On n'est pas des moutons

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Faber, trait international

Les habi­tués de C’est pour dire connaissent les talen­tueux des­sins de mon ami André Faber. Il était déjà connu aus­si des lec­teurs de Cour­rier inter­na­tio­nal mais cette fois le spé­cial été, sup­plé­ment au numé­ro de la semaine, est entiè­re­ment illus­tré par lui et son trait inimi­table. Belle et juste consé­cra­tion. Alleluia !


Présidentielles. On n’a pas fini de rigoler (jaune)

J’ai même édi­té un timbre. Rien n’y a fait ! Un métier…

Je cède : tant de com­men­taires, ana­lyses, sup­pu­ta­tions, etc. déver­sés depuis des mois… Et rien sur ma can­di­da­ture, son échec, mon déses­poir, mon dépit ! À déses­pé­rer de la mer­dia­cra­tie. Ce néo­lo­gisme-valise syn­thé­tise à mer­veille le dégoût poli­ti­cien à l’encontre de la presse dans son ensemble – à l’exception tou­te­fois du Figa­ro et de Valeurs actuelles. Il réunit aus­si dans un même haut-le-cœur, Le Pen et Mélen­chon, outrance et amer­tume, triste alliance de contraires.

C’est en fait sous la pres­sion de mes innom­brables fans 1 que je reprends ma plume délais­sée sur ce blog depuis deux mois ! D’autres tâches m’avaient acca­pa­ré ; et puis, eh oui ! je n’ai pas réuni mes 500 signa­tures, pas même cinq… N’est pas Che­mi­nade qui veut, ni Pou­tou, ni Arthaud, etc. Ni dieu, ni césar, ni tri­bun. Ain­si en étais-je res­té à lInsou­mis « qui ne plan­tait rien », en tout cas qui s’est plan­té, à pas grand-chose, il est vrai – à deux points de Le Pen. À quoi cela tient-il, une foi­rade en poli­tique ? À un mot de trop, un déra­page ver­bal et fatal. Pour lui, son Alliance boli­va­rienne, au moment même où son cama­rade véné­zué­lien met­tait Cara­cas à feu et à sang. Il a eu beau ten­ter de rat­tra­per l’affaire avec un vague truc com­mer­cial guya­no-antillais, ben non, le coup était bien par­ti. Pour le Mar­cheur, une ivresse de trop, celle du pou­voir qui monte à la tête d’un Ras­ti­gnac si pres­sé, qui va devoir mâcher de la Rotonde comme l’autre avant lui avait dû bouf­fer du Fouquet’s pen­dant cinq ans.

À ce niveau, un trait de finesse s’impose. Des­sin de Charb, Char­lie Heb­do, 2016.

C’est dire si je compte m’obstiner à voter pour Elzéard Bouf­fier, qui plan­tait des arbres. 2 Rap­pel : mon can­di­dat (à défaut de ma propre can­di­da­ture…) est par­rai­né par un cer­tain Jean Gio­no, un fada de Manosque, Alpes de Haute-Pro­vence. Ce même Gio­no que ledit Mélen­chon a insul­té à la télé­vi­sion, en direct, quand le comé­dien Phi­lippe Tor­re­ton avait cru bon, éco­lo et géné­reux de lui offrir L’Homme qui plan­tait des arbres, dudit Gio­no : « [Un livre] fon­da­men­ta­le­ment immo­ral ! », avait tout aus­si­tôt lan­cé Mélen­chon. Quelle immo­ra­li­té, bigre ? Celle de « cette his­toire […] écrite pen­dant la guerre, et quand on lutte contre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se battre ! » 3

Quoi qu’il en soit, les élec­teurs de Manosque, magna­nimes ou indo­lents, n’en ont pas vou­lu au don­neur de leçon va-t’en guerre : ils l’ont pla­cé en tête à 22,5% des bul­le­tins… Pour qui vote­ront-ils le 7 mai si leur pré­fé­ré s’obstine dans le ni-ni ? Car, lorsqu’on lutte contre « le fas­cisme », est-il bien moral de ne pas s’engager, hein ? Or, voi­là le « Tri­bun du peuple » sou­dain muet, mou­ché sur sa droite extrême, en appe­lant à la vox populi/dei de ses 450 000 afi­cio­na­dos.

Sans légende, et désor­mais légendaire.

Je rap­pe­lais en note, dans mon article pré­cé­dent que, jusqu’à l’avènement d’Hitler, le Par­ti com­mu­niste alle­mand avait pour cible prio­ri­taire le Par­ti social-démo­crate ! Et on sait que l’Histoire peut bégayer – même si je ne sau­rais confondre lepe­nisme et nazisme. Les ana­thèmes sim­plistes et outran­ciers contre le Front natio­nal n’ont plus de prise ; ils sont même deve­nus contre-pro­duc­tifs en niant une réa­li­té (certes acca­blante et déplo­rable) encore véri­fiée par ces élec­tions : le FN est confir­mé comme pre­mier par­ti « ouvrier » – plus pré­ci­sé­ment ceux des lais­sés pour compte, ceux que « les élites » ignorent ou méprisent, ceux que « le sys­tème » condamne, tout comme les « euro­crates » bruxel­lois et les « hordes d’immigrés ». Sous les outrances ver­beuses et le ric­tus car­nas­sier de la can­di­date, il y a « du vrai » qui atteint un citoyen sur cinq (et plus encore dans quinze jours…). Et elle tape juste, la fron­tiste, en filant droit à Run­gis saluer comme Sar­ko­zy « la France qui se lève tôt », à l’encontre de celle des couche-tard de la Rotonde… 4

Quant à l’effondrement de Hamon, il sonne certes le glas du PS, mais aus­si d’un pro­gramme éco­lo­giste et uto­piste. Dans cette France des 35-40 heures, on ne doit pas oser désa­cra­li­ser la valeur tra­vail. 5 Ain­si ont voté les 387 citoyens de Fes­sen­heim autour de leur vieille, dan­ge­reuse et nour­ri­cière cen­trale : les nucléa­ristes y font le plein, Fillon en tête, sui­vi de Macron, Le Pen et même Dupont-Aignant – Mélen­chon et Hamon recueillant moins de 50 voix…

À pro­pos de Dupont-Aignant, ren­dons lui grâce, avec ses petits 5 pour cent, de nous avoir à la fois épar­gnés la Le Pen en tête de gon­dole 6, et sau­vés du spectre Fillon. Lequel,  avec « son air de curé qui a piqué dans les troncs » 7, n’était pas si loin du podium… On se console de peu. Mais on n’a pas fini de rigo­ler (jaune) car revoi­là Sar­ko et sa bande d’embusqués prêts à dégai­ner pour le troi­sième tour. Le pire n’est jamais cer­tain, dit-on par précaution.

Notes:

  1. Eh eh, le Jo !
  2. À moins, une fois de plus, d’un péril avé­ré…
  3. Voir mon papier sur le sujet.
  4. C’est au len­de­main de ce pre­mier tour que les pro­duc­teurs de « viandes racées  » lancent une sai­gnante cam­pagne de pub dans les médias… avec ce slo­gan fleu­rant sa terre pétai­niste : « Ini­tiez-vous aux plai­sirs racés  ». Si la notion de race s’applique aux vaches, pour­quoi plus aux hommes ?
  5. Sur­tout en impro­vi­sant bien labo­rieu­se­ment, c’est le cas de le dire, sur la ques­tion du reve­nu uni­ver­sel » !
  6. Il va se faire par­don­ner vite fait!
  7. Dézin­guage en règle lan­cé sur France Inter par Char­line Van­hoe­na­cker, du « com­plot média­tique ».

Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mou­rir, lui qui aurait pré­fé­ré cre­ver. Faut être encore plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne directe. Enfin, c’est son affaire. On ne sait quand auront lieu ses obsèques natio­nales. Plu­tôt que les Inva­lides ou le Pan­théon, il s’était réser­vé un coin à Mont­martre – à quel cime­tière (celui du haut ou l’autre sous le pont Cau­lain­court) ? Il y aura une fan­fare au moins, comme à la Nou­velle-Orléans ? Une fan­fare de jazz, espé­rons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simone, Ray Charles, Diz­zy Gil­les­pie, Count Basie, Billie Holi­day… le free aus­si, Col­trane, Pha­roah San­ders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­tringue gau­chiste ; s’était fait embo­bi­ner par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était reve­nu ; avait fré­quen­té Mal­com X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-violent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes confon­dus – c’était son sport favo­ri, à éga­li­té avec l’anti-militarisme ; de quoi orien­ter toute une vie de des­si­neu-grande-gueule au coup de crayon assas­sin ; de quoi en lan­cer des ana­thèmes défi­ni­tifs, et des « font chier », et des doigts d’honneur grand comme des cac­tus géants, de celui en bronze qui va désor­mais mon­ter la garde sur ses cendres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un inté­res­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans « The Dis­si­dent » (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à faire son coming out sur ce point…


En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablu­tions, le café et toute la pro­cé­dure de démar­rage du lamb­da qui s’est cou­ché tard pour cause de chaos mon­dial, j’allume mon ordi res­té en mode télé de la veille. Et voi­là que je tombe (France 2) sur trois las­cars en cra­vates devi­sant, pei­nards, sur l’étymologie des pré­noms musul­mans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort inté­res­sante. Je suis sur le ser­vice public de la télé. Vont suivre « La Source de vie », émis­sion des juifs, puis « Pré­sence pro­tes­tante », puis « Le Jour du Sei­gneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut prendre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hié­rar­chie calculée…)

Donc, pas de pain, mais du reli­gieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa pro­fond. Dans les deux cas, il s’agit de relier, autant que pos­sible, selon des niveaux de croyances bien sépa­rés de la pen­sée cri­tique, en strates, en couches sédi­men­taires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beau­coup… Cha­cun res­tant dans ses réfé­rents ancrés au plus pro­fond de soi, depuis l’inculcation paren­tale, selon qu’on sera né à Kara­chi, Nia­mey, Los Angeles, Mar­seille, Paris XVIe ou Gennevilliers.

Entre-temps j’ai allu­mé le poste (France Culture, ma radio pré­fé­rée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se suc­cé­der : Chré­tiens d’Orient, Ser­vice pro­tes­tant, La Chro­nique science (trois minutes…), Tal­mu­diques, Divers aspects de la pen­sée contem­po­raine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aus­si être le Grand orient, la Libre pen­sée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est tou­jours sur le ser­vice public des médias d’un pays laïc et je trouve ça plu­tôt bien, même si, on le devine, toutes les innom­brables cha­pelles, obé­diences et autres ten­dances font la queue devant le bureau de la pro­gram­ma­tion de Radio France pour qué­man­der leurs parts de prêche.

sempe-tele-laicite

– Main­te­nant, je vou­drais vous poser la ques­tion que doivent se poser tous nos spec­ta­teurs : Com­ment votre concept oni­rique à ten­dance kaf­kaïenne coexiste-t-il avec la vision sublo­gique que vous vous faites de l’existence intrin­sèque ? [© Sempé]

Je trouve ça plu­tôt bien, et qu’on nous foute la paix ! Sur­tout dans la mesure où – pour par­ler pré­ci­sé­ment de France Culture – le reste des pro­grammes est essen­tiel­le­ment orien­té sur la culture, au sens plein – incluant à l’occasion les reli­gions –, et tout le champ des connais­sances : phi­lo­so­phiques, his­to­riques, anthro­po­lo­giques, socio­lo­giques –scien­ti­fiques en géné­ral, sans oublier l’information (les Matins avec Marc Voin­chet, 6 h 30 – 9 h, sont exemplaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« excep­tion cultu­relle » fran­çaise et qu’elle est pré­ci­sé­ment un pro­duit de notre laï­ci­té. Et je note aus­si un autre effet, tout récent celui-là car lié aux atten­tats du 7 jan­vier, et en par­ti­cu­lier le pre­mier contre Char­lie Heb­do. Il ne s’agit nul­le­ment de mini­mi­ser celui contre les juifs du maga­sin casher, évi­dem­ment, mais seule­ment d’en res­ter au fait de la liber­té d’expression et de cari­ca­ture. Je trouve, en effet, que le ton des médias a mon­té d’un cran dans l’expression même de cette liber­té, du moins dans une cer­taine vigueur de lan­gage, voire une ver­deur – ce qui consti­tue un signe mani­feste et sup­plé­men­taire de libération.

Encore un effort ! Et pour­vu que ça dure.


« Charlie Hebdo ». Tenter de vivre

Riss-charlie

Laurent Sou­ris­seau, alias Riss, va reprendre les rênes de « Char­lie Hebdo ».

Hier soir mar­di, au jour­nal télé, appa­ri­tion de Riss comme un sur­vi­vant, qu’il est, de la tue­rie de Char­lie Heb­do. Regard ter­ri­ble­ment mar­qué, lui qui a vécu l’horreur, en a réchap­pé sans trop savoir com­ment ; mais abat­tu quand même, mar­qué, tou­ché par cette vio­lence abso­lu­tiste qui l’a atteint et meur­tri. Un regard si triste der­rière des paroles empreintes de séré­ni­té et peut-être aus­si d’un grand scep­ti­cisme sur l’humanité. Le mot de Valé­ry, plus que jamais : « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

Ce mer­cre­di matin, sur France Culture, la hau­teur de vue d’un Pierre Nora sur les évé­ne­ments et ses suites pos­sibles, par­lant en his­to­rien de l’émergence de la « conscience de soi »,  de la révo­lu­tion de « 36 », et celle de « 68 » qui ont chan­gé l’Histoire. Et main­te­nant ? Main­te­nant que, « dans les quar­tiers » le mot « rai­son » s’apparente à la domi­na­tion – ce mot issu des Lumières, appa­ren­té « à la classe qui sait, et qu’on récuse par défi­ni­tion ». Tan­dis qu’à cette jeu­nesse délais­sée, sans ave­nir, « en face on pro­pose une cause, une aven­ture, l’ivresse des armes, une cama­ra­de­rie : le roman­tisme de la jeu­nesse, une fra­ter­ni­té et le para­dis au bout après le sacri­fice… » Alors, la tâche sera rude !

Il ne s’agira pas de se payer de mots en dénon­çant un « apar­theid ter­ri­to­rial, social, eth­nique » dans les quar­tiers fran­çais. Ce qui est un début. De même que déblo­quer 700 mil­lions d’euros est une manière de faire face à l’urgence du dan­ger, tan­dis que de trai­ter les causes pro­fondes ayant conduit aux drames pren­dra au moins une ou deux dizaines d’années.

Sans tom­ber dans la déma­go­gie, ni vou­loir tout mélan­ger, remar­quons cepen­dant que bien des décen­nies d’injustice sociale, dans notre pays comme dans le monde en géné­ral, n’ont jamais conduit à décré­ter un état d’urgence huma­ni­taire ! Et on relève à chaque hiver, dans les rues, à même les trot­toirs et selon le froid, des dizaines de morts.

Cette année encore, dans la riche sta­tion hel­vète de Davos, les « grands » du monde vont devi­ser gra­ve­ment sur l’état de l’économie mon­diale et « se pen­cher » sur la conjonc­ture et ce fait révol­tant révé­lé par un rap­port de l’ONG Oxfam :

Les 85 per­sonnes les plus riches du monde pos­sèdent autant que la moi­tié la plus pauvre de la popu­la­tion, soit 3,5 mil­liards de personnes.

Y a-t-il vio­lence plus révol­tante et, de ce fait, plus géné­ra­trice des désordres mon­diaux ? Oui, la tâche sera rude !


 

Pascal Blan­chard, his­to­rien et auteur de La France ara­bo-orien­tale était mar­di l’invité de Claire Ser­va­jean dans le jour­nal de 13 heures de France Inter. Il revient sur ce terme « d’Apartheid » uti­li­sé par Manuel Valls pour par­ler de la situa­tion sociale en France. Son ana­lyse mérite d’être (ré)entendue.


Pas­cal Blan­chard : « Employer des mots comme apar­theid…  »


 

Choqués par un repor­tage « sur le quar­tier de Cou­li­ba­ly » paru dans le Figa­ro le 15 jan­vier 2015, des étu­diants en jour­na­lisme d’Ile-de-France ont publié une vidéo dans laquelle ils disent refu­ser l »idéo­lo­gie et les pré­ju­gés ». Les Repor­ters Citoyens ont choi­si de réagir avec des mots. La Télé­Libre, l’EMI et Alter­mondes, par­te­naires du pro­jet de for­ma­tion aux métiers du jour­na­lisme et de l’image ont déci­dé de publier et de sou­te­nir leur tribune.


 Réac­tion de Repor­ters Citoyens à un repor­tage du Figaro


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du « cali­fat isla­mique  », les langues com­mencent à se délier dans le monde arabe. Les cri­tiques ne visent plus seule­ment les « mau­vaises inter­pré­ta­tions de la reli­gion », mais la reli­gion elle-même. Dans le monde, des voix – certes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dia­spo­ra musul­mane pour s’opposer à l’oppression isla­mique.

wafa sultanC’est le cas depuis plu­sieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chiatre amé­ri­ca­no-syrienne, exi­lée aux États-Unis, et qui s’exprime avec cou­rage et véhé­mence sur les télé­vi­sions – dont Al Jazee­ra…  « C’est pour dire » a dif­fu­sé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Celles-ci, rap­por­tées à l’actualité, prennent tout leur sens, notam­ment quand cette femme – mena­cée, faut-il-le dire ? – sou­ligne avec force com­bien, selon elle, il est impor­tant de faire bar­rage au ter­ro­risme reli­gieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­cu­lier les vidéos qui la montrent, ont été détour­nés par d’autres fana­tiques, anti-isla­miques en géné­ral et à l’occasion anti-Arabes et anti­sé­mites – autant dire d’horribles racistes, dont de bien fran­chouillards ! (Voir le géné­rique de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-dessus).

En France, des athées ont lan­cé un Conseil des ex-musul­mans de France. Leur mani­feste remonte à 2003. L’Obs a aus­si publié en 2013 le texte de Sami Bat­tikh, un jeune vidéaste liber­taire d’origine musul­mane. Sous le titre para­doxal Athée, voi­ci pour­quoi je défends désor­mais la pra­tique de l’islam, l’auteur expose sa moti­va­tion anti­ra­ciste et jus­ti­fie ain­si sa soli­da­ri­té avec les musul­mans. Il  se réfère à Han­nah Arendt et à sa réflexion autour de la bana­li­té du mal et de l’acceptation pas­sive d’une idéo­lo­gie. « Un demi-siècle après la publi­ca­tion de Eich­mann à Jéru­sa­lem, s’indigne l’auteur de l’article, notre socié­té n’a jamais été si proche de cette époque sombre et nauséabonde. »
Les réseaux dits sociaux dif­fusent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims » apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octobre der­nier, Omar Yous­sef Sulei­man, a publié sur le site liba­nais indé­pen­dant Raseef22 (Trottoir22) un article évo­quant les pous­sées de l’athéisme dans le monde arabe. Bouillon­ne­ment qu’il com­pare à celui qui a pré­cé­dé la Révo­lu­tion fran­çaise…  En voi­ci des extraits :
Dans le monde arabe, on pou­vait certes cri­ti­quer les per­sonnes char­gées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­mane elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y ris­quait, ou du moins le jeter en pri­son. Le mot d’ordre « l’islam est la solu­tion » a été scan­dé durant toute l’ère moderne comme une réponse toute faite à toutes les ques­tions en sus­pens et à tous les pro­blèmes com­plexes du monde musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a publié un repor­tage sur ce jeune Yémé­nite de 11 ans, Ammar Mohammed

Mais la créa­tion de l’Etat isla­mique par Daech et la nomi­na­tion d’un “calife ayant auto­ri­té sur tous les musul­mans”sou­lèvent de nom­breuses ques­tions. Elles mettent en doute le texte lui-même [les fon­de­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion reli­gieuse aux pro­blèmes du monde musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ro­riste du mou­ve­ment Daech, sa pro­cla­ma­tion du cali­fat ne peut être consi­dé­rée que comme la concré­ti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et groupes isla­mistes, à com­men­cer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frères musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siècle. Au cours de ces trois der­nières années, il y a eu autant de vio­lences confes­sion­nelles en Syrie, en Irak et en Egypte qu’au cours des cent années pré­cé­dentes dans tout le Moyen-Orient.

Cela pro­voque un désen­chan­te­ment chez les jeunes Arabes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments isla­mistes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage reli­gieux. Ain­si, en réac­tion au radi­ca­lisme reli­gieux, une vague d’athéisme se pro­page désor­mais dans la région. L’affirmation selon laquelle « l’islam est la solu­tion » com­mence à appa­raître de plus en plus clai­re­ment comme une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tirer les leçons des erreurs com­mises ces der­nières années.

Peu à peu, les intel­lec­tuels du monde musul­man s’affranchissent des phrases impli­cites, cessent de tour­ner autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­to­rique propre à la langue arabe qu’avaient employée les cri­tiques [musul­mans] du XXe siècle, notam­ment en Egypte : du [roman­cier] Taha Hus­sein à [l’universitaire décla­ré apos­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en doute du texte a une longue his­toire dans le monde musul­man. Elle s’est déve­lop­pée là où domi­nait un pou­voir reli­gieux et en paral­lèle là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la socié­té. [ L’écrivain arabe des VIIIe-IXe siècles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san consi­dé­ré comme le père de la lit­té­ra­ture arabe en prose au VIIIe siècle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà expri­mé des cri­tiques impli­cites de la reli­gion. C’est sur leur héri­tage que s’appuie la désa­cra­li­sa­tion actuelle des concepts reli­gieux et des figures his­to­riques, relayée par les réseaux sociaux, lieu de liber­té pour s’exprimer et débattre.

Le bouillon­ne­ment actuel du monde arabe est à com­pa­rer à celui de la Révo­lu­tion fran­çaise. Celle-ci avait com­men­cé par le rejet du sta­tu quo. Au départ, elle était diri­gée contre Marie-Antoi­nette et, à la fin, elle abou­tit à la chute des ins­tances reli­gieuses et à la pro­cla­ma­tion de la Répu­blique. Ce à quoi nous assis­tons dans le monde musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chan­ger de cadre intel­lec­tuel, et pas sim­ple­ment de pré­sident. Et pour cela des années de lutte seront nécessaires.

Omar Yous­sef Suleiman 
Publié le 3 octobre 2014 dans Aseef22 (extraits) Beyrouth

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­tiques, éco­no­miques, sociales et cultu­relles des 22 pays arabes. Fon­dé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­cul­té d’être athée en Egypte.

« Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale  »


La défaite Charlie, par André Gunthert (*) 

Aus­si inté­res­sant que sujet à polé­mique, le texte qui suit, à rebrousse-poil des pre­miers élans, ne manque pas de ques­tion­ner, sinon de déran­ger. En par­ti­cu­lier par son pes­si­misme dont cha­cun appré­cie­ra la dis­tance – ou proxi­mi­té – avec sa propre per­cep­tion de la réa­li­té sur­gie des tra­giques évé­ne­ments de la semaine dernière. 

Plus impor­tante mobi­li­sa­tion en France depuis la Libé­ra­tion, la marche de dimanche a-t-elle été l’«élan magni­fique» d’un peuple qui redresse la tête face à la bar­ba­rie? Je vou­drais le croire. Mais l’extrême confu­sion qui carac­té­rise la lec­ture “répu­bli­caine” de l’affaire Char­lie ne fait qu’accroitre ma tris­tesse et mon inquié­tude. Je peux me trom­per, mais mon sen­ti­ment est que cette appa­rente vic­toire est la signa­ture la plus cer­taine de notre défaite.

Mer­cre­di 7 jan­vier, j’apprends la tue­rie à la rédac­tion de Char­lie, en plein Paris. On annonce 11 morts. L’instant de sidé­ra­tion pas­sé, mon cer­veau asso­cie de lui-même le sou­ve­nir de l’affaire des cari­ca­tures de Maho­met à l’attentat. Puis j’entends à la radio l’énoncé des quatre noms des des­si­na­teurs: Cabu, Wolins­ki, Charb, Tignous. La tris­tesse et la colère m’envahissent, car je connais ces noms, je vois leurs des­sins. Les vic­times ne sont pas des ano­nymes, mais des per­son­na­li­tés sym­pa­thiques, bien connues du grand public, pour deux d’entre eux, depuis les années 1960.

Quatre noms qui changent tout. Je suis mal­heu­reu­se­ment inca­pable de me rap­pe­ler le nom des vic­times ano­nymes de la prise d’otages de Vin­cennes, pour­tant plus récente. L’attentat à Char­lie-Heb­do est la marque d’un chan­ge­ment de stra­té­gie redou­table des dji­ha­distes. Mal­gré l’horreur des tue­ries per­pé­trées par Moham­med Merah (7 morts, mars 2012) ou Meh­di Nem­mouche (4 morts, mai 2014), ces atten­tats ont été ran­gés dans la longue liste des crimes ter­ro­ristes, sans pro­vo­quer une émo­tion com­pa­rable à celle d’aujourd’hui.

Depuis les réac­tions sus­ci­tées l’été der­nier par l’exécution de James Foley, les jour­na­listes sont deve­nus des cibles de choix des dji­ha­distes. Au choix de la lisi­bi­li­té sym­bo­lique des atten­tats, très appa­rent depuis le 11 sep­tembre, se super­pose une nou­velle option qui consiste à viser déli­bé­ré­ment la presse, pour aug­men­ter l’impact des atten­tats. Selon cette grille très mac-luha­nienne où le média se confond avec le mes­sage, le réflexe natu­rel des col­lègues et amis des vic­times étant d’accorder plus d’importance à l’événement que lorsqu’il s’agit d’anonymes, l’amplification média­tique est bien supé­rieure lorsque des jour­na­listes sont touchés.

L’efficacité de cette stra­té­gie a reçu sa confir­ma­tion le 11 jan­vier. Si 4 mil­lions de Fran­çais sont des­cen­dus dans la rue, c’est à cause de la lisi­bi­li­té d’un atten­tat visant la presse, ins­ti­tu­tion phare de la démo­cra­tie, et à cause de l’énorme émo­tion sus­ci­tée par le meurtre de per­son­na­li­tés connues et aimées.

«Je suis Char­lie» est la marque d’une iden­ti­fi­ca­tion d’une large part du grand public aux vic­times. Il fal­lait, pour atteindre ce degré d’empathie, un capi­tal de noto­rié­té et d’affection qui ne pou­vait être réuni que par les des­si­na­teurs d’un jour­nal sati­rique potache et non-violent.

Les effets de ce piège sont catas­tro­phiques. Alors même que la socié­té fran­çaise glisse peu à peu dans l’anomie carac­té­ris­tique des fins de sys­tème, exac­te­ment comme le 11 sep­tembre a gal­va­ni­sé la nation amé­ri­caine, le «pays de Vol­taire» ne retrouve le sens de la com­mu­nau­té que face à l’adversité ter­ro­riste. Comme l’écrit Daniel Schnei­der­mann: «Elle fla­geo­lait, la France. On ne savait plus très bien pour­quoi conti­nuer à l’aimer. Depuis avant-hier, il me semble qu’on com­mence à re-com­prendre ce qu’on a à défendre».

On ne sait pas ce qu’on a à faire ensemble, mais on sait contre qui. Le pré­cé­dent ras­sem­ble­ment d’ampleur com­pa­rable, celui du 1er mai 2002 contre Jean-Marie Le Pen, réa­li­sait lui aus­si l’«union sacrée» contre un enne­mi de la Répu­blique, réunis­sant plus de per­sonnes qu’aucune autre cause.

Nul hasard à ce qu’on retrouve aujourd’hui la même image à la Une des jour­naux, celle d’un pom­pié­risme exal­té, qui s’appuie sur l’allégorie d’institutions pétri­fiées dans un geste immo­bile. Sou­dée par la peur, le deuil et la colère, la com­mu­nau­té qui fait bloc contre l’ennemi est pro­fon­dé­ment régres­sive. Elle se berce de sym­boles pour faire mine de retrou­ver une his­toire à laquelle elle a ces­sé depuis long­temps de croire. Dès le len­de­main du 11 jan­vier, on a pu consta­ter que cette mytho­gra­phie répu­bli­caine signi­fiait d’abord le retour aux fon­da­men­taux: retour de l’autorité,triomphe de la répres­sion, dithy­rambes des édi­to­ria­listes – jusqu’aux pitre­ries de Sar­ko­zy, pas un clou n’a man­qué au cer­cueil de l’intelligence.

Mais le pire est encore à venir. Car mal­gré les appels des modé­rés à évi­ter les amal­games, c’est bien la droite toute entière, calée sur les star­ting-blocks de l’islamophobie, qui s’est engouf­frée sur le bou­le­vard de la “guerre des civi­li­sa­tions” et la dénon­cia­tion de l’ennemi inté­rieur. Inutile d’essayer de rap­pe­ler que le dji­ha­disme repré­sente aus­si peu l’islam que le Front natio­nal la France éter­nelle, la grille de lec­ture iden­ti­taire, celle-là même à laquelle cédaient les cari­ca­tures de Char­lie, qui pei­gnaient le ter­ro­risme sous les cou­leurs de la reli­gion, est trop simple pour man­quer de convaincre les imbé­ciles.

Les ter­ro­ristes ont-ils GAGNÉ? Si l’on par­court la liste des motifs qui ali­mentent la radi­ca­li­sa­tion, dres­sée par Domi­nique Boul­lier, qui rejoint celle des maux de notre socié­té, on se rend compte que rien d’essentiel ne chan­ge­ra, et que rien ne peut nous pro­té­ger de crimes qui résultent de nos erreurs et de nos confu­sions. Comme celui de la socié­té amé­ri­caine après le 11 sep­tembre, c’est un sombre hori­zon que des­sine l’après-Charlie. Pas­sé le moment de com­mu­nion, aucun élé­ment concret ne per­met pour l’instant de croire que ce ne sont pas les plus mau­vais choix qui seront retenus.

(*) André Gun­thertcher­cheur en his­toire cultu­relle et études visuelles (EHESS)

(Article paru dans L’image sociale -13 jan­vier 2015 )



Effet Charlie ? Libé saisi par le blasphème

Sans doute conta­mi­né par le « virus Char­lie » et ses agents por­teurs héber­gés dans ses locaux, Libé­ra­tion se lâche à son tour. Sa une de demain 16 jan­vier annonce un défou­le­ment blas­phé­ma­toire tous azi­muts. Tant qu’à blas­phé­mer, arro­sons gaie­ment et lar­ge­ment. Une bonne foi(s ) pour toutes ?  Vingt guieux que non ! le sujet étant inépui­sable – ce qu’on appelle les éner­gies renou­ve­lables, cen­sées ali­men­ter l’écologie mentale… 

charlie libé blasphemes

Libé 16/1/15


Personne n’est obligé de lire « Charlie Hebdo » !

charlie hebdo libé

[ Libé du jour 14/1/15

Char­lie Heb­do repa­raît. On reparle donc du blas­phème, plus que de liber­té, qui est cen­trale, essen­tielle, non négo­ciable. Libre au blas­phé­mé de le faire savoir dans son « Cha­ria Heb­do », par exemple. Libre aus­si à tout reli­gieux de ne pas s’adonner à ce qui le chif­fonne. En liber­té, per­sonne n’est obli­gé à quoi que ce soit, pas même de lire Char­lie Heb­do si ça risque de le déran­ger ! Autre­ment dit on a le choix, libre­ment. Tan­dis que les fana­tiques d’Allah, les semeurs de mort à la kalach­ni­kov n’ont lais­sé aucun choix, aucune liber­té à leurs dix-sept victimes.

Ce ne serait pas si com­pli­qué si une moi­tié de la pla­nète ne pen­sait pas pré­ci­sé­ment le contraire. Et même bien plus que la moi­tié si aux fon­da­men­ta­lismes reli­gieux on ajoute les inté­grismes poli­tiques. Il serait d’ailleurs plus simple, pour l’inventaire, de comp­ta­bi­li­ser les excep­tions. Les­quelles n’étant pas non plus exemptes de tout péché dans ce domaine si sen­sible aux fluc­tua­tions, aux ten­ta­tions, aux fai­blesses auto­ri­taires, faci­le­ment liberticides.

charlie hebdo faber

© faber

Char­lie repa­raît, les regards se tournent vers lui, les consciences se sou­lagent… et voi­là qu’on embas­tille un Dieu­don­né ! Du moins l’a-t-on « inter­pel­lé ». La ques­tion jaillit [Le Monde] : « Pour­quoi Dieu­don­né est-il atta­qué alors que “Char­lie Heb­do” peut faire des “unes” sur la reli­gion ? » Parce que sa pro­vo­ca­tion c’est de l’apologie du ter­ro­risme. Certes… Parce que la Liber­té ne serait qu’un concept, une lampe allu­mée au loin, un phare dans la tem­pête humaine. Parce que la Fra­ter­ni­té est une uto­pie et l’Égalité un leurre ? Peut-être et rai­son de plus pour œuvrer à la Jus­tice, autant que faire se peut, dans la com­plexi­té du vaste monde et des esprits plus ou moins errants. Et sur­tout pas dans la Véri­té, cette redou­table tueuse. Le der­nier mot (ici) à mon vieux pote Mon­taigne : « Mieux vaut pen­ser contre soi-même que conso­li­der la matière de ses propres convictions ».


« Je suis Charlie ». Les mots, les images, les symboles

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© Mar­tin Argyroglo

Cette pho­to, vite deve­nue emblé­ma­tique, a été prise par Mar­tin Argy­ro­glo, un pho­to­graphe indé­pen­dant. Elle a été par­ta­gée sur Twit­ter des mil­liers de fois. Le cli­ché a été qua­li­fié de « plus belle pho­to de la mani­fes­ta­tion », d’instantané « his­to­rique » et, comme tel, com­pa­ré au tableau d’Eugène Dela­croix, La Liber­té gui­dant le peuple. Le peintre s’était ins­pi­ré du sou­lè­ve­ment popu­laire pari­sien contre Charles X, les 27, 28 et 29 juillet 1830, connues sous le nom des Trois Glo­rieuses.

On remar­que­ra aus­si sur cette image, au pied de Madame LaNa­tion, une pan­carte au gra­phisme typé sou­vent vu dans les manifs. Et pour cause : son auteur est un fervent pra­ti­quant des manifs, dès lors qu’il en épouse la cause, en France et en Europe. Un repor­ter du Monde.fr a retrou­vé ce militant.

L’homme-pancarte par lemon­de­fr

Une autre pho­to tient la vedette de cette actua­li­té, elle a été prise par un pho­to­graphe de Nantes, Sté­phane Mahé, venu en ren­fort pour l’agence bri­tan­nique Reu­ters. Appe­lée « Le crayon gui­dant le peuple », elle immor­ta­lise Charles Bous­quet, un jeune comé­dien de Lama­lou-les-Bains (Hérault) armé d’un crayon géant et ins­tal­lé sur Le Triomphe de la Répu­blique, place de la Nation.

Le Crayon guidant le peuple charlie

« Le Crayon gui­dant le peuple ». © Sté­phane Mahé, Reu­ters                                                     Le tableau d’Eugène Dela­croix, 1830



« Charlie ». Retour sur images, appel aux Lumières

Un 11 jan­vier bien sûr mémo­rable. Quelques images ci-des­sous (cli­quer des­sus pour les agran­dir) comme matière à ques­tions, pour ne pas tom­ber dans l’angélisme lié aux grandes com­mu­nions et à leurs len­de­mains désen­chan­tés – on se sou­vient des « Blacks-Blancs-Beurs » por­tés par l’utopie foot­bal­leuse de la Coupe du monde (1998), retom­bée comme un souf­flé. Seize ans après, l’intégration des immi­grés demeure plus que pro­blé­ma­tique : ghet­tos des BANLIEUES, ins­tal­la­tion du Front natio­nal, isla­misme, anti­sé­mi­tisme, désar­roi des ensei­gnants, impuis­sance des poli­tiques. Le tout sur fond de mon­dia­li­sa­tion libé­rale dévas­ta­trice avec ses ter­ri­fiants corol­laires : chô­mage galo­pant, guerres de reli­gion et guerres tout court, l’économie aux mains des finan­ciers, abîmes entre riches tou­jours plus riches et pauvres tou­jours plus pauvres, pillage éhon­té des res­sources natu­relles, dés­équi­libres éco­lo­giques et affo­le­ment du cli­mat pla­né­taire, menaces gran­dis­santes sur les espèces végé­tales et ani­males – jusqu’à l’espèce humaine. Seul, ou presque, l’obscurantisme se porte bien. Le pes­si­misme aus­si, quand « les bras nous en tombent ». Ce ne fut pas le cas ce dimanche 11 jan­vier, pen­dant ces quelques heures où, pour quelques mil­lions d’humains, « le ciel était tom­bé sur terre ». Sur terre où il s’agit bien de redes­cendre et d’y allu­mer les Lumières.


« Charlie ». Le jour d’après

par Serge Garde, ancien journaliste

Le cœur ser­ré, dimanche, j’ai défi­lé à Paris, pour rendre hom­mage aux Char­lie assas­si­nés et pour défendre la liber­té de rire de tout, et même de leur mort.

Une larme dans ce tsu­na­mi de soli­da­ri­té et de protestation.

J’ai mani­fes­té pour la liber­té d’expression, la liber­té de la presse, et pour toutes ces valeurs qui fondent mon ADN répu­bli­caine, fai­sant mienne l’irrévérente imper­ti­nence qui carac­té­rise l’humour de Charb, Cabu, Wolins­ki, Hono­ré, Tignous et des autres…

Sans oublier celle de notre Siné permanent…

J’ai par­ti­ci­pé, avec ces quatre mil­lions de Char­lie, modes­te­ment mais assu­ré­ment, à créer un de ces moments de com­mu­nion qui redonnent à ma France ses cou­leurs arc-en-ciel : Liber­té, Soli­da­ri­té, Fra­ter­ni­té, Laï­ci­té, Tolé­rance, Res­pect de la vie…

Ren­tré chez moi, j’ai consta­té le fos­sé creu­sé entre ce dont étaient por­teurs l’immense majo­ri­té des Char­lie et ce quar­te­ron de « lea­ders mon­diaux » enkys­tés en tête de la mani­fes­ta­tion. Eux, à quelques excep­tions près, n’étaient pas des Char­lie, mais des ser­gents recru­teurs… Ils ten­taient d’enrôler les mar­cheurs de la Répu­blique dans « leur » « guerre au terrorisme ! »

je-suis-charlie

Un fos­sé ? Un gouffre !

Mais de quel ter­ro­risme parlent-ils ? Tra­quer mieux les fous d’un dieu (quel qu’il soit !) ou d’une théo­rie mor­ti­fère, oui, cent fois oui ! Mais jus­ti­fier par cette pseu­do guerre (un concept créé à la Mai­son Blanche) les crimes com­mis contre des civils dans des pays qui n’intéresseraient pas l’Occident s’ils ne pos­sé­daient pas d’immenses res­sources éner­gé­tiques, non ! La place d’un Neta­nya­hu n’est-elle pas plu­tôt devant le Tri­bu­nal pénal inter­na­tio­nal pour y répondre des crimes de guerre qu’il a com­mis ? Et déjà Valls et ses pairs envi­sagent, au nom de cette guerre contre « LE » ter­ro­risme, de res­treindre par la loi nos liber­tés publiques ! Celles que, jus­te­ment, les 12 Char­lie assas­si­nés défendaient !

Pas­sé cet inou­bliable dimanche de pure émo­tion et de soli­da­ri­té, le temps de la réflexion s’impose pour nous qui res­tons dans la cruelle beau­té du réel.

Serge Garde, ancien journaliste


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter - Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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