On n'est pas des moutons

Mot-clé: violence

Syrie. Alep ou la mort tombée du ciel

par Thomas Cluzel (France Cul­ture)

Con­sacrée à l’agonie d’Alep et de sa pop­u­la­tion, la revue de presse de Thomas Cluzel ce matin ( 25/11/16 ) sur France Cul­ture expri­mait avec force l’insoutenable folie meur­trière des hommes, cette étrange espèce, la seule qui s’acharne à la mort de ses sem­blables et, plus au-delà encore, à son autode­struc­tion. Tan­dis que la “classe poli­tique et médi­a­tique”  glose sur le com­bat de coqs télévi­suel de la veille, qui n’en sem­ble que plus dérisoire. Pour­tant, le germe de la guerre n’est-il pas déjà tapi dans cette course au pou­voir ? Com­ment pass­er de la com­péti­tion à la coopéra­tion, de l’injustice à l’entraide, de l’indifférence à la sol­i­dar­ité ? Réflex­ion en pas­sant, pour en revenir au mar­tyre d’Alep :

Sur une vidéo pub­liée sur le site du New York Times, une femme racon­te que le bruit d’un avion annonce qu’une bombe est sur le point de s’écraser sur la ville. Les sec­on­des s’écoulent. Elle anticipe l’explosion qui ne tardera plus. Et red­oute qu’un mur ou même un bâti­ment entier ne s’effondre sur elle. Elle imag­ine le pire, la mort. Et puis ouvre les yeux, pour se ren­dre compte qu’elle est tou­jours vivante. Un immeu­ble vient pour­tant, en effet, de s’écrouler. Celui d’à côté. Dans cette vidéo de près de trois min­utes et inti­t­ulée « à la recherche des bombes dans le ciel d’Alep », des rési­dents de la ville assiégée racon­tent, un à un, au quo­ti­di­en améri­cain, leurs impres­sions lorsque le bruit d’un avion vient à se rap­procher jusqu’au moment de déchir­er, lit­térale­ment, le ciel.

Quand un pro­fesseur avoue que ses sens lui jouent par­fois des tours, que dans ses oreilles réson­nent, par moment, des bruits de moteur qui n’existent pas et qu’il lui arrive même, quand c’est le cas, de se moquer de lui-même et d’en rire, d’autres, à l’instar de cette infir­mière, racon­tent que les bom­barde­ments, les destruc­tions, les cris des habi­tants effrayés fuyant partout où ils le peu­vent, sont devenus leur rou­tine quo­ti­di­enne. Tous décrivent la ter­reur qui les saisit, à chaque fois qu’ils voient l’un de ces engins de mort tra­vers­er le ciel d’Alep.

En pub­liant ces témoignages, le site du New York Times vient ain­si nous rap­pel­er, de la plus poignante des manières, que si le week-end dernier (tan­dis que les Nations Unies ten­taient, une nou­velle fois, de négoci­er un arrêt du con­flit) les bom­barde­ments ont dimin­ué, en revanche, dès lun­di (à peine acté l’échec des négo­ci­a­tions de la veille) ils ont aus­sitôt repris avec une inten­sité dra­ma­tique. Ces attaques sont aujourd’hui les plus vio­lentes enreg­istrées depuis deux ans, pré­cise tou­jours le quo­ti­di­en améri­cain, avant d’ajouter : désor­mais les bombes d’Alep lais­sent 250 000 per­son­nes vivre en enfer. Hier encore, au moins 32 civils, dont cinq enfants, ont péri dans ces bom­barde­ments, pré­cise ce matin le site d’Al Ara­biya. Il s’agit de l’un des bilans les plus élevés, sur une seule journée, depuis le début de la vio­lente cam­pagne menée par l’armée syri­enne sur le secteur de la deux­ième ville du pays, tenu par les insurgés.

En un peu plus d’une semaine, ce ne sont pas moins de 300 per­son­nes qui ont trou­vé la mort à Alep. Il faut dire qu’aux mis­siles, aux obus, aux bar­ils d’explosifs et aux bombes incen­di­aires s’ajoutent, égale­ment, des attaques chim­iques à la chlo­rine. Sans compter que de vio­lents com­bats se déroulent, à présent, au sol. La semaine dernière, les forces loy­al­istes sont entrées pour la pre­mière fois dans un quarti­er au nord-est de la ville. Le régime a égale­ment chas­sé les insurgés d’une anci­enne zone indus­trielle.

« Alep, un assaut con­tre l’humanité », c’est le titre, cette fois-ci, de cet édi­to à lire dans les colonnes du Temps de Lau­sanne. Le jour­nal y racon­te, notam­ment, com­ment sur place habi­tants et sec­ouristes con­tin­u­ent de filmer les scènes, plus insouten­ables les unes que les autres : ces bébés pré­maturés, dans un hôpi­tal en flammes, extir­pés de leur cou­veuse par des infir­mières paniquées et posés à même le sol, où ils finiront vraisem­blable­ment par suc­comber ; ou bien encore cet homme, vis­i­ble­ment proche de la folie, qui exhibe en pleine rue un mem­bre arraché par une bombe (celui d’un voisin, d’un proche, ou d’un incon­nu) et qui n’en finit plus de hurler.

L’enfer s’est abat­tu sur Alep. Au point que les Alep­pins, eux-mêmes, en vien­nent à regret­ter désor­mais les semaines précé­dentes, lorsque les flammes n’étaient encore qu’intermittentes. A Genève, un médecin suisse (orig­i­naire d’Alep), l’un des fon­da­teurs de l’Union des organ­i­sa­tions syri­ennes de sec­ours médi­caux, est à court de mots : « Il reste aujourd’hui moins d’une trentaine de médecin, dit-il, et il n’y a plus le moin­dre bloc opéra­toire qui fonc­tionne ». Les derniers téméraires qui ont ten­té, il y a quelques semaines, de forcer les bar­rages, afin de faire entr­er du matériel médi­cal dans les quartiers rebelles de la ville, ont été pris pour cible par des avions et ont échap­pé à la mort de justesse. Depuis, l’étau s’est encore resser­ré. Ici comme ailleurs. Dans les ban­lieues sud de Damas, égale­ment aux mains de la rébel­lion, là-bas ce sont les ambu­lances qui sont traquées par les drones russ­es, explique tou­jours le médecin. « Lorsqu’ils arrivent à localis­er l’endroit où ces ambu­lances con­ver­gent, l’aviation frappe. C’est ain­si qu’ils détru­isent les derniers hôpi­taux. »

En début de semaine, devant le Con­seil de sécu­rité des Nations Unies, le chef des opéra­tions de l’ONU (Stephen O’Brien) avouait : les dernières rations ali­men­taires ont été dis­tribuées le 13 novem­bre dernier. Et tan­dis que l’eau potable et l’électricité sont de plus en plus rares, la famine sera bien­tôt générale. Ou dit autrement, si les respon­s­ables des Nations-Unies se dis­ent aujourd’hui « à court de mots » pour décrire ce qui se passe à Alep, sous les bombes, les Alep­pins sont, eux, à court de vivres. Dans les derniers tracts largués par les héli­cop­tères du régime, les habi­tants qual­i­fiés de « chers com­pa­tri­otes » sont appelés à « s’abstenir de sor­tir dans les rues ». En d’autres ter­mes, il n’y est même plus ques­tion de les enjoin­dre à quit­ter la zone rebelle, mais seule­ment à se ter­rer sous le déluge.

Pen­dant ce temps et en dépit des con­damna­tions à l’étranger, la com­mu­nauté inter­na­tionale, elle, sem­ble plus que jamais impuis­sante à con­tre­car­rer la déter­mi­na­tion de Damas et de ses alliés (russe et iranien) à recon­quérir l’ensemble de la ville. D’où, d’ailleurs, cette déc­la­ra­tion dés­espérée d’un mem­bre de l’un des con­seils locaux admin­is­trant l’opposition à Alep, à lire dans les colonnes du Irish Times. « Au monde entier, nous voulons dire sim­ple­ment deux choses : arrêtez de pré­ten­dre vous souci­er de notre sort et agis­sez ; ou alors lancez sur nous l’une de vos bombes nucléaires, que nous puis­sions mourir et quit­ter enfin cet enfer, une bonne fois pour toute ».

Thomas CLUZEL

Ver­sion audio ici :


Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juil­let 2012, un extrait de 14 min­utes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était postée sur YouTube, met­tant le feu aux poudres islamistes. Dès le 11 sep­tem­bre, des attaques furent menées, notam­ment, con­tre des mis­sions diplo­ma­tiques états-uni­ennes. Furent ain­si pris­es d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le con­sulat à Beng­hazi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cence of Mus­lims, pro­duite en 2012, fut alors attribuée à un cer­tain Nakoula Bas­se­ley Nakoula, un copte égyp­tien rési­dant en Cal­i­fornie, sous le pseu­do­nyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypocrisies de l’islam en met­tant en scène des pas­sages de la vie de Mahomet…

À cette occa­sion, une de plus, j’avais pub­lié un arti­cle sur lequel je viens de retomber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le pub­li­er à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaîne­ments fana­tiques, des affron­te­ments, des vio­lences, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix min­utes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actu­al­ité atter­rante et celle des vingt ans passés le mon­trent : des trois reli­gions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus con­tro­ver­sée, voire rejetée 1. Tan­dis que la judaïque et la chré­ti­enne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur con­cur­rente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­toriques flam­boy­antes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétro­grades et répres­sifs. 2

Préal­able : par­ler « reli­gions » ici c’est con­sid­ér­er les appareils, et non pas leurs adeptes, ni leurs vic­times plus ou moins con­sen­tantes. C’est donc par­ler des clergés, des dogmes et des cohort­es activistes et prosé­lytes. On en dirait autant des idéolo­gies, dont les pires – fas­cistes et nazies –, con­stru­ites comme des reli­gions, ont entaché l’Histoire selon des sché­mas sim­i­laires. Donc, dis­tinguer les « hum­bles pécheurs » con­sen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libéra­teurs », tout comme on ne con­fon­dra pas ces mil­i­tants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­tique, mis en exhi­bi­tion dra­ma­tique sur la scène plané­taire, voulant en quelque sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aus­si recourt-il à la vio­lence spec­tac­u­laire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïss­able et le ren­force du même coup dans sa pro­pre et vin­dica­tive dés­espérance. Et ain­si appa­raît-il à la fois comme cause et con­séquence de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gin­al­isée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rompu et « infidèle » ? C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pass­er auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la planète, les plus activistes et dji­hadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharg­er ain­si sur ce bouc émis­saire leur pro­pre part de respon­s­abil­ité quant à leur mise en marge de la « moder­nité ». Moder­nité à laque­lle ils aspirent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeunesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­tifère et désir d’affranchissement des con­traintes obscu­ran­tistes, entre géron­to­crates inté­gristes et jeuness­es reven­dica­tives. D’où cette pres­sion de « cocotte minute » et ces man­i­fes­ta­tions col­lec­tives sans lesquelles les sociétés musul­manes ris­queraient l’implosion. D’où, plus avant, les « print­emps arabes » et leurs nor­mal­i­sa­tions poli­tiques suc­ces­sives – à l’exception notable de la Tunisie.

Un nou­v­el épisode de poussées cléri­cales d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo dén­i­grant l’islam dif­fusée sur la toile mon­di­ale et attribuée à un auteur israé­lo-améri­cain – ou à des sources indéfinies 3. Pré­texte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fana­tiques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­loguer sur ces con­di­tion­nements rep­tiliens (je par­le des cerveaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrême vio­lence à la moin­dre provo­ca­tion du genre. De tout récents ouvrages et arti­cles ont ravivé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fièvre érup­tive qui a saisi les sys­tèmes monothéistes à par­tir de son foy­er le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Ori­ent. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions prophé­tiques et sec­taires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, instal­lé des comp­toirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, tor­turé et mas­sacré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­tenant et ici-bas sur cette Terre, elle aus­si mar­tyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothé­tique, pro­scrivant à cha­cun sa libre con­science et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière human­ité.

Va pour les croy­ances, qu’on ne dis­cutera pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tèmes séculiers pro­liférant sur les plus noirs obscu­ran­tismes ? On par­le aujourd’hui de l’islam parce que les guer­res religieuses l’ont replacé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­ginis­er sur l’air de la mod­éra­tion. Parce que l’islamisme « mod­éré » – voir en Tunisie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pak­istan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tian­isme adhèrent obséquieuse­ment, par « char­ité bien com­prise » en direc­tion de leur pro­pre « mod­éra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au prof­it des mytholo­gies monothéistes, les affab­u­la­tions entretenues autour des messies et prophètes, dont les « biogra­phies » incer­taines, polies par le temps autant que manip­ulées, per­me­t­tent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seule­ment sur leur réal­ité exis­ten­tielle, mais surtout sur les inter­pré­ta­tions dont ces fig­ures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là – c’est selon évidem­ment – comme ignare, voleur, manip­u­la­teur, cupi­de et ama­teur de fil­lettes ? Pas plus réel que sa divin­i­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus con­stru­its hors de leur pro­pre réal­ité, selon des con­tes infan­tiles psalmod­iés et faisant appel à la plus totale cré­dulité.

Mais, admet­tons que les hommes aient créé leurs dieux par néces­sité, celle de combler leurs angoiss­es exis­ten­tielles, de panser leurs mis­ères, leurs ver­tiges face à l’univers et devant l’inconnu des lende­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la per­spec­tive de son devenir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la con­di­tion d’humains désir­ant, par­lant, con­nais­sant, com­prenant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la con­nais­sance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, mal­traité les enfants, méprisé les ani­maux ; inculqué la cul­pa­bil­ité et la soumis­sion ; attaqué la philoso­phie et la sci­ence ; colonisé la cul­ture et imprégné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sex­u­al­ité et les mœurs (con­tra­cep­tion, avorte­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­mandé à la poli­tique et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tiori un seul, puisse con­tenir et exprimer LA vérité ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il chem­iné pour finale­ment dis­soudre sa ratio­nal­ité et son juge­ment ? Mys­tère de la croy­ance… Soit ! encore une fois pas­sons sur ce chapitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème séculi­er, comme ordre ecclésial, avec ses cohort­es, ses palais, ses forter­ess­es spir­ituelles et tem­porelles… Son his­toire mar­quée en pro­fondeur par la vio­lence : croisades, Inqui­si­tion (je voy­ais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tômes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siè­cles !), guer­res religieuses, Saint-Barthéle­my, les bûch­ers, et aus­si les coloni­sa­tions, eth­no­cides, sou­tiens aux fas­cismes… Ça c’est pour le judéo-chris­tian­isme.

Côté islamisme, qui dit se dis­penser de clergé, son emprise ne s’en trou­ve que plus entière­ment diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laï­cisme des islamistes, se voudraient-ils « mod­érés ». Et que penser de cette vio­lence endémique dev­enue syn­onyme d’islam, jusque dans nos con­trées d’immigration où d’autres extrémismes en nour­ris­sent leurs fonds de com­merce nation­al­istes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présen­té dans son his­toire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nom­breuses sourates invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infidèles – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mulguent une « sen­tence d’amitié » – con­tra­dic­tion ou signe oppor­tuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fat­was de con­damna­tion à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix rehaussée des jours-ci ! 4) et de Tasli­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Ams­ter­dam, poignardé puis achevé de huit balles et égorgé en pleine rue ; dans un doc­u­men­taire, il venait de dénon­cer le traite­ment réservé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-dessous.] 5

Même dou­ble lan­gage chez le dieu juif Yahvé pour jus­ti­fi­er…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­tine (dont les Cananéens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient “le peu­ple élu de Dieu”, dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tueras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légiti­mant le colo­nial­isme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théocraties. Affron­te­ment égale­ment par affidés inter­posés et leurs États ou organ­i­sa­tions ter­ror­istes : Bush con­tre Al Quaï­da, Tsa­hal con­tre le Hezbol­lah, “kamikazes” con­tre pop­u­la­tion civile. Vio­lences innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­tiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, sem­blent en con­tester la légitim­ité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­taires, il fait bien appa­raître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprég­nant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les car­i­ca­tures danois­es de Mahomet, dont cer­tains avaient, de même, con­testé la qual­ité artis­tique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représen­tait les vis­ages de l’Inquisition, était-ce bien esthé­tique ? 6

La ques­tion ne porte aucune­ment sur la nature du « sac­rilège » mais sur la dis­pro­por­tion de la réplique engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­lab­o­ra­teurs en Libye, vic­times sac­ri­fi­cielles et à ce titre totale­ment inscrites dans un proces­sus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade améri­caine ? Et aus­si à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Car­o­line Fourest a été chahutée, men­acée, insultée et empêchée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front nation­al !

Comme quoi, pour résumer, une insulte con­tre la foi – ou ce qui en tient lieu –con­stitue un crime plus grave que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musul­man, évidem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins déclarées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion sans visée plané­taire directe retrou­ve toute­fois le chris­tian­isme – ne dit-on pas le judéo-chris­tian­isme ? – et l’islamisme dans cette même volon­té de pénétr­er jusque dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, celles qui se présen­tent comme les « meilleures » parvi­en­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nentes d’aliénation. De même que leur « mod­éra­tion » demeure rel­a­tive à leur stratégie hégé­monique.
  3. Sources qui demeurent encore floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, femme poli­tique et écrivaine néer­lan­do-soma­li­enne con­nue pour son mil­i­tan­tisme con­tre l’excision et ses pris­es de posi­tion sur la reli­gion musul­mane. Elle fut men­acée de mort par Mohammed Bouy­eri, assas­sin du cinéaste Theo van Gogh, notam­ment à la suite de sa par­tic­i­pa­tion au court-métrage du réal­isa­teur qui dénonçait les vio­lences faites aux femmes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­tique !

Harcèlement sexuel. S’il fallait “jeter la pierre” à Denis Baupin…

L’affaire Baupin. Exci­ta­tion générale, à base médi­a­tique… J’écris « exci­ta­tion » sci­em­ment, avec ses con­no­ta­tions nerveuses et sex­uelles. L’affaire en ques­tion excite en pro­por­tion des enjeux et des con­séquences autant politi­ci­ennes que poli­tiques ; elle excite aus­si sur le reg­istre du voyeurisme qui ali­mente ou même pro­longe le prob­lème que cer­tains voudraient dénon­cer. Com­ment a-t-il fait « ça » ? Et envoyez les détails, svp ! Je vois donc là-dedans ce jeu trou­ble qui met en cause l’ambiguïté des humains autour de la sex­u­al­ité et du pou­voir – dont la poli­tique serait l’expression raf­finée, ou seule­ment « civique ».

Ainsi, l’affaire en cours me sem­ble-t-elle hauss­er d’un cran de plus, dans sa ver­sion « mod­erne », actuelle, la fon­da­men­tale ques­tion de la sexo-poli­tique 1. À savoir, ce qui met en jeu, en oppo­si­tion et, j’ose dire, en bran­le 2 le biologique & le raison­né, le pul­sion­nel & le rationnel – et pour finir l’individu & la société.

Autant dire qu’une fois de plus, dans une naïveté désar­mante autant que ques­tion­nante, l’animal humain redé­cou­vre, en quelque sorte, l’origine du monde… social. Mes trois points de sus­pen­sion en dis­ent long, faisant ici le pont entre le fameux tableau de Courbet 3, c’est-à-dire “la chose”, et les démêlés de l’élu écol­o­giste. Il s’agit bien du point de pas­sage entre le sexe et la poli­tique, vu cette fois sous l’angle du Spec­ta­cle – S majus­cule – qui mag­ni­fie la chose en même temps que sa répro­ba­tion. 4

N’y a-t-il pas, der­rière ce flot d’indignations aux moti­va­tions hétéro­clites, une hypocrisie magis­trale visant à dis­simuler, sinon à nier, la dou­ble com­posante de l’homme, et de la femme évidem­ment, en tant qu’ani­mal humain ? L’expression déplaît encore. Notam­ment en ce qu’elle dérange les morales établies, et spé­ciale­ment les reli­gions – toutes les reli­gions. 5

N’est-elle pas là, pré­cisé­ment, l’origine du monde… refoulé, frus­tré, vio­lent, de la dom­i­na­tion, de la cupid­ité, du meurtre du vivant et de la lib­erté d’être ? N’est-il pas là, le véri­ta­ble har­cèle­ment sex­uel : tapi dans son ombre de con­fes­sion­nal, sous l’obscurité du voile ou dans les noires injonc­tions « divines » anti-vie ; s’en prenant aux enfants, tout spé­ciale­ment, afin de per­pétuer ce meurtre jusque dans les plus ter­ri­bles guer­res ?

Qui sont les « machos » orig­in­aux, sinon ceux qui ont injec­té leurs trop-pleins d’oestrogènes dans les textes dits « sacrés », décré­tant des lois de dom­i­na­tion, des inter­dits, des infan­til­i­sa­tions qui sévis­sent encore, ou en tout cas, s’opposent sans cesse au mou­ve­ment de la vie libre ?

Qui a dén­i­gré la femme, l’a rabais­sée et con­tin­ue à le faire en la jetant dans des cachots, sous le voile, ou dans les arrière-mon­des ?

Extraits :

Le Nou­veau Tes­ta­ment. (1 Cor 11, 3) : “Le Christ est le chef de tout homme, l’homme est le chef de la femme, et Dieu le chef du Christ”.

(1 Tim 2, 12–14) : “Je ne per­me­ts pas à la femme d’enseigner, ni de faire la loi à l’homme, qu’elle se tienne tran­quille. C’est Adam en effet qui fut for­mé le pre­mier, Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se lais­sa séduire, mais la femme qui séduite, a désobéi.”.

Le Coran. (II, 228) : “Les maris sont supérieurs à leurs femmes”. (IV, 38) : “Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qual­ités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au dessus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour dot­er les femmes. Les femmes vertueuses sont obéis­santes et soumis­es.”

L’Ancien tes­ta­ment. (Genèse 3, 16) : “Le Seigneur dit ensuite à la femme: « Je rendrai tes grossess­es pénibles, tu souf­friras pour met­tre au monde tes enfants. Tu te sen­ti­ras attirée par ton mari, mais il domin­era sur toi »”.

La Torah : “Sois béni, Seigneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui ne m’as pas fait femme”, une des prières que tout bon juif doit pronon­cer chaque matin.

Et je m’arrêterai ici aux portes du boud­dhisme, de l’hindouisme et d’autres reli­gions, mono ou poly­théistes qui, sans excep­tions, pla­cent la femme au sec­ond rang.

Pour finir sur ce chapitre sans fin, je rap­pellerai à quels points de récents soubre­sauts de nos sociétés dites éclairées ont été – plutôt plus que moins – « inspirées » par ces pré­ceptes religieux qui sont devenus notre fond cul­turel.

On ne pour­rait les renier, mais autant en être con­scient ; qu’il s’agisse des con­fronta­tions autour des notions de famille (« pour tous » ou pas), de gen­res sex­uels (oppo­si­tions Nature/culture, la nature étant élevée à hau­teur divine) ; qu’il s’agisse tout autant de la marchan­di­s­a­tion des attraits féminins, en par­ti­c­uli­er par la pub­lic­ité racolant sur la voie médi­a­tique ; qu’il s’agisse de tout ce jeu social aus­si com­plexe qu’ambigu entre séduc­tion et con­quête, entre friv­o­lité et vio­lence. Autant de con­sid­éra­tions – non de jus­ti­fi­ca­tions – per­me­t­tant d’expliquer cette dou­ble com­posante de l’animal humain face à ses pro­grammes internes, biologiques et cul­turels : se repro­duire, per­pétuer l’espèce et s’élever jusqu’à « faire société ». Il n’est pas dit qu’il y arrive jamais !


Dix cas de sex­isme en poli­tique par libezap

Voilà pourquoi je ne « jet­terai pas la pierre » (Bible) à Denis B.

Notes:

  1. Con­cept notam­ment dévelop­pé par Wil­helm Reich dans ses analy­ses des struc­tures car­ac­térielles de l’humain refoulé
  2.  « Le monde n’est qu’une bran­loire pérenne. Toutes choses y bran­lent sans cesse. » (Mon­taigne, Essais, III)
  3. Tableau qui fut un temps la pro­priété de Jacques Lacan.
  4. On ne peut alors que penser à Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chéris­sent les caus­es. »
  5. Que l’homme ne soit pas le sum­mum de la créa­tion de Dieu, voilà ce que les reli­gions n’ont tou­jours pas par­don­né à Dar­win et sa théorie de l’évolution.

« Pas de ça chez nous ! » Quand les bourgeois du XVIe parisien puent du bec

En soule­vant le cou­ver­cle de la soupière de porce­laine, on a décou­vert un pot de cham­bre et ses relents. C’était lun­di 14 mars au soir, la mairie de Paris organ­i­sait une réu­nion publique d’information sur le cen­tre d’hébergement d’urgence devant être instal­lé d’ici l’été en lisière du bois de Boulogne, – “à deux pas de l’hippodrome d’Auteuil, du musée Mar­mot­tan et des jardins du Ranelagh”, pré­cise judi­cieuse­ment Le Figaro.

Alors que les débats auraient dû se tenir pen­dant deux heures entre les habi­tants mécon­tents et les représen­tants de la ville de Paris, ils ont dû être écourtés au bout de 15 min­utes pour cause de débor­de­ments. Quand la bour­geoisie du XVIe sort de ses gonds, elle se révèle dans sa nue cru­dité.

C’est d’abord au préfet de Paris, Sophie Bro­cas, que les “révoltés” s’en pren­nent. Et en ter­mes par­ti­c­ulière­ment châtiés. Échan­til­lons : “Escroc”, ”fils de pute”, “menteur”, “col­labo”, “stal­in­ien”, ”ven­du”, “salopard”, “salope”, “Sophie Bro­cas caca ! » …

Acclamé par la foule en furie, Claude Goas­guen, maire d’arrondissement LR et prin­ci­pal élu local opposé au pro­jet, a rehaussé le niveau sur le mode sédi­tieux, encour­ageant ses par­ti­sans à “dyna­miter” la piscine instal­lée à prox­im­ité du futur cen­tre d’hébergement, pré­cisant Ne vous gênez pas, mais ne vous faites pas repér­er ».

Pour com­menter pareil événe­ment, France Inter a invité à son micro la « soci­o­logue des rich­es », Monique Pinçon-Char­lot, qui a assisté à cette réu­nion et n’en revient pas, elle qui en a pour­tant remué du beau linge. Cette fois, pour l’effet caméléon, elle avait même revê­tu un petit man­teau de four­rure… syn­thé­tique… Voici son réc­it, grandiose !

Petit flo­rilège com­plé­men­taire ici.


Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deux­ième fat­wa vient de frap­per l’écrivain et jour­nal­iste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à pro­pos de son analyse des vio­lences sex­uelles du Nou­v­el an à Cologne. Cette nou­velle con­damna­tion émane d’une sorte de secte laïque rassem­blant une poignée d’« intel­lectuels auto­proclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les sig­nataires du “Col­lec­tifNoured­dine Ama­ra (his­to­rien), Joel Beinin (his­to­rien), Hou­da Ben Hamou­da (his­to­ri­enne), Benoît Chal­land (soci­o­logue), Joce­lyne Dakhlia (his­to­ri­enne), Sonia Dayan-Herzbrun (soci­o­logue), Muri­am Haleh Davis (his­to­ri­enne), Giu­lia Fab­biano (anthro­po­logue), Dar­cie Fontaine (his­to­ri­enne), David Theo Gold­berg (philosophe), Ghas­san Hage (anthro­po­logue), Laleh Khalili (anthro­po­logue), Tris­tan Lep­er­li­er (soci­o­logue), Nadia Mar­zou­ki (poli­tiste), Pas­cal Ménoret (anthro­po­logue), Stéphanie Poues­sel (anthro­po­logue), Eliz­a­beth Shak­man Hurd (poli­tiste), Thomas Ser­res (poli­tiste), Seif Soudani (jour­nal­iste).

Dans l’édition du 12 févri­er, sous le titre « Les fan­tasmes de Kamel Daoud », ce « col­lec­tif » lançait son anathème, exclu­ant de son céna­cle « cet human­iste auto­proclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les pre­mières lignes de la sen­tence, l’intention malveil­lante des juges. Les lignes suiv­antes con­fir­maient une con­damna­tion sans appel : « Tout en déclarant vouloir décon­stru­ire les car­i­ca­tures pro­mues par ” la droite et l’extrême droite “, l’auteur recy­cle les clichés ori­en­tal­istes les plus éculés, de l’islam reli­gion de mort cher à Ernest Renan (1823–1892) à la psy­cholo­gie des foules arabes de Gus­tave Le Bon (1841–1931). »

Que veu­lent donc dire, ces soci­ol­o­gisants ensoutanés, par leur atten­du si tran­chant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recy­cle les clichés ori­en­tal­istes les plus éculés, de l’islam reli­gion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieil­leries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tan­dis que leur « soci­olo­gie » à eux, hein !

Nos inquisi­teurs reprochent au jour­nal­iste algérien d’essen­tialis­er « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ain­si avec con­de­scen­dance : « Cer­taine­ment mar­qué par son expéri­ence durant la guerre civile algéri­enne (1992–1999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expéri­ence, si déli­cate­ment choisi] Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les pro­mo­teurs de cette logique de mort. »), selon une « approche cul­tur­al­iste ». En cela, ils rejoignent les posi­tions de l’essayiste améri­cano-pales­tinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fab­ri­ca­tion de l’Occident post-colo­nial­iste. Comme si les cul­tures n’existaient pas, jusqu’à leurs dif­férences ; de même pour les civil­i­sa­tions, y com­pris la musul­mane, bien enten­du.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

Que se cache donc der­rière le mys­ti­cisme des fas­cistes, ce mys­ti­cisme qui fasci­nait les mass­es ?” W. Reich

À ce pro­pos, revenons aux com­pères Renan et Le Bon, en effet con­tem­po­rains et nulle­ment arriérés comme le sous-enten­dent nos néo-aya­tol­lahs. Je garde les meilleurs sou­venirs de leur fréquen­ta­tion dans mes années « sex­poli­ennes » – sexo-poli­tiques et reichi­ennes –, lorsque l’orthodoxie marx­iste se trou­va fort ébran­lée, à par­tir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je reli­rais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notam­ment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psy­cholo­gie des foules, de Gus­tave Le Bon, dont on retrou­ve de nom­breuses traces dans Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme du même Wil­helm Reich. Les agres­sions de Cologne peu­vent être analysées selon les critères reichiens du refoule­ment sex­uel et des cuirass­es car­ac­térielle et cor­porelle prop­ices aux enrôle­ments dans les idéolo­gies fas­cistes et mys­tiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réal­ités « objec­tives » des con­di­tions de vie – elles se ren­for­cent mutuelle­ment. Tan­dis que les accusa­teurs de Daoud sem­blent ignor­er ces com­posantes psy­cho-sex­uelles et affec­tives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ain­si accusé de psy­chol­o­gis­er les vio­lences sex­uelles de Cologne, et d’« effac­er les con­di­tions sociales, poli­tiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lam­en­ta­ble retourne­ment du pro­pos – selon une argu­men­ta­tion qui pour­rait se retourn­er avec per­ti­nence !

Enfin, le jour­nal­iste algérien se trou­ve taxé d’islam­o­pho­bie… Accu­sa­tion défini­tive qui, en fait, à relire ces com­pères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de com­bat » désor­mais à la mode, inter­dit toute cri­tique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « dou­ble fat­watisé » pour­ra cepen­dant trou­ver quelque récon­fort dans des arti­cles de sou­tien. Ain­si, celui de Michel Guer­rin dans Le Monde du 27 févri­er. Le jour­nal­iste rap­pelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le jour­nal­isme pour se con­sacr­er à la lit­téra­ture. « Il ne change pas de posi­tion mais d’instrument. » « Ce retrait, pour­suit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d’une fat­wa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses con­vic­tions. Du reste, sa vision de l’islam est pas­sion­nante, hors normes, car elle divise la gauche, les fémin­istes, les intel­lectuels. Une grande par­tie de la soci­olo­gie est con­tre lui mais des intel­lectuels africains salu­ent son courage, Libéra­tion l’a défendu, L’Obs aus­si, où Jean Daniel retrou­ve en lui “toutes les grandes voix fémin­istes his­toriques”. […] Ain­si va la con­frérie des soci­o­logues, qui a le nez rivé sur ses sta­tis­tiques sans pren­dre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L’Obs, le 18 févri­er. »

Ain­si, cette remar­quable tri­bune de la roman­cière fran­co-tunisi­enne Fawzia Zouari, dans Libéra­tion du 28 févri­er, rétorquant aux accusa­teurs :

« Voilà com­ment on se fait les alliés des islamistes sous cou­vert de philoso­pher… Voilà com­ment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musul­man a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : “Il faut dire qu’il y a un… par fran­cein­ter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le “porno-islamisme” s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détes­tent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles pren­nent le volant, por­tent des jupes cour­tes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pel­lent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions monothéistes. Le jour­nal­iste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lectuels du monde musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esquiv­ées par les reli­gions – sans doute parce qu’elles leur sont con­sti­tu­tives. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sex­uelles de femmes fin décem­bre à Cologne, il accuse le “porno-islamisme” et inter­pelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immi­gré », cet « autre », con­damné autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­roger val­able­ment sur l’islam con­duit à décrypter les mécan­ismes de haine à l’œuvre dans les dis­cours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assas­sin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décem­bre 2014 dans l’émission de Lau­rent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­siste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­biliter l’homme, on ne va pas avancer. La ques­tion religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pou­voir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam salafiste, appelant à son exé­cu­tion « pour apos­tasie et hérésie ». Depuis, le jour­nal­iste, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, est placé sous pro­tec­tion poli­cière, avec toutes les con­traintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bre­tagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, en Algérie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avancer sans guérir ce rap­port trou­ble à l’imaginaire, à la mater­nité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la per­pé­tu­a­tion de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont con­tre la pornogra­phie et com­plète­ment pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révo­lu­tion. Libérez la femme et vous aurez la lib­erté.  »

Ces jours-ci, dans un arti­cle pub­lié en Ital­ie dans le quo­ti­di­en La Repub­bli­ca et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événe­ments de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fan­tasmes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immi­gré : angélisme, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­bares anci­ennes et base du binôme bar­bare-civil­isé. Des immi­grés accueil­lis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les vio­lent. »

meursaultsJour­nal­iste et essay­iste algérien, chroniqueur au Quo­ti­di­en d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, con­tre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du pre­mier roman. Il s’agit d’une sorte de con­tre­point à L’Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 févri­er au Théâtre des Bernar­dines à Mar­seille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à com­pren­dre, à expli­quer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme pro­jeté sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa cul­ture […] On voit le sur­vivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège cul­turel que résume surtout son rap­port à Dieu et à la femme. »

Il pour­suit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste dif­férent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foy­er col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si con­va­in­cre l’âme de chang­er. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la mis­ère sex­uelle dans le monde arabo-musul­man, le rap­port malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud refor­mule sa « thèse » :

« Le rap­port à la femme est le nœud gor­di­en, le sec­ond dans le monde d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfer­mée ou pos­sédée. Cela dénote un rap­port trou­ble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la lib­erté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admet­tre. Elle est l’incarnation du désir néces­saire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inutile, d’un éloigne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une désobéis­sance et cette désobéis­sance est le pro­duit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa per­ti­nence, ne risque pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­tiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « mod­érés », tant la fron­tière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être enten­du ? – quand il par­le – naïve­ment ? – de « con­va­in­cre l’âme de chang­er »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande mis­ère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font dis­cours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descrip­tions d’un par­adis plus proche du bor­del que de la récom­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les kamikazes, chas­se aux corps dans les espaces publics, puri­tanisme des dic­tatures, voile et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat con­tre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explos­er en terre d’Occident, là où la lib­erté est si inso­lente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment dernier. Un sur­sis qui fab­rique du vivant un zom­bie, ou un kamikaze qui rêve de con­fon­dre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Europe pour échap­per, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux con­naître une femme mais je refuse que ma sœur con­naisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fer­mer les portes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les portes con­duira, un jour ou l’autre, à tir­er par les fenêtres, et cela est un crime con­tre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela sig­ni­fie comme tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immi­grés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délin­quance, mais cela pose le prob­lème des « valeurs » à partager, à impos­er, à défendre et à faire com­pren­dre. Cela pose le prob­lème de la respon­s­abil­ité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l’on voit que la “guerre” ne saurait con­duire à la paix dans les cœurs… Dans ce proces­sus his­torique mil­lé­naire par­cou­ru de reli­gions et de vio­lence, de con­quêtes et de dom­i­na­tion, de refoule­ments sex­uels, de néga­tion de la femme et de la vie, de haines et de ressen­ti­ments remâchés… de quel endroit de la planète pour­ra bien sur­gir la sagesse humaine ?


Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tomber, hier, sur l’article que j’ai con­sacré au jour­nal­iste polon­ais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bouquins fameux, Imperi­um – sur l’empire sovié­tique finis­sant, une suite de reportages à sa façon –, j’y rel­e­vais ça :

« Trois fléaux men­a­cent le monde. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racisme. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pestes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le dernier numéro du men­su­el L’Histoire (thème : New­ton, les Lumières et la révo­lu­tion sci­en­tifique : excel­lent autant qu’actuel), un lecteur revient sur le précé­dent numéro (novem­bre) con­sacré aux com­mu­nistes et titré « Pourquoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des répons­es peu­vent être avancées. Mais ce lecteur con­tin­ue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nom­bre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­pren­dre pourquoi ils sont resté com­mu­nistes ». Et d’égrener le chapelet des hor­reurs stal­in­i­ennes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Con­fère le troisième fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­tal­isme religieux.

Même si les caus­es et les effets dif­férent dans les nuances, nazisme, stal­in­isme et dji­hadisme relèvent du tronc com­mun de « la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. » Les con­séquences aus­si con­ver­gent dans la vio­lence la plus mor­tifère con­duisant les peu­ples cré­d­ules aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­tiques para-religieux. Ain­si les fon­da­men­tal­istes du libéral­isme ultra, les ado­ra­teurs du Marché et de sa Main invis­i­ble, celle qui agit « en douce », par délé­ga­tion, sans se mon­tr­er au grand jour, et n’en con­duit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­tices, guer­res, mis­ère.

Ain­si les néga­tion­nistes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illus­tres prédécesseurs face aux géno­cides nazis, choi­sis­sent la cat­a­stro­phe plutôt que de renon­cer à leurs cultes con­som­ma­toires. Cultes innom­brables aux­quels d’ajoutent la plus crasse imbé­cil­lité telle que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (France 2) exhibant de fameux spéci­mens du genre : ceux qui, aux Etats-Unis, trafiquent leurs diesel mon­strueux pour qu’il éructent les plus épaiss­es fumées noires… (J’avais pub­lié une vidéo sur ces éner­gumènes, mais elle a été dés­ac­tivée, je ne sais pourquoi… Des dizaines de vidéos paradent sur la toile – taper “coal rolling” et dés­espér­er du genre humain…)

Après eux le déluge. Sur le même mode, en somme, par lequel un tiers des électeurs du « pays des Droits de l’Homme » – et patati et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cisme présentable, juste « pour essay­er », puisque les autres leur parais­sent usés – ce qui n’est pas faux, certes !

Mais enfin, quelle défaite annon­cée ! Défaite de la pen­sée, des con­vic­tions, des valeurs. De soubre­sauts en cahots, en cul­butes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégay­er, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sis­sent.

tas-urgences

Où allons-nous ? “Ça débor­de” de partout ; de gauche et de droite„ extrême­ment. [Ph. d.r.]


En cas d’attentat par balles. Cinq consignes de sécurité

La crainte du ridicule peut s’avérer  plus mortelle, que le ridicule lui-même. Spé­ciale­ment en péri­ode de risques d’attentats. Quand la vie est en dan­ger, un geste, une atti­tude peu­vent être sal­va­teurs. Il en va de même des gestes de sec­ourisme lors d’accidents. Ne pas crain­dre, par con­séquent, d’« en faire trop », ni d’être traité de « para­no ». Voici quelques con­signes de sécu­rité bonnes à con­naître – en souhai­tant qu’elles ne ser­vent jamais !

Par Gian Lau­rens*

AVANT

Con­signe n°1 : CONSTATER

Il y a 4 niveaux de dan­gerosité :

NIVEAU VERT ORANGE ROUGE NOIR
RISQUES AUCUN LEGERS à MOYENS MOYENS à ELEVES TRES ELEVES

Avant de se ren­dre dans un lieu quel­conque, faire le con­stat lucide du niveau de la dan­gerosité qui le car­ac­térise, et de celui du par­cours pour y accéder et en revenir. S’il s’agit d’un lieu nou­veau, se ren­seign­er préal­able­ment sur ces niveaux.

Actu­alis­er son infor­ma­tion sur ces niveaux, qui peu­vent vari­er du matin au soir, d’un jour à l’autre. L’attentat peut sur­venir durant les niveaux orange à noir.

Cette déter­mi­na­tion préal­able con­di­tionne des pré­pa­ra­tions spé­ci­fiques :

• niveau VERT : rien de par­ti­c­uli­er.

• niveau ORANGE : lors des déplace­ments jusqu’au lieu, ou depuis le lieu, être atten­tif à tout ce qui peut sem­bler bizarre, et pour cela, pro­scrire tout ce qui peut dis­traire l’attention (écou­teurs, musique, portable mis en mode silen­cieux ou réu­nion) ; dans les trans­ports en com­mun, la lec­ture doit être régulière­ment sus­pendue aux arrêts pour véri­fi­er qui descend et n’abandonne rien, et qui monte avec quoi : sur­veiller ses mains. S’éloigner de toute sit­u­a­tion bizarre.

Pas de chaus­sures à hauts talons lors des déplace­ments.

• niveau ROUGE : vig­i­lance de tous les instants, vision et ouïe jamais dis­traites ; faire des paus­es d’observation régulières en cours de route ; portable en mode avion.

Se fier à son intu­ition : ne pas hésiter à descen­dre d’un bus ou d’un tram si on con­sid­ère que celui qui y monte est sus­pect (se focalis­er sur ses mains, qui annon­cent ses inten­tions). Eviter de sta­tion­ner en groupe aux abris bus ou aux pas­sages pié­tons en atten­dant le vert.

Chaus­sures de sport. Pan­talons pour les femmes. Couleurs des vête­ments passe-partout.

Sacs, carta­bles, bagages allégés au max­i­mum. Port de la plaque d’identification sur soi (nom, prénom, adresse, nom et numéro de télé­phone à prévenir, numéro sécu, groupe san­guin).

• niveau NOIR : vig­i­lance extrême, ne se déplac­er (mains nues) que par absolue néces­sité, en tenue la plus sportive et la plus dis­crète pos­si­ble. À plusieurs, ne se déplac­er qu’espacés. Portable en mode avion. Plaque d’identification en sautoir.

De façon générale, une fois ren­du dans le lieu, véri­fi­er que les accès sont con­ven­able­ment sécurisés (sinon, repar­tir), recon­naître les issues de sec­ours et les chem­ine­ments y con­duisant, repér­er les extinc­teurs et, s’il y en a, les matériels d’incendies (seau, hache, lance, échelle).

Enfin, il est très judi­cieux de pren­dre des cours de sec­ourisme, et si pos­si­ble de survie urbaine.

PENDANT

Con­signe n°2 : COURIR 

Agir ! L’action est anx­i­oly­tique, l’inaction anx­iogène. Dès le(s) premier(s) coup(s) de feu, ou y ressem­blant, ne pas atten­dre que quelqu’un démarre pour se met­tre à courir en s’éloignant de la source sonore, et en direc­tion de l’issue de sec­ours la plus proche si on est dans le lieu : on s’y sera instal­lé au meilleur endroit, loin de l’accès prin­ci­pal, près d’une issue de sec­ours et sans obsta­cles (chais­es, tables) sur le tra­jet y con­duisant, à la périphérie du groupe. Emplace­ment le moins éclairé pos­si­ble.

Il vaut mieux se ren­dre ridicule en fuyant un dan­ger fan­tas­mé que véri­fi­er, en étant tué pour n’avoir pas fui, que le dan­ger était bien réel.

Aban­don­ner sur place tout objet per­son­nel. Ne pas se retourn­er avant d’être en zone sécurisée.

Se pencher en avant pour dimin­uer sa sur­face de cible. Courir en zigzag autant que pos­si­ble. Si on est seul et pour­suivi, ren­vers­er der­rière soi tout obsta­cle impro­visé (chaise, poubelle).

Dans la rue il peut être néces­saire de mar­quer un arrêt : s’abriter der­rière une pro­tec­tion très solide (mur ou voiture à hau­teur du moteur, entre l’arme et soi).

Si on est avec un enfant ou un être cher qui sem­ble sidéré, l’entraîner de force sans par­ler ni crier.

S’il n’y a pas de pos­si­bil­ité de fuite, s’allonger, tête en direc­tion de la source des déto­na­tions. Si on doit faire le mort, garder les yeux ouverts et si on a été blessé, se badi­geon­ner le cou et le vis­age de sang.

Arrivé en lieu sûr, appel­er la police (17 ou 112), puis le SAMU (15) et les pom­piers (18).

Con­signe n°3  : SE CACHER

Si on n’a pas pu fuir, il faut se sous­traire à la vue du (des) tireur(s). Sous une table, ou der­rière une table ren­ver­sée, à défaut de mieux. Der­rière un comp­toir, dans un plac­ard : il fau­dra faire silence absolu, ne pas bouger et penser pou­voir rester là des heures (il n’est donc pas dégradant de se piss­er dessus à défaut d’autre pos­si­bil­ité). Si on est avec quelqu’un qui panique et gémit, voire com­mence à crier, le bâil­lon­ner d’autorité.

Si on a pu accéder à un local qui ferme avec une porte, ver­rouiller cette dernière autant que pos­si­ble (la caler avec un petit objet en sus de la fer­me­ture par la ser­rure), et dis­pos­er autant de meubles con­tre elle pour la bar­ri­cad­er. Ne pas sta­tion­ner der­rière la porte. Etein­dre la lumière et faire silence absolu.

Si quelqu’un der­rière la porte dit être de la police, rester silen­cieux mais ques­tion­ner par sms une con­nais­sance en zone sécurisée, ou appel­er très dis­crète­ment le 17 pour vous informer ; à défaut, se branch­er sur une radio pour avoir des nou­velles (assaut don­né et ter­miné). Sor­tir alors en met­tant ses mains bien en évi­dence, sans tenir quelque objet que ce soit. Sig­naler s’il y a d’autres per­son­nes après soi.

Con­signe n°4 :  COMBATTRE

Option ultime, quand ni fuir ni se cacher sont pos­si­ble. Pas de corps-à-corps héroïque, à moins d’être super-entraîné et de béné­fici­er d’une chance extra­or­di­naire comme dans le cas du Thalys.

Il n’y a qu’une fenêtre d’intervention pos­si­ble, c’est quand le tireur recharge, mais on ne dis­pose que de quelques sec­on­des : on peut alors fon­cer dessus et lui fra­cass­er le crâne avec un extinc­teur ou une hache d’incendie s’il n’est pas trop loin, ou le charg­er avec une échelle si on con­tre-attaque à plusieurs. Sinon, l’arroser à la lance d’incendie en visant son vis­age. Entraîn­er avec soi pour un tel assaut s’énonce claire­ment et forte­ment : « Ensem­ble ! On y va ! ».

Si on est très près, crev­er un œil (puis l’autre) avec un sty­lo, une clef (voire les pouces).

APRÈS

Con­signe n°5 : CICATRISER

Avoir survécu à un atten­tat est un trau­ma­tisme majeur. Il est impératif d’en prévenir le con­tre­coup qui est le SSPT (syn­drome de stress post trau­ma­tique). Il est impos­si­ble de se soign­er tout seul, il faut recourir à des aides spé­cial­isées, et com­mencer, dans l’immédiate suite de l’attentat, pour un déchoquage ver­bal autant que cor­porel-émo­tion­nel. Puis on doit s’appliquer à suiv­re une prise en charge psy­chologique con­séquente.

Sinon, au plan per­son­nel, il est tout aus­si essen­tiel de cul­tiv­er ses rela­tions, de repren­dre ses activ­ités nor­males et en entre­pren­dre de nou­velles, de faire le tri entre ses amis pour en élim­in­er les faux, et fuir toutes per­son­nes tox­iques. L’événement est une occa­sion extra­or­di­naire de refaire sa vie sur un mode qui en élim­ine tous les aspects négat­ifs, et le statut de sur­vivant en donne pleine­ment le droit.

  • Gian Lau­rens, chimiste spé­cial­iste explosifs, inter­venant (ges­tion de la vio­lence) en hôpi­tal psy­chi­a­trique. Novem­bre 2015. Repro­duc­tion libre.

Un vendredi de noir malheur

Leur vrai dieu, c’est la mort. Ils l’aiment, la servent, la sèment. Venus des arrière-mondes, leurs incursions dans celui des vivants n’a d’autre but que de tuer, détruire, semer la désolation, la souffrance, le malheur partout. Humains ils ne sont pas. Ou inachevés ; infirmes de la pensée, indignes d’être, en dehors de l’humanité. Détruire Palmyre ne leur suffit pas ; la pierre ne saigne pas, ne hurle pas, ne souffre pas. Ils veulent la grande jouissance du mal absolu, du désastre, de la haine qui tue.

Je souffre du grand malheur de ce vendredi noir. Le noir de l’obscurité morbide. « Nous » qui aspirons aux lumières, multiples, multicolores, joyeuses et jouissives ; « nous » dont l’Histoire – bien convulsive – se veut une lutte pour la vie ; la vie vivante, celle qui agrandit le monde. Et le voilà, ce monde, qui se rabougrit sous la terreur assassine ; mais aussi sous l’avidité des possédants, insatiables prédateurs, méprisants de l’Autre, vils profiteurs, en fin de compte aussi mortifères que les terroristes. Ce monde des murs et des barbelés, ce monde de la séparation et de l’injustice galopante, cause du grand dérèglement. Dénoncer ceux-là ne saurait pour autant absoudre la sauvagerie nihiliste. Mais que faire face à une telle négation de la vie ? Quelle espérance nourrir ?


Poussée d’intolérance au Maroc. “Much Loved” interdit, comédienne agressée

Much Loved, du cinéaste maro­cain Nabil Ayouch, est un film remar­quable dont j’aurais dû par­ler ici depuis que je l’ai vu il y a deux mois et qui, heureuse­ment, est tou­jours à l’affiche dans les bonnes salles. Je me décide aujourd’hui pour une rai­son plus que ciné­matographique : le film est inter­dit au Maroc, ce qui n’est pas sur­prenant, mais, surtout, l’actrice qui tient le rôle prin­ci­pal, Loub­na Abidar – superbe –, a été vio­lem­ment agressée le 5 novem­bre. Elle racon­te cela dans une tri­bune adressée au Monde [12/11/15 ], expli­quant aus­si pourquoi elle se voit con­trainte de quit­ter son pays.

Maroc Loubna Abidar agressée

Loub­na Abidar vio­lem­ment agressée à Casablan­ca [Ph. dr]

Une fois de plus, c’est la place des femmes dans la société qui se trou­ve au cen­tre d’une actu­al­ité per­ma­nente et à peu près générale dans le monde, même si, bien sûr, les sit­u­a­tions sont vari­ables, et donc leur degré de grav­ité. N’empêche, cela vaut dans nos sociétés dites évoluées. Que l’on songe aux dif­férences de salaires entre hommes et femmes, à fonc­tions égales ; qu’il s’agisse de l’attribution des postes de respon­s­abil­ité, du har­cèle­ment sex­uel, du machisme « ordi­naire ». On n’entrera même pas ici sur le lam­en­ta­ble débat autour des notions de genre.

Much Loved qui, comme son titre ne l’indique pas, est un film sur la con­di­tion fémi­nine dans un des pays arabes les plus rétro­grades sur la ques­tion – et sur tant d’autres, hélas – tan­dis que cette roy­auté d’un autre âge voudrait se drap­er dans une pré­ten­due moder­nité.

Dans son texte, la comé­di­enne donne à voir le pro­pos du film, en même temps qu’elle exprime une détresse per­son­nelle, une implaca­ble dénon­ci­a­tion d’un régime d’oppression et l’intolérance d’une société.

Après des petits rôles au théâtre et dans des films com­mer­ci­aux, j’ai obtenu le pre­mier rôle dans le long-métrage Much Loved, de Nabil Ayouch. C’était le plus beau jour de ma vie, car j’allais pou­voir tra­vailler avec un réal­isa­teur tal­entueux et inter­na­tionale­ment recon­nu, et parce que j’allais don­ner la parole à toutes celles avec lesquelles j’avais gran­di : ces petites filles des quartiers qui n’apprennent ni à lire ni à écrire, mais aux­quelles on dit sans cesse qu’un jour elles ren­con­treront un homme riche qui les emmèn­era loin… Dès 14–15 ans, elles sor­tent tous les soirs dans le but de le trou­ver. Un jour, elles réalisent qu’elles sont dev­enues des pros­ti­tuées.

« Dans ce film, j’ai mis toute mon âme et toute ma force de tra­vail, portée par Nabil Ayouch et mes parte­naires de jeu. Le film a été sélec­tion­né à Cannes. J’y étais, c’était mag­ique. Mais dès le lende­main de sa présen­ta­tion, un mou­ve­ment de haine a démar­ré au Maroc. Un min­istre qui n’avait pas vu le film a décidé de l’interdire avant même que la pro­duc­tion ne demande l’autorisation de le dif­fuser. Much Loved dérangeait, parce qu’il par­lait de la pros­ti­tu­tion, offi­cielle­ment inter­dite au Maroc, parce qu’il don­nait la parole à ces femmes qui ne l’ont jamais. Les autorités ont déclaré que le film don­nait une image dégradante de la femme maro­caine, alors que ses héroïnes débor­dent de vie, de com­bat­iv­ité, d’amitié l’une pour l’autre, de rage d’exister.

« Et une cam­pagne de détes­ta­tion s’est répan­due sur les réseaux soci­aux et dans la pop­u­la­tion. Per­son­ne n’avait encore vu le film au Maroc, et il était déjà devenu le sujet numéro un de toutes les dis­cus­sions. La vio­lence aug­men­tait de jour en jour, à l’encontre de Nabil « le juif » (sa mère est une juive tunisi­enne) et à mon encon­tre. Je dérangeais à mon tour, parce que j’avais le pre­mier rôle, parce que j’en étais fière, et parce que je pre­nais posi­tion ouverte­ment con­tre l’hypocrisie par des déc­la­ra­tions nom­breuses.

Cachée sous une burqa

« Des mes­sages de sou­tien et d’amour, j’en ai reçu des dizaines. Dans les pays d’Europe où le film est sor­ti et a con­nu un bel accueil (j’ai notam­ment obtenu le Prix de la meilleure actrice dans les deux fes­ti­vals majeurs de films fran­coph­o­nes, Angoulême en France et Namur en Bel­gique). Mais surtout, et c’était le plus impor­tant pour moi, au Maroc. Par des gens éclairés car ils sont nom­breux. Et aus­si par des pros­ti­tuées qui ont enfin osé par­ler à vis­age décou­vert pour dire qu’elles se recon­nais­saient dans le film.

« Mais rien n’a calmé la haine con­tre moi. Sur Face­book et Twit­ter, mon nom est asso­cié à celui de « sale pute » des mil­liers de fois par jour. Quand une fille se com­porte mal, on lui dit « tu fini­ras comme Abidar ». Tous les jours, je lis que je suis la honte des femmes maro­caines. Chaque semaine, je reçois des men­aces de mort. J’ai encore des amis et des proches pour me soutenir, mais beau­coup se sont détournés de moi. Pen­dant des semaines, je ne suis pas sor­tie de chez moi, ou alors unique­ment pour des cours­es rapi­des, cachée sous une burqa (quel para­doxe, me sen­tir pro­tégée grâce à une burqa…).

« Ces derniers jours, le temps pas­sant, la ten­sion me sem­blait retombée. Alors jeu­di 5 novem­bre, le soir, je suis allée à Casablan­ca à vis­age décou­vert. J’y ai été agressée par trois jeunes hommes. J’étais dans la rue, ils étaient dans leur voiture, ils m’ont vue et recon­nue, ils étaient saouls, ils m’ont fait mon­ter dans leur véhicule, ils ont roulé pen­dant de très longues min­utes et pen­dant ce temps ils m’ont frap­pée sur le corps et au vis­age tout en m’insultant. J’ai eu de la chance, ce n’était « que » des jeunes enivrés qui voulaient s’amuser… D’autres auraient pu me tuer. La nuit a été ter­ri­ble. Les médecins à qui je me suis adressée pour les sec­ours et les policiers au com­mis­sari­at se sont ri de moi, sous mes yeux. Je me suis sen­tie incroy­able­ment seule… Un chirurgien esthé­tique a quand même accep­té de sauver mon vis­age. Ma han­tise était juste­ment d’avoir été défig­urée, de garder les traces de cette agres­sion sur mon vis­age, de ne plus pou­voir faire mon méti­er…

« Nabil Ayouch était là tout le temps pour me soutenir. J’ai fait des déc­la­ra­tions de colère que je regrette. Je ne savais plus où j’étais. Alors j’ai décidé de quit­ter le Maroc. C’est mon pays, je l’aime, j’y ai ma vie et ma fille, j’ai foi en ses forces vives, mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s’attaque à moi pour un rôle que j’ai joué dans un film que les gens n’ont même pas vu. Une cam­pagne de dén­i­gre­ment légitimée par une inter­dic­tion de dif­fu­sion du film, ali­men­tée par les con­ser­va­teurs, nour­rie par les réseaux soci­aux si présents aujourd’hui… et qui con­tin­ue de tourn­er en rond et dans la vio­lence. Au fond, on m’insulte parce que je suis une femme libre. Et il y a une par­tie de la pop­u­la­tion, au Maroc, que les femmes libres dérangent, que les homo­sex­uels dérangent, que les désirs de change­ment dérangent. Ce sont eux que je veux dénon­cer aujourd’hui, et pas seule­ment les trois jeunes qui m’ont agressée… »

Loub­na Abidar

La bande-annonce de Much Loved.

PS. Des copies du film ont été mis­es en cir­cu­la­tion au Maroc, dans lesquelles des scènes pornographiques ont été ajoutées pour en dénon­cer l’immoralité !


L’abattoir, lieu insoutenable, limite de l’humanité

Accrochez-vous ! Les images ci-dessous sont du genre insouten­able. Par delà, ce qui l’est encore plus, insouten­able, c’est le cal­vaire subi en per­ma­nence, dans le monde, par des mil­liards d’animaux. L’hominidé s’étant décrété comme « supérieur » – prob­a­ble­ment depuis qu’il a pré­ten­du « penser », ce qui est somme toute bien récent à l’échelle de l’évolution –, il n’a eu de cesse d’exploiter les ani­maux. Et cela, d’ailleurs, dans un sens si large, qu’il s’est aus­si autorisé à exploiter ses sem­blables, jusqu’à les tor­tur­er, dans le tra­vail notam­ment et, tant qu’à faire, jusqu’à les exter­min­er.

logo-L214-100pxLa vidéo ci-dessus est due à l’asso­ci­a­tion de défense des ani­maux L214 

L’abattoir d’Alès (Gard) fait l’objet d’une enquête et a été pro­vi­soire­ment fer­mé. 20 000 porcs, 40 000 ovins et 6 000 bovins y sont mal-traités chaque année. À mul­ti­pli­er par le nom­bre de mouroirs sem­blables en France, en Europe, partout dans le monde.

L’homme, donc, con­sid­éré comme espèce supérieure, même si, trop sou­vent, il ne vole pas bien haut. De là, ce qu’on appelle le spé­cisme. Ce con­cept inclut aus­si le fait que, même par­mi les ani­maux, cer­tains sont plus respecta­bles que d’autres. C’est évidem­ment le cas des ani­maux de com­pag­nie et des ani­maux domes­tiques ; par­mi ces derniers, les ani­maux d’élevage font l’objet de traite­ments plus ou moins dégradants, selon le niveau de « ren­de­ment » qu’ils représen­tent : force motrice, marchan­dise de loisirs (chevaux),  ou/et de con­som­ma­tion, cobayes de lab­o­ra­toires, objet sac­ri­fi­ciel. Reste, de toutes façons, la ques­tion de leur mort et de leur élim­i­na­tion, ques­tion qui rejoint trop sou­vent la « solu­tion finale ».

Car « tout se tient » ici encore. Cause ou con­séquence de l’éhontée dom­i­na­tion humaine – vari­ante du colo­nial­isme –, le spé­cisme se décline en racisme tout autant qu’en sex­isme. Supéri­or­ité d’une « race » sur une autre, d’un sexe sur l’autre.

Cette affaire des abat­toirs dépasse celle du végé­tarisme ou du végé­tal­isme. Ne pas manger de viande, ou pas même aucun pro­duit ou sous-pro­duit d’origine ani­male, cela peut se dis­cuter sous de mul­ti­ples aspects (moraux, religieux, économiques, écologiques, biologiques, san­i­taires, etc.) Mais, quoi qu’il en soit, la manière dont l’ani­mal humain (je reprends cette expres­sion due à Wil­helm Reich ; elle ren­voie l’homme à sa dou­ble com­posante et le remet à sa juste place) traite les autres ani­maux, notam­ment dans la mort, m’apparaît comme fon­da­men­tale dans le proces­sus d’humanisation.

De ce point de vue, on peut con­sid­ér­er qu’il y a con­ti­nu­ité – sans exclure des vari­a­tions his­toriques dans l’ordre du pro­grès ou de la régres­sion – entre l’hominidé chas­seur-pêcheur, car­ni­vore ; le chas­seur vian­dard actuel ; l’afi­ciona­do des cor­ri­das ; le vio­lent social ou crim­inel ; le guer­ri­er san­guinaire ; le bour­reau nazi ; l’halluciné fana­tique. Liste non exclu­sive !


Air France. Sans-chemises et sans-culottes

Une chemise déchirée, et même deux. Une agres­sion con­tre des per­son­nes – fussent-elles des « patrons ». Certes, le geste est moche. Ou plutôt « non esthé­tique ». C’est le geste du dés­espoir, le dernier geste du con­damné avant l’exécution. Il n’est ren­du beau qu’au ciné­ma. Per­dre son emploi de nos jours, c’est une exé­cu­tion. C’est pass­er du statut de « chanceux », pour ne pas dire priv­ilégié – du priv­ilège d’avoir un tra­vail, qui est sou­vent une tor­ture… – à celui de déclassé, de déchu.
Alors, quand la direc­tion d’Air France annonce la sup­pres­sion de 2.900 emplois, cela sig­ni­fie 2.900 vies déchirées (bien davan­tage, en fait). À côté desquelles deux chemis­es déchirées, même blanch­es et bien repassées, c’est une vio­lence très mod­érée !


Une vidéo révèle les négo­ci­a­tions chez Air France par Buz­zVid

La vidéo ci-dessus a été prise quelques min­utes avant les inci­dents qui forceront les dirigeants Xavier Brose­ta et Pierre Plis­son­nier à s’échapper du siège d’Air France. Des employés ten­tent d’interpeller et d’ouvrir le dia­logue.
Cette vidéo est poignante, mon­trant le courage et le dés­espoir d’une femme affrontant la morgue des cols blancs, mains dans les poches ou bras croisés, tripotant leurs porta­bles, touil­lant leur café, l’air gogue­nard pour ne pas dire niais, et finale­ment muets comme des tombes. « On nous a demandé de faire des efforts, on les a faits ! » lance cette femme au bord du san­glot dans un mono­logue pathé­tique.

Face à elle, l’indifférence, le mépris. Les cadres regroupés dis­cu­tent entre eux, feignant d’ignorer l’interpellation. L’un d’eux lâche enfin : « On n’est pas habil­ités, on n’est pas habil­ités ».

Ils n’ont rien à répon­dre au réquisi­toire. Car ils ne sont même pas respon­s­ables et ne peu­vent répon­dre de rien… Minables pan­tins cra­vatés du cap­i­tal­isme plan­qué, sans vis­age, suite de chiffres et de pour cents, jouant dans les casi­nos financiers  à l’ombre des par­adis fis­caux, fix­ant de loin, « off shore », les taux de ren­de­ment de leur sale pognon dont ils se goin­frent jusqu’à l’intoxication.

Des vio­lences autrement plus rad­i­cales, la dégra­da­tion générale des con­di­tions socio-économiques nous en promet ! Les « voy­ous » et la « chien­lit » se sou­vien­dront peut-être des sans-culottes et ne s’en pren­dront plus seule­ment aux chemis­es.
Sur son blog, le mil­i­tant encore social­iste Gérard Filoche a ressor­ti pour la cir­con­stance un dis­cours de Jean Jau­rès devant la Cham­bre des députés le 19 juin 1906. Ces paroles sont d’une actu­al­ité brûlante :

« Le patronat n’a pas besoin, lui, pour exercer une action vio­lente, de gestes désor­don­nés et de paroles tumultueuses ! Quelques hommes se rassem­blent, à huis clos, dans la sécu­rité, dans l’intimité d’un con­seil d’administration, et à quelques-uns, sans vio­lence, sans gestes désor­don­nés, sans éclats de voix, comme des diplo­mates cau­sant autour du tapis vert, ils déci­dent que le salaire raisonnable sera refusé aux ouvri­ers ; ils déci­dent que les ouvri­ers qui con­tin­u­ent la lutte seront exclus, seront chas­sés, seront désignés par des mar­ques imper­cep­ti­bles, mais con­nues des autres patrons, à l’universelle vin­dicte patronale. […] Ain­si, tan­dis que l’acte de vio­lence de l’ouvrier appa­raît tou­jours, est tou­jours défi­ni, tou­jours aisé­ment frap­pé, la respon­s­abil­ité pro­fonde et meur­trière des grands patrons, des grands cap­i­tal­istes, elle se dérobe, elle s’évanouit dans une sorte d’obscurité. »

Et Filoche de com­menter : « Mal­heureuse­ment, Manuel Valls traite les salariés de « voy­ous » et prend fait et cause pour la direc­tion d’Air France. Il est vrai qu’il se réfère plus sou­vent à Clé­menceau, le briseur de grèves, qu’à Jau­rès… »


Pendaison publique, place de l’Opéra à Marseille

Pendue

© gp

On croy­ait ces temps révo­lus, révo­lus comme la Révo­lu­tion et comme la peine de mort… C’était sans compter sur l’exception mar­seil­laise. Non pas celle des autres exé­cu­tions publiques, il y a dix jours encore, devant ce même opéra munic­i­pal, à coup de bas­tos. Non, une vraie de vraie, par pendai­son. Plus économique que la guil­lo­tine, telle­ment moins san­guino­lente. Un gibet, une corde, un bour­reau, une con­damnée à mort, et hop ! Le tout devant un pub­lic recueil­li et même une classe de petits écol­iers – c’était mer­cre­di. Il faut bien édi­fi­er les mass­es face au Crime éter­nel, que le châ­ti­ment, pour­tant, jamais ne tar­it…

Il y avait de la fas­ci­na­tion dans le regard du peu­ple ain­si assem­blé. Oui, des lueurs de défi, une cer­taine jouis­sance dans les prunelles avides. Il faut dire que la crim­inelle irra­di­ait lit­térale­ment, sous sa longue robe écar­late et son regard de braise, sous ses ultimes paroles en appelant à la vie, à la révolte de la vie. Que lui reprochait-on à cette Char­lotte Cor­day mar­seil­laise ?

À enten­dre son cri, on com­prend que c’est la Femme, fatale pécher­esse, qui devait ici expi­er son crime d’exister. Dans la suite inin­ter­rompue des muti­la­tions his­toriques infligées à toutes les femmes de la planète en perdi­tion : battues, exploitées, méprisées, répudiées, trompées, humil­iées, excisées, lapidées, ignorées ou même adulées – exé­cutées. La sup­pli­ciée : « Regarde mon corps mon trou ma tombe mes yeux mes seins mon sexe. L’os pelé de l’amour la clef des larmes. Je brûle d’une flamme nue… ». Et il est des pays où de telles scènes ne sont pas fic­tives. Tant de sauvagerie partout ! Jusque “dans l’ombre de la démoc­ra­tie”, ain­si que le souligne l’auteur du spec­ta­cle.

La dra­maturgie a joué à plein, dans le dénue­ment du lieu et de la sit­u­a­tion. La comé­di­enne, poignante, boulever­sante au bout de sa corde. Son bour­reau intraitable. Cela eut lieu entre les coups de sirène de midi et midi dix, sous la plainte trou­blante d’un saxo, face au soleil cru, bal­ayé de mis­tral. Magie du théâtre.

C’était hier, comme en chaque pre­mier mer­cre­di du mois, depuis 2003 que Lieux publics s’approprie le parvis de l’opéra mar­seil­lais pour une scène de rue jamais anodine. Cela s’appelle Sirènes et midi net. Un beau nom de ren­dez-vous.

Pendue

© gp

Pen­due, de la com­pag­nie Kumu­lus, une adap­ta­tion du spec­ta­cle Les Pen­dus, de Barthéle­my Bom­pard, écrit par Nadège Prug­nard„ inter­prété par Céline Dam­iron et Barthéle­my Bom­pard,
accom­pa­g­nés par Thérèse Bosc au sax­o­phone. Tech­nique : Djamel Djer­boua, son : Nico­las Gen­dreau.


Tunisie. “Charlie” et la suite

je-suist-unisie

L’actu­al­i­sa­tion du slo­gan « Char­lie » résume tout, hélas. Tout, c’est-à-dire, en référence aux atten­tats de jan­vi­er à Paris, une même analo­gie dans l’horreur fana­tique et mor­tifère ; un même but destruc­teur qui s’en prend à l’Histoire – celle de la Tunisie, à tra­vers le musée du Bar­do –; à l’Occident, désigné comme Satan à tra­vers ses touristes « dépravés »; et à la Démoc­ra­tie, assim­ilée à la déchéance laïque – donc anti-coranique. En prime, si on ose dire, cet odieux atten­tat – 22 morts, une cinquan­taine de blessés – ruine pour longtemps la chance­lante économie tunisi­enne en grande par­tie basée sur le tourisme.

L’« État islamique » vient ain­si de faire son entrée fra­cas­sante dans cette Tunisie qui, depuis qua­tre ans, par­ve­nait tant bien que mal à sauve­g­arder sa révo­lu­tion et ses frag­iles acquis. Ain­si con­traint à décréter l’« état de guerre », le gou­verne­ment tunisien tombe dans l’engrenage répres­sif qui s’attaque aux effets et non aux caus­es. Des caus­es d’ailleurs si pro­fondes qu’elles out­repassent les capac­ités réac­tives d’un petit État et même – c’est tout dire – celles de la « com­mu­nauté inter­na­tionale ». Ladite « com­mu­nauté » qui, par ses mem­bres voy­ous, ses machines de guerre, son économie de la Finance et du tout-Marchan­dise, a large­ment con­tribué à allumer la mèche ram­pante du fas­cisme islamiste.

Les reportages d’Envoyé spé­cial (France 2), notam­ment les pas­sages tournés à Sidi Bouzid d’où était par­tie la révo­lu­tion avec le sui­cide de Mohamed Bouaz­izi, mon­trent un tel cli­vage haineux entre salafistes et démoc­rates qu’on peut crain­dre le pire à court terme. Et com­ment ne pas voir la men­ace de ce cli­vage général dans notre monde en désar­roi ? N’en ver­ra-t-on pas les effets « col­latéraux » dès dimanche prochain dans les urnes bien de chez nous ?

 

• D’autres articles en tapant “Tunisie” dans la case de Recherche


Centrafrique et Libye : les bégaiements de l’histoire

Bernard-Nantet par Bernard Nan­tet, jour­nal­iste et archéo­logue, spé­cial­iste de l’Afrique

centrafriqueAu matin du 5 jan­vi­er, les habi­tants de Ban­gui, la cap­i­tale cen­trafricaine, virent sur­gir des groupes de com­bat­tants sans uni­forme, le corps bardé de gri­gris et d’amulettes pro­tec­tri­ces. Brusque­ment, l’Afrique de la brousse remon­tait à la sur­face avec ses tra­di­tions et son his­toire occultée par la longue par­en­thèse colo­niale et une indépen­dance mal assumée.

Il faut dire que l’ancien Ouban­gui-Chari ne nous avait pas habitués à voir s’exprimer tant de haine opposant gens de la brousse, chris­tian­isés de fraîche date, et musul­mans, éleveurs ou com­merçants étab­lis depuis longtemps dans le pays.

Il aura suf­fi qu’un an aupar­a­vant, un ancien min­istre, Michel Djo­to­dia, agrège en une coali­tion (sélé­ka en san­go) tout ce que la région comp­tait de mécon­tents pour faire vac­iller un État rongé par la cor­rup­tion et le népo­tisme. La mise en coupe réglée du pays fit remon­ter à la sur­face les réc­its d’une époque où l’esclavage rav­ageait la région. Les opposants qui avaient fon­du sur la cap­i­tale cen­trafricaine rassem­blaient en l’occurrence des mer­ce­naires tcha­di­ens et soudanais, flan­qués de coupeurs de routes et de bra­con­niers venus épauler les reven­di­ca­tions de la minorité musul­mane mar­gin­al­isée,

Des mois de pil­lages, de destruc­tions et de tueries per­pétrés par les mem­bres de la Sélé­ka sus­citèrent la for­ma­tion de groupes d’autodéfense, les anti-bal­a­ka (anti-machettes), un surnom qui ren­voy­ait à des temps loin­tains où la kalach­nikov n’équipait pas encore les envahisseurs. L’irruption de mil­ices vil­la­geois­es dans cette guerre civile de basse inten­sité s’accompagna d’exactions et de mas­sacres envers les musul­mans locaux accusés – sou­vent à tort – d’avoir pactisé avec les pré­da­teurs.

La guerre civile en Sier­ra Leone (1991–2001) nous avait déjà mon­tré à quelles dérives meur­trières des mil­ices incon­trôlées pou­vaient se livr­er dans des con­flits internes. Issues des asso­ci­a­tions tra­di­tion­nelles de chas­seurs, ou kama­jors, et bap­tisées en la cir­con­stance Forces de défense civile (CDF), ces mil­ices pro­gou­verne­men­tales sier­ra-léon­ais­es furent à l’origine de nom­breuses atroc­ités.

Dis­paru récem­ment, l’historien malien Yous­souf Tata Cis­sé (1935–2013), auteur d’une thèse sur les con­fréries de chas­seurs en Afrique occi­den­tale, a mon­tré l’importance des chas­seurs tra­di­tion­nels dans la vie col­lec­tive et la défense des vil­lages. Autre­fois groupées en con­fréries ini­ti­a­tiques, elles avaient un rôle dans le main­tien de la cohé­sion sociale, comme au Rwan­da où Tut­sis, Hutus et Twas pou­vaient se retrou­ver au sein d’un culte ren­du au chas­seur mythique Ryan­gombe.

Avant que les com­pag­nies européennes con­ces­sion­naires n’exploitent le pays et les pop­u­la­tions de façon scan­daleuse (début du XXe siè­cle), les forêts de l’Oubangui-Chari servirent de refuge aux ani­mistes fuyant les razz­ias esclavagistes des­tinées à fournir au monde arabe et à l’Empire ottoman la force servile qui leur man­quait. Pre­mier des voyageurs du XIXe siè­cle à vis­iter la région, le Tunisien Mohamed el Toun­si, qui accom­pa­gna une razz­ia au Dar­four voisin (1803–1813), témoigna des pil­lages et des rafles qui dévas­taient des ter­ri­toires entiers comme le Dar el Fer­ti dans l’est de la Cen­trafrique, aujourd’hui déserté.

À cette époque, le pays subit le con­tre­coup de la désta­bil­i­sa­tion du Tchad provo­quée par l’arrivée des Ouled Sli­mane, anciens mer­ce­naires à la sol­de des pachas de Tripoli con­tre les nomades Toubous du Fez­zan, en Libye. Cette tribu arabe fut chas­sée vers le Tchad quand l’Empire ottoman reprit en main la régence de Tripoli, jugée trop faible pour s’opposer à la poussée française en Algérie (milieu du XIXe siè­cle). Dévasté, ses roy­aumes affaib­lis, le Tchad ne put s’opposer aux esclavagistes venus du Soudan. Par­mi ceux-ci fig­ure le chef de guerre Rabah dont les armes à feu firent mer­veille dans la chas­se aux ani­mistes qui se réfugièrent dans les forêts cen­trafricaines.

sahara-bernard-nantetOr il y a un an, c’est du nord-est, porte d’entrée tra­di­tion­nelle des anciens chas­seurs d’esclaves, qu’a sur­gi la Sélé­ka, rejouant un scé­nario bien con­nu. Aujourd’hui en Libye, l’histoire paraît aus­si bégay­er. Les affron­te­ments meur­tri­ers, dont Seb­ha, dans le sud, fut récem­ment le théâtre (150 morts dans la dernière quin­zaine de jan­vi­er), met­tent de nou­veau aux pris­es les Ouled Sli­mane, anciens alliés de Kad­hafi, avec les Toubous. En effet, ces derniers ten­tent de récupér­er des ter­ri­toires au Fez­zan et des oasis, tel celui de Koufra dont ils furent jadis chas­sés.

Ain­si, ironie de l’Histoire, en Cen­trafrique comme en Libye, la mémoire de l’esclavage et de ses razz­ias se rap­pelle au sou­venir des hommes à tra­vers les événe­ments dra­ma­tiques actuels qui, à pre­mière vue, pour­raient paraître sans aucun lien.

Arti­cle paru sur le Huff­in­g­ton Post


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Calendrier

    novembre 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Oct  
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress