrocks, à pro­pos de  la vie sex­uelle des prêtres, telle qu’exposée dans l’émission de télé domini­cale le Jour du seigneurcon­sacrée à l’Assemblée plénière des évêques de France. Ou com­ment un lap­sus a ruiné la presta­tion – mais pas la car­rière, au con­traire ! – du jeune sémi­nar­iste. 

Mer­ci au caf­teur, l’ami Bernard Lan­glois !


À Brescia (Italie). Un pèlerin de 20 ans tué par la croix papale

Mer­ci au “frère Jef”, d’une obé­di­ence con­cur­rente, d’avoir relayé ce cas de décanon­i­sa­tion datant  de ce 25 avril 2014, l’avant-veille de l’apopthéose papiste au Vat­i­can. Un pèlerin de 20 ans a été tué par la stat­ue (600 kg) de Jean-Paul II qui s’est effon­drée. Le drame a eu lieu à Bres­cia, en Ital­ie apos­tolique et romaine > cf com­men­taire dans Valls, ou la laïc­ité au bout du canon


Pour saluer Diderot, à l’occasion de ses 300 ans

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Denis Diderot par Louis-Michel van Lo, 1767 (Musée du Lou­vre)

Débar­quant de la  gare de Lyon à Paris, suiv­ez-moi, j’emprunte sans tarder le boule­vard Diderot, puis celui de la Bastille, pour tra­vers­er le Pont d’Austerlitz. Là, je salue Lamar­ck, sur son socle haut per­ché, à l’entrée du Jardin des Plantes et, par­courant l’allée Buf­fon, me voici à la Grande galerie de l’Évolution.Vous en con­nais­sez beau­coup, vous, des endroits de la planète où, en un demi-kilo­mètre, vous aurez par­cou­ru autant de pages d’histoire ? 

Salut Diderot, salut Denis !

Je m’étais promis d’écrire ce mod­este hom­mage à l’occasion du trois cen­tième anniver­saire de sa nais­sance. Il est né à Lan­gres le 5 octo­bre 1713 (je sais, on est en décem­bre… et à la veille de 2014 !).

J’allais embar­quer vers la coutel­lerie famil­iale, mais tout ça se trou­ve à portée de clics, en maints endroits de la vaste toile et en par­ti­c­uli­er sur Wikipé­dia, fille tech­nique­ment mag­nifiée de sa déjà grandiose ancêtre, L’Encyclopédie. Si loin de l’ordinateur, Diderot n’en fut pas moins le grand ordon­na­teur, coor­di­na­teur et co-auteur, avec d’Alembert et plus de cent cinquante autres con­tribu­teurs, éru­dits et pio­nniers.  L’Encyclopédie fut l’objet d’un com­bat poli­tique con­tre des adver­saires et censeurs farouch­es ; ain­si la con­damna­tion de l’ouvrage en 1759 par le pape Clé­ment XIII qui le met à l’Index, et « enjoint aux catholiques, sous peine d’excommunication, de brûler les exem­plaires en leur pos­ses­sion ». Ce fut enfin une aven­ture économique qui mobil­isa un mil­li­er d’ouvriers pen­dant vingt-qua­tre ans !

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Page de titre du pre­mier tome, 1751

Une œuvre mon­u­men­tale, au plein sens, un pas décisif mené con­tre l’obscurantisme dom­i­nant dans ce siè­cle qu’on appellerait « des Lumières ». Une oeu­vre qui con­tin­ue à nous éclair­er, depuis plus de deux cent cinquante ans, non pas tant directe­ment par ses con­tenus désor­mais en par­tie dépassés, que par la démarche et l’esprit qui l ont nour­rie.

L’Encyclopédie, donc, comme piv­ot de cette pre­mière ren­con­tre, due à l’école de la République, son héri­tière directe !

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Anna Kari­na dans le film de Riv­ette (1967)

Deux­ième ren­con­tre, lit­téraire et filmique, quand Jacques Riv­ette adapte La Religieuse en 1967. Sous la pres­sion d’Alain Peyr­e­fitte, min­istre de l’Information de de Gaulle, et sur déci­sion de son secré­taire d’État Yvon Bourges*, le film est inter­dit aux moins de dix-huit ans, à la dis­tri­b­u­tion et à l’exportation. Autant dire con­damné. André Mal­raux, cepen­dant, alors min­istre de la cul­ture, sou­tient la présen­ta­tion du film à Cannes… Ram­dam général de la réac­tion big­ote. Le film sort à Paris dans cinq salles et enreg­istre 165 000 entrées en cinq semaines, tan­dis que le roman de Diderot béné­fi­cie de ce suc­cès et est réédité plusieurs fois. J’en prof­ite aus­si, décou­vrant une œuvre boulever­sante, nulle­ment sul­fureuse comme les ligues cathos avaient voulu le faire croire, mais assuré­ment con­tre le sys­tème d’enfermement dans les cou­vents. La Religieuse est une ode à la lib­erté de choisir son des­tin. Une nou­velle adap­ta­tion – très réussie – est sor­tie en 2013 (film de Guil­laume Nicloux avec Pauline Éti­enne).

Troisième ren­con­tre, lit­téraire et théâ­trale, avec la ver­sion de Jacques le fatal­iste et son maître, don­née par Milan Kun­dera (sous le titre Jacques et son maître), pièce mon­tée notam­ment au Col­ib­ri à Avi­gnon, dans une remar­quable mise en scène dont j’ai oublié l’auteur [Je l’avais vue avec mon pote met­teur en scène Alain Mol­lot, mort depuis.]

Qua­trième étape et on en restera là, car elle dure tou­jours : c’est la paru­tion des Œuvres de Diderot à la Pléïade, cette col­lec­tion sur papi­er bible, qui se prêterait à la dévo­tion si on n’y pre­nait garde… S’y trou­vent rassem­blés des textes mag­nifiques à haute portée philosophique, dont les seuls énon­cés sont déjà gages de promess­es inépuis­ables – sélec­tion pêle-mêle : Les Bijoux indis­crets, Sup­plé­ment au voy­age de Bougainville, Le Neveu de Rameau, Le Rêve de D’Alembert, Entre­tien d’un philosophe avec la maréchale de ***,  De la suff­i­sance de la reli­gion naturelle, La Prom­e­nade du scep­tique, Para­doxe sur le comé­di­en, Regrets sur ma vieille robe de cham­bre…

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Math­é­mati­cien, philosophe, Jean Le Rond d’Alembert (1717–1783), son grand com­plice de

Au sens orig­inel de l’expression « lib­ertin d’esprit », Diderot peut  en effet être con­sid­éré comme un lib­ertin ; c’est-à-dire un libre penseur qui remet en cause les dogmes étab­lis et s’affranchit en par­ti­c­uli­er de la méta­physique et de l’éthique religieuse. Diderot pro­fesse un matéri­al­isme assuré et un athéisme sere­in, qui lui vau­dront tout de même d’être empris­on­né trois mois au don­jon de Vin­cennes en 1749 suite à la pub­li­ca­tion de la Let­tre sur les aveu­gles. Invo­quant la con­nais­sance, il revient sur le sujet dans Le Rêve de d’Alembert : « Croyez-vous qu’on puisse pren­dre par­ti sur l’intelligence suprême, sans savoir à quoi s’en tenir sur l’éternité de la matière et ses pro­priétés […] ? » Mais pour autant, amoureux de la sci­ence, il red­oute le sci­en­tisme et un ratio­nal­isme qui assécherait les pas­sions et la part de spir­i­tu­al­ité chez l’homme.

Autant de ques­tion­nements qui nour­ris­sent des dia­logues les plus sub­tils, dans une dialec­tique où il ne craint pas, comme dans Le Neveu de Rameau en par­ti­c­uli­er, de s’interpeller, de se met­tre en con­tra­dic­tion avec lui-même ou du moins de se pouss­er dans ses ultimes retranche­ments, d’exposer jusqu’au para­doxe ses creux et ses boss­es à la cru­dité… des lumières.

–––   

* Des habi­tants de Bourges ont pro­posé de débap­tis­er leur ville pour l’appeler « Diderot » ou « Riv­ette » !

> > > Écouter Les Murs indis­crets” sur le blog de Frank Lovi­so­lo-Guichard. Lire au même endroit la Let­tre sur les aveu­gles à ceux qui voient. Quant aux sourds, ben…



Amputé après la chute d’un crucifix, un Américain porte plainte

« NEWBURGH, N.Y.

« Un homme qui avait dû être amputé d’une jambe après la chute d’un cru­ci­fix de 273 kg a porté plainte con­tre l’église. Le procès doit avoir lieu en jan­vi­er 2013, a annon­cé Me Kevin Kit­son, son avo­cat.

 

« La vic­time, David Jimenez, avait prié devant le cru­ci­fix placé à l’extérieur de l’église Saint-Patrick à New­burgh, dans l’État de New York, car un can­cer des ovaires avait été diag­nos­tiqué à son épouse. Après la guéri­son de cette dernière, David Jimenez avait voulu mon­tr­er sa grat­i­tude en net­toy­ant la croix. En mai 2010, le cru­ci­fix s’était écrasé sur sa jambe droite, qui avait ensuite dû être coupée, a racon­té Me Kit­son.

 

« David Jimenez demande trois mil­lions de dol­lars à l’église, qui affirme ne pas être respon­s­able. »

 

Cette dépêche d’Asso­ci­at­ed Press, reprise sans com­men­taires par La Presse de Mon­tréal du 7 novem­bre 2012, laisse en effet sans voix. Je n’y aurais rien ajouté non plus si ça ne me gra­touil­lait pas autant…

 

Comme la foudre qui s’abat sur un clocher, ça ne laisse d’interpeller, non ? Et cette his­toire de la vieille tante du copain : par­tie vail­lante en train pour un pèleri­nage à Lour­des, la voilà qui revient sur une civière. Son pied avait roulé sur un cierge. L’anti-miracle, ça arrive aus­si.

 

Doublée des meilleures intentions et de l'esprit… pratique, cette pieuse image datant de feu "Hara Kiri", paix à son âme, m'a été adressée par frère Daniel, un saint homme et ami de longue date.

Dou­blée des meilleures inten­tions et de l’esprit… pra­tique, cette pieuse image datant de feu “Hara Kiri”, paix à son âme, m’a été adressée par frère Daniel, un saint homme et ami de longue date.

J’en prof­ite pour pass­er au ray­on Sci­ences. J’écoutais hier avec grand intérêt les pro­pos radio (France inter) d’Eti­enne Klein, physi­cien, philoso­phie des sci­ences. « Penser l’origine » (du monde, ajouterait Gus­tave Courbet, qui voy­ait « la chose » à courte dis­tance cos­mique, quoique…), une sorte d’impasse dont on ne peut même pas imag­in­er le bout. Penser la fin, c’est imag­in­er le non-être, en définir les con­tours et les pro­priétés, qu’il ne saurait avoir… car ce ne serait alors plus le néant. Une apor­ie, comme on dit en haute sphère.

 

On ne peut voir le bout du tun­nel et il en va de même de l’entrée. Klein remet « en cause » le fameux big bang, non pas comme hypothèse, mais en tant que « point zéro ». Qu’y avait-il donc avant l’instant dit « zéro » ? Quid de la matière et de l’énergie « noires » – invis­i­bles et pour­tant prob­a­bles ? Et si la théorie de la rel­a­tiv­ité générale demeure val­able, elle ne s’appliquerait qu’à la seule énergie de la grav­i­ta­tion, et pas aux trois autres con­nues : élec­tro­mag­né­tique, nucléaire faible, nucléaire forte. La ques­tion de l’origine est donc, par excel­lence, ce qu’on appelle une ques­tion ouverte. Grande ouverte sur l’in-connaissance. Une ivresse. Comme celle de la foi des croy­ants ?

Tou­jours est-il que les sci­ences m’enivrent. À la nôtre !


Rome et Roms. Sarkozy ou l’art de bien cirer les mules du pape

Ce prési­dent-là, qui estime plus un curé qu’un insti­tu­teur, est donc allé cir­er les mules du pape – pour ne pas dire plus vul­gaire. Aller à Rome régler une (sale) his­toire de Roms et pour se faire par­don­ner  les offens­es portées à cette France catho, bien pen­sante d’ordinaire et cepen­dant aujourd’hui taraudée dans son sarkozysme, y a-t-il plus vul­gaire en poli­tique ?

Eh bien oui, il y a  ! Ain­si lors de l’échange des cadeaux (ça se fait) : si on en croit le cor­re­spon­dant à Rome de France Inter [8/10/10], Eric Valmyre, Sarkozy l’intello a offert au pape une édi­tion d’époque du Génie du chris­tian­isme et des Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand. Ça le reposera des mis­sels. En retour, veinard, il a reçu du pape une faïence et une gravure représen­tant la place Saint-Pierre. Ravi, le « chanoine d’honneur », ain­si bap­tisé en 2007 à Saint-Jean de Latran…, en a prof­ité pour deman­der une petite ral­longe, un pourliche, une aumône : un chapelet sup­plé­men­taire pour sa nièce… Oh que c’est touchant ! Et car­ré­ment vul­gos. Comme d’avoir amené des invités sup­plé­men­taires à la vis­ite de Las­caux. Ah ! ces petits coups de pis­ton et grands coups de canif dans la fonc­tion prési­den­tielle. On ne le refera pas. Dans un sens c’est aus­si bien ain­si. Tant qu’à devoir le garder, que ce soit dans son entièreté.

PS. Et il l’a eu, son chapelet en rab’, ain­si qu’en atteste l’agence AP : « Le secré­taire per­son­nel du pape, Mgr Georg Gän­swein, s’est chargé d’aller en chercher un et de l’apporter à Nico­las Sarkozy. »


Simplicité et émotion. Elisabeth et Benoît se sont dit “oui” hier à Glasgow

Après la messe, les “just mar­ried” regag­nant leur papamo­bile pour une des­ti­na­tion secrète. Ph. ♋ x.

C’est en Écosse, à Glas­gow, qu’Elis­a­beth et Benoît se sont dit « oui » hier soir. Ils n’ont pour­tant pas rad­iné: 70 000 invités à la céré­monie, empreinte de sim­plic­ité et d’émotion, dou­blée d’une messe rassem­blant les par­ents et amis de chaque famille, les Deux et les Seize. Si le cou­ple se mul­ti­plie, il aura trente-deux descen­dants – ce qui est con­sid­érable, surtout à cet âge. S’il se divise, cela ira de 2 : 16 = 0,125 (pas viable) à 16 : 2 = 8 (encore trop). Par­i­ons plutôt sur l’avenir radieux de ce cou­ple uni sous les meilleurs hos­pices [je sais, c’est exprès !].

Retrans­mise en direct sur TF1, la céré­monie a bien sûr été com­men­tée par Boris Zitrone (l’arrière petit-fils), lequel, citant les Évangiles en latin, anglais, alle­mand et russe (sous-titré en VF), a rap­pelé qu’il ne suff­i­sait pas de faire des enfants, encore fal­lait-il les met­tre à l’abri des curés pédophiles. Et à ce pro­pos, il a repris les toutes fraîch­es paroles pronon­cées à West­min­ster par Benoît Seize, très au fait des actu­al­ités : « L’Eglise n’a pas été assez vig­i­lante ». Certes, a sèche­ment ponc­tué le com­men­ta­teur vedette de la chaîne qui, ensuite, dans ce style inim­itable, c’est-à-dire suave­ment ampoulé, s’est com­plu à soulign­er les tenues des « just mar­ried » : « Pour l’élue, casaque et toque de soie d’un déli­cat vert vieil-angli­can ; mocassins som­bres. Pour Lui, par dessus le kilt ral­longé, casaque et toque d’un blanc légère­ment beurre-frais tran­chant sur le rouge « grand fou, va ! » de ses babouch­es ».

En somme, une céré­monie d’un goût exquis, rassem­blant sur moins d’un mètre car­ré et tout juste en un feuil­let dacty­lo une dose con­cen­trée d’anti-royalisme et d’anti-cléricalisme bien pri­maires. Ouah, que ça fait du bien !


Algérie. Une douzaine d’emprisonnements pour non observance du ramadan

Pour n’avoir pas observé le jeûne pen­dant le ramadan, Hocine Hoci­ni, 47 ans, et Salem Fel­lak, 34 ans, deux ouvri­ers algériens, orig­i­naires d’Ain El Ham­mam, près de Tizi-Ouzou en Kabylie, ont été jetés en prison ! Selon El Watan du 9 sep­tem­bre, une dizaine d’autres cas sem­blables se sont égale­ment pro­duits en Kabylie.

Sur­pris en train de boire de l’eau par des policiers qui ont immé­di­ate­ment procédé à leur arresta­tion, audi­tion­nés ensuite par le par­quet, ces deux Algériens, dont l’un est de con­fes­sion chré­ti­enne, incar­nent à présent le com­bat con­tre la vio­la­tion des lib­ertés fon­da­men­tales en Algérie.

Une chaîne de sou­tien inter­na­tionale s’est mobil­isée con­tre leur procès annon­cé pour le 8 novem­bre. Sur Inter­net, ACOR SOS Racisme, une ONG suisse, vient de lancer un appel de mobil­i­sa­tion, relayé dans de nom­breux pays et organ­i­sa­tions inter­na­tionales.

L’Algérie a pour­tant rat­i­fié les traités inter­na­tionaux relat­ifs aux droits de l’homme et notam­ment le Pacte inter­na­tion­al relatif aux droits civils et poli­tiques…

L’intolérance, par­ti­c­ulière­ment en matière religieuse, demeure une calamité mon­di­ale. Tan­dis que la tolérance poli­tique, para­doxale­ment, comme aux Etats-Unis, con­duit au délire spec­tac­u­laire le pas­teur Ter­ry Jones et son groupe inté­griste de « brûleurs de Coran », en Floride. Ce fléau est aus­si vieux que le monde des croy­ances exac­er­bées. On ne cit­era ici que pour mémoire, la com­bi­en emblé­ma­tique affaire du cheva­lier de la Barre, ce jeune homme mort dans les plus atro­ces tor­tures. Il n’avait pas ôté son cha­peau au pas­sage d’une pro­ces­sion religieuse. Ça s’est passé à Abbeville, en 1766 [affaire évo­quée ici].

L’an dernier, au Maroc, six jeunes avaient aus­si été pour­suiv­is pour refus de pra­ti­quer le ramadan. Et n’oublions pas, bien sûr, la con­damna­tion à mort par lap­i­da­tion qui pèse tou­jours sur l’Iranienne Sakineh Moham­ma­di Ash­tiani, accusée d’adultère.

Dessin de Zino, El Watan, Alger

Le quo­ti­di­en d’Alger, El Watan, entre autres médias, fait grand bruit de ces affaires. Has­san Moali s’indigne en ces ter­mes : « Ces policiers, à qui, on s’en doute, on a mis la puce à l’oreille, n’ont stricte­ment aucun droit de punir un non- jeûneur. L’islam qui est une reli­gion de tolérance, abstrac­tion faite des com­porte­ments odieux de cer­tains zélés, pro­fesse avec force «qu’en reli­gion, il n’y a point de con­trainte» (La Ikra­ha Fi Eddine). Un fidèle ou un infidèle n’a de compte à ren­dre qu’à Dieu et non à un flic ou un autre bras armé de l’État à qui l’on demande de jouer au redresseur des torts. A tort… »

De nom­breuses réac­tions sont pub­liées sur le site du jour­nal, telles celle-ci, signée « Bled miki » : « Je sou­tiens tous les non jeûneurs, car moi même je n’ai jamais jeûné de ma vie, je ne suis pra­ti­quant d’aucune reli­gion, j’en ai pas besoin de reli­gion pour être quelqu’un de bien, je con­sid­ère que je suis meilleur dans la bon­té que 95% des musul­mans pra­ti­quants, je le vois autour de moi, dans mon tra­vail, y a qu’en mois de ramadan qu’ils arrê­tent de men­tir et de vol­er. Je ne suis pas con­tre aucune reli­gion mais j’ai hor­reur des hyp­ocrites.

« En tout j’en suis con­va­in­cu d’une chose, si vrai­ment le bon dieu existe donc il devrait être infin­i­ment plus intel­li­gent que nous, j’en suis con­va­in­cu que la majorité des gens qui se dis­ent musul­mans ne goûteront pas à son par­adis telle­ment ils sont hyp­ocrites, intolérants, méchants..car ils ne font le ramadan et la prière que pour l’image ou juste parce que on leur a promis le par­adis ou parce qu’ils ont peur de l’enfer.

« Moi j’ai la con­science tran­quille j’aime tous les êtres humains sans dis­tinc­tion aucune.

« J’en ai plus que marre de cette intolérance, j’aspire à vivre chez moi en Kabylie où l’amour régn­era en roi ou le respect sera de mise, où on respecte la lib­erté indi­vidu­elle et toutes croy­ances.

« Laiss­er nous vivre comme on veut chez nous. »


Onfray, Freud et les freudistes. Le crépuscule d’un débat religieux

Des fan­tasmes comme cha­cun…

Je le dis tout net,  je n’ai pas lu Le cré­pus­cule d’une idole, l’affabulation freu­di­enne de Michel Onfray, et n’aurai sans doute pas le temps, ni peut-être le désir de le faire avant que ne s’épuise la polémique galopante. J’ai tout de même envie d’en par­ler à plusieurs titres qui n’ont rien à voir avec tous ces paten­tés du grain de sel, dès lors qu’ils se dis­ent psy-quelque chose, ou archi­tectes, ou philosophes, écrivains, etc. Je m’en mêle seule­ment au titre du regardeur. De ce qui « me regarde ». Ou si on veut en tant que ce « voyeur du monde » qui pour­rait définir le jour­nal­iste atten­tif, laborieux laboureur, inter­ro­ga­teur éventuel des incon­scients indi­vidu­els et col­lec­tifs forgeant ce qu’on nomme l’actualité, les événe­ments…

Je m’interroge donc en par­ti­c­uli­er sur la polémique elle-même, sa durée, son ampleur, sa forme prenant le pas sur le fond, sa vio­lence assas­sine – avec prémédi­ta­tion bien mûrie, ran­cie, vacharde. Je vois un type, heureuse­ment costaud en apparence, jeté à terre, piét­iné, insulté, cru­ci­fié, si j’ose dire. Et j’ose, vu que je voudrais ici causer de reli­gion, d’hérésie, d’inquisition – toutes ces joyeusetés générale­ment accolées. Je me vois témoin assigné d’un procès en sor­cel­lerie, c’est-à-dire non pas une sim­ple cabale, une ordi­naire bataille d’Hernani entre esthètes vin­di­cat­ifs… Non, il s’agit bien d’un procès, qui plus est du type stal­in­ien, ou inquisi­toire, ce qui est tout comme, et par lequel un coupable des­tiné au bûch­er – c’est décidé dès l’instruction – se trou­ve illi­co jeté aux flammes.

Autant de faits insup­port­a­bles, rel­e­vant en fait du lyn­chage, qui m’amènent à ten­dre une main sec­ourable – si tant est qu’elle soit utile à l’intéressé. Dis­ons que ce geste m’est d’abord néces­saire, à moi-même, du dou­ble point de vue, intel­lectuel et moral.

De quel crime Onfray se trou­ve-t-il accusé et sous quels chefs d’inculpation ? – il ne s’agit déjà plus d’une « mise en exa­m­en ». Parce qu’il s’attaque à ce qui peut, après tout, être con­sid­éré sous l’angle du dogme religieux, sinon de la secte la plus fer­mée… Qu’on en dis­cute ! Mais quoi ?, causer avec un « fou raison­nant », un « révi­sion­niste », un « néo-pagan­iste anti­judéochré­tien », un « mas­tur­ba­teur », un « can­cre », un « per­son­nage dou­teux » « pro­je­tant sur l’objet haï (Freud) ses pro­pres obses­sions — les juifs, le sexe per­vers, les com­plots » ?

Ces qual­i­fi­cat­ifs sont pour le moins inquié­tants, émanant tous de freu­di­ens – non, plutôt de freud­istes, c’est-à-dire mil­i­tants d’une cause men­acée dans ses fonde­ments.

Que Michel Onfray s’attaque aux reli­gions en pro­fes­sant son athéisme, voilà qui peut pour le moins le ren­dre sus­pect ; mais après tout, les icon­o­clastes sont tolérés dans la mai­son du seigneur… Mais ici, ne s’agit-il pas, de s’en pren­dre à une sci­ence – quelle sci­ence, au fait ? quelle méthodolo­gie sci­en­tifique ? – de met­tre en cause des Évangiles et leur Messie. On peut bien dire du Christ – et on ne s’en est pas gêné, y com­pris pour le récupér­er de manière schis­ma­tique –, que c’était un anar­chiste aimant les femmes, et pourvu de mul­ti­ples autres qual­ités bien humaines et bien ordi­naire­ment névro­tiques… Mais envis­ager que Freud pût être un affreux réac, voire un col­labo !…

Or, il sem­ble admis par les freud­istes que toutes ces « tares » du Père fon­da­teur étaient avérées depuis belle lurette… Dès lors pourquoi en faire un casus bel­li et refuser le débat sur le fond de la psy­ch­analyse ? Pourquoi ain­si pra­ti­quer le déni his­torique et ne pas dis­cuter sur l’hypothèse d’Onfray selon laque­lle (Niet­zsche n’est pas loin) toute doc­trine ou théorie exprime la biogra­phie même de son auteur. En un sens cela revient aus­si à con­sid­ér­er tout bon­nement que cha­cun – chaque être dans sa vérité – se trou­ve résul­ter de sa pro­pre his­toire vécue. Affir­ma­tion aus­si banale que géniale – et dont on ne saurait dénier à Freud le mérite d’avoir su en explor­er toute la com­plex­ité, en par­ti­c­uli­er dans le domaine de l’inconscient.

Sex­pol spé­cial Wil­helm Reich, décem­bre 1977

S’il est une cri­tique que l’on se devrait de porter à l’encontre du freud­isme d’aujourd’hui c’est encore et tou­jours celle de son absence d’implication sociale. Cette même cri­tique de gauche qui avait provo­qué des scis­sions dans le mou­ve­ment psy­ch­an­a­ly­tique, dès sa nais­sance, à par­tir d’analyses sociales – celles qui don­neront nais­sance au freu­do-marx­isme, avec l’école de Franc­fort, et plus encore avec un Wil­helm Reich s’opposant, entre autres, au con­cept de « pul­sion de mort » –  enfon­cé par les freud­istes de choc, sous l’accusation de « folie » – ce qui nous ramène à notre actu­al­ité.

Il m’est arrivé ici (ou pas loin) de reprocher à Onfray ce que j’ai appelé son côté « prêchi-prêcha » et par­fois empêch­er de réfléchir en paix, un peu le comble pour un accoucheur philosophique. Mais je lui accorde aus­si bien des mérites, comme de sec­ouer les tor­peurs basiques dans lesquelles nos sociétés et nos êtres s’engloutissent. Ce qui s’avère haute­ment salu­taire et donc si néces­saire dans nos sociétés de croy­ances néo-obscu­ran­tistes. Sa « très grande faute », à Michel Onfray, aurait peut-être été ici, sur ce ter­rain freu­di­en, d’oppos­er à la psy­ch­analyse des argu­ments objec­tivables, de type sci­en­tifique, qui pour­rait pré­ten­dre remet­tre en cause tout effet de la cure ana­ly­tique. Dis­ons que per­son­ne n’en con­naît tous les « mécan­ismes », éminem­ment sub­jec­tifs – même si une cer­taine méthodolo­gie pré­tend tenir lieu de dis­ci­pline. N’en va-t-il pas de même, par exem­ple, de l’homéopathie ? Elle apaise ou guérit cer­tains maux, c’est un fait – effet place­bo ou pas. Comme pour l’analyse, non ?

L’autre « faute » d’Onfray, tiendrait peut-être aus­si de son approche des médias et des jour­nal­istes. Certes, ils sem­blent le chou­chouter – c’est un bon « client » qui « passe bien » et « fait de l’audience », puisque polémique. Mais en même temps, les jour­nal­istes mon­trent vite leurs lim­ites de « touche à tout » de l’écume événe­men­tielle. Ils doivent en ce domaine de la psy­ché, marcher sur des œufs… sans trop y entraver grand chose – pas davan­tage que leurs pro­pres névros­es, après tout. Donc, ils comptent les points et ne sont pas fâchés de voir cet Onfray mor­dre la pous­sière. Lui que, Le Monde 2 [2/4/2005] avait amené à déclar­er à pro­pos de jour­nal­istes juste­ment :

• Pourquoi, selon vous, la bataille des idées est-elle à ce point asep­tisée, nor­mal­isée ?

– Michel Onfray : « Je vais vous dire des choses désagréables. Il faudrait psy­ch­analyser le méti­er de jour­nal­iste. C’est quand même une pro­fes­sion rem­plie de minables. Il y a des gens qui font bien leur boulot et qui con­sid­èrent qu’ils sont des passeurs… » Et caetera ici.


Et interdire le voile épais… de la connerie?

Dessin de Faber ©

Burqa, niqab, certes… Mais imag­i­nons le tol­lé si on avait inter­dit la soutane en son temps glo­rieux ?! On s’en foutait plus ou moins, ou on bouf­fait du curé, faute de grives. Du coup l’espèce des cor­beaux a dépéri et s’est même éteinte d’elle-même, sauf dans ses sauter­ies privées genre « chez Mgr Lefeb­vre ». Pour­tant un pan­dore d’époque aurait pu tout autant ver­balis­er pour cause de sécu­rité routière: va con­duire en robe longue qui te pen­douille jusqu’aux pédales de la deudeuche ! Sans blague ! Il est vrai que con­duire sa bag­nole ou son 4x4 avec un masque aus­si fer­mé que le niqab c’est comme pilot­er un vieux char d’assaut der­rière la fente du blindage. Donc il y a des lim­ites à ne pas dépass­er les bornes. Quant à inter­dire… Et j’y pense, pen­dant qu’on y est, si on inter­di­s­ait la con­ner­ie ? C’est pas dan­gereux et inté­griste à la fois, ça, le voile épais de la con­ner­ie ?



Allègre, GIEC, curés pédophiles. Science et religion dans le plus obscur climat

Malaise dans nos civil­i­sa­tions. Civil­isées, le sont-elles, d’ailleurs, autant qu’elles le procla­ment ? Où que l’on tourne le regard, le doute nous saisit. Quels repères, quels sens trou­ver qui indiquent direc­tion, espoir. « Le monde est pour­ri, la vie est belle », j’aime bien cette parole de Claire, une copine, qui ajoutait aus­si, d’une con­vic­tion entière, « On fait ce qu’on peut ». Ça ressem­ble à du banal. Ce n’en est pas, non. Qui, en effet, peut pré­ten­dre ici-bas accom­plir tout son pos­si­ble ? Vrai­ment tout le pos­si­ble… C’était ma minute phi­lo qui m’entraîne dans la patau­geoire que nous appelons aus­si « actu­al­ité », là où tout le pos­si­ble n’est jamais épuisé. J’en prends deux bouts, les deux extrémités d’un bâton bien merdique :

– D’un côté des curés per­vers, pas­sant à l’acte sur des enfants qu’ils ont mis­sion de guider… ; dans cette lignée, un appareil, celui du pou­voir religieux ecclési­as­tique et sa cohorte économique et hiérar­chique, sous-papes et pape, l’État vat­i­canesque, ses suc­cur­sales mon­di­al­isées propageant la « bonne parole » – tu par­les, oui !

– De l’autre, une ten­ta­tive de poli­ti­sa­tion de la sci­ence par le truche­ment de deux illu­sion­nistes médi­atisés, Vin­cent Cour­tillot et surtout Claude Allè­gre cumu­lant, lui, la fonc­tion com­plé­men­taire d’escamoteur et chantre du libéral­isme « décom­plexé ».

Il s’agit bien d’un seul et même ten­ant, celui de la dis­sim­u­la­tion, de la fal­si­fi­ca­tion, formes vis­i­bles de cet obscu­ran­tisme revenant à l’offensive sauvage dans nos temps en perte de lumières.

Les reli­gions – depuis le temps ! – ont imprégné toutes les strates de nos sociétés, con­di­tion­nant jusqu’à nos incon­scients, notre lan­gage, nos com­porte­ments. Comme les sys­tèmes total­i­taires, elles ont aus­si sécrété leurs ordres policiers, déployé des agents d’inquisition, enfon­cé « leur main noire jusque dans le ven­tre des hommes » – Panaït Istrati en 1927 à pro­pos du stal­in­isme. Plus encore, elles ont acquis cette sorte de statut recon­nu d’agent cul­turel, paten­té, celui du medi­um selon la ter­mi­nolo­gie de Régis Debray qui s’interroge sur leur sens pro­fond et les ques­tion­nements que l’animal humain y place dans la durée de son his­toire.

Partout dans le monde débous­solé, les reli­gions se sont inscrites comme des man­i­fes­ta­tions « naturelles » de don­nées éminem­ment cul­turelles : les croy­ances et les super­sti­tions. Dar­win, pour com­mencer, puis ses con­tin­u­a­teurs dont les plus actuels – entre autres, Patrick Tort en France et Richard Dawkins en Grande-Bre­tagne – ont inté­gré les com­porte­ments religieux dans les proces­sus de l’évolution naturelle. Je passe ici sur leur argu­men­ta­tion, for­cé­ment com­plexe, pour plutôt faire ressor­tir les dif­fi­cultés énormes que sem­ble affron­ter le genre humain dans son immense majorité à pour­suiv­re son évo­lu­tion en direc­tion d’une ratio­nal­ité affir­mée, et pour autant non dénuée de spir­i­tu­al­ité – au con­traire !

Certes, il faudrait ici en appel­er aux plus amples développe­ments ; ce n’est pas le lieu et je n’en ai pas non plus la pré­ten­tion. Je ne fais donc que frôler cette prob­lé­ma­tique à l’occasion des affaires de pédophilie ecclési­as­tique qu’on peut con­sid­ér­er sous deux angles.

Le pre­mier ne serait qu’anecdotique s’il ne touchait à une crim­i­nal­ité et à ses vic­times ; il mon­tre que les curés, con­damnés à la névrose et au refoule­ment sex­uel au nom du dogme le plus absurde selon lequel l’amour « nor­mal », sex­u­al­ité com­prise, con­tre­viendrait au « dévoue­ment au Seigneur »… Faut-il avoir par­cou­ru toute une chaîne de patholo­gies mul­ti­ples pour accouch­er d’une telle hérésie. Hérésie elle-même fon­da­trice du code général de déf­i­ni­tions et dénon­ci­a­tions de toutes les autres, au nom du Dieu, bien sûr, et plus encore du Dogme canon­ique. Ain­si boucle-t-on des sys­tèmes total­i­taires, en reli­gion comme en poli­tique, ou plus générale­ment en idéolo­gie. Si on admet que les curés ne sauraient être moins névrosés que le reste de la pop­u­la­tion – c’est l’argument qui sert de défense à l’Église –, out­re que cela donne matière à objec­tion, rap­port au fameux « vœu de chasteté », il ne faut pas oubli­er que ces « servi­teurs » sont cen­sés se présen­ter en parangon de Ver­tu, et se pré­ten­dent tels ! On a donc beau et faux jeu que de min­imiser leurs crimes au pré­texte qu’ils ne seraient pas moin­dres de ceux des autres berg­ers de la société, comme les insti­tu­teurs de la laïque, suiv­ez mon regard. L’argument me ren­voie à celui par lequel on oppose le régime cas­triste de Cuba à une pseu­do démoc­ra­tie cap­i­tal­iste. Il s’agit bien de dic­tatures, mais l’un pré­tend avoir mené son peu­ple au Par­adis social­iste. Ce qui n’excuse nulle­ment l’autre !

Sec­ond angle : Ces « ani­croches » cor­re­spondraient en somme à d’ordinaires anom­alies con­cer­nant des bre­bis égarées. Il suf­fit de les remet­tre dans le droit chemin et tout ira bien et même mieux qu’avant. Un petit coup de « plaider coupable », quelques con­tri­tions – vous savez ces séances publiques, bien médi­atisées, de par­don­nage impudique et en larmes de croc­o­diles, même les politi­cards en raf­fo­lent, les patrons brig­ands encore plus, du moment que ça fait pass­er les pilules du lende­main… Moyen­nant quoi tout repart comme avant et, pour ce qui est des sys­tèmes d’aliénation religieuse, tout ren­tre dans l’ordre ecclésial et surtout séculi­er. Amen !

Deux­ième bout du même bâton, donc. Il touche à la démarche rationnelle, à la sci­ence, à la ten­ta­tive de l’homo sapi­ens, s’étant mis debout, de voir au delà de la seule chan­delle qu’il porte. La pen­sée con­stru­ite – c’est-à-dire argu­men­tée et con­trée avant val­i­da­tion et pour­suite vers l’étape suiv­ante – spé­ci­fique de l’ani­mal humain [je tiens cette judi­cieuse expres­sion de Wil­helm Reich], vaut par sa capac­ité à éclair­er son devenir ; elle implique une idée de mieux-être, d’avancée dans une human­ité en marche et soucieuse de n’abandonner rien de ce qui est humain et de ce qui y con­tribue. Sa rup­ture d’avec l’irrationalité religieuse repose sur l’ancrage pré­cisé­ment ter­restre et non céleste, tem­porel et non éter­nel, réel et non con­tin­gent.

Elle s’écarte aus­si de la foi, soit en l’excluant comme hypothèse non rationnelle, soit en la reléguant au monde de l’intime. Savoir et croire, ça fait deux. Deux états qui se con­fron­tent aus­si au quo­ti­di­en, notam­ment dans le champ de la (dif­fi­cile) com­mu­ni­ca­tion entre per­son­nes, notam­ment aus­si dans l’établissement de ce qu’on appelle réal­ité ou vérité. Entre par­en­thès­es, le méti­er de jour­nal­iste se trou­ve pré­cisé­ment à la croisée de ces états selon lesquels se con­stituent, pour tout un cha­cun, son pro­pre rap­port au monde.

La Sci­ence, quant à elle et moins que toute activ­ité humaine, ne saurait s’exclure de la sépa­ra­tion de ces états. Elle part de là et c’est de là aus­si que sur­git un cli­vage, voire un schiste : uni­fi­er savoir et croy­ance par élim­i­na­tion « naturelle » de la dernière ; ou bien sépar­er les deux domaines, con­sid­ér­er qu’ils peu­vent fonc­tion­ner séparé­ment, voire col­la­bor­er.

Que le doute se sai­sisse du monde sci­en­tifique, ou l’interpelle comme on dit, je n’y vois qu’avantage et néces­sité. Trop de « cer­ti­tudes » ou de « vérité » ne peut que nuire à l’établissement des don­nées de la com­plex­ité. Mais un soupçon même de croy­ance, n’entache-t-elle pas l’ensemble de la démarche sci­en­tifique – point d’interrogation.

Pour en revenir aux deux « con­trevenants » s’opposant au Groupe d’experts inter­gou­verne­men­tal sur l’évolution du cli­mat (GIEC), je rangerais Cour­tillot dans la pre­mière caté­gorie – celle des semeurs de doute quant à la Vérité cli­ma­tique, sous réserve de valid­ité de l’argumentation, bien sûr –, et Allè­gre dans la sec­onde, évidem­ment, celui des manip­u­la­teurs délibérés dont les visées peu­vent, pour le moins, être sus­pec­tées d’intentions « impures » quant à la démarche sci­en­tifique. Les 400 cli­ma­to­logues qui lui volent dans les plumes [Le Monde, 2/4/10] sem­blent pos­séder de solides argu­ments. Je dis « sem­blent » car ils en pré­par­ent une présen­ta­tion prochaine. Mais indépen­dam­ment, il y a le per­son­nage même d’Allègre, forte­ment émet­teur d’antipathie – tant de suff­i­sance ubuesque ! tant d’arrivisme poli­tique ! Il y a aus­si et surtout son atti­tude de faus­saire l’ayant amené à fal­si­fi­er des don­nées sci­en­tifiques et des courbes – ce qu’il a recon­nu en « rai­son » d’« un choix édi­to­r­i­al ». Et ce qui l’exclut du champ sci­en­tifique. De même lorsqu’il con­clut son débat avec un écol­o­giste [Yan­nick Jadot, France Inter, 31/03/10] par, en sub­stance, « De toutes façons, la Nature répare tou­jours les dégâts des hommes »… – ce qui était déjà, dans les même ter­mes, le cre­do libéral d’un Madelin, ou des néo-con­ser­va­teurs états-uniens. Dès lors, il ne reste plus qu’à tir­er l’échelle sous ce Nos­tradamus à la manque et à le ren­voy­er à ses pré­dic­tions vol­caniques et autres délires sur l’amiante.



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    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

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  • Salut cousin !

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