On n'est pas des moutons

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Lettre ouverte à ma fille sur l’« islamophobie »

Au départ, un « fait divers » atroce révélé ce 8 février par le journal belge, La Libre. Sous le titre :

« Coups de batte, brûlée au chalumeau, fouettée à l’aide d’un câble électrique : le calvaire de Samia — Sadique, le père frappait les anciennes blessures pour empêcher la cicatrisation. »

Et l’article poursuit :

« Fouettée avec un câble électrique, frappée à coups de batte de base-ball, attachée à une chaise et brûlée aux pieds avec un fer à souder : ce n’est pas le récit d’un prisonnier de Guantanamo mais bien celui de la jeune Samia, une jeune fille de Farciennes (région du Hainaut) torturée par son propre père durant plusieurs années.

« Son calvaire a débuté alors qu’elle était en troisième […], en 2007. Mais ce n’est qu’en septembre 2016 que l’affaire a été révélée, un peu par la force des choses. Malgré le règlement d’ordre intérieur de son école, Samia se présentait quotidiennement sous un voile quasi intégral. […]

« Elle a expliqué que son père l’attachait […] et la brûlait avec un fer à souder pour lui faire savoir ce que serait l’enfer, si elle s’avisait de pécher» […]

« Mais d’autres éléments ont intrigué les enquêteurs : «Les murs de la maison étaient couverts de versets du coran. Mais il n’y avait ni jouets ni lits pour les quatre enfants. Le père a appris la naissance de Samia alors qu’il venait de se marier à une autre femme. Il a dû l’assumer et lui a fait payer physiquement et psychologiquement. »

J’envoie cet article 1 à ma fille en lui faisant part de mon indignation. Elle me répond :

« Oui, c’est affreux. Mais ce genre de fait divers ne tendrait-il à renforcer l’islamophobie ambiante ? La propagande par l’exemple : « Vous voyez bien que c’est des gens sadiques ». Alors qu’il s’agit « juste » de gens complétement frapadingues…

« Bref, c’est horrible, mais est-il nécessaire d’appuyer encore sur le bouton…? »

Pensant, en effet, nécessaire d’appuyer sur le bouton, voici ma réponse sous forme de « lettre ouverte ». Car j’estime que la question de l’« islamophobie » recouvre des enjeux qui concernent notre société – ce qu’on appelle, parfois un peu à la légère, le « vivre ensemble ».

Salut ma fille,

Pour moi (et quelques autres !), ce qu’on appelle communément « islamophobie » est un mot « valise » mis en avant par les musulmans et plus particulièrement par les plus radicaux et violents d’entre eux, les islamistes ; c’est-à-dire ceux qui cherchent à se faire passer pour victimes alors qu’ils sont acteurs des déséquilibres qu’ils font semblant de dénoncer, qu’ils cultivent pour mieux s’en servir. Lesdits islamistes, derrière leur double langage (islam de paix / islam de combat (djihad 2) – cas typique de Tariq Ramadan) n’ont de cesse de chercher à fractionner nos sociétés, à les déstabiliser dans une stratégie de combat. C’est précisément la stratégie de DAESH 3 et de ses succursales : créer le chaos et faire triompher le djihad.

D’autre part, « islamophobie » signifie stricto sensu « peur de l’islam » ; l’utiliser renvoie plus à un trouble irrationnel, doublé de haine,  qui, justement, ne laisse pas de place à la raison. On ne pourrait donc pas opposer à une religion figée, moyenâgeuse (elle n’a pas évolué depuis sa création au VIIe siècle), des arguments constitués selon des critères et des valeurs universels, relevant notamment des Lumières et des philosophies d’autonomie et de libération – c’est-à-dire du dégagement des religions de la sphère publique pour les cantonner à l’individu (principe primordial de laïcité). C’est d’ailleurs pourquoi je souscris plutôt au néologisme de « misislamisme » 4, « mis » signifiant l’antagonisme et non la détestation ; mais bien sûr c’est « islamophobie » qui s’impose désormais, du fait notamment que ses utilisateurs musulmans ont gagné la bataille sur ce plan sémantique. Afin qu’ils ne gagnent pas « tout court » la bataille, je pense donc qu’il ne faut pas tomber dans leur panneau victimaire et s’opposer au « djihad mou » (dissimulé) par des arguments solides et affirmés. Ce qui est en jeu ici, il me semble, c’est le fait qu’une différence de religions et de cultures soit devenue une opposition de civilisations. 

Cet antagonisme culmine de nos jours avec les questions liées à l’immigration. L’arrivée d’étrangers dans un pays créé toujours, plus ou moins, des mouvements xénophobes (d’ailleurs quand quelqu’un, quel qu’il soit, monte dans un bus ou un train, il est généralement regardé de travers, comme un élément étranger, l’étrange qui dérange l’ordre antérieur d’un groupe…). Il en fut ainsi, par exemple, des immigrations successives en France des Italiens, Polonais, Espagnols ; avant eux des Arméniens et après des Juifs d’Europe de l’Est et d’Afrique du Nord, ainsi que les « pieds noirs » rapatriés. Tous ceux-là ont fini par s’intégrer dans la société française parce qu’ils l’ont enrichie par leur force de travail d’abord 5, mais aussi par leurs apports culturels acceptables pour les « indigènes » (natifs). C’est ce qu’on a appelé l’assimilation, notamment par la langue et, plus généralement, par les mœurs communes. Ce qui a permis cela, c’est principalement la religion qu’ils avaient en commun : le christianisme.  Mettons à part dans ce phénomène les juifs qui ont gardé leurs particularismes tout en s’assimilant aux cultures des pays d’accueil.

Tu vois où j’en arrive : l’islam. Pourquoi cette religion est-elle à part, et avec eux ses pratiquants, dans le refus de s’assimiler, ou tout au moins de s’intégrer à la société d’accueil ? Tu vois peut-être mieux le fondement de l’« islamophobie » ? Il s’agit, je pense, d’un antagonisme irréductible, et d’autant plus qu’il baigne dans un contexte géopolitique à base de terrorisme, c’est-à-dire de violence « barbare » 6 revendiquée, théorisée, assignée à une religion dont, même ses adeptes pacifiques ne cherchent pas suffisamment à se démarquer. Leur silence (quasi général) vaut approbation dans l’opinion. Les opposants sont peu audibles et très minoritaires.

Pour ce qui est du « fait divers » en question, je ne le prends donc pas, comme tu sembles le faire, pour un « accident », un coup de folie de frapadingue comme tu dis. Le père qui martyrise sa fille – pas un garçon, non –, c’est aussi et peut-être d’abord, la conséquence « logique » d’une religion qui bannit la femme de ses valeurs. Oui, à l’origine toutes les religions monothéistes dégradent la femme ; elles se sont adaptées, contraintes et forcées par l’Histoire et les différentes luttes de libération – dont les révolutions. Sauf l’islam ! Les « printemps arabes » ont échoué sous les coups des Frères musulmans (dont fait partie le même T. Ramadan). Certes, ce père indigne est aussi un psychopathe tortionnaire. Comment en est-il arrivé à ce point d’abjection ? Sa religion l’aurait-il amené à plus d’humanité (il affichait des pages de Coran sur les murs) ou l’inverse ?

Nos problèmes avec l’immigration ne viendraient-ils pas de cela ? : une xénophobie « normale » (explicable a priori) doublée par un refus, plus ou moins conscient, d’une « invasion » qui mettrait en péril « nos valeurs » tout de même chèrement acquises : valeurs de démocratie, de « liberté — égalité — fraternité », certes imparfaites et perfectibles, et ayant acquis valeurs d’universalité. Oui ou non : La femme égale l’homme ? Les Droits de l’homme s’appliquent à tous ? (et aussi aux animaux !) La religion et les croyances en général relèvent de l’individu et ne doivent pas régir une société ?

Ceux qui brandissent et veulent si promptement dénoncer l’« islamophobie » devraient répondre avant tout, et sans ambiguïtés, à ces questions fondamentales – plus fondamentales que leurs dogmes. On en est très loin ! C’est en quoi nous pouvons craindre des temps à venir.

Il s’agit aussi, il me semble, de ne pas abandonner ces questions fondamentales à la droite et, pire encore, à l’extrême-droite – ce qui est pourtant le cas, et que ne manquent pas d’exploiter les islamistes en dénonçant le racisme de la  «fachosphère». Ils s’en privent d’autant moins que la gauche, dans l’ensemble, s’en tient à des propos angéliques, irresponsables, nourris à l’absence d’analyse sérieuse ou à des considérations de morale plus ou moins caritatives. Ce faisant, cette gauche ne fait que nier la réalité des problèmes et ouvrir le boulevard que l’on sait à tous les extrémistes.

Je garde en tête cet entretien dans l’Obs d’août 2017 avec Salman Rushdie trouvant « consternant » d’entendre «Marine Le Pen analyser l’islamisme avec plus de justesse que la gauche ». « C’est très inquiétant de voir que l’extrême droite est capable de prendre la mesure de la menace plus clairement que la gauche ». « Le présupposé constant de la gauche, c’est que le monde occidental est mauvais. Et donc tout est passé au crible de cette analyse », déplore-t-il en terminant l’entretien.

Voilà, ma fille, pourquoi j’ai eu envie de te répondre avec cette lettre, certes bien longue – ces questions sont complexes –, et que j’ai eu envie, tout en l’écrivant, d’ouvrir à tous vents, et en particulier contre les vents mauvais.

Ton père, et caetera…

Notes:

  1. Version originale ici
  2. Guerre sainte menée pour propager et défendre l’islam.
  3. On devrait dire plus clairement califat islamique, qui exprime mieux la volonté d’expansion territoriale. Le calife était le souverain musulman, successeur de Mahomet, qui réunissait le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel sur son territoire.
  4. Cf. Le Choc des nihilismes, Gian Laurens, 2015, chez l’auteur.
  5. C’est plus précisément le capital qui s’est alors enrichi…
  6. Je place des guillemets en raison de l’usage banalisé du mot qui, à l’origine (chez les Grecs et chez Hérodote notamment) désignait l’étranger, celui qui parle une autre langue.

Iran : Dieu sur la sellette

Par Laurent Joffrin, directeur de Libération

Comme à plein d’autres connectés, le directeur de Libé m’envoie chaque jour sa « lettre politique ». J’aime bien la lire, la trouvant le plus souvent aussi pertinente que bien troussée. Ce 3 janvier donc, tandis que Le Monde, à sa une, faisait mumuse avec Macron, Laurent Joffrin traitait de la situation en Iran en un raccourci géopolitique qui ne manque pas de nous interpeller. Il y aborde en effet la question si fondamentale de la laïcité, et cela au moment où le même Macron (celui du Monde) reçoit le dictateur turc et, surtout, ayant reçu la veille les représentants des religions établies, nous refait le coup de la « laïcité ouverte ». Joffrin remet à sa façon les églises à leur plus juste place et, plus généralement, Dieu à la sienne.

Iran : Dieu sur la sellette

Il est une leçon éclatante de la crise iranienne qu’on ne tire guère, mais qui se voit pourtant comme le turban sur la tête d’un mollah : les ravages qu’exerce la religion dès qu’on la mélange avec la politique. On parle souvent de l’Iran en enfilant les perles : « un grand pays », « héritier d’une civilisation plusieurs fois millénaire », « acteur incontournable de la région », etc., toutes choses vraies qui ne nous apprennent rien sur la situation du pays. L’Iran d’aujourd’hui est d’abord une théocratie. Ce pays de culture et de créativité vit sous la férule de religieux obscurantistes qui maintiennent la société dans les rets d’une dictature minutieuse. Les mollahs contrôlent non seulement l’Etat, les finances, l’armée, mais aussi la presse, les écrans, la vie quotidienne et même les tenues vestimentaires. Le jeu politique se limite à l’affrontement des factions chiites, dont certaines sont plus ouvertes que d’autres, mais qui se rejoignent pour conserver les bases du régime existant.

Les protestations en cours, d’apparence économique ou sociale, visent en fait le cœur du système. On conteste les dépenses occasionnées par une politique étrangère fondée sur le soutien permanent aux alliés religieusement proches, le Hezbollah, ou bien le pouvoir alaouite en Syrie. On met en cause les subventions massives accordées aux associations religieuses. On s’indigne de la gestion désastreuse des « banques islamiques ». On dénonce la corruption de l’establishment religieux qui détourne à grands seaux l’argent public au profit d’une mince couche de dignitaires. Au sommet de l’appareil répressif, les « gardiens de la révolution », troupe d’élite héritière du khomeinisme pur et dur, restent les principaux garants de la dictature, soucieux avant tout de réprimer toute aspiration populaire à un peu plus de liberté.

Cet impérialisme du spirituel est un mal du siècle qui commence. On le retrouve évidemment dans les monarchies du golfe, tout aussi totalitaires, ou dans la folle entreprise terroriste des minorités islamistes. Mais aussi, sous une forme heureusement plus bénigne, dans certaines démocraties. L’alliance de Trump avec la faction évangélique aggrave sa politique. L’influence politique des religieux en Israël bloque tout espoir de paix avec les Palestiniens. Le pouvoir de l’orthodoxie en Grèce ralentit les réformes sociales et conforte en Russie la démocrature poutinienne. Bref, Dieu, personne privée, se mêle de plus en plus de ce qui ne le regarde pas, à savoir l’organisation de la cité. Le sécularisme dans les régimes de droit, ou la laïcité en France, reste l’un des biens les plus précieux pour tous ceux qui sont attachés à la liberté.

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Repris ici un jour après sa publication, j’ose espérer que Laurent Joffrin ne m’en voudra pas de cet innocent piratage…


Johnny H. – Spectacle et Démesure

Ainsi la France, le Monde même, ont perdu deux idoles en deux jours: un grand écrivain et un grand chanteur. Il s’est passé quelque chose, certes. quelque chose de troublant, difficile à expliquer simplement, c’est-à-dire à déplier. quelque chose de compliqué donc. Un mot me vient, qui remonte aux philosophes de la Grèce antique, hubris. Un mot à l’image de notre monde chaotique. Il veut dire « arrogance, démesure ».

macron-aux-obseques-de-johnny

«Hommage populaire»… Tout est en place, dans une mise en scène hiérarchisée, dans le spectacle de la séparation.

Les deux pompes funèbres et surmédiatiques qui se sont presque simultanément déversées sur « nous », emportaient en effet dans une même démesure toute l’arrogance d’un monde désormais emporté par le spectacle de lui-même, cette sorte d’auto-spectacle, de gigantesque selfie généralisé. Selfie qu’en termes locaux on appellerait « portrait de soi » – et en l’occurence, « de l’entre-soi ».

Notes sur les pompes funèbres de Jean d’Ormesson. C’est étonnant comme les vieux chenus, yeux bleus si possible, cravate choisie, sens de la conversation alliant esprit et légèreté… c’est étonnant comme un tel profil bonhomme peut, entre Académie et Invalides, converger aussi vers une sorte de Panthéon. Tous les vieux, ou presque, finissent par se racheter leur passé, même peu reluisant. Le « Jean d’O » de la cinquantaine et du Figaro, approuvait la guerre états-unienne au Viêt Nam – Jean Ferrat lui dédia alors une chanson cinglante, qu’il fera interdire. Plus tard, en 1994, aventuré au Rwanda sous génocide, ainsi que le rappelle Daniel Mermet qui le qualifie de roublard 1, il exerce son talent lyrique :

« Partout, dans les villes, dans les villages, dans les collines, dans la forêt et dans les vallées, le long des rives ravissantes du lac Kivu, le sang a coulé à flots – et coule sans doute encore. Ce sont des massacres grandioses dans des paysages sublimes. »

D’où, encore, la question du spectacle – littéraire à l’occasion, celui qui fait se pâmer Busnel et Orsenna dans une même extase. « Bien écrire » ou « écrire bien » ?

Une partie de la France – et non pas « la France » ; une partie du peuple – et non pas « le peuple », se sont livrés à ce rite étrange et désormais banal d’une immense autocontemplation. De même que lesdits selfies n’ont été rendus possibles qu’avec l’apparition des téléphones dits « intelligents », les célébrations funèbres de ces derniers jours ne l’ont été que par le déploiement démesuré de la machine médiatique – à l’« intelligence » relative et pourtant redoutable.

Et puisque nous étions tombés dans une forme poussée de spectacle 2, une référence pouvait sembler s’imposer : le livre de Guy Debord, La Société du spectacle. L’ouvrage continue à faire l’objet de contresens, étant souvent ramené à une approche superficielle – médiatique – dans laquelle le spectacle est pris en son sens de représentation ordinaire. C’est ainsi que les funérailles en question ont pu être vues, perçues, aperçues comme « spectaculaires » – qualificatif revenu maintes fois lors des retransmissions télévisées. 3

Bref. Je me replonge donc dans « mon » Debord (1967) et ses thèses numérotées (comme la Bible ;-)). Je tombe sur la 29, que voici :

« L’origine du spectacle est la perte d’unité du monde, et l’expansion gigantesque du spectacle moderne exprime la totalité de cette perte : l’abstraction de tout travail particulier et l’abstraction générale de la production d’ensemble se traduisent parfaitement dans le spectacle, dont le mode d’être concret est justement l’abstraction. Dans le spectacle, une partie du monde se représente devant le monde, et lui est supérieure. Le spectacle n’est que le langage commun de cette séparation. Ce qui relie les spectateurs n’est qu’un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé. » 4

Que voyait-on défiler sur nos écrans ? 5 On y voit une mise en scène ordonnancée, selon une hiérarchie stricte délimitant les territoires du pouvoir, par définition politique. C’est là que réside la séparation, et notamment dans la « séquence » de la Madeleine 6 , lieu et moment de cette disjonction entre le Peuple et, disons, les élites ; entre le poulailler et le parterre. C’est là que défilent, pour les caméras et donc le peuple d’en-bas, les happy-few et VIP à lunettes noires de circonstance, tout l’entre-soi du monde médiatico-spectaculaire 7, tandis que le peuple éploré donne à voir ses tatoués en larmes, descendus, qui du Golgotha, qui de l’Olympia toute proche ou des Champs-Elysées ? 8 ; qui de la Harley-fils-de-David [encore une séparation dans la séparation : l’élite de la Moto et de son culte communautaire], tous éprouvés par tant de peine insurmontable, par le Chemin de croix d’une nuit de froidure.

Le Peuple en deuil ? Non, bien sûr. Pas seulement par abus courant de généralisation : Alain Finkielkraut, l’un des premiers, a noté l’absence de ceux qu’il appelle les « non-souchiens » 9– entendons les non-Français de souche, ceux « des quartiers », d’une autre religion, d’une autre culture, d’un autre milieu, d’une autre histoire. Comment ne pas le remarquer ? Comment ne pas le dire ? Ce fut non-dit. Johnny et son ostensible croix christique en sautoir ne pouvait que repousser les mahométans et autres sarrasins… Le rock n’est pas leur credo… Tout comme les Noirs états-uniens s’en sont remis au rap identitaire. Elvis, le faux dur du Tennessee – dont Johnny « avait quelque chose de » –, leur avait piqué le blues, au moins en partie, au profit du showbiz. Nous y revoilà, au Spectacle ! On n’y échappe plus. Tout est spectacle – « tout le monde il est spectacle », aurait pu dire Desproges.

L’affaire n’est pourtant pas récente. Sans remonter au Déluge, Platon lui même n’avait-il pas questionné ce monde de la séparation réel/virtuel ? Plus tard, fin du IIe siècle, un certain Tertullien, écrivain berbère de langue latine et éminent théologien chrétien, avait interrogé « la » question dans De Spectaculis et De Idololatria, deux de ses nombreux écrits 10. Extraits :

« Que les convives de Satan s’engraissent de ces aliments. Le lieu, le temps, le patron qui les convie, tout est à eux. Pour nous, l’heure de nos banquets et de nos noces n’est pas encore venue. Nous ne pouvons nous asseoir à la table des Gentils, parce que les Gentils ne peuvent s’asseoir à la nôtre. Chaque chose arrive à son tour. Ils sont maintenant dans la joie ; nous, nous sommes dans les tourments. »

Reste tout de même la question : Trouvera-t-on encore en France, un seul autre grand personnage – un poète, un savant, un bienfaiteur, un simple héros du quotidien… homme ou femme – pour mériter d’aussi grandioses cérémonies ?

Notes:

  1. Daniel Mermet : « C’est un homme charmant, et je dois dire que j’apprécie le soin qu’il apporte au choix de ses cravates… » Lire ici
  2. Car il y a des formes de spectacle qui élèvent : on en ressort grandi.
  3. À la radio, où l’on avait même convoqué… Jack Lang, ex-ministre de la culture spectaculaire, on lui demanda : « Quelle séquence vous a particulièrement marqué ? »…
  4. Guy Debord, La Société du Spectacle, Gallimard, Paris, 1992, 3e édition. Publication originale : Les Éditions BuchetChastel, Paris, 1967.
  5. Comme le fait remarquer un commentateur récent de « C’est pour dire », Bernard H., « Nous avons largement la liberté télévisuelle de ne pas se planter devant des hommages interminables et c’est ce que j’ai fait sans problème avec ma télécommande. ». Certes, mais la chose « événement » nous regarde…
  6. Temple grec, à l’image du Parthénon, qui aurait dû magnifier le culte de Napoléon, s’il n’y avait eu la débâche de Russie… Redevenue église, non sans vicissitudes séculières, cette Madeleine a rassemblé les prostituées sensibles à sa protection. Notons pour le fun que c’est dans ce quartier, en 1974, que Mgr Jean Daniélou, cardinal et académicien, meurt d’un infarctus [« dans l’épectase » selon sa hiérarchie] chez une Marie-Madeleine de la rue Dulong.
  7. Filmé sans vergogne, au téléphone intelligent, par Claude Lelouch, as du ciné-spectacle
  8. Je ne sais toujours pas pourquoi le cortège funèbre est parti du Mont-Valérien, ce haut-lieu du Mémorial de la France combattante…
  9. Finkielkraut détourne pour la dénoncer l’expression de « souchiens » par laquelle le groupe des Indigènes de République dénonce les Français « de souche » comme colonialistes de fait, autant dire pires que des chiens…
  10. Du Spectacle et De l’Idolâtrie. On les trouve sur internet, notamment De Spectaculis.

« Héros national ». Johnny au Panthéon !

« Un héros national », a déclaré le président. On n’en a pas tant que ça des héros, et nationaux en plus ! Eh ben, allons-y pour des obsèques nationales, non ? Et même le Panthéon, aux côtés de Jean-Moulin, par exemple. « Entre ici, Johnny !… » Malraux au secours ! Ou bien entre Hugo et Zola. La classe !

Je trouve qu’il chipote, Macron : pas d’obsèques nationales, mais un « hommage populaire » a-t-il tranché. On croit s’en tirer avec des mots pour ne froisser ni Pierre ni Paul, ni les idolâtres, ni les m’en-fous ou seulement les ça-m’est-égal. La politique toujours, cet art du trébuchet – surtout ne pas trébucher.

Johnny pantheon

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Bien sûr, on ne peut négliger l’événement, et surtout pas l’ignorer. Du petit matin à la nuit entamée, et l’écho n’est pas retombé, les ondes n’ont vibré que de la même célébration, des mêmes lamentos, du même pathos, chacun y allant de ses souvenirs, de sa nostalgie, de sa larme. Radios, télés, journaux n’ont cessé de jouer les pleureuses, selon la tradition d’un peuple 1, en effet, retourné (ou demeuré) à l’état d’idolâtrie 2. En quoi il y a lieu de convoquer sociologues et anthropologues, car il s’agit d’un « fait de société », de ceux qui interrogent sur la nature humaine, les croyances, les comportements, les rites. Et même les mythes, à la façon dont Roland Barthes avait questionné les signes constitutifs de nos sociétés et de leurs mythologies.

Ainsi ce témoignage recueilli par Le Monde 3 : « Michèle Bigot, bientôt 70 ans, a les yeux rougis […]Insomniaque, la retraitée de France Télécom a appris la disparition de « son » Johnny cette nuit, « à 2 h 34 »[…]Encore sous le choc, ni une ni deux, elle est partie à 4 heures du matin de son domicile de Houilles (Yvelines), a pris trains, RER puis traversé à pied, de nuit, le domaine de Saint-Cloud pour venir se recueillir devant le domaine La Savannah où résidait son idole, à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine). « L’essentiel c’est que Johnny sache que je suis là, souffle-t-elle. Sa mort est pour moi aussi importante que celle de De Gaulle et de Mitterrand, que j’aimais pourtant beaucoup. J’espère qu’il sera enterré au Panthéon, il le mérite, c’est une tour Eiffel. »

Johnny pantheon

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Ils l’auront, Johnny et Michèle Bigot, leur tour Eiffel illuminée ! Car la mairesse Hidalgo ne saurait faire moins. Qui oserait « faire moins » devant une tragédie pareille ? 4

Un peuple (cf note n°1 ci-dessous) tombe dans une régression ancestrale, dans un infantilisme atterrant, tandis que le monde court à sa ruine : climat, surpopulation, surconsommation, sur-pauvreté, sur-injustice, surarmement – j’en passe. Tandis qu’un dément 5 met le feu au Moyen-Orient et, par delà, à la planète, comme si son réchauffement ne suffisait pas. À côté de quoi, quitte à considérer les incendiaires, on se consolera avec « notre Johnny nationalisé », un dieu qui ne mettait le feu qu’à ses salles de fanas surchauffés.

Notes:

  1. Généralisation abusive, forcément. L’équation adéquate étant y=M-x. Soit y l’inconnue, M la masse populaire, x le nombre de résistants, autre inconnue…
  2. L’ «idole des jeunes» a fini par vieillir, avec ses idolâtres
  3. Son fondateur Hubert Beuve-Méry doit s’en retourner dans sa tombe, ou depuis Sirius : un tel non-événement à la une du « journal de référence » !
  4. Fabrice Luchini n’est pas en reste dans l’homélie ampoulée : à propos de son pote, qu’il qualifie de «métaphysicien», il ne craint pas d’évoquer Rimbaud, et même Socrate !… (France Inter)
  5. Ce qualificatif est sans doute juste mais n’explique rien, en particulier s’agissant des intérêts de classe que Trump fait culminer, notamment avec sa réforme fiscale, au risque de terribles affrontements aux Etats-Unis.

PIFOP-MERDIAMÉTRIE. Suivez nos résultats et prévisions

L’Équipe et nos services PIFOP-MERDIAMÉTRIE communiquent :

Match médias : 

Jean-d’Ormesson United 1Johnny-Hallyday Olympique 7

Pronostic :

Michel-Serres Arsenal 0Eddy-Mitchel St-Germain 4

 

NB : Résultats et prévisions susceptibles d’évolutions. 

• Ingénieur prévisionniste : Gian Laurens


Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minutes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musulmans était postée sur YouTube, mettant le feu aux poudres islamistes. Dès le 11 septembre, des attaques furent menées, notamment, contre des missions diplomatiques états-uniennes. Furent ainsi prises d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le consulat à Benghazi (Libye) où l’on déplora quatre morts, dont l’ambassadeur.

Innocence of Muslims, produite en 2012, fut alors attribuée à un certain Nakoula Basseley Nakoula, un copte égyptien résidant en Californie, sous le pseudonyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénoncer les hypocrisies de l’islam en mettant en scène des passages de la vie de Mahomet…

À cette occasion, une de plus, j’avais publié un article sur lequel je viens de retomber et qui me semble toujours assez actuel, hélas, pour le publier à nouveau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habillement. Et toujours les déchaînements fanatiques, des affrontements, des violences, des morts.

Il a donc suffi d’une vidéo de dix minutes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actualité atterrante et celle des vingt ans passés le montrent : des trois religions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus controversée, voire rejetée 1. Tandis que la judaïque et la chrétienne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur concurrente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peuvent se donner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas manqué d’être les pires dans leurs époques historiques flamboyantes, et qu’elles ne sont toujours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétrogrades et répressifs. 2

Préalable : parler « religions » ici c’est considérer les appareils, et non pas leurs adeptes, ni leurs victimes plus ou moins consentantes. C’est donc parler des clergés, des dogmes et des cohortes activistes et prosélytes. On en dirait autant des idéologies, dont les pires – fascistes et nazies –, construites comme des religions, ont entaché l’Histoire selon des schémas similaires. Donc, distinguer les « humbles pécheurs » consentants, ou mystifiés par leurs « libérateurs », tout comme on ne confondra pas ces militants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Parlons donc de l’islam politique, mis en exhibition dramatique sur la scène planétaire, voulant en quelque sorte se prouver aux yeux du monde. Aussi recourt-il à la violence spectaculaire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïssable et le renforce du même coup dans sa propre et vindicative désespérance. Et ainsi apparaît-il à la fois comme cause et conséquence de son propre enfermement dans ce cercle vicieux.

Que recouvre l’islamisme, sinon peut-être la souffrance de cette fraction de l’humanité qui se trouve marginalisée, par la faute de cet « Occident » corrompu et « infidèle » ? C’est en tout cas le message que tente de faire passer auprès du milliard et plus de musulmans répartis sur la planète, les plus activistes et djihadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharger ainsi sur ce bouc émissaire leur propre part de responsabilité quant à leur mise en marge de la « modernité ». Modernité à laquelle ils aspirent cependant en partie – ou tout au moins une part importante de la jeunesse musulmane. D’où cette puissante tension interne entre intégrisme mortifère et désir d’affranchissement des contraintes obscurantistes, entre gérontocrates intégristes et jeunesses revendicatives. D’où cette pression de « cocotte minute » et ces manifestations collectives sans lesquelles les sociétés musulmanes risqueraient l’implosion. D’où, plus avant, les « printemps arabes » et leurs normalisations politiques successives – à l’exception notable de la Tunisie.

Un nouvel épisode de poussées cléricales d’intégrisme se produit donc aujourd’hui avec la promotion d’une vidéo dénigrant l’islam diffusée sur la toile mondiale et attribuée à un auteur israélo-américain – ou à des sources indéfinies 3. Prétexte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fanatiques toujours à l’affût.

On pourrait épiloguer sur ces conditionnements reptiliens (je parle des cerveaux, pas des personnes…) qui se déchaînent avec la plus extrême violence à la moindre provocation du genre. De tout récents ouvrages et articles ont ravivé le débat, notamment depuis la nouvelle fièvre éruptive qui a saisi les systèmes monothéistes à partir de son foyer le plus sensible, à savoir le Moyen Orient. De là et, partant, de la sous-région, depuis des siècles et des siècles, au nom de leur Dieu, juifs, chrétiens, musulmans – et leurs sous-divisions prophétiques et sectaires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, installé des comptoirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, torturé et massacré des êtres humains par millions, au mépris de la vie hic et nunc, maintenant et ici-bas sur cette Terre, elle aussi martyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothétique, proscrivant à chacun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de surcroît, pour le bien de l’entière humanité.

Va pour les croyances, qu’on ne discutera pas ici… Mais qu’en est-il de ces systèmes séculiers proliférant sur les plus noirs obscurantismes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guerres religieuses l’ont replacé en leur centre ; ce qui permet aux deux autres de se revirginiser sur l’air de la modération. Parce que l’islamisme « modéré » – voir en Tunisie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pakistan, etc. – n’est jamais qu’un oxymore auquel judaïsme et christianisme adhèrent obséquieusement, par « charité bien comprise » en direction de leur propre « modération », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au profit des mythologies monothéistes, les affabulations entretenues autour des messies et prophètes, dont les « biographies » incertaines, polies par le temps autant que manipulées, permettent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seulement sur leur réalité existentielle, mais surtout sur les interprétations dont ces figures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là – c’est selon évidemment – comme ignare, voleur, manipulateur, cupide et amateur de fillettes ? Pas plus réel que sa divinisation, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur propre réalité, selon des contes infantiles psalmodiés et faisant appel à la plus totale crédulité.

Mais, admettons que les hommes aient créé leurs dieux par nécessité, celle de combler leurs angoisses existentielles, de panser leurs misères, leurs vertiges face à l’univers et devant l’inconnu des lendemains et d’après la mort. Admettons cela et regardons l’humanité dans la perspective de son devenir et de son évolution – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se monter sur la pointe des pieds pour tenter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la condition d’humains désirant, parlant, connaissant, comprenant, aimant.

Alors, ces religions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la justice, la connaissance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, maltraité les enfants, méprisé les animaux ; inculqué la culpabilité et la soumission ; attaqué la philosophie et la science ; colonisé la culture et imprégné jusqu’au langage ; jeté des interdits sur la sexualité et les mœurs (contraception, avortement, mariage et même l’alimentation) ; commandé à la politique et aux puissants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – comment admettre que ces écrits, et a fortiori un seul, puisse contenir et exprimer LA vérité ? Par quels renoncements l’humain a-t-il cheminé pour finalement dissoudre sa rationalité et son jugement ? Mystère de la croyance… Soit ! encore une fois passons sur ce chapitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la religion comme système séculier, comme ordre ecclésial, avec ses cohortes, ses palais, ses forteresses spirituelles et temporelles… Son histoire marquée en profondeur par la violence : croisades, Inquisition (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fantômes de Goya, de Milos Forman… ; une histoire de tout juste deux siècles !), guerres religieuses, Saint-Barthélemy, les bûchers, et aussi les colonisations, ethnocides, soutiens aux fascismes… Ça c’est pour le judéo-christianisme.

Côté islamisme, qui dit se dispenser de clergé, son emprise ne s’en trouve que plus entièrement diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laïcisme des islamistes, se voudraient-ils « modérés ». Et que penser de cette violence endémique devenue synonyme d’islam, jusque dans nos contrées d’immigration où d’autres extrémismes en nourrissent leurs fonds de commerce nationalistes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présenté dans son histoire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéantit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nombreuses sourates invoquant l’anéantissement des juifs, chrétiens et infidèles – tandis que, plus loin, d’autres versets promulguent une « sentence d’amitié » – contradiction ou signe opportuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fatwas de condamnation à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix rehaussée des jours-ci ! 4) et de Taslima Nasreen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amsterdam, poignardé puis achevé de huit balles et égorgé en pleine rue ; dans un documentaire, il venait de dénoncer le traitement réservé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-dessous.] 5

Même double langage chez le dieu juif Yahvé pour justifier…l’extermination de certains peuples de Palestine (dont les Cananéens…) Cela en vertu du fait que les juifs seraient «le peuple élu de Dieu», dont le premier commandement est « Tu ne tueras pas » ! Ce fantasme juif alimente en les légitimant le colonialisme et ce qui s’ensuit en Palestine et l’affrontement des théocraties. Affrontement également par affidés interposés et leurs États ou organisations terroristes : Bush contre Al Quaïda, Tsahal contre le Hezbollah, «kamikazes» contre population civile. Violences innommables, guerres sans fin.

Quant au film « blasphématoire » qui agite de plus belle les fanatiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, semblent en contester la légitimité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une question d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses commanditaires, il fait bien apparaître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprégnant les pays musulmans. Ce qui s’était déjà produit avec les caricatures danoises de Mahomet, dont certains avaient, de même, contesté la qualité artistique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représentait les visages de l’Inquisition, était-ce bien esthétique ? 6

La question ne porte aucunement sur la nature du « sacrilège » mais sur la disproportion de la réplique engendrée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses collaborateurs en Libye, victimes sacrificielles et à ce titre totalement inscrites dans un processus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provocations menées à Paris devant l’ambassade américaine ? Et aussi à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Caroline Fourest a été chahutée, menacée, insultée et empêchée de débattre – entre autres sur ces questions d’intégrisme qui font les choux gras du Front national !

Comme quoi, pour résumer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –constitue un crime plus grave que de s’en prendre à un être vivant.

17 septembre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musulman, évidemment… Bien que des oppositions plus ou moins déclarées apparaissent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette religion sans visée planétaire directe retrouve toutefois le christianisme – ne dit-on pas le judéo-christianisme ? – et l’islamisme dans cette même volonté de pénétrer jusque dans les têtes et les ventres de chacun. En ce sens, celles qui se présentent comme les « meilleures » parviennent bien à être les pires dans leurs manœuvres permanentes d’aliénation. De même que leur « modération » demeure relative à leur stratégie hégémonique.
  3. Sources qui demeurent encore floues quatre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma version de septembre 2012, j’avais manqué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hirsi Ali, femme politique et écrivaine néerlando-somalienne connue pour son militantisme contre l’excision et ses prises de position sur la religion musulmane. Elle fut menacée de mort par Mohammed Bouyeri, assassin du cinéaste Theo van Gogh, notamment à la suite de sa participation au court-métrage du réalisateur qui dénonçait les violences faites aux femmes dans les pays musulmans.
  6. Le Guernica de Picasso n’est pas non plus une œuvre esthétique !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai carrément déserté la toile ! Et pas de protestations… À supposer que j’aie pu manquer à d’aucuns, voici une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indigeste. Comme l’est l’actu et ce monde si mal en point. Enfin, consolation : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aussi. De même les JO. Passons enfin à la politique, la bonne, vraie, bien politicienne. Voici le temps béni de la mascarade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camemberts dépassés…

Nous sommes début août à Marseille. La scène se passe juste avant l’affaire du siècle, dite du burkini.

Un couple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remontons d’une jouissive baignade pour regagner la Corniche et la voiture. Jetant un coup d’œil plongeant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Prophète, tous les Marseillais connaissent… – , nous surplombons du regard deux nageuses côte à côte. L’une en maillot, l’autre entièrement habillée en noir, barbotant, accrochée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et paisible ! Ces deux femmes si différentes et qui se baignent ensemble comme ça, sans problèmes…

Je ne dis rien, trouvant mon pote bien angélique dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu connu d’autres tempêtes et disputailles…

Elle (à ma gauche) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habillée, devant sortir de l’eau avec le tissu tout collé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais penchant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renoncement au bien-être, ce qui est dommage, mais enfin… Ce qui me contrarie surtout c’est la soumission à un ordre moral – religieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi passé, il faisait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâcher un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les portières se referment sur le débat à peine amorcé.

burkini

Calanques de Marseille, juillet 2016. La mode s’empare du religieux banalisé, marchandisé. Un prosélytisme ordinaire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces interdictions décrétées par des maires – de quel droit au juste, en vertu de quel pouvoir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite brandir le mot « laïcité », comme ils parleraient de culture ou de fraternité… pour un peu je sortirais mon revolver (hep, c’est une image, hein, une référence… culturelle ! 1) Car ils parlent d’une certaine laïcité, la leur, qu’ils assortissent d interdiction, de rejet, d’exclusion. Une laïcité cache-sexe, j’ose le dire, d’une attitude en gros anti-musulmane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette déclaration de Manuel Valls à propos de ces maires censeurs : « Je soutiens […] ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volonté d’encourager le vivre ensemble, sans arrière-pensée politique. » Et c’est qu’il en connaît un rayon, le premier ministre, en matière d’arrière-pensée politique ! Une autre belle occasion de se taire. 2

Parlons-en de l’« arrière-pensée politique » ! Puisqu’il n’y a que ça désormais en politique, à défaut de pensée réelle, profonde, sincère, porteuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups fourrés. Tandis que ces mêmes politiciens se gargarisent de Démocratie et de République, avec majuscules. Ainsi, quoi qu’ils déclarent, ou éructent, s’est selon, et spécialement sur ces registres des interférences portant sur les religions – en fait sur le seul problématique islam –, se trouve enraciné dans l’arrière-monde politicien des fameuses « arrière-pensées » évoquées par Valls. On ne saurait oublier que la partie de poker menteur en vue de la présidentielle de 2017 est fortement engagée.

C’est pourquoi, s’agissant de ces questions dites du « vivre ensemble », la parole politique ne parvient plus à offrir le moindre crédit, à l’exception possible, épouvantable, des « vierges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exerçant leur séduction auprès des électeurs échaudés et revanchards, ou incultes et inconscients politiquement autant qu’historiquement. D’où les surenchères verbales qui se succèdent en cascades. Ce sont les mêmes qui pourraient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hongrie, un Poutine en Russie, un Erdogan en Turquie, etc. – sans parler des multiples offres populistes qui traversent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de crédit des politiciens explique en grande partie la grande fatigue de la démocratie : progression des abstentions et des votes de refus lors des élections ; suspicion croissante à l’égard des élites considérées comme… élitistes, se regroupant et se reproduisant dans l’entre soi des mondes de l’économie, des « décideurs » et des médias accaparés par les financiers. Le tout, avec pour corollaire la montées des violences urbaines et des incivismes ; les repliements et affrontements communautaristes ; le sentiment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xénophobie, l‘antisémitisme et le racisme.

Toutes choses qu’on peut essayer de comprendre et même d’expliquer, sans pour autant les justifier – comme l’a hélas prétendu le même Valls déjà cité ici pour la « pertinence » de ses propos. Comment vouloir organiser la polis – la cité – si on renonce à en comprendre les (dys)fonctionnements ?

Ainsi quand on déplore la « barbarie » d’extrémistes religieux en invoquant l’« obscurantisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême violence des systèmes religieux – islamistes en l’occurrence 4. Se plaindre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas revenir la clarté. C’est ici que je place « mon » Bossuet, ce bigot érudit : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenêtre, les religions sont une des causes premières des affrontements entre humains, notamment en ce qu’elles valident des croyances fratricides, ou plutôt homicides et génocides ; lesquelles génèrent les injustices et les dérèglements sociaux qui alimentent l’autre série des « causes premières » de la violence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je considère aussi le nazisme et le stalinisme sous l’angle des phénomènes religieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accuser la République de tous les maux, jusqu’à vouloir l’abattre, au nom d’un passé colonial inexpiable, qui vaudrait malédiction éternelle aux générations suivantes, c’est dénier l’Histoire et enfermer l’avenir dans la revanche, la haine et le malheur. C’est notamment la position de mouvements « pyromanes » comme Les Indigènes de la République parlant de « lutte des races sociales » tout en qualifiant ses responsables de souchiens – néologisme jouant perfidement sur l’homophonie avec sous-chiens et voulant en même temps désigner les « Français de souche » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évoquer l’affaire de Sisco, ce village du Cap corse qui a vu s’affronter des habitants d’origine maghrébine et des Corses… d’origine. Je n’y étais pas, certes, et ne puis que me référer à ce que j’en ai lu, et en particulier au rapport du procureur de la Res publicæ – au nom de la Chose publique. Selon lui, donc, les premiers se seraient approprié une plage pour une fête, « en une sorte de caïdat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux seconds… Tandis que des photos étaient prises, incluant des femmes voilées au bain… Castagnes, cinq blessés, police, voitures incendiées. Pour résumer : une histoire de territoire, de conception sociétale, de culture.

Le multiculturalisme se nourrit aussi de bien des naïvetés. Surtout, il est vrai, auprès d’une certaine gauche d’autant plus volontiers accueillante que bien à l’abri des circuits de migration… Les Corses sont des insulaires [Excusez le pléonasme…] et, comme tels, historiquement, ont eu à connaître, à redouter, à combattre les multiples envahisseurs, des barbares – au sens des Grecs et des Romains : des étrangers ; en l’occurrence, et notamment, ce qu’on appelait les Sarrasins et les Ottomans, autrement dit des Arabes et des Turcs. D’où les nombreuses tours de guet, génoises et autres, qui parsèment le littoral corse, comme à Sisco. Des monuments – du latin « ce dont on se souvient » – attestent de ce passé dans la dureté de la pierre autant que dans les mémoires et les mentalités – même étymologie que monument !

Ainsi les Corses demeurent-ils on ne peut plus sourcilleux de leur territoire et, par delà, de leurs particularismes, souvent cultivés à l’excès, jusqu’aux nationalismes divers et ses variantes qui peuvent se teinter de xénophobie et de racisme [Enregistré après l’affaire de Sisco, un témoignage affligeant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insulaires, selon leur propre histoire : « exportés » par l’Histoire (il ne s’agit nullement de nier la réalité et les effets du colonialisme) et en particulier les migrations économiques, ainsi devenus insulaires, c’est-à-dire isolés de leur propre culture et surtout de leur religion. Tandis que la récente mondialisation, telle une tempête planétaire, relance avec violence les « chocs des cultures » – je ne dis pas, exprès « civilisations » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion militaire de l’Occident dans le monde musulman, sous la houlette des Bush et des néo-conservateurs états-uniens a constitué un cataclysme géopolitique ne cessant de s’amplifier, abordant aujourd’hui le rivage corse de Sisco et qui, si j’ose dire, s’habille désormais en burkini.

Retour donc au fameux burkini avec la position de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénonçant le raccourci par lequel des maires lient le port du burkini au terrorisme, ajoute dans son communiqué : « Quel que soit le jugement que l’on porte sur le signifiant du port de ce vêtement, rien n’autorise à faire de l’espace public un espace réglementé selon certains codes et à ignorer la liberté de choix de chacun qui doit être respectée. Après le « burkini » quel autre attribut vestimentaire, quelle attitude, seront transformés en objet de réprobation au gré des préjugés de tel ou tel maire ? Ces manifestations d’autoritarisme […] renforcent le sentiment d’exclusion et contribuent à légitimer ceux et celles qui regardent les Français musulmans comme un corps étranger à la nation. »

Pour la LDDH, certes dans son rôle, il s’agit de mettre en avant et de préserver le principe démocratique premier, celui de la liberté : d’aller et venir, de penser, de prier, de danser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des libertés. C’est aussi la position des Femen qui, tout en déplorant l’enfermement des femmes dans le vêtement, entendent défendre le libre choix de chacun.

iran-hommes-voilés

Les Iraniens sont de plus en plus nombreux à poser avec, sur la tête, le voile de leur fiancée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux sociaux : #meninhijab

Le hic vient cependant de ce que le burkini n’est pas l’équivalent symétriquement inversé du bikini et qu’on ne peut pas s’en sortir avec une formule comme « quel que soit le signifiant… » ; cette tenue exprime en effet un contenu religieux affirmé, revendiqué – ce que n’est pas le bikini, qui relève de la mode, ou seulement de la marchandise vestimentaire. Il est aussi vrai que le burkini a été inventé et lancé par des acteurs de la mode et que son commerce atteint aujourd’hui des sommets et que, comme tel, son contenu religieux semble tout relatif… Ainsi, burkini et bikini ne présenteraient pas qu’une proximité lexicale, ils partageraient une fonction érotique semblable par une mise en valeur du corps féminin comme le font le cinéma et la photo pornographiques, pas seulement par la nudité crue, mais aussi par le moulage des formes sous des vêtements mouillés. Le problème demeure cependant : il est bien celui de l’intrusion du religieux dans le corps de la femme et dans sa liberté. Par delà, il pousse le glaive des djihadistes dans le corps si fragilisé des démocraties «mécréantes», incitant à des affrontements de type ethniques et communautaires, mettant à bas l’idéal du «vivre ensemble», préludes à la guerre civile. Une telle hypothèse – celle de l’État islamique – peut sembler invraisemblable. Elle n’est nullement écartée par les voix parmi les plus éclairées d’intellectuels de culture musulmane. C’est le cas des écrivains algériens comme Kamel Daoud et Boualem Sansal ou comme le Marocain Tahar Ben Jelloun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ranger…), quelles solutions envisager pour désamorcer ce prélude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pourtant unique selon les monothéismes – le judaïsme, religion du particulier ethnique, demeurant en l’occurrence au seuil de la polémique, ayant assez à faire avec l’usage public de la kippa… ; et le bouddhisme totalement en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflexions, je serais tenté d’en appeler à la stricte laïcité « à la française », selon la loi de 1905, comme solution susceptible d’apaiser les conflits : pas de signes religieux (disons ostentatoires) dans l’espace public. On notera à ce sujet que les tolérances actuelles des religions par rapport aux mœurs demeurent relatives, récentes et fragiles – voir la réaction du mouvement Famille pour tous et du clergé catholique, pour ne parler que de la France ! Donc préférer la Laïcité pour tous afin que les vaches soient bien gardées… Au delà de la boutade, il est vrai que le risque demeure pour les femmes musulmanes de se voir exclues totalement de l’espace public, et des plages en particulier. À elles alors de se rebeller, y compris et peut-être d’abord contre leurs dominateurs mâles, obsédés sexuels travaillés par un appareil religieux datant du VIIIe siècle. À moins qu’elles ne préfèrent l’état de servitude, lequel relevant de la sphère privée, loin de tout prosélytisme au service d’une négation de la vie et du droit à l’épanouissement de tout individu, homme, femme, enfant.

Je reconnais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut toujours pour les femmes qui, dans le monde, sont tout juste parvenues à se libérer, ou même partiellement. C’est qu’il leur a fallu se battre. Tandis que leurs droits durement acquis sont parfois remis en cause – le plus souvent sous la pression religieuse plus ou moins directe. Elles se sont soulevées dans le monde islamisé et continuent de le faire, en avant-gardes minoritaires, trop souvent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être soutenues par des hommes. Comme actuellement en Iran, avec cette campagne appuyée par des photos où des hommes apparaissent voilés aux côtés de femmes têtes nues. J’ai failli écrire « chapeau ! »

––––

Comment ne pas apprécier ce billet de Sophia Aram, lundi sur France inter. Indispensable, courageuse, pétillante Sophia – la sage iconoclaste. Mais «grotesque», cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dramaturge allemand nazi, la citation exacte : « Quand j’entends parler de culture… je relâche la sécurité de mon Browning ! »
  2. Parmi ces maires, celui de Villeneuve-Loubet (06), Lionnel Luca, favorable au rétablissement de la peine de mort… convaincu du rôle positif de la colonisation. Sympa.
  3. Et, tiens ! revoilà le « sarko » tout flambant-flambard, revirginisé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occupation illicite de place sera immédiatement empêchée, et les zadistes seront renvoyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publique à la suite d’une manifestation à laquelle ils auraient appelé, les syndicalistes devront régler les dommages sur leurs propres deniers. »
  4. Quelle religion, dans le fil de l’Histoire, pourrait se dédouaner de tout extrémisme violent ?
  5. Citation attribuée à Bossuet, évêque de Meaux (avant Copé), prédicateur, 16271704.
  6. Je ne souhaite pas ici déborder sur la controverse autour du livre de Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, paru en 1997.

Harcèlement sexuel. S’il fallait «jeter la pierre» à Denis Baupin…

L’affaire Baupin. Excitation générale, à base médiatique… J’écris « excitation » sciemment, avec ses connotations nerveuses et sexuelles. L’affaire en question excite en proportion des enjeux et des conséquences autant politiciennes que politiques ; elle excite aussi sur le registre du voyeurisme qui alimente ou même prolonge le problème que certains voudraient dénoncer. Comment a-t-il fait « ça » ? Et envoyez les détails, svp ! Je vois donc là-dedans ce jeu trouble qui met en cause l’ambiguïté des humains autour de la sexualité et du pouvoir – dont la politique serait l’expression raffinée, ou seulement « civique ».

Ainsi, l’affaire en cours me semble-t-elle hausser d’un cran de plus, dans sa version « moderne », actuelle, la fondamentale question de la sexo-politique 1. À savoir, ce qui met en jeu, en opposition et, j’ose dire, en branle 2 le biologique & le raisonné, le pulsionnel & le rationnel – et pour finir l’individu & la société.

Autant dire qu’une fois de plus, dans une naïveté désarmante autant que questionnante, l’animal humain redécouvre, en quelque sorte, l’origine du monde… social. Mes trois points de suspension en disent long, faisant ici le pont entre le fameux tableau de Courbet 3, c’est-à-dire «la chose», et les démêlés de l’élu écologiste. Il s’agit bien du point de passage entre le sexe et la politique, vu cette fois sous l’angle du Spectacle – S majuscule – qui magnifie la chose en même temps que sa réprobation. 4

N’y a-t-il pas, derrière ce flot d’indignations aux motivations hétéroclites, une hypocrisie magistrale visant à dissimuler, sinon à nier, la double composante de l’homme, et de la femme évidemment, en tant qu’animal humain ? L’expression déplaît encore. Notamment en ce qu’elle dérange les morales établies, et spécialement les religions – toutes les religions. 5

N’est-elle pas là, précisément, l’origine du monde… refoulé, frustré, violent, de la domination, de la cupidité, du meurtre du vivant et de la liberté d’être ? N’est-il pas là, le véritable harcèlement sexuel : tapi dans son ombre de confessionnal, sous l’obscurité du voile ou dans les noires injonctions « divines » anti-vie ; s’en prenant aux enfants, tout spécialement, afin de perpétuer ce meurtre jusque dans les plus terribles guerres ?

Qui sont les « machos » originaux, sinon ceux qui ont injecté leurs trop-pleins d’oestrogènes dans les textes dits « sacrés », décrétant des lois de domination, des interdits, des infantilisations qui sévissent encore, ou en tout cas, s’opposent sans cesse au mouvement de la vie libre ?

Qui a dénigré la femme, l’a rabaissée et continue à le faire en la jetant dans des cachots, sous le voile, ou dans les arrière-mondes ?

Extraits :

Le Nouveau Testament. (1 Cor 11, 3) : «Le Christ est le chef de tout homme, l’homme est le chef de la femme, et Dieu le chef du Christ».

(1 Tim 2, 1214) : «Je ne permets pas à la femme d’enseigner, ni de faire la loi à l’homme, qu’elle se tienne tranquille. C’est Adam en effet qui fut formé le premier, Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se laissa séduire, mais la femme qui séduite, a désobéi.».

Le Coran. (II, 228) : «Les maris sont supérieurs à leurs femmes». (IV, 38) : «Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au dessus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter les femmes. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises.»

L’Ancien testament. (Genèse 3, 16) : «Le Seigneur dit ensuite à la femme: « Je rendrai tes grossesses pénibles, tu souffriras pour mettre au monde tes enfants. Tu te sentiras attirée par ton mari, mais il dominera sur toi »».

La Torah : «Sois béni, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui ne m’as pas fait femme», une des prières que tout bon juif doit prononcer chaque matin.

Et je m’arrêterai ici aux portes du bouddhisme, de l’hindouisme et d’autres religions, mono ou polythéistes qui, sans exceptions, placent la femme au second rang.

Pour finir sur ce chapitre sans fin, je rappellerai à quels points de récents soubresauts de nos sociétés dites éclairées ont été – plutôt plus que moins – « inspirées » par ces préceptes religieux qui sont devenus notre fond culturel.

On ne pourrait les renier, mais autant en être conscient ; qu’il s’agisse des confrontations autour des notions de famille (« pour tous » ou pas), de genres sexuels (oppositions Nature/culture, la nature étant élevée à hauteur divine) ; qu’il s’agisse tout autant de la marchandisation des attraits féminins, en particulier par la publicité racolant sur la voie médiatique ; qu’il s’agisse de tout ce jeu social aussi complexe qu’ambigu entre séduction et conquête, entre frivolité et violence. Autant de considérations – non de justifications – permettant d’expliquer cette double composante de l’animal humain face à ses programmes internes, biologiques et culturels : se reproduire, perpétuer l’espèce et s’élever jusqu’à « faire société ». Il n’est pas dit qu’il y arrive jamais !


Dix cas de sexisme en politique par libezap

Voilà pourquoi je ne « jetterai pas la pierre » (Bible) à Denis B.

Notes:

  1. Concept notamment développé par Wilhelm Reich dans ses analyses des structures caractérielles de l’humain refoulé
  2.  « Le monde n’est qu’une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse. » (Montaigne, Essais, III)
  3. Tableau qui fut un temps la propriété de Jacques Lacan.
  4. On ne peut alors que penser à Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. »
  5. Que l’homme ne soit pas le summum de la création de Dieu, voilà ce que les religions n’ont toujours pas pardonné à Darwin et sa théorie de l’évolution.

Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mourir, lui qui aurait préféré crever. Faut être encore plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne directe. Enfin, c’est son affaire. On ne sait quand auront lieu ses obsèques nationales. Plutôt que les Invalides ou le Panthéon, il s’était réservé un coin à Montmartre – à quel cimetière (celui du haut ou l’autre sous le pont Caulaincourt) ? Il y aura une fanfare au moins, comme à la Nouvelle-Orléans ? Une fanfare de jazz, espérons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simone, Ray Charles, Dizzy Gillespie, Count Basie, Billie Holiday… le free aussi, Coltrane, Pharoah Sanders, Archie Shepp… Il était aussi du bastringue gauchiste ; s’était fait embobiner par Castro, mais avait vite compris et en était revenu ; avait fréquenté Malcom X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musulman 1 ; son grand pote Cavanna, il le trouvait trop non-violent ; sauf pour ce qui était de bouffer du curé, tous cultes confondus – c’était son sport favori, à égalité avec l’anti-militarisme ; de quoi orienter toute une vie de dessineu-grande-gueule au coup de crayon assassin ; de quoi en lancer des anathèmes définitifs, et des «font chier», et des doigts d’honneur grand comme des cactus géants, de celui en bronze qui va désormais monter la garde sur ses cendres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un intéressant entretien avec Julien Le Gros dans «The Dissident» (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il précisait que Malcom X a été tué alors qu’il s’apprêtait à faire son coming out sur ce point…

Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxième fatwa vient de frapper l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à propos de son analyse des violences sexuelles du Nouvel an à Cologne. Cette nouvelle condamnation émane d’une sorte de secte laïque rassemblant une poignée d’« intellectuels autoproclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les signataires du «Collectif»Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fantasmes de Kamel Daoud », ce « collectif » lançait son anathème, excluant de son cénacle « cet humaniste autoproclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les premières lignes de la sentence, l’intention malveillante des juges. Les lignes suivantes confirmaient une condamnation sans appel : « Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par » la droite et l’extrême droite «, l’auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort cher à Ernest Renan (18231892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (18411931). »

Que veulent donc dire, ces sociologisants ensoutanés, par leur attendu si tranchant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieilleries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tandis que leur « sociologie » à eux, hein !

Nos inquisiteurs reprochent au journaliste algérien d’essentialiser « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ainsi avec condescendance : « Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (19921999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expérience, si délicatement choisi] Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. »), selon une « approche culturaliste ». En cela, ils rejoignent les positions de l’essayiste américano-palestinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabrication de l’Occident post-colonialiste. Comme si les cultures n’existaient pas, jusqu’à leurs différences ; de même pour les civilisations, y compris la musulmane, bien entendu.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

«Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?» W. Reich

À ce propos, revenons aux compères Renan et Le Bon, en effet contemporains et nullement arriérés comme le sous-entendent nos néo-ayatollahs. Je garde les meilleurs souvenirs de leur fréquentation dans mes années « sexpoliennes » – sexo-politiques et reichiennes –, lorsque l’orthodoxie marxiste se trouva fort ébranlée, à partir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je relirais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notamment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psychologie des foules, de Gustave Le Bon, dont on retrouve de nombreuses traces dans Psychologie de masse du fascisme du même Wilhelm Reich. Les agressions de Cologne peuvent être analysées selon les critères reichiens du refoulement sexuel et des cuirasses caractérielle et corporelle propices aux enrôlements dans les idéologies fascistes et mystiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réalités « objectives » des conditions de vie – elles se renforcent mutuellement. Tandis que les accusateurs de Daoud semblent ignorer ces composantes psycho-sexuelles et affectives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ainsi accusé de psychologiser les violences sexuelles de Cologne, et d’« effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lamentable retournement du propos – selon une argumentation qui pourrait se retourner avec pertinence !

Enfin, le journaliste algérien se trouve taxé d’islamophobie… Accusation définitive qui, en fait, à relire ces compères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de combat » désormais à la mode, interdit toute critique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « double fatwatisé » pourra cependant trouver quelque réconfort dans des articles de soutien. Ainsi, celui de Michel Guerrin dans Le Monde du 27 février. Le journaliste rappelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme pour se consacrer à la littérature. « Il ne change pas de position mais d’instrument. » « Ce retrait, poursuit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d’une fatwa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses convictions. Du reste, sa vision de l’islam est passionnante, hors normes, car elle divise la gauche, les féministes, les intellectuels. Une grande partie de la sociologie est contre lui mais des intellectuels africains saluent son courage, Libération l’a défendu, L’Obs aussi, où Jean Daniel retrouve en lui “toutes les grandes voix féministes historiques”. […] Ainsi va la confrérie des sociologues, qui a le nez rivé sur ses statistiques sans prendre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L’Obs, le 18 février. »

Ainsi, cette remarquable tribune de la romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari, dans Libération du 28 février, rétorquant aux accusateurs :

« Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : «Il faut dire qu’il y a un… par franceinter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le «porno-islamisme» s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le «porno-islamisme» et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l’islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l’homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d’une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L’Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l’on voit que la «guerre» ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?


De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rectificatif : un mort célèbre par jour. Précision : un mort médiatiquement célébré. Affinement : un mort prélevé dans la Société du Spectacle. Développement.

Le hasard – ici heureuse et infaillible coïncidence – a fait que mon ami Robert Blondin ait, outre-Atlantique, cousu au même moment quelques profondes réflexions autour de la mort, de la célébrité et des trompettes de la renommée fustigées par le lumineux Brassens. Double occasion de « mourir moins bête », comme le clame un grinçant feuilleton quotidien sur Arte, se terminant invariablement par : « …oui, mais bon, vous mourrez quand même ! »

Résumons, par ordre chronologique de décès (liste très provisoire) : Delpech Michel (chanteur), Bley Paul (pianiste de jazz), Turcat André (pilote d’avion), Hunter Long John (bluesman), Galabru Michel (comédien), Boulez Pierre (musicien), Pampanini Sylvana (actrice italienne), Armendros Chocolate (trompettiste cubain), Peugeot Roland (industriel), Courrèges André (styliste de mode), Reid Patrick (rugbyman irlandais), Clay Otis (chanteur de soul étatsunien), Bowie David (chanteur britannique), Angélil René (agent artistique québécois), Desruisseaux Pierre (écrivain québécois), Tournier Michel (écrivain), Alaoui Leïla (photographe franco-marocaine), Scola Ettore (cinéaste), Charles-Roux Edmonde (écrivaine, journaliste)…

J’ai, exprès, mis les noms de famille en tête, comme sur les monuments aux morts et comme on les appelle à chaque célébration de massacres.

Ne pas manquer non plus de citer Allen Woody quand, ayant énuméré les morts successives de Jésus, Marx, Mao, il ajoute, goguenard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Liste ouverte, limitée à la sphère cultureuse ou presque, franco-centrée – bien qu’il y ait là dedans des sportifs, un pilote, des Canadiens, un industriel, un Cubain, une franco-Marocaine…

Le plus marrant, si j’ose dire, c’est la liste complète établie et tenue au jour le jour sur Wikipedia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Monde aussi, «la» référence…

Où l’on voit que le degré de célébrité relève de facteurs multiples, surtout culturels et marchands. Ce qui définit bien la notion de « spectacle » – même si on ne l’étend pas à la critique de la société selon Debord Guy (mort lui aussi – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre popularité et pipolarité, cette dernière tendant à devenir la seule vraie échelle de « valeurs », propulsée en cela par la machine médiatique à fabriquer de l’idole selon des recettes aussi fluctuantes que les cours de la bourse. Fluctuations qui n’altèrent en rien la solidité du Capitalisme, au contraire. Tout comme la célébration des morts célèbres assurent les valeurs des célébrités (provisoirement) vivantes. Ainsi ce flux morbide se trouve-t-il pieusement entretenu. Il fait partie du fond de commerce des gazettes et autres rédactions nécrologiques, voire nécrophiliques.

Ainsi Le Monde – pour ne citer que lui – renferme dans son frigo quelque 300 notices prêtes à démouler après réchauffage à l’actualité. Mais c’est sans doute l’Agence France Presse qui détient la plus garnie des chambres froides – modèle Rungis (gros et demi-gros). Partant de là, la célébration mortuaire vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, maigrichonne ou pléthorique ; ou selon le degré de pipolarité.

Ainsi un Michel Delpech a-t-il « bénéficié » de 20 minutes en ouverture du JT de 20 heures de France 2 ! Boulez un peu plus de cinq, et en fin de journal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaîne. Galabru, ah le bon client que voilà ! Bien moins cependant que Bowie – record absolu, tous supports, sur plusieurs jours (prévoir des « résurrections » type Michael Jackson).

Tels sont aujourd’hui les rites modernes qui entourent la mort, cette donnée du vivant, sans laquelle la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus encore…

22-mort« Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant, / Noir squelette laissant passer le crépuscule. / Dans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et recule, / L’homme suivait des yeux les lueurs de la faux » – Victor Hugo, Les Contemplations

 Où l’on voit enfin que ladite célébrité recouvre la froide – c’est bien le mot – réalité de la mort : « La mortalité dans le monde correspond à 1,9 décès à chaque seconde sur Terre, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 millions de décès chaque année. » C’est beaucoup, mais inférieur au nombre de naissances. Ce qu’on peut regretter en termes strictement démographiques et en particulier sous l’angle malthusien… Comptabilité développée ici, c’est amusant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cette quête de l’immortalité qui semble avoir saisi l’animal humain depuis la nuit des temps. Cette nuit qui l’effraie tant ; pour (ou contre) laquelle l’homo erectus s’est redressé, jusqu’à tenter de devenir sapiens – du moins par moments, selon les lieux et les circonstances…

Pour ce faire, il aura érigé des totems, bramé des incantations, bricolé des rites, des mythes, des cultes et par dessus le marché des religions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obédiences se disputant leur Dieu pourtant devenu unique. Il aura brandi des textes « sacrés » aux fables infantilisantes et, aussi, nourri les arts les plus sublimes, en même temps que les bûchers et innombrables supplices ; puis lancé des hordes de guerriers, tous barbares réciproques et également fanatiques, semeurs de mort, assassins de vie. Dans cette profonde nuit auront surgi, sublimes éclairs isolés ou sporadiques, les torches vacillantes et fières des Lumières.

Nous en sommes là, si incertains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans doute et avec tant de doutes quant à l’avenir de cet homo habilis, si doué pour la souffrance et le massacre. Amen.



Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tomber, hier, sur l’article que j’ai consacré au journaliste polonais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bouquins fameux, Imperium – sur l’empire soviétique finissant, une suite de reportages à sa façon –, j’y relevais ça :

« Trois fléaux menacent le monde. Primo, la plaie du natio­na­lisme. Secundo, la plaie du racisme. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pestes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus totale, agres­sive et toute-puissante irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le dernier numéro du mensuel L’Histoire (thème : Newton, les Lumières et la révolution scientifique : excellent autant qu’actuel), un lecteur revient sur le précédent numéro (novembre) consacré aux communistes et titré « Pourquoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des réponses peuvent être avancées. Mais ce lecteur continue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nombre d’intellectuels séduits, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils sont resté communistes ». Et d’égrener le chapelet des horreurs staliniennes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Confère le troisième fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fondamentalisme religieux.

Même si les causes et les effets différent dans les nuances, nazisme, stalinisme et djihadisme relèvent du tronc commun de « la plus totale, agres­sive et toute-puissante irra­tio­na­lité. » Les conséquences aussi convergent dans la violence la plus mortifère conduisant les peuples crédules aux pires horreurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fanatiques para-religieux. Ainsi les fondamentalistes du libéralisme ultra, les adorateurs du Marché et de sa Main invisible, celle qui agit « en douce », par délégation, sans se montrer au grand jour, et n’en conduit pas moins à son lot d’atrocités, dénommées injustices, guerres, misère.

Ainsi les négationnistes de la dégradation du climat qui, à l’instar de leurs illustres prédécesseurs face aux génocides nazis, choisissent la catastrophe plutôt que de renoncer à leurs cultes consommatoires. Cultes innombrables auxquels d’ajoutent la plus crasse imbécillité telle que montrée ce jeudi soir [3/12/15] dans Envoyé spécial (France 2) exhibant de fameux spécimens du genre : ceux qui, aux Etats-Unis, trafiquent leurs diesel monstrueux pour qu’il éructent les plus épaisses fumées noires… (J’avais publié une vidéo sur ces énergumènes, mais elle a été désactivée, je ne sais pourquoi… Des dizaines de vidéos paradent sur la toile – taper «coal rolling» et désespérer du genre humain…)

Après eux le déluge. Sur le même mode, en somme, par lequel un tiers des électeurs du « pays des Droits de l’Homme » – et patati et patata – seraient prêts à tâter du fascisme présentable, juste « pour essayer », puisque les autres leur paraissent usés – ce qui n’est pas faux, certes !

Mais enfin, quelle défaite annoncée ! Défaite de la pensée, des convictions, des valeurs. De soubresauts en cahots, en culbutes et en sursauts, l’Histoire n’en finit pas de bégayer, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous saisissent.

tas-urgences

Où allons-nous ? «Ça déborde» de partout ; de gauche et de droite„ extrêmement. [Ph. d.r.]


Attentats de Paris. Que de morts, que de drames !

Même encore incomplète, qu’elle semble interminable, la liste des victimes des attentats de ce vendredi noir ! Que de drames soudain surgis dans les familles, chez les proches !… Et que de souffrances sous les blessures, les mutilations ! Fallait-il y ajouter l’outrage infligé, hier à l’Assemblée nationale, par les politicards et leurs gesticulations imbéciles, indécentes, outrageantes, atterrantes ? Cette liste des morts de vendredi ne peut que leur faire honte. Une honte qui ne consolera de rien, ni des peines, ni des douleurs.

attentats-Paris

Marseille , lundi midi. [Ph. gp]

Guillaume Barreau Decherf, 43 ans, était journaliste aux Inrocks. Passionné de Hard Rock, il était diplômé de l’école de journalisme ESJ Lille. Il avait débuté à Libération et travaillé pour le magazineRolling Stone. Il avait récemment écrit au sujet du nouvel album du groupe Eagles of Death Metal, qui se produisait au Bataclan le soir du massacre.. Père de deux filles, il est né à Bar-le-Duc (Meuse) et a grandi dans l’Essonne, comme le rapporte lEst Républicain. Ses confrères et anciens camarades de l’Ecole de journalisme ESJ de Lille se souviennent de sa douceur sous une allure de «métalleux», de sa passion pour la musique et de son sens de la formule qui faisait souvent mouche. Il a perdu la vie au Bataclan.

Macathéo Ludovic Boumbas, 40 ans, dit «Ludo», 40 ans, est mort à La Belle Equipe, bistrot du XIe arrondissement où il fêtait l’anniversaire d’une amie. «Il a voulu protéger une amie, Chloé, en se mettant sur elle. Il s’est pris une rafale», a dit son frère à l’AFP. D’origine congolaise, Ludo était ingénieur chez le transporteur FedEx.

Alban Denuit, 32 ans, originaire du Lot-et-Garonne, à Marmande, ce plasticien était exposé à la galerie bordelaise Eponyme. Diplômé de l’École nationale des Beaux-Arts de Paris, il enseignait à l’université Bordeaux 3. Selon Sud Ouest, il avait obtenu l’été dernier son doctorat d’arts plastiques avec félicitations du jury. Il est décédé au Bataclan.

Romain Didier, 32 ans, était originaire du Berry. Il vivait non loin du lieu du drame, comme le rapporte le Journal du Centre. A Paris, il avait suivi des cours d’art dramatique à l’école Jean Périmony et avait occupé entre 2009 et 2013 le poste de manager du Little Temple Bar, un bar du VIe arrondissement de Paris. Il a été tué rue de Charonne, dans le XIe arrondissement de Paris, alors qu’il était avec son amie, Lamia Mondeguer, elle aussi décédée.

Lamia Mondeguer, 30 ans, a été tuée rue de Charonne alors qu’elle se trouvait avec son compagnon, Romain Didier. La jeune femme, diplômée de l’université Paris VII et de l’Ecole supérieure d’études cinématographiques travaillait pour l’agence artistique Noma Talents.

Cédric Mauduit, 41 ans, était originaire de Lion-sur-Mer (Calvados). Il travaillait au Conseil départemental du Calvados, où il était directeur de la Modernisation du département, comme le rapporte le site internet du département. Il assistait au concert avec 5 amis, dont une autre victime, David Perchirin. Son frère a lancé un appel sur les réseaux sociaux pour faire venir les Rolling Stones ou David Bowie, des artistes qu’il admirait, à son enterrement.

Romain Feuillade, 31 ans, était sur la terrasse de La Belle équipe lorsqu’il est tombé sous les balles des assaillants. Le jeune homme, marié, était originaire de Gilly-sur-Isère (Savoie) et s’était installé à Paris pour devenir comédien. Il tenait un restaurant dans le XIe arrondissement, Les Cent kilos, avec un associé. «C’était un garçon d’une profonde gentillesse, doté d’un puissant sens de l’humour. Souriant, généreux, humble, bienveillant. Un exemple d’homme, le meilleur. Un ami dévoué», a témoigné l’un de ses amis dans Libération

Véronique Geoffroy de Bourgies, 54 ans, était une ex-mannequin et ancienne journaliste duFigaro Madame et Vogue Homme. Elle avait fondé jemesensbien.fr, un blog sur lequel elle postait quotidiennement des billets “bonne humeur”. Elle avait adopté il y a deux ans une petite fille, Mélissa et un petit garçon, Diego. Amoureuse de Madagascar, elle y avait créé en 2004 une association, Zazakely Sambatra (“enfants heureux”) . Elle a été abattue à la terrasse de La Belle équipe. Son mari, photographe, était en déplacement à Shanghaï pendant les attentats.

Mathieu Hoche, 38 ans, était technicien cadreur pour la chaîne France 24. “Il était jeune, il avait un enfant de 6 ans”, a twitté sa collègue Roselyne Febvre sur Twitter. «Un garçon adorable, discret, bosseur, professionnel», évoque le directeur de la chaîne Marc Saikali.

Thomas Ayad, 34 ans, originaire d’Amiens, était producteur pour la maison de disque Mercury Records, un label qui dépend du groupe Universal et s’occupait notamment du marketing d’Eagles of Death Metal. Tué au Bataclan, il assistait au concert avec deux collègues. Lucian Grainge, PDG d’Universal Music Group, a rendu hommage à Thomas Ayad dans une lettre publiée par le Los Angeles Times. Passionné de hockey sur gazon, son ancien club a organisé un rassemblement d’hommage dimanche. «Il est mort presque tout de suite, au Bataclan, alors qu’il était en train de parler avec un garçon de Nous Productions (le tourneur du concert, ndlr), qui lui a été blessé. (…) Franc, honnête, c’était un ami fidèle, on pouvait compter sur lui», a raconté à Libération l’un de ses amis.

Marie Mosser, 24 ans, originaire de Nancy et ancienne employée de la maison de disque Mercury Records, elle collaborait avec le site internet Celebrities in Paris, qui a confirmé son décès. Cette spécialiste en Communication et marketing digital est l’une des victime de l’attentat du Bataclan.

Quentin Boulenger, 29 ans, était originaire de Reims et habitait dans le 17e arrondissement de Paris, selon l’Union. Il est décédé au Bataclan. Diplômé de l’école de commerce Audiencia de Nantes (Loire-Atlantique), ce jeune marié s’était installé dans le XVIIe arrondissement de Paris et travaillait comme responsable digital international au sein du groupe de cosmétiques L’Oréal.

Valentin Ribet, 26 ans, était avocat d’affaires au barreau de Paris depuis l’année dernière. Il travaillait au cabinet Hogan Lovells, qui a confirmé sa disparition. Le jeune homme avait étudié à London School of Economics, après avoir obtenu son diplôme à la Sorbonne. Il est décédé au Bataclan, où il était avec son amie Eva, blessée, opérée et dont les jours ne sont plus en danger.

Djamila Houd, 41 ans, et originaire de Dreux, a été tuée sur la terrasse de La Belle Équipe, rue de Charonne. Fille de Harkis, issue «d’une des grandes familles drouaises», comme le rapporte l’Écho Républicain, Propriétaire de la brasserie parisienne le Café des anges, à Bastille, Djamila Houd vivait à Paris.

Fabrice Dubois, 46 ans, marié et père de deux enfants âgés de 11 et 13 ans, était rédacteur concepteur chez Publicis Conseil. Il habitait à Médan, dans les Yvelines. Il est décédé au Bataclan. Sa sœur a confirmé sa mort à Paris Match.

François-Xavier Prévost, 29 ans, originaire de Lambersart, dans le Nord-Pas-de-Calais, était passionné de tennis. Il travaillait dans la publicité à Lille, comme le rapporte l’AFP. Selon La Voix du Nord, il assistait au concert du Bataclan avec deux amis. «We miss you FX», une page Facebook dédiée au jeune homme a été créée par ses proches. «L’amour de ma vie, à jamais», a écrit sa compagne sur la page Facebook créée pour lui rendre hommage.

Mathias Dymarski, 22 ans et Marie Lausch, 23 ans, sont tous les deux décédés lors de l’attentat du Bataclan. Ces Mosellans étaient ensemble depuis 5 ans, et avaient emménagé en septembre dernier dans un appartement parisien, selon Le Républicain Lorrain. La jeune femme, diplômée de l’école de commerce de Reims, venait de terminer une mission pour un groupe de cosmétiques. Mathias, ingénieur travaux, allait fêter ses 23 ans le 6 décembre prochain.

Pierre Innocenti, 40 ans, que tout le monde appelait “Pierro”, avait repris le restaurant italien familial Livio, une institution à Neuilly-sur-Seine. Il avait posté sur sa page Facebook, quelques minutes avant le début du concert, une photo de l’affiche du groupe de rock. «Pierre était un énorme bosseur, mais c’était aussi un bon vivant, il aimait faire la fête. C’était aussi un homme de valeurs», raconte Arash Derambarsh, un ami de Pierre Innocenti et élu de Courbevoie.

Stéphane Albertini, cousin de Pierre Innocenti, était le copropriétaire du restaurant Livio.

Matthieu Giroud, 39 ans, était originaire de Jarrie, dans la région de Grenoble. Géographe, spécialiste de la gentrification, il était maître de conférence à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand entre 2008 et 2012, avant de rejoindre le CNRS et l’Université Paris Est Marne la Vallée. Il était le père d’un petit garçon de 3 ans et sa compagne, Aurélie, est enceinte d’une petite fille. Qualifié par un membre de sa famille d’ «impitoyablement pacifiste», Matthieu Giroud «aimait le rock, le whisky japonais, le foot, les BD et regarder des séries avec son Aurélie. Plus que tout il aimait ses amis — nombreux. Ses amis de Jarrie et ses amis de Paris. Ses amis vivant en province et ses amis vivant à l’étranger», a écrit sur Facebook Fabienne Silvestre-Bertoncini, sa belle soeur. Matthieu Giroud est décédé au Bataclan.

Aurélie de Peretti, 33 ans, infographiste de formation, reconvertie dans la restauration, était originaire de Saint-Tropez. Elle était venue à Paris avec son amie Élodie Pierrat pour assister au concert du Bataclan, où elle est décédée. Élodie Pierrat demeure en soins intensifs.

Quentin Mourier, 29 ans, tué au Bataclan, était architecte aux Vergers Urbains. Il est décrit comme quelqu’un «plein de ressources, d’énergie, d’initiatives, d’engagement» sur le site internet de cette association qui milite pour la végétalisation. Il habitait dans la capitale mais était originaire de Rouffach (Haut-Rhin), selon les Dernières Nouvelles d’Alsace. Il avait étudié à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles.

Élodie Breuil, 23 ans, était étudiante en design à l’école de Condé, dans le XVème arrondissement de la capitale. Elle est décédée au Bataclan alors qu’elle assistait au concert avec un groupe d’amis. Elle avait participé à la marche de la République en janvier dernier, avec sa mère. «Tout ce que vous pouvez faire, c’est informer le monde entier de ces horribles choses que nous nous infligeons les uns aux autres», a déclaré son frère Alexis à un journaliste de Time, alors qu’on venait de lui confirmer le décès de la jeune fille aux yeux bleus.

Fanny Minot, 29 ans, était monteuse pour Le Supplément de Canal +. «Une fan de rock», selon l’une de ses collègues contactée par l’AFP.

Nicolas Classeau, 40 ans, était le directeur de l’IUT Marne la vallée. Il assistait au concert avec sa compagne, toujours hospitalisée. Guitariste amateur, le quadragénaire vivait à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) avec ses trois enfants, de 15, 11 et 6 ans.

Nick Alexander, 36 ans, britannique de Colchester, vendait des produits à l’effigie du groupe Eagles of Death Metal lorsqu’il a été tué au Bataclan. «Nick est mort en faisant le travail qu’il aimait et nous sommes réconfortés de voir à quel point il était aimé par ses amis à travers le monde», a écrit sa famille dans un communiqué. «Dors bien, mon doux prince, Nick Alexander… #fuckterrorism #iwillalwaysloveyou #Bataclan», a publié sur Twitter sa compagne Polina Buckley, avec une photo d’eux deux.

Halima Ben Khalifa Saadi, 35 ans, était originaire de Menzel Bourguiba (Tunisie), près de Bizerte. Cette jeune femme à la crinière de lionne était mariée à un Sénégalais, Adama Ndiaye, et vivait à Dakar. Sa famille est installée au Creusot (Saône-et-Loire), où son père est arrivé en 1970 pour travailler dans le bâtiment. Mère de deux jeunes garçons, elle était à Paris, au restaurant «La Belle équipe», pour fêter l’anniversaire d’une amie.

Hodda Ben Khalifa Saadi, 34 ans, était à Paris avec sa sœur aînée Halima pour fêter un anniversaire.

Maxime Bouffard, 26 ans, originaire du Coux (Dordogne), est mort au Bataclan. Titulaire d’un BTS en audiovisuel à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), il habitait depuis quatre ans à Paris, où il réalisait des clips vidéo -récemment pour le groupe Le Dernier Métro — et des films publicitaires. «C’était un amateur de rugby, de vin et de bonne bouffe. C’était un pilier dans sa famille et dans son groupe d’amis», a raconté un ami à l’AFP. Fan de rock, il avait partagé sur son profil Facebook en juillet une critique élogieuse du nouvel album d’Eagles Of Death Metal.

Nicolas Catinat, 37 ans, a été tué au Bataclan, alors qu’il se trouvait dans la fosse. Habitant à Domont, dans le Val-d’Oise, il a cherché à protéger ses amis en se plaçant en bouclier humain.

Précilia Correia, 35 ans, Portugaise, était employée par la maison de disques Mercury Music. Elle est morte au Bataclan. «Pour ceux qui se rappellent de moi après le primaire, j’aimais plus faire mes devoirs cela ne m’a pas empêcher de rester à l’école jusqu’à plus de 25 ans…», raconte sur son profil Copains d’Avant cette jeune femme brune qui a étudié les langues étrangères et la photographie.

Asta Diakite, cousine du joueur de l’équipe de France de football Lassana Diarra, qui était en train de jouer sur la pelouse du Stade de France lorsque les explosions ont eu lieu. La jeune femme, décrite comme une musulmane pratiquante, est morte dans la fusillade de la rue Bichat, où elle était sortie faire des courses. «Elle a donné sa vie pour sauver celle de son neveu qui était avec elle», a écrit sur Facebook sa cousine. «Elle a été pour moi un repère, un soutien, une grande soeur», a témoigné le joueur de l’OM dans un message posté sur les réseaux sociaux.

Manuel Colaco Dias, 63 ans, un Portugais fan de foot qui vivait depuis 45 ans à Paris, a péri alors qu’il se trouvait à l’extérieur du Stade de France.

Elsa Delplace, 35 ans, était venue au concert des Eagles of Death Metal avec sa mère et son fils de 5 ans, qui les aurait vu mourir mais qui a survécu. La jeune femme était formatrice dans un centre de formation d’apprentis parisien. La grand-mère, Patricia San Martin, 61 ans, était fonctionnaire à la mairie de Sevran et nièce d’un ambassadeur chilien.

Elif Dogan, 26 ans, Belge d’origine turque, travaillait dans une société d’informatique en Belgique. Installée à Paris depuis quatre mois, tout près du Bataclan, elle est décédée dans la salle de spectacles sous les balles des terroristes, comme son compagnon Milko Jozic. «On se disait que notre fille vivait dans un endroit sûr. On craignait des actions en Turquie et c’est dans une des plus grandes métropoles du monde qu’on l’a perdue», a déploré son père Kemal Dogan, retourné vivre en Turquie il y a quelques mois.

Romain Dunet, 25 ans, un grand fan de musique, de ukulele et de chant, est mort au Bataclan. Enseignant d’anglais dans un ensemble scolaire parisien, il était également membre d’un groupe de musique. Ses proches ont ouvert une page d’hommage sur Facebook, «pour témoigner de son intelligence et de sa gentillesse, de son engagement dans ses passions et de son dévouement pour ses élèves».

Thomas Duperron, 30 ans, un Parisien originaire d’Alençon s’occupait de la communication de la salle de concert parisienne La Maroquinerie. Spectateur du Bataclan, il est mort dimanche à l’hôpital de Percy-Clamart où il avait été transporté. «Nos pensées vont à sa famille, à ses proches ainsi qu’aux équipes de La Maroquinerie», a posté sur son site internet l’Ecole d’art et de culture (EAC), dont il était sorti diplômé en 2010.

Gregory Fosse, 28 ans, habitant de Gambais (Yvelines). Grégory était programmateur musical pour la chaîne D17. Un hommage lui sera rendu lundi, à l’initiative du conseil municipal de la commune de Gambais.

Juan Alberto Gonzàles Garrido, 29 ans, ingénieur espagnol , travaillait pour EDF. Originaire de Grenade, en Andalousie, il vivait à Paris avec son épouse Angelina Reina, 33 ans. Présente à ses côtés au Bataclan vendredi soir, cette dernière a vu son époux tomber au sol avant de perdre sa trace, selon le quotidien El Pais.

Cédric Gomet, 30 ans, originaire de Foucherans dans le Jura et résidant à Paris, travaillait pour TVMonde. Il se trouvait au Bataclan avec l’un de ses amis, Cédric, lui-même blessé par balles à la jambe au cours de l’assaut.

Nohemi Gonzalez, 23 ans, de nationalité mexicaine et américaine, se trouvait à la terrasse du Petit Cambodge en compagnie d’une amie. Étudiante en troisième année à l’université d’État de Long Beach en Californie, elle se trouvait à Paris dans le cadre d’un semestre d’échange universitaire à l’école de design Strate de Sèvres. Décrite par son petit ami comme «la plus douce des jeunes femmes», elle devait rentrer aux États-Unis le mois prochain.

Raphael H, 28 ans, est né à Garmisch-Partenkirchen en Bavière. Architecte, il avait été embauché dans le cabinet de Renzo Piano à Paris. Vendredi soir, il était allé dîner au Petit Cambodge avec deux collègues, un Irlandais et un Mexicain. Ils ont aussi été blessés lors de l’attaque.

Thierry Hardouin, 36 ans, sous-brigadier au dépôt de Bobigny, devait passer la soirée à Paris au restaurant la Belle Équipe, rue de Charonne, pour célébrer l’anniversaire de sa compagne. «Bon vivant», «homme joyeux et professionnel», «Thierry avait affaire au quotidien à des gens dangereux. On savait qu’il fallait toujours rester sur le qui-vive» confie un de ses proches au quotidien Le Parisien. Thierry Hardouin était père de deux enfants.

Pierre-Antoine Henry, 36 ans, ingénieur de profession, était originaire de la région parisienne, comme le rapporte Ouest France. Il travaillait dans les systèmes de communication. Pierre-Antoine est décédé dans la salle du Bataclan. «Le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense pense à lui, c’est sa gentillesse», a inidiqué à l’AFP l’un de ses proches.

Marion Lieffrig-Petard, était étudiante en 1e année du master franco-italien de musicologie de la Sorbonne. Musicienne, passionnée par les voyages musicaux en Méditerranée, elle venait de rentrer d’une année d’Erasmus à Barcelone et s’apprêtait à effectuer sa deuxième année de Master à Palerme. Elle fait partie des victimes. Barthélémy Jobert, Président de Paris-Sorbonne lui a rendu hommage.

Anna Lieffrig-Petard, 27 ans, graphiste. Elle a été tuée alors qu’elle dînait à la terrasse du Petit Cambodge avec sa soeur Marion, décédée également, a indiqué à l’AFP le maire de Chailles (Loir-et-Cher), Yves Crosnier-Courtin, où leurs parents tiennent une boucherie. «Elle était venue retrouver sa soeur ce week-end-là et elles avaient envoyé un message à leurs parents pour leur dire que la vie était belle, qu’elles étaient contentes de se retrouver».

Suzon Garrigues, 21 ans, était étudiante en troisième année de Licence de lettres modernes appliquées à la Sorbonne, a elle aussi disparu au Bataclan. Barthélémy Jobert, Président de Paris-Sorbonne lui a également rendu hommage: «Elle laisse à ses camarades le souvenir de la plus généreuse, la plus altruiste, la plus drôle des amies, et aussi d’une inconditionnelle et fidèle admiratrice de Zola».

Mohamed Amine Ibnolmobarak, Marocain, 28 ans, architecte encadrant à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, ce passionné de natation était «engagé, intellectuel, créatif», selon l’un de ses anciens professeurs interrogé par Libération. Il a été tué alors qu’il se trouvait au bar Le Carillon avec sa femme, qu’il avait épousée cet été. Cette dernière, gravement blessée, «a subi trois opérations chirurgicales» mais «ses jours ne seraient plus en danger», a confié un proche à l’AFP.

Milko Jozik, 47 ans, de nationalité belge. Cet ingénieur souriant, père d’une jeune femme de 22 ans, habitait avec sa nouvelle compagne Elif Dogan, également de nationalité belge, elle aussi décédée, dans la rue du Bataclan où ils s’étaient installés il y a quatre mois. «Je me dis simplement que le monde est complètement pourri. C’est surtout pour ma fille que c’est dur, on se sent paumées», a confié son ex-épouse au quotidien belge La Dernière Heure.

Hyacinthe Koma, 37 ans, serveur au restaurant Les Chics Types, dans le 19e arrondissement, il participait à une soirée d’anniversaire au restaurant La Belle Équipe rue de Charonne. «Il avait beaucoup d’amis», selon sa petite sœur Amy. L’un d’entre eux a lancé une cagnotte sur le site Leetchi pour aider sa famille à financer les obsèques.

Guillaume Le Dramp, 33 ans, figure du quartier, buvait un verre en terrasse au bar La Belle Equipe quand il a été tué. Originaire de Cherbourg, il avait fait ses études à Caen avant d’aller à Parme (Italie) puis à Paris, où il travaillait dans un restaurant derrière la place des Vosges. Décrit comme «charmeur, chaleureux, un vrai gentil, avec un humour dévastateur» par l’un de ses proches à l’AFP, il était tenté de retourner vivre en Italie et préparait le concours de professeur des écoles.

Christophe Lellouche, 33 ans, tué au Bataclan. Il était supporter de l’OM, guitariste et compositeur du groupe Oliver et fan de Metallica, selon un de ses amis interrogé par Libération.

Yannick Minvielle, 39 ans, travaillait dans la publicité et chantait dans un groupe de rock. Il est mort au Bataclan.

Justine Moulin, 20 ans, une parisienne originaire d’Asnières (Hauts-de-Seine), était étudiante en Master à SKEMA Business School, qui lui a rendu hommage sur son site internet.

Victor Muñoz, 25 ans, est mort à La Belle Équipe, rue de Charonne. Il était le fils d’un élu du XIe arrondissement. Il venait d’être diplômé de l’ESG Management School, une école supérieure de commerce à Paris.

Bertrand Navarret, 37 ans. Selon la Dépêche du midi, il avait grandi à Tarbes, où son père est notaire, et vivait à Capbreton, sur la côte landaise. Il était parti à Paris pour passer quelques jours dans la capitale et assister au concert au Bataclan.

David Perchirin. Après avoir été journaliste, il était devenu récemment professeur des écoles et enseignait depuis septembre 2014 en Seine-Saint-Denis. Ce quarantenaire est mort au Bataclan aux côtés de son ami Cédric Mauduit, rencontré à Sciences Po Rennes. «Bons vivants, débordants d’énergie, enthousiastes indéfectibles, le ciment de leur amitié a toujours été leur passion du rock’n roll», selon l’hommage rendu par l’association des anciens élèves de l’établissement.

Manu Perez, âgé d’une trentaine d’années, directeur artistique chez Polydor. Ce père de famille a posté sur Facebook quelques minutes avant sa mort une vidéo prise dans la fosse du Bataclan, intitulée «Il y a ceux qui y sont et qui ne sont pas». Sa mémoire a été saluée sur Twitter par plusieurs artistes dont il s’était occupé.

Caroline Prenat, 24 ans,originaire de Lyon, était graphiste. Elle était diplômée de l’École de Condé de Nancy et avait étudié à l’École d’arts appliqués de Bellecour, selon Lyon Capitale. Elle est décédée lors de la tuerie du Bataclan.

Armelle Pumir-Anticevic, 46 ans, est morte au Bataclan, où elle se trouvait avec son mari, Joseph. «Armelle m’a dit: «Viens, on court». On n’était pas loin de la porte de sortie. Armelle était derrière moi, on a foncé. Elle est tombée. J’ai cru qu’elle avait trébuché sur un cadavre. Je l’ai ramassée, je la portais. Mais en arrivant près de la porte, un flic m’a tiré par le bras, j’ai dû la lâcher. Putain. Je n’ai jamais revu Armelle», avait-il raconté dimanche à Libération. Chef de fabrication, mère de famille, cette Parisienne était aussi attachée aux Pyrénées-Orientales, où elle possédait une maison.

Matthieu de Rorthais, 32 ans, est mort dans l’attaque du Bataclan. Son père et sa soeur lui ont rendu hommage sur Facebook, cette dernière saluant la mémoire de son grand frère, «la plus belle étoile du ciel».

Raphaël Ruiz, 37 ans, mort au Bataclan. Il était «passionné de musique, de cinéma, de BD et de tant d’autres choses» selon l’association des anciens de Sciences Po Grenoble. «C’était un ami hors pair, un homme attachant et passionnant, et un grand éclat de rire avec les enfants». Il travaillait depuis 10 ans chez Ubiqus, où il était «unanimement apprécié pour son professionnalisme, son dévouement et son immense gentillesse».

Madeleine Sadin, 30 ans,qui vivait à Paris, est morte au Bataclan. Décrite comme «vivante, aimante et curieuse» par ses proches à l’AFP, elle était professeur de Français dans un collège de l’Essonne. Son cousin, Simon Casteran, journaliste toulousain, a publié, sur son bloglessermonsdulundi.com, une lettre adressée à Daech et titrée «Oui, je suis un pervers et un idolâtre».

Kheireddine Sahbi, 29 ans, surnommé «Didine», ce violoniste de nationalité algérienne rentrait chez lui vendredi après une soirée avec des amis lorsqu’il a été tué. Après des études de sciences, il s’était tourné vers la musique et étudiait depuis un an à Paris. Il était étudiant en master d’ethnomusicologie à la Sorbonne. Barthélémy Jobert, Président de Paris-Sorbonne, lui a rendu hommage. «Il habitait un quartier périphérique d’Alger, où la situation était très tendue» et «avait survécu à dix ans de terrorisme», à témoigné à l’AFP un de ses cousins. Son corps devrait être rapatrié en Algérie.

Lola Salines, 29 ans, était éditrice chez Gründ, chargé des ouvrages Jeunesse. Cette passionnée de rock et de metal a notamment édité l’Encyclo des Filles, paru en 2013, un manuel de référence pour les adolescentes. Passionnée de roller derby, la jeune femme faisait partie du club la Boucherie de Paris, l’équipe de la capitale. Elle portait sur les pistes le nom de «Josie Ozzbourne». Son père, Georges, l’a cherchée toute la nuit de vendredi à samedi, pour finalement annoncer son décès samedi matin, sur Twitter.

Hugo Sarrade, 23 ans, débutait son week end à Paris par ce concert au Bataclan, avant de rejoindre son père en région parisienne. Étudiant en intelligence artificielle à Montpellier, Hugo était persuadé que «l’obscurantisme est notre pire ennemi», selon son père, interrogé par le quotidienMidi Libre.

Valeria Solesin, 28 ans, est morte au Bataclan, après avoir été prise en otage avec son fiancé et deux proches. Cette Italienne originaire de Venise, doctorante en démographie, vivait depuis quatre ans à Paris. «Elle nous manquera et je pense, au vu de son parcours, qu’elle manquera aussi à l’Italie», a déclaré sa mère aux médias italiens. «Elle était le visage souriant et le cerveau brillant de la jeune communauté italienne à Paris», a témoigné un proche à l’AFP.

Ariane Theiller, 24 ans, était au Bataclan avec des amis lorsqu’elle a été abattue. Originaire du Nord, elle s’était installée à Paris. Après des études de Lettres à Orléans et à Strasbourg, elle avait effectué un stage chez Urban Comics. Elle était assistante de rédaction chez Rustica depuis le mois de juin dernier. Ses collègues lui ont rendu hommage sur Facebook: «Pour sa discrétion, sa douceur sans mièvrerie et la gentillesse naturelle qui émanait d’elle, nous l’avions tout de suite adoptée, comme une des nôtres, une enfant de notre clan. Chère Ariane, au minois candide, tu avais aménagé ton bureau pour regarder en face les autres et l’avenir qui pour toi s’annonçait radieux. Mais le livre que tu rêvais d’écrire s’est refermé trop vite».

Éric Thomé, photographe et graphiste parisien, âgé d’une quarantaine d’années, passionné de musique, est mort au Bataclan.

Luis Felipe Zschoche Valle, 33 ans, Chilien, habitait depuis huit ans avec sa femme à Paris, où il travaillait comme musicien, selon les autorités chiliennes.

Olivier Vernadal, 44 ans, natif du Puy-de-Dôme, était contrôleur des impôts à Paris. Il vivait à deux pas de la salle de concert du Bataclan, a confié son père au quotidien La Montagne. Il est l’une des victimes de la tuerie du Bataclan.

Ciprian Calciu, 31 ans et Lacramioara Pop, 29 ans, un couple de Roumains et parents d’un enfant âgé de 18 mois. Ils ont tous les deux été tués au cours de la tuerie du bar La Belle Équipe, selon Reuters.

Michelli Gil Jaimez, 27 ans, Mexicaine originaire de la ville de Veracruz, elle résidait à Paris, selonEl Pais. La jeune femme, qui s’était fiancée le 26 octobre avec son petit ami, étudiait sur le campus parisien de l’EM Lyon. Elle est l’une des victimes de la fusillade du bar La Belle Équipe. «Je t’aime mon amour. Repose en paix», a publié sur Facebook son compagnon italien, Filo. La famille de Michelli est arrivée à Paris afin de s’occuper du rapatriement de sa dépouille. «Michelli était une jeune fille charmante, c’était une jeune fille très heureuse, sociable, travailleuse et douée», a confié son cousin Félix José Gil Herrera aux médias mexicains.

Maud Serrault, 37 ans, ancienne étudiante du Celsa à Neuilly-sur-Seine, était directrice du Marketing et du e-commerce de la chaîne hôtelière Best Western France depuis près de trois ans. Elle s’était mariée récemment, comme l’a confié sa cousine Caroline Pallut à Reuters. Elle est décédée au cours de la tuerie du Bataclan.

Sébastien Proisy, 38 ans, né à Valenciennes (Nord), habitait à Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis, auprès de sa maman. Ce Franco Bulgare était «un étudiant brillant, boursier, plein de mérite et passionné de géopolitique», raconte Viviane, l’une de ses meilleures amies, rencontrée sur les bancs de l’université Panthéon-Assas. «Il avait un sens de l’humour de malade mental». Après avoir travaillé à la Commission européenne, Sébastien Proisy a créé sa propre start up, «qui marchait bien». Il dînait au Petit Cambodge, avec un collègue et un client, au moment de la fusillade. L’un d’entre eux a également été blessé lors de l’attaque.

Nathalie Jardin, 31 ans, originaire de Marcq-en-Barœul, et régisseuse lumière au Bataclan depuis 2011, travaillait vendredi 13 novembre dernier à la salle de concert. Elle était chargée d’accueillir les membres du groupe californien Eagles of Death Metal, selon La Voix du Nord. Son père, Patrick Jardin, était sans nouvelle de sa fille depuis vendredi et avait interpellé le Premier ministre Manuel Valls, lorsque celui-ci a salué les forces de police Gare du Nord, dimanche 15 novembre dernier, à Paris. Le décès de la jeune femme a été confirmé dimanche 15 novembre, deux jours après l’attentat.

Richard Rammant, 53 ans, originaire du Lot, mais résidant à Paris, il était le père de deux filles. Ce passionné de musique et de moto était bénévole au Cahors Blues Festival, comme le rapporte La Dépêche. Il assistait au concert du Bataclan avec sa femme, Marie Do, blessée aux jambes, mais qui a survécu. Son club de bikers prône «le respect, la fraternité et la solidarité comme un mode de vie», selon son site internet.

Lucie Dietrich, une graphiste, diplômée en 2013 de l’école multimédia IESA, à Paris, a été tuée au cours de la fusillade de la rue de la Fontaine au Roi. La jeune femme habitait à une rue du lieu du drame, a écrit sur Instagram Emmanuel Dietrich, son grand frère, en commentaire d’une photo de famille. En mémoire de sa sœur cadette, il a créé une montre, reproduite 13 fois, pour chacun des membres de la famille Dietrich. Marc-François Mignot-Mahon, le président de Studialis, un réseau d’écoles auquel appartient l’IESA, lui a rendu hommage dans un communiqué.

Thibault Rousse Lacordaire, 37 ans, habitant de Neuilly-sur-Seine, était Parisien de naissance, selon Jérôme Brucker, un ami d’enfance. Il est l’une des victimes de la fusillade du Bataclan. «Une gentillesse sans pareil» le qualifiait un de ses proches.

Gilles Leclerc, 32 ans, est mort au Bataclan, a annoncé sa tante lundi en début de soirée, après trois jours d’incertitudes. Le jeune homme, fleuriste dans la boutique de sa mère, à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise), au nord de Paris. Quelques minutes avant le concert, le jeune homme barbu, fan de rock, de tatouages et des Etats-Unis, avait publié un selfie sur les réseaux sociaux: il y apparaissait, avec sa compagne, Marianne, une bière à la main, devant la scène, depuis la fosse qui commençait à se remplir. Lorsque les premiers tirs ont fusé, il a projeté son amie par terre qui, en rampant, est parvenue à s’enfuir.

Antoine Mary, 34 ans, développeur informatique. Développeur pour des sites internet, ce jeune homme originaire de Caen (Calvados) était sorti au Bataclan en compagnie de son ami Ferey, réalisateur, monteur et photographe, lui aussi décédé. «Aujourd’hui nous pleurons l’un des nôtres. Ton esprit libre, ta belle humeur. Antoine, nous ne t’oublierons pas», a tweeté pour annoncer son décès l’agence de publicité Milky, où il avait travaillé avant de se mettre à son compte.

Germain Ferey, 36 ans. Originaire de Vienne-en-Bessin (Calvados), il avait bifurqué tardivement vers l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA), après des études de Lettres étrangères et d’administration économique et sociale et même un emploi dans le milieu bancaire. A son compte depuis 2011 après avoir travaillé dans des entreprises de post-production audiovisuelle, il était réalisateur et monteur, et aussi photographe, installé à Paris. Il est mort au Bataclan, où il s’était rendu avec son ami Antoine Mary, une autre victime. «On a du mal à imaginer que ce soit possible», a confié au quotidien Ouest France Rémi Françoise, le maire de Vienne-en-Bessin, où résident toujours ses parents.

Jean-Jacques Amiot, 68 ans, était au Bataclan lorsqu’il s’est fait tuer. Fan de rock, familier des salles de concert, ce Parisien père de deux filles et deux fois grand-père était à la tête d’une entreprise de sérigraphie et travaillait régulièrement pour les artistes, les musiciens, ou les dessinateurs. «C’était un homme doux», a rappelé son frère dans Le Télégramme.

Baptiste Chevreau, 24 ans, est tombé sous les balles au Bataclan. Jeune guitariste, passionné de musique, il était le petit-fils de la chanteuse Anne Sylvestre. Après une enfance passée à Tonnerre (Yonne), il s’était installé à Paris il y a cinq ans.

Marion Jouanneau, 24 ans. «C’était une jeune femme très, très douce», dit d’elle une proche. Son compagnon, un kinésithérapeute qui a réussi à échapper au massacre, a multiplié les avis de recherche pendant le week-end, postant et repostant sur les réseaux sociaux un souriant portrait d’une jeune femme aux cheveux blonds cendrés. Il a fini par annoncer sur Twitter lundi: «Marion est morte». Ils habitaient Chartres (Eure-et-Loir).

Vincent Detoc, 38 ans, est mort au Bataclan. Cet architecte, père de deux enfants de 7 et 9 ans, était un fan de musique, guitariste amateur.

Christophe Foultier, 39 ans, est mort au Bataclan. Ce directeur artistique, père de deux enfants, passionné de rock, est décrit comme «simple, honnête et sincère» par ses amis sur Facebook.

Raphaël Hilz, 28 ans. Né en Bavière, en Allemagne, il était architecte et avait été embauché dans le cabinet de Renzo Piano à Paris. Vendredi soir, il était allé dîner au Petit Cambodge avec deux collègues, blessés lors de l’attaque.

Stella Verry, 37 ans, dînait au Petit Cambodge, rue Bichat, lorsque les balles ont fusé. Médecin généraliste, elle avait récemment ouvert un cabinet dans le XIXe arrondissement de Paris, tout en étant médecin régulateur du Samu.

Chloé Boissinot, 25 ans, originaire de Château-Larcher dans la Vienne selon La Nouvelle République. Elle et son petit ami Nicolas, blessé, étaient en train de dîner au restaurant Le Petit Cambodge lorsque les assaillants ont ouvert le feu.

Emmanuel Bonnet, 47 ans, habitant de la Chapelle-en-Serval (Oise). Ce père de famille était vendredi au Bataclan avec l’un de ses enfants. «Le fils a réussi à quitter la salle, il ne trouvait pas son père mais était persuadé qu’il s’était lui aussi échappé», a raconté le maire de la commune Daniel Dray au Courrier Picard. Employé de la RATP, il avait partagé la veille du concert sur sa page Facebook un lien du groupe «Les athées en action» citant Jacques Prévert avec une photo du poète: «La théologie c’est simple comme dieu et dieu font trois.»

Anne Cornet, 29 ans. Originaire de Houdlémont (Meurthe-et-Moselle), la jeune femme a été tuée au Bataclan avec son mari Pierre-Yves Guyomard, avec lequel elle résidait à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), selon Le Républicain Lorrain.

Mayeul Gaubert, 30 ans, juriste. Originaire de Saône-et-Loire, il travaillait depuis cinq ans pour l’organisme de formation continue Cegos, où il était décrit comme «drôle, discret, efficace, très professionnel». Il est mort des suites de ses blessures au Bataclan. Sa page Facebook affichait en portrait «Je suis Charlie».

Pierre-Yves Guyomard, ingénieur du son et professeur en sonorisation à l’Institut supérieur des techniques du son (ISTS) à Paris. Il a été tué au Bataclan avec sa femme Anne Cornet. «Il était l’un des meilleurs enseignants que j’ai jamais eus et il avait beaucoup à partager avec ses étudiants et à leur donner», a écrit sur Facebook un de ses étudiants.

Olivier Hauducoeur, 44 ans, banquier. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure d’Ingénieurs de Caen, il travaillait depuis 2006 au sein du groupe BNP Paribas. Ce coureur amateur était depuis un an employé de la société française de location automobile longue durée Arval, filiale du groupe bancaire. Il est mort au Bataclan.

Renaud Le Guen, 29 ans, a été tué au Bataclan où il se trouvait avec sa compagne, rescapée. «Renaud était quelqu’un de très cultivé et doux. Tout le monde l’aimait. C’était un mec bien», a témoigné au quotidien Libération celle qu’il devait épouser l’année prochaine et qu’il avait rencontrée à 17 ans. «Il aimait le jazz, le rock, la photo, être avec sa famille et ses amis», a-t-elle raconté. Il travaillait dans un garage pour poids lourds près de la gare d’Evry-Courcouronnes (Essonne) et habitait à Savigny-sur-Orge, où il avait grandi.

Charlotte Meaud, 30 ans, est morte avec sa soeur jumelle, Emilie, sur la terrasse du café Le Carillon. Cette chargée de développement de start-up, passionnée de musique et de sport, habitait dans le XXe arrondissement de Paris et a grandi à Aixe-sur-Vienne (Haute-Vienne) et fait ses études à Lyon et à Strasbourg.

Emilie Meaud, 30 ans, tuée avec sa soeur jumelle Charlotte sur la terrasse du Carillon, était architecte à Paris. Originaire de Haute-Vienne, elle aimait le rock et les films d’Eric Rohmer.

Cécile Misse, 32 ans, a été tuée au Bataclan, aux côtés de son compagnon, Luis Felipe Zschoche Valle, un musicien chilien. La jeune femme, installée à Paris depuis 2006, était chargée de production au théâtre Jean-Vilar de Suresnes, dans l’ouest parisien. Elle avait grandi à Gap (Hautes-Alpes).

Hélène Muyal-Leiris, 35 ans, tuée au Bataclan. Mère d’un petit garçon de 17 mois à peine, elle était maquilleuse-coiffeuse à Paris et travaillait dans la mode ou sur des tournages. «Vous n’aurez pas ma haine», a écrit lundi sur Facebook son mari Antoine Leiris, qui avait multiplié les avis de recherche pendant le week-end. «Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans.»

«Bien sûr je suis dévasté par le chagrin», a reconnu le journaliste de France Bleu, passionné de cinéma, poursuivant: «Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. (…) Nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre»; a-t-il lancé aux assassins d’Hélène.

Eric Thomé, photographe et graphiste parisien, âgé d’une quarantaine d’années. Ce passionné de musique, titulaire d’un BTS en communication visuelle, avait exposé des photos en juillet aux Rencontres de la photographie d’Arles. Selon l’un de ses amis, qui a posté un message sur Facebook, il allait bientôt être père.

Fabian Stech, 51 ans, tué au Bataclan était critique d’art et aussi enseignant d’allemand dans un lycée privé de Dijon. Né à Berlin, il était installé en France depuis 1994 où il était marié à une avocate dijonnaise et père de deux enfants.

Claire Scesa-Camax, 35 ans, originaire d’Avignon, était graphiste à Paris depuis 2009, selon leDauphiné Libéré. Mère de deux enfants, la jeune femme travaillait en free-lance pour le cabaret parisen Crazy Horse. Elle était au Bataclan avec son mari, qui a survécu. L’Ecole professionnelle supérieure d’arts graphiques de la Ville de Paris (Epsaa), où la jeune femme avait étudié, lui a rendu hommage sur Facebook: «Elle aimait le rock. Elle assistait au concert des Eagles Of Death Metal au Bataclan. Elle nous a quittés, parmi tant d’autres.Nous la pleurons. Claire était une de nos anciennes étudiantes, promo 2003 en arts graphiques. Le meilleur hommage que l’on puisse lui rendre est en images, à travers ses créations».

Julien Galisson, 32 ans, qui a grandi à Orvault, en Loire-Atlantique, habitait à Nantes. Il est l’une des victimes de l’attaque du Bataclan. Joseph Parpaillon, le maire d’Orvault, lui a rendu hommage lundi 16 novembre dernier, comme le rapporte Ouest France.

Sven Alejandro Silva Perugini, 29 ans, et vénézuélien, vivait en Espagne. Il est décédé au Bataclan. « Nous nous souvenons de son sourire, de ses plaisanteries, de son optimisme et de son charisme», a écrit sa mère, Giovanina Perugini, sur son compte Facebook, ce mardi 17 novembre.

D’après Le Figaro. Liste incomplète et hélas provisoire.

 


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      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

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