On n'est pas des moutons

Mot-clé: décence commune

Johnny H. – Spectacle et Démesure

Ainsi la France, le Monde même, ont perdu deux idoles en deux jours: un grand écrivain et un grand chanteur. Il s’est passé quelque chose, certes. quelque chose de troublant, difficile à expliquer simplement, c’est-à-dire à déplier. quelque chose de compliqué donc. Un mot me vient, qui remonte aux philosophes de la Grèce antique, hubris. Un mot à l’image de notre monde chaotique. Il veut dire « arrogance, démesure ».

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«Hommage populaire»… Tout est en place, dans une mise en scène hiérarchisée, dans le spectacle de la séparation.

Les deux pompes funèbres et surmédiatiques qui se sont presque simultanément déversées sur « nous », emportaient en effet dans une même démesure toute l’arrogance d’un monde désormais emporté par le spectacle de lui-même, cette sorte d’auto-spectacle, de gigantesque selfie généralisé. Selfie qu’en termes locaux on appellerait « portrait de soi » – et en l’occurence, « de l’entre-soi ».

Notes sur les pompes funèbres de Jean d’Ormesson. C’est étonnant comme les vieux chenus, yeux bleus si possible, cravate choisie, sens de la conversation alliant esprit et légèreté… c’est étonnant comme un tel profil bonhomme peut, entre Académie et Invalides, converger aussi vers une sorte de Panthéon. Tous les vieux, ou presque, finissent par se racheter leur passé, même peu reluisant. Le « Jean d’O » de la cinquantaine et du Figaro, approuvait la guerre états-unienne au Viêt Nam – Jean Ferrat lui dédia alors une chanson cinglante, qu’il fera interdire. Plus tard, en 1994, aventuré au Rwanda sous génocide, ainsi que le rappelle Daniel Mermet qui le qualifie de roublard 1, il exerce son talent lyrique :

« Partout, dans les villes, dans les villages, dans les collines, dans la forêt et dans les vallées, le long des rives ravissantes du lac Kivu, le sang a coulé à flots – et coule sans doute encore. Ce sont des massacres grandioses dans des paysages sublimes. »

D’où, encore, la question du spectacle – littéraire à l’occasion, celui qui fait se pâmer Busnel et Orsenna dans une même extase. « Bien écrire » ou « écrire bien » ?

Une partie de la France – et non pas « la France » ; une partie du peuple – et non pas « le peuple », se sont livrés à ce rite étrange et désormais banal d’une immense autocontemplation. De même que lesdits selfies n’ont été rendus possibles qu’avec l’apparition des téléphones dits « intelligents », les célébrations funèbres de ces derniers jours ne l’ont été que par le déploiement démesuré de la machine médiatique – à l’« intelligence » relative et pourtant redoutable.

Et puisque nous étions tombés dans une forme poussée de spectacle 2, une référence pouvait sembler s’imposer : le livre de Guy Debord, La Société du spectacle. L’ouvrage continue à faire l’objet de contresens, étant souvent ramené à une approche superficielle – médiatique – dans laquelle le spectacle est pris en son sens de représentation ordinaire. C’est ainsi que les funérailles en question ont pu être vues, perçues, aperçues comme « spectaculaires » – qualificatif revenu maintes fois lors des retransmissions télévisées. 3

Bref. Je me replonge donc dans « mon » Debord (1967) et ses thèses numérotées (comme la Bible ;-)). Je tombe sur la 29, que voici :

« L’origine du spectacle est la perte d’unité du monde, et l’expansion gigantesque du spectacle moderne exprime la totalité de cette perte : l’abstraction de tout travail particulier et l’abstraction générale de la production d’ensemble se traduisent parfaitement dans le spectacle, dont le mode d’être concret est justement l’abstraction. Dans le spectacle, une partie du monde se représente devant le monde, et lui est supérieure. Le spectacle n’est que le langage commun de cette séparation. Ce qui relie les spectateurs n’est qu’un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé. » 4

Que voyait-on défiler sur nos écrans ? 5 On y voit une mise en scène ordonnancée, selon une hiérarchie stricte délimitant les territoires du pouvoir, par définition politique. C’est là que réside la séparation, et notamment dans la « séquence » de la Madeleine 6 , lieu et moment de cette disjonction entre le Peuple et, disons, les élites ; entre le poulailler et le parterre. C’est là que défilent, pour les caméras et donc le peuple d’en-bas, les happy-few et VIP à lunettes noires de circonstance, tout l’entre-soi du monde médiatico-spectaculaire 7, tandis que le peuple éploré donne à voir ses tatoués en larmes, descendus, qui du Golgotha, qui de l’Olympia toute proche ou des Champs-Elysées ? 8 ; qui de la Harley-fils-de-David [encore une séparation dans la séparation : l’élite de la Moto et de son culte communautaire], tous éprouvés par tant de peine insurmontable, par le Chemin de croix d’une nuit de froidure.

Le Peuple en deuil ? Non, bien sûr. Pas seulement par abus courant de généralisation : Alain Finkielkraut, l’un des premiers, a noté l’absence de ceux qu’il appelle les « non-souchiens » 9– entendons les non-Français de souche, ceux « des quartiers », d’une autre religion, d’une autre culture, d’un autre milieu, d’une autre histoire. Comment ne pas le remarquer ? Comment ne pas le dire ? Ce fut non-dit. Johnny et son ostensible croix christique en sautoir ne pouvait que repousser les mahométans et autres sarrasins… Le rock n’est pas leur credo… Tout comme les Noirs états-uniens s’en sont remis au rap identitaire. Elvis, le faux dur du Tennessee – dont Johnny « avait quelque chose de » –, leur avait piqué le blues, au moins en partie, au profit du showbiz. Nous y revoilà, au Spectacle ! On n’y échappe plus. Tout est spectacle – « tout le monde il est spectacle », aurait pu dire Desproges.

L’affaire n’est pourtant pas récente. Sans remonter au Déluge, Platon lui même n’avait-il pas questionné ce monde de la séparation réel/virtuel ? Plus tard, fin du IIe siècle, un certain Tertullien, écrivain berbère de langue latine et éminent théologien chrétien, avait interrogé « la » question dans De Spectaculis et De Idololatria, deux de ses nombreux écrits 10. Extraits :

« Que les convives de Satan s’engraissent de ces aliments. Le lieu, le temps, le patron qui les convie, tout est à eux. Pour nous, l’heure de nos banquets et de nos noces n’est pas encore venue. Nous ne pouvons nous asseoir à la table des Gentils, parce que les Gentils ne peuvent s’asseoir à la nôtre. Chaque chose arrive à son tour. Ils sont maintenant dans la joie ; nous, nous sommes dans les tourments. »

Reste tout de même la question : Trouvera-t-on encore en France, un seul autre grand personnage – un poète, un savant, un bienfaiteur, un simple héros du quotidien… homme ou femme – pour mériter d’aussi grandioses cérémonies ?

Notes:

  1. Daniel Mermet : « C’est un homme charmant, et je dois dire que j’apprécie le soin qu’il apporte au choix de ses cravates… » Lire ici
  2. Car il y a des formes de spectacle qui élèvent : on en ressort grandi.
  3. À la radio, où l’on avait même convoqué… Jack Lang, ex-ministre de la culture spectaculaire, on lui demanda : « Quelle séquence vous a particulièrement marqué ? »…
  4. Guy Debord, La Société du Spectacle, Gallimard, Paris, 1992, 3e édition. Publication originale : Les Éditions BuchetChastel, Paris, 1967.
  5. Comme le fait remarquer un commentateur récent de « C’est pour dire », Bernard H., « Nous avons largement la liberté télévisuelle de ne pas se planter devant des hommages interminables et c’est ce que j’ai fait sans problème avec ma télécommande. ». Certes, mais la chose « événement » nous regarde…
  6. Temple grec, à l’image du Parthénon, qui aurait dû magnifier le culte de Napoléon, s’il n’y avait eu la débâche de Russie… Redevenue église, non sans vicissitudes séculières, cette Madeleine a rassemblé les prostituées sensibles à sa protection. Notons pour le fun que c’est dans ce quartier, en 1974, que Mgr Jean Daniélou, cardinal et académicien, meurt d’un infarctus [« dans l’épectase » selon sa hiérarchie] chez une Marie-Madeleine de la rue Dulong.
  7. Filmé sans vergogne, au téléphone intelligent, par Claude Lelouch, as du ciné-spectacle
  8. Je ne sais toujours pas pourquoi le cortège funèbre est parti du Mont-Valérien, ce haut-lieu du Mémorial de la France combattante…
  9. Finkielkraut détourne pour la dénoncer l’expression de « souchiens » par laquelle le groupe des Indigènes de République dénonce les Français « de souche » comme colonialistes de fait, autant dire pires que des chiens…
  10. Du Spectacle et De l’Idolâtrie. On les trouve sur internet, notamment De Spectaculis.

Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Informé par un ami 1 d’un billet de blog au titre alléchant : « La République vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Journal d’un avocat — Instantanés de la justice et du droit.

La République. Ange-Louis Janet (18151872) © Musée Carnavalet

LEolas en question semble être désormais le plus connu des avocats anonymes… Ne voulant pas mêler liberté de jugement et affaires professionnelles, il s’abrite derrière ce pseudonyme, lequel nous dit Wikipédia, vient du mot gaélique irlandais eolas qui signifie « connaissance, information. » Que voilà une bonne référence ! Aussi n’est-il pas étonnant que cet homme de droit s’en prenne si souvent à la presse, grande pécheresse dans son propre domaine. D’où cet exergue, qui rejoint mon credo : « Qui aime bien châtie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édito de L’Opinion. 2

Voici les faits, remontant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cinglante) d’Eolas :

« Sébastien X. est l’heureux propriétaire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trouve une maison d’habitation et un garage. On y accède par un portail donnant sur la voie publique, par lequel une automobile peut passer afin de rejoindre le garage. Le trottoir devant cet accès est abaissé, formant ce que l’on appelle une entrée carrossable et plus couramment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comptait pas rester longtemps chez lui, peu importe, Sébastien X. a garé sa voiture devant l’accès à sa propriété, au niveau du bateau. “Que diable, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai vocation à utiliser cet accès. Or en me garant ainsi, je manifeste de façon univoque que je n’ai nulle intention d’user de ce dit passage”. Oui, Sébastien X. s’exprime dans un langage soutenu, ai-je décidé.

« Fatalitas. Un agent de police passant par là voit la chose, et la voit d’un mauvais œil ; sans désemparer, il dresse procès-verbal d’une contravention de 4e classe prévue par l’article R.41710 du code de la route : stationnement gênant la circulation. Sébastien X., fort marri, décide de contester l’amende qui le frappe, fort injustement selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébastien X. dépose une requête, à laquelle le juge de proximité de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas contesté que l’entrée carrossable devant laquelle était stationné le véhicule de M. X. est celle de l’immeuble lui appartenant qui constitue son domicile et dessert son garage, et que le stationnement de ce véhicule, sur le bord droit de la chaussée, ne gêne pas le passage des piétons, le trottoir étant laissé libre, mais, le cas échéant, seulement celui des véhicules entrant ou sortant de l’immeuble riverain par son entrée carrossable, c’est à dire uniquement les véhicules autorisés à emprunter ce passage par le prévenu ou lui appartenant”.

Mais voilà-t-il pas que le représentant du ministère public, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pourvoi en cassation. Et la cour, en effet, a cassé. Ledit jugement s’est trouvé annulé.

Alors, se demande goulument l’avocat : « Pourquoi la cour de cassation a-t-elle mis à l’amende ce jugement ? Pour deux séries de motif dont chacun à lui seul justifiait la cassation. »

À partir de là, puisque je ne vais pas recopier la longue autant qu’argumentée et passionnante plaidoirie de l’avocat, je vous invite à la lire directement ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tiendrai à quelques réflexions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des questions essentielles, non seulement sur la République et la démocratie mais plus généralement sur l’état de la société, donc sur les comportements individualistes ou communautaristes.

L’usage de l’automobile et, en général, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des comportements humains – à l’humanité relative, spécialement dans les villes, en dehors de toute urbanité… C’est en quoi cet article de Maître Eolas revêt son importance politique, voire idéologique et philosophique. Il pose en effet – depuis son titre, « La République vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la question du bien commun, censé être codifié et conforté par la Loi. Cette Loi (avec majuscule) si souvent bafouée, par des hors-la-loi dont notre société a bien du mal à endiguer les flots : manque de prisons, qui débordent, de juges, de policiers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence commune, définissait comme « ce sens commun qui nous avertit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de :

– Se foutre du code de la route, spécialement des limitations de vitesse et mettre ainsi des vies en danger ; causer un boucan infernal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incendier poubelles et voitures ; insulter quiconque par des propos agressifs et racistes 3 ; barrer des rues pour empêcher l’accès de la police dans des « territoires perdus de la République » 4 Liste non exhaustive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moitié des richesses mondiales soit entre les mains des 1 % les plus riches, tandis que 99 % de la population mondiale se partagent l’autre moitié, tandis que 7 personnes sur 10 vivent dans un pays où les inégalités se sont creusées ces 30 dernières années. (Rapport Oxfam, 2014).

– … Et que les riches continuent à s’enrichir et les pauvres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la primauté du droit sur le pouvoir politique, de sorte que gouvernants et gouvernés, doivent obéir à la loi, tous étant ainsi égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comptera sur les talents, la chance, et surtout la « bonne fortune »… Rien à voir avec le degré de démocratie d’un régime ! Où serait alors le « monde commun » entre les nouvelles élites de l’industrie, du commerce, de la banque, des arts, du sport et de la politique ? – cette nouvelle aristocratie, à l’hérédité financière et aux revenus éhontés, injurieux.

État de droit, ou État de travers ? Par delà le désordre économique facteur de misère 5, c’est l’ordre symbolique du monde – celui de la justice et du bien-être par le « progrès » tant vanté – qui se trouve gravement atteint et accentue le ressentiment général et la malveillance des laissés pour compte. Tandis que les démagogues de tous poils se rengorgent sous de grandes envolées égalitaristes, accusant l’État et ses « élites », dénonçant les démons, les complots, le « système ». Ce qui revient à désengager le citoyen de sa propre responsabilité – ce qui, il est vrai, postule sa liberté.

À ce stade, on ne peut ignorer l’autre responsabilité, celle des gouvernements, dont elle questionne leur forme et leur légitimité. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la République en tant que démocratie théorique, se voit confrontée à l’État tout court. Certains courants anarchistes y ont vu et continuent à y voir le mal absolu. D’autres, plus philosophiques que dogmatiques, ont su poser les principes de fond. Ainsi Proudhon quand il écrit : « La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Ou Élisée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du stationnement illégal si finement analysé par Maitre Eolas. Partant d’une amende à 35 euros, dénoncée par un journaliste surfeur et démagogue 6, on en arrive à embrasser la complexité d’un tout historique et philosophique, dont les fondations datent de l’Antiquité grecque et romaine, tandis que l’édifice entier demeure sous échafaudages, plus ou moins (in)stable, selon le rapport incertain entre bâtisseurs et démolisseurs – ce qui constitue l’Histoire.

Notes:

  1. Merci Daniel !
  2. Média économique d’inspiration libérale, pro-business, européenne.
  3. Roulant à vélo dans les quartiers Nord de Marseille, je me suis fait traiter de « sale pédé » et menacer de cassage de gueule par un Noir haineux [c’est un fait] en bagnole, vociférant parce qu’empêché de me passer dessus dans une rue étroite !
  4. Je parle de ce que je connais : à Marseille, quartiers Nord encore, cité de la Castellane pour être précis : des guetteurs au service de trafiquants de drogue sont postés en permanence et une rue (au moins) est obstruée par des blocs de pierre et des chariots de supermarché. Lire sur ces questions La Fabrique du monstre, une enquête à Marseille de Philippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les malfaçons de la République française » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mythologie déguisée en « science »
  6. Le titre de son article taclé par Eolas : « Stationnement interdit » ou Kafka au volant. La chute du papier est évidemment du même tonneau libéraliste : « Il y a, finalement, plutôt de quoi en pleurer de rage. Que disait Pompidou, déjà ? Ah oui : « Arrêtez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mauvais sens du mot, évidemment.



Aidons Mme Lagarde à aller se rhabiller !

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Cliquez sur l’image, vous n’en croirez pas vos yeux. Il y a deux ans, «Closer», ce magazine de la vulgarité totale, publiait sans barguigner, avec leurs coûts respectifs («environ»), les élégances vestimentaires de Madame FMI. Cette pauvresse – «au goût très sûr pour les belles choses (et on la comprend)» – ne craignait pas d’étaler ainsi une garde-robe estimée à : 2800 + 1800 + 5900 + 3500 = 14.000 euros. [Merci François Ponthieu pour cette archive hors de prix !]

L’ « affaire Lagarde »… Quelle affaire ? On n’en parle déjà (presque) plus. Ça tourne si vite, le monde, l’actu, l’ordinaire des choses. Et aujourd’hui encore, un autre nouveau tour du monde, un nouveau héros à la voile. Et puis un héros de la chansonnette qu’on retrouve mort. 1 Toutes ces questions fondamentales. Tandis que les négligences, les étourderies de Madame Lagarde, ça c’est de la broutille à 400 millions, juste une insulte au peuple, même pas tancée par la Cour de Justice [sic] de la République – qui prononce en l’occurrence un véritable déni de justice. Sinon, comment justifier à la fois une faute et une non-faute ?

Alors, quelle République ? Voilà comment ils la galvaudent – les Lagarde, les Cahuzac, les Tapie et tant d’autres – la « Chose Publique », Res Publica ; ces escrocs, ces brigands, ces bandits – et j’en passe ! Cette République considérée comme une traînée, sur laquelle on ne se retourne même plus, une gueuse pour maquereaux profiteurs (pléonasmes) prêts à la refiler aux autres proxos du FN déjà en piste, prêts à la recycler au Nom du Peuple, bien sûr, et même de la République !

Une pétition circule pour exiger « un vrai procès pour Christine Lagarde ». Plus de 200.000 signatures ont été recueillies [la signer ici]. C’est encore trop peu compte tenu de l’outrage à ce qu’un George Orwell appelait la décence commune.

Car nous sommes bien en l’occurrence dans l’indécence totale. Des images de plus en plus nombreuses circulent sur la toile, prenant le relais des mots qui s’étouffent dans la colère, comme les miens ici.

Voici un échantillon de ces photos et dessins qui expriment une révolte des esprits, signes peut-être avant coureurs de révoltes « tout court » qu’ils n’auront pas vu venir

Notes:

  1. Thomas Coville et George Michael, selon la Une du Monde. Je n’ai rien contre eux, je souligne juste un ordre des valeurs médiatiques.

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gouvernement ne recule devant aucun sacrifice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Journal officiel autorise la publicité sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, emportant sur son passage les restes d’éthique auquel on croyait encore pouvoir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du service public te mettaient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débilités limitées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Matmut » à en dégueuler. On est passé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libéral, l’indécence commune et la vulgarité marchande ! Les enzymes gloutons sont de retour, et les bagnoles à tout-va, les chaussée-au-moine, les justin-bridoux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bonheur nous revient en splendeur, avec ses trouvailles enchanteresses, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gouvernement qui, lui aussi, nous prend pour des cons, un ministre à la hauteur. Je ne vois que Séguéla. Un Séguéla, sinon rien ! Et au complet, avec sa rolex et sa connerie.

Nous restera à fermer le poste. On mourra moins con (« oui mais, on mourra quand même ! »).

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Solidarité. Le politicien, le patron… et le boulanger

Tel politicien se sert dans la gamelle commune de «sa» ville, Saint-Quentin : Xavier Bertrand s’octroie une augmentation de salaire de 4.000 euros. Tel cowboy d’entreprise, ayant redressé les comptes d’icelle moyennant l’un des plus gros plans sociaux des dernières années : président du directoire de Peugeot-Citroën, Carlos Tavares, a gagné 5,24 millions d’euros en 2015, soit près du double de l’année précédente.
Une telle indécence, c’est la «nuée qui porte l’orage» : Jaurès, au secours ! Au secours Orwell, opposant à cette goinfrerie névrotique des possédants ce qu’il appelait la décence commune. Au secours Montaigne qui, au XVIe siècle déjà, alertait en ces termes :

«J’ai vu en mon temps cent artisans, cent laboureurs, plus sages et plus heureux que des recteurs de l’université : c’est aux premiers que j’aimerais mieux ressembler […] Il ne faut guère plus de fonctions, de règles et de lois pour vivre dans notre communauté [humaine] qu’il n’en faut eux grues et aux fourmis dans la leur. Et bien qu’elles en aient moins, nous voyons que, sans instruction, elles s’y conduisent très sagement. Si l’homme était sage, il estimerait véritablement chaque chose selon qu’elle serait la plus utile et la plus appropriée à sa vie.» [Les Essais, II, 12 Apologie de Raymond Sebon, Gallimard].

Illustration en ce XXIe siècle, avec cet échantillon précieux de solidarité humaine. Oui, cent fois, j’aimerais mieux être ce boulanger que l’un ou l’autre de ces vampires inassouvis !

A Dole, dans le Jura, un artisan boulanger a décidé de céder son entreprise au sans-abri qui lui a sauvé la vie après une intoxication au monoxyde de carbone fin 2015. Depuis plus de trois mois, Michel Flamant, boulanger de 62 ans, apprend le métier à Jérôme, sans-abri de 37 ans.

Épilogue malheureux de l’histoire…

La belle histoire du boulanger de Dole ne connaîtra pas de fin heureuse. «Je l’ai viré», explique sans ambages Michel Flamant, confirmant une information du journal Le Progrès.

«Il a été très très malpoli avec une journaliste», ajoute le boulanger, faisant état de propos insultants et misogynes.

Le boulanger a mis un terme au contrat après que son employé eut, au téléphone, traité une journaliste de «putain».

«Une fois qu’il a raccroché, je lui ai expliqué que l’on ne parle pas comme ça à une femme. Il a commencé à s’en prendre à moi, à m’insulter, alors je lui ai dit de prendre sa valise», raconte Michel Flamant.

«Il était saoul comme un cochon et il avait fumé. Il m’a expliqué que la pression des journalistes était trop forte. Mais ça n’excuse pas tout, et je l’avais déjà mis en garde», ajoute le boulanger.


« Pas de ça chez nous ! » Quand les bourgeois du XVIe parisien puent du bec

En soulevant le couvercle de la soupière de porcelaine, on a découvert un pot de chambre et ses relents. C’était lundi 14 mars au soir, la mairie de Paris organisait une réunion publique d’information sur le centre d’hébergement d’urgence devant être installé d’ici l’été en lisière du bois de Boulogne, – “à deux pas de l’hippodrome d’Auteuil, du musée Marmottan et des jardins du Ranelagh”, précise judicieusement Le Figaro.

Alors que les débats auraient dû se tenir pendant deux heures entre les habitants mécontents et les représentants de la ville de Paris, ils ont dû être écourtés au bout de 15 minutes pour cause de débordements. Quand la bourgeoisie du XVIe sort de ses gonds, elle se révèle dans sa nue crudité.

C’est d’abord au préfet de Paris, Sophie Brocas, que les “révoltés” s’en prennent. Et en termes particulièrement châtiés. Échantillons : “Escroc”, ”fils de pute”, “menteur”, “collabo”, “stalinien”, ”vendu”, “salopard”, “salope”, “Sophie Brocas caca ! » …

Acclamé par la foule en furie, Claude Goasguen, maire d’arrondissement LR et principal élu local opposé au projet, a rehaussé le niveau sur le mode séditieux, encourageant ses partisans à “dynamiter” la piscine installée à proximité du futur centre d’hébergement, précisant Ne vous gênez pas, mais ne vous faites pas repérer ».

Pour commenter pareil événement, France Inter a invité à son micro la « sociologue des riches », Monique Pinçon-Charlot, qui a assisté à cette réunion et n’en revient pas, elle qui en a pourtant remué du beau linge. Cette fois, pour l’effet caméléon, elle avait même revêtu un petit manteau de fourrure… synthétique… Voici son récit, grandiose !

Petit florilège complémentaire ici.


«Merci Patron !» La belle arnaque

Merci Patron !, un film plus que sympa et qui connaît un beau succès depuis sa sortie fin février. C’est l’éternelle histoire des David et Goliath, des pots de terre et de fer. Traité ici sur le mode « sérieux déconnant », entre Michael Moore et Jean-Yves Lafesse, par François Ruffin, rédac’ chef du journal amiénois Fakir. 

merci-patron!

l’affiche

Jocelyne et Serge Klur fabriquaient des costumes Kenzo à Poix-du-Nord, près de Valenciennes. Depuis la délocalisation de leur usine vers la Pologne, le couple est au chômage et criblé de dettes. François Ruffin va suivre ce couple et partir « dans une course poursuite humoristique avec Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France » dont le groupe est propriétaire de l’usine. Scènes surréalistes et quiproquos en cascades, Merci Patron ! se transforme en « film d’espionnage ».

« On ne pensait même pas faire un film mais avec l’histoire qui se déroulait sous nos yeux c’est devenu impossible de ne pas le faire ! » raconte Johanna, de l’équipe de Fakir. Porté par l’association Fakir, le film a séduit critiques et médias. Il a même eut droit à une double page dans Le Monde qu’il qualifie de « chef-d’œuvre du genre ».

Pourtant, tout n’était pas gagné. Le film qui comptait sur l’aide financière du Centre national du cinéma voit sa demande rejetée. L’équipe décide de passer outre les aides traditionnelles et se tourne vers le financement participatif. Grâce aux 21 000 € des contributeurs Ulule et une levée de fonds auprès des abonnés de Fakir, le film verra le jour. Une levée de fonds pour une levée de fronde : la bonne idée pour une belle arnaque !


Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouygues Immobilier, c’est déjà la réalité – au moins virtuelle. Voici le «pitch» de la vidéo ci-dessous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Ville vous présente la ville de demain. Ville durable, connectée et intelligente, telles sont les innovations urbaines qui permettront d’améliorer la qualité de vie dans la ville du futur. Rendre une ville harmonieuse et agréable à vivre où la qualité de l’air sera primordiale avec la construction de bâtiments verts, telles seront les préoccupations majeures de la ville de demain.

Magnifique, n’est-ce pas ? Orwell s’en retourne dans sa tombe.


Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tomber, hier, sur l’article que j’ai consacré au journaliste polonais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bouquins fameux, Imperium – sur l’empire soviétique finissant, une suite de reportages à sa façon –, j’y relevais ça :

« Trois fléaux menacent le monde. Primo, la plaie du natio­na­lisme. Secundo, la plaie du racisme. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pestes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus totale, agres­sive et toute-puissante irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le dernier numéro du mensuel L’Histoire (thème : Newton, les Lumières et la révolution scientifique : excellent autant qu’actuel), un lecteur revient sur le précédent numéro (novembre) consacré aux communistes et titré « Pourquoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des réponses peuvent être avancées. Mais ce lecteur continue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nombre d’intellectuels séduits, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils sont resté communistes ». Et d’égrener le chapelet des horreurs staliniennes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Confère le troisième fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fondamentalisme religieux.

Même si les causes et les effets différent dans les nuances, nazisme, stalinisme et djihadisme relèvent du tronc commun de « la plus totale, agres­sive et toute-puissante irra­tio­na­lité. » Les conséquences aussi convergent dans la violence la plus mortifère conduisant les peuples crédules aux pires horreurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fanatiques para-religieux. Ainsi les fondamentalistes du libéralisme ultra, les adorateurs du Marché et de sa Main invisible, celle qui agit « en douce », par délégation, sans se montrer au grand jour, et n’en conduit pas moins à son lot d’atrocités, dénommées injustices, guerres, misère.

Ainsi les négationnistes de la dégradation du climat qui, à l’instar de leurs illustres prédécesseurs face aux génocides nazis, choisissent la catastrophe plutôt que de renoncer à leurs cultes consommatoires. Cultes innombrables auxquels d’ajoutent la plus crasse imbécillité telle que montrée ce jeudi soir [3/12/15] dans Envoyé spécial (France 2) exhibant de fameux spécimens du genre : ceux qui, aux Etats-Unis, trafiquent leurs diesel monstrueux pour qu’il éructent les plus épaisses fumées noires… (J’avais publié une vidéo sur ces énergumènes, mais elle a été désactivée, je ne sais pourquoi… Des dizaines de vidéos paradent sur la toile – taper «coal rolling» et désespérer du genre humain…)

Après eux le déluge. Sur le même mode, en somme, par lequel un tiers des électeurs du « pays des Droits de l’Homme » – et patati et patata – seraient prêts à tâter du fascisme présentable, juste « pour essayer », puisque les autres leur paraissent usés – ce qui n’est pas faux, certes !

Mais enfin, quelle défaite annoncée ! Défaite de la pensée, des convictions, des valeurs. De soubresauts en cahots, en culbutes et en sursauts, l’Histoire n’en finit pas de bégayer, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous saisissent.

tas-urgences

Où allons-nous ? «Ça déborde» de partout ; de gauche et de droite„ extrêmement. [Ph. d.r.]


Air France. Sans-chemises et sans-culottes

Une chemise déchirée, et même deux. Une agression contre des personnes – fussent-elles des « patrons ». Certes, le geste est moche. Ou plutôt « non esthétique ». C’est le geste du désespoir, le dernier geste du condamné avant l’exécution. Il n’est rendu beau qu’au cinéma. Perdre son emploi de nos jours, c’est une exécution. C’est passer du statut de « chanceux », pour ne pas dire privilégié – du privilège d’avoir un travail, qui est souvent une torture… – à celui de déclassé, de déchu.
Alors, quand la direction d’Air France annonce la suppression de 2.900 emplois, cela signifie 2.900 vies déchirées (bien davantage, en fait). À côté desquelles deux chemises déchirées, même blanches et bien repassées, c’est une violence très modérée !


Une vidéo révèle les négociations chez Air France par BuzzVid

La vidéo ci-dessus a été prise quelques minutes avant les incidents qui forceront les dirigeants Xavier Broseta et Pierre Plissonnier à s’échapper du siège d’Air France. Des employés tentent d’interpeller et d’ouvrir le dialogue.
Cette vidéo est poignante, montrant le courage et le désespoir d’une femme affrontant la morgue des cols blancs, mains dans les poches ou bras croisés, tripotant leurs portables, touillant leur café, l’air goguenard pour ne pas dire niais, et finalement muets comme des tombes. « On nous a demandé de faire des efforts, on les a faits ! » lance cette femme au bord du sanglot dans un monologue pathétique.

Face à elle, l’indifférence, le mépris. Les cadres regroupés discutent entre eux, feignant d’ignorer l’interpellation. L’un d’eux lâche enfin : « On n’est pas habilités, on n’est pas habilités ».

Ils n’ont rien à répondre au réquisitoire. Car ils ne sont même pas responsables et ne peuvent répondre de rien… Minables pantins cravatés du capitalisme planqué, sans visage, suite de chiffres et de pour cents, jouant dans les casinos financiers  à l’ombre des paradis fiscaux, fixant de loin, « off shore », les taux de rendement de leur sale pognon dont ils se goinfrent jusqu’à l’intoxication.

Des violences autrement plus radicales, la dégradation générale des conditions socio-économiques nous en promet ! Les « voyous » et la « chienlit » se souviendront peut-être des sans-culottes et ne s’en prendront plus seulement aux chemises.
Sur son blog, le militant encore socialiste Gérard Filoche a ressorti pour la circonstance un discours de Jean Jaurès devant la Chambre des députés le 19 juin 1906. Ces paroles sont d’une actualité brûlante :

« Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action violente, de gestes désordonnés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassemblent, à huis clos, dans la sécurité, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans violence, sans gestes désordonnés, sans éclats de voix, comme des diplomates causant autour du tapis vert, ils décident que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui continuent la lutte seront exclus, seront chassés, seront désignés par des marques imperceptibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vindicte patronale. […] Ainsi, tandis que l’acte de violence de l’ouvrier apparaît toujours, est toujours défini, toujours aisément frappé, la responsabilité profonde et meurtrière des grands patrons, des grands capitalistes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Et Filoche de commenter : « Malheureusement, Manuel Valls traite les salariés de « voyous » et prend fait et cause pour la direction d’Air France. Il est vrai qu’il se réfère plus souvent à Clémenceau, le briseur de grèves, qu’à Jaurès… »


Réfugiés à Aix-en-Provence : Pas de ça chez moi ! clame Maryse Joissains

Des réfugiés « chez moi » ? Et quoi encore ? La maire d’Aix-en-Provence, Maryse Joissains, n’a pas tardé à se distinguer sur ce chapitre du rejet qui constitue son fond de commerce politique. Sa largesse de vue et d’esprit surgissent de même, agrémentée de sa « distinction » légendaire, déclarant ainsi [La Provence 8/9/15]:

« Des migrants, j’en ai déjà suffisamment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms. J’ai mon quota. Je rejette la politique de dangerosité de Hollande qui ne sait pas gérer la crise. En plus, après la photo de l’enfant syrien, retrouvé mort noyé, il fait appel à l’émotion populaire. Ce qui est indigne. Les Syriens, il faut les accueillir chez eux, les protéger chez eux. » Admirons la finesse de l’analyse et sa portée géo-politique. Elle poursuit : « Puis, 24.000 ça veut dire quoi ? Il y a des milliers de migrants et ça va provoquer un appel d’air. Ce qu’on est en train de faire, c’est de la déportation. [sic] Si c’est ça l’humanisme, alors je n’y comprends plus rien. » La Provence ajoute : « Maryse Joissains avouera néanmoins [sous la torture des journalistes ? Note du blogueur] qu’elle est prête à accueillir des Syriens. « Mais des chrétiens ».

andré faber 2015

© andré faber 2015

Oui, restons entre gens de bonne compagnie. Et, surtout, pas question de laisser le « monopole » du rejet aux lepenistes du FN qui pourraient lui faire de l’ombre. Mais de petits arrangements seront toujours possibles avec cette femme qui n’est ni démocrate ni républicaine. Rappelons ses propos de mai 2012, autour de la présidentielle :

  «  Même si M. Hol­lande est pro­clamé pré­sident de la Répu­blique, je ne pense pas qu’il soit légi­time, parce qu’il y arrive après un com­bat anti-démocratique comme on ne l’a jamais vu dans ce pays. »

«  Fran­çois Hol­lande est un dan­ger pour la Répu­blique. Cet homme n’a jamais fait la démons­tra­tion qu’il ait fait quelque chose dans sa vie. Je ne le crois pas com­pé­tent, ni capable. En tout cas phy­si­que­ment. Il ne don­nera pas l’image d’un pré­sident de la Répu­blique. J’aurais aimé d’un pré­sident qu’il ait plus de pres­tance et pas qu’il agite ses petits bras comme il le fait dans tous ses mee­tings parce que ça me paraît extrê­me­ment ridi­cule. » [Lire sur « C’est pour dire » Sarkozysme. Le putsch verbal et fascisant de Maryse Joissains, maire d’Aix-en-Provence ]

Maryse Joissains, on le sait, a toujours eu un gros faible pour les petits bras agités par son politicien préféré. Affaire de goût, de choix. On ne discute même pas.

Quant à La Provence – le quotidien marseillais –avec ou sans Tapie à sa tête, il reste fidèle à sa ligne platement démagogique. Ainsi son innommable rubrique « Le vote du jour », en dernière page, entre la météo et l’horoscope, qui soumet une question à la réponse binaire : oui/non et « Ne se prononce pas ». Exemple de ce mardi 8/9/15 : À la question « Faut-il assouplir les conditions d’accueil des réfugiés syriens ? » « Vous avez voté hier » : Oui, 17 % — Non, 79 %. (Sans avis 4 %).

Une telle pratique est scandaleuse, à plus d’un titre.

Sans discuter ici de la validité des sondages en général (même pratiqués selon les règles de l’art), le journal, lui, n’indique jamais le nombre de réponses obtenues – c’est dire la valeur de ses pourcentages ! Quant aux questions posées, elles vont des plus débiles aux plus graves comme celle du jour, posée de manière on ne peut plus inconséquente : Faut-il assouplir [que le verbe est judicieux !] les conditions d’accueil [lesquelles ?]…

Ce genre de dérive relève tout autant de l’abêtissement journalistique que de l’absence d’éthique. Elle n’en recèle pas moins des intentions inavouées, peut-être inconscientes – allez savoir !

Sur ce constat et sur les propos de Mme Joissains, l’archevêque du Vaucluse, Mgr Cattenoz a de quoi s’époumoner encore davantage que dans sa vidéo sur internet où il déclare :

« J’ai honte de mon pays, la France, qui, à plus de 50% de sa population, refuse l’accueil des migrants. J’ai honte de certains politiques qui tiennent des propos inqualifiables lorsqu’ils parlent de “ces gens-là”. Ils les désignent avec mépris. J’ai honte des chrétiens qui semblent ignorer cette tragédie des migrants et surtout se refusent à perdre les avantages acquis de leur niveau de vie ».

Propos repris dans La Provence du même jour, même article, même punition.


Séguéla : « Même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros »

Jacques Séguéla, le plus con des pubeux bronzés , vient de remettre une couche  à sa connerie déjà gratinée. Après sa sortie de 2009 — «Si à cinquante ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !», le célèbre moraliste s’est surpassé sur BFM TV. En tentant minablement de justifier sa «pub» précédente – une «connerie», admet-il en se donnant une baffe, même s’il ne la «regrette pas» [sic], il a cru bon d’ajouter : « Il n’y a pas de raison de dire aux gens “Vous êtes condamnés à ne jamais vous faire le plaisir de votre vie”. On a quand même le droit, même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros ! On a le droit de rêver nom de Dieu ! »

À coté de  ce gars-là, Pierre Bourdieu fait pense-petit, je trouve.


On ne peut interdire la connerie du maire de Venelles !

Être traité pour un cancer de la bouche n’empêche donc pas de dire des conneries. Cela y contribuerait-il même ? Stupides questions pour propos débiles tenus par « mon » maire : Robert Chardon, ci-devant UMP (en passe d’exclusion selon NKM – on verra) ou futur FN (non : trop à droite pour Marine Le Pen !).

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Voilà en tout cas une pub pas bien reluisante pour ma petite commune de Venelles (8.000 habitants). Toute la France informée connaît désormais l’indécente proposition faite à Sarkozy (cependant ouvert à tout) de ce premier magistrat à la grande fibre républicaine : interdire l’islam en France. Il y va de l’avenir de la France et plus encore de la foi judéo-chrétienne.

Dans son élan vers les plus hautes pensées, ce va-t-en-guerre (de religion) avance en effet d’audacieuses propositions :

« Je supprime la loi de 1905 et proclame que la République favorise la pratique de la foi chrétienne », explique l’élu qui se compare à Louis XIV, qui avait révoqué l’édit de Nantes en 1685.

« Il faut un plan Marshall pour le Maghreb. Il faut aussi une intervention militaire en Libye. Il faut également mettre fin au danger que représentent les boat people » [sur Europe 1].

twt chardon

.

Robert Chardon relaie aussi des messages anti-islam comme «Protégez-vous, adoptez un cochon !» (sur son compte Facebook).

Le plus comique, si on peut dire, c’est que Venelles, à dix kilomètres d’Aix-en-Provence, est probablement l’une des communes les moins « islamisées » de la région, voire de France ! Pas un « Arabe », pas un « Noir » à l’horizon : rien que des Blancs, bourgeois, judéo-chrétiens – tout ce qu’il y a de plus propres, normaux et vaccinés, dont 56 % ont voté l’an dernier pour ce saint-homme et ses fantasmes de croisé.

Interdire le culte de l’islam, ça peut même se concevoir – la preuve. Mais interdire la connerie – là, on est désarmé.


Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de presse dominicale, mon camarade Daniel Chaize ne manque pas de découper les meilleurs morceaux dans le lard de la bête médiatique. Exemple, extrait de Libé de samedi :

[…] Les capitalistes netarchiques (Facebook, Google, Amazon, …) fonctionnent avec 100 % des revenus pour les propriétaires et 0 % pour les utilisateurs qui cocréent la valeur de la plateforme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modèles parasitaires : Uber n’investit pas dans le transport, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les documents, ni YouTube dans la production médiatique.

Michel Bauwens, théoricien de l’économie collaborative, Libération, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cliquer comme ça, ingénument et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Chacun de nos clics (à part sur les blogs innocents et purs de tout commerce – et qui enrichissent au sens noble) finissent en monnaie sonnante et non trébuchante : pas la moindre hésitation quand il s’agit d’engrosser les escarcelles déjà débordantes des capitalistes netarchiques – retenons l’expression.

C’est ainsi, en effet, que les plus grosses fortunes mondiales se sont constituées à partir de petits riens, multipliés par trois fois rien, ce qui finit par faire beaucoup et même énorme ! C’est là l’application moderne d’un des fondements de l’accumulation du capital, comme disait le vieux barbu : vendre « pas cher » de façon à vendre beaucoup. Pas cher : juste au-dessus du prix que les pauvres peuvent payer, quitte à s’endetter – les banques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pauvres, c’est qu’ils sont nombreux et se reproduisent en nombre !

Cette fois, ces netarchiques font encore plus fort : ils vendent du vent et en tirent des fortunes. Et, surtout, sans donner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escroquent puisqu’ils « rendent service », ces braves gens, en « fluidifiant l’économie », qu’ils pompent sans vergogne – et sans même payer d’impôts dans les pays d’implantation ! –, ruinant des secteurs entiers dans lesquels les pauvres survivaient en trouvant quelque raison d’exister socialement.

Voyez les taxis, par exemple. Une technologie exploitée par des filous (Uber) a commencé à les rendre obsolètes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un métier (quoi qu’on puisse dire de certains d’entre eux, margoulins à l’ancienne), une place et une fonction sociales, participaient à l’économie générale de l’échange. N’importe qui (au chômage par exemple) peut désormais les remplacer, au pied levé, et au noir bien souvent…

1984-orwell

1984”, film de Michael Radford d’après George Orwell

Ainsi se détruit tout un tissu, certes non parfait, mais dont la disparition sera dommageable à l’ensemble de nos sociétés.

Ainsi naissent les nouveaux empires, par glissements insensibles dans la dématérialisation des échanges et d’une grande partie de la production marchande.

Ainsi s’instaure le nouvel impérialisme, que ni Huxley ni Orwell n’avaient imaginé dans sa forme, mais qui réalise bien le contrôle mondial de l’économie sous la totalité (totalitaire), ou quasi totalité, de ses variantes. Avec, comme corollaire – à moins que ça n’en constitue les prémisses – le contrôle physique et mental des individus (déjà bien avancé !), le plus souvent avec leur consentement passif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation générale.

Mais où sont les laboratoires de la révolution qui s’opposera à ce désastre annoncé ? Les netarchiques seraient-ils déjà en train de s’en occuper ?…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

    • Twitter — Gazouiller

    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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