On n'est pas des moutons

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Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juil­let 2012, un extrait de 14 min­utes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était postée sur YouTube, met­tant le feu aux poudres islamistes. Dès le 11 sep­tem­bre, des attaques furent menées, notam­ment, con­tre des mis­sions diplo­ma­tiques états-uni­ennes. Furent ain­si pris­es d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le con­sulat à Beng­hazi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cence of Mus­lims, pro­duite en 2012, fut alors attribuée à un cer­tain Nakoula Bas­se­ley Nakoula, un copte égyp­tien rési­dant en Cal­i­fornie, sous le pseu­do­nyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypocrisies de l’islam en met­tant en scène des pas­sages de la vie de Mahomet…

À cette occa­sion, une de plus, j’avais pub­lié un arti­cle sur lequel je viens de retomber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le pub­li­er à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaîne­ments fana­tiques, des affron­te­ments, des vio­lences, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix min­utes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actu­al­ité atter­rante et celle des vingt ans passés le mon­trent : des trois reli­gions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus con­tro­ver­sée, voire rejetée 1. Tan­dis que la judaïque et la chré­ti­enne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur con­cur­rente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­toriques flam­boy­antes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétro­grades et répres­sifs. 2

Préal­able : par­ler « reli­gions » ici c’est con­sid­ér­er les appareils, et non pas leurs adeptes, ni leurs vic­times plus ou moins con­sen­tantes. C’est donc par­ler des clergés, des dogmes et des cohort­es activistes et prosé­lytes. On en dirait autant des idéolo­gies, dont les pires – fas­cistes et nazies –, con­stru­ites comme des reli­gions, ont entaché l’Histoire selon des sché­mas sim­i­laires. Donc, dis­tinguer les « hum­bles pécheurs » con­sen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libéra­teurs », tout comme on ne con­fon­dra pas ces mil­i­tants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­tique, mis en exhi­bi­tion dra­ma­tique sur la scène plané­taire, voulant en quelque sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aus­si recourt-il à la vio­lence spec­tac­u­laire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïss­able et le ren­force du même coup dans sa pro­pre et vin­dica­tive dés­espérance. Et ain­si appa­raît-il à la fois comme cause et con­séquence de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gin­al­isée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rompu et « infidèle » ? C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pass­er auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la planète, les plus activistes et dji­hadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharg­er ain­si sur ce bouc émis­saire leur pro­pre part de respon­s­abil­ité quant à leur mise en marge de la « moder­nité ». Moder­nité à laque­lle ils aspirent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeunesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­tifère et désir d’affranchissement des con­traintes obscu­ran­tistes, entre géron­to­crates inté­gristes et jeuness­es reven­dica­tives. D’où cette pres­sion de « cocotte minute » et ces man­i­fes­ta­tions col­lec­tives sans lesquelles les sociétés musul­manes ris­queraient l’implosion. D’où, plus avant, les « print­emps arabes » et leurs nor­mal­i­sa­tions poli­tiques suc­ces­sives – à l’exception notable de la Tunisie.

Un nou­v­el épisode de poussées cléri­cales d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo dén­i­grant l’islam dif­fusée sur la toile mon­di­ale et attribuée à un auteur israé­lo-améri­cain – ou à des sources indéfinies 3. Pré­texte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fana­tiques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­loguer sur ces con­di­tion­nements rep­tiliens (je par­le des cerveaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrême vio­lence à la moin­dre provo­ca­tion du genre. De tout récents ouvrages et arti­cles ont ravivé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fièvre érup­tive qui a saisi les sys­tèmes monothéistes à par­tir de son foy­er le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Ori­ent. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions prophé­tiques et sec­taires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, instal­lé des comp­toirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, tor­turé et mas­sacré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­tenant et ici-bas sur cette Terre, elle aus­si mar­tyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothé­tique, pro­scrivant à cha­cun sa libre con­science et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière human­ité.

Va pour les croy­ances, qu’on ne dis­cutera pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tèmes séculiers pro­liférant sur les plus noirs obscu­ran­tismes ? On par­le aujourd’hui de l’islam parce que les guer­res religieuses l’ont replacé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­ginis­er sur l’air de la mod­éra­tion. Parce que l’islamisme « mod­éré » – voir en Tunisie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pak­istan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tian­isme adhèrent obséquieuse­ment, par « char­ité bien com­prise » en direc­tion de leur pro­pre « mod­éra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au prof­it des mytholo­gies monothéistes, les affab­u­la­tions entretenues autour des messies et prophètes, dont les « biogra­phies » incer­taines, polies par le temps autant que manip­ulées, per­me­t­tent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seule­ment sur leur réal­ité exis­ten­tielle, mais surtout sur les inter­pré­ta­tions dont ces fig­ures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là – c’est selon évidem­ment – comme ignare, voleur, manip­u­la­teur, cupi­de et ama­teur de fil­lettes ? Pas plus réel que sa divin­i­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus con­stru­its hors de leur pro­pre réal­ité, selon des con­tes infan­tiles psalmod­iés et faisant appel à la plus totale cré­dulité.

Mais, admet­tons que les hommes aient créé leurs dieux par néces­sité, celle de combler leurs angoiss­es exis­ten­tielles, de panser leurs mis­ères, leurs ver­tiges face à l’univers et devant l’inconnu des lende­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la per­spec­tive de son devenir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la con­di­tion d’humains désir­ant, par­lant, con­nais­sant, com­prenant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la con­nais­sance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, mal­traité les enfants, méprisé les ani­maux ; inculqué la cul­pa­bil­ité et la soumis­sion ; attaqué la philoso­phie et la sci­ence ; colonisé la cul­ture et imprégné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sex­u­al­ité et les mœurs (con­tra­cep­tion, avorte­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­mandé à la poli­tique et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tiori un seul, puisse con­tenir et exprimer LA vérité ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il chem­iné pour finale­ment dis­soudre sa ratio­nal­ité et son juge­ment ? Mys­tère de la croy­ance… Soit ! encore une fois pas­sons sur ce chapitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème séculi­er, comme ordre ecclésial, avec ses cohort­es, ses palais, ses forter­ess­es spir­ituelles et tem­porelles… Son his­toire mar­quée en pro­fondeur par la vio­lence : croisades, Inqui­si­tion (je voy­ais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tômes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siè­cles !), guer­res religieuses, Saint-Barthéle­my, les bûch­ers, et aus­si les coloni­sa­tions, eth­no­cides, sou­tiens aux fas­cismes… Ça c’est pour le judéo-chris­tian­isme.

Côté islamisme, qui dit se dis­penser de clergé, son emprise ne s’en trou­ve que plus entière­ment diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laï­cisme des islamistes, se voudraient-ils « mod­érés ». Et que penser de cette vio­lence endémique dev­enue syn­onyme d’islam, jusque dans nos con­trées d’immigration où d’autres extrémismes en nour­ris­sent leurs fonds de com­merce nation­al­istes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présen­té dans son his­toire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nom­breuses sourates invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infidèles – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mulguent une « sen­tence d’amitié » – con­tra­dic­tion ou signe oppor­tuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fat­was de con­damna­tion à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix rehaussée des jours-ci ! 4) et de Tasli­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Ams­ter­dam, poignardé puis achevé de huit balles et égorgé en pleine rue ; dans un doc­u­men­taire, il venait de dénon­cer le traite­ment réservé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-dessous.] 5

Même dou­ble lan­gage chez le dieu juif Yahvé pour jus­ti­fi­er…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­tine (dont les Cananéens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient “le peu­ple élu de Dieu”, dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tueras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légiti­mant le colo­nial­isme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théocraties. Affron­te­ment égale­ment par affidés inter­posés et leurs États ou organ­i­sa­tions ter­ror­istes : Bush con­tre Al Quaï­da, Tsa­hal con­tre le Hezbol­lah, “kamikazes” con­tre pop­u­la­tion civile. Vio­lences innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­tiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, sem­blent en con­tester la légitim­ité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­taires, il fait bien appa­raître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprég­nant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les car­i­ca­tures danois­es de Mahomet, dont cer­tains avaient, de même, con­testé la qual­ité artis­tique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représen­tait les vis­ages de l’Inquisition, était-ce bien esthé­tique ? 6

La ques­tion ne porte aucune­ment sur la nature du « sac­rilège » mais sur la dis­pro­por­tion de la réplique engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­lab­o­ra­teurs en Libye, vic­times sac­ri­fi­cielles et à ce titre totale­ment inscrites dans un proces­sus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade améri­caine ? Et aus­si à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Car­o­line Fourest a été chahutée, men­acée, insultée et empêchée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front nation­al !

Comme quoi, pour résumer, une insulte con­tre la foi – ou ce qui en tient lieu –con­stitue un crime plus grave que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musul­man, évidem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins déclarées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion sans visée plané­taire directe retrou­ve toute­fois le chris­tian­isme – ne dit-on pas le judéo-chris­tian­isme ? – et l’islamisme dans cette même volon­té de pénétr­er jusque dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, celles qui se présen­tent comme les « meilleures » parvi­en­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nentes d’aliénation. De même que leur « mod­éra­tion » demeure rel­a­tive à leur stratégie hégé­monique.
  3. Sources qui demeurent encore floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, femme poli­tique et écrivaine néer­lan­do-soma­li­enne con­nue pour son mil­i­tan­tisme con­tre l’excision et ses pris­es de posi­tion sur la reli­gion musul­mane. Elle fut men­acée de mort par Mohammed Bouy­eri, assas­sin du cinéaste Theo van Gogh, notam­ment à la suite de sa par­tic­i­pa­tion au court-métrage du réal­isa­teur qui dénonçait les vio­lences faites aux femmes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­tique !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai car­ré­ment déserté la toile ! Et pas de protes­ta­tions… À sup­pos­er que j’aie pu man­quer à d’aucuns, voici une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indi­geste. Comme l’est l’actu et ce monde si mal en point. Enfin, con­so­la­tion : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aus­si. De même les JO. Pas­sons enfin à la poli­tique, la bonne, vraie, bien politi­ci­enne. Voici le temps béni de la mas­ca­rade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camem­berts dépassés…

Nous sommes début août à Mar­seille. La scène se passe juste avant l’affaire du siè­cle, dite du burki­ni.

Un cou­ple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remon­tons d’une jouis­sive baig­nade pour regag­n­er la Cor­niche et la voiture. Jetant un coup d’œil plongeant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Prophète, tous les Mar­seil­lais con­nais­sent… – , nous sur­plom­bons du regard deux nageuses côte à côte. L’une en mail­lot, l’autre entière­ment habil­lée en noir, bar­b­otant, accrochée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et pais­i­ble ! Ces deux femmes si dif­férentes et qui se baig­nent ensem­ble comme ça, sans prob­lèmes…

Je ne dis rien, trou­vant mon pote bien angélique dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu con­nu d’autres tem­pêtes et dis­putailles…

Elle (à ma gauche) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habil­lée, devant sor­tir de l’eau avec le tis­su tout col­lé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais pen­chant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renon­ce­ment au bien-être, ce qui est dom­mage, mais enfin… Ce qui me con­trarie surtout c’est la soumis­sion à un ordre moral – religieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi passé, il fai­sait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâch­er un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les por­tières se refer­ment sur le débat à peine amor­cé.

burkini

Calan­ques de Mar­seille, juil­let 2016. La mode s’empare du religieux banal­isé, marchan­disé. Un prosé­lytisme ordi­naire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces inter­dic­tions décrétées par des maires – de quel droit au juste, en ver­tu de quel pou­voir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite brandir le mot « laïc­ité », comme ils par­leraient de cul­ture ou de fra­ter­nité… pour un peu je sor­ti­rais mon revolver (hep, c’est une image, hein, une référence… cul­turelle ! 1) Car ils par­lent d’une cer­taine laïc­ité, la leur, qu’ils assor­tis­sent d inter­dic­tion, de rejet, d’exclusion. Une laïc­ité cache-sexe, j’ose le dire, d’une atti­tude en gros anti-musul­mane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette déc­la­ra­tion de Manuel Valls à pro­pos de ces maires censeurs : « Je sou­tiens […] ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volon­té d’encourager le vivre ensem­ble, sans arrière-pen­sée poli­tique. » Et c’est qu’il en con­naît un ray­on, le pre­mier min­istre, en matière d’arrière-pensée poli­tique ! Une autre belle occa­sion de se taire. 2

Par­lons-en de l’« arrière-pen­sée poli­tique » ! Puisqu’il n’y a que ça désor­mais en poli­tique, à défaut de pen­sée réelle, pro­fonde, sincère, por­teuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups four­rés. Tan­dis que ces mêmes politi­ciens se gar­garisent de Démoc­ra­tie et de République, avec majus­cules. Ain­si, quoi qu’ils déclar­ent, ou éructent, s’est selon, et spé­ciale­ment sur ces reg­istres des inter­férences por­tant sur les reli­gions – en fait sur le seul prob­lé­ma­tique islam –, se trou­ve enrac­iné dans l’arrière-monde politi­cien des fameuses « arrière-pen­sées » évo­quées par Valls. On ne saurait oubli­er que la par­tie de pok­er menteur en vue de la prési­den­tielle de 2017 est forte­ment engagée.

C’est pourquoi, s’agissant de ces ques­tions dites du « vivre ensem­ble », la parole poli­tique ne parvient plus à offrir le moin­dre crédit, à l’exception pos­si­ble, épou­vantable, des « vierges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exerçant leur séduc­tion auprès des électeurs échaudés et revan­chards, ou incultes et incon­scients poli­tique­ment autant qu’historiquement. D’où les surenchères ver­bales qui se suc­cè­dent en cas­cades. Ce sont les mêmes qui pour­raient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hon­grie, un Pou­tine en Russie, un Erdo­gan en Turquie, etc. – sans par­ler des mul­ti­ples offres pop­ulistes qui tra­versent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de crédit des politi­ciens explique en grande par­tie la grande fatigue de la démoc­ra­tie : pro­gres­sion des absten­tions et des votes de refus lors des élec­tions ; sus­pi­cion crois­sante à l’égard des élites con­sid­érées comme… éli­tistes, se regroupant et se repro­duisant dans l’entre soi des mon­des de l’économie, des « décideurs » et des médias acca­parés par les financiers. Le tout, avec pour corol­laire la mon­tées des vio­lences urbaines et des incivismes ; les repliements et affron­te­ments com­mu­nau­taristes ; le sen­ti­ment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xéno­pho­bie, l‘antisémitisme et le racisme.

Toutes choses qu’on peut essay­er de com­pren­dre et même d’expliquer, sans pour autant les jus­ti­fi­er – comme l’a hélas pré­ten­du le même Valls déjà cité ici pour la « per­ti­nence » de ses pro­pos. Com­ment vouloir organ­is­er la polis – la cité – si on renonce à en com­pren­dre les (dys)fonctionnements ?

Ain­si quand on déplore la « bar­barie » d’extrémistes religieux en invo­quant l’« obscu­ran­tisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême vio­lence des sys­tèmes religieux – islamistes en l’occurrence 4. Se plain­dre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas revenir la clarté. C’est ici que je place « mon » Bossuet, ce big­ot éru­dit : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chéris­sent les caus­es » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenêtre, les reli­gions sont une des caus­es pre­mières des affron­te­ments entre humains, notam­ment en ce qu’elles vali­dent des croy­ances frat­ri­cides, ou plutôt homi­cides et géno­cides ; lesquelles génèrent les injus­tices et les dérè­gle­ments soci­aux qui ali­mentent l’autre série des « caus­es pre­mières » de la vio­lence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je con­sid­ère aus­si le nazisme et le stal­in­isme sous l’angle des phénomènes religieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accuser la République de tous les maux, jusqu’à vouloir l’abattre, au nom d’un passé colo­nial inex­pi­able, qui vaudrait malé­dic­tion éter­nelle aux généra­tions suiv­antes, c’est dénier l’Histoire et enfer­mer l’avenir dans la revanche, la haine et le mal­heur. C’est notam­ment la posi­tion de mou­ve­ments « pyro­manes » comme Les Indigènes de la République par­lant de « lutte des races sociales » tout en qual­i­fi­ant ses respon­s­ables de souch­iens – néol­o­gisme jouant per­fide­ment sur l’homophonie avec sous-chiens et voulant en même temps désign­er les « Français de souche » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évo­quer l’affaire de Sis­co, ce vil­lage du Cap corse qui a vu s’affronter des habi­tants d’origine maghrébine et des Cors­es… d’origine. Je n’y étais pas, certes, et ne puis que me référ­er à ce que j’en ai lu, et en par­ti­c­uli­er au rap­port du pro­cureur de la Res pub­licæ – au nom de la Chose publique. Selon lui, donc, les pre­miers se seraient appro­prié une plage pour une fête, « en une sorte de caï­dat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux sec­onds… Tan­dis que des pho­tos étaient pris­es, inclu­ant des femmes voilées au bain… Castagnes, cinq blessés, police, voitures incendiées. Pour résumer : une his­toire de ter­ri­toire, de con­cep­tion socié­tale, de cul­ture.

Le mul­ti­cul­tur­al­isme se nour­rit aus­si de bien des naïvetés. Surtout, il est vrai, auprès d’une cer­taine gauche d’autant plus volon­tiers accueil­lante que bien à l’abri des cir­cuits de migra­tion… Les Cors­es sont des insu­laires [Excusez le pléonasme…] et, comme tels, his­torique­ment, ont eu à con­naître, à red­outer, à com­bat­tre les mul­ti­ples envahisseurs, des bar­bares – au sens des Grecs et des Romains : des étrangers ; en l’occurrence, et notam­ment, ce qu’on appelait les Sar­rasins et les Ottomans, autrement dit des Arabes et des Turcs. D’où les nom­breuses tours de guet, génois­es et autres, qui parsè­ment le lit­toral corse, comme à Sis­co. Des mon­u­ments – du latin « ce dont on se sou­vient » – attes­tent de ce passé dans la dureté de la pierre autant que dans les mémoires et les men­tal­ités – même éty­molo­gie que mon­u­ment !

Ain­si les Cors­es demeurent-ils on ne peut plus sour­cilleux de leur ter­ri­toire et, par delà, de leurs par­tic­u­lar­ismes, sou­vent cul­tivés à l’excès, jusqu’aux nation­al­ismes divers et ses vari­antes qui peu­vent se tein­ter de xéno­pho­bie et de racisme [Enreg­istré après l’affaire de Sis­co, un témoignage affligeant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insu­laires, selon leur pro­pre his­toire : « exportés » par l’Histoire (il ne s’agit nulle­ment de nier la réal­ité et les effets du colo­nial­isme) et en par­ti­c­uli­er les migra­tions économiques, ain­si devenus insu­laires, c’est-à-dire isolés de leur pro­pre cul­ture et surtout de leur reli­gion. Tan­dis que la récente mon­di­al­i­sa­tion, telle une tem­pête plané­taire, relance avec vio­lence les « chocs des cul­tures » – je ne dis pas, exprès « civil­i­sa­tions » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion mil­i­taire de l’Occident dans le monde musul­man, sous la houlette des Bush et des néo-con­ser­va­teurs états-uniens a con­sti­tué un cat­a­clysme géopoli­tique ne ces­sant de s’amplifier, abor­dant aujourd’hui le rivage corse de Sis­co et qui, si j’ose dire, s’habille désor­mais en burki­ni.

Retour donc au fameux burki­ni avec la posi­tion de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénonçant le rac­cour­ci par lequel des maires lient le port du burki­ni au ter­ror­isme, ajoute dans son com­mu­niqué : « Quel que soit le juge­ment que l’on porte sur le sig­nifi­ant du port de ce vête­ment, rien n’autorise à faire de l’espace pub­lic un espace régle­men­té selon cer­tains codes et à ignor­er la lib­erté de choix de cha­cun qui doit être respec­tée. Après le « burki­ni » quel autre attrib­ut ves­ti­men­taire, quelle atti­tude, seront trans­for­més en objet de répro­ba­tion au gré des préjugés de tel ou tel maire ? Ces man­i­fes­ta­tions d’autoritarisme […] ren­for­cent le sen­ti­ment d’exclusion et con­tribuent à légitimer ceux et celles qui regar­dent les Français musul­mans comme un corps étranger à la nation. »

Pour la LDDH, certes dans son rôle, il s’agit de met­tre en avant et de préserv­er le principe démoc­ra­tique pre­mier, celui de la lib­erté : d’aller et venir, de penser, de prier, de danser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des lib­ertés. C’est aus­si la posi­tion des Femen qui, tout en déplo­rant l’enfermement des femmes dans le vête­ment, enten­dent défendre le libre choix de cha­cun.

iran-hommes-voilés

Les Iraniens sont de plus en plus nom­breux à pos­er avec, sur la tête, le voile de leur fiancée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux soci­aux : #menin­hi­jab

Le hic vient cepen­dant de ce que le burki­ni n’est pas l’équivalent symétrique­ment inver­sé du biki­ni et qu’on ne peut pas s’en sor­tir avec une for­mule comme « quel que soit le sig­nifi­ant… » ; cette tenue exprime en effet un con­tenu religieux affir­mé, revendiqué – ce que n’est pas le biki­ni, qui relève de la mode, ou seule­ment de la marchan­dise ves­ti­men­taire. Il est aus­si vrai que le burki­ni a été inven­té et lancé par des acteurs de la mode et que son com­merce atteint aujourd’hui des som­mets et que, comme tel, son con­tenu religieux sem­ble tout relatif… Ain­si, burki­ni et biki­ni ne présen­teraient pas qu’une prox­im­ité lex­i­cale, ils partageraient une fonc­tion éro­tique sem­blable par une mise en valeur du corps féminin comme le font le ciné­ma et la pho­to pornographiques, pas seule­ment par la nudité crue, mais aus­si par le moulage des formes sous des vête­ments mouil­lés. Le prob­lème demeure cepen­dant : il est bien celui de l’intrusion du religieux dans le corps de la femme et dans sa lib­erté. Par delà, il pousse le glaive des dji­hadistes dans le corps si frag­ilisé des démoc­ra­ties “mécréantes”, inci­tant à des affron­te­ments de type eth­niques et com­mu­nau­taires, met­tant à bas l’idéal du “vivre ensem­ble”, préludes à la guerre civile. Une telle hypothèse – celle de l’État islamique – peut sem­bler invraisem­blable. Elle n’est nulle­ment écartée par les voix par­mi les plus éclairées d’intellectuels de cul­ture musul­mane. C’est le cas des écrivains algériens comme Kamel Daoud et Boualem Sansal ou comme le Maro­cain Tahar Ben Jel­loun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ranger…), quelles solu­tions envis­ager pour désamorcer ce prélude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pour­tant unique selon les monothéismes – le judaïsme, reli­gion du par­ti­c­uli­er eth­nique, demeu­rant en l’occurrence au seuil de la polémique, ayant assez à faire avec l’usage pub­lic de la kip­pa… ; et le boud­dhisme totale­ment en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflex­ions, je serais ten­té d’en appel­er à la stricte laïc­ité « à la française », selon la loi de 1905, comme solu­tion sus­cep­ti­ble d’apaiser les con­flits : pas de signes religieux (dis­ons osten­ta­toires) dans l’espace pub­lic. On notera à ce sujet que les tolérances actuelles des reli­gions par rap­port aux mœurs demeurent rel­a­tives, récentes et frag­iles – voir la réac­tion du mou­ve­ment Famille pour tous et du clergé catholique, pour ne par­ler que de la France ! Donc préfér­er la Laïc­ité pour tous afin que les vach­es soient bien gardées… Au delà de la boutade, il est vrai que le risque demeure pour les femmes musul­manes de se voir exclues totale­ment de l’espace pub­lic, et des plages en par­ti­c­uli­er. À elles alors de se rebeller, y com­pris et peut-être d’abord con­tre leurs dom­i­na­teurs mâles, obsédés sex­uels tra­vail­lés par un appareil religieux datant du VIIIe siè­cle. À moins qu’elles ne préfèrent l’état de servi­tude, lequel rel­e­vant de la sphère privée, loin de tout prosé­lytisme au ser­vice d’une néga­tion de la vie et du droit à l’épanouissement de tout indi­vidu, homme, femme, enfant.

Je recon­nais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut tou­jours pour les femmes qui, dans le monde, sont tout juste par­v­enues à se libér­er, ou même par­tielle­ment. C’est qu’il leur a fal­lu se bat­tre. Tan­dis que leurs droits dure­ment acquis sont par­fois remis en cause – le plus sou­vent sous la pres­sion religieuse plus ou moins directe. Elles se sont soulevées dans le monde islamisé et con­tin­u­ent de le faire, en avant-gardes minori­taires, trop sou­vent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être soutenues par des hommes. Comme actuelle­ment en Iran, avec cette cam­pagne appuyée par des pho­tos où des hommes appa­rais­sent voilés aux côtés de femmes têtes nues. J’ai fail­li écrire « cha­peau ! »

––––

Com­ment ne pas appréci­er ce bil­let de Sophia Aram, lun­di sur France inter. Indis­pens­able, courageuse, pétil­lante Sophia – la sage icon­o­claste. Mais “grotesque”, cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dra­maturge alle­mand nazi, la cita­tion exacte : « Quand j’entends par­ler de cul­ture… je relâche la sécu­rité de mon Brown­ing ! »
  2. Par­mi ces maires, celui de Vil­leneuve-Lou­bet (06), Lion­nel Luca, favor­able au rétab­lisse­ment de la peine de mort… con­va­in­cu du rôle posi­tif de la coloni­sa­tion. Sym­pa.
  3. Et, tiens ! revoilà le « sarko » tout flam­bant-flam­bard, revir­gin­isé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occu­pa­tion illicite de place sera immé­di­ate­ment empêchée, et les zadistes seront ren­voyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publique à la suite d’une man­i­fes­ta­tion à laque­lle ils auraient appelé, les syn­di­cal­istes devront régler les dom­mages sur leurs pro­pres deniers. »
  4. Quelle reli­gion, dans le fil de l’Histoire, pour­rait se dédouan­er de tout extrémisme vio­lent ?
  5. Cita­tion attribuée à Bossuet, évêque de Meaux (avant Copé), prédi­ca­teur, 1627–1704.
  6. Je ne souhaite pas ici débor­der sur la con­tro­verse autour du livre de Samuel Hunt­ing­ton, Le Choc des civil­i­sa­tions, paru en 1997.

Harcèlement sexuel. S’il fallait “jeter la pierre” à Denis Baupin…

L’affaire Baupin. Exci­ta­tion générale, à base médi­a­tique… J’écris « exci­ta­tion » sci­em­ment, avec ses con­no­ta­tions nerveuses et sex­uelles. L’affaire en ques­tion excite en pro­por­tion des enjeux et des con­séquences autant politi­ci­ennes que poli­tiques ; elle excite aus­si sur le reg­istre du voyeurisme qui ali­mente ou même pro­longe le prob­lème que cer­tains voudraient dénon­cer. Com­ment a-t-il fait « ça » ? Et envoyez les détails, svp ! Je vois donc là-dedans ce jeu trou­ble qui met en cause l’ambiguïté des humains autour de la sex­u­al­ité et du pou­voir – dont la poli­tique serait l’expression raf­finée, ou seule­ment « civique ».

Ainsi, l’affaire en cours me sem­ble-t-elle hauss­er d’un cran de plus, dans sa ver­sion « mod­erne », actuelle, la fon­da­men­tale ques­tion de la sexo-poli­tique 1. À savoir, ce qui met en jeu, en oppo­si­tion et, j’ose dire, en bran­le 2 le biologique & le raison­né, le pul­sion­nel & le rationnel – et pour finir l’individu & la société.

Autant dire qu’une fois de plus, dans une naïveté désar­mante autant que ques­tion­nante, l’animal humain redé­cou­vre, en quelque sorte, l’origine du monde… social. Mes trois points de sus­pen­sion en dis­ent long, faisant ici le pont entre le fameux tableau de Courbet 3, c’est-à-dire “la chose”, et les démêlés de l’élu écol­o­giste. Il s’agit bien du point de pas­sage entre le sexe et la poli­tique, vu cette fois sous l’angle du Spec­ta­cle – S majus­cule – qui mag­ni­fie la chose en même temps que sa répro­ba­tion. 4

N’y a-t-il pas, der­rière ce flot d’indignations aux moti­va­tions hétéro­clites, une hypocrisie magis­trale visant à dis­simuler, sinon à nier, la dou­ble com­posante de l’homme, et de la femme évidem­ment, en tant qu’ani­mal humain ? L’expression déplaît encore. Notam­ment en ce qu’elle dérange les morales établies, et spé­ciale­ment les reli­gions – toutes les reli­gions. 5

N’est-elle pas là, pré­cisé­ment, l’origine du monde… refoulé, frus­tré, vio­lent, de la dom­i­na­tion, de la cupid­ité, du meurtre du vivant et de la lib­erté d’être ? N’est-il pas là, le véri­ta­ble har­cèle­ment sex­uel : tapi dans son ombre de con­fes­sion­nal, sous l’obscurité du voile ou dans les noires injonc­tions « divines » anti-vie ; s’en prenant aux enfants, tout spé­ciale­ment, afin de per­pétuer ce meurtre jusque dans les plus ter­ri­bles guer­res ?

Qui sont les « machos » orig­in­aux, sinon ceux qui ont injec­té leurs trop-pleins d’oestrogènes dans les textes dits « sacrés », décré­tant des lois de dom­i­na­tion, des inter­dits, des infan­til­i­sa­tions qui sévis­sent encore, ou en tout cas, s’opposent sans cesse au mou­ve­ment de la vie libre ?

Qui a dén­i­gré la femme, l’a rabais­sée et con­tin­ue à le faire en la jetant dans des cachots, sous le voile, ou dans les arrière-mon­des ?

Extraits :

Le Nou­veau Tes­ta­ment. (1 Cor 11, 3) : “Le Christ est le chef de tout homme, l’homme est le chef de la femme, et Dieu le chef du Christ”.

(1 Tim 2, 12–14) : “Je ne per­me­ts pas à la femme d’enseigner, ni de faire la loi à l’homme, qu’elle se tienne tran­quille. C’est Adam en effet qui fut for­mé le pre­mier, Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se lais­sa séduire, mais la femme qui séduite, a désobéi.”.

Le Coran. (II, 228) : “Les maris sont supérieurs à leurs femmes”. (IV, 38) : “Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qual­ités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au dessus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour dot­er les femmes. Les femmes vertueuses sont obéis­santes et soumis­es.”

L’Ancien tes­ta­ment. (Genèse 3, 16) : “Le Seigneur dit ensuite à la femme: « Je rendrai tes grossess­es pénibles, tu souf­friras pour met­tre au monde tes enfants. Tu te sen­ti­ras attirée par ton mari, mais il domin­era sur toi »”.

La Torah : “Sois béni, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui ne m’as pas fait femme”, une des prières que tout bon juif doit pronon­cer chaque matin.

Et je m’arrêterai ici aux portes du boud­dhisme, de l’hindouisme et d’autres reli­gions, mono ou poly­théistes qui, sans excep­tions, pla­cent la femme au sec­ond rang.

Pour finir sur ce chapitre sans fin, je rap­pellerai à quels points de récents soubre­sauts de nos sociétés dites éclairées ont été – plutôt plus que moins – « inspirées » par ces pré­ceptes religieux qui sont devenus notre fond cul­turel.

On ne pour­rait les renier, mais autant en être con­scient ; qu’il s’agisse des con­fronta­tions autour des notions de famille (« pour tous » ou pas), de gen­res sex­uels (oppo­si­tions Nature/culture, la nature étant élevée à hau­teur divine) ; qu’il s’agisse tout autant de la marchan­di­s­a­tion des attraits féminins, en par­ti­c­uli­er par la pub­lic­ité racolant sur la voie médi­a­tique ; qu’il s’agisse de tout ce jeu social aus­si com­plexe qu’ambigu entre séduc­tion et con­quête, entre friv­o­lité et vio­lence. Autant de con­sid­éra­tions – non de jus­ti­fi­ca­tions – per­me­t­tant d’expliquer cette dou­ble com­posante de l’animal humain face à ses pro­grammes internes, biologiques et cul­turels : se repro­duire, per­pétuer l’espèce et s’élever jusqu’à « faire société ». Il n’est pas dit qu’il y arrive jamais !


Dix cas de sex­isme en poli­tique par libezap

Voilà pourquoi je ne « jet­terai pas la pierre » (Bible) à Denis B.

Notes:

  1. Con­cept notam­ment dévelop­pé par Wil­helm Reich dans ses analy­ses des struc­tures car­ac­térielles de l’humain refoulé
  2.  « Le monde n’est qu’une bran­loire pérenne. Toutes choses y bran­lent sans cesse. » (Mon­taigne, Essais, III)
  3. Tableau qui fut un temps la pro­priété de Jacques Lacan.
  4. On ne peut alors que penser à Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chéris­sent les caus­es. »
  5. Que l’homme ne soit pas le sum­mum de la créa­tion de Dieu, voilà ce que les reli­gions n’ont tou­jours pas par­don­né à Dar­win et sa théorie de l’évolution.

Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mourir, lui qui aurait préféré crev­er. Faut être encore plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne directe. Enfin, c’est son affaire. On ne sait quand auront lieu ses obsèques nationales. Plutôt que les Invalides ou le Pan­théon, il s’était réservé un coin à Mont­martre – à quel cimetière (celui du haut ou l’autre sous le pont Caulain­court) ? Il y aura une fan­fare au moins, comme à la Nou­velle-Orléans ? Une fan­fare de jazz, espérons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simone, Ray Charles, Dizzy Gille­spie, Count Basie, Bil­lie Hol­i­day… le free aus­si, Coltrane, Pharoah Sanders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­tringue gauchiste ; s’était fait embobin­er par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était revenu ; avait fréquen­té Mal­com X dont il dis­ait qu’il n’était ni croy­ant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-vio­lent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes con­fon­dus – c’était son sport favori, à égal­ité avec l’anti-militarisme ; de quoi ori­en­ter toute une vie de dessineu-grande-gueule au coup de cray­on assas­sin ; de quoi en lancer des anathèmes défini­tifs, et des “font chi­er”, et des doigts d’honneur grand comme des cac­tus géants, de celui en bronze qui va désor­mais mon­ter la garde sur ses cen­dres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un intéres­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans “The Dis­si­dent” (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à faire son com­ing out sur ce point…

Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deux­ième fat­wa vient de frap­per l’écrivain et jour­nal­iste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à pro­pos de son analyse des vio­lences sex­uelles du Nou­v­el an à Cologne. Cette nou­velle con­damna­tion émane d’une sorte de secte laïque rassem­blant une poignée d’« intel­lectuels auto­proclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les sig­nataires du “Col­lec­tifNoured­dine Ama­ra (his­to­rien), Joel Beinin (his­to­rien), Hou­da Ben Hamou­da (his­to­ri­enne), Benoît Chal­land (soci­o­logue), Joce­lyne Dakhlia (his­to­ri­enne), Sonia Dayan-Herzbrun (soci­o­logue), Muri­am Haleh Davis (his­to­ri­enne), Giu­lia Fab­biano (anthro­po­logue), Dar­cie Fontaine (his­to­ri­enne), David Theo Gold­berg (philosophe), Ghas­san Hage (anthro­po­logue), Laleh Khalili (anthro­po­logue), Tris­tan Lep­er­li­er (soci­o­logue), Nadia Mar­zou­ki (poli­tiste), Pas­cal Ménoret (anthro­po­logue), Stéphanie Poues­sel (anthro­po­logue), Eliz­a­beth Shak­man Hurd (poli­tiste), Thomas Ser­res (poli­tiste), Seif Soudani (jour­nal­iste).

Dans l’édition du 12 févri­er, sous le titre « Les fan­tasmes de Kamel Daoud », ce « col­lec­tif » lançait son anathème, exclu­ant de son céna­cle « cet human­iste auto­proclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les pre­mières lignes de la sen­tence, l’intention malveil­lante des juges. Les lignes suiv­antes con­fir­maient une con­damna­tion sans appel : « Tout en déclarant vouloir décon­stru­ire les car­i­ca­tures pro­mues par ” la droite et l’extrême droite “, l’auteur recy­cle les clichés ori­en­tal­istes les plus éculés, de l’islam reli­gion de mort cher à Ernest Renan (1823–1892) à la psy­cholo­gie des foules arabes de Gus­tave Le Bon (1841–1931). »

Que veu­lent donc dire, ces soci­ol­o­gisants ensoutanés, par leur atten­du si tran­chant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recy­cle les clichés ori­en­tal­istes les plus éculés, de l’islam reli­gion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieil­leries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tan­dis que leur « soci­olo­gie » à eux, hein !

Nos inquisi­teurs reprochent au jour­nal­iste algérien d’essen­tialis­er « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ain­si avec con­de­scen­dance : « Cer­taine­ment mar­qué par son expéri­ence durant la guerre civile algéri­enne (1992–1999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expéri­ence, si déli­cate­ment choisi] Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les pro­mo­teurs de cette logique de mort. »), selon une « approche cul­tur­al­iste ». En cela, ils rejoignent les posi­tions de l’essayiste améri­cano-pales­tinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fab­ri­ca­tion de l’Occident post-colo­nial­iste. Comme si les cul­tures n’existaient pas, jusqu’à leurs dif­férences ; de même pour les civil­i­sa­tions, y com­pris la musul­mane, bien enten­du.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

Que se cache donc der­rière le mys­ti­cisme des fas­cistes, ce mys­ti­cisme qui fasci­nait les mass­es ?” W. Reich

À ce pro­pos, revenons aux com­pères Renan et Le Bon, en effet con­tem­po­rains et nulle­ment arriérés comme le sous-enten­dent nos néo-aya­tol­lahs. Je garde les meilleurs sou­venirs de leur fréquen­ta­tion dans mes années « sex­poli­ennes » – sexo-poli­tiques et reichi­ennes –, lorsque l’orthodoxie marx­iste se trou­va fort ébran­lée, à par­tir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je reli­rais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notam­ment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psy­cholo­gie des foules, de Gus­tave Le Bon, dont on retrou­ve de nom­breuses traces dans Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme du même Wil­helm Reich. Les agres­sions de Cologne peu­vent être analysées selon les critères reichiens du refoule­ment sex­uel et des cuirass­es car­ac­térielle et cor­porelle prop­ices aux enrôle­ments dans les idéolo­gies fas­cistes et mys­tiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réal­ités « objec­tives » des con­di­tions de vie – elles se ren­for­cent mutuelle­ment. Tan­dis que les accusa­teurs de Daoud sem­blent ignor­er ces com­posantes psy­cho-sex­uelles et affec­tives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ain­si accusé de psy­chol­o­gis­er les vio­lences sex­uelles de Cologne, et d’« effac­er les con­di­tions sociales, poli­tiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lam­en­ta­ble retourne­ment du pro­pos – selon une argu­men­ta­tion qui pour­rait se retourn­er avec per­ti­nence !

Enfin, le jour­nal­iste algérien se trou­ve taxé d’islam­o­pho­bie… Accu­sa­tion défini­tive qui, en fait, à relire ces com­pères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de com­bat » désor­mais à la mode, inter­dit toute cri­tique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « dou­ble fat­watisé » pour­ra cepen­dant trou­ver quelque récon­fort dans des arti­cles de sou­tien. Ain­si, celui de Michel Guer­rin dans Le Monde du 27 févri­er. Le jour­nal­iste rap­pelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le jour­nal­isme pour se con­sacr­er à la lit­téra­ture. « Il ne change pas de posi­tion mais d’instrument. » « Ce retrait, pour­suit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d’une fat­wa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses con­vic­tions. Du reste, sa vision de l’islam est pas­sion­nante, hors normes, car elle divise la gauche, les fémin­istes, les intel­lectuels. Une grande par­tie de la soci­olo­gie est con­tre lui mais des intel­lectuels africains salu­ent son courage, Libéra­tion l’a défendu, L’Obs aus­si, où Jean Daniel retrou­ve en lui “toutes les grandes voix fémin­istes his­toriques”. […] Ain­si va la con­frérie des soci­o­logues, qui a le nez rivé sur ses sta­tis­tiques sans pren­dre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L’Obs, le 18 févri­er. »

Ain­si, cette remar­quable tri­bune de la roman­cière fran­co-tunisi­enne Fawzia Zouari, dans Libéra­tion du 28 févri­er, rétorquant aux accusa­teurs :

« Voilà com­ment on se fait les alliés des islamistes sous cou­vert de philoso­pher… Voilà com­ment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musul­man a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : “Il faut dire qu’il y a un… par fran­cein­ter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le “porno-islamisme” s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détes­tent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles pren­nent le volant, por­tent des jupes cour­tes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pel­lent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions monothéistes. Le jour­nal­iste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lectuels du monde musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esquiv­ées par les reli­gions – sans doute parce qu’elles leur sont con­sti­tu­tives. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sex­uelles de femmes fin décem­bre à Cologne, il accuse le “porno-islamisme” et inter­pelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immi­gré », cet « autre », con­damné autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­roger val­able­ment sur l’islam con­duit à décrypter les mécan­ismes de haine à l’œuvre dans les dis­cours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assas­sin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décem­bre 2014 dans l’émission de Lau­rent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­siste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­biliter l’homme, on ne va pas avancer. La ques­tion religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pou­voir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam salafiste, appelant à son exé­cu­tion « pour apos­tasie et hérésie ». Depuis, le jour­nal­iste, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, est placé sous pro­tec­tion poli­cière, avec toutes les con­traintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bre­tagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, en Algérie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avancer sans guérir ce rap­port trou­ble à l’imaginaire, à la mater­nité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la per­pé­tu­a­tion de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont con­tre la pornogra­phie et com­plète­ment pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révo­lu­tion. Libérez la femme et vous aurez la lib­erté.  »

Ces jours-ci, dans un arti­cle pub­lié en Ital­ie dans le quo­ti­di­en La Repub­bli­ca et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événe­ments de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fan­tasmes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immi­gré : angélisme, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­bares anci­ennes et base du binôme bar­bare-civil­isé. Des immi­grés accueil­lis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les vio­lent. »

meursaultsJour­nal­iste et essay­iste algérien, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, con­tre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du pre­mier roman. Il s’agit d’une sorte de con­tre­point à L’Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 févri­er au Théâtre des Bernar­dines à Mar­seille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à com­pren­dre, à expli­quer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme pro­jeté sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa cul­ture […] On voit le sur­vivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège cul­turel que résume surtout son rap­port à Dieu et à la femme. »

Il pour­suit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste dif­férent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foy­er col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si con­va­in­cre l’âme de chang­er. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la mis­ère sex­uelle dans le monde arabo-musul­man, le rap­port malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud refor­mule sa « thèse » :

« Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, le sec­ond dans le monde d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfer­mée ou pos­sédée. Cela dénote un rap­port trou­ble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la lib­erté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admet­tre. Elle est l’incarnation du désir néces­saire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inutile, d’un éloigne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une désobéis­sance et cette désobéis­sance est le pro­duit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa per­ti­nence, ne risque pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­tiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « mod­érés », tant la fron­tière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être enten­du ? – quand il par­le – naïve­ment ? – de « con­va­in­cre l’âme de chang­er »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande mis­ère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font dis­cours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descrip­tions d’un par­adis plus proche du bor­del que de la récom­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les kamikazes, chas­se aux corps dans les espaces publics, puri­tanisme des dic­tatures, voile et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat con­tre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explos­er en terre d’Occident, là où la lib­erté est si inso­lente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment dernier. Un sur­sis qui fab­rique du vivant un zom­bie, ou un kamikaze qui rêve de con­fon­dre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Europe pour échap­per, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux con­naître une femme mais je refuse que ma sœur con­naisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fer­mer les portes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les portes con­duira, un jour ou l’autre, à tir­er par les fenêtres, et cela est un crime con­tre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela sig­ni­fie comme tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immi­grés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délin­quance, mais cela pose le prob­lème des « valeurs » à partager, à impos­er, à défendre et à faire com­pren­dre. Cela pose le prob­lème de la respon­s­abil­ité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l’on voit que la “guerre” ne saurait con­duire à la paix dans les cœurs… Dans ce proces­sus his­torique mil­lé­naire par­cou­ru de reli­gions et de vio­lence, de con­quêtes et de dom­i­na­tion, de refoule­ments sex­uels, de néga­tion de la femme et de la vie, de haines et de ressen­ti­ments remâchés… de quel endroit de la planète pour­ra bien sur­gir la sagesse humaine ?


De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rec­ti­fi­catif : un mort célèbre par jour. Pré­ci­sion : un mort médi­a­tique­ment célébré. Affine­ment : un mort prélevé dans la Société du Spec­ta­cle. Développe­ment.

Le hasard – ici heureuse et infail­li­ble coïn­ci­dence – a fait que mon ami Robert Blondin ait, out­re-Atlan­tique, cousu au même moment quelques pro­fondes réflex­ions autour de la mort, de la célébrité et des trompettes de la renom­mée fustigées par le lumineux Brassens. Dou­ble occa­sion de « mourir moins bête », comme le clame un grinçant feuil­leton quo­ti­di­en sur Arte, se ter­mi­nant invari­able­ment par : « …oui, mais bon, vous mour­rez quand même ! »

Résumons, par ordre chronologique de décès (liste très pro­vi­soire) : Delpech Michel (chanteur), Bley Paul (pianiste de jazz), Tur­cat André (pilote d’avion), Hunter Long John (blues­man), Gal­abru Michel (comé­di­en), Boulez Pierre (musi­cien), Pam­pani­ni Syl­vana (actrice ital­i­enne), Armen­dros Choco­late (trompet­tiste cubain), Peu­geot Roland (indus­triel), Cour­règes André (styl­iste de mode), Reid Patrick (rug­by­man irlandais), Clay Otis (chanteur de soul état­sunien), Bowie David (chanteur bri­tan­nique), Angélil René (agent artis­tique québé­cois), Desruis­seaux Pierre (écrivain québé­cois), Tournier Michel (écrivain), Alaoui Leïla (pho­tographe fran­co-maro­caine), Sco­la Ettore (cinéaste), Charles-Roux Edmonde (écrivaine, jour­nal­iste)…

J’ai, exprès, mis les noms de famille en tête, comme sur les mon­u­ments aux morts et comme on les appelle à chaque célébra­tion de mas­sacres.

Ne pas man­quer non plus de citer Allen Woody quand, ayant énuméré les morts suc­ces­sives de Jésus, Marx, Mao, il ajoute, gogue­nard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Liste ouverte, lim­itée à la sphère cul­tureuse ou presque, fran­co-cen­trée – bien qu’il y ait là dedans des sportifs, un pilote, des Cana­di­ens, un indus­triel, un Cubain, une fran­co-Maro­caine…

Le plus mar­rant, si j’ose dire, c’est la liste com­plète établie et tenue au jour le jour sur Wikipedia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Monde aus­si, “la” référence…

Où l’on voit que le degré de célébrité relève de fac­teurs mul­ti­ples, surtout cul­turels et marchands. Ce qui définit bien la notion de « spec­ta­cle » – même si on ne l’étend pas à la cri­tique de la société selon Debord Guy (mort lui aus­si – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre pop­u­lar­ité et pipo­lar­ité, cette dernière ten­dant à devenir la seule vraie échelle de « valeurs », propul­sée en cela par la machine médi­a­tique à fab­ri­quer de l’idole selon des recettes aus­si fluc­tu­antes que les cours de la bourse. Fluc­tu­a­tions qui n’altèrent en rien la solid­ité du Cap­i­tal­isme, au con­traire. Tout comme la célébra­tion des morts célèbres assurent les valeurs des célébrités (pro­vi­soire­ment) vivantes. Ain­si ce flux mor­bide se trou­ve-t-il pieuse­ment entretenu. Il fait par­tie du fond de com­merce des gazettes et autres rédac­tions nécrologiques, voire nécrophiliques.

Ain­si Le Monde – pour ne citer que lui – ren­ferme dans son fri­go quelque 300 notices prêtes à démouler après réchauffage à l’actualité. Mais c’est sans doute l’Agence France Presse qui détient la plus gar­nie des cham­bres froides – mod­èle Rungis (gros et demi-gros). Par­tant de là, la célébra­tion mor­tu­aire vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, maigri­chonne ou pléthorique ; ou selon le degré de pipo­lar­ité.

Ain­si un Michel Delpech a-t-il « béné­fi­cié » de 20 min­utes en ouver­ture du JT de 20 heures de France 2 ! Boulez un peu plus de cinq, et en fin de jour­nal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaîne. Gal­abru, ah le bon client que voilà ! Bien moins cepen­dant que Bowie – record absolu, tous sup­ports, sur plusieurs jours (prévoir des « résur­rec­tions » type Michael Jack­son).

Tels sont aujourd’hui les rites mod­ernes qui entourent la mort, cette don­née du vivant, sans laque­lle la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus encore…

22-mort« Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas moisson­nant et fauchant, / Noir squelette lais­sant pass­er le cré­pus­cule. / Dans l’ombre où l’on dirait que tout trem­ble et recule, / L’homme suiv­ait des yeux les lueurs de la faux » – Vic­tor Hugo, Les Con­tem­pla­tions

 Où l’on voit enfin que ladite célébrité recou­vre la froide – c’est bien le mot – réal­ité de la mort : « La mor­tal­ité dans le monde cor­re­spond à 1,9 décès à chaque sec­onde sur Terre, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 mil­lions de décès chaque année. » C’est beau­coup, mais inférieur au nom­bre de nais­sances. Ce qu’on peut regret­ter en ter­mes stricte­ment démo­graphiques et en par­ti­c­uli­er sous l’angle malthusien… Compt­abil­ité dévelop­pée ici, c’est amu­sant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cette quête de l’immortalité qui sem­ble avoir saisi l’animal humain depuis la nuit des temps. Cette nuit qui l’effraie tant ; pour (ou con­tre) laque­lle l’homo erec­tus s’est redressé, jusqu’à ten­ter de devenir sapi­ens – du moins par moments, selon les lieux et les cir­con­stances…

Pour ce faire, il aura érigé des totems, bramé des incan­ta­tions, bricolé des rites, des mythes, des cultes et par dessus le marché des reli­gions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obé­di­ences se dis­putant leur Dieu pour­tant devenu unique. Il aura bran­di des textes « sacrés » aux fables infan­til­isantes et, aus­si, nour­ri les arts les plus sub­limes, en même temps que les bûch­ers et innom­brables sup­plices ; puis lancé des hordes de guer­ri­ers, tous bar­bares récipro­ques et égale­ment fana­tiques, semeurs de mort, assas­sins de vie. Dans cette pro­fonde nuit auront sur­gi, sub­limes éclairs isolés ou spo­radiques, les torch­es vac­il­lantes et fières des Lumières.

Nous en sommes là, si incer­tains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans doute et avec tant de doutes quant à l’avenir de cet homo habilis, si doué pour la souf­france et le mas­sacre. Amen.



Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tomber, hier, sur l’article que j’ai con­sacré au jour­nal­iste polon­ais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bouquins fameux, Imperi­um – sur l’empire sovié­tique finis­sant, une suite de reportages à sa façon –, j’y rel­e­vais ça :

« Trois fléaux men­a­cent le monde. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racisme. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pestes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le dernier numéro du men­su­el L’Histoire (thème : New­ton, les Lumières et la révo­lu­tion sci­en­tifique : excel­lent autant qu’actuel), un lecteur revient sur le précé­dent numéro (novem­bre) con­sacré aux com­mu­nistes et titré « Pourquoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des répons­es peu­vent être avancées. Mais ce lecteur con­tin­ue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nom­bre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­pren­dre pourquoi ils sont resté com­mu­nistes ». Et d’égrener le chapelet des hor­reurs stal­in­i­ennes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Con­fère le troisième fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­tal­isme religieux.

Même si les caus­es et les effets dif­férent dans les nuances, nazisme, stal­in­isme et dji­hadisme relèvent du tronc com­mun de « la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. » Les con­séquences aus­si con­ver­gent dans la vio­lence la plus mor­tifère con­duisant les peu­ples cré­d­ules aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­tiques para-religieux. Ain­si les fon­da­men­tal­istes du libéral­isme ultra, les ado­ra­teurs du Marché et de sa Main invis­i­ble, celle qui agit « en douce », par délé­ga­tion, sans se mon­tr­er au grand jour, et n’en con­duit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­tices, guer­res, mis­ère.

Ain­si les néga­tion­nistes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illus­tres prédécesseurs face aux géno­cides nazis, choi­sis­sent la cat­a­stro­phe plutôt que de renon­cer à leurs cultes con­som­ma­toires. Cultes innom­brables aux­quels d’ajoutent la plus crasse imbé­cil­lité telle que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (France 2) exhibant de fameux spéci­mens du genre : ceux qui, aux Etats-Unis, trafiquent leurs diesel mon­strueux pour qu’il éructent les plus épaiss­es fumées noires… (J’avais pub­lié une vidéo sur ces éner­gumènes, mais elle a été dés­ac­tivée, je ne sais pourquoi… Des dizaines de vidéos paradent sur la toile – taper “coal rolling” et dés­espér­er du genre humain…)

Après eux le déluge. Sur le même mode, en somme, par lequel un tiers des électeurs du « pays des Droits de l’Homme » – et patati et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cisme présentable, juste « pour essay­er », puisque les autres leur parais­sent usés – ce qui n’est pas faux, certes !

Mais enfin, quelle défaite annon­cée ! Défaite de la pen­sée, des con­vic­tions, des valeurs. De soubre­sauts en cahots, en cul­butes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégay­er, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sis­sent.

tas-urgences

Où allons-nous ? “Ça débor­de” de partout ; de gauche et de droite„ extrême­ment. [Ph. d.r.]


Attentats de Paris. Que de morts, que de drames !

Même encore incom­plète, qu’elle sem­ble inter­minable, la liste des vic­times des atten­tats de ce ven­dre­di noir ! Que de drames soudain sur­gis dans les familles, chez les proches !… Et que de souf­frances sous les blessures, les muti­la­tions ! Fal­lait-il y ajouter l’outrage infligé, hier à l’Assemblée nationale, par les politi­cards et leurs ges­tic­u­la­tions imbé­ciles, indé­centes, out­rageantes, atter­rantes ? Cette liste des morts de ven­dre­di ne peut que leur faire honte. Une honte qui ne con­sol­era de rien, ni des peines, ni des douleurs.

attentats-Paris

Mar­seille , lun­di midi. [Ph. gp]

Guil­laume Bar­reau Decherf, 43 ans, était jour­nal­iste aux Inrocks. Pas­sion­né de Hard Rock, il était diplômé de l’école de jour­nal­isme ESJ Lille. Il avait débuté à Libéra­tion et tra­vail­lé pour le mag­a­zineRolling Stone. Il avait récem­ment écrit au sujet du nou­v­el album du groupe Eagles of Death Met­al, qui se pro­dui­sait au Bat­a­clan le soir du mas­sacre.. Père de deux filles, il est né à Bar-le-Duc (Meuse) et a gran­di dans l’Essonne, comme le rap­porte lEst Répub­li­cain. Ses con­frères et anciens cama­rades de l’Ecole de jour­nal­isme ESJ de Lille se sou­vi­en­nent de sa douceur sous une allure de «métalleux», de sa pas­sion pour la musique et de son sens de la for­mule qui fai­sait sou­vent mouche. Il a per­du la vie au Bat­a­clan.

Macathéo Ludovic Boum­bas, 40 ans, dit «Ludo», 40 ans, est mort à La Belle Equipe, bistrot du XIe arrondisse­ment où il fêtait l’anniversaire d’une amie. «Il a voulu pro­téger une amie, Chloé, en se met­tant sur elle. Il s’est pris une rafale», a dit son frère à l’AFP. D’origine con­go­laise, Ludo était ingénieur chez le trans­porteur FedEx.

Alban Denu­it, 32 ans, orig­i­naire du Lot-et-Garonne, à Mar­mande, ce plas­ti­cien était exposé à la galerie bor­de­laise Eponyme. Diplômé de l’École nationale des Beaux-Arts de Paris, il enseignait à l’université Bor­deaux 3. Selon Sud Ouest, il avait obtenu l’été dernier son doc­tor­at d’arts plas­tiques avec félic­i­ta­tions du jury. Il est décédé au Bat­a­clan.

Romain Didi­er, 32 ans, était orig­i­naire du Berry. Il vivait non loin du lieu du drame, comme le rap­porte le Jour­nal du Cen­tre. A Paris, il avait suivi des cours d’art dra­ma­tique à l’école Jean Péri­mo­ny et avait occupé entre 2009 et 2013 le poste de man­ag­er du Lit­tle Tem­ple Bar, un bar du VIe arrondisse­ment de Paris. Il a été tué rue de Charonne, dans le XIe arrondisse­ment de Paris, alors qu’il était avec son amie, Lamia Mon­deguer, elle aus­si décédée.

Lamia Mon­deguer, 30 ans, a été tuée rue de Charonne alors qu’elle se trou­vait avec son com­pagnon, Romain Didi­er. La jeune femme, diplômée de l’université Paris VII et de l’Ecole supérieure d’études ciné­matographiques tra­vail­lait pour l’agence artis­tique Noma Tal­ents.

Cédric Mauduit, 41 ans, était orig­i­naire de Lion-sur-Mer (Cal­va­dos). Il tra­vail­lait au Con­seil départe­men­tal du Cal­va­dos, où il était directeur de la Mod­erni­sa­tion du départe­ment, comme le rap­porte le site inter­net du départe­ment. Il assis­tait au con­cert avec 5 amis, dont une autre vic­time, David Per­chirin. Son frère a lancé un appel sur les réseaux soci­aux pour faire venir les Rolling Stones ou David Bowie, des artistes qu’il admi­rait, à son enter­re­ment.

Romain Feuil­lade, 31 ans, était sur la ter­rasse de La Belle équipe lorsqu’il est tombé sous les balles des assail­lants. Le jeune homme, mar­ié, était orig­i­naire de Gilly-sur-Isère (Savoie) et s’était instal­lé à Paris pour devenir comé­di­en. Il tenait un restau­rant dans le XIe arrondisse­ment, Les Cent kilos, avec un asso­cié. «C’était un garçon d’une pro­fonde gen­til­lesse, doté d’un puis­sant sens de l’humour. Souri­ant, généreux, hum­ble, bien­veil­lant. Un exem­ple d’homme, le meilleur. Un ami dévoué», a témoigné l’un de ses amis dans Libéra­tion

Véronique Geof­froy de Bour­gies, 54 ans, était une ex-man­nequin et anci­enne jour­nal­iste duFigaro Madame et Vogue Homme. Elle avait fondé jemesensbien.fr, un blog sur lequel elle postait quo­ti­di­en­nement des bil­lets “bonne humeur”. Elle avait adop­té il y a deux ans une petite fille, Mélis­sa et un petit garçon, Diego. Amoureuse de Mada­gas­car, elle y avait créé en 2004 une asso­ci­a­tion, Zaza­ke­ly Sam­bat­ra (“enfants heureux”) . Elle a été abattue à la ter­rasse de La Belle équipe. Son mari, pho­tographe, était en déplace­ment à Shang­haï pen­dant les atten­tats.

Math­ieu Hoche, 38 ans, était tech­ni­cien cadreur pour la chaîne France 24. “Il était jeune, il avait un enfant de 6 ans”, a twit­té sa col­lègue Rose­lyne Feb­vre sur Twit­ter. «Un garçon adorable, dis­cret, bosseur, pro­fes­sion­nel», évoque le directeur de la chaîne Marc Saikali.

Thomas Ayad, 34 ans, orig­i­naire d’Amiens, était pro­duc­teur pour la mai­son de disque Mer­cury Records, un label qui dépend du groupe Uni­ver­sal et s’occupait notam­ment du mar­ket­ing d’Eagles of Death Met­al. Tué au Bat­a­clan, il assis­tait au con­cert avec deux col­lègues. Lucian Grainge, PDG d’Universal Music Group, a ren­du hom­mage à Thomas Ayad dans une let­tre pub­liée par le Los Ange­les Times. Pas­sion­né de hock­ey sur gazon, son ancien club a organ­isé un rassem­ble­ment d’hommage dimanche. «Il est mort presque tout de suite, au Bat­a­clan, alors qu’il était en train de par­ler avec un garçon de Nous Pro­duc­tions (le tourneur du con­cert, ndlr), qui lui a été blessé. (…) Franc, hon­nête, c’était un ami fidèle, on pou­vait compter sur lui», a racon­té à Libéra­tion l’un de ses amis.

Marie Moss­er, 24 ans, orig­i­naire de Nan­cy et anci­enne employée de la mai­son de disque Mer­cury Records, elle col­lab­o­rait avec le site inter­net Celebri­ties in Paris, qui a con­fir­mé son décès. Cette spé­cial­iste en Com­mu­ni­ca­tion et mar­ket­ing dig­i­tal est l’une des vic­time de l’attentat du Bat­a­clan.

Quentin Boulenger, 29 ans, était orig­i­naire de Reims et habitait dans le 17e arrondisse­ment de Paris, selon l’Union. Il est décédé au Bat­a­clan. Diplômé de l’école de com­merce Audi­en­cia de Nantes (Loire-Atlan­tique), ce jeune mar­ié s’était instal­lé dans le XVI­Ie arrondisse­ment de Paris et tra­vail­lait comme respon­s­able dig­i­tal inter­na­tion­al au sein du groupe de cos­mé­tiques L’Oréal.

Valentin Ribet, 26 ans, était avo­cat d’affaires au bar­reau de Paris depuis l’année dernière. Il tra­vail­lait au cab­i­net Hogan Lovells, qui a con­fir­mé sa dis­pari­tion. Le jeune homme avait étudié à Lon­don School of Eco­nom­ics, après avoir obtenu son diplôme à la Sor­bonne. Il est décédé au Bat­a­clan, où il était avec son amie Eva, blessée, opérée et dont les jours ne sont plus en dan­ger.

Djami­la Houd, 41 ans, et orig­i­naire de Dreux, a été tuée sur la ter­rasse de La Belle Équipe, rue de Charonne. Fille de Harkis, issue «d’une des grandes familles drouais­es», comme le rap­porte l’Écho Répub­li­cain, Pro­prié­taire de la brasserie parisi­enne le Café des anges, à Bastille, Djami­la Houd vivait à Paris.

Fab­rice Dubois, 46 ans, mar­ié et père de deux enfants âgés de 11 et 13 ans, était rédac­teur con­cep­teur chez Pub­li­cis Con­seil. Il habitait à Médan, dans les Yve­lines. Il est décédé au Bat­a­clan. Sa sœur a con­fir­mé sa mort à Paris Match.

François-Xavier Prévost, 29 ans, orig­i­naire de Lam­ber­sart, dans le Nord-Pas-de-Calais, était pas­sion­né de ten­nis. Il tra­vail­lait dans la pub­lic­ité à Lille, comme le rap­porte l’AFP. Selon La Voix du Nord, il assis­tait au con­cert du Bat­a­clan avec deux amis. «We miss you FX», une page Face­book dédiée au jeune homme a été créée par ses proches. «L’amour de ma vie, à jamais», a écrit sa com­pagne sur la page Face­book créée pour lui ren­dre hom­mage.

Math­ias Dymars­ki, 22 ans et Marie Lausch, 23 ans, sont tous les deux décédés lors de l’attentat du Bat­a­clan. Ces Mosel­lans étaient ensem­ble depuis 5 ans, et avaient emmé­nagé en sep­tem­bre dernier dans un apparte­ment parisien, selon Le Répub­li­cain Lor­rain. La jeune femme, diplômée de l’école de com­merce de Reims, venait de ter­min­er une mis­sion pour un groupe de cos­mé­tiques. Math­ias, ingénieur travaux, allait fêter ses 23 ans le 6 décem­bre prochain.

Pierre Inno­cen­ti, 40 ans, que tout le monde appelait “Pier­ro”, avait repris le restau­rant ital­ien famil­ial Liv­io, une insti­tu­tion à Neuil­ly-sur-Seine. Il avait posté sur sa page Face­book, quelques min­utes avant le début du con­cert, une pho­to de l’affiche du groupe de rock. «Pierre était un énorme bosseur, mais c’était aus­si un bon vivant, il aimait faire la fête. C’était aus­si un homme de valeurs», racon­te Arash Der­am­barsh, un ami de Pierre Inno­cen­ti et élu de Courbevoie.

Stéphane Alber­ti­ni, cousin de Pierre Inno­cen­ti, était le copro­prié­taire du restau­rant Liv­io.

Matthieu Giroud, 39 ans, était orig­i­naire de Jar­rie, dans la région de Greno­ble. Géo­graphe, spé­cial­iste de la gen­tri­fi­ca­tion, il était maître de con­férence à l’Université Blaise Pas­cal de Cler­mont-Fer­rand entre 2008 et 2012, avant de rejoin­dre le CNRS et l’Université Paris Est Marne la Val­lée. Il était le père d’un petit garçon de 3 ans et sa com­pagne, Aurélie, est enceinte d’une petite fille. Qual­i­fié par un mem­bre de sa famille d’ «impi­toy­able­ment paci­fiste», Matthieu Giroud «aimait le rock, le whisky japon­ais, le foot, les BD et regarder des séries avec son Aurélie. Plus que tout il aimait ses amis — nom­breux. Ses amis de Jar­rie et ses amis de Paris. Ses amis vivant en province et ses amis vivant à l’étranger», a écrit sur Face­book Fabi­enne Sil­vestre-Bertonci­ni, sa belle soeur. Matthieu Giroud est décédé au Bat­a­clan.

Aurélie de Peretti, 33 ans, info­graphiste de for­ma­tion, recon­ver­tie dans la restau­ra­tion, était orig­i­naire de Saint-Tropez. Elle était venue à Paris avec son amie Élodie Pier­rat pour assis­ter au con­cert du Bat­a­clan, où elle est décédée. Élodie Pier­rat demeure en soins inten­sifs.

Quentin Mouri­er, 29 ans, tué au Bat­a­clan, était archi­tecte aux Verg­ers Urbains. Il est décrit comme quelqu’un «plein de ressources, d’énergie, d’initiatives, d’engagement» sur le site inter­net de cette asso­ci­a­tion qui milite pour la végé­tal­i­sa­tion. Il habitait dans la cap­i­tale mais était orig­i­naire de Rouf­fach (Haut-Rhin), selon les Dernières Nou­velles d’Alsace. Il avait étudié à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Ver­sailles.

Élodie Breuil, 23 ans, était étu­di­ante en design à l’école de Condé, dans le XVème arrondisse­ment de la cap­i­tale. Elle est décédée au Bat­a­clan alors qu’elle assis­tait au con­cert avec un groupe d’amis. Elle avait par­ticipé à la marche de la République en jan­vi­er dernier, avec sa mère. «Tout ce que vous pou­vez faire, c’est informer le monde entier de ces hor­ri­bles choses que nous nous infli­geons les uns aux autres», a déclaré son frère Alex­is à un jour­nal­iste de Time, alors qu’on venait de lui con­firmer le décès de la jeune fille aux yeux bleus.

Fan­ny Minot, 29 ans, était mon­teuse pour Le Sup­plé­ment de Canal +. «Une fan de rock», selon l’une de ses col­lègues con­tac­tée par l’AFP.

Nico­las Classeau, 40 ans, était le directeur de l’IUT Marne la val­lée. Il assis­tait au con­cert avec sa com­pagne, tou­jours hos­pi­tal­isée. Gui­tariste ama­teur, le quadragé­naire vivait à Bag­no­let (Seine-Saint-Denis) avec ses trois enfants, de 15, 11 et 6 ans.

Nick Alexan­der, 36 ans, bri­tan­nique de Colch­ester, vendait des pro­duits à l’effigie du groupe Eagles of Death Met­al lorsqu’il a été tué au Bat­a­clan. «Nick est mort en faisant le tra­vail qu’il aimait et nous sommes récon­fortés de voir à quel point il était aimé par ses amis à tra­vers le monde», a écrit sa famille dans un com­mu­niqué. «Dors bien, mon doux prince, Nick Alexan­der… #fuck­ter­ror­ism #iwillal­wayslovey­ou #Bat­a­clan», a pub­lié sur Twit­ter sa com­pagne Poli­na Buck­ley, avec une pho­to d’eux deux.

Hal­i­ma Ben Khal­i­fa Saa­di, 35 ans, était orig­i­naire de Men­zel Bour­gui­ba (Tunisie), près de Biz­erte. Cette jeune femme à la crinière de lionne était mar­iée à un Séné­galais, Adama Ndi­aye, et vivait à Dakar. Sa famille est instal­lée au Creusot (Saône-et-Loire), où son père est arrivé en 1970 pour tra­vailler dans le bâti­ment. Mère de deux jeunes garçons, elle était à Paris, au restau­rant «La Belle équipe», pour fêter l’anniversaire d’une amie.

Hod­da Ben Khal­i­fa Saa­di, 34 ans, était à Paris avec sa sœur aînée Hal­i­ma pour fêter un anniver­saire.

Maxime Bouf­fard, 26 ans, orig­i­naire du Coux (Dor­dogne), est mort au Bat­a­clan. Tit­u­laire d’un BTS en audio­vi­suel à Biar­ritz (Pyrénées-Atlan­tiques), il habitait depuis qua­tre ans à Paris, où il réal­i­sait des clips vidéo -récem­ment pour le groupe Le Dernier Métro — et des films pub­lic­i­taires. «C’était un ama­teur de rug­by, de vin et de bonne bouffe. C’était un pili­er dans sa famille et dans son groupe d’amis», a racon­té un ami à l’AFP. Fan de rock, il avait partagé sur son pro­fil Face­book en juil­let une cri­tique élo­gieuse du nou­v­el album d’Eagles Of Death Met­al.

Nico­las Cati­nat, 37 ans, a été tué au Bat­a­clan, alors qu’il se trou­vait dans la fos­se. Habi­tant à Domont, dans le Val-d’Oise, il a cher­ché à pro­téger ses amis en se plaçant en boucli­er humain.

Pré­cil­ia Cor­reia, 35 ans, Por­tu­gaise, était employée par la mai­son de dis­ques Mer­cury Music. Elle est morte au Bat­a­clan. «Pour ceux qui se rap­pel­lent de moi après le pri­maire, j’aimais plus faire mes devoirs cela ne m’a pas empêch­er de rester à l’école jusqu’à plus de 25 ans…», racon­te sur son pro­fil Copains d’Avant cette jeune femme brune qui a étudié les langues étrangères et la pho­togra­phie.

Asta Diakite, cou­sine du joueur de l’équipe de France de foot­ball Las­sana Diar­ra, qui était en train de jouer sur la pelouse du Stade de France lorsque les explo­sions ont eu lieu. La jeune femme, décrite comme une musul­mane pra­ti­quante, est morte dans la fusil­lade de la rue Bichat, où elle était sor­tie faire des cours­es. «Elle a don­né sa vie pour sauver celle de son neveu qui était avec elle», a écrit sur Face­book sa cou­sine. «Elle a été pour moi un repère, un sou­tien, une grande soeur», a témoigné le joueur de l’OM dans un mes­sage posté sur les réseaux soci­aux.

Manuel Cola­co Dias, 63 ans, un Por­tu­gais fan de foot qui vivait depuis 45 ans à Paris, a péri alors qu’il se trou­vait à l’extérieur du Stade de France.

Elsa Delplace, 35 ans, était venue au con­cert des Eagles of Death Met­al avec sa mère et son fils de 5 ans, qui les aurait vu mourir mais qui a survécu. La jeune femme était for­ma­trice dans un cen­tre de for­ma­tion d’apprentis parisien. La grand-mère, Patri­cia San Mar­tin, 61 ans, était fonc­tion­naire à la mairie de Sevran et nièce d’un ambas­sadeur chilien.

Elif Dogan, 26 ans, Belge d’origine turque, tra­vail­lait dans une société d’informatique en Bel­gique. Instal­lée à Paris depuis qua­tre mois, tout près du Bat­a­clan, elle est décédée dans la salle de spec­ta­cles sous les balles des ter­ror­istes, comme son com­pagnon Milko Joz­ic. «On se dis­ait que notre fille vivait dans un endroit sûr. On craig­nait des actions en Turquie et c’est dans une des plus grandes métrop­o­les du monde qu’on l’a per­due», a déploré son père Kemal Dogan, retourné vivre en Turquie il y a quelques mois.

Romain Dunet, 25 ans, un grand fan de musique, de ukulele et de chant, est mort au Bat­a­clan. Enseignant d’anglais dans un ensem­ble sco­laire parisien, il était égale­ment mem­bre d’un groupe de musique. Ses proches ont ouvert une page d’hommage sur Face­book, «pour témoign­er de son intel­li­gence et de sa gen­til­lesse, de son engage­ment dans ses pas­sions et de son dévoue­ment pour ses élèves».

Thomas Duper­ron, 30 ans, un Parisien orig­i­naire d’Alençon s’occupait de la com­mu­ni­ca­tion de la salle de con­cert parisi­enne La Maro­quiner­ie. Spec­ta­teur du Bat­a­clan, il est mort dimanche à l’hôpital de Per­cy-Cla­mart où il avait été trans­porté. «Nos pen­sées vont à sa famille, à ses proches ain­si qu’aux équipes de La Maro­quiner­ie», a posté sur son site inter­net l’Ecole d’art et de cul­ture (EAC), dont il était sor­ti diplômé en 2010.

Gre­go­ry Fos­se, 28 ans, habi­tant de Gam­bais (Yve­lines). Gré­go­ry était pro­gram­ma­teur musi­cal pour la chaîne D17. Un hom­mage lui sera ren­du lun­di, à l’initiative du con­seil munic­i­pal de la com­mune de Gam­bais.

Juan Alber­to Gonzàles Gar­ri­do, 29 ans, ingénieur espag­nol , tra­vail­lait pour EDF. Orig­i­naire de Grenade, en Andalousie, il vivait à Paris avec son épouse Angeli­na Reina, 33 ans. Présente à ses côtés au Bat­a­clan ven­dre­di soir, cette dernière a vu son époux tomber au sol avant de per­dre sa trace, selon le quo­ti­di­en El Pais.

Cédric Gomet, 30 ans, orig­i­naire de Foucher­ans dans le Jura et rési­dant à Paris, tra­vail­lait pour TVMonde. Il se trou­vait au Bat­a­clan avec l’un de ses amis, Cédric, lui-même blessé par balles à la jambe au cours de l’assaut.

Nohe­mi Gon­za­lez, 23 ans, de nation­al­ité mex­i­caine et améri­caine, se trou­vait à la ter­rasse du Petit Cam­bodge en com­pag­nie d’une amie. Étu­di­ante en troisième année à l’université d’État de Long Beach en Cal­i­fornie, elle se trou­vait à Paris dans le cadre d’un semes­tre d’échange uni­ver­si­taire à l’école de design Strate de Sèvres. Décrite par son petit ami comme «la plus douce des jeunes femmes», elle devait ren­tr­er aux États-Unis le mois prochain.

Raphael H, 28 ans, est né à Garmisch-Partenkirchen en Bav­ière. Archi­tecte, il avait été embauché dans le cab­i­net de Ren­zo Piano à Paris. Ven­dre­di soir, il était allé dîn­er au Petit Cam­bodge avec deux col­lègues, un Irlandais et un Mex­i­cain. Ils ont aus­si été blessés lors de l’attaque.

Thier­ry Hardouin, 36 ans, sous-brigadier au dépôt de Bobigny, devait pass­er la soirée à Paris au restau­rant la Belle Équipe, rue de Charonne, pour célébr­er l’anniversaire de sa com­pagne. «Bon vivant», «homme joyeux et pro­fes­sion­nel», «Thier­ry avait affaire au quo­ti­di­en à des gens dan­gereux. On savait qu’il fal­lait tou­jours rester sur le qui-vive» con­fie un de ses proches au quo­ti­di­en Le Parisien. Thier­ry Hardouin était père de deux enfants.

Pierre-Antoine Hen­ry, 36 ans, ingénieur de pro­fes­sion, était orig­i­naire de la région parisi­enne, comme le rap­porte Ouest France. Il tra­vail­lait dans les sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion. Pierre-Antoine est décédé dans la salle du Bat­a­clan. «Le pre­mier mot qui me vient à l’esprit quand je pense pense à lui, c’est sa gen­til­lesse», a ini­diqué à l’AFP l’un de ses proches.

Mar­i­on Lief­frig-Petard, était étu­di­ante en 1e année du mas­ter fran­co-ital­ien de musi­colo­gie de la Sor­bonne. Musi­ci­enne, pas­sion­née par les voy­ages musi­caux en Méditer­ranée, elle venait de ren­tr­er d’une année d’Erasmus à Barcelone et s’apprêtait à effectuer sa deux­ième année de Mas­ter à Palerme. Elle fait par­tie des vic­times. Barthélémy Jobert, Prési­dent de Paris-Sor­bonne lui a ren­du hom­mage.

Anna Lief­frig-Petard, 27 ans, graphiste. Elle a été tuée alors qu’elle dînait à la ter­rasse du Petit Cam­bodge avec sa soeur Mar­i­on, décédée égale­ment, a indiqué à l’AFP le maire de Chailles (Loir-et-Cher), Yves Cros­nier-Courtin, où leurs par­ents tien­nent une boucherie. «Elle était venue retrou­ver sa soeur ce week-end-là et elles avaient envoyé un mes­sage à leurs par­ents pour leur dire que la vie était belle, qu’elles étaient con­tentes de se retrou­ver».

Suzon Gar­rigues, 21 ans, était étu­di­ante en troisième année de Licence de let­tres mod­ernes appliquées à la Sor­bonne, a elle aus­si dis­paru au Bat­a­clan. Barthélémy Jobert, Prési­dent de Paris-Sor­bonne lui a égale­ment ren­du hom­mage: «Elle laisse à ses cama­rades le sou­venir de la plus généreuse, la plus altru­iste, la plus drôle des amies, et aus­si d’une incon­di­tion­nelle et fidèle admi­ra­trice de Zola».

Mohamed Amine Ibnol­mo­barak, Maro­cain, 28 ans, archi­tecte encad­rant à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, ce pas­sion­né de nata­tion était «engagé, intel­lectuel, créatif», selon l’un de ses anciens pro­fesseurs inter­rogé par Libéra­tion. Il a été tué alors qu’il se trou­vait au bar Le Car­il­lon avec sa femme, qu’il avait épousée cet été. Cette dernière, grave­ment blessée, «a subi trois opéra­tions chirur­gi­cales» mais «ses jours ne seraient plus en dan­ger», a con­fié un proche à l’AFP.

Milko Jozik, 47 ans, de nation­al­ité belge. Cet ingénieur souri­ant, père d’une jeune femme de 22 ans, habitait avec sa nou­velle com­pagne Elif Dogan, égale­ment de nation­al­ité belge, elle aus­si décédée, dans la rue du Bat­a­clan où ils s’étaient instal­lés il y a qua­tre mois. «Je me dis sim­ple­ment que le monde est com­plète­ment pour­ri. C’est surtout pour ma fille que c’est dur, on se sent paumées», a con­fié son ex-épouse au quo­ti­di­en belge La Dernière Heure.

Hyacinthe Koma, 37 ans, serveur au restau­rant Les Chics Types, dans le 19e arrondisse­ment, il par­tic­i­pait à une soirée d’anniversaire au restau­rant La Belle Équipe rue de Charonne. «Il avait beau­coup d’amis», selon sa petite sœur Amy. L’un d’entre eux a lancé une cagnotte sur le site Leetchi pour aider sa famille à financer les obsèques.

Guil­laume Le Dramp, 33 ans, fig­ure du quarti­er, buvait un verre en ter­rasse au bar La Belle Equipe quand il a été tué. Orig­i­naire de Cher­bourg, il avait fait ses études à Caen avant d’aller à Parme (Ital­ie) puis à Paris, où il tra­vail­lait dans un restau­rant der­rière la place des Vos­ges. Décrit comme «charmeur, chaleureux, un vrai gen­til, avec un humour dévas­ta­teur» par l’un de ses proches à l’AFP, il était ten­té de retourn­er vivre en Ital­ie et pré­parait le con­cours de pro­fesseur des écoles.

Christophe Lel­louche, 33 ans, tué au Bat­a­clan. Il était sup­port­er de l’OM, gui­tariste et com­pos­i­teur du groupe Oliv­er et fan de Metal­li­ca, selon un de ses amis inter­rogé par Libéra­tion.

Yan­nick Min­vielle, 39 ans, tra­vail­lait dans la pub­lic­ité et chan­tait dans un groupe de rock. Il est mort au Bat­a­clan.

Jus­tine Moulin, 20 ans, une parisi­enne orig­i­naire d’Asnières (Hauts-de-Seine), était étu­di­ante en Mas­ter à SKEMA Busi­ness School, qui lui a ren­du hom­mage sur son site inter­net.

Vic­tor Muñoz, 25 ans, est mort à La Belle Équipe, rue de Charonne. Il était le fils d’un élu du XIe arrondisse­ment. Il venait d’être diplômé de l’ESG Man­age­ment School, une école supérieure de com­merce à Paris.

Bertrand Navar­ret, 37 ans. Selon la Dépêche du midi, il avait gran­di à Tarbes, où son père est notaire, et vivait à Cap­bre­ton, sur la côte landaise. Il était par­ti à Paris pour pass­er quelques jours dans la cap­i­tale et assis­ter au con­cert au Bat­a­clan.

David Per­chirin. Après avoir été jour­nal­iste, il était devenu récem­ment pro­fesseur des écoles et enseignait depuis sep­tem­bre 2014 en Seine-Saint-Denis. Ce quar­an­te­naire est mort au Bat­a­clan aux côtés de son ami Cédric Mauduit, ren­con­tré à Sci­ences Po Rennes. «Bons vivants, débor­dants d’énergie, ent­hou­si­astes indé­fectibles, le ciment de leur ami­tié a tou­jours été leur pas­sion du rock’n roll», selon l’hommage ren­du par l’association des anciens élèves de l’établissement.

Manu Perez, âgé d’une trentaine d’années, directeur artis­tique chez Poly­dor. Ce père de famille a posté sur Face­book quelques min­utes avant sa mort une vidéo prise dans la fos­se du Bat­a­clan, inti­t­ulée «Il y a ceux qui y sont et qui ne sont pas». Sa mémoire a été saluée sur Twit­ter par plusieurs artistes dont il s’était occupé.

Car­o­line Pre­nat, 24 ans,orig­i­naire de Lyon, était graphiste. Elle était diplômée de l’École de Condé de Nan­cy et avait étudié à l’École d’arts appliqués de Bel­le­cour, selon Lyon Cap­i­tale. Elle est décédée lors de la tuerie du Bat­a­clan.

Armelle Pumir-Antice­vic, 46 ans, est morte au Bat­a­clan, où elle se trou­vait avec son mari, Joseph. «Armelle m’a dit: «Viens, on court». On n’était pas loin de la porte de sor­tie. Armelle était der­rière moi, on a fon­cé. Elle est tombée. J’ai cru qu’elle avait trébuché sur un cadavre. Je l’ai ramassée, je la por­tais. Mais en arrivant près de la porte, un flic m’a tiré par le bras, j’ai dû la lâch­er. Putain. Je n’ai jamais revu Armelle», avait-il racon­té dimanche à Libéra­tion. Chef de fab­ri­ca­tion, mère de famille, cette Parisi­enne était aus­si attachée aux Pyrénées-Ori­en­tales, où elle pos­sé­dait une mai­son.

Matthieu de Rorthais, 32 ans, est mort dans l’attaque du Bat­a­clan. Son père et sa soeur lui ont ren­du hom­mage sur Face­book, cette dernière salu­ant la mémoire de son grand frère, «la plus belle étoile du ciel».

Raphaël Ruiz, 37 ans, mort au Bat­a­clan. Il était «pas­sion­né de musique, de ciné­ma, de BD et de tant d’autres choses» selon l’association des anciens de Sci­ences Po Greno­ble. «C’était un ami hors pair, un homme attachant et pas­sion­nant, et un grand éclat de rire avec les enfants». Il tra­vail­lait depuis 10 ans chez Ubiqus, où il était «unanime­ment appré­cié pour son pro­fes­sion­nal­isme, son dévoue­ment et son immense gen­til­lesse».

Madeleine Sadin, 30 ans,qui vivait à Paris, est morte au Bat­a­clan. Décrite comme «vivante, aimante et curieuse» par ses proches à l’AFP, elle était pro­fesseur de Français dans un col­lège de l’Essonne. Son cousin, Simon Cast­er­an, jour­nal­iste toulou­sain, a pub­lié, sur son bloglessermonsdulundi.com, une let­tre adressée à Daech et titrée «Oui, je suis un per­vers et un idol­âtre».

Kheired­dine Sah­bi, 29 ans, surnom­mé «Didine», ce vio­loniste de nation­al­ité algéri­enne ren­trait chez lui ven­dre­di après une soirée avec des amis lorsqu’il a été tué. Après des études de sci­ences, il s’était tourné vers la musique et étu­di­ait depuis un an à Paris. Il était étu­di­ant en mas­ter d’ethnomusicologie à la Sor­bonne. Barthélémy Jobert, Prési­dent de Paris-Sor­bonne, lui a ren­du hom­mage. «Il habitait un quarti­er périphérique d’Alger, où la sit­u­a­tion était très ten­due» et «avait survécu à dix ans de ter­ror­isme», à témoigné à l’AFP un de ses cousins. Son corps devrait être rap­a­trié en Algérie.

Lola Salines, 29 ans, était éditrice chez Gründ, chargé des ouvrages Jeunesse. Cette pas­sion­née de rock et de met­al a notam­ment édité l’Encyclo des Filles, paru en 2013, un manuel de référence pour les ado­les­centes. Pas­sion­née de roller der­by, la jeune femme fai­sait par­tie du club la Boucherie de Paris, l’équipe de la cap­i­tale. Elle por­tait sur les pistes le nom de «Josie Ozzbourne». Son père, Georges, l’a cher­chée toute la nuit de ven­dre­di à same­di, pour finale­ment annon­cer son décès same­di matin, sur Twit­ter.

Hugo Sar­rade, 23 ans, débu­tait son week end à Paris par ce con­cert au Bat­a­clan, avant de rejoin­dre son père en région parisi­enne. Étu­di­ant en intel­li­gence arti­fi­cielle à Mont­pel­li­er, Hugo était per­suadé que «l’obscurantisme est notre pire enne­mi», selon son père, inter­rogé par le quo­ti­di­enMidi Libre.

Vale­ria Solesin, 28 ans, est morte au Bat­a­clan, après avoir été prise en otage avec son fiancé et deux proches. Cette Ital­i­enne orig­i­naire de Venise, doc­tor­ante en démo­gra­phie, vivait depuis qua­tre ans à Paris. «Elle nous man­quera et je pense, au vu de son par­cours, qu’elle man­quera aus­si à l’Italie», a déclaré sa mère aux médias ital­iens. «Elle était le vis­age souri­ant et le cerveau bril­lant de la jeune com­mu­nauté ital­i­enne à Paris», a témoigné un proche à l’AFP.

Ari­ane Theiller, 24 ans, était au Bat­a­clan avec des amis lorsqu’elle a été abattue. Orig­i­naire du Nord, elle s’était instal­lée à Paris. Après des études de Let­tres à Orléans et à Stras­bourg, elle avait effec­tué un stage chez Urban Comics. Elle était assis­tante de rédac­tion chez Rus­ti­ca depuis le mois de juin dernier. Ses col­lègues lui ont ren­du hom­mage sur Face­book: «Pour sa dis­cré­tion, sa douceur sans mièvrerie et la gen­til­lesse naturelle qui émanait d’elle, nous l’avions tout de suite adop­tée, comme une des nôtres, une enfant de notre clan. Chère Ari­ane, au minois can­dide, tu avais amé­nagé ton bureau pour regarder en face les autres et l’avenir qui pour toi s’annonçait radieux. Mais le livre que tu rêvais d’écrire s’est refer­mé trop vite».

Éric Thomé, pho­tographe et graphiste parisien, âgé d’une quar­an­taine d’années, pas­sion­né de musique, est mort au Bat­a­clan.

Luis Felipe Zschoche Valle, 33 ans, Chilien, habitait depuis huit ans avec sa femme à Paris, où il tra­vail­lait comme musi­cien, selon les autorités chili­ennes.

Olivi­er Ver­nadal, 44 ans, natif du Puy-de-Dôme, était con­trôleur des impôts à Paris. Il vivait à deux pas de la salle de con­cert du Bat­a­clan, a con­fié son père au quo­ti­di­en La Mon­tagne. Il est l’une des vic­times de la tuerie du Bat­a­clan.

Cipri­an Cal­ciu, 31 ans et Lacramioara Pop, 29 ans, un cou­ple de Roumains et par­ents d’un enfant âgé de 18 mois. Ils ont tous les deux été tués au cours de la tuerie du bar La Belle Équipe, selon Reuters.

Michel­li Gil Jaimez, 27 ans, Mex­i­caine orig­i­naire de la ville de Ver­acruz, elle résidait à Paris, selonEl Pais. La jeune femme, qui s’était fiancée le 26 octo­bre avec son petit ami, étu­di­ait sur le cam­pus parisien de l’EM Lyon. Elle est l’une des vic­times de la fusil­lade du bar La Belle Équipe. «Je t’aime mon amour. Repose en paix», a pub­lié sur Face­book son com­pagnon ital­ien, Filo. La famille de Michel­li est arrivée à Paris afin de s’occuper du rap­a­triement de sa dépouille. «Michel­li était une jeune fille char­mante, c’était une jeune fille très heureuse, socia­ble, tra­vailleuse et douée», a con­fié son cousin Félix José Gil Her­rera aux médias mex­i­cains.

Maud Ser­rault, 37 ans, anci­enne étu­di­ante du Cel­sa à Neuil­ly-sur-Seine, était direc­trice du Mar­ket­ing et du e-com­merce de la chaîne hôtelière Best West­ern France depuis près de trois ans. Elle s’était mar­iée récem­ment, comme l’a con­fié sa cou­sine Car­o­line Pal­lut à Reuters. Elle est décédée au cours de la tuerie du Bat­a­clan.

Sébastien Proisy, 38 ans, né à Valen­ci­ennes (Nord), habitait à Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis, auprès de sa maman. Ce Fran­co Bul­gare était «un étu­di­ant bril­lant, bour­si­er, plein de mérite et pas­sion­né de géopoli­tique», racon­te Viviane, l’une de ses meilleures amies, ren­con­trée sur les bancs de l’université Pan­théon-Assas. «Il avait un sens de l’humour de malade men­tal». Après avoir tra­vail­lé à la Com­mis­sion européenne, Sébastien Proisy a créé sa pro­pre start up, «qui mar­chait bien». Il dînait au Petit Cam­bodge, avec un col­lègue et un client, au moment de la fusil­lade. L’un d’entre eux a égale­ment été blessé lors de l’attaque.

Nathalie Jardin, 31 ans, orig­i­naire de Mar­cq-en-Barœul, et régis­seuse lumière au Bat­a­clan depuis 2011, tra­vail­lait ven­dre­di 13 novem­bre dernier à la salle de con­cert. Elle était chargée d’accueillir les mem­bres du groupe cal­i­fornien Eagles of Death Met­al, selon La Voix du Nord. Son père, Patrick Jardin, était sans nou­velle de sa fille depuis ven­dre­di et avait inter­pel­lé le Pre­mier min­istre Manuel Valls, lorsque celui-ci a salué les forces de police Gare du Nord, dimanche 15 novem­bre dernier, à Paris. Le décès de la jeune femme a été con­fir­mé dimanche 15 novem­bre, deux jours après l’attentat.

Richard Ram­mant, 53 ans, orig­i­naire du Lot, mais rési­dant à Paris, il était le père de deux filles. Ce pas­sion­né de musique et de moto était bénév­ole au Cahors Blues Fes­ti­val, comme le rap­porte La Dépêche. Il assis­tait au con­cert du Bat­a­clan avec sa femme, Marie Do, blessée aux jambes, mais qui a survécu. Son club de bik­ers prône «le respect, la fra­ter­nité et la sol­i­dar­ité comme un mode de vie», selon son site inter­net.

Lucie Diet­rich, une graphiste, diplômée en 2013 de l’école mul­ti­mé­dia IESA, à Paris, a été tuée au cours de la fusil­lade de la rue de la Fontaine au Roi. La jeune femme habitait à une rue du lieu du drame, a écrit sur Insta­gram Emmanuel Diet­rich, son grand frère, en com­men­taire d’une pho­to de famille. En mémoire de sa sœur cadette, il a créé une mon­tre, repro­duite 13 fois, pour cha­cun des mem­bres de la famille Diet­rich. Marc-François Mignot-Mahon, le prési­dent de Stu­di­alis, un réseau d’écoles auquel appar­tient l’IESA, lui a ren­du hom­mage dans un com­mu­niqué.

Thibault Rousse Lacor­daire, 37 ans, habi­tant de Neuil­ly-sur-Seine, était Parisien de nais­sance, selon Jérôme Bruck­er, un ami d’enfance. Il est l’une des vic­times de la fusil­lade du Bat­a­clan. «Une gen­til­lesse sans pareil» le qual­i­fi­ait un de ses proches.

Gilles Leclerc, 32 ans, est mort au Bat­a­clan, a annon­cé sa tante lun­di en début de soirée, après trois jours d’incertitudes. Le jeune homme, fleuriste dans la bou­tique de sa mère, à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise), au nord de Paris. Quelques min­utes avant le con­cert, le jeune homme bar­bu, fan de rock, de tatouages et des Etats-Unis, avait pub­lié un self­ie sur les réseaux soci­aux: il y appa­rais­sait, avec sa com­pagne, Mar­i­anne, une bière à la main, devant la scène, depuis la fos­se qui com­mençait à se rem­plir. Lorsque les pre­miers tirs ont fusé, il a pro­jeté son amie par terre qui, en ram­pant, est par­v­enue à s’enfuir.

Antoine Mary, 34 ans, développeur infor­ma­tique. Développeur pour des sites inter­net, ce jeune homme orig­i­naire de Caen (Cal­va­dos) était sor­ti au Bat­a­clan en com­pag­nie de son ami Fer­ey, réal­isa­teur, mon­teur et pho­tographe, lui aus­si décédé. «Aujourd’hui nous pleu­rons l’un des nôtres. Ton esprit libre, ta belle humeur. Antoine, nous ne t’oublierons pas», a tweeté pour annon­cer son décès l’agence de pub­lic­ité Milky, où il avait tra­vail­lé avant de se met­tre à son compte.

Ger­main Fer­ey, 36 ans. Orig­i­naire de Vienne-en-Bessin (Cal­va­dos), il avait bifurqué tar­di­ve­ment vers l’Ecole supérieure de réal­i­sa­tion audio­vi­suelle (ESRA), après des études de Let­tres étrangères et d’administration économique et sociale et même un emploi dans le milieu ban­caire. A son compte depuis 2011 après avoir tra­vail­lé dans des entre­pris­es de post-pro­duc­tion audio­vi­suelle, il était réal­isa­teur et mon­teur, et aus­si pho­tographe, instal­lé à Paris. Il est mort au Bat­a­clan, où il s’était ren­du avec son ami Antoine Mary, une autre vic­time. «On a du mal à imag­in­er que ce soit pos­si­ble», a con­fié au quo­ti­di­en Ouest France Rémi Françoise, le maire de Vienne-en-Bessin, où rési­dent tou­jours ses par­ents.

Jean-Jacques Amiot, 68 ans, était au Bat­a­clan lorsqu’il s’est fait tuer. Fan de rock, fam­i­li­er des salles de con­cert, ce Parisien père de deux filles et deux fois grand-père était à la tête d’une entre­prise de séri­gra­phie et tra­vail­lait régulière­ment pour les artistes, les musi­ciens, ou les dessi­na­teurs. «C’était un homme doux», a rap­pelé son frère dans Le Télé­gramme.

Bap­tiste Chevreau, 24 ans, est tombé sous les balles au Bat­a­clan. Jeune gui­tariste, pas­sion­né de musique, il était le petit-fils de la chanteuse Anne Sylvestre. Après une enfance passée à Ton­nerre (Yonne), il s’était instal­lé à Paris il y a cinq ans.

Mar­i­on Jouan­neau, 24 ans. «C’était une jeune femme très, très douce», dit d’elle une proche. Son com­pagnon, un kinésithérapeute qui a réus­si à échap­per au mas­sacre, a mul­ti­plié les avis de recherche pen­dant le week-end, postant et repostant sur les réseaux soci­aux un souri­ant por­trait d’une jeune femme aux cheveux blonds cen­drés. Il a fini par annon­cer sur Twit­ter lun­di: «Mar­i­on est morte». Ils habitaient Chartres (Eure-et-Loir).

Vin­cent Detoc, 38 ans, est mort au Bat­a­clan. Cet archi­tecte, père de deux enfants de 7 et 9 ans, était un fan de musique, gui­tariste ama­teur.

Christophe Foul­ti­er, 39 ans, est mort au Bat­a­clan. Ce directeur artis­tique, père de deux enfants, pas­sion­né de rock, est décrit comme «sim­ple, hon­nête et sincère» par ses amis sur Face­book.

Raphaël Hilz, 28 ans. Né en Bav­ière, en Alle­magne, il était archi­tecte et avait été embauché dans le cab­i­net de Ren­zo Piano à Paris. Ven­dre­di soir, il était allé dîn­er au Petit Cam­bodge avec deux col­lègues, blessés lors de l’attaque.

Stel­la Ver­ry, 37 ans, dînait au Petit Cam­bodge, rue Bichat, lorsque les balles ont fusé. Médecin général­iste, elle avait récem­ment ouvert un cab­i­net dans le XIXe arrondisse­ment de Paris, tout en étant médecin régu­la­teur du Samu.

Chloé Boissinot, 25 ans, orig­i­naire de Château-Larcher dans la Vienne selon La Nou­velle République. Elle et son petit ami Nico­las, blessé, étaient en train de dîn­er au restau­rant Le Petit Cam­bodge lorsque les assail­lants ont ouvert le feu.

Emmanuel Bon­net, 47 ans, habi­tant de la Chapelle-en-Ser­val (Oise). Ce père de famille était ven­dre­di au Bat­a­clan avec l’un de ses enfants. «Le fils a réus­si à quit­ter la salle, il ne trou­vait pas son père mais était per­suadé qu’il s’était lui aus­si échap­pé», a racon­té le maire de la com­mune Daniel Dray au Cour­ri­er Picard. Employé de la RATP, il avait partagé la veille du con­cert sur sa page Face­book un lien du groupe «Les athées en action» citant Jacques Prévert avec une pho­to du poète: «La théolo­gie c’est sim­ple comme dieu et dieu font trois.»

Anne Cor­net, 29 ans. Orig­i­naire de Houdlé­mont (Meur­the-et-Moselle), la jeune femme a été tuée au Bat­a­clan avec son mari Pierre-Yves Guy­omard, avec lequel elle résidait à Saint-Ger­main-en-Laye (Yve­lines), selon Le Répub­li­cain Lor­rain.

Mayeul Gaubert, 30 ans, juriste. Orig­i­naire de Saône-et-Loire, il tra­vail­lait depuis cinq ans pour l’organisme de for­ma­tion con­tin­ue Cegos, où il était décrit comme «drôle, dis­cret, effi­cace, très pro­fes­sion­nel». Il est mort des suites de ses blessures au Bat­a­clan. Sa page Face­book affichait en por­trait «Je suis Char­lie».

Pierre-Yves Guy­omard, ingénieur du son et pro­fesseur en sonori­sa­tion à l’Institut supérieur des tech­niques du son (ISTS) à Paris. Il a été tué au Bat­a­clan avec sa femme Anne Cor­net. «Il était l’un des meilleurs enseignants que j’ai jamais eus et il avait beau­coup à partager avec ses étu­di­ants et à leur don­ner», a écrit sur Face­book un de ses étu­di­ants.

Olivi­er Hauducoeur, 44 ans, ban­quier. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure d’Ingénieurs de Caen, il tra­vail­lait depuis 2006 au sein du groupe BNP Paribas. Ce coureur ama­teur était depuis un an employé de la société française de loca­tion auto­mo­bile longue durée Arval, fil­iale du groupe ban­caire. Il est mort au Bat­a­clan.

Renaud Le Guen, 29 ans, a été tué au Bat­a­clan où il se trou­vait avec sa com­pagne, rescapée. «Renaud était quelqu’un de très cul­tivé et doux. Tout le monde l’aimait. C’était un mec bien», a témoigné au quo­ti­di­en Libéra­tion celle qu’il devait épouser l’année prochaine et qu’il avait ren­con­trée à 17 ans. «Il aimait le jazz, le rock, la pho­to, être avec sa famille et ses amis», a-t-elle racon­té. Il tra­vail­lait dans un garage pour poids lourds près de la gare d’Evry-Courcouronnes (Essonne) et habitait à Sav­i­gny-sur-Orge, où il avait gran­di.

Char­lotte Meaud, 30 ans, est morte avec sa soeur jumelle, Emi­lie, sur la ter­rasse du café Le Car­il­lon. Cette chargée de développe­ment de start-up, pas­sion­née de musique et de sport, habitait dans le XXe arrondisse­ment de Paris et a gran­di à Aixe-sur-Vienne (Haute-Vienne) et fait ses études à Lyon et à Stras­bourg.

Emi­lie Meaud, 30 ans, tuée avec sa soeur jumelle Char­lotte sur la ter­rasse du Car­il­lon, était archi­tecte à Paris. Orig­i­naire de Haute-Vienne, elle aimait le rock et les films d’Eric Rohmer.

Cécile Misse, 32 ans, a été tuée au Bat­a­clan, aux côtés de son com­pagnon, Luis Felipe Zschoche Valle, un musi­cien chilien. La jeune femme, instal­lée à Paris depuis 2006, était chargée de pro­duc­tion au théâtre Jean-Vilar de Suresnes, dans l’ouest parisien. Elle avait gran­di à Gap (Hautes-Alpes).

Hélène Muyal-Leiris, 35 ans, tuée au Bat­a­clan. Mère d’un petit garçon de 17 mois à peine, elle était maquilleuse-coif­feuse à Paris et tra­vail­lait dans la mode ou sur des tour­nages. «Vous n’aurez pas ma haine», a écrit lun­di sur Face­book son mari Antoine Leiris, qui avait mul­ti­plié les avis de recherche pen­dant le week-end. «Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aus­si belle que lorsqu’elle est par­tie ce ven­dre­di soir, aus­si belle que lorsque j’en suis tombé éper­du­ment amoureux il y a plus de 12 ans.»

«Bien sûr je suis dévasté par le cha­grin», a recon­nu le jour­nal­iste de France Bleu, pas­sion­né de ciné­ma, pour­suiv­ant: «Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. (…) Nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre»; a-t-il lancé aux assas­sins d’Hélène.

Eric Thomé, pho­tographe et graphiste parisien, âgé d’une quar­an­taine d’années. Ce pas­sion­né de musique, tit­u­laire d’un BTS en com­mu­ni­ca­tion visuelle, avait exposé des pho­tos en juil­let aux Ren­con­tres de la pho­togra­phie d’Arles. Selon l’un de ses amis, qui a posté un mes­sage sur Face­book, il allait bien­tôt être père.

Fabi­an Stech, 51 ans, tué au Bat­a­clan était cri­tique d’art et aus­si enseignant d’allemand dans un lycée privé de Dijon. Né à Berlin, il était instal­lé en France depuis 1994 où il était mar­ié à une avo­cate dijon­naise et père de deux enfants.

Claire Sce­sa-Camax, 35 ans, orig­i­naire d’Avignon, était graphiste à Paris depuis 2009, selon leDauphiné Libéré. Mère de deux enfants, la jeune femme tra­vail­lait en free-lance pour le cabaret parisen Crazy Horse. Elle était au Bat­a­clan avec son mari, qui a survécu. L’Ecole pro­fes­sion­nelle supérieure d’arts graphiques de la Ville de Paris (Epsaa), où la jeune femme avait étudié, lui a ren­du hom­mage sur Face­book: «Elle aimait le rock. Elle assis­tait au con­cert des Eagles Of Death Met­al au Bat­a­clan. Elle nous a quit­tés, par­mi tant d’autres.Nous la pleu­rons. Claire était une de nos anci­ennes étu­di­antes, pro­mo 2003 en arts graphiques. Le meilleur hom­mage que l’on puisse lui ren­dre est en images, à tra­vers ses créa­tions».

Julien Galis­son, 32 ans, qui a gran­di à Orvault, en Loire-Atlan­tique, habitait à Nantes. Il est l’une des vic­times de l’attaque du Bat­a­clan. Joseph Parpail­lon, le maire d’Orvault, lui a ren­du hom­mage lun­di 16 novem­bre dernier, comme le rap­porte Ouest France.

Sven Ale­jan­dro Sil­va Perug­i­ni, 29 ans, et vénézuélien, vivait en Espagne. Il est décédé au Bat­a­clan. « Nous nous sou­venons de son sourire, de ses plaisan­ter­ies, de son opti­misme et de son charisme», a écrit sa mère, Gio­van­i­na Perug­i­ni, sur son compte Face­book, ce mar­di 17 novem­bre.

D’après Le Figaro. Liste incom­plète et hélas pro­vi­soire.

 


Attentats de Paris. La mort contre l’Art de vivre

attentats_parisLes atrocités de ces jours funestes, comme à chacun sans doute, m’inspirent des flots de réflexions, entraînent mes pensées vers les profondeurs. L’une d’elles tourne autour d’une expression forte remontée avec les événements : l’art de vivre.

Les ter­ror­istes, à tra­vers leur rage mor­tifère, ont voulu s’en pren­dre à notre mode de vie, à ce que nous vivons au quo­ti­di­en. La mor­bid­ité assas­sine, comme sou­vent par les drames et la mort, vient nous rap­pel­er que la vie est en effet un art, ou qu’elle devrait l’être en tout cas, autant que pos­si­ble. Cette vérité pro­fonde, essen­tielle, exis­ten­tielle nous échappe pour­tant trop sou­vent. Comme si elle s’usait « quand on ne s’en sert pas » – comme bien d’autres choses ! Comme si le fait de vivre s’écornait bête­ment au fil des jours, gan­grené par la banal­ité. Or, il s’agit d’un art qui, comme tel, demande atten­tion de chaque jour, de chaque instant. Cet art, le plus vieux sans doute, est pour­tant le plus gal­vaudé et aus­si, l’actualité nous le mon­tre, hélas, le plus men­acé. Un art aus­si vieux que l’homo sapi­ens. – caté­gorie abu­sive s’agissant de ces « fous d’Allah » qui n’ont que la mort pour hori­zon indé­pass­able.

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© André Faber 2015

Au bistrot, à une ter­rasse ; au ciné, au théâtre ou à un con­cert ; flân­er dans les rues ou dans une expo ; dans un stade ou à la messe… Faire la cour, et l’amour, avec qui et comme on veut. Manger un steak-frites, un cous­cous, une saucisse ou une salade (bio ou non). Boire un rouge, blanc ou rosé ; un whisky (même à la can­nelle, ou au coca) ; ou un thé (à la men­the ou autre). Lire un jour­nal ou un autre ; un polar, un roman coquin ou non, un essai, un pam­phlet ; rire d’une blague, d’un dessin, d’une car­i­ca­ture. Savour­er la vie, l’honorer dans chaque instant, sans grandil­o­quence, voilà l’art de vivre – du moins « à la française », qui n’est heureuse­ment pas le seul ! Car il se décline partout où la vie lutte pour elle-même et non pour son con­traire, la mort.

L’idée est si anci­enne ! Elle remonte notam­ment (sans par­ler ici de la Chine antique) aux civil­i­sa­tions égyp­ti­enne et suméri­enne – là où, pré­cisé­ment, les « choses » se tor­dent et se nouent de nos jours ; c’est-à-dire tout autour de cette Mésopotamie qui a vu naître l’écriture et, par delà, la pen­sée élaborée. Plus tard, vin­rent les philosophes grecs et latins, dont la moder­nité demeure éblouis­sante. Ils inven­tèrent lit­térale­ment – à la let­tre – l’amour de la sagesse, après lesquels nous cour­rons tou­jours aujourd’hui, en nous essouf­flant ! Pythagore, Socrate et leurs foi­son­nantes lignées de penseurs et de viveurs. Ceux qui en effet, pré­cisé­ment, posèrent la philoso­phie comme un art de vivre, con­den­sé plus tard par le fameux carpe diem emprun­té au poète latin Horace. Oui, urgence quo­ti­di­enne : « cueil­lir le jour » sans dilapi­der son temps.

On est évidem­ment là aux antipodes de Daesh et de ses arrière-mon­des !

J’y opposerai encore ce cher vieux Mon­taigne et la jeunesse de sa pen­sée ; ain­si, par exem­ple, quand au fil de ses Essais il passe à deux états philosophiques suc­ces­sifs : l’un sur le thème « Vivre c’est appren­dre à mou­rir » –  dan­gereux slo­gan trop actuel… ; l’autre, plus heureuse­ment tour­né vers la vie : « La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son des­sein. »

Autre réflex­ion, abor­dée ici dans un com­men­taire récent :

« Je vou­lais « seule­ment » dire qu’il n’y a pas de « pul­sion de mort » inhé­rente à la nature humaine, et cela il me sem­ble que Wil­helm Reich l’a mon­tré magni­fi­que­ment, et que cette démons­tra­tion, par exem­ples cli­niques, est au cœur de son ensei­gne­ment, et de tout ce qu’il a apporté ensuite au Monde. Pour moi cela n’a rien à voir avec une croy­ance ou non, Wil­helm Reich a rai­son ou il a tort. La « peste émo­tion­nelle » dont il par­le, équi­va­lente à peu de chose près au res­sen­ti­ment mis au jour et génia­le­ment ana­lysé par Niet­zsche, ne touche pas l’ensemble de l’humanité. […] » (Gérard Béril­ley, 14/11/15)

C’est là un des grands points de cli­vage dans le mou­ve­ment psy­ch­an­a­ly­tique, celui autour de la freu­di­enne « pul­sion de mort » que Reich, en effet, fut par­mi les pre­miers à rejeter. Appliquée à l’actualité, son objec­tion pour­rait s’exprimer ain­si : tout mor­tifères qu’ils soient, ces dji­hadistes ne sont nulle­ment mus par une hypothé­tique « pul­sion de mort » ; c’est leur inca­pac­ité à vivre qui les mène vers la mort ; c’est-à-dire leur impuis­sance à l’abandon au flux du vivant.

On dira que cela ne change en rien l’atrocité de leurs actes. Certes. Mais une telle analyse (ici som­maire­ment résumée) évite l’impasse de la fatal­ité devant la Mort pul­sion­nelle, con­duisant à des analy­ses autrement com­préhen­sives de la réal­ité. Notam­ment s’agissant de la haine de la femme, créa­ture impure, qu’on ne rêve donc qu’en vierge fan­tas­ma­tique et « par­a­disi­aque ».

Cette obses­sion de la « pureté » se retrou­ve dans les idéolo­gies fas­cistes et en par­ti­c­ulière dans le nazisme et sa « pureté raciale ». Dans Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme, notam­ment, Reich avait analysé les com­porte­ments anti-vie, rigid­i­fiés sous la cuirasse car­ac­térielle et celle des corps frus­trés. Une sem­blable analyse auprès des dji­hadistes met­trait au jour, à n’en pas douter, les com­porte­ments sex­uels de vio­leurs et d’impuissants orgas­tiques. Les femmes vic­times de ces phal­lopathes « peine à jouir » – sauf à la sec­ousse des kalach’– auront peut-être un jour à témoign­er dans ce sens.

Com­pren­dre, certes, se pose comme une néces­sité qui évite les général­i­sa­tions, sim­pli­fi­ca­tions, amal­games de toutes sortes. Expli­quer ne four­nit aucune solu­tion clé en main.


Attentats de Paris. Ni prier, ni plier

attentats_paris« Pray for Paris ». De grandes âmes, sans doute, appel­lent à « prier pour Paris ». Est-ce bien le moment ? Que cha­cun prie ou non selon ses (in)croyances, pourvu que ce soit dans l’intimité de ses con­vic­tions. Or, l’injonction se veut publique ; elle s’exprime, dans la langue de Shake­speare – émanant donc du monde anglo-sax­on qui ignore la laïc­ité –, selon le mode graphique et récupéra­teur, du « Je suis Char­lie » des atten­tats de jan­vi­er. La manœu­vre empeste plutôt de ces « bonnes inten­tions » dont l’enfer est pavé. Plutôt que solu­tion, l’incantation religieuse ne relève-t-elle pas pré­cisé­ment du prob­lème ? Celui qui juste­ment jette une grande par­tie du monde dans les illu­sions de l’au-delà – ce qui s’appelle l’obscurantisme, au nom duquel agis­sent les assas­sins hal­lu­cinés.

Appel­er à « prier » ren­voie, en symétrie, dans les arrière-mon­des de ces « fous de Dieu » qui parsè­ment l’Histoire de leur démence de san­guinaires. Plus que jamais nous avons besoin d’allumer les lumières, avec et sans majus­cule, celles qui ont besoin du grand air frais de la vie pour nous don­ner à respir­er la lib­erté et ce qui s’ensuit : égal­ité, fra­ter­nité, laïc­ité et joyeuseté par con­séquent et de manière indis­so­cia­ble.

Ni prier, ni pli­er. Il nous faut être debout et, au nom de l’humanité, nous élever et nous main­tenir au-dessus de la sauvagerie. L’élévation, bien sûr, ne saurait exclure le recueille­ment et la spir­i­tu­al­ité, formes laïques de la prière.

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Lun­di 16 novem­bre sous l’ombrière du Vieux port à Mar­seille. Recueille­ment lors de la minute de silence en mémoire des vic­times des atten­tats de Paris. [Ph. gp]


« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

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Crédit pho­to : Hamid Zanaz

Algérien, Hamid Zanaz vit en France depuis une ving­taine d’années. Il n’est retourné en Algérie que tout récem­ment. Écrivain, tra­duc­teur et jour­nal­iste, il pub­lie abon­dam­ment dans des médias arabes, tunisiens, algériens et libanais prin­ci­pale­ment. Pour lui, il n’y a rien à retenir de la reli­gion du prophète, islam et islamisme sont syn­onymes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias arabo­phones qu’en France… Ce détracteur résolu de l’islam explique pourquoi et nous livre son regard sur le monde arabe et l’Algérie. Pes­simiste, ironique et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son dernier ouvrage est titré Islamisme: com­ment l’Occident creuse sa tombe.

Inter­view  par Mireille Val­lette, du site suisse LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­ciements de C’est pour dire].

• Vous ne voulez plus pub­li­er d’ouvrages en français. Pourquoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je pub­lie dans cer­tains pays arabes, jamais je ne pour­rais l’écrire en France. Même si en principe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de traduire du français en arabe un livre sur l’origine du monde qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être traité de raciste. Dans les pays musul­mans, je peux être traité de mécréant, jamais de raciste.

• D’autres exem­ples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écrire qu’il n’y a pas de dif­férence entre islam et islamisme, ou que le pub­lic de Dieudon­né est for­mé à 80% de racaille islamique. Pas en France ou alors seule­ment dans des sites au pub­lic lim­ité, et au risque d’ennuis judi­caires… Valls, lorsqu’il par­le des dji­hadistes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridicule ! Je pub­lie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­di­en libanais arabo­phone. Ce sont des inter­views de femmes arabes rebelles, dont Wafa Sul­tan et des femmes encore plus rad­i­cales. J’en ferai un livre en arabe inti­t­ulé « Ma voix n’est pas une honte », en référence à Mahomet dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vreté en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Con­traire­ment à ce que veu­lent croire les Occi­den­taux, ce n’est pas la mis­ère et la dis­crim­i­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bil­ité de lire. Avant, les religieux trans­met­taient un islam pop­u­laire, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incon­sciem­ment tra­vail­lés par la moder­nité, ils y adhéraient peu à peu. Lorsque l’enseignement a été ara­bisé en Algérie, les gens et les imams ont pu con­naître l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont con­nu, ils sont naturelle­ment devenus inté­gristes et ils ont com­mencé à réclamer l’application de cet islam, la charia. Mais en fait, une bonne par­tie de la pop­u­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les textes. En Algérie, c’est surtout l’Etat qui islamise, c’est l’offre qui crée la demande. Je regarde par­fois des émis­sions sur des TV algéri­ennes. L’autre jour, je tombe sur des ques­tions-répons­es avec un type con­nu, auto­proclamé spé­cial­iste de l’islam. Une femme dit : j’ai des prob­lèmes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas juste.Et lui répond : pour plaire à Allah, tu dois suiv­re tout ce que dit ton mari.

• Pensez-vous que la jeunesse du monde arabe représente un espoir ?

– Non, la jeunesse du monde arabe ne change pas, mis à part une minorité. L’école fab­rique des inté­gristes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lorsque tu traites de l’Etat par exem­ple, le pro­gramme t’oblige à faire la liste des méfaits et des avan­tages du cap­i­tal­isme et du social­isme, puis à faire la syn­thèse et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat islamique. Les jeunes ne sont pas fanatisés par inter­net, ils sont d’abord islamisés dans les mosquées et les insti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sage à la pra­tique.

• Mais les pré­ceptes, par exem­ple relat­ifs à la sex­u­al­ité, sont extra­or­di­naire­ment sévères. La pop­u­la­tion réus­sit-elle à les respecter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel islamique, les gens ne peu­vent pas résis­ter, la vie est plus forte. C’est une vaste hypocrisie. Quand je suis arrivé en Algérie, je suis allé dans un bar où il y avait des femmes et des hommes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est devenu presque clan­des­tin, ces lieux fer­ment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quarti­er.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se main­tient ?

– Dans ce pays, il y a deux opi­ums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se développe pas, mais pour garder le pou­voir, les autorités ont créé une sorte d’Etat-providence. Ils achè­tent la paix sociale et rap­pel­lent con­stam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ror­isme des années 90. Pour l’instant, ça marche. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algériens se sont tou­jours rebel­lés. En résumé, c’est le bor­del !

• Et à votre avis, ce régime peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la famine… jusqu’à ce que la manne pétrolière soit épuisée ou con­cur­rencée par d’autres formes d’énergie. Le prob­lème de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pét­role. Franche­ment, qui écouterait l’Arabie saou­dite ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algérie, avez-vous ressen­ti l’explosion démo­graphique ?

– Les bâti­ments envahissent tout, on ne cesse de con­stru­ire. Si ça con­tin­ue comme ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­ri­ble, les autoroutes délabrées… C’est le chaos partout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famille, la mer…

• Que pensez-vous du cas tunisien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le monde arabe. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une élite laïque très bien for­mée et sa résis­tance à la pres­sion religieuse est extra­or­di­naire ! Je les admire ! Ces Tunisiens défend­ent la laïc­ité plus et mieux que les Français et dans un cli­mat hos­tile.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affligeante du con­di­tion­nement religieux infligé à des enfants…

Faut-il com­menter ?


On ne peut interdire la connerie du maire de Venelles !

Être traité pour un can­cer de la bouche n’empêche donc pas de dire des con­ner­ies. Cela y con­tribuerait-il même ? Stu­pides ques­tions pour pro­pos débiles tenus par « mon » maire : Robert Chardon, ci-devant UMP (en passe d’exclusion selon NKM – on ver­ra) ou futur FN (non : trop à droite pour Marine Le Pen !).

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Voilà en tout cas une pub pas bien reluisante pour ma petite com­mune de Venelles (8.000 habi­tants). Toute la France infor­mée con­naît désor­mais l’indécente propo­si­tion faite à Sarkozy (cepen­dant ouvert à tout) de ce pre­mier mag­is­trat à la grande fibre répub­li­caine : inter­dire l’islam en France. Il y va de l’avenir de la France et plus encore de la foi judéo-chré­ti­enne.

Dans son élan vers les plus hautes pen­sées, ce va-t-en-guerre (de reli­gion) avance en effet d’audacieuses propo­si­tions :

« Je sup­prime la loi de 1905 et proclame que la République favorise la pra­tique de la foi chré­ti­enne », explique l’élu qui se com­pare à Louis XIV, qui avait révo­qué l’édit de Nantes en 1685.

« Il faut un plan Mar­shall pour le Maghreb. Il faut aus­si une inter­ven­tion mil­i­taire en Libye. Il faut égale­ment met­tre fin au dan­ger que représen­tent les boat peo­ple » [sur Europe 1].

twt chardon

.

Robert Chardon relaie aus­si des mes­sages anti-islam comme “Pro­tégez-vous, adoptez un cochon !” (sur son compte Face­book).

Le plus comique, si on peut dire, c’est que Venelles, à dix kilo­mètres d’Aix-en-Provence, est prob­a­ble­ment l’une des com­munes les moins « islamisées » de la région, voire de France ! Pas un « Arabe », pas un « Noir » à l’horizon : rien que des Blancs, bour­geois, judéo-chré­tiens – tout ce qu’il y a de plus pro­pres, nor­maux et vac­cinés, dont 56 % ont voté l’an dernier pour ce saint-homme et ses fan­tasmes de croisé.

Inter­dire le culte de l’islam, ça peut même se con­cevoir – la preuve. Mais inter­dire la con­ner­ie – là, on est désar­mé.


Fabienne, 48 ans, a choisi de mourir dans la dignité. Un droit humain reconnu en Suisse, mais pas en France où il mobilise l’hostilité religieuse et morale

Un nou­veau (et ancien) débat « de société » s’ouvre en ce moment sur la ques­tion cru­ciale de la fin de vie. Et, il fal­lait s’y atten­dre, la bien-pen­sance se remet aus­sitôt en ordre de com­bat au nom des Reli­gions, de la Morale et même de la Civil­i­sa­tion. Et ces jours-ci, une voix sin­gulière s’est élevée con­tre « ceux qui par­lent sans savoir ». La voix d’une morte, Fabi­enne Bidaux, une femme admirable de courage et de lucid­ité, selon ce poignant témoignage dif­fusé par France Inter ce 10 mars. Cette femme de 48 ans, atteinte d’un can­cer incur­able, a décidé d’aller mourir en Suisse, là où la « mort douce » est autorisée. Cela afin de ne pas affron­ter la déchéance extrême, ni d’en impos­er la vue à ses proches.

Fabi­enne était bib­lio­thé­caire, respon­s­able d’une médiathèque à Colombelles près de Caen. Elle est morte le 16 févri­er selon la pra­tique du « sui­cide assisté » – terme qu’elle réfu­tait d’ailleurs, se prononçant pour l’euthanasie, qu’on accorde pour­tant aux ani­maux !

La lucid­ité de cette femme – enreg­istrée cinq jours avant sa mort décidée –, la clarté de sa voix, la force de ses pro­pos, ses rires même, ren­dent ce témoignage on ne peut plus boulever­sant. On peut l’écouter ici dans son entre­tien avec Frédéric Pom­mi­er :

 Un autre extrait dif­fusé sur France Inter (13 heures, Claire Ser­va­jean) :

[audio:http://ponthieu.net/c-pour-dire/wp-content/1audio/Fabienne_B_.mp3|titles=Fabienne B.|autostart=no]

 

Chrétiens, juifs, musulmans lancent leur fatwa sur la fin de vie

le monde euthanasie

Avec ce titre à la une, le quo­ti­di­en “de référence” mar­que, dans ce débat, son allégeance aux autorités religieuses hos­tiles au droit à la “mort douce”. [Cli­quer pour agrandir].

« Chré­tiens, juifs, musul­mans : l’appel des reli­gions con­tre la loi sur la fin de vie ». Par ce titre plein pot, « cinq colonnes à la une », Le Monde daté du 10 mars pre­nait fait et cause con­tre la loi en pro­jet et pour la posi­tion exprimée en tri­bune par les « dig­ni­taires » des trois monothéismes dom­i­nants. Le quo­ti­di­en dit « de référence » renoue ain­si avec sa tra­di­tion et pré­ten­tion moral­isante, liée à sa fon­da­tion et plus encore à son fon­da­teur qui, « du point de vue de Sir­ius », avait pré­ten­tion à gou­vern­er… le monde.

C’est bien sûr le droit de tout jour­nal et de tout jour­nal­iste de pren­dre posi­tion sur tout sujet ; de ce même droit qui n’oblige pas à les suiv­re, ni même à les lire. L’ambiguïté peut cepen­dant naître d’un abus qui con­siste à se présen­ter comme le parangon de la neu­tral­ité, sinon de l’ « objec­tiv­ité » et, en même temps, don­ner sa cau­tion, voire son onc­tion, à un groupe de pres­sion dont le but, en l’occurrence, est bien de pré­ten­dre gou­vern­er les con­sciences.

Je veux par­ler des églis­es, ces multi­na­tionales ecclésiales et notam­ment monothéistes, dont des représen­tants paten­tés ont signé dans led­it Monde une fat­wa inti­t­ulée « L’interdit de tuer doit être préservé ». Reprenant en chœur et comme un seul péni­tent le « Tu ne tueras point » – ce com­man­de­ment le plus bafoué dans l’histoire de l’humanité –, le quar­teron de « hauts dig­ni­taires » (ils sont cinq, en fait…) cède une fois de plus à la ten­ta­tion séculière de la dom­i­na­tion de l’ici-bas au nom de l’au-delà.

« Nous deman­dons que soit encour­agé l’accompagnement des per­son­nes en fin de vie, tout en garan­tis­sant qu’elles soient claire­ment pro­tégées par l’interdit de tuer. C’est au regard porté sur ses mem­bres les plus frag­iles qu’on mesure le degré d’humanisation d’une société. Au nom de quoi envis­agerait-on de légalis­er un geste de mort ? Parce que la per­son­ne con­cernée aurait, dit-on, per­du sa dig­nité humaine ? Parce qu’elle aurait fait son temps ? On lui lais­serait enten­dre qu’elle est dev­enue inutile, indésir­able, coû­teuse… L’homme se croit-il en mesure de décern­er – pour lui-même ou pour autrui – des brevets d’humanité ? » Voilà ce qu’édictent ces beaux messieurs, à savoir :

Philippe Bar­barin, car­di­nal, archevêque de Lyon; François Clavairoly, pres­i­dent de la Fédéra­tion protes­tante de France; mon­seigneur Emmanuel, mét­ro­po­l­ite de France, prési­dent de l’Assemblée des évêques ortho­dox­es de France; Haïm Kor­sia, grand rab­bin de France; Mohammed Mous­saoui, prési­dent de l’Union des mosquées de France et prési­dent d’honneur du Con­seil français du culte musul­man.

cabu-religions

Et un Cabu comme au bon vieux temps… [Cli­quer dessus].

On dira que c’est aus­si leurs droits, à ces « som­mités » religieuses, de prêch­er pour leurs paroiss­es – sauraient-elles faire autre chose ? C’est en tout cas le mien, de droit, de dénon­cer les méfaits des clergés quels qu’ils soient, y com­pris idéologiques et à com­mencer par les trois impos­tures monothéistes. Ces trois là, en l’occurrence, n’ont de cesse d’« enfon­cer leurs mains noires jusque dans le ven­tre des hommes ». Je reprends cette phrase de l’écrivain roumain Panaït Istrati dénonçant ain­si, dès 1927, le stal­in­isme en germe dans l’Union sovié­tique. Quel rap­port ? Une même et obses­sion­nelle pré­ten­tion à régir et enrég­i­menter la vie des humains, de la nais­sance à la mort, jusque dans les têtes et les corps et, pour ce qui est des reli­gions au sens strict, en deçà et au-delà.

En deçà de la vie, en effet, si l’on con­sid­ère l’ancienne fat­wa – jamais lev­ée, cela va sans dire – lancée con­tre la con­tra­cep­tion et donc plus pré­cisé­ment con­tre les femmes, con­tre la Femme comme alliée du démon, celui de la Ten­ta­tion, c’est-à-dire du désir et de la sex­u­al­ité.

 

Le combat de l’ADMD

Depuis trente-qua­tre ans, l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dig­nité milite pour le droit de choisir les con­di­tions de sa pro­pre fin de vie. Con­for­mé­ment à ses con­cep­tions per­son­nelles de dig­nité et de lib­erté.

L’ADMD entend obtenir qu’une loi visant à légalis­er l’euthanasie et le sui­cide assisté et à assur­er un accès uni­versel aux soins pal­li­at­ifs soit votée par le Par­lement, comme le récla­ment 96% des Français inter­rogés par un sondage Ifop en octo­bre 2014. Avec le vote de cette loi, les Français béné­ficieraient de leur ultime lib­erté, comme les Néer­landais, les Belges, les Lux­em­bour­geois et les Suiss­es.

http://www.admd.net/

Au-delà bien sûr, c’est leur spé­cial­ité, le champ de prédilec­tion des impos­teurs promet­tant le par­adis pour impos­er la résig­na­tion sur terre, ici bas, dans la souf­france, l’injustice, les iné­gal­ités. Jamais les reli­gions n’ont agi pour la libéra­tion de l’Homme – au mieux font-elles sem­blant. Ain­si se sont-elles alliées avec les dic­tatures et les sys­tèmes d’oppression qui ont rav­agé l’humanité tout au long de l’Histoire. Même si on peut relever quelques excep­tions émanant le plus sou­vent d’« héré­tiques » échap­pant au con­trôle des hiérar­ques – un cer­tain Jésus en serait le mod­èle, bien­tôt récupéré par l’ordre cléri­cal.

Le seul champ que les reli­gions pour­raient cul­tiv­er avec quelque légitim­ité serait sans doute (!) celui de l’Au-delà, celui des spécu­la­tions infinies et de la Con­jec­ture méta­physique, que la sci­ence et les con­nais­sances rationnelles ne lui dis­putent même plus, au nom même de ses parias sci­en­tifiques : les Coper­nic, Gior­dano Bruno, Galilée – pour s’en tenir à ces fig­ures his­toriques.

Mais voilà que les religieux séculiers, débor­dant de leurs prérog­a­tives con­jec­turales, s’arrogent aus­si le droit de con­trôler le pas­sage de vie à tré­pas, de légifér­er selon leurs Lois « divines ». Et cela sous pré­texte de leur « regard porté sur ses mem­bres les plus frag­iles » et sur le « degré d’humanisation d’une société ».

Voilà qu’ils pré­ten­dent enrober de leur atten­tion pro­tec­trice ces « plus frag­iles », les souf­frants en fin de vie, acca­blés des douleurs les plus inten­ables, frap­pés par la plus grande des injus­tices, celle du mau­vais sort jeté par la mal­adie face à laque­lle le nom de Dieu devient pour le moins prob­lé­ma­tique!

banque religions

Lis­bonne. Char­ité bien ordon­née.

La pro­tec­tion des églis­es du monde s’applique, c’est bien con­nu, au bien-être des « plus frag­iles », à ces damnés de la terre que sont :

  • les enfants : catéchisés, mar­tyrisés, enrôlés, vio­lés, sol­datisés, kamikasés ;
  • les femmes : exploités, dom­inées, mutilées (sex­uelle­ment), vio­lées, tuées, tor­turées, lapidées, et cul­pa­bil­isées pour « péché orig­inel » et con­damnées à « enfan­ter dans la douleur » ;
  • et le « reste » des dému­nis, pau­vres, malades, exploités en tous gen­res et en tous lieux.

Et la liste n’est pas close : il y a du pain sur la planche de la mis­ère du monde (ô, Bour­dieu !) pour les « hautes autorités religieuses » avant de dénon­cer ce qu’elles osent qual­i­fi­er, par le plus mal­hon­nête des glisse­ments de sens, le « droit de tuer ». Il s’agit de mourir dans la dig­nité, rien de moins. D’éviter le naufrage de l’avilissement, de la déchéance, de la souf­france extrême. Il s’agit du droit inal­ién­able de l’individu à dis­pos­er de son corps et de sa vie, jusqu’à la mort y com­pris.

Certes, le « fait religieux », comme on dit de nos jours, doit aus­si être con­sid­éré comme fait cul­turel et, plus large­ment, anthro­pologique. L’histoire des sociétés en est imprégnée, « des orig­ines à nos jours ». La reli­gion tente d’apporter des répons­es à l’angoisse pri­male dont l’animal humain peine à se défaire devant les insond­ables mys­tères de l’univers. En quoi la rai­son et ses expres­sions philosophiques et sci­en­tifiques se sont érigées comme anti­dotes aux croy­ances super­sti­tieuses. En quoi l’idée révo­lu­tion­naire de laïc­ité a per­mis (plus ou moins, selon les lieux et les épo­ques…) de sépar­er les deux domaines en principe inc­on­cil­i­ables : la foi et la rai­son, autrement dit ce qui relève respec­tive­ment de l’individu et de la société. C’est là un acquis pré­cieux, envié par ceux qui, de par le monde, ont con­science d’en être privé. Ce monde où, en effet, les églis­es de toutes obé­di­ences – et il y en a des mil­liers ! – ont tis­sé leur emprise sur les réal­ités séculières, sur les sociétés et ses mem­bres « les plus frag­iles ». C’est en leur nom, entre autres, que se sont con­sti­tués les théocraties – dans les cas les plus dom­mage­ables – et plus ordi­naire­ment la plu­part des régimes – dits démoc­ra­tiques, monar­chiques ou autres – dans lesquels l’emprise religieuse est sub­rep­tice­ment ou osten­si­ble­ment ancrée.

militant_atheistsLa laïc­ité ne saurait être une quel­conque con­tre-reli­gion, comme voudraient le faire croire, c’est bien le mot, les reli­gion­naires dog­ma­tiques, sinon prosé­lytes, pour lesquels la paix sociale passe bien après leur foi indi­vidu­elle. Ils con­sid­èrent les défenseurs de la laïc­ité comme des enne­mis, qu’ils trait­ent avec mépris de « laï­cards » – terme péjo­ratif qui recou­vre à leurs yeux hor­ri­fiés les pires espèces de mécréants. Heureuse­ment, il existe aus­si des croy­ants laï­cistes, peu audi­bles cepen­dant dans le brouha­ha des sociétés occi­den­tales. Ailleurs, leur exis­tence ne va pas au delà de la prison et, le plus sou­vent de nos jours, de la décap­i­ta­tion la plus bar­bare.

« Ailleurs » désigne ici ce que Niet­zsche appelait les arrière-mon­des, peu­plés d’hallucinés. Ceux que, dans leur ver­sion con­tem­po­raine, ils nous faut bien dénom­mer islamo-fas­cistes. C’est-à-dire en désig­nant pré­cisé­ment le car­ac­tère vio­lent et mor­tifère de ces psy­chopathes pour qui une insulte con­tre leur foi – mais laque­lle au juste? – est plus grave que l’assassinat de mil­liers d’êtres humains. La dif­fi­culté ici étant de se trou­ver « amal­gamés » dans une même dénon­ci­a­tion avec d’autres vari­antes de fas­cistes ordi­naires mus par des idéolo­gies du rejet de l’Autre, de tous les autres, y com­pris d’eux-mêmes.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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