On n'est pas des moutons

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« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume munic­i­pal, Georges Moth­ron, maire Les Répub­li­cains d’Argenteuil, décide si ses conci­toyens peu­vent ou non aller voir un film au ciné­ma – et même deux.

Voici l’affaire, résumée par Le Figaro [30/04/2016] :

« Le ciné­ma Le Figu­ier blanc a dû annuler il y a quelques jours la pro­jec­tion de deux films en rai­son d’une demande expresse du maire de la ville du Val-d’Oise, qui craig­nait que leurs sujets «met­tent le feu aux poudres» dans la com­mune.

 G. Moth­ron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «chang­er l’image de la ville» […] le boule­vard Lénine et l’avenue Mar­cel Cachin sont rebap­tisés respec­tive­ment boule­vard du général Leclerc et avenue Mau­rice Utril­lo.
• Le 6 août 2007, un arrêté munic­i­pal inter­dis­ant la men­dic­ité dans le cen­tre-ville d’Argenteuil est asso­cié à la con­signe aux agents de la voirie de dif­fuser du mal­odore, un répul­sif nauséabond, dans les lieux fréquen­tés par les sans-abris. La cam­pagne de presse nationale qui s’ensuit et des con­tro­ver­s­es sur la réno­va­tion urbaine en cours lui coû­tent la mairie qui revient au social­iste Philippe Doucet aux élec­tions 2008. Lors des élec­tions munic­i­pales de 2014, il reprend la mairie d’Argenteuil face au maire sor­tant. [Wikipé­dia]

« […] La salle, asso­ciée à un cen­tre cul­turel, a eu la curieuse sur­prise de recevoir la semaine dernière un cour­ri­er […] dans lequel l’élu demandait la dépro­gram­ma­tion de deux films : La Soci­o­logue et l’ourson, d’Étienne Chail­lou et Math­ias Thery, et 3000 nuits, de Mari Mas­ri.

« Le pre­mier, sor­ti le 6 avril, est un doc­u­men­taire qui revient sur les débats autour du mariage homo­sex­uel en suiv­ant la soci­o­logue Irène Théry et en met­tant en scène, sur un mode péd­a­gogique et ludique, des peluches et des jou­ets pour évo­quer cer­taines ques­tions et recon­stituer des moments famil­i­aux. Le sec­ond, dif­fusé depuis l’an dernier dans plusieurs fes­ti­vals, racon­te l’histoire de Lay­al, une jeune Palesti­enne incar­cérée dans une prison israéli­enne, où elle donne nais­sance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la com­mune sont sujets à la polémique, d’où leur inter­dic­tion. Dans les colonnes du Parisien, il explique que sa déci­sion est «motivée par le fait qu’en ces temps trou­blés, des sujets tels que ceux-là peu­vent rapi­de­ment met­tre le feu aux poudres dans une ville comme Argen­teuil». « Dans un souci d’apaisement […]la ville a préféré jouer la sécu­rité en ne dif­fu­sant pas ces films, évi­tant ain­si des réac­tions éventuelle­ment véhé­mentes de cer­tains», ajoute-t-il. Mais l’exigence de l’édile a surtout provo­qué une volée de bois vers à l’encontre de la mairie d’Argenteuil. »

L’association Argen­teuil Sol­i­dar­ité Pales­tine (ASP), qui pro­gram­mait 3000 nuits a dénon­cé « la cen­sure du maire qui, en octo­bre dernier, avait déjà inter­dit une expo­si­tion sur l’immigration.»

L’Association pour la défense du ciné­ma indépen­dant (ADCI) d’Argenteuil, dénonce « un refus idéologique de réflex­ion sur des ques­tions qui se posent dans le con­texte actuel ».

De son côté, la Scam, Société civile des auteurs mul­ti­mé­dia, pub­lie un com­mu­niqué sur cet acte de cen­sure. Extraits :

« Les 102.000 habi­tants d’Argenteuil seraient-ils plus décérébrés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Cer­taine­ment pas, mais c’est ain­si que le maire, Georges Moth­ron, con­sid­ère les habi­tants en les jugeant inca­pables de regarder sere­ine­ment un doc­u­men­taire de société où les per­son­nages prin­ci­paux sont des peluches. Un doc­u­men­taire qui fait réfléchir sur pourquoi la société française s’est déchirée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Moth­ron le fera-t-il saisir dans les ray­on­nages ? Quand le film sera dif­fusé à la télévi­sion, Georges Moth­ron fera-t-il couper les antennes du dif­fuseur sur sa ville ?
« En ces temps trou­blés », Georges Moth­ron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps trou­blés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui appor­tent de la pen­sée dans les réflex­es pavloviens de repli sur soi de telle ou telle com­mu­nauté.
« La Scam sou­tient la man­i­fes­ta­tion organ­isée le 7 mai à 15 heures devant la mairie d’Argenteuil pour exiger la repro­gram­ma­tion des films et rap­pel­er au maire, Georges Moth­ron, que le suf­frage uni­versel ne lui con­fie pas pour autant un droit à décider ce que ses conci­toyens peu­vent choisir d’aller voir au ciné­ma. »

Pour ma part, me référant à la loi sur le non-cumul des man­dats, je rap­pelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumuler sa fonc­tion de mag­is­trat munic­i­pal avec celles de pro­gram­ma­teur-censeur de ciné­ma et de directeur des con­sciences. Non mais.


Poussée d’intolérance au Maroc. “Much Loved” interdit, comédienne agressée

Much Loved, du cinéaste maro­cain Nabil Ayouch, est un film remar­quable dont j’aurais dû par­ler ici depuis que je l’ai vu il y a deux mois et qui, heureuse­ment, est tou­jours à l’affiche dans les bonnes salles. Je me décide aujourd’hui pour une rai­son plus que ciné­matographique : le film est inter­dit au Maroc, ce qui n’est pas sur­prenant, mais, surtout, l’actrice qui tient le rôle prin­ci­pal, Loub­na Abidar – superbe –, a été vio­lem­ment agressée le 5 novem­bre. Elle racon­te cela dans une tri­bune adressée au Monde [12/11/15 ], expli­quant aus­si pourquoi elle se voit con­trainte de quit­ter son pays.

Maroc Loubna Abidar agressée

Loub­na Abidar vio­lem­ment agressée à Casablan­ca [Ph. dr]

Une fois de plus, c’est la place des femmes dans la société qui se trou­ve au cen­tre d’une actu­al­ité per­ma­nente et à peu près générale dans le monde, même si, bien sûr, les sit­u­a­tions sont vari­ables, et donc leur degré de grav­ité. N’empêche, cela vaut dans nos sociétés dites évoluées. Que l’on songe aux dif­férences de salaires entre hommes et femmes, à fonc­tions égales ; qu’il s’agisse de l’attribution des postes de respon­s­abil­ité, du har­cèle­ment sex­uel, du machisme « ordi­naire ». On n’entrera même pas ici sur le lam­en­ta­ble débat autour des notions de genre.

Much Loved qui, comme son titre ne l’indique pas, est un film sur la con­di­tion fémi­nine dans un des pays arabes les plus rétro­grades sur la ques­tion – et sur tant d’autres, hélas – tan­dis que cette roy­auté d’un autre âge voudrait se drap­er dans une pré­ten­due moder­nité.

Dans son texte, la comé­di­enne donne à voir le pro­pos du film, en même temps qu’elle exprime une détresse per­son­nelle, une implaca­ble dénon­ci­a­tion d’un régime d’oppression et l’intolérance d’une société.

Après des petits rôles au théâtre et dans des films com­mer­ci­aux, j’ai obtenu le pre­mier rôle dans le long-métrage Much Loved, de Nabil Ayouch. C’était le plus beau jour de ma vie, car j’allais pou­voir tra­vailler avec un réal­isa­teur tal­entueux et inter­na­tionale­ment recon­nu, et parce que j’allais don­ner la parole à toutes celles avec lesquelles j’avais gran­di : ces petites filles des quartiers qui n’apprennent ni à lire ni à écrire, mais aux­quelles on dit sans cesse qu’un jour elles ren­con­treront un homme riche qui les emmèn­era loin… Dès 14–15 ans, elles sor­tent tous les soirs dans le but de le trou­ver. Un jour, elles réalisent qu’elles sont dev­enues des pros­ti­tuées.

« Dans ce film, j’ai mis toute mon âme et toute ma force de tra­vail, portée par Nabil Ayouch et mes parte­naires de jeu. Le film a été sélec­tion­né à Cannes. J’y étais, c’était mag­ique. Mais dès le lende­main de sa présen­ta­tion, un mou­ve­ment de haine a démar­ré au Maroc. Un min­istre qui n’avait pas vu le film a décidé de l’interdire avant même que la pro­duc­tion ne demande l’autorisation de le dif­fuser. Much Loved dérangeait, parce qu’il par­lait de la pros­ti­tu­tion, offi­cielle­ment inter­dite au Maroc, parce qu’il don­nait la parole à ces femmes qui ne l’ont jamais. Les autorités ont déclaré que le film don­nait une image dégradante de la femme maro­caine, alors que ses héroïnes débor­dent de vie, de com­bat­iv­ité, d’amitié l’une pour l’autre, de rage d’exister.

« Et une cam­pagne de détes­ta­tion s’est répan­due sur les réseaux soci­aux et dans la pop­u­la­tion. Per­son­ne n’avait encore vu le film au Maroc, et il était déjà devenu le sujet numéro un de toutes les dis­cus­sions. La vio­lence aug­men­tait de jour en jour, à l’encontre de Nabil « le juif » (sa mère est une juive tunisi­enne) et à mon encon­tre. Je dérangeais à mon tour, parce que j’avais le pre­mier rôle, parce que j’en étais fière, et parce que je pre­nais posi­tion ouverte­ment con­tre l’hypocrisie par des déc­la­ra­tions nom­breuses.

Cachée sous une burqa

« Des mes­sages de sou­tien et d’amour, j’en ai reçu des dizaines. Dans les pays d’Europe où le film est sor­ti et a con­nu un bel accueil (j’ai notam­ment obtenu le Prix de la meilleure actrice dans les deux fes­ti­vals majeurs de films fran­coph­o­nes, Angoulême en France et Namur en Bel­gique). Mais surtout, et c’était le plus impor­tant pour moi, au Maroc. Par des gens éclairés car ils sont nom­breux. Et aus­si par des pros­ti­tuées qui ont enfin osé par­ler à vis­age décou­vert pour dire qu’elles se recon­nais­saient dans le film.

« Mais rien n’a calmé la haine con­tre moi. Sur Face­book et Twit­ter, mon nom est asso­cié à celui de « sale pute » des mil­liers de fois par jour. Quand une fille se com­porte mal, on lui dit « tu fini­ras comme Abidar ». Tous les jours, je lis que je suis la honte des femmes maro­caines. Chaque semaine, je reçois des men­aces de mort. J’ai encore des amis et des proches pour me soutenir, mais beau­coup se sont détournés de moi. Pen­dant des semaines, je ne suis pas sor­tie de chez moi, ou alors unique­ment pour des cours­es rapi­des, cachée sous une burqa (quel para­doxe, me sen­tir pro­tégée grâce à une burqa…).

« Ces derniers jours, le temps pas­sant, la ten­sion me sem­blait retombée. Alors jeu­di 5 novem­bre, le soir, je suis allée à Casablan­ca à vis­age décou­vert. J’y ai été agressée par trois jeunes hommes. J’étais dans la rue, ils étaient dans leur voiture, ils m’ont vue et recon­nue, ils étaient saouls, ils m’ont fait mon­ter dans leur véhicule, ils ont roulé pen­dant de très longues min­utes et pen­dant ce temps ils m’ont frap­pée sur le corps et au vis­age tout en m’insultant. J’ai eu de la chance, ce n’était « que » des jeunes enivrés qui voulaient s’amuser… D’autres auraient pu me tuer. La nuit a été ter­ri­ble. Les médecins à qui je me suis adressée pour les sec­ours et les policiers au com­mis­sari­at se sont ri de moi, sous mes yeux. Je me suis sen­tie incroy­able­ment seule… Un chirurgien esthé­tique a quand même accep­té de sauver mon vis­age. Ma han­tise était juste­ment d’avoir été défig­urée, de garder les traces de cette agres­sion sur mon vis­age, de ne plus pou­voir faire mon méti­er…

« Nabil Ayouch était là tout le temps pour me soutenir. J’ai fait des déc­la­ra­tions de colère que je regrette. Je ne savais plus où j’étais. Alors j’ai décidé de quit­ter le Maroc. C’est mon pays, je l’aime, j’y ai ma vie et ma fille, j’ai foi en ses forces vives, mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s’attaque à moi pour un rôle que j’ai joué dans un film que les gens n’ont même pas vu. Une cam­pagne de dén­i­gre­ment légitimée par une inter­dic­tion de dif­fu­sion du film, ali­men­tée par les con­ser­va­teurs, nour­rie par les réseaux soci­aux si présents aujourd’hui… et qui con­tin­ue de tourn­er en rond et dans la vio­lence. Au fond, on m’insulte parce que je suis une femme libre. Et il y a une par­tie de la pop­u­la­tion, au Maroc, que les femmes libres dérangent, que les homo­sex­uels dérangent, que les désirs de change­ment dérangent. Ce sont eux que je veux dénon­cer aujourd’hui, et pas seule­ment les trois jeunes qui m’ont agressée… »

Loub­na Abidar

La bande-annonce de Much Loved.

PS. Des copies du film ont été mis­es en cir­cu­la­tion au Maroc, dans lesquelles des scènes pornographiques ont été ajoutées pour en dénon­cer l’immoralité !


En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablu­tions, le café et toute la procé­dure de démar­rage du lamb­da qui s’est couché tard pour cause de chaos mon­di­al, j’allume mon ordi resté en mode télé de la veille. Et voilà que je tombe (France 2) sur trois las­cars en cra­vates devisant, peinards, sur l’étymologie des prénoms musul­mans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort intéres­sante. Je suis sur le ser­vice pub­lic de la télé. Vont suiv­re « La Source de vie », émis­sion des juifs, puis « Présence protes­tante », puis « Le Jour du Seigneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut pren­dre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hiérar­chie cal­culée…)

Donc, pas de pain, mais du religieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa pro­fond. Dans les deux cas, il s’agit de reli­er, autant que pos­si­ble, selon des niveaux de croy­ances bien séparés de la pen­sée cri­tique, en strates, en couch­es sédi­men­taires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beau­coup… Cha­cun restant dans ses référents ancrés au plus pro­fond de soi, depuis l’inculcation parentale, selon qu’on sera né à Karachi, Niamey, Los Ange­les, Mar­seille, Paris XVIe ou Gen­nevil­liers.

Entre-temps j’ai allumé le poste (France Cul­ture, ma radio préférée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se suc­céder : Chré­tiens d’Orient, Ser­vice protes­tant, La Chronique sci­ence (trois min­utes…), Tal­mudiques, Divers aspects de la pen­sée con­tem­po­raine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aus­si être le Grand ori­ent, la Libre pen­sée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est tou­jours sur le ser­vice pub­lic des médias d’un pays laïc et je trou­ve ça plutôt bien, même si, on le devine, toutes les innom­brables chapelles, obé­di­ences et autres ten­dances font la queue devant le bureau de la pro­gram­ma­tion de Radio France pour qué­man­der leurs parts de prêche.

sempe-tele-laicite

– Main­tenant, je voudrais vous pos­er la ques­tion que doivent se pos­er tous nos spec­ta­teurs : Com­ment votre con­cept onirique à ten­dance kafkaïenne coex­iste-t-il avec la vision sublogique que vous vous faites de l’existence intrin­sèque ? [© Sem­pé]

Je trou­ve ça plutôt bien, et qu’on nous foute la paix ! Surtout dans la mesure où – pour par­ler pré­cisé­ment de France Cul­ture – le reste des pro­grammes est essen­tielle­ment ori­en­té sur la cul­ture, au sens plein – inclu­ant à l’occasion les reli­gions –, et tout le champ des con­nais­sances : philosophiques, his­toriques, anthro­pologiques, soci­ologiques –sci­en­tifiques en général, sans oubli­er l’information (les Matins avec Marc Voinchet, 6 h 30 – 9 h, sont exem­plaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« excep­tion cul­turelle » française et qu’elle est pré­cisé­ment un pro­duit de notre laïc­ité. Et je note aus­si un autre effet, tout récent celui-là car lié aux atten­tats du 7 jan­vi­er, et en par­ti­c­uli­er le pre­mier con­tre Char­lie Heb­do. Il ne s’agit nulle­ment de min­imiser celui con­tre les juifs du mag­a­sin cash­er, évidem­ment, mais seule­ment d’en rester au fait de la lib­erté d’expression et de car­i­ca­ture. Je trou­ve, en effet, que le ton des médias a mon­té d’un cran dans l’expression même de cette lib­erté, du moins dans une cer­taine vigueur de lan­gage, voire une verdeur – ce qui con­stitue un signe man­i­feste et sup­plé­men­taire de libéra­tion.

Encore un effort ! Et pourvu que ça dure.


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du “cal­i­fat islamique”, les langues com­men­cent à se déli­er dans le monde arabe. Les cri­tiques ne visent plus seule­ment les “mau­vais­es inter­pré­ta­tions de la reli­gion”, mais la reli­gion elle-même. Dans le monde, des voix – certes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dias­po­ra musul­mane pour s’opposer à l’oppression islamique.

wafa sultanC’est le cas depuis plusieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chi­a­tre améri­cano-syri­enne, exilée aux États-Unis, et qui s’exprime avec courage et véhé­mence sur les télévi­sions – dont Al Jazeera…  « C’est pour dire » a dif­fusé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Celles-ci, rap­portées à l’actualité, pren­nent tout leur sens, notam­ment quand cette femme – men­acée, faut-il-le dire ? – souligne avec force com­bi­en, selon elle, il est impor­tant de faire bar­rage au ter­ror­isme religieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­c­uli­er les vidéos qui la mon­trent, ont été détournés par d’autres fana­tiques, anti-islamiques en général et à l’occasion anti-Arabes et anti­sémites – autant dire d’horribles racistes, dont de bien fran­chouil­lards ! (Voir le générique de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-dessus).

En France, des athées ont lancé un Con­seil des ex-musul­mans de France. Leur man­i­feste remonte à 2003. L’Obs a aus­si pub­lié en 2013 le texte de Sami Bat­tikh, un jeune vidéaste lib­er­taire d’origine musul­mane. Sous le titre para­dox­al Athée, voici pourquoi je défends désor­mais la pra­tique de l’islam, l’auteur expose sa moti­va­tion antiraciste et jus­ti­fie ain­si sa sol­i­dar­ité avec les musul­mans. Il  se réfère à Han­nah Arendt et à sa réflex­ion autour de la banal­ité du mal et de l’acceptation pas­sive d’une idéolo­gie. “Un demi-siè­cle après la pub­li­ca­tion de Eich­mann à Jérusalem, s’indigne l’auteur de l’article, notre société n’a jamais été si proche de cette époque som­bre et nauséabonde.”
Les réseaux dits soci­aux dif­fusent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims” apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octo­bre dernier, Omar Youssef Suleiman, a pub­lié sur le site libanais indépen­dant Raseef22 (Trottoir22) un arti­cle évo­quant les poussées de l’athéisme dans le monde arabe. Bouil­lon­nement qu’il com­pare à celui qui a précédé la Révo­lu­tion française…  En voici des extraits :
Dans le monde arabe, on pou­vait certes cri­ti­quer les per­son­nes chargées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­mane elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y risquait, ou du moins le jeter en prison. Le mot d’ordre “l’islam est la solu­tion” a été scan­dé durant toute l’ère mod­erne comme une réponse toute faite à toutes les ques­tions en sus­pens et à tous les prob­lèmes com­plex­es du monde musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a pub­lié un reportage sur ce jeune Yéménite de 11 ans, Ammar Mohammed

Mais la créa­tion de l’Etat islamique par Daech et la nom­i­na­tion d’un “cal­ife ayant autorité sur tous les musul­mans”soulèvent de nom­breuses ques­tions. Elles met­tent en doute le texte lui-même [les fonde­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion religieuse aux prob­lèmes du monde musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ror­iste du mou­ve­ment Daech, sa procla­ma­tion du cal­i­fat ne peut être con­sid­érée que comme la con­créti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et groupes islamistes, à com­mencer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frères musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siè­cle. Au cours de ces trois dernières années, il y a eu autant de vio­lences con­fes­sion­nelles en Syrie, en Irak et en Egypte qu’au cours des cent années précé­dentes dans tout le Moyen-Ori­ent.

Cela provoque un désen­chante­ment chez les jeunes Arabes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments islamistes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage religieux. Ain­si, en réac­tion au rad­i­cal­isme religieux, une vague d’athéisme se propage désor­mais dans la région. L’affirmation selon laque­lle “l’islam est la solu­tion” com­mence à appa­raître de plus en plus claire­ment comme une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tir­er les leçons des erreurs com­mis­es ces dernières années.

Peu à peu, les intel­lectuels du monde musul­man s’affranchissent des phras­es implicites, cessent de tourn­er autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­torique pro­pre à la langue arabe qu’avaient employée les cri­tiques [musul­mans] du XXe siè­cle, notam­ment en Egypte : du [romanci­er] Taha Hus­sein à [l’universitaire déclaré apo­s­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en doute du texte a une longue his­toire dans le monde musul­man. Elle s’est dévelop­pée là où dom­i­nait un pou­voir religieux et en par­al­lèle là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la société. [ L’écrivain arabe des VII­Ie-IXe siè­cles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san con­sid­éré comme le père de la lit­téra­ture arabe en prose au VII­Ie siè­cle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà exprimé des cri­tiques implicites de la reli­gion. C’est sur leur héritage que s’appuie la désacral­i­sa­tion actuelle des con­cepts religieux et des fig­ures his­toriques, relayée par les réseaux soci­aux, lieu de lib­erté pour s’exprimer et débat­tre.

Le bouil­lon­nement actuel du monde arabe est à com­par­er à celui de la Révo­lu­tion française. Celle-ci avait com­mencé par le rejet du statu quo. Au départ, elle était dirigée con­tre Marie-Antoinette et, à la fin, elle aboutit à la chute des instances religieuses et à la procla­ma­tion de la République. Ce à quoi nous assis­tons dans le monde musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chang­er de cadre intel­lectuel, et pas sim­ple­ment de prési­dent. Et pour cela des années de lutte seront néces­saires.

Omar Youssef Suleiman
Pub­lié le 3 octo­bre 2014 dans Aseef22 (extraits) Bey­routh

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­tiques, économiques, sociales et cul­turelles des 22 pays arabes. Fondé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­culté d’être athée en Egypte.

Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale


La défaite Charlie, par André Gunthert (*) 

Aus­si intéres­sant que sujet à polémique, le texte qui suit, à rebrousse-poil des pre­miers élans, ne manque pas de ques­tion­ner, sinon de déranger. En par­ti­c­uli­er par son pes­simisme dont cha­cun appréciera la dis­tance – ou prox­im­ité – avec sa pro­pre per­cep­tion de la réal­ité surgie des trag­iques événe­ments de la semaine dernière. 

Plus impor­tante mobil­i­sa­tion en France depuis la Libéra­tion, la marche de dimanche a-t-elle été l’«élan mag­nifique» d’un peu­ple qui redresse la tête face à la bar­barie? Je voudrais le croire. Mais l’extrême con­fu­sion qui car­ac­térise la lec­ture “répub­li­caine” de l’affaire Char­lie ne fait qu’accroitre ma tristesse et mon inquié­tude. Je peux me tromper, mais mon sen­ti­ment est que cette appar­ente vic­toire est la sig­na­ture la plus cer­taine de notre défaite.

Mer­cre­di 7 jan­vi­er, j’apprends la tuerie à la rédac­tion de Char­lie, en plein Paris. On annonce 11 morts. L’instant de sidéra­tion passé, mon cerveau asso­cie de lui-même le sou­venir de l’affaire des car­i­ca­tures de Mahomet à l’attentat. Puis j’entends à la radio l’énoncé des qua­tre noms des dessi­na­teurs: Cabu, Wolin­s­ki, Charb, Tig­nous. La tristesse et la colère m’envahissent, car je con­nais ces noms, je vois leurs dessins. Les vic­times ne sont pas des anonymes, mais des per­son­nal­ités sym­pa­thiques, bien con­nues du grand pub­lic, pour deux d’entre eux, depuis les années 1960.

Qua­tre noms qui changent tout. Je suis mal­heureuse­ment inca­pable de me rap­pel­er le nom des vic­times anonymes de la prise d’otages de Vin­cennes, pour­tant plus récente. L’attentat à Char­lie-Heb­do est la mar­que d’un change­ment de stratégie red­outable des dji­hadistes. Mal­gré l’horreur des tueries per­pétrées par Mohammed Mer­ah (7 morts, mars 2012) ou Meh­di Nem­mouche (4 morts, mai 2014), ces atten­tats ont été rangés dans la longue liste des crimes ter­ror­istes, sans provo­quer une émo­tion com­pa­ra­ble à celle d’aujourd’hui.

Depuis les réac­tions sus­citées l’été dernier par l’exécution de James Foley, les jour­nal­istes sont devenus des cibles de choix des dji­hadistes. Au choix de la lis­i­bil­ité sym­bol­ique des atten­tats, très appar­ent depuis le 11 sep­tem­bre, se super­pose une nou­velle option qui con­siste à vis­er délibéré­ment la presse, pour aug­menter l’impact des atten­tats. Selon cette grille très mac-luhani­enne où le média se con­fond avec le mes­sage, le réflexe naturel des col­lègues et amis des vic­times étant d’accorder plus d’importance à l’événement que lorsqu’il s’agit d’anonymes, l’amplification médi­a­tique est bien supérieure lorsque des jour­nal­istes sont touchés.

L’efficacité de cette stratégie a reçu sa con­fir­ma­tion le 11 jan­vi­er. Si 4 mil­lions de Français sont descen­dus dans la rue, c’est à cause de la lis­i­bil­ité d’un atten­tat visant la presse, insti­tu­tion phare de la démoc­ra­tie, et à cause de l’énorme émo­tion sus­citée par le meurtre de per­son­nal­ités con­nues et aimées.

«Je suis Char­lie» est la mar­que d’une iden­ti­fi­ca­tion d’une large part du grand pub­lic aux vic­times. Il fal­lait, pour attein­dre ce degré d’empathie, un cap­i­tal de notoriété et d’affection qui ne pou­vait être réu­ni que par les dessi­na­teurs d’un jour­nal satirique potache et non-vio­lent.

Les effets de ce piège sont cat­a­strophiques. Alors même que la société française glisse peu à peu dans l’anomie car­ac­téris­tique des fins de sys­tème, exacte­ment comme le 11 sep­tem­bre a gal­vanisé la nation améri­caine, le «pays de Voltaire» ne retrou­ve le sens de la com­mu­nauté que face à l’adversité ter­ror­iste. Comme l’écrit Daniel Schnei­der­mann: «Elle fla­geo­lait, la France. On ne savait plus très bien pourquoi con­tin­uer à l’aimer. Depuis avant-hier, il me sem­ble qu’on com­mence à re-com­pren­dre ce qu’on a à défendre».

On ne sait pas ce qu’on a à faire ensem­ble, mais on sait con­tre qui. Le précé­dent rassem­ble­ment d’ampleur com­pa­ra­ble, celui du 1er mai 2002 con­tre Jean-Marie Le Pen, réal­i­sait lui aus­si l’«union sacrée» con­tre un enne­mi de la République, réu­nis­sant plus de per­son­nes qu’aucune autre cause.

Nul hasard à ce qu’on retrou­ve aujourd’hui la même image à la Une des jour­naux, celle d’un pom­piérisme exalté, qui s’appuie sur l’allégorie d’institutions pétri­fiées dans un geste immo­bile. Soudée par la peur, le deuil et la colère, la com­mu­nauté qui fait bloc con­tre l’ennemi est pro­fondé­ment régres­sive. Elle se berce de sym­bol­es pour faire mine de retrou­ver une his­toire à laque­lle elle a cessé depuis longtemps de croire. Dès le lende­main du 11 jan­vi­er, on a pu con­stater que cette mythogra­phie répub­li­caine sig­nifi­ait d’abord le retour aux fon­da­men­taux: retour de l’autorité,tri­om­phe de la répres­sion, dithyra­mbes des édi­to­ri­al­istes – jusqu’aux pitreries de Sarkozy, pas un clou n’a man­qué au cer­cueil de l’intelligence.

Mais le pire est encore à venir. Car mal­gré les appels des mod­érés à éviter les amal­games, c’est bien la droite toute entière, calée sur les start­ing-blocks de l’islamophobie, qui s’est engouf­frée sur le boule­vard de la “guerre des civil­i­sa­tions” et la dénon­ci­a­tion de l’ennemi intérieur. Inutile d’essayer de rap­pel­er que le dji­hadisme représente aus­si peu l’islam que le Front nation­al la France éter­nelle, la grille de lec­ture iden­ti­taire, celle-là même à laque­lle cédaient les car­i­ca­tures de Char­lie, qui peignaient le ter­ror­isme sous les couleurs de la reli­gion, est trop sim­ple pour man­quer de con­va­in­cre les imbé­ciles.

Les ter­ror­istes ont-ils GAGNÉ? Si l’on par­court la liste des motifs qui ali­mentent la rad­i­cal­i­sa­tion, dressée par Dominique Boul­li­er, qui rejoint celle des maux de notre société, on se rend compte que rien d’essentiel ne chang­era, et que rien ne peut nous pro­téger de crimes qui résul­tent de nos erreurs et de nos con­fu­sions. Comme celui de la société améri­caine après le 11 sep­tem­bre, c’est un som­bre hori­zon que des­sine l’après-Charlie. Passé le moment de com­mu­nion, aucun élé­ment con­cret ne per­met pour l’instant de croire que ce ne sont pas les plus mau­vais choix qui seront retenus.

(*) André Gun­thertchercheur en his­toire cul­turelle et études visuelles (EHESS)

(Arti­cle paru dans L’image sociale -13 jan­vi­er 2015 )



Effet Charlie ? Libé saisi par le blasphème

Sans doute con­t­a­m­iné par le “virus Char­lie” et ses agents por­teurs hébergés dans ses locaux, Libéra­tion se lâche à son tour. Sa une de demain 16 jan­vi­er annonce un défoule­ment blas­phé­ma­toire tous azimuts. Tant qu’à blas­phémer, arrosons gaiement et large­ment. Une bonne foi(s ) pour toutes ?  Vingt guieux que non ! le sujet étant inépuis­able – ce qu’on appelle les éner­gies renou­ve­lables, cen­sées ali­menter l’écologie men­tale… 

charlie libé blasphemes

Libé 16/1/15


Personne n’est obligé de lire “Charlie Hebdo” !

charlie hebdo libé

[ Libé du jour 14/1/15

Char­lie Heb­do reparaît. On repar­le donc du blas­phème, plus que de lib­erté, qui est cen­trale, essen­tielle, non négo­cia­ble. Libre au blas­phémé de le faire savoir dans son “Charia Heb­do”, par exem­ple. Libre aus­si à tout religieux de ne pas s’adonner à ce qui le chif­fonne. En lib­erté, per­son­ne n’est obligé à quoi que ce soit, pas même de lire Char­lie Heb­do si ça risque de le déranger ! Autrement dit on a le choix, libre­ment. Tan­dis que les fana­tiques d’Allah, les semeurs de mort à la kalach­nikov n’ont lais­sé aucun choix, aucune lib­erté à leurs dix-sept vic­times.

Ce ne serait pas si com­pliqué si une moitié de la planète ne pen­sait pas pré­cisé­ment le con­traire. Et même bien plus que la moitié si aux fon­da­men­tal­ismes religieux on ajoute les inté­grismes poli­tiques. Il serait d’ailleurs plus sim­ple, pour l’inventaire, de compt­abilis­er les excep­tions. Lesquelles n’étant pas non plus exemptes de tout péché dans ce domaine si sen­si­ble aux fluc­tu­a­tions, aux ten­ta­tions, aux faib­less­es autori­taires, facile­ment lib­er­ti­cides.

charlie hebdo faber

© faber

Char­lie reparaît, les regards se tour­nent vers lui, les con­sciences se soula­gent… et voilà qu’on embastille un Dieudon­né ! Du moins l’a-t-on « inter­pel­lé ». La ques­tion jail­lit [Le Monde] : « Pourquoi Dieudon­né est-il attaqué alors que “Char­lie Heb­do” peut faire des “unes” sur la reli­gion ? » Parce que sa provo­ca­tion c’est de l’apologie du ter­ror­isme. Certes… Parce que la Lib­erté ne serait qu’un con­cept, une lampe allumée au loin, un phare dans la tem­pête humaine. Parce que la Fra­ter­nité est une utopie et l’Égalité un leurre ? Peut-être et rai­son de plus pour œuvr­er à la Jus­tice, autant que faire se peut, dans la com­plex­ité du vaste monde et des esprits plus ou moins errants. Et surtout pas dans la Vérité, cette red­outable tueuse. Le dernier mot (ici) à mon vieux pote Mon­taigne : « Mieux vaut penser con­tre soi-même que con­solid­er la matière de ses pro­pres con­vic­tions ».


Je suis Charlie”. Les mots, les images, les symboles

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© Mar­tin Argy­rog­lo

Cette pho­to, vite dev­enue emblé­ma­tique, a été prise par Mar­tin Argy­rog­lo, un pho­tographe indépen­dant. Elle a été partagée sur Twit­ter des mil­liers de fois. Le cliché a été qual­i­fié de « plus belle pho­to de la man­i­fes­ta­tion », d’instantané « his­torique » et, comme tel, com­paré au tableau d’Eugène Delacroix, La Lib­erté guidant le peu­ple. Le pein­tre s’était inspiré du soulève­ment pop­u­laire parisien con­tre Charles X, les 27, 28 et 29 juil­let 1830, con­nues sous le nom des Trois Glo­rieuses.

On remar­quera aus­si sur cette image, au pied de Madame LaNa­tion, une pan­car­te au graphisme typé sou­vent vu dans les man­i­fs. Et pour cause : son auteur est un fer­vent pra­ti­quant des man­i­fs, dès lors qu’il en épouse la cause, en France et en Europe. Un reporter du Monde.fr a retrou­vé ce mil­i­tant.

L’homme-pancarte par lemon­de­fr

Une autre pho­to tient la vedette de cette actu­al­ité, elle a été prise par un pho­tographe de Nantes, Stéphane Mahé, venu en ren­fort pour l’agence bri­tan­nique Reuters. Appelée“Le cray­on guidant le peu­ple”, elle immor­talise Charles Bous­quet, un jeune comé­di­en de Lamalou-les-Bains (Hérault) armé d’un cray­on géant et instal­lé sur Le Tri­om­phe de la République, place de la Nation.

Le Crayon guidant le peuple charlie

Le Cray­on guidant le peu­ple”. © Stéphane Mahé, Reuters                                                     Le tableau d’Eugène Delacroix, 1830



« Charlie ». Retour sur images, appel aux Lumières

Un 11 jan­vi­er bien sûr mémorable. Quelques images ci-dessous (cli­quer dessus pour les agrandir) comme matière à ques­tions, pour ne pas tomber dans l’angélisme lié aux grandes com­mu­nions et à leurs lende­mains désen­chan­tés – on se sou­vient des « Blacks-Blancs-Beurs » portés par l’utopie foot­balleuse de la Coupe du monde (1998), retombée comme un souf­flé. Seize ans après, l’intégration des immi­grés demeure plus que prob­lé­ma­tique : ghet­tos des BANLIEUES, instal­la­tion du Front nation­al, islamisme, anti­sémitisme, désar­roi des enseignants, impuis­sance des poli­tiques. Le tout sur fond de mon­di­al­i­sa­tion libérale dévas­ta­trice avec ses ter­ri­fi­ants corol­laires : chô­mage galopant, guer­res de reli­gion et guer­res tout court, l’économie aux mains des financiers, abîmes entre rich­es tou­jours plus rich­es et pau­vres tou­jours plus pau­vres, pil­lage éhon­té des ressources naturelles, déséquili­bres écologiques et affole­ment du cli­mat plané­taire, men­aces gran­dis­santes sur les espèces végé­tales et ani­males – jusqu’à l’espèce humaine. Seul, ou presque, l’obscurantisme se porte bien. Le pes­simisme aus­si, quand « les bras nous en tombent ». Ce ne fut pas le cas ce dimanche 11 jan­vi­er, pen­dant ces quelques heures où, pour quelques mil­lions d’humains, « le ciel était tombé sur terre ». Sur terre où il s’agit bien de redescen­dre et d’y allumer les Lumières.


Charlie”. Le jour d’après

par Serge Garde, ancien jour­nal­iste

Le cœur ser­ré, dimanche, j’ai défilé à Paris, pour ren­dre hom­mage aux Char­lie assas­s­inés et pour défendre la lib­erté de rire de tout, et même de leur mort.

Une larme dans ce tsuna­mi de sol­i­dar­ité et de protes­ta­tion.

J’ai man­i­festé pour la lib­erté d’expression, la lib­erté de la presse, et pour toutes ces valeurs qui fondent mon ADN répub­li­caine, faisant mienne l’irrévérente imper­ti­nence qui car­ac­térise l’humour de Charb, Cabu, Wolin­s­ki, Hon­oré, Tig­nous et des autres…

Sans oubli­er celle de notre Siné per­ma­nent…

J’ai par­ticipé, avec ces qua­tre mil­lions de Char­lie, mod­este­ment mais assuré­ment, à créer un de ces moments de com­mu­nion qui redonnent à ma France ses couleurs arc-en-ciel : Lib­erté, Sol­i­dar­ité, Fra­ter­nité, Laïc­ité, Tolérance, Respect de la vie…

Ren­tré chez moi, j’ai con­staté le fos­sé creusé entre ce dont étaient por­teurs l’immense majorité des Char­lie et ce quar­teron de « lead­ers mon­di­aux » enkys­tés en tête de la man­i­fes­ta­tion. Eux, à quelques excep­tions près, n’étaient pas des Char­lie, mais des ser­gents recru­teurs… Ils ten­taient d’enrôler les marcheurs de la République dans « leur » « guerre au ter­ror­isme ! »

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Un fos­sé ? Un gouf­fre !

Mais de quel ter­ror­isme par­lent-ils ? Tra­quer mieux les fous d’un dieu (quel qu’il soit !) ou d’une théorie mor­tifère, oui, cent fois oui ! Mais jus­ti­fi­er par cette pseu­do guerre (un con­cept créé à la Mai­son Blanche) les crimes com­mis con­tre des civils dans des pays qui n’intéresseraient pas l’Occident s’ils ne pos­sé­daient pas d’immenses ressources énergé­tiques, non ! La place d’un Netanyahu n’est-elle pas plutôt devant le Tri­bunal pénal inter­na­tion­al pour y répon­dre des crimes de guerre qu’il a com­mis ? Et déjà Valls et ses pairs envis­agent, au nom de cette guerre con­tre « LE » ter­ror­isme, de restrein­dre par la loi nos lib­ertés publiques ! Celles que, juste­ment, les 12 Char­lie assas­s­inés défendaient !

Passé cet inou­bli­able dimanche de pure émo­tion et de sol­i­dar­ité, le temps de la réflex­ion s’impose pour nous qui restons dans la cru­elle beauté du réel.

Serge Garde, ancien jour­nal­iste


« Je suis Charlie ». Pourquoi je n’irai pas défiler, par Faber

allah charlie

Jusqu’à La Mecque… 😉

Pour dire vrai, je com­mence à en avoir plein les bottes de ces com­mé­mora­tions. Ça n’a pas tardé. Je ne m’appelle pas Char­lie. Je n’irai pas à la manif. Et je pense que même Cabu et surtout Wolin­s­ki auraient préféré bais­er que s’emmerder un dimanche aprém’ dans les rues sous la pluie. Purée, je rêve, tout le monde est Char­lie ? Qui le lisait ? Un mil­lion de thune tombe pour faire vivre les morts. Ça ne marche pas, c’est même vom­i­tif.

Si le mec (genre Coluche qui cause) il aimait Char­lie, ben il avait que acheter Char­lie. Y avait des dessins avec des femmes à poils, ouah la rise. J’ai eu le mal­heur de dire la même chose sur Médi­a­part.

Je suis traité de merde et ferme ta gueule. Pour­tant, moi, poli et tout. Les Tshirt Char­lie, les pots de moutarde Char­lie, les cas­quettes et porte-clés, c’est pathé­tique. Et surtout ça vient tard comme la thune de Fleure Pel­lerin et autres cro­que­morts. Non, non. Il faut don­ner la chance aux dessi­na­teurs VIVANTS, jeunes ou vieux. IL FAUT que les jour­naux, papiers ou élec­tron­iques ouvrent leurs pages aux dessi­na­teurs.

C’est un médi­um spé­ci­fique le dessin, pro­pre et même sale à la presse. Les lecteurs saut­ent dessus. Car expres­sion directe. Dans un dessin, on ne peut pas chang­er une ligne, une vir­gule, une intro, une chute. Bien sûr, je par­le de dessin, pas des merdes besogneuses avec des noms sur des valis­es, des pan­neaux et plein de blabla.

On ne des­sine pas à la radio comme tente de le faire croire France Inter. Les dessi­na­teurs meurent de faim, de froid, de la médi­ocrité et de la trouille des patrons de press­es. Les patrons de presse aiment Plan­tu qui fait l’instit’ et pense lui aus­si que les lecteurs ont besoin d’explications. Mais les lecteurs regar­dent ARTE et ne lisent pas que des tor­chons et devant la machine à café ou ailleurs, il y a des gens géni­aux qui ramè­nent leur tronche, des grandes gueules et cela vaut bien un dessin par­fois. Les lecteurs sont intel­li­gents

Pourquoi Char­lie ? Les mecs, les nanas (peu) les meilleurs crayons, ont dû créer leur jour­nal pour s’exprimer et vivre. quel est le réd’ chef aujourd’hui qui recevrait un Reis­er, un Gébé, un Cabu ? Regarder cinq min­utes seule­ment ses dessins ? Mod­este­ment, je relate un truc : un réd chef (et merde à son jour­nal) me dit qu’il adore mes dessins. Mais, rajoute t-il, les lecteurs ne com­prendraient pas. Voila un exem­ple.

Le réd chef pense que ses lecteurs sont des crétins. Et il con­tin­ue à leur servir la soupe tiède. Et surtout il n’a jamais regardé une image, il ne sait pas par­ler dessin. C’est pourquoi je n’irai pas à la manif. C’est pourquoi je con­tin­uerai à dessin­er.

La grand messe des con­va­in­cus de la lib­erté ?

Mais ils sont où dans le civ­il ces révoltés du bri­quet et de la flamme au bord de la fenêtre ? Oui, je suis triste et amer ce soir. Et je n’aime pas les défilés.

André Faber

cabu charlie canard enchaine

Le dernier dessin de Cabu paru dans le Canard, le jour-même de son exé­cu­tion. On en était au fils du beauf. Entré dans les dic­tio­n­naires, le beauf restera aus­si dans l’Histoire comme “per­son­nage con­ceptuel”, selon l’expression de Deleuze, reprise par Onfray. [Cli­quer pour agrandir]


« Je suis Charlie ». Sophia Aram se demande…


L’hommage de Sophia Aram à Char­lie Heb­do sur France Inter

Et Dieu dans tout ça ?”, s’interroge Sophia Aram, toute dubi­ta­tive après la perte de ses copains de Char­lie. Notons, à pro­pos de la célèbre inter­pel­la­tion,  que si  son auteur, Jacques Chan­cel, a été épargné par les fous d’Allah c’est parce qu’il a préféré mourir avant leurs accès de char­ité islamiste. Encore que, ne faisant pas par­tie de cette bande de mécréants désor­mais décimée, il aurait sans doute été épargné. Pourquoi Allah n’aurait-il pas eu des bon­tés envers un croisé comme lui, si médi­a­tique et chré­tien, ami des grands de ce monde, de Nico­las Sarkozy et de Car­la ?


« Je suis Charlie ». Non, Dieu n’est pas grand *

Des mil­liers de citoyens ont man­i­festé hier leur sol­i­dar­ité avec les douze vic­times de l’affreux car­nage de ce 7 jan­vi­er à Char­lie Heb­do, jour noir pour la France, la démoc­ra­tie, la lib­erté d’expression, l’humanité digne de ce nom. Que ces meurtres affreux aient été per­pétrés au nom d’Allah mérite pour le moins de s’interroger sur la grandeur de ce dieu et de ses “servi­teurs”. D’où ces quelques remar­ques et réflex­ions pour ten­ter d’éclairer nos lanternes vac­il­lantes…

Dernier Charb. Prémonitoire…

Dernier Charb. Pré­moni­toire…

Inutile de pren­dre des gants : cet atten­tat est signé. Il l’est d’abord par sa cible : un jour­nal libre et lib­er­taire, icon­o­claste jusqu’à la provo­ca­tion, irréligieux sinon anti-religieux. Un jour­nal qui s’en pre­nait tout spé­ciale­ment aux inté­gristes musul­mans et avait trans­gressé (du point de vue de l’islam) l’interdit de la représen­ta­tion imagée de Mahomet. Signé, cet atten­tat l’est aus­si claire­ment par les proféra­tions ver­bales de ses auteurs rap­portées par des témoins proches, con­fir­mées par les déc­la­ra­tions du pro­cureur de la République.

Le car­ac­tère religieux de ces actes est donc indé­ni­able, quelles que soient les déné­ga­tions des représen­tants offi­ciels des trois monothéismes et de leurs vari­antes. Ceux-ci s’emploient dans le même empresse­ment et la même una­nim­ité à se désol­i­daris­er des auteurs de l’odieux atten­tat qu’ils n’hésitent pas à qual­i­fi­er de « bar­bares ». Dont acte. Com­ment pour­rait-il en être autrement ?

Mais les clergés – je souligne : les appareils religieux, pas les croy­ants – ont une évi­dente urgence à se dédouan­er de leurs respon­s­abil­ités his­toriques en matière de bar­baries passées, qui ne sont pas que loin­taines dans l’Histoire. Les guer­res de reli­gion en France valaient bien, dans leur genre, celles des schismes musul­mans actuels. Les hor­reurs d’Al Quaï­da, d’Aqmi, de l’« État islamique » n’ont rien à envi­er à la « sainte inqui­si­tion ». Autres lieux, autres temps, mêmes mœurs sur l’air de l’intolérance obscu­ran­tiste, la sauvagerie sadique, la tor­ture des plus faibles, femmes et enfants, jusqu’aux pires per­ver­sions sex­uelles.

J’entendais dans le poste ce matin Axel Kahn, émi­nent spé­cial­iste de la bio-éthique, affirmer qu’il ne voy­ait pas en quoi les dérives meur­trières des islamistes, tout comme celles de tel fana­tique juif impli­quaient leurs reli­gions respec­tives. Vrai­ment ? Et d’ajouter, en sub­stance : je voudrais prou­ver qu’on tue autant au nom de Dieu que de pas Dieu. Oui, dit de cette manière. Il en va autrement si on étend cette notion de Dieu à celle de croy­ance qui, dès lors, per­met de ranger sous une même ban­nière les « reli­gions » du nazisme et du stal­in­isme. Obser­vons leurs rites, leurs cre­dos, leurs prêtres, tem­ples – et leur satanées obses­sions anti-vie, et leurs « mains noires enfon­cées dans le ven­tre des hommes » (Panaït Istrati, retour d’URSS). Et j’étendrais volon­tiers la liste à la reli­gion du foot­ball !

  charlie

Dessin de Wolin­s­ki

Maints obser­va­teurs, anthro­po­logues et autres, affir­ment que l’être humain serait « par essence » un être croy­ant. J’ai ten­dance à le penser aus­si. Tout en en déduisant la néces­sité, dans un proces­sus d’évolution, d’œuvrer con­tre soi-même, au besoin, à s’alléger du poids des­dites croy­ances, de s’élever autant que pos­si­ble, comme « un enfant jouant au bord de la mer » pour repren­dre cette expres­sion d’un New­ton (qui était déiste). Rien d’original en cela, s’agissant de pro­longer – mais ce n’est pas si sim­ple – ce pro­fond mou­ve­ment engagé au XVI­I­Ie siè­cle et que, pré­cisé­ment on a dénom­mé Lumières, par oppo­si­tion à l’obscurantisme dom­i­nant jusque là toute la planète – à l’exception notable de l’Antiquité grecque et romaine avec leurs admirables philosophes et penseurs.

S’alléger de ses croy­ances, à mon sens, ne sig­ni­fie pas pré­ten­dre s’en défaire totale­ment – d’autant qu’il en est d’utiles, quand elles aident à vivre ou a sur­vivre face à l’adversité et à la dés­espérance, ou quand elles sont néces­saires à la com­mu­nauté humaine pour lui assur­er, lui cimenter sa cohé­sion, comme en ce moment par exem­ple où des valeurs sacrées se trou­vent piét­inées. Le sacré, au sens laïque, étant ce qui est devenu non négo­cia­ble pour une société ; ain­si pour les Français, la Fra­ter­nité, l’Égalité, la Lib­erté. Je les mets exprès dans cet ordre inverse à l’officiel, par urgence et pri­or­ité. J’y ajoute bien sûr la Laïc­ité, qua­trième pili­er de notre « chose publique », la res pub­li­ca, dont on décou­vre les si fortes ver­tus en ce moment d’ébranlement des valeurs morales. Car c’est bien cette Laïc­ité qui nous per­met jusqu’à main­tenant, depuis 1905 avec la sépa­ra­tion des églis­es et de l’État, et non sans dif­fi­cultés péri­odiques, de main­tenir les Lumières allumées, dont pré­cisé­ment celles de la presse, libre jusqu’à la satire, la par­o­die, la car­i­ca­ture, l’irrévérence – bref, ce néces­saire con­tre-pou­voir, ce vac­cin con­tre l’obscur.

Voilà sans doute ce que la tragédie du 7 jan­vi­er 2015 aura réveil­lé dans les con­sciences par­fois ramol­lies de notre vieux pays, con­sciences ramol­lies peut-être, mais donc pas vrai­ment éteintes. Et là, je songe au vieil Hugo, allez savoir pourquoi : « Et l’on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, / Mais dans l’œil du vieil­lard on voit de la lumière. » [Booz endor­mi] Je dois songer au tuilage néces­saire des généra­tions : Cabu, Hon­oré, Wolin­s­ki, les sep­tuas bien entamés, & Charb, Tig­nous, jeunes quadras.

Qu’est-ce qui con­stitue un ciment pour nos société plus ou moins éclairées, par­fois assom­bries ? Un liant com­mun qui per­me­tte un con­sen­sus, lequel étant sou­vent pas­sager, puis fluc­tu­ant, avant de se déliter.

Hier, aujourd’hui, c’est le « Je suis Char­lie » – comme il y eut avec des for­tunes divers­es « Nous sommes tous des juifs alle­mands » ou « Nous sommes tous des Améri­cains »… Une sit­u­a­tion, un drame, un mot der­rière lesquels cha­cun se recon­naît, ou croit se recon­naître sous des valeurs com­munes. En fait, sous ces général­i­sa­tions abu­sives, cha­cun garde ses croy­ances, à l’occasion ren­for­cées, venant réchauf­fer ses cer­ti­tudes dans la fer­veur de la masse, la com­mu­nion – la messe. Ce fris­son d’église qu’on peut con­naître dans les man­i­fs, où notre utopie sem­ble à portée de ban­deroles et de slo­gans, de catéchismes.

charlie hebdo

Dessin de Wolin­s­ki

Qu’y a-t-il donc der­rière chaque petite pan­car­te « Je suis Char­lie » ? Pour repren­dre une for­mule célèbre (le bouquin de Badiou sur Sarkozy ) « De quoi Char­lie est-il le nom ? » Quelles inten­tions sous ten­dues der­rière l’indignation, sous la sincérité appar­ente. Entre l’anti-Arabe de base, le sion­iste déguisé, l’allumé(e) de la Manif pour tous, le gauchiste de ser­vice, les politi­ciens en quête de bla­son à redor­er, des lecteurs de Houelle­becq et Zem­mour, paumés comme eux, enfin la Le Pen et sa guil­lo­tine, on trou­vera cinquante autres nuances de grisâtre et autres matières à ren­forcer son sys­tème de valeurs.

Une de ces nuances cepen­dant mérite qu’on s’y arrête ; c’est celle de l’islamophobie, sans doute par­mi les plus répan­dues car elle répond :

– D’une part directe­ment à l’actualité nour­rie et entretenue, de fait par les événe­ments, de Char­lie à Mehra, du Mali au Pak­istan, de la Libye à l’Indonésie en pas­sant par la Soma­lie, le Yémen, la Syrie, l’Irak, l’Iran, Israël, la Pales­tine, le Liban, jusqu’à l’Afghanistan et j’en passe. Il y a là tout un arc géo-poli­tique (ne pas oubli­er l’islamisme chi­nois !) qui s’est amal­gamé à par­tir du pét­role saou­di­en et per­sique, pour s’étendre telle une pol­lu­tion plané­taire dou­blée de pétro-dol­lars et appelant à un sur­croît de big­o­terie coranique des­tinée à racheter, en apparence, la richesse coupable.

– D’autre part, cette islam­o­pho­bie présente un autre avan­tage non nég­lige­able : en désig­nant les affreux islamistes, elle délivre un blanc seing aux par­ties présenta­bles des monothéismes. Une opéra­tion de blanchi­ment, en quelque sorte, con­cer­nant tout le vaste champ des opi­acées légal­isées à l’intention des Peu­ples… Ce qu’une belle astuce graphique exprime ain­si, alléluia ! :
photo

Coexist-ence pacifique ?

Coex­ist-ence paci­fique ?

Peut-être com­pren­dra-t-on mieux ain­si la hâte appliquée à faire appa­raître les ter­ror­istes islamistes comme des « loups soli­taires », des anom­alies dans le flot nor­mal des bonnes reli­gions bien sol­idaires. Une reli­gion étant une secte qui a réus­si – un peu comme le garage de Steve Jobs est devenu la multi­na­tionale d’Apple… si je puis me per­me­t­tre cet anachro­nisme –, elle se rad­i­calise en devenant monop­o­lis­tique, avant d’éclater en divers­es con­ces­sions à la douce mod­estie retrou­vée. Etc. Ain­si s’autoproclament le bon chris­tian­isme, le bon judaïsme, le bon islam…

Opéra­tion de passe-passe avec retour vers l’obscur où se com­plaisent les marchands d’illusion, les spécu­la­teurs de l’au-delà et, au bout du compte, les fous de Dieu et autres hal­lu­cinés des arrière-mon­des pour qui une insulte con­tre leur foi est une infrac­tion plus grave que l’assassinat de douze êtres humains.

charlie

Philippe Geluck

Mais pourquoi cette vio­lence meur­trière ? Autre et vaste sujet que je ne saurais épuis­er ici (avant d’épuiser le lecteur !). On reviendrait néces­saire­ment au principe d’Égalité, bafoué partout dans le monde et comme coag­ulé en un point focal appelé Pales­tine où la sagesse et la rai­son – les lumières pour tout dire – vien­nent se fra­cass­er con­tre le mur noir des mytholo­gies nour­ries d’antiques super­sti­tions.

Répudiés, tor­turés, assas­s­inés pour rien, les Galilée, Gior­dano Bruno, Cheva­lier de la Barre ? Pour que des siè­cles et des années plus tard rejail­lisse le spec­tre du total­i­tarisme théocra­tique ? Le dernier mot, pro­vi­soire, à Bertrand Rus­sell, Pourquoi je ne suis pas chré­tien,1927 : « Un monde humain néces­site le savoir, la bon­té et le courage; il ne néces­site nulle­ment le culte et le regret des temps abo­lis, ni l’enchaînement de la libre intel­li­gence à des paroles proférées il y a des siè­cles par des igno­rants. »

–––

* Dieu n’est pas grand. Com­ment la reli­gion empoi­sonne tout. Christo­pher Hitchens, éd. Bel­fond, 2009. Traduit de l’américain par Ana Nes­sun. Extrait : “Si vous con­sid­érez pourquoi vous avez choisi une (forme de) reli­gion par­mi toutes celles qui exis­tent, en élim­i­nant toutes les autres, alors vous com­pren­drez peut-être pourquoi moi, je les ai toutes élim­inées.”


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

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