On n'est pas des moutons

Mot-clé: décence commune


Aidons Mme Lagarde à aller se rhabiller !

christine-lagarde-fmi

Cli­quez sur l’image, vous n’en croi­rez pas vos yeux. Il y a deux ans, « Clo­ser  », ce maga­zine de la vul­ga­ri­té totale, publiait sans bar­gui­gner, avec leurs coûts res­pec­tifs (« envi­ron »), les élé­gances ves­ti­men­taires de Madame FMI. Cette pau­vresse – « au goût très sûr pour les belles choses (et on la com­prend) » – ne crai­gnait pas d’étaler ain­si une garde-robe esti­mée à : 2800 + 1800 + 5900 + 3500 = 14.000 euros. [Mer­ci Fran­çois Pon­thieu pour cette archive hors de prix !]

L’ « affaire Lagarde »… Quelle affaire ? On n’en parle déjà (presque) plus. Ça tourne si vite, le monde, l’actu, l’ordinaire des choses. Et aujourd’hui encore, un autre nou­veau tour du monde, un nou­veau héros à la voile. Et puis un héros de la chan­son­nette qu’on retrouve mort. 1 Toutes ces ques­tions fon­da­men­tales. Tan­dis que les négli­gences, les étour­de­ries de Madame Lagarde, ça c’est de la brou­tille à 400 mil­lions, juste une insulte au peuple, même pas tan­cée par la Cour de Jus­tice [sic] de la Répu­blique – qui pro­nonce en l’occurrence un véri­table déni de jus­tice. Sinon, com­ment jus­ti­fier à la fois une faute et une non-faute ?

Alors, quelle Répu­blique ? Voi­là com­ment ils la gal­vaudent – les Lagarde, les Cahu­zac, les Tapie et tant d’autres – la « Chose Publique », Res Publi­ca ; ces escrocs, ces bri­gands, ces ban­dits – et j’en passe ! Cette Répu­blique consi­dé­rée comme une traî­née, sur laquelle on ne se retourne même plus, une gueuse pour maque­reaux pro­fi­teurs (pléo­nasmes) prêts à la refi­ler aux autres proxos du FN déjà en piste, prêts à la recy­cler au Nom du Peuple, bien sûr, et même de la Répu­blique !

Une péti­tion cir­cule pour exi­ger « un vrai pro­cès pour Chris­tine Lagarde ». Plus de 200.000 signa­tures ont été recueillies [la signer ici]. C’est encore trop peu compte tenu de l’outrage à ce qu’un George Orwell appe­lait la décence com­mune.

Car nous sommes bien en l’occurrence dans l’indé­cence totale. Des images de plus en plus nom­breuses cir­culent sur la toile, pre­nant le relais des mots qui s’étouffent dans la colère, comme les miens ici.

Voi­ci un échan­tillon de ces pho­tos et des­sins qui expriment une révolte des esprits, signes peut-être avant cou­reurs de révoltes « tout court » qu’ils n’auront pas vu venir

Notes:

  1. Tho­mas Coville et George Michael, selon la Une du Monde. Je n’ai rien contre eux, je sou­ligne juste un ordre des valeurs média­tiques.

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gou­ver­ne­ment ne recule devant aucun sacri­fice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel auto­rise la publi­ci­té sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, empor­tant sur son pas­sage les restes d’éthique auquel on croyait encore pou­voir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du ser­vice public te met­taient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débi­li­tés limi­tées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueu­ler. On est pas­sé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libé­ral, l’indécence com­mune et la vul­ga­ri­té mar­chande ! Les enzymes glou­tons sont de retour, et les bagnoles à tout-va, les chaus­sée-au-moine, les jus­tin-bri­doux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchan­te­resses, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gou­ver­ne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un ministre à la hau­teur. Je ne vois que Ségué­la. Un Ségué­la, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa conne­rie.

Nous res­te­ra à fer­mer le poste. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

imgres-1 imgres imgres-3


Solidarité. Le politicien, le patron… et le boulanger

Tel poli­ti­cien se sert dans la gamelle com­mune de « sa » ville, Saint-Quen­tin : Xavier Ber­trand s’octroie une aug­men­ta­tion de salaire de 4.000 euros. Tel cow­boy d’entreprise, ayant redres­sé les comptes d’icelle moyen­nant l’un des plus gros plans sociaux des der­nières années : pré­sident du direc­toire de Peu­geot-Citroën, Car­los Tavares, a gagné 5,24 mil­lions d’euros en 2015, soit près du double de l’année pré­cé­dente.
Une telle indé­cence, c’est la « nuée qui porte l’orage » : Jau­rès, au secours ! Au secours Orwell, oppo­sant à cette goin­fre­rie névro­tique des pos­sé­dants ce qu’il appe­lait la décence com­mune. Au secours Mon­taigne qui, au XVIe siècle déjà, aler­tait en ces termes :

« J’ai vu en mon temps cent arti­sans, cent labou­reurs, plus sages et plus heu­reux que des rec­teurs de l’université : c’est aux pre­miers que j’aimerais mieux res­sem­bler […] Il ne faut guère plus de fonc­tions, de règles et de lois pour vivre dans notre com­mu­nau­té [humaine] qu’il n’en faut eux grues et aux four­mis dans la leur. Et bien qu’elles en aient moins, nous voyons que, sans ins­truc­tion, elles s’y conduisent très sage­ment. Si l’homme était sage, il esti­me­rait véri­ta­ble­ment chaque chose selon qu’elle serait la plus utile et la plus appro­priée à sa vie. » [Les Essais, II, 12 Apo­lo­gie de Ray­mond Sebon, Gal­li­mard].

Illus­tra­tion en ce XXIe siècle, avec cet échan­tillon pré­cieux de soli­da­ri­té humaine. Oui, cent fois, j’aimerais mieux être ce bou­lan­ger que l’un ou l’autre de ces vam­pires inas­sou­vis !

A Dole, dans le Jura, un arti­san bou­lan­ger a déci­dé de céder son entre­prise au sans-abri qui lui a sau­vé la vie après une intoxi­ca­tion au monoxyde de car­bone fin 2015. Depuis plus de trois mois, Michel Fla­mant, bou­lan­ger de 62 ans, apprend le métier à Jérôme, sans-abri de 37 ans.

Épilogue malheureux de l’histoire…

La belle his­toire du bou­lan­ger de Dole ne connaî­tra pas de fin heu­reuse. « Je l’ai viré », explique sans ambages Michel Fla­mant, confir­mant une infor­ma­tion du jour­nal Le Pro­grès.

« Il a été très très mal­po­li avec une jour­na­liste », ajoute le bou­lan­ger, fai­sant état de pro­pos insul­tants et miso­gynes.

Le bou­lan­ger a mis un terme au contrat après que son employé eut, au télé­phone, trai­té une jour­na­liste de « putain ».

« Une fois qu’il a rac­cro­ché, je lui ai expli­qué que l’on ne parle pas comme ça à une femme. Il a com­men­cé à s’en prendre à moi, à m’insulter, alors je lui ai dit de prendre sa valise », raconte Michel Fla­mant.

« Il était saoul comme un cochon et il avait fumé. Il m’a expli­qué que la pres­sion des jour­na­listes était trop forte. Mais ça n’excuse pas tout, et je l’avais déjà mis en garde », ajoute le bou­lan­ger.


« Pas de ça chez nous ! » Quand les bourgeois du XVIe parisien puent du bec

En sou­le­vant le cou­vercle de la sou­pière de por­ce­laine, on a décou­vert un pot de chambre et ses relents. C’était lun­di 14 mars au soir, la mai­rie de Paris orga­ni­sait une réunion publique d’information sur le centre d’hébergement d’urgence devant être ins­tal­lé d’ici l’été en lisière du bois de Bou­logne, – “à deux pas de l’hippodrome d’Auteuil, du musée Mar­mot­tan et des jar­dins du Rane­lagh”, pré­cise judi­cieu­se­ment Le Figa­ro.

Alors que les débats auraient dû se tenir pen­dant deux heures entre les habi­tants mécon­tents et les repré­sen­tants de la ville de Paris, ils ont dû être écour­tés au bout de 15 minutes pour cause de débor­de­ments. Quand la bour­geoi­sie du XVIe sort de ses gonds, elle se révèle dans sa nue cru­di­té.

C’est d’abord au pré­fet de Paris, Sophie Bro­cas, que les “révol­tés” s’en prennent. Et en termes par­ti­cu­liè­re­ment châ­tiés. Échan­tillons : “Escroc”, ”fils de pute”, “men­teur”, “col­la­bo”, “sta­li­nien”, ”ven­du”, “salo­pard”, “salope”, “Sophie Bro­cas caca ! » …

Accla­mé par la foule en furie, Claude Goas­guen, maire d’arrondissement LR et prin­ci­pal élu local oppo­sé au pro­jet, a rehaus­sé le niveau sur le mode sédi­tieux, encou­ra­geant ses par­ti­sans à “dyna­mi­ter” la pis­cine ins­tal­lée à proxi­mi­té du futur centre d’hébergement, pré­ci­sant Ne vous gênez pas, mais ne vous faites pas repé­rer ».

Pour com­men­ter pareil évé­ne­ment, France Inter a invi­té à son micro la « socio­logue des riches », Monique Pin­çon-Char­lot, qui a assis­té à cette réunion et n’en revient pas, elle qui en a pour­tant remué du beau linge. Cette fois, pour l’effet camé­léon, elle avait même revê­tu un petit man­teau de four­rure… syn­thé­tique… Voi­ci son récit, gran­diose !

Petit flo­ri­lège com­plé­men­taire ici.


« Merci Patron ! » La belle arnaque

Mer­ci Patron !, un film plus que sym­pa et qui connaît un beau suc­cès depuis sa sor­tie fin février. C’est l’éternelle his­toire des David et Goliath, des pots de terre et de fer. Trai­té ici sur le mode « sérieux décon­nant », entre Michael Moore et Jean-Yves Lafesse, par Fran­çois Ruf­fin, rédac’ chef du jour­nal amié­nois Fakir. 

merci-patron!

l’affiche

Joce­lyne et Serge Klur fabri­quaient des cos­tumes Ken­zo à Poix-du-Nord, près de Valen­ciennes. Depuis la délo­ca­li­sa­tion de leur usine vers la Pologne, le couple est au chô­mage et cri­blé de dettes. Fran­çois Ruf­fin va suivre ce couple et par­tir « dans une course pour­suite humo­ris­tique avec Ber­nard Arnault, l’homme le plus riche de France » dont le groupe est pro­prié­taire de l’usine. Scènes sur­réa­listes et qui­pro­quos en cas­cades, Mer­ci Patron ! se trans­forme en « film d’espionnage ».

« On ne pen­sait même pas faire un film mais avec l’histoire qui se dérou­lait sous nos yeux c’est deve­nu impos­sible de ne pas le faire ! » raconte Johan­na, de l’équipe de Fakir. Por­té par l’association Fakir, le film a séduit cri­tiques et médias. Il a même eut droit à une double page dans Le Monde qu’il qua­li­fie de « chef-d’œuvre du genre ».

Pour­tant, tout n’était pas gagné. Le film qui comp­tait sur l’aide finan­cière du Centre natio­nal du ciné­ma voit sa demande reje­tée. L’équipe décide de pas­ser outre les aides tra­di­tion­nelles et se tourne vers le finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Grâce aux 21 000 € des contri­bu­teurs Ulule et une levée de fonds auprès des abon­nés de Fakir, le film ver­ra le jour. Une levée de fonds pour une levée de fronde : la bonne idée pour une belle arnaque !


Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouygues Immo­bi­lier, c’est déjà la réa­li­té – au moins vir­tuelle. Voi­ci le « pitch » de la vidéo ci-des­sous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Ville vous pré­sente la ville de demain. Ville durable, connec­tée et intel­li­gente, telles sont les inno­va­tions urbaines qui per­met­tront d’améliorer la qua­li­té de vie dans la ville du futur. Rendre une ville har­mo­nieuse et agréable à vivre où la qua­li­té de l’air sera pri­mor­diale avec la construc­tion de bâti­ments verts, telles seront les pré­oc­cu­pa­tions majeures de la ville de demain.

Magni­fique, n’est-ce pas ? Orwell s’en retourne dans sa tombe.


Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tom­ber, hier, sur l’article que j’ai consa­cré au jour­na­liste polo­nais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bou­quins fameux, Impe­rium – sur l’empire sovié­tique finis­sant, une suite de repor­tages à sa façon –, j’y rele­vais ça :

« Trois fléaux menacent le monde. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racisme. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pestes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le der­nier numé­ro du men­suel L’Histoire (thème : New­ton, les Lumières et la révo­lu­tion scien­ti­fique : excellent autant qu’actuel), un lec­teur revient sur le pré­cé­dent numé­ro (novembre) consa­cré aux com­mu­nistes et titré « Pour­quoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des réponses peuvent être avan­cées. Mais ce lec­teur conti­nue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nombre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­prendre pour­quoi ils sont res­té com­mu­nistes ». Et d’égrener le cha­pe­let des hor­reurs sta­li­niennes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Confère le troi­sième fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux.

Même si les causes et les effets dif­fé­rent dans les nuances, nazisme, sta­li­nisme et dji­ha­disme relèvent du tronc com­mun de « la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. » Les consé­quences aus­si convergent dans la vio­lence la plus mor­ti­fère condui­sant les peuples cré­dules aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­tiques para-reli­gieux. Ain­si les fon­da­men­ta­listes du libé­ra­lisme ultra, les ado­ra­teurs du Mar­ché et de sa Main invi­sible, celle qui agit « en douce », par délé­ga­tion, sans se mon­trer au grand jour, et n’en conduit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­tices, guerres, misère.

Ain­si les néga­tion­nistes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illustres pré­dé­ces­seurs face aux géno­cides nazis, choi­sissent la catas­trophe plu­tôt que de renon­cer à leurs cultes consom­ma­toires. Cultes innom­brables aux­quels d’ajoutent la plus crasse imbé­cil­li­té telle que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (France 2) exhi­bant de fameux spé­ci­mens du genre : ceux qui, aux Etats-Unis, tra­fiquent leurs die­sel mons­trueux pour qu’il éructent les plus épaisses fumées noires… (J’avais publié une vidéo sur ces éner­gu­mènes, mais elle a été désac­ti­vée, je ne sais pour­quoi… Des dizaines de vidéos paradent sur la toile – taper « coal rol­ling » et déses­pé­rer du genre humain…)

Après eux le déluge. Sur le même mode, en somme, par lequel un tiers des élec­teurs du « pays des Droits de l’Homme » – et pata­ti et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cisme pré­sen­table, juste « pour essayer », puisque les autres leur paraissent usés – ce qui n’est pas faux, certes !

Mais enfin, quelle défaite annon­cée ! Défaite de la pen­sée, des convic­tions, des valeurs. De sou­bre­sauts en cahots, en culbutes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégayer, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sissent.

tas-urgences

Où allons-nous ? « Ça déborde » de par­tout ; de gauche et de droite„ extrê­me­ment. [Ph. d.r.]


Air France. Sans-chemises et sans-culottes

Une che­mise déchi­rée, et même deux. Une agres­sion contre des per­sonnes – fussent-elles des « patrons ». Certes, le geste est moche. Ou plu­tôt « non esthé­tique ». C’est le geste du déses­poir, le der­nier geste du condam­né avant l’exécution. Il n’est ren­du beau qu’au ciné­ma. Perdre son emploi de nos jours, c’est une exé­cu­tion. C’est pas­ser du sta­tut de « chan­ceux », pour ne pas dire pri­vi­lé­gié – du pri­vi­lège d’avoir un tra­vail, qui est sou­vent une tor­ture… – à celui de déclas­sé, de déchu.
Alors, quand la direc­tion d’Air France annonce la sup­pres­sion de 2.900 emplois, cela signi­fie 2.900 vies déchi­rées (bien davan­tage, en fait). À côté des­quelles deux che­mises déchi­rées, même blanches et bien repas­sées, c’est une vio­lence très modé­rée !


Une vidéo révèle les négo­cia­tions chez Air France par Buzz­Vid

La vidéo ci-des­sus a été prise quelques minutes avant les inci­dents qui for­ce­ront les diri­geants Xavier Bro­se­ta et Pierre Plis­son­nier à s’échapper du siège d’Air France. Des employés tentent d’interpeller et d’ouvrir le dia­logue.
Cette vidéo est poi­gnante, mon­trant le cou­rage et le déses­poir d’une femme affron­tant la morgue des cols blancs, mains dans les poches ou bras croi­sés, tri­po­tant leurs por­tables, touillant leur café, l’air gogue­nard pour ne pas dire niais, et fina­le­ment muets comme des tombes. « On nous a deman­dé de faire des efforts, on les a faits ! » lance cette femme au bord du san­glot dans un mono­logue pathé­tique.

Face à elle, l’indifférence, le mépris. Les cadres regrou­pés dis­cutent entre eux, fei­gnant d’ignorer l’interpellation. L’un d’eux lâche enfin : « On n’est pas habi­li­tés, on n’est pas habi­li­tés ».

Ils n’ont rien à répondre au réqui­si­toire. Car ils ne sont même pas res­pon­sables et ne peuvent répondre de rien… Minables pan­tins cra­va­tés du capi­ta­lisme plan­qué, sans visage, suite de chiffres et de pour cents, jouant dans les casi­nos finan­ciers  à l’ombre des para­dis fis­caux, fixant de loin, « off shore », les taux de ren­de­ment de leur sale pognon dont ils se goinfrent jusqu’à l’intoxication.

Des vio­lences autre­ment plus radi­cales, la dégra­da­tion géné­rale des condi­tions socio-éco­no­miques nous en pro­met ! Les « voyous » et la « chien­lit » se sou­vien­dront peut-être des sans-culottes et ne s’en pren­dront plus seule­ment aux che­mises.
Sur son blog, le mili­tant encore socia­liste Gérard Filoche a res­sor­ti pour la cir­cons­tance un dis­cours de Jean Jau­rès devant la Chambre des dépu­tés le 19 juin 1906. Ces paroles sont d’une actua­li­té brû­lante :

« Le patro­nat n’a pas besoin, lui, pour exer­cer une action vio­lente, de gestes désor­don­nés et de paroles tumul­tueuses ! Quelques hommes se ras­semblent, à huis clos, dans la sécu­ri­té, dans l’intimité d’un conseil d’administration, et à quelques-uns, sans vio­lence, sans gestes désor­don­nés, sans éclats de voix, comme des diplo­mates cau­sant autour du tapis vert, ils décident que le salaire rai­son­nable sera refu­sé aux ouvriers ; ils décident que les ouvriers qui conti­nuent la lutte seront exclus, seront chas­sés, seront dési­gnés par des marques imper­cep­tibles, mais connues des autres patrons, à l’universelle vin­dicte patro­nale. […] Ain­si, tan­dis que l’acte de vio­lence de l’ouvrier appa­raît tou­jours, est tou­jours défi­ni, tou­jours aisé­ment frap­pé, la res­pon­sa­bi­li­té pro­fonde et meur­trière des grands patrons, des grands capi­ta­listes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Et Filoche de com­men­ter : « Mal­heu­reu­se­ment, Manuel Valls traite les sala­riés de « voyous » et prend fait et cause pour la direc­tion d’Air France. Il est vrai qu’il se réfère plus sou­vent à Clé­men­ceau, le bri­seur de grèves, qu’à Jau­rès… »


Réfugiés à Aix-en-Provence : Pas de ça chez moi ! clame Maryse Joissains

Des réfu­giés « chez moi » ? Et quoi encore ? La maire d’Aix-en-Provence, Maryse Jois­sains, n’a pas tar­dé à se dis­tin­guer sur ce cha­pitre du rejet qui consti­tue son fond de com­merce poli­tique. Sa lar­gesse de vue et d’esprit sur­gissent de même, agré­men­tée de sa « dis­tinc­tion » légen­daire, décla­rant ain­si [La Pro­vence 8/9/15]:

« Des migrants, j’en ai déjà suf­fi­sam­ment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms. J’ai mon quo­ta. Je rejette la poli­tique de dan­ge­ro­si­té de Hol­lande qui ne sait pas gérer la crise. En plus, après la pho­to de l’enfant syrien, retrou­vé mort noyé, il fait appel à l’émotion popu­laire. Ce qui est indigne. Les Syriens, il faut les accueillir chez eux, les pro­té­ger chez eux. » Admi­rons la finesse de l’analyse et sa por­tée géo-poli­tique. Elle pour­suit : « Puis, 24.000 ça veut dire quoi ? Il y a des mil­liers de migrants et ça va pro­vo­quer un appel d’air. Ce qu’on est en train de faire, c’est de la dépor­ta­tion. [sic] Si c’est ça l’humanisme, alors je n’y com­prends plus rien. » La Pro­vence ajoute : « Maryse Jois­sains avoue­ra néan­moins [sous la tor­ture des jour­na­listes ? Note du blo­gueur] qu’elle est prête à accueillir des Syriens. « Mais des chré­tiens ».

andré faber 2015

© andré faber 2015

Oui, res­tons entre gens de bonne com­pa­gnie. Et, sur­tout, pas ques­tion de lais­ser le « mono­pole » du rejet aux lepe­nistes du FN qui pour­raient lui faire de l’ombre. Mais de petits arran­ge­ments seront tou­jours pos­sibles avec cette femme qui n’est ni démo­crate ni répu­bli­caine. Rap­pe­lons ses pro­pos de mai 2012, autour de la pré­si­den­tielle :

  «  Même si M. Hol­lande est pro­clamé pré­sident de la Répu­blique, je ne pense pas qu’il soit légi­time, parce qu’il y arrive après un com­bat anti-démo­cra­tique comme on ne l’a jamais vu dans ce pays. »

«  Fran­çois Hol­lande est un dan­ger pour la Répu­blique. Cet homme n’a jamais fait la démons­tra­tion qu’il ait fait quelque chose dans sa vie. Je ne le crois pas com­pé­tent, ni capable. En tout cas phy­si­que­ment. Il ne don­nera pas l’image d’un pré­sident de la Répu­blique. J’aurais aimé d’un pré­sident qu’il ait plus de pres­tance et pas qu’il agite ses petits bras comme il le fait dans tous ses mee­tings parce que ça me paraît extrê­me­ment ridi­cule. » [Lire sur « C’est pour dire » Sar­ko­zysme. Le putsch ver­bal et fas­ci­sant de Maryse Jois­sains, maire d’Aix-en-Provence ]

Maryse Jois­sains, on le sait, a tou­jours eu un gros faible pour les petits bras agi­tés par son poli­ti­cien pré­fé­ré. Affaire de goût, de choix. On ne dis­cute même pas.

Quant à La Pro­vence – le quo­ti­dien mar­seillais –avec ou sans Tapie à sa tête, il reste fidèle à sa ligne pla­te­ment déma­go­gique. Ain­si son innom­mable rubrique « Le vote du jour », en der­nière page, entre la météo et l’horoscope, qui sou­met une ques­tion à la réponse binaire : oui/non et « Ne se pro­nonce pas ». Exemple de ce mar­di 8/9/15 : À la ques­tion « Faut-il assou­plir les condi­tions d’accueil des réfu­giés syriens ? » « Vous avez voté hier » : Oui, 17 % - Non, 79 %. (Sans avis 4 %).

Une telle pra­tique est scan­da­leuse, à plus d’un titre.

Sans dis­cu­ter ici de la vali­di­té des son­dages en géné­ral (même pra­ti­qués selon les règles de l’art), le jour­nal, lui, n’indique jamais le nombre de réponses obte­nues – c’est dire la valeur de ses pour­cen­tages ! Quant aux ques­tions posées, elles vont des plus débiles aux plus graves comme celle du jour, posée de manière on ne peut plus incon­sé­quente : Faut-il assou­plir [que le verbe est judi­cieux !] les condi­tions d’accueil [les­quelles ?]…

Ce genre de dérive relève tout autant de l’abêtissement jour­na­lis­tique que de l’absence d’éthique. Elle n’en recèle pas moins des inten­tions inavouées, peut-être incons­cientes – allez savoir !

Sur ce constat et sur les pro­pos de Mme Jois­sains, l’archevêque du Vau­cluse, Mgr Cat­te­noz a de quoi s’époumoner encore davan­tage que dans sa vidéo sur inter­net où il déclare :

« J’ai honte de mon pays, la France, qui, à plus de 50% de sa popu­la­tion, refuse l’accueil des migrants. J’ai honte de cer­tains poli­tiques qui tiennent des pro­pos inqua­li­fiables lorsqu’ils parlent de “ces gens-là”. Ils les dési­gnent avec mépris. J’ai honte des chré­tiens qui semblent igno­rer cette tra­gé­die des migrants et sur­tout se refusent à perdre les avan­tages acquis de leur niveau de vie ».

Pro­pos repris dans La Pro­vence du même jour, même article, même puni­tion.


Séguéla : « Même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros »

Jacques Ségué­la, le plus con des pubeux bron­zés vient de remettre une couche  à sa conne­rie déjà gra­ti­née. Après sa sor­tie de 2009 - «Si à cin­quante ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !», le célèbre mora­liste s’est sur­pas­sé sur BFM TV. En ten­tant mina­ble­ment de jus­ti­fier sa « pub » pré­cé­dente – une «conne­rie», admet-il en se don­nant une baffe, même s’il ne la «regrette pas» [sic], il a cru bon d’ajouter : « Il n’y a pas de rai­son de dire aux gens “Vous êtes condam­nés à ne jamais vous faire le plai­sir de votre vie”. On a quand même le droit, même si on est clo­chard, on peut arri­ver à mettre de côté 1 500 euros ! On a le droit de rêver nom de Dieu ! »

À coté de  ce gars-là, Pierre Bour­dieu fait pense-petit, je trouve.


On ne peut interdire la connerie du maire de Venelles !

Être trai­té pour un can­cer de la bouche n’empêche donc pas de dire des conne­ries. Cela y contri­bue­rait-il même ? Stu­pides ques­tions pour pro­pos débiles tenus par « mon » maire : Robert Char­don, ci-devant UMP (en passe d’exclusion selon NKM – on ver­ra) ou futur FN (non : trop à droite pour Marine Le Pen !).

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Robert Char­don, croi­sé de Venelles.

Voilà en tout cas une pub pas bien relui­sante pour ma petite com­mune de Venelles (8.000 habi­tants). Toute la France infor­mée connaît désor­mais l’indécente pro­po­si­tion faite à Sar­ko­zy (cepen­dant ouvert à tout) de ce pre­mier magis­trat à la grande fibre répu­bli­caine : inter­dire l’islam en France. Il y va de l’avenir de la France et plus encore de la foi judéo-chré­tienne.

Dans son élan vers les plus hautes pen­sées, ce va-t-en-guerre (de reli­gion) avance en effet d’audacieuses pro­po­si­tions :

« Je sup­prime la loi de 1905 et pro­clame que la Répu­blique favo­rise la pra­tique de la foi chré­tienne », explique l’élu qui se com­pare à Louis XIV, qui avait révo­qué l’édit de Nantes en 1685.

« Il faut un plan Mar­shall pour le Magh­reb. Il faut aus­si une inter­ven­tion mili­taire en Libye. Il faut éga­le­ment mettre fin au dan­ger que repré­sentent les boat people » [sur Europe 1].

twt chardon

.

Robert Char­don relaie aus­si des mes­sages anti-islam comme « Pro­té­gez-vous, adop­tez un cochon !  » (sur son compte Face­book).

Le plus comique, si on peut dire, c’est que Venelles, à dix kilo­mètres d’Aix-en-Provence, est pro­ba­ble­ment l’une des com­munes les moins « isla­mi­sées » de la région, voire de France ! Pas un « Arabe », pas un « Noir » à l’horizon : rien que des Blancs, bour­geois, judéo-chré­tiens – tout ce qu’il y a de plus propres, nor­maux et vac­ci­nés, dont 56 % ont voté l’an der­nier pour ce saint-homme et ses fan­tasmes de croi­sé.

Inter­dire le culte de l’islam, ça peut même se conce­voir – la preuve. Mais inter­dire la conne­rie – là, on est désar­mé.


Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de presse domi­ni­cale, mon cama­rade Daniel Chaize ne manque pas de décou­per les meilleurs mor­ceaux dans le lard de la bête média­tique. Exemple, extrait de Libé de same­di :

[…] Les capi­ta­listes netar­chiques (Face­book, Google, Ama­zon, …) fonc­tionnent avec 100 % des reve­nus pour les pro­prié­taires et 0 % pour les uti­li­sa­teurs qui cocréent la valeur de la pla­te­forme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modèles para­si­taires : Uber n’investit pas dans le trans­port, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les docu­ments, ni You­Tube dans la pro­duc­tion média­tique.

Michel Bau­wens, théo­ri­cien de l’économie col­la­bo­ra­tive, Libé­ra­tion, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cli­quer comme ça, ingé­nu­ment et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Cha­cun de nos clics (à part sur les blogs inno­cents et purs de tout com­merce – et qui enri­chissent au sens noble) finissent en mon­naie son­nante et non tré­bu­chante : pas la moindre hési­ta­tion quand il s’agit d’engrosser les escar­celles déjà débor­dantes des capi­ta­listes netar­chiques – rete­nons l’expression.

C’est ain­si, en effet, que les plus grosses for­tunes mon­diales se sont consti­tuées à par­tir de petits riens, mul­ti­pliés par trois fois rien, ce qui finit par faire beau­coup et même énorme ! C’est là l’application moderne d’un des fon­de­ments de l’accu­mu­la­tion du capi­tal, comme disait le vieux bar­bu : vendre « pas cher » de façon à vendre beau­coup. Pas cher : juste au-des­sus du prix que les pauvres peuvent payer, quitte à s’endetter – les banques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pauvres, c’est qu’ils sont nom­breux et se repro­duisent en nombre !

Cette fois, ces netar­chiques font encore plus fort : ils vendent du vent et en tirent des for­tunes. Et, sur­tout, sans don­ner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escroquent puisqu’ils « rendent ser­vice », ces braves gens, en « flui­di­fiant l’économie », qu’ils pompent sans ver­gogne – et sans même payer d’impôts dans les pays d’implantation ! –, rui­nant des sec­teurs entiers dans les­quels les pauvres sur­vi­vaient en trou­vant quelque rai­son d’exister socia­le­ment.

Voyez les taxis, par exemple. Une tech­no­lo­gie exploi­tée par des filous (Uber) a com­men­cé à les rendre obso­lètes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un métier (quoi qu’on puisse dire de cer­tains d’entre eux, mar­gou­lins à l’ancienne), une place et une fonc­tion sociales, par­ti­ci­paient à l’économie géné­rale de l’échange. N’importe qui (au chô­mage par exemple) peut désor­mais les rem­pla­cer, au pied levé, et au noir bien sou­vent…

1984-orwell

1984”, film de Michael Rad­ford d’après George Orwell

Ain­si se détruit tout un tis­su, certes non par­fait, mais dont la dis­pa­ri­tion sera dom­ma­geable à l’ensemble de nos socié­tés.

Ain­si naissent les nou­veaux empires, par glis­se­ments insen­sibles dans la déma­té­ria­li­sa­tion des échanges et d’une grande par­tie de la pro­duc­tion mar­chande.

Ain­si s’instaure le nou­vel impé­ria­lisme, que ni Hux­ley ni Orwell n’avaient ima­gi­né dans sa forme, mais qui réa­lise bien le contrôle mon­dial de l’économie sous la tota­li­té (tota­li­taire), ou qua­si tota­li­té, de ses variantes. Avec, comme corol­laire – à moins que ça n’en consti­tue les pré­misses – le contrôle phy­sique et men­tal des indi­vi­dus (déjà bien avan­cé !), le plus sou­vent avec leur consen­te­ment pas­sif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation géné­rale.

Mais où sont les labo­ra­toires de la révo­lu­tion qui s’opposera à ce désastre annon­cé ? Les netar­chiques seraient-ils déjà en train de s’en occu­per ?…


« SwissLeaks ». Des milliards d’euros, des milliers de fraudeurs – dont 3.000 Français

HSBC (Hong Kong & Shan­ghai Ban­king Cor­po­ra­tion) est un groupe ban­caire inter­na­tio­nal bri­tan­nique pré­sent dans 84 pays et ter­ri­toires et ras­sem­blant 60 mil­lions de clients. Son siège social est à Londres.

Elle a été fon­dée à Hong Kong par l’Écossais Tho­mas Suther­land pour finan­cer le com­merce dans l’Extrême-Orient en 1865 et, à l’origine, le tra­fic d’opium. Avant de démé­na­ger son siège social à Londres au début des années 1990, elle était basée à Hong Kong. Elle fut un temps le qua­trième groupe ban­caire dans le monde après Citi­group, Bank of Ame­ri­ca et la Banque indus­trielle et com­mer­ciale de Chine.

Mon­trer la face cachée du secret ban­caire en Suisse, un défi a prio­ri autre­ment plus coton que d’aller voir der­rière la lune ! Le Monde et plu­sieurs médias inter­na­tio­naux viennent pour­tant de dévoi­ler cet uni­vers de la fraude et de la richesse plan­quée après avoir eu accès aux don­nées col­lec­tées par un infor­ma­ti­cien, Her­vé Fal­cia­ni, ex-employé de la banque bri­tan­nique HSBC à Genève.

Ces révé­la­tions ébranlent les milieux ban­caires inter­na­tio­naux et mettent en cause de nom­breuses célé­bri­tés des affaires et du show­biz, de l’humoriste fran­çais Gad Elma­leh (celui de la pub télé où il ima­gine « la banque idéale »…) au roi du Maroc Moha­med VI et au roi Abdal­lah II de Jor­da­nie, en pas­sant par l’acteur amé­ri­cain John Mal­ko­vich, le coif­feur Des­sange, le foot­bal­leur Chris­tophe Dugar­ry, le peintre Chris­tian Bol­tans­ki, Arlette Ric­ci, héri­tière de Nina Ric­ci, Ayme­ri de Mon­tes­quiou, séna­teur (UDI) du Gers, Jean-Charles Mar­chia­ni, condam­né dans l’Angolagate, etc.

Bap­ti­sée « Swiss­Leaks », l’opération pro­pose un voyage au cœur de l’évasion fis­cale, met­tant en lumière les ruses uti­li­sées pour dis­si­mu­ler de l’argent non décla­ré. Petite vidéo édu­ca­tive :


Com­prendre la fraude fis­cale de HSBC en 3 min par lemon­de­fr

Pen­dant de nom­breuses années, les infor­ma­tions copiées par Her­vé Fal­cia­ni n’étaient connues que de la jus­tice et de quelques admi­nis­tra­tions fis­cales, même si cer­tains élé­ments avaient fil­tré dans la presse.

Le Monde a eu accès aux don­nées ban­caires de plus de 100 000 clients et a mis les infor­ma­tions à la dis­po­si­tion du Consor­tium des jour­na­listes d’investigation (ICIJ) à Washing­ton, qui les a par­ta­gées avec plus de 50 autres médias inter­na­tio­naux, dont le Guar­dian, au Royaume-Uni, ou la Süd­deutsche Zei­tung, en Alle­magne.

Les don­nées, ana­ly­sées par quelque 154 jour­na­listes, portent sur la période allant de 2005 et 2007. 180,6 mil­liards d’euros auraient ain­si tran­si­té, à Genève, par les comptes HSBC de plus de 100 000 clients et de 20 000 socié­tés off­shore, très pré­ci­sé­ment entre le 9 novembre 2006 et le 31 mars 2007. Plus de 5,7 mil­liards d’euros auraient été dis­si­mu­lés par HSBC Pri­vate Bank dans des para­dis fis­caux pour le compte de ses seuls clients fran­çais, envi­ron 3 000…


Qui a éteint les Lumières ?

par André Gun­thert (*)

Après avoir affron­té d’innombrables trau­ma­tismes, guerres, épi­dé­mies, catas­trophes, la socié­té occi­den­tale paraît aujourd’hui plus paci­fiée qu’elle ne l’a jamais été. D’où vient alors ce sen­ti­ment lar­ge­ment par­ta­gé de l’échec, du déclin ou de l’effondrement (pour reprendre le titre emblé­ma­tique de Jared Dia­mond, Col­lapse, 2005) de ce modèle?

Il serait évi­dem­ment absurde de pen­ser que nous vivons un moment pire que celui du nazisme ou du sta­li­nisme. Même sur un plan ima­gi­naire, la menace du réchauf­fe­ment cli­ma­tique ou de l’épuisement des res­sources natu­relles paraît com­pa­rable à d’autres grandes peurs, comme le mil­lé­na­risme ou l’apocalypse nucléaire.

Il paraît donc utile de mieux cer­ner les sources de nos inquié­tudes. Je sou­li­gnais en 2010 un pro­blème de pro­jec­tion vers le futur. Alors que la socié­té occi­den­tale entre­tient depuis plu­sieurs siècles la mytho­lo­gie du pro­grès, l’incapacité de des­si­ner désor­mais un ave­nir dési­rable au-delà du busi­ness as usual paraît une inquié­tante consé­quence de la “fin de l’histoire” (Fran­cis Fukuya­ma, 1992).

Déclin- F Ponthieu-Lumieres-dok-images

« Le brouillard idéo­lo­gique propre à dif­fé­rer les chan­ge­ments pro­fonds » Déclin, © F. Pon­thieu, 2013
Cli­quer pour agran­dir

Mais ce diag­nos­tic est très incom­plet. Plu­sieurs autres prises de conscience majeures ont jalon­né la période récente, qui semblent remettre en cause rien moins que le para­digme issu des Lumières, auquel on attri­bue la créa­tion d’un sys­tème arti­cu­lant démo­cra­tie repré­sen­ta­tive et capi­ta­lisme libé­ral autour de la rai­son et du débat public (Karl Pola­nyi, La Grande Trans­for­ma­tion, 1944; Jür­gen Haber­mas, L’Espace public, 1962).

Issue notam­ment des tra­vaux de Tho­mas Piket­ty ou de la crise finan­cière de 2008, l’idée s’impose peu à peu que la forme néo­li­bé­rale du capi­ta­lisme a engen­dré une éco­no­mie défi­ni­ti­ve­ment toxique et patho­gène, qui détruit len­te­ment la socié­té, et ne pro­fite qu’à une mino­ri­té de pri­vi­lé­giés.

Il y a aujourd’hui comme une tra­gique iro­nie à voir les poli­tiques cou­rir après le res­sort cas­sé de la crois­sance, alors que nous sommes nom­breux à avoir désor­mais la convic­tion que celle-ci n’est com­pa­tible ni avec une exploi­ta­tion durable des res­sources, ni avec l’épanouissement des capa­ci­tés humaines. La mani­fes­ta­tion la plus criante de ce para­doxe est la des­truc­tion inin­ter­rom­pue du tra­vail, alors que celui-ci consti­tue la prin­ci­pale source de reve­nus mais aus­si de légi­ti­mi­té sociale pour une majo­ri­té de Ter­riens.

Le deuxième constat qui s’affermit est celui de l’impuissance du poli­tique. Une impuis­sance lar­ge­ment consen­tie, voire orga­ni­sée, depuis que le dogme néo­li­bé­ral du trop d’Etat s’est impo­sé sans par­tage. La dicho­to­mie entre les struc­tures du mar­ché, tou­jours plus mon­dia­li­sé, et celles des ins­ti­tu­tions poli­tiques, qui res­tent régio­nales, accen­tue le dés­équi­libre des pou­voirs au pro­fit des forces éco­no­miques, ain­si qu’en témoigne le détour­ne­ment fis­cal, qui en est la consé­quence la plus appa­rente. Le sys­tème de sélec­tion des par­tis, qui favo­rise la nota­bi­li­sa­tion et la pro­fes­sion­na­li­sa­tion du per­son­nel poli­tique, achève de déman­te­ler la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, qui ne pro­duit plus de res­pon­sables capables de maî­tri­ser les enjeux, encore moins de pro­po­ser des solu­tions.

Cette absence de pers­pec­tives est une autre carac­té­ris­tique de la période. Aucun scé­na­rio cohé­rent n’est dis­po­nible pour faire face aux défis du réchauf­fe­ment et de l’épuisement des res­sources natu­relles, de la réforme de l’économie et des ins­ti­tu­tions poli­tiques. Mis à part le pro­jet de reve­nu uni­ver­sel, qui paraît plu­tôt une rus­tine col­lée sur l’échec du capi­ta­lisme, je ne connais pas d’alternative cré­dible au modèle pro­duc­ti­viste. Les pro­jets de VIe Répu­blique ou de modi­fi­ca­tion des moda­li­tés de sélec­tion des repré­sen­tants semblent de simples gad­gets face à la néces­si­té de res­tau­rer un sys­tème indé­pen­dant des lob­bies, sus­cep­tible de garan­tir la défense des inté­rêts col­lec­tifs – ce dont l’échec répé­té des négo­cia­tions à pro­pos du réchauf­fe­ment cli­ma­tique prouve que nous ne sommes plus capables. La faillite de la gauche n’a pas d’autre cause que son inca­pa­ci­té à pro­po­ser des solu­tions à ces maux.

Der­nier point d’une liste déjà longue, la dis­so­lu­tion des inté­rêts com­muns entraîne la frag­men­ta­tion et le retrait dans des logiques com­mu­nau­taires, à par­tir des­quelles il semble de plus en plus dif­fi­cile de recons­truire l’espace public per­du depuis la fin de la sphère bour­geoise (Haber­mas). Les dif­fi­cul­tés maté­rielles ren­voient d’autant plus faci­le­ment cha­cun à ses par­ti­cu­la­rismes qu’aucun pro­jet col­lec­tif n’est là pour recréer du lien.

Pour autant que les Lumières aient effec­ti­ve­ment été consti­tuées par un sys­tème au moins en par­tie vou­lu, plus rien ne sub­siste de cet héri­tage, que des ruines et une pen­sée zom­bie. En atten­dant l’aggior­na­men­to, nous n’écoutons plus que d’une oreille dis­traite les vati­ci­na­tions des poli­tiques et de leurs vas­saux média­tiques.

Au final, même si ces craintes sont pros­pec­tives, elles des­sinent bel et bien un hori­zon catas­tro­phique. Sommes-nous donc voués à l’obscurité? Après avoir éteint la lumière, il nous faut reve­nir aux stades pré­pa­ra­toires des grandes révo­lu­tions de la moder­ni­té. Si l’on consi­dère que les bou­le­ver­se­ments poli­tiques, éco­no­miques et sociaux du XIXe siècle ont été pré­pa­rés par un long tra­vail de réflexion col­lec­tive, l’urgence est celle de l’élaboration de pro­po­si­tions théo­riques de fond, et de leur débat.

(*) André Gun­thertcher­cheur en his­toire cultu­relle et études visuelles (EHESS)

(Article paru dans L’image sociale - 27/12/14 )

Note. J’ai trou­vé ce texte des plus inté­res­sants, pour ain­si dire lumi­neux, à l’image de son titre et au mou­ve­ment des Lumières auquel il se réfère, bien sûr.  Il ne consti­tue nul­le­ment une énième harangue poli­ti­cienne, ni une impré­ca­tion appe­lant au chan­ge­ment magique, sinon mira­cu­leux. Il y a même lieu de quit­ter ces sen­tiers rebat­tus, qui contri­buent à entre­te­nir l’illusion géné­rale, le brouillard idéo­lo­gique propre à dif­fé­rer les chan­ge­ments pro­fonds – en fait, les évo­lu­tions au sens dar­wi­nien, comme fruits de hasards et de néces­si­tés, ce qui jus­ti­fie tout autant le « long tra­vail de réflexion col­lec­tive » néces­saire aux bou­le­ver­se­ments de l’organisation sociale des humains. Ce texte offre aus­si de nom­breux liens ren­voyant à d’autres impor­tantes contri­bu­tions. J’y ajoute deux des miennes, modes­te­ment : Inven­taire avant démo­li­tion ? Le grand dérè­gle­ment de la mai­son Terre ; Sur l’idéologie du « Pro­grès » comme fac­teur de régres­sion Et mes vifs remer­cie­ments à l’auteur pour l’autorisation de repro­duire son article. GP.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

  • Traduire :

  • Abonnez-vous !

    Saisissez votre @dresse pour vous abonner à « C’est pour dire » et recevoir un courriel à chaque nouvel article publié.

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Calendrier

    juillet 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Juin  
     12
    3456789
    10111213141516
    17181920212223
    24252627282930
    31 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress