C de coeur, C de gueule
Des cathédrales au nucléaire. « Cette Ascension sans fin qu’on appelle aussi le Progrès… »
Entretien avec John MacGregor, chercheur au MIT
John MacGregor, vieux complice américano-canado-écossais, chercheur au MIT (Massachusetts Institute of Technology - Cambridge, Etats-Unis), sociologue des médias et astrophysicien, le type qui lit à la fois dans les gazettes & dans les étoiles… Tout comme il goûte le pure-malt & le montrachet (ou le sauternes, mais pas en même temps). Un énergumène dans son genre, qui a bien labouré notre hexagone et en remontrerait à plus d’un Gaulois. Il passe quelques jours à la Jazzine où il dérouille le piano à coups de Scriabine et d’Oscar Peterson, se goinfrant aussi de notre télévision et de nos canards. Bref, de quoi causer – et on ne s’en prive pas !
• Comme nul n’est prophète en son pays, je prends toujours un malin plaisir à écouter tes ruades et coups de coeur concernant la France. Ton prisme, cette fois, passe par la chaîne de télé Arte et le quotidien Le Monde, que nous avons regardés ensemble. Et tu en profites pour effectuer un grand écart entre deux époques, deux lieux, deux rapports au monde : les cathédrales et les centrales nucléaires… Des explications s’imposent.
– John MacGregor : Je n’aurais pu faire les mêmes observations aux États-Unis ! En tout cas pas à partir de la télé. Sous ses couverts multi-ethniques, l’empire étatsunien est totalement ethnocentré sur lui-même, si je peux me permettre ce pléonasme… J’ai été subjugué par Arte, chaîne inimaginable outre-Atlantique : ce mélange osé de cultures, allemande et française, et aussi, il est vrai, cette propension à atteindre le fameux « point Godwin » avec ses sujets très récurrents autour du nazisme, de l’Occupation, de la question juive. Deux soirées m’ont particulièrement étonné par le pont qu’elles ont permis entre deux stades de nos civilisations au sens large. Je veux parler de la soirée du samedi 23 (avril) avec ce film exceptionnel, « Les Cathédrales dévoilées »*. J’y ai appris plein de choses sur la construction, les matériaux, l’architecture et les problèmes rencontrés il y a huit siècles pour édifier de tels chefs d’œuvre ! Et trois jours après, à la même heure, la même chaîne diffusait « Tchernobyl forever »** questionnant de manière profonde l’avenir du nucléaire à travers ses enjeux post-catastrophes. Huit siècles, dira-t-on un peu vite, de « civilisation » ; à condition toutefois d’exclure toute vision de continuité, voire d’évolutionnisme.
• Certes, ces siècles ont été des plus chaotiques. Mais il s’agit tout de même de « notre » civilisation, enfin celle dont nous sommes les héritiers…
– Oui ! Il y eut bien les cathédrales et, plus ou moins en même temps, les guerres de religion, la « sainte inquisition », toutes sortes de massacres précédant les guerres techniques, je veux dire à technicité spécifique, celles des armes efficaces justifiant ce que par la suite et bientôt on nommera le progrès. Car les guerres ont précédé les « pacifications » – par définition, on ne peut faire la paix qu’après la guerre. De même qu’on impose l’atome « civil » après avoir décidé d’abord de sa version militaire : la bombe a précédé et annoncé les centrales, aux États-Unis d’abord, puis notamment en France quand De Gaulle a opté pour l’arme atomique comme gage d’indépendance. De Gaulle voyait dans la bombe atomique un instrument de dissuasion au service de la paix. C’était juste à une époque où seuls quelques rares pays – quatre ou cinq – possédaient de tels armements. Depuis, la matière nucléaire s’est presque banalisée, à l’image de l’industrie nucléaire civile. Elle est devenue un objet de dissémination et représente ainsi un danger phénoménal dans ce champ nouveau qu’est aujourd’hui le « grand terrorisme » par lequel la notion de guerre s’est ainsi déplacée. La guerre, rappelons les fondamentaux, constitue à l’origine le moyen d’instaurer des dominations d’un groupe sur un autre et de faire main basse sur les biens de l’« ennemi » en annexant son territoire, sa main d’œuvre, sa force de production, de reproduction aussi et bien sûr de consommation – en un mot ses richesses, ou ce qu’on appelle l’économie. L’économie, du grec oikos, la « maison » dont on a fait une science d’allure pacifique, alors qu’elle poursuit cette guerre ancestrale de domination ou, également, de rivalités – affrontements dans le but de s’approprier la rive de l’autre, l’ennemi. La « science de la maison », c’est la manière proprette de prolonger les guerres – on parle bien, d’ailleurs et sans se gêner, de guerre économique.
• Mieux vaut quand même ces guerres économiques que les terribles massacres…
– Mieux vaut aussi un match de foot qu’une émeute… Mais on peut aussi avoir les deux… ce qui qui se produit parfois d’ailleurs. Je poursuis mon idée : ce que j’appelle le grand terrorisme a changé la donne en ce sens notamment que son but guerrier n’est plus de dominer sur le plan économique, mais d’affaiblir l’ennemi au point même de l’anéantir par la violence – but suprême ! – selon des moyens inconnus jusque là, alliant à la fois technologie de base et fanatisme politico-religieux. Les attentats du 11 septembre en sont la « quintessence »… Les religions ont toutes, peu ou prou dans l’Histoire, été tentées par ce genre d’extrémisme, ce négationnisme niant l’altérité considérée comme hérétique. En ce moment, ce sont les islamistes qui portent ce fanatisme à son plus haut point, conséquence d’une désespérance economico-politique et expression de la martyrologie religieuse qui glorifie les attentats-suicides contre lesquels il n’est guère vraiment de parades. Telle est la nouvelle guerre aujourd’hui, qui pourrait transposer dans la « routine » terroriste les bombes d’Hiroshima et Nagasaki.
Le nucléaire est affaire trop dangereuse pour la laisser aux mains des nucléocrates !
L’émission « Mots croisés » du 11 avril était en partie consacrée au nucléaire. J’y aurai surtout vu l’affligeant numéro d’un technolâtre dénommé Jean-Marc Jancovici, présenté comme «
Ingénieur énergie climat,
Professeur à l’Ecole des Mines Paris Tech » (fermez le ban !) Souvent à l’œuvre médiatique en ces temps de contestation nucléaire, ce prétentieux est le prototype même du nucléocrate : méprisant autant que suffisant, ça va ensemble, il assène la « science » en ramenant la sienne.
Extraits :
Cette prestation, atterrante, a eu l’avantage de montrer in vivo comment le monde nucléaire est devenu une sorte de secte, antidémocratique ô combien, dont l’objet est inaccessible à ceux qui n’en font pas partie. C’est ainsi qu’un spectateur lambda ne peut rien comprendre au nucléaire puisque « personne ne sait ce qu’est un millisievert ». Ben expliquez-nous donc ça, grand manitou ! «Ah non, pas possible, ça prend au moins trois pages » L’extrait ci-dessus de l’émission illustre bien la question de fond de ce secteur à part, cette caste de consanguins refermés sur eux-mêmes et devenus sourds et aveugles au monde extérieur. D’où leur grand danger à les laisser agir sans contrôle. On les a assez vus à l’œuvre à Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima. Le nucléaire est affaire trop sérieuse et surtout dangereuse pour la laisser aux mains de tels allumés !
A l’opposé, cet entretien vidéo sur Universcience.tv du 31 mars avec Roland Desbordes, président de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (CRIIRAD). Exact contraire de ce pédant insupportable Jancovici, Roland Desbordes se veut explicatif autant que rigoureux, déplorant les données a-scientifiques fournies par les autorités japonaises sur les émissions radioactives liées à l’accident de Fukushima. Où l’on apprend également, sans alarmisme, que nous sommes bel et bien exposés au nuage radioactif venu du Japon.
Deux conceptions de la science, de l’information, de la démocratie. Un autre humanisme aussi.
Cliquer sur les images pour voir les vidéos, ou sur les liens ci-dessous :
http://www.youtube.com/watch?v=weRm6XKYDxo
Japon. L’apocalypse-bidon « vécue » en chambre par le « grand reporter » du Nouvel Obs
Grand reporter ou pas, « Albert-Londres » ou non, Nouvel-Obs ou Mon cul sur la commode : du pipeau ! Les faits : le Nouvel Observateur du 17 mars publie neuf pages de description apocalyptique et de témoignages douloureux sur la catastrophe japonaise, signées du grand reporter Jean-Paul Mari. L’article a été entièrement écrit à Paris, à partir de témoignages et de descriptions parus ailleurs dans la presse sans qu’aucune source ne soit mentionnée. C’est ce que révèle l’hebdo Les Inrocks dans sa livraison du 29/3 sous le titre « Nouvel Obs: 5 astuces pour écrire un reportage au Japon depuis Paris ».

Camille Polloni décortique la manip” et pousse même la confraternité jusqu’à cuisiner le bidonneur. Jean-Paul Mari invoque quelques explications « techniques » (« C’est un problème de temps, j’ai écrit dans l’urgence. Si j’avais une journée de plus pour le réécrire, je mettrais la source de ces témoignages. »»), même pas des excuses (vaut mieux pas d’ailleurs), pour se planquer en fait derrière un piteux paravent : le Nouvel Observateur n’a pas apposé la mention « envoyé spécial », il ne prétend donc pas que son journaliste se trouvait au Japon. De même est-il stipulé « récit » et non « reportage ». Ouais… D’où vient alors cet art filou du « on s’y croirait » ? Du fait que rien n’est faux, tout étant pompé chez les « confrères » de Libé, du Parisien, du Guardian et autres sources internétées.
Le tout est réussi dans le genre, entre récit de fiction-vérité et effets de plume limite clichetons. Échantillon : « Le temps s’est arrêté. Plus d’heure, plus d’avant, plus d’après. Pas encore l’apocalypse. Tout est suspendu. Le ciel est froid, clair, ensoleillé. Dans la baie, les bateaux se balancent sur une mer d’hiver. Sur la côte, en face, un port de pêche, des toits bleus, des hangars. Sur la rive proche, des maisons, des parkings, des voitures, un poteau de signalisation, un nom, celui de la ville, moderne : Miyako. Et puis là, à quelques mètres du rivage, une ligne boursouflée, comme un bourrelet, quelque chose d’incompréhensible. On dirait un serpent géant, lourd, obscur, qui roule des écailles monstrueuses. Une vague.”
Allez donc voir directement la chose sur le site des Inrocks, c’est une belle dénonciation de ce mal rampant qui imprègne le « journalisme » moderne, consacre le journaliste assis comme le prototype d’une fin d’un monde – celui où la seule ligne pour un journaliste [était] « la ligne de chemin de fer ». Paroles fameuses dont Albert Londres avait fait son credo – avec lequel, à l’occasion, il eut lui aussi bien pris ses aises pour arranger les faits à sa convenance…
Tiens, avec toutes ces photos « HD », ces films en abondance, si je m’offrais un Grand reportage à Fukushima même, avec survol de la centrale à l’agonie, paroles radieuses du pilote de mon hélicoptère, témoignage « exclusif » d’un liquidateur héroïque, tranche de vie des pêcheurs de Sendaï, et caetera. J’ai déjà le titre : « J’ai survécu à la fin du monde ». Est-ce là l’avenir rayonnant du futur Nouveau journalisme ?
Fukushima. Mais nos séismes ne sont pas les mêmes…
Encore un jour noir, ajouté aux précédents, si chargés de malheur. Le Japon et son peuple frappés doublement : par les éléments, imparables, terrifiants ; et par l’œuvre humaine, à reconsidérer pour le moins, sinon à revoir. Je suis bouleversé, et aussi en révolte – un sujet de plus contre lequel batailler pour faire advenir un monde meilleur, pas parfait, non. La révolte ne vaut que si elle est portée par un espoir, une sorte de croyance en ce mieux possible. Je me garde d’écrire espérance, ce n’est pas de mon registre. Il y a assez à faire ici et maintenant. Comment donc manifester une solidarité active avec les Japonais ? Question que beaucoup se sont posée, tel mon ami et voisin, Denis G. (il ne voudrait pas être comme statufié, même sur ce blog…), qui a pris l’initiative, ici chez nous dans les Bouches-du-Rhône, de lancer samedi l’idée d’une manif’ le lendemain, dimanche, devant le site nucléaire de Cadarache. Ainsi fûmes-nous une bonne centaine, comme une sorte de « force tranquille » face à des grilles fermées, renfermant de cette force aveugle qui, là-bas à Fukushima, a échappé à la toute puissance du démiurge à tête de nucléocrate. La solidarité oui, c’était bien le moins, que de l’opposer ainsi à l’orgueilleuse et prétendue maîtrise de tout et en toutes choses, proportionnée à l’avidité des profits espérés – une solide espérance, celle-là, qui aussitôt fait plonger les bourses, si boursouflées encore la veille.
Solidarité d’abord, révolte dans l’élan face à la parole fausse, déversée comme les mauvaises radiations de Fukushima, et pourtant à leur propos, en essayant encore – ultime tentative ? – de rentabiliser un passage à la radio : Éric Besson, en avant-garde blindée, négationniste du lobby nucléaire ; ou à la télé : Anne Lauvergeon, égérie d’Areva, vantant le savoir-faire nucléaire supérieur et national, comme avant elle – dans un autre registre mais quand même – une certaine MAM l’avait osé d’une main secourable et policière offerte à son ami Ben Ali.
Et que dire de l’« indécence » de Ségolène Royal trouvant que l’heure n’était pas au débat « polémique ». Non, l’heure reste à la politique et à sa crasse pour un parti en proie au syndrome de Fukushima, au bord de la déflagration sur l’autel du productivisme, de la croissance, de la petitesse – gauche et droite communiant à l’Assemblée, cet après-midi, dans leurs applaudissements mêlés en écho à François Fillon claironnant: « …Il est tout aussi absurde d’affirmer que le nucléaire est condamné par cet accident que d’affirmer qu’il ne nous concerne pas ».
Absurde ? Indécent ? Trop tôt ? On va vérifier tout ! Nos séismes ne sont pas les mêmes (Fessenheim, Bugey, Saint-Alban, Cruas, Tricastin, Chinon, Civaux – toutes centrales en zones sismiques). Tsunami n’est pas un mot français. Même sur les côtes de la Manche (Gravelines, Penly, Paluel, Flamanville) ou de l’Atlantique (Blayais).
La question n’est pas de vouloir ignorer les coûts d’une catastrophe en la rendant improbable. Car après l’accident nucléaire, les dégâts – irrémédiables – présentent toujours des factures que jamais les évaluateurs de risques n’avaient osé imaginer.
Fukushima mon amour. « Vos bagnoles électriques, vous pouvez vous les carrer dans l’oignon ! »
Par « SuperNo » *
Nom de Zeus ! Regardez-moi ça! Explosion d’une des deux centrales nucléaires japonaises de Fukushima !
Sous nos yeux ébahis, le mythe de la croissance infinie, la solution ultime des scientistes pour fournir de l’énergie ad vitam aeternam, est en train de s’écrouler, au sens propre comme au sens figuré. Ce film est terrifiant !
C’est dramatique et c’était en direct : suite au terrible tremblement de terre qui a dévasté hier une partie du Japon, tué des milliers de gens (quoique considérablement moins que dans d’autres tremblements de terre, les architectes japonais étant manifestement bien meilleurs (et plus riches) que leurs collègues Haïtiens, Turcs ou Indonésiens), plusieurs centrales nucléaires sont en perdition, et les scientifiques qui s’en occupent en ont manifestement perdu le contrôle.
Le Japon est sans doute en train de vivre son Tchernobyl (dont, hasard funeste, on s’apprête ici à fêter le 25e anniversaire) Peut-être bien pire encore, car le Japon est surpeuplé, et Tokyo n’est qu’à 250 km ! Des millions de personnes vont peut-être à nouveau se faire irradier, terrible ironie de l’histoire dans un pays qui a déjà dû subir la folie des hommes, des scientifiques, des militaires, en se prenant sur la gueule il y a 65 ans deux bombes atomiques.
Il y a peut-être même des survivants d’Hiroshima et Nagasaki qui vont être frappés à nouveau !
Quand c’est arrivé en 1986 en Ukraine, on nous a dit : Bah, ce ne sont quand même que des popoffs, des communistes, ha ha ha, des mecs tout juste bons à fabriquer des Lada et des Iliouchine, ce genre de truc ne pourrait ja-mais arriver chez nous !
Sauf là, c’est au Japon, qui est sans doute le pays le plus avancé au monde en matière technologique.
Pire, on décèle chez les communicants du nucléaire japonais les mêmes mensonges, les mêmes faux-semblants, les mêmes artifices que chez Areva ou EDF. C’est bien simple, un communiqué émanant d’un « officiel du nucléaire », que ce soit en France, au Japon ou ailleurs, est à peu près aussi crédible qu’une déclaration de Xavier Bertrand…
À propos de « révolutions »…
Donc, à propos de « révolutions », que dire de celle – astronomique – qui nous revient chaque année, sans qu’on n’ait rien demandé ? Réponses possibles dans la poésie. D’où ces deux propositions :
– celle du Persan Omar Khayaam (né en 1048 à Nichapur en Perse) et son texte énigmatique et limpide comme l’eau de roche :
« Au printemps, je vais quelquefois m’asseoir à la lisière d’un champ fleuri.
Lorsqu’une belle jeune fille m’apporte une coupe de vin, je ne pense guère à mon salut.
Si j’avais cette préoccupation, je vaudrais moins qu’un chien. »
– celle du Sétois Georges Brassens (mort le 29 octobre 1981, il va y avoir trente ans) et sa chanson comme une ellipse :
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L’Europe et la Libye. Tripoli, Munich, Guernica…
Cet extrait vidéo ne dure qu’une minute, une minute de trop dans l’horreur des propos de cet innommable despote, prêt à tuer encore et encore pour assouvir sa démence. On s’était presque habitués aux révoltes quasi « normales », sans « trop » de victimes. Ce qui s’est enclenché en Libye suscite les plus grandes craintes. D’autant que les réactions internationales semblent tellement timorées. A commencer par celles de notre gouvernement – mais là, on s’est vraiment habitués. Tant de compromissions passées et si récentes avec tous ces régimes toxiques – pour reprendre un qualificatif financier déjà effacé – ont semé assez de troubles dans les esprits accommodables, à l’éthique si élastique, au manque de droiture et de courage, assez de dérangements pour paralyser la moindre action.
La rébellion verbale d’un groupe de diplomates, publiée dans Le Monde> de ce jour, constitue un signe de plus attestant de la déliquescence de ce régime à vau-l’eau, ballotté par les événements sur lesquels il n’a aucune prise – on appelle d’ailleurs ça la realt-politik, ici elle est élevée au rang des beaux-arts. Ce n’est évidemment pas un Berlusconi qui va relever le niveau européen quant au drame libyen, ni s’agissant de l’histrion d’opérette, ni de la politique de l’ancienne colonie sous perfusion pétrolière libyenne. Merkel y va de son couplet horrifié et Cameron semble porté disparu. Ainsi l’Europe se trouve-t-elle une fois de plus sans voix, attendant sans doute les instructions en provenance d’outre-Atlantique.
Rien ne se répète jamais. S’il faut cependant retenir les leçons de l’Histoire, je pense aux fameux accords de Munich. J’entends aussi la voix tremblant, émouvante certes, et dramatiquement impuissante de Léon Blum renonçant à l’intervention militaire contre l’Espagne franquiste. Je pense à ça et aussi, c’était écrit, à Guernica – à Guernica le village basque martyre , et bien sûr au célèbre tableau de Picasso. Et j’ai peur pour la Libye, pour le peuple libyen livré à la folie meurtrière d’un monstre sans retenue.
Rue89 a mis en ligne les rares témoignages parvenant du pays quasi coupé du monde. Une Suisso-Libyenne vivant à Benghazi, dans l’est de la Libye appelle au secours : « On a filmé ! On a les vidéos ! Mais ils ont coupé Internet. Ils tuent n’importe qui, une petite fille de 7 ans, notre voisine, qui se rendait dans un magasin. A quoi ça sert maintenant d’avoir peur ? On a besoin des journalistes ! Pour que le monde sache ce que fait Mouammar Kadhafi. Les gens disent : « Ou nous, ou lui ! Ou Kadhafi, ou le peuple ! » » .










« C’est pour dire », par Gerard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification
