On n'est pas des moutons

Mot-clé: décence commune

Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Infor­mé par un ami 1 d’un bil­let de blog au titre alléchant : « La République vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Jour­nal d’un avo­cat — Instan­ta­nés de la jus­tice et du droit.

La République. Ange-Louis Janet (1815–1872) © Musée Car­navalet

LEolas en ques­tion sem­ble être désor­mais le plus con­nu des avo­cats anonymes… Ne voulant pas mêler lib­erté de juge­ment et affaires pro­fes­sion­nelles, il s’abrite der­rière ce pseu­do­nyme, lequel nous dit Wikipé­dia, vient du mot gaélique irlandais eolas qui sig­ni­fie « con­nais­sance, infor­ma­tion. » Que voilà une bonne référence ! Aus­si n’est-il pas éton­nant que cet homme de droit s’en prenne si sou­vent à la presse, grande pécher­esse dans son pro­pre domaine. D’où cet exer­gue, qui rejoint mon cre­do : « Qui aime bien châtie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édi­to de L’Opinion. 2

Voici les faits, remon­tant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cinglante) d’Eolas :

« Sébastien X. est l’heureux pro­prié­taire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trou­ve une mai­son d’habitation et un garage. On y accède par un por­tail don­nant sur la voie publique, par lequel une auto­mo­bile peut pass­er afin de rejoin­dre le garage. Le trot­toir devant cet accès est abais­sé, for­mant ce que l’on appelle une entrée car­ross­able et plus couram­ment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comp­tait pas rester longtemps chez lui, peu importe, Sébastien X. a garé sa voiture devant l’accès à sa pro­priété, au niveau du bateau. “Que dia­ble, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai voca­tion à utilis­er cet accès. Or en me garant ain­si, je man­i­feste de façon uni­voque que je n’ai nulle inten­tion d’user de ce dit pas­sage”. Oui, Sébastien X. s’exprime dans un lan­gage soutenu, ai-je décidé.

« Fatal­i­tas. Un agent de police pas­sant par là voit la chose, et la voit d’un mau­vais œil ; sans désem­par­er, il dresse procès-ver­bal d’une con­tra­ven­tion de 4e classe prévue par l’article R.417–10 du code de la route : sta­tion­nement gênant la cir­cu­la­tion. Sébastien X., fort mar­ri, décide de con­tester l’amende qui le frappe, fort injuste­ment selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébastien X. dépose une requête, à laque­lle le juge de prox­im­ité de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas con­testé que l’entrée car­ross­able devant laque­lle était sta­tion­né le véhicule de M. X. est celle de l’immeuble lui appar­tenant qui con­stitue son domi­cile et dessert son garage, et que le sta­tion­nement de ce véhicule, sur le bord droit de la chaussée, ne gêne pas le pas­sage des pié­tons, le trot­toir étant lais­sé libre, mais, le cas échéant, seule­ment celui des véhicules entrant ou sor­tant de l’immeuble riverain par son entrée car­ross­able, c’est à dire unique­ment les véhicules autorisés à emprunter ce pas­sage par le prévenu ou lui appar­tenant”.

Mais voilà-t-il pas que le représen­tant du min­istère pub­lic, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pour­voi en cas­sa­tion. Et la cour, en effet, a cassé. Led­it juge­ment s’est trou­vé annulé.

Alors, se demande goulu­ment l’avocat : « Pourquoi la cour de cas­sa­tion a-t-elle mis à l’amende ce juge­ment ? Pour deux séries de motif dont cha­cun à lui seul jus­ti­fi­ait la cas­sa­tion. »

À par­tir de là, puisque je ne vais pas recopi­er la longue autant qu’argumentée et pas­sion­nante plaidoirie de l’avocat, je vous invite à la lire directe­ment ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tiendrai à quelques réflex­ions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des ques­tions essen­tielles, non seule­ment sur la République et la démoc­ra­tie mais plus générale­ment sur l’état de la société, donc sur les com­porte­ments indi­vid­u­al­istes ou com­mu­nau­taristes.

L’usage de l’automobile et, en général, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des com­porte­ments humains – à l’humanité rel­a­tive, spé­ciale­ment dans les villes, en dehors de toute urban­ité… C’est en quoi cet arti­cle de Maître Eolas revêt son impor­tance poli­tique, voire idéologique et philosophique. Il pose en effet – depuis son titre, « La République vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la ques­tion du bien com­mun, cen­sé être cod­i­fié et con­forté par la Loi. Cette Loi (avec majus­cule) si sou­vent bafouée, par des hors-la-loi dont notre société a bien du mal à endiguer les flots : manque de pris­ons, qui débor­dent, de juges, de policiers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence com­mune, définis­sait comme « ce sens com­mun qui nous aver­tit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de :

– Se foutre du code de la route, spé­ciale­ment des lim­i­ta­tions de vitesse et met­tre ain­si des vies en dan­ger ; causer un bou­can infer­nal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incendi­er poubelles et voitures ; insul­ter quiconque par des pro­pos agres­sifs et racistes 3 ; bar­rer des rues pour empêch­er l’accès de la police dans des « ter­ri­toires per­dus de la République » 4 Liste non exhaus­tive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moitié des richess­es mon­di­ales soit entre les mains des 1 % les plus rich­es, tan­dis que 99 % de la pop­u­la­tion mon­di­ale se parta­gent l’autre moitié, tan­dis que 7 per­son­nes sur 10 vivent dans un pays où les iné­gal­ités se sont creusées ces 30 dernières années. (Rap­port Oxfam, 2014).

– … Et que les rich­es con­tin­u­ent à s’enrichir et les pau­vres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la pri­mauté du droit sur le pou­voir poli­tique, de sorte que gou­ver­nants et gou­vernés, doivent obéir à la loi, tous étant ain­si égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comptera sur les tal­ents, la chance, et surtout la « bonne for­tune »… Rien à voir avec le degré de démoc­ra­tie d’un régime ! Où serait alors le « monde com­mun » entre les nou­velles élites de l’industrie, du com­merce, de la banque, des arts, du sport et de la poli­tique ? – cette nou­velle aris­to­cratie, à l’hérédité finan­cière et aux revenus éhon­tés, injurieux.

État de droit, ou État de tra­vers ? Par delà le désor­dre économique fac­teur de mis­ère 5, c’est l’ordre sym­bol­ique du monde – celui de la jus­tice et du bien-être par le « pro­grès » tant van­té – qui se trou­ve grave­ment atteint et accentue le ressen­ti­ment général et la malveil­lance des lais­sés pour compte. Tan­dis que les dém­a­gogues de tous poils se ren­gor­gent sous de grandes envolées égal­i­taristes, accu­sant l’État et ses « élites », dénonçant les démons, les com­plots, le « sys­tème ». Ce qui revient à désen­gager le citoyen de sa pro­pre respon­s­abil­ité – ce qui, il est vrai, pos­tule sa lib­erté.

À ce stade, on ne peut ignor­er l’autre respon­s­abil­ité, celle des gou­verne­ments, dont elle ques­tionne leur forme et leur légitim­ité. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la République en tant que démoc­ra­tie théorique, se voit con­fron­tée à l’État tout court. Cer­tains courants anar­chistes y ont vu et con­tin­u­ent à y voir le mal absolu. D’autres, plus philosophiques que dog­ma­tiques, ont su pos­er les principes de fond. Ain­si Proud­hon quand il écrit : « La lib­erté est anar­chie, parce qu’elle n’admet pas le gou­verne­ment de la volon­té, mais seule­ment l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la néces­sité », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pou­voir ». Ou Élisée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expres­sion de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du sta­tion­nement illé­gal si fine­ment analysé par Maitre Eolas. Par­tant d’une amende à 35 euros, dénon­cée par un jour­nal­iste sur­feur et dém­a­gogue 6, on en arrive à embrass­er la com­plex­ité d’un tout his­torique et philosophique, dont les fon­da­tions datent de l’Antiquité grecque et romaine, tan­dis que l’édifice entier demeure sous échafaudages, plus ou moins (in)stable, selon le rap­port incer­tain entre bâtis­seurs et démolis­seurs – ce qui con­stitue l’Histoire.

Notes:

  1. Mer­ci Daniel !
  2. Média économique d’inspiration libérale, pro-busi­ness, européenne.
  3. Roulant à vélo dans les quartiers Nord de Mar­seille, je me suis fait traiter de « sale pédé » et men­ac­er de cas­sage de gueule par un Noir haineux [c’est un fait] en bag­nole, vocif­érant parce qu’empêché de me pass­er dessus dans une rue étroite !
  4. Je par­le de ce que je con­nais : à Mar­seille, quartiers Nord encore, cité de la Castel­lane pour être pré­cis : des guet­teurs au ser­vice de trafi­quants de drogue sont postés en per­ma­nence et une rue (au moins) est obstruée par des blocs de pierre et des char­i­ots de super­marché. Lire sur ces ques­tions La Fab­rique du mon­stre, une enquête à Mar­seille de Philippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les mal­façons de la République française » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mytholo­gie déguisée en « sci­ence »
  6. Le titre de son arti­cle taclé par Eolas : « Sta­tion­nement inter­dit » ou Kaf­ka au volant. La chute du papi­er est évidem­ment du même ton­neau libéral­iste : « Il y a, finale­ment, plutôt de quoi en pleur­er de rage. Que dis­ait Pom­pi­dou, déjà ? Ah oui : « Arrêtez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mau­vais sens du mot, évidem­ment.



Aidons Mme Lagarde à aller se rhabiller !

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Cliquez sur l’image, vous n’en croirez pas vos yeux. Il y a deux ans, “Clos­er”, ce mag­a­zine de la vul­gar­ité totale, pub­li­ait sans bar­guign­er, avec leurs coûts respec­tifs (“env­i­ron”), les élé­gances ves­ti­men­taires de Madame FMI. Cette pau­vresse – “au goût très sûr pour les belles choses (et on la com­prend)” – ne craig­nait pas d’étaler ain­si une garde-robe estimée à : 2800 + 1800 + 5900 + 3500 = 14.000 euros. [Mer­ci François Pon­thieu pour cette archive hors de prix !]

L’ « affaire Lagarde »… Quelle affaire ? On n’en par­le déjà (presque) plus. Ça tourne si vite, le monde, l’actu, l’ordinaire des choses. Et aujourd’hui encore, un autre nou­veau tour du monde, un nou­veau héros à la voile. Et puis un héros de la chan­son­nette qu’on retrou­ve mort. 1 Toutes ces ques­tions fon­da­men­tales. Tan­dis que les nég­li­gences, les étour­deries de Madame Lagarde, ça c’est de la broutille à 400 mil­lions, juste une insulte au peu­ple, même pas tancée par la Cour de Jus­tice [sic] de la République – qui prononce en l’occurrence un véri­ta­ble déni de jus­tice. Sinon, com­ment jus­ti­fi­er à la fois une faute et une non-faute ?

Alors, quelle République ? Voilà com­ment ils la gal­vau­dent – les Lagarde, les Cahuzac, les Tapie et tant d’autres – la « Chose Publique », Res Pub­li­ca ; ces escrocs, ces brig­ands, ces ban­dits – et j’en passe ! Cette République con­sid­érée comme une traînée, sur laque­lle on ne se retourne même plus, une gueuse pour maque­reaux prof­i­teurs (pléonasmes) prêts à la refiler aux autres prox­os du FN déjà en piste, prêts à la recy­cler au Nom du Peu­ple, bien sûr, et même de la République !

Une péti­tion cir­cule pour exiger « un vrai procès pour Chris­tine Lagarde ». Plus de 200.000 sig­na­tures ont été recueil­lies [la sign­er ici]. C’est encore trop peu compte tenu de l’outrage à ce qu’un George Orwell appelait la décence com­mune.

Car nous sommes bien en l’occurrence dans l’indé­cence totale. Des images de plus en plus nom­breuses cir­cu­lent sur la toile, prenant le relais des mots qui s’étouffent dans la colère, comme les miens ici.

Voici un échan­til­lon de ces pho­tos et dessins qui expri­ment une révolte des esprits, signes peut-être avant coureurs de révoltes « tout court » qu’ils n’auront pas vu venir

Notes:

  1. Thomas Cov­ille et George Michael, selon la Une du Monde. Je n’ai rien con­tre eux, je souligne juste un ordre des valeurs médi­a­tiques.

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gou­verne­ment ne recule devant aucun sac­ri­fice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel autorise la pub­lic­ité sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, empor­tant sur son pas­sage les restes d’éthique auquel on croy­ait encore pou­voir s’accrocher. Tu croy­ais, naïf, que les radios du ser­vice pub­lic te met­taient à l’abri des sail­lies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débil­ités lim­itées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueuler. On est passé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libéral, l’indécence com­mune et la vul­gar­ité marchande ! Les enzymes glou­tons sont de retour, et les bag­noles à tout-va, les chaussée-au-moine, les justin-bridoux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchanter­ess­es, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gou­verne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un min­istre à la hau­teur. Je ne vois que Séguéla. Un Séguéla, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa con­ner­ie.

Nous restera à fer­mer le poste. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

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Solidarité. Le politicien, le patron… et le boulanger

Tel politi­cien se sert dans la gamelle com­mune de “sa” ville, Saint-Quentin : Xavier Bertrand s’octroie une aug­men­ta­tion de salaire de 4.000 euros. Tel cow­boy d’entreprise, ayant redressé les comptes d’icelle moyen­nant l’un des plus gros plans soci­aux des dernières années : prési­dent du direc­toire de Peu­geot-Cit­roën, Car­los Tavares, a gag­né 5,24 mil­lions d’euros en 2015, soit près du dou­ble de l’année précé­dente.
Une telle indé­cence, c’est la “nuée qui porte l’orage” : Jau­rès, au sec­ours ! Au sec­ours Orwell, opposant à cette goin­frerie névro­tique des pos­sé­dants ce qu’il appelait la décence com­mune. Au sec­ours Mon­taigne qui, au XVIe siè­cle déjà, aler­tait en ces ter­mes :

J’ai vu en mon temps cent arti­sans, cent laboureurs, plus sages et plus heureux que des recteurs de l’université : c’est aux pre­miers que j’aimerais mieux ressem­bler […] Il ne faut guère plus de fonc­tions, de règles et de lois pour vivre dans notre com­mu­nauté [humaine] qu’il n’en faut eux grues et aux four­mis dans la leur. Et bien qu’elles en aient moins, nous voyons que, sans instruc­tion, elles s’y con­duisent très sage­ment. Si l’homme était sage, il estimerait véri­ta­ble­ment chaque chose selon qu’elle serait la plus utile et la plus appro­priée à sa vie.” [Les Essais, II, 12 Apolo­gie de Ray­mond Sebon, Gal­li­mard].

Illus­tra­tion en ce XXIe siè­cle, avec cet échan­til­lon pré­cieux de sol­i­dar­ité humaine. Oui, cent fois, j’aimerais mieux être ce boulanger que l’un ou l’autre de ces vam­pires inas­sou­vis !

A Dole, dans le Jura, un arti­san boulanger a décidé de céder son entre­prise au sans-abri qui lui a sauvé la vie après une intox­i­ca­tion au monoxyde de car­bone fin 2015. Depuis plus de trois mois, Michel Fla­mant, boulanger de 62 ans, apprend le méti­er à Jérôme, sans-abri de 37 ans.

Épilogue malheureux de l’histoire…

La belle his­toire du boulanger de Dole ne con­naî­tra pas de fin heureuse. “Je l’ai viré”, explique sans ambages Michel Fla­mant, con­fir­mant une infor­ma­tion du jour­nal Le Pro­grès.

Il a été très très malpoli avec une jour­nal­iste”, ajoute le boulanger, faisant état de pro­pos insul­tants et misog­y­nes.

Le boulanger a mis un terme au con­trat après que son employé eut, au télé­phone, traité une jour­nal­iste de “putain”.

Une fois qu’il a rac­croché, je lui ai expliqué que l’on ne par­le pas comme ça à une femme. Il a com­mencé à s’en pren­dre à moi, à m’insulter, alors je lui ai dit de pren­dre sa valise”, racon­te Michel Fla­mant.

Il était saoul comme un cochon et il avait fumé. Il m’a expliqué que la pres­sion des jour­nal­istes était trop forte. Mais ça n’excuse pas tout, et je l’avais déjà mis en garde”, ajoute le boulanger.


« Pas de ça chez nous ! » Quand les bourgeois du XVIe parisien puent du bec

En soule­vant le cou­ver­cle de la soupière de porce­laine, on a décou­vert un pot de cham­bre et ses relents. C’était lun­di 14 mars au soir, la mairie de Paris organ­i­sait une réu­nion publique d’information sur le cen­tre d’hébergement d’urgence devant être instal­lé d’ici l’été en lisière du bois de Boulogne, – “à deux pas de l’hippodrome d’Auteuil, du musée Mar­mot­tan et des jardins du Ranelagh”, pré­cise judi­cieuse­ment Le Figaro.

Alors que les débats auraient dû se tenir pen­dant deux heures entre les habi­tants mécon­tents et les représen­tants de la ville de Paris, ils ont dû être écourtés au bout de 15 min­utes pour cause de débor­de­ments. Quand la bour­geoisie du XVIe sort de ses gonds, elle se révèle dans sa nue cru­dité.

C’est d’abord au préfet de Paris, Sophie Bro­cas, que les “révoltés” s’en pren­nent. Et en ter­mes par­ti­c­ulière­ment châtiés. Échan­til­lons : “Escroc”, ”fils de pute”, “menteur”, “col­labo”, “stal­in­ien”, ”ven­du”, “salopard”, “salope”, “Sophie Bro­cas caca ! » …

Acclamé par la foule en furie, Claude Goas­guen, maire d’arrondissement LR et prin­ci­pal élu local opposé au pro­jet, a rehaussé le niveau sur le mode sédi­tieux, encour­ageant ses par­ti­sans à “dyna­miter” la piscine instal­lée à prox­im­ité du futur cen­tre d’hébergement, pré­cisant Ne vous gênez pas, mais ne vous faites pas repér­er ».

Pour com­menter pareil événe­ment, France Inter a invité à son micro la « soci­o­logue des rich­es », Monique Pinçon-Char­lot, qui a assisté à cette réu­nion et n’en revient pas, elle qui en a pour­tant remué du beau linge. Cette fois, pour l’effet caméléon, elle avait même revê­tu un petit man­teau de four­rure… syn­thé­tique… Voici son réc­it, grandiose !

Petit flo­rilège com­plé­men­taire ici.


Merci Patron !” La belle arnaque

Mer­ci Patron !, un film plus que sym­pa et qui con­naît un beau suc­cès depuis sa sor­tie fin févri­er. C’est l’éternelle his­toire des David et Goliath, des pots de terre et de fer. Traité ici sur le mode « sérieux décon­nant », entre Michael Moore et Jean-Yves Lafesse, par François Ruf­fin, rédac’ chef du jour­nal amiénois Fakir. 

merci-patron!

l’affiche

Joce­lyne et Serge Klur fab­ri­quaient des cos­tumes Ken­zo à Poix-du-Nord, près de Valen­ci­ennes. Depuis la délo­cal­i­sa­tion de leur usine vers la Pologne, le cou­ple est au chô­mage et criblé de dettes. François Ruf­fin va suiv­re ce cou­ple et par­tir « dans une course pour­suite humoris­tique avec Bernard Arnault, l’homme le plus riche de France » dont le groupe est pro­prié­taire de l’usine. Scènes sur­réal­istes et quipro­qu­os en cas­cades, Mer­ci Patron ! se trans­forme en « film d’espionnage ».

« On ne pen­sait même pas faire un film mais avec l’histoire qui se déroulait sous nos yeux c’est devenu impos­si­ble de ne pas le faire ! » racon­te Johan­na, de l’équipe de Fakir. Porté par l’association Fakir, le film a séduit cri­tiques et médias. Il a même eut droit à une dou­ble page dans Le Monde qu’il qual­i­fie de « chef-d’œuvre du genre ».

Pour­tant, tout n’était pas gag­né. Le film qui comp­tait sur l’aide finan­cière du Cen­tre nation­al du ciné­ma voit sa demande rejetée. L’équipe décide de pass­er out­re les aides tra­di­tion­nelles et se tourne vers le finance­ment par­tic­i­patif. Grâce aux 21 000 € des con­tribu­teurs Ulule et une lev­ée de fonds auprès des abon­nés de Fakir, le film ver­ra le jour. Une lev­ée de fonds pour une lev­ée de fronde : la bonne idée pour une belle arnaque !


Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouygues Immo­bili­er, c’est déjà la réal­ité – au moins virtuelle. Voici le “pitch” de la vidéo ci-dessous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Ville vous présente la ville de demain. Ville durable, con­nec­tée et intel­li­gente, telles sont les inno­va­tions urbaines qui per­me­t­tront d’améliorer la qual­ité de vie dans la ville du futur. Ren­dre une ville har­monieuse et agréable à vivre où la qual­ité de l’air sera pri­mor­diale avec la con­struc­tion de bâti­ments verts, telles seront les préoc­cu­pa­tions majeures de la ville de demain.

Mag­nifique, n’est-ce pas ? Orwell s’en retourne dans sa tombe.


Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tomber, hier, sur l’article que j’ai con­sacré au jour­nal­iste polon­ais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bouquins fameux, Imperi­um – sur l’empire sovié­tique finis­sant, une suite de reportages à sa façon –, j’y rel­e­vais ça :

« Trois fléaux men­a­cent le monde. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racisme. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pestes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le dernier numéro du men­su­el L’Histoire (thème : New­ton, les Lumières et la révo­lu­tion sci­en­tifique : excel­lent autant qu’actuel), un lecteur revient sur le précé­dent numéro (novem­bre) con­sacré aux com­mu­nistes et titré « Pourquoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des répons­es peu­vent être avancées. Mais ce lecteur con­tin­ue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nom­bre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­pren­dre pourquoi ils sont resté com­mu­nistes ». Et d’égrener le chapelet des hor­reurs stal­in­i­ennes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Con­fère le troisième fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­tal­isme religieux.

Même si les caus­es et les effets dif­férent dans les nuances, nazisme, stal­in­isme et dji­hadisme relèvent du tronc com­mun de « la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. » Les con­séquences aus­si con­ver­gent dans la vio­lence la plus mor­tifère con­duisant les peu­ples cré­d­ules aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­tiques para-religieux. Ain­si les fon­da­men­tal­istes du libéral­isme ultra, les ado­ra­teurs du Marché et de sa Main invis­i­ble, celle qui agit « en douce », par délé­ga­tion, sans se mon­tr­er au grand jour, et n’en con­duit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­tices, guer­res, mis­ère.

Ain­si les néga­tion­nistes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illus­tres prédécesseurs face aux géno­cides nazis, choi­sis­sent la cat­a­stro­phe plutôt que de renon­cer à leurs cultes con­som­ma­toires. Cultes innom­brables aux­quels d’ajoutent la plus crasse imbé­cil­lité telle que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (France 2) exhibant de fameux spéci­mens du genre : ceux qui, aux Etats-Unis, trafiquent leurs diesel mon­strueux pour qu’il éructent les plus épaiss­es fumées noires… (J’avais pub­lié une vidéo sur ces éner­gumènes, mais elle a été dés­ac­tivée, je ne sais pourquoi… Des dizaines de vidéos paradent sur la toile – taper “coal rolling” et dés­espér­er du genre humain…)

Après eux le déluge. Sur le même mode, en somme, par lequel un tiers des électeurs du « pays des Droits de l’Homme » – et patati et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cisme présentable, juste « pour essay­er », puisque les autres leur parais­sent usés – ce qui n’est pas faux, certes !

Mais enfin, quelle défaite annon­cée ! Défaite de la pen­sée, des con­vic­tions, des valeurs. De soubre­sauts en cahots, en cul­butes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégay­er, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sis­sent.

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Où allons-nous ? “Ça débor­de” de partout ; de gauche et de droite„ extrême­ment. [Ph. d.r.]


Air France. Sans-chemises et sans-culottes

Une chemise déchirée, et même deux. Une agres­sion con­tre des per­son­nes – fussent-elles des « patrons ». Certes, le geste est moche. Ou plutôt « non esthé­tique ». C’est le geste du dés­espoir, le dernier geste du con­damné avant l’exécution. Il n’est ren­du beau qu’au ciné­ma. Per­dre son emploi de nos jours, c’est une exé­cu­tion. C’est pass­er du statut de « chanceux », pour ne pas dire priv­ilégié – du priv­ilège d’avoir un tra­vail, qui est sou­vent une tor­ture… – à celui de déclassé, de déchu.
Alors, quand la direc­tion d’Air France annonce la sup­pres­sion de 2.900 emplois, cela sig­ni­fie 2.900 vies déchirées (bien davan­tage, en fait). À côté desquelles deux chemis­es déchirées, même blanch­es et bien repassées, c’est une vio­lence très mod­érée !


Une vidéo révèle les négo­ci­a­tions chez Air France par Buz­zVid

La vidéo ci-dessus a été prise quelques min­utes avant les inci­dents qui forceront les dirigeants Xavier Brose­ta et Pierre Plis­son­nier à s’échapper du siège d’Air France. Des employés ten­tent d’interpeller et d’ouvrir le dia­logue.
Cette vidéo est poignante, mon­trant le courage et le dés­espoir d’une femme affrontant la morgue des cols blancs, mains dans les poches ou bras croisés, tripotant leurs porta­bles, touil­lant leur café, l’air gogue­nard pour ne pas dire niais, et finale­ment muets comme des tombes. « On nous a demandé de faire des efforts, on les a faits ! » lance cette femme au bord du san­glot dans un mono­logue pathé­tique.

Face à elle, l’indifférence, le mépris. Les cadres regroupés dis­cu­tent entre eux, feignant d’ignorer l’interpellation. L’un d’eux lâche enfin : « On n’est pas habil­ités, on n’est pas habil­ités ».

Ils n’ont rien à répon­dre au réquisi­toire. Car ils ne sont même pas respon­s­ables et ne peu­vent répon­dre de rien… Minables pan­tins cra­vatés du cap­i­tal­isme plan­qué, sans vis­age, suite de chiffres et de pour cents, jouant dans les casi­nos financiers  à l’ombre des par­adis fis­caux, fix­ant de loin, « off shore », les taux de ren­de­ment de leur sale pognon dont ils se goin­frent jusqu’à l’intoxication.

Des vio­lences autrement plus rad­i­cales, la dégra­da­tion générale des con­di­tions socio-économiques nous en promet ! Les « voy­ous » et la « chien­lit » se sou­vien­dront peut-être des sans-culottes et ne s’en pren­dront plus seule­ment aux chemis­es.
Sur son blog, le mil­i­tant encore social­iste Gérard Filoche a ressor­ti pour la cir­con­stance un dis­cours de Jean Jau­rès devant la Cham­bre des députés le 19 juin 1906. Ces paroles sont d’une actu­al­ité brûlante :

« Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action vio­lente, de gestes désor­don­nés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassem­blent, à huis clos, dans la sécu­rité, dans l’intimité d’un con­seil d’administration, et à quelques-uns, sans vio­lence, sans gestes désor­don­nés, sans éclats de voix, comme des diplo­mates cau­sant autour du tapis vert, ils déci­dent que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvri­ers ; ils déci­dent que les ouvri­ers qui con­tin­u­ent la lutte seront exclus, seront chas­sés, seront désignés par des mar­ques imper­cep­ti­bles, mais con­nues des autres patrons, à l’universelle vin­dicte patronale. […] Ain­si, tan­dis que l’acte de vio­lence de l’ouvrier appa­raît tou­jours, est tou­jours défi­ni, tou­jours aisé­ment frap­pé, la respon­s­abil­ité pro­fonde et meur­trière des grands patrons, des grands cap­i­tal­istes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Et Filoche de com­menter : « Mal­heureuse­ment, Manuel Valls traite les salariés de « voy­ous » et prend fait et cause pour la direc­tion d’Air France. Il est vrai qu’il se réfère plus sou­vent à Clé­menceau, le briseur de grèves, qu’à Jau­rès… »


Réfugiés à Aix-en-Provence : Pas de ça chez moi ! clame Maryse Joissains

Des réfugiés « chez moi » ? Et quoi encore ? La maire d’Aix-en-Provence, Maryse Jois­sains, n’a pas tardé à se dis­tinguer sur ce chapitre du rejet qui con­stitue son fond de com­merce poli­tique. Sa largesse de vue et d’esprit sur­gis­sent de même, agré­men­tée de sa « dis­tinc­tion » légendaire, déclarant ain­si [La Provence 8/9/15]:

« Des migrants, j’en ai déjà suff­isam­ment à Aix. Il y a les sans-papiers et les Roms. J’ai mon quo­ta. Je rejette la poli­tique de dan­gerosité de Hol­lande qui ne sait pas gér­er la crise. En plus, après la pho­to de l’enfant syrien, retrou­vé mort noyé, il fait appel à l’émotion pop­u­laire. Ce qui est indigne. Les Syriens, il faut les accueil­lir chez eux, les pro­téger chez eux. » Admirons la finesse de l’analyse et sa portée géo-poli­tique. Elle pour­suit : « Puis, 24.000 ça veut dire quoi ? Il y a des mil­liers de migrants et ça va provo­quer un appel d’air. Ce qu’on est en train de faire, c’est de la dépor­ta­tion. [sic] Si c’est ça l’humanisme, alors je n’y com­prends plus rien. » La Provence ajoute : « Maryse Jois­sains avouera néan­moins [sous la tor­ture des jour­nal­istes ? Note du blogueur] qu’elle est prête à accueil­lir des Syriens. « Mais des chré­tiens ».

andré faber 2015

© andré faber 2015

Oui, restons entre gens de bonne com­pag­nie. Et, surtout, pas ques­tion de laiss­er le « mono­pole » du rejet aux lep­enistes du FN qui pour­raient lui faire de l’ombre. Mais de petits arrange­ments seront tou­jours pos­si­bles avec cette femme qui n’est ni démoc­rate ni répub­li­caine. Rap­pelons ses pro­pos de mai 2012, autour de la prési­den­tielle :

  «  Même si M. Hol­lande est pro­clamé pré­sident de la Répu­blique, je ne pense pas qu’il soit légi­time, parce qu’il y arrive après un com­bat anti-démoc­ra­tique comme on ne l’a jamais vu dans ce pays. »

«  Fran­çois Hol­lande est un dan­ger pour la Répu­blique. Cet homme n’a jamais fait la démons­tra­tion qu’il ait fait quelque chose dans sa vie. Je ne le crois pas com­pé­tent, ni capa­ble. En tout cas phy­si­que­ment. Il ne don­nera pas l’image d’un pré­sident de la Répu­blique. J’aurais aimé d’un pré­sident qu’il ait plus de pres­tance et pas qu’il agite ses petits bras comme il le fait dans tous ses mee­tings parce que ça me paraît extrê­me­ment ridi­cule. » [Lire sur « C’est pour dire » Sarkozysme. Le putsch ver­bal et fas­cisant de Maryse Jois­sains, maire d’Aix-en-Provence ]

Maryse Jois­sains, on le sait, a tou­jours eu un gros faible pour les petits bras agités par son politi­cien préféré. Affaire de goût, de choix. On ne dis­cute même pas.

Quant à La Provence – le quo­ti­di­en mar­seil­lais –avec ou sans Tapie à sa tête, il reste fidèle à sa ligne plate­ment dém­a­gogique. Ain­si son innom­ma­ble rubrique « Le vote du jour », en dernière page, entre la météo et l’horoscope, qui soumet une ques­tion à la réponse binaire : oui/non et « Ne se prononce pas ». Exem­ple de ce mar­di 8/9/15 : À la ques­tion « Faut-il assou­plir les con­di­tions d’accueil des réfugiés syriens ? » « Vous avez voté hier » : Oui, 17 % — Non, 79 %. (Sans avis 4 %).

Une telle pra­tique est scan­daleuse, à plus d’un titre.

Sans dis­cuter ici de la valid­ité des sondages en général (même pra­tiqués selon les règles de l’art), le jour­nal, lui, n’indique jamais le nom­bre de répons­es obtenues – c’est dire la valeur de ses pour­cent­ages ! Quant aux ques­tions posées, elles vont des plus débiles aux plus graves comme celle du jour, posée de manière on ne peut plus incon­séquente : Faut-il assou­plir [que le verbe est judi­cieux !] les con­di­tions d’accueil [lesquelles ?]…

Ce genre de dérive relève tout autant de l’abêtissement jour­nal­is­tique que de l’absence d’éthique. Elle n’en recèle pas moins des inten­tions inavouées, peut-être incon­scientes – allez savoir !

Sur ce con­stat et sur les pro­pos de Mme Jois­sains, l’archevêque du Vau­cluse, Mgr Cat­tenoz a de quoi s’époumoner encore davan­tage que dans sa vidéo sur inter­net où il déclare :

« J’ai honte de mon pays, la France, qui, à plus de 50% de sa pop­u­la­tion, refuse l’accueil des migrants. J’ai honte de cer­tains poli­tiques qui tien­nent des pro­pos inqual­i­fi­ables lorsqu’ils par­lent de “ces gens-là”. Ils les désig­nent avec mépris. J’ai honte des chré­tiens qui sem­blent ignor­er cette tragédie des migrants et surtout se refusent à per­dre les avan­tages acquis de leur niveau de vie ».

Pro­pos repris dans La Provence du même jour, même arti­cle, même puni­tion.


Séguéla : « Même si on est clochard, on peut arriver à mettre de côté 1 500 euros »

Jacques Séguéla, le plus con des pubeux bronzés vient de remet­tre une couche  à sa con­ner­ie déjà grat­inée. Après sa sor­tie de 2009 — «Si à cinquante ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie !», le célèbre moral­iste s’est sur­passé sur BFM TV. En ten­tant minable­ment de jus­ti­fi­er sa “pub” précé­dente – une «con­ner­ie», admet-il en se don­nant une baffe, même s’il ne la «regrette pas» [sic], il a cru bon d’ajouter : « Il n’y a pas de rai­son de dire aux gens “Vous êtes con­damnés à ne jamais vous faire le plaisir de votre vie”. On a quand même le droit, même si on est clochard, on peut arriv­er à met­tre de côté 1 500 euros ! On a le droit de rêver nom de Dieu ! »

À coté de  ce gars-là, Pierre Bour­dieu fait pense-petit, je trou­ve.


On ne peut interdire la connerie du maire de Venelles !

Être traité pour un can­cer de la bouche n’empêche donc pas de dire des con­ner­ies. Cela y con­tribuerait-il même ? Stu­pides ques­tions pour pro­pos débiles tenus par « mon » maire : Robert Chardon, ci-devant UMP (en passe d’exclusion selon NKM – on ver­ra) ou futur FN (non : trop à droite pour Marine Le Pen !).

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Voilà en tout cas une pub pas bien reluisante pour ma petite com­mune de Venelles (8.000 habi­tants). Toute la France infor­mée con­naît désor­mais l’indécente propo­si­tion faite à Sarkozy (cepen­dant ouvert à tout) de ce pre­mier mag­is­trat à la grande fibre répub­li­caine : inter­dire l’islam en France. Il y va de l’avenir de la France et plus encore de la foi judéo-chré­ti­enne.

Dans son élan vers les plus hautes pen­sées, ce va-t-en-guerre (de reli­gion) avance en effet d’audacieuses propo­si­tions :

« Je sup­prime la loi de 1905 et proclame que la République favorise la pra­tique de la foi chré­ti­enne », explique l’élu qui se com­pare à Louis XIV, qui avait révo­qué l’édit de Nantes en 1685.

« Il faut un plan Mar­shall pour le Maghreb. Il faut aus­si une inter­ven­tion mil­i­taire en Libye. Il faut égale­ment met­tre fin au dan­ger que représen­tent les boat peo­ple » [sur Europe 1].

twt chardon

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Robert Chardon relaie aus­si des mes­sages anti-islam comme “Pro­tégez-vous, adoptez un cochon !” (sur son compte Face­book).

Le plus comique, si on peut dire, c’est que Venelles, à dix kilo­mètres d’Aix-en-Provence, est prob­a­ble­ment l’une des com­munes les moins « islamisées » de la région, voire de France ! Pas un « Arabe », pas un « Noir » à l’horizon : rien que des Blancs, bour­geois, judéo-chré­tiens – tout ce qu’il y a de plus pro­pres, nor­maux et vac­cinés, dont 56 % ont voté l’an dernier pour ce saint-homme et ses fan­tasmes de croisé.

Inter­dire le culte de l’islam, ça peut même se con­cevoir – la preuve. Mais inter­dire la con­ner­ie – là, on est désar­mé.


Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de presse domini­cale, mon cama­rade Daniel Chaize ne manque pas de découper les meilleurs morceaux dans le lard de la bête médi­a­tique. Exem­ple, extrait de Libé de same­di :

[…] Les cap­i­tal­istes netarchiques (Face­book, Google, Ama­zon, …) fonc­tion­nent avec 100 % des revenus pour les pro­prié­taires et 0 % pour les util­isa­teurs qui cocréent la valeur de la plate­forme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des mod­èles par­a­sitaires : Uber n’investit pas dans le trans­port, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les doc­u­ments, ni YouTube dans la pro­duc­tion médi­a­tique.

Michel Bauwens, théoricien de l’économie col­lab­o­ra­tive, Libéra­tion, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cli­quer comme ça, ingénu­ment et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Cha­cun de nos clics (à part sur les blogs inno­cents et purs de tout com­merce – et qui enrichissent au sens noble) finis­sent en mon­naie son­nante et non trébuchante : pas la moin­dre hési­ta­tion quand il s’agit d’engrosser les escar­celles déjà débor­dantes des cap­i­tal­istes netarchiques – retenons l’expression.

C’est ain­si, en effet, que les plus gross­es for­tunes mon­di­ales se sont con­sti­tuées à par­tir de petits riens, mul­ti­pliés par trois fois rien, ce qui finit par faire beau­coup et même énorme ! C’est là l’application mod­erne d’un des fonde­ments de l’accu­mu­la­tion du cap­i­tal, comme dis­ait le vieux bar­bu : ven­dre « pas cher » de façon à ven­dre beau­coup. Pas cher : juste au-dessus du prix que les pau­vres peu­vent pay­er, quitte à s’endetter – les ban­ques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pau­vres, c’est qu’ils sont nom­breux et se repro­duisent en nom­bre !

Cette fois, ces netarchiques font encore plus fort : ils vendent du vent et en tirent des for­tunes. Et, surtout, sans don­ner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escro­quent puisqu’ils « ren­dent ser­vice », ces braves gens, en « flu­id­i­fi­ant l’économie », qu’ils pom­pent sans ver­gogne – et sans même pay­er d’impôts dans les pays d’implantation ! –, ruinant des secteurs entiers dans lesquels les pau­vres sur­vivaient en trou­vant quelque rai­son d’exister sociale­ment.

Voyez les taxis, par exem­ple. Une tech­nolo­gie exploitée par des filous (Uber) a com­mencé à les ren­dre obsolètes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un méti­er (quoi qu’on puisse dire de cer­tains d’entre eux, mar­goulins à l’ancienne), une place et une fonc­tion sociales, par­tic­i­paient à l’économie générale de l’échange. N’importe qui (au chô­mage par exem­ple) peut désor­mais les rem­plac­er, au pied levé, et au noir bien sou­vent…

1984-orwell

1984”, film de Michael Rad­ford d’après George Orwell

Ain­si se détru­it tout un tis­su, certes non par­fait, mais dont la dis­pari­tion sera dom­mage­able à l’ensemble de nos sociétés.

Ain­si nais­sent les nou­veaux empires, par glisse­ments insen­si­bles dans la dématéri­al­i­sa­tion des échanges et d’une grande par­tie de la pro­duc­tion marchande.

Ain­si s’instaure le nou­v­el impéri­al­isme, que ni Hux­ley ni Orwell n’avaient imag­iné dans sa forme, mais qui réalise bien le con­trôle mon­di­al de l’économie sous la total­ité (total­i­taire), ou qua­si total­ité, de ses vari­antes. Avec, comme corol­laire – à moins que ça n’en con­stitue les prémiss­es – le con­trôle physique et men­tal des indi­vidus (déjà bien avancé !), le plus sou­vent avec leur con­sen­te­ment pas­sif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation générale.

Mais où sont les lab­o­ra­toires de la révo­lu­tion qui s’opposera à ce désas­tre annon­cé ? Les netarchiques seraient-ils déjà en train de s’en occu­per ?…


SwissLeaks”. Des milliards d’euros, des milliers de fraudeurs – dont 3.000 Français

HSBC (Hong Kong & Shang­hai Bank­ing Cor­po­ra­tion) est un groupe ban­caire inter­na­tion­al bri­tan­nique présent dans 84 pays et ter­ri­toires et rassem­blant 60 mil­lions de clients. Son siège social est à Lon­dres.

Elle a été fondée à Hong Kong par l’Écossais Thomas Suther­land pour financer le com­merce dans l’Extrême-Orient en 1865 et, à l’origine, le traf­ic d’opi­um. Avant de démé­nag­er son siège social à Lon­dres au début des années 1990, elle était basée à Hong Kong. Elle fut un temps le qua­trième groupe ban­caire dans le monde après Cit­i­group, Bank of Amer­i­ca et la Banque indus­trielle et com­mer­ciale de Chine.

Mon­tr­er la face cachée du secret ban­caire en Suisse, un défi a pri­ori autrement plus coton que d’aller voir der­rière la lune ! Le Monde et plusieurs médias inter­na­tionaux vien­nent pour­tant de dévoil­er cet univers de la fraude et de la richesse plan­quée après avoir eu accès aux don­nées col­lec­tées par un infor­mati­cien, Hervé Fal­ciani, ex-employé de la banque bri­tan­nique HSBC à Genève.

Ces révéla­tions ébran­lent les milieux ban­caires inter­na­tionaux et met­tent en cause de nom­breuses célébrités des affaires et du show­biz, de l’humoriste français Gad Elmaleh (celui de la pub télé où il imag­ine « la banque idéale »…) au roi du Maroc Mohamed VI et au roi Abdal­lah II de Jor­danie, en pas­sant par l’acteur améri­cain John Malkovich, le coif­feur Dessange, le foot­balleur Christophe Dugar­ry, le pein­tre Chris­t­ian Boltan­s­ki, Arlette Ric­ci, héri­tière de Nina Ric­ci, Aymeri de Mon­tesquiou, séna­teur (UDI) du Gers, Jean-Charles Marchi­ani, con­damné dans l’Angolagate, etc.

Bap­tisée « SwissLeaks », l’opération pro­pose un voy­age au cœur de l’évasion fis­cale, met­tant en lumière les rus­es util­isées pour dis­simuler de l’argent non déclaré. Petite vidéo éduca­tive :


Com­pren­dre la fraude fis­cale de HSBC en 3 min par lemon­de­fr

Pen­dant de nom­breuses années, les infor­ma­tions copiées par Hervé Fal­ciani n’étaient con­nues que de la jus­tice et de quelques admin­is­tra­tions fis­cales, même si cer­tains élé­ments avaient fil­tré dans la presse.

Le Monde a eu accès aux don­nées ban­caires de plus de 100 000 clients et a mis les infor­ma­tions à la dis­po­si­tion du Con­sor­tium des jour­nal­istes d’investigation (ICIJ) à Wash­ing­ton, qui les a partagées avec plus de 50 autres médias inter­na­tionaux, dont le Guardian, au Roy­aume-Uni, ou la Süd­deutsche Zeitung, en Alle­magne.

Les don­nées, analysées par quelque 154 jour­nal­istes, por­tent sur la péri­ode allant de 2005 et 2007. 180,6 mil­liards d’euros auraient ain­si tran­sité, à Genève, par les comptes HSBC de plus de 100 000 clients et de 20 000 sociétés off­shore, très pré­cisé­ment entre le 9 novem­bre 2006 et le 31 mars 2007. Plus de 5,7 mil­liards d’euros auraient été dis­simulés par HSBC Pri­vate Bank dans des par­adis fis­caux pour le compte de ses seuls clients français, env­i­ron 3 000…


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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