On n'est pas des moutons

C de coeur, C de gueule


Des cathédrales au nucléaire. « Cette Ascension sans fin qu’on appelle aussi le Progrès… »

Entre­tien avec John Mac­Gre­gor, cher­cheur au MIT

John Mac­Gre­gor, vieux com­plice américano-​canado-​écossais, cher­cheur au MIT (Mas­sa­chu­setts Ins­ti­tute of Tech­no­logy - Cam­bridge, Etats-​Unis), socio­logue des médias et astro­phy­si­cien, le type qui lit à la fois dans les gazettes & dans les étoiles… Tout comme il goûte le pure-​malt & le mon­tra­chet (ou le sau­ternes, mais pas en même temps). Un éner­gu­mène dans son genre, qui a bien labouré notre hexa­gone et en remon­tre­rait à plus d’un Gau­lois. Il passe quelques jours à la Jaz­zine où il dérouille le piano à coups de Scria­bine et d’Oscar Peter­son, se goin­frant aussi de notre télé­vi­sion et de nos canards. Bref, de quoi cau­ser – et on ne s’en prive pas !

• Comme nul n’est pro­phète en son pays, je prends tou­jours un malin plai­sir à écou­ter tes ruades et coups de coeur concer­nant la France. Ton prisme, cette fois, passe par la chaîne de télé Arte et le quo­ti­dien Le Monde, que nous avons regar­dés ensemble. Et tu en pro­fites pour effec­tuer un grand écart entre deux époques, deux lieux, deux rap­ports au monde : les cathé­drales et les cen­trales nucléaires… Des expli­ca­tions s’imposent.

John Mac­Gre­gor : Je n’aurais pu faire les mêmes obser­va­tions aux États-​Unis ! En tout cas pas à par­tir de la télé. Sous ses cou­verts multi-​ethniques, l’empire état­su­nien est tota­le­ment eth­no­cen­tré sur lui-​même, si je peux me per­mettre ce pléo­nasme… J’ai été sub­ju­gué par Arte, chaîne inima­gi­nable outre-​Atlantique : ce mélange osé de cultures, alle­mande et fran­çaise, et aussi, il est vrai, cette pro­pen­sion à atteindre le fameux « point God­win » avec ses sujets très récur­rents autour du nazisme, de l’Occupation, de la ques­tion juive. Deux soi­rées m’ont par­ti­cu­liè­re­ment étonné par le pont qu’elles ont per­mis entre deux stades de nos civi­li­sa­tions au sens large. Je veux par­ler de la soi­rée du samedi 23 (avril) avec ce film excep­tion­nel, « Les Cathé­drales dévoi­lées »*. J’y ai appris plein de choses sur la construc­tion, les maté­riaux, l’architecture et les pro­blèmes ren­con­trés il y a huit siècles pour édi­fier de tels chefs d’œuvre ! Et trois jours après, à la même heure, la même chaîne dif­fu­sait « Tcher­no­byl fore­ver »** ques­tion­nant de manière pro­fonde l’avenir du nucléaire à tra­vers ses enjeux post-​catastrophes. Huit siècles, dira-​t-​on un peu vite, de « civi­li­sa­tion » ; à condi­tion tou­te­fois d’exclure toute vision de conti­nuité, voire d’évolutionnisme.

« Comme la défaite d’une idée de la Beauté…

… au pro­fit, si on ose dire, de la Dis­grâce absolue »

• Certes, ces siècles ont été des plus chao­tiques. Mais il s’agit tout de même de « notre » civi­li­sa­tion, enfin celle dont nous sommes les héritiers…

– Oui ! Il y eut bien les cathé­drales et, plus ou moins en même temps, les guerres de reli­gion, la « sainte inqui­si­tion », toutes sortes de mas­sacres pré­cé­dant les guerres tech­niques, je veux dire à tech­ni­cité spé­ci­fique, celles des armes effi­caces jus­ti­fiant ce que par la suite et bien­tôt on nom­mera le pro­grès. Car les guerres ont pré­cédé les « paci­fi­ca­tions » – par défi­ni­tion, on ne peut faire la paix qu’après la guerre. De même qu’on impose l’atome « civil » après avoir décidé d’abord de sa ver­sion mili­taire : la bombe a pré­cédé et annoncé les cen­trales, aux États-​Unis d’abord, puis notam­ment en France quand De Gaulle a opté pour l’arme ato­mique comme gage d’indépendance. De Gaulle voyait dans la bombe ato­mique un ins­tru­ment de dis­sua­sion au ser­vice de la paix. C’était juste à une époque où seuls quelques rares pays – quatre ou cinq – pos­sé­daient de tels arme­ments. Depuis, la matière nucléaire s’est presque bana­li­sée, à l’image de l’industrie nucléaire civile. Elle est deve­nue un objet de dis­sé­mi­na­tion et repré­sente ainsi un dan­ger phé­no­mé­nal dans ce champ nou­veau qu’est aujourd’hui le « grand ter­ro­risme » par lequel la notion de guerre s’est ainsi dépla­cée. La guerre, rap­pe­lons les fon­da­men­taux, consti­tue à l’origine le moyen d’instaurer des domi­na­tions d’un groupe sur un autre et de faire main basse sur les biens de l’« ennemi » en annexant son ter­ri­toire, sa main d’œuvre, sa force de pro­duc­tion, de repro­duc­tion aussi et bien sûr de consom­ma­tion – en un mot ses richesses, ou ce qu’on appelle l’économie. L’économie, du grec oikos, la « mai­son » dont on a fait une science d’allure paci­fique, alors qu’elle pour­suit cette guerre ances­trale de domi­na­tion ou, éga­le­ment, de riva­li­tés – affron­te­ments dans le but de s’approprier la rive de l’autre, l’ennemi. La « science de la mai­son », c’est la manière pro­prette de pro­lon­ger les guerres – on parle bien, d’ailleurs et sans se gêner, de guerre éco­no­mique.

• Mieux vaut quand même ces guerres éco­no­miques que les ter­ribles massacres…

– Mieux vaut aussi un match de foot qu’une émeute… Mais on peut aussi avoir les deux… ce qui qui se pro­duit par­fois d’ailleurs. Je pour­suis mon idée : ce que j’appelle le grand ter­ro­risme a changé la donne en ce sens notam­ment que son but guer­rier n’est plus de domi­ner sur le plan éco­no­mique, mais d’affaiblir l’ennemi au point même de l’anéantir par la vio­lence – but suprême ! – selon des moyens incon­nus jusque là, alliant à la fois tech­no­lo­gie de base et fana­tisme politico-​religieux. Les atten­tats du 11 sep­tembre en sont la « quin­tes­sence »… Les reli­gions ont toutes, peu ou prou dans l’Histoire, été ten­tées par ce genre d’extrémisme, ce néga­tion­nisme niant l’altérité consi­dé­rée comme héré­tique. En ce moment, ce sont les isla­mistes qui portent ce fana­tisme à son plus haut point, consé­quence d’une déses­pé­rance economico-​politique et expres­sion de la mar­ty­ro­lo­gie reli­gieuse qui glo­ri­fie les attentats-​suicides contre les­quels il n’est guère vrai­ment de parades. Telle est la nou­velle guerre aujourd’hui, qui pour­rait trans­po­ser dans la « rou­tine » ter­ro­riste les bombes d’Hiroshima et Nagasaki.

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Le nucléaire est affaire trop dangereuse pour la laisser aux mains des nucléocrates !

L’émission « Mots croi­sés » du 11 avril était en par­tie consa­crée au nucléaire. J’y aurai sur­tout vu l’affligeant numéro d’un tech­no­lâtre dénommé Jean-​Marc Jan­co­vici, pré­senté comme « 
Ingé­nieur éner­gie cli­mat, 
Pro­fes­seur à l’Ecole des Mines Paris Tech » (fer­mez le ban !) Sou­vent à l’œuvre média­tique en ces temps de contes­ta­tion nucléaire, ce pré­ten­tieux est le pro­to­type même du nucléo­crate : mépri­sant autant que suf­fi­sant, ça va ensemble, il assène la « science » en rame­nant la sienne.

Extraits :

 

Cette pres­ta­tion, atter­rante, a eu l’avantage de mon­trer in vivo com­ment le monde nucléaire est devenu une sorte de secte, anti­dé­mo­cra­tique ô com­bien, dont l’objet est inac­ces­sible à ceux qui n’en font pas par­tie. C’est ainsi qu’un spec­ta­teur lambda ne peut rien com­prendre au nucléaire puisque « per­sonne ne sait ce qu’est un mil­li­sie­vert ». Ben expliquez-​nous donc ça, grand mani­tou ! «Ah non, pas pos­sible, ça prend au moins trois pages » L’extrait ci-​dessus de l’émission illustre bien la ques­tion de fond de ce sec­teur à part, cette caste de consan­guins refer­més sur eux-​mêmes et deve­nus sourds et aveugles au monde exté­rieur. D’où leur grand dan­ger à les lais­ser agir sans contrôle. On les a assez vus à l’œuvre à Three Mile Island, Tcher­no­byl et Fuku­shima. Le nucléaire est affaire trop sérieuse et sur­tout dan­ge­reuse pour la lais­ser aux mains de tels allumés !

L'attitude, le ton, les propos – tout oppose le scientifique au nucléocrate arrogant.

L’attitude, le ton, les pro­pos – tout oppose le scien­ti­fique au nucléo­crate arrogant.

A l’opposé, cet entre­tien vidéo sur Uni​vers​cience​.tv du 31 mars avec Roland Des­bordes, pré­sident de la Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vité (CRIIRAD). Exact contraire de ce pédant insup­por­table Jan­co­vici, Roland Des­bordes se veut expli­ca­tif autant que rigou­reux, déplo­rant les don­nées a-​scientifiques four­nies par les auto­ri­tés japo­naises sur les émis­sions radio­ac­tives liées à l’accident de Fuku­shima. Où l’on apprend éga­le­ment, sans alar­misme, que nous sommes bel et bien expo­sés au nuage radio­ac­tif venu du Japon.

Deux concep­tions de la science, de l’information, de la démo­cra­tie. Un autre huma­nisme aussi.

Cli­quer sur les images pour voir les vidéos, ou sur les liens ci-​dessous :

http://​www​.uni​vers​cience​.tv/​m​e​d​i​a​/​3​0​0​0​/​l​e​s​-​e​m​i​s​s​i​o​n​s​-​r​a​d​i​o​a​c​t​i​v​e​s​-​d​e​-​f​u​k​u​s​h​i​m​a​.​h​tml

http://​www​.you​tube​.com/​w​a​t​c​h​?​v​=​w​e​R​m​6​X​K​Y​Dxo


Japon. L’apocalypse-bidon « vécue » en chambre par le « grand reporter » du Nouvel Obs

Grand repor­ter ou pas, « Albert-​Londres » ou non, Nouvel-​Obs ou Mon cul sur la com­mode : du pipeau ! Les faits : le Nou­vel Obser­va­teur du 17 mars publie neuf pages de des­crip­tion apo­ca­lyp­tique et de témoi­gnages dou­lou­reux sur la catas­trophe japo­naise, signées du grand repor­ter Jean-​Paul Mari. L’article a été entiè­re­ment écrit à Paris, à par­tir de témoi­gnages et de des­crip­tions parus ailleurs dans la presse sans qu’aucune source ne soit men­tion­née. C’est ce que révèle l’hebdo Les Inrocks dans sa livrai­son du 29/​3 sous le titre « Nou­vel Obs: 5 astuces pour écrire un repor­tage au Japon depuis Paris ».

Camille Pol­loni décor­tique la manip” et pousse même la confra­ter­nité jusqu’à cui­si­ner le bidon­neur. Jean-​Paul Mari invoque quelques expli­ca­tions « tech­niques » («  C’est un pro­blème de temps, j’ai écrit dans l’urgence. Si j’avais une jour­née de plus pour le réécrire, je met­trais la source de ces témoi­gnages. »»), même pas des excuses (vaut mieux pas d’ailleurs), pour se plan­quer en fait der­rière un piteux paravent : le Nou­vel Obser­va­teur n’a pas apposé la men­tion « envoyé spé­cial », il ne pré­tend donc pas que son jour­na­liste se trou­vait au Japon. De même est-​il sti­pulé « récit » et non « repor­tage ». Ouais… D’où vient alors cet art filou du « on s’y croi­rait » ? Du fait que rien n’est faux, tout étant pompé chez les « confrères » de Libé, du Pari­sien, du Guar­dian et autres sources internétées.

Le tout est réussi dans le genre, entre récit de fiction-​vérité et effets de plume limite cli­che­tons. Échan­tillon : «  Le temps s’est arrêté. Plus d’heure, plus d’avant, plus d’après. Pas encore l’apocalypse. Tout est sus­pendu. Le ciel est froid, clair, enso­leillé. Dans la baie, les bateaux se balancent sur une mer d’hiver. Sur la côte, en face, un port de pêche, des toits bleus, des han­gars. Sur la rive proche, des mai­sons, des par­kings, des voi­tures, un poteau de signa­li­sa­tion, un nom, celui de la ville, moderne : Miyako. Et puis là, à quelques mètres du rivage, une ligne bour­sou­flée, comme un bour­re­let, quelque chose d’incompréhensible. On dirait un ser­pent géant, lourd, obs­cur, qui roule des écailles mons­trueuses. Une vague.

Allez donc voir direc­te­ment la chose sur le site des Inrocks, c’est une belle dénon­cia­tion de ce mal ram­pant qui imprègne le « jour­na­lisme » moderne, consacre le jour­na­liste assis comme le pro­to­type d’une fin d’un monde celui où la seule ligne pour un jour­na­liste [était] « la ligne de che­min de fer ». Paroles fameuses dont Albert Londres avait fait son credo – avec lequel, à l’occasion, il eut lui aussi bien pris ses aises pour arran­ger les faits à sa convenance…

Tiens, avec toutes ces pho­tos « HD », ces films en abon­dance, si je m’offrais un Grand repor­tage à Fuku­shima même, avec sur­vol de la cen­trale à l’agonie, paroles radieuses du pilote de mon héli­co­ptère, témoi­gnage « exclu­sif » d’un liqui­da­teur héroïque, tranche de vie des pêcheurs de Sen­daï, et cae­tera. J’ai déjà le titre : « J’ai sur­vécu à la fin du monde ». Est-​ce là l’avenir rayon­nant du futur Nou­veau journalisme ?


Sauvons (aussi) la corrida ! ;-)


A l’occasion du 1er avril 2011, le COLBAC, Comité de Liai­son Biter­rois pour l’Abolition de la Cor­rida, orga­nise une mise en scène avec une affiche per­cu­tante qui dénonce le sou­tien de la cor­rida par l’argent public. www​.flac​-anti​cor​rida​.org


Fukushima. Mais nos séismes ne sont pas les mêmes…

© faber

Encore un jour noir, ajouté aux pré­cé­dents, si char­gés de mal­heur. Le Japon et son peuple frap­pés dou­ble­ment : par les élé­ments, impa­rables, ter­ri­fiants ; et par l’œuvre humaine, à recon­si­dé­rer pour le moins, sinon à revoir. Je suis bou­le­versé, et aussi en révolte – un sujet de plus contre lequel batailler pour faire adve­nir un monde meilleur, pas par­fait, non. La révolte ne vaut que si elle est por­tée par un espoir, une sorte de croyance en ce mieux pos­sible. Je me garde d’écrire espé­rance, ce n’est pas de mon registre. Il y a assez à faire ici et main­te­nant. Com­ment donc mani­fes­ter une soli­da­rité active avec les Japo­nais ? Ques­tion que beau­coup se sont posée, tel mon ami et voi­sin, Denis G. (il ne vou­drait pas être comme sta­tu­fié, même sur ce blog…), qui a pris l’initiative, ici chez nous dans les Bouches-​du-​Rhône, de lan­cer samedi l’idée d’une manif’ le len­de­main, dimanche, devant le site nucléaire de Cada­rache. Ainsi fûmes-​nous une bonne cen­taine, comme une sorte de « force tran­quille » face à des grilles fer­mées, ren­fer­mant de cette force aveugle qui, là-​bas à Fuku­shima, a échappé à la toute puis­sance du démiurge à tête de nucléo­crate. La soli­da­rité oui, c’était bien le moins, que de l’opposer ainsi à l’orgueilleuse et pré­ten­due maî­trise de tout et en toutes choses, pro­por­tion­née à l’avidité des pro­fits espé­rés – une solide espé­rance, celle-​là, qui aus­si­tôt fait plon­ger les bourses, si bour­sou­flées encore la veille.

Soli­da­rité d’abord, révolte dans l’élan face à la parole fausse, déver­sée comme les mau­vaises radia­tions de Fuku­shima, et pour­tant à leur pro­pos, en essayant encore – ultime ten­ta­tive ? – de ren­ta­bi­li­ser un pas­sage à la radio : Éric Bes­son, en avant-​garde blin­dée, néga­tion­niste du lobby nucléaire ; ou à la télé : Anne Lau­ver­geon, égé­rie d’Areva, van­tant le savoir-​faire nucléaire supé­rieur et natio­nal, comme avant elle – dans un autre registre mais quand même – une cer­taine MAM l’avait osé d’une main secou­rable et poli­cière offerte à son ami Ben Ali.

Et que dire de l’« indécence » de Ségo­lène Royal trou­vant que l’heure n’était pas au débat « polé­mique ». Non, l’heure reste à la poli­tique et à sa crasse pour un parti en proie au syn­drome de Fuku­shima, au bord de la défla­gra­tion sur l’autel du pro­duc­ti­visme, de la crois­sance, de la peti­tesse – gauche et droite com­mu­niant à l’Assemblée, cet après-​midi, dans leurs applau­dis­se­ments mêlés en écho à Fran­çois Fillon clai­ron­nant: « …Il est tout aussi absurde d’affirmer que le nucléaire est condamné par cet acci­dent que d’affirmer qu’il ne nous concerne pas ».

Absurde ? Indé­cent ? Trop tôt ? On va véri­fier tout ! Nos séismes ne sont pas les mêmes (Fes­sen­heim, Bugey, Saint-​Alban, Cruas, Tri­cas­tin, Chi­non, Civaux – toutes cen­trales en zones sis­miques). Tsu­nami n’est pas un mot fran­çais. Même sur les côtes de la Manche (Gra­ve­lines, Penly, Paluel, Fla­man­ville) ou de l’Atlantique (Blayais).

La ques­tion n’est pas de vou­loir igno­rer les coûts d’une catas­trophe en la ren­dant impro­bable. Car après l’accident nucléaire, les dégâts – irré­mé­diables – pré­sentent tou­jours des fac­tures que jamais les éva­lua­teurs de risques n’avaient osé imaginer.



Fukushima mon amour. « Vos bagnoles électriques, vous pouvez vous les carrer dans l’oignon ! »

Par « SuperNo » *

Nom de Zeus ! Regardez-​moi ça! Explo­sion d’une des deux cen­trales nucléaires japo­naises de Fukushima !

Sous nos yeux éba­his, le mythe de la crois­sance infi­nie, la solu­tion ultime des scien­tistes pour four­nir de l’énergie ad vitam aeter­nam, est en train de s’écrouler, au sens propre comme au sens figuré. Ce film est terrifiant !

C’est dra­ma­tique et c’était en direct : suite au ter­rible trem­ble­ment de terre qui a dévasté hier une par­tie du Japon, tué des mil­liers de gens (quoique consi­dé­ra­ble­ment moins que dans d’autres trem­ble­ments de terre, les archi­tectes japo­nais étant mani­fes­te­ment bien meilleurs (et plus riches) que leurs col­lègues Haï­tiens, Turcs ou Indo­né­siens), plu­sieurs cen­trales nucléaires sont en per­di­tion, et les scien­ti­fiques qui s’en occupent en ont mani­fes­te­ment perdu le contrôle.

Le Japon est sans doute en train de vivre son Tcher­no­byl (dont, hasard funeste, on s’apprête ici à fêter le 25e anni­ver­saire) Peut-​être bien pire encore, car le Japon est sur­peu­plé, et Tokyo n’est qu’à 250 km ! Des mil­lions de per­sonnes vont peut-​être à nou­veau se faire irra­dier, ter­rible iro­nie de l’histoire dans un pays qui a déjà dû subir la folie des hommes, des scien­ti­fiques, des mili­taires, en se pre­nant sur la gueule il y a 65 ans deux bombes atomiques.

Il y a peut-​être même des sur­vi­vants d’Hiroshima et Naga­saki qui vont être frap­pés à nouveau !

Quand c’est arrivé en 1986 en Ukraine, on nous a dit : Bah, ce ne sont quand même que des popoffs, des com­mu­nistes, ha ha ha, des mecs tout juste bons à fabri­quer des Lada et des Iliou­chine, ce genre de truc ne pour­rait ja-​mais arri­ver chez nous !

Sauf là, c’est au Japon, qui est sans doute le pays le plus avancé au monde en matière technologique.

Pire, on décèle chez les com­mu­ni­cants du nucléaire japo­nais les mêmes men­songes, les mêmes faux-​semblants, les mêmes arti­fices que chez Areva ou EDF. C’est bien simple, un com­mu­ni­qué éma­nant d’un « offi­ciel du nucléaire », que ce soit en France, au Japon ou ailleurs, est à peu près aussi cré­dible qu’une décla­ra­tion de Xavier Bertrand…

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À pro­pos de « révolutions »…

« J’avais le plus bel aman­dier du quartier… »

Donc, à pro­pos de « révo­lu­tions », que dire de celle – astro­no­mique – qui nous revient chaque année, sans qu’on n’ait rien demandé ? Réponses pos­sibles dans la poé­sie. D’où ces deux propositions :

– celle du Per­san Omar Khayaam (né en 1048 à Nicha­pur en Perse) et son texte énig­ma­tique et lim­pide comme l’eau de roche :

« Au prin­temps, je vais quel­que­fois m’asseoir à la lisière d’un champ fleuri.

Lorsqu’une belle jeune fille m’apporte une coupe de vin, je ne pense guère à mon salut.

Si j’avais cette pré­oc­cu­pa­tion, je vau­drais moins qu’un chien. »

– celle du Sétois Georges Bras­sens (mort le 29 octobre 1981, il va y avoir trente ans) et sa chan­son comme une ellipse :

Clip audio : Le lec­teur Adobe Flash (ver­sion 9 ou plus) est néces­saire pour la lec­ture de ce clip audio. Télé­char­gez la der­nière ver­sion ici. Vous devez aussi avoir JavaS­cript activé dans votre navigateur.


L’Europe et la Libye. Tripoli, Munich, Guernica…

Cet extrait vidéo ne dure qu’une minute, une minute de trop dans l’horreur des pro­pos de cet innom­mable des­pote, prêt à tuer encore et encore pour assou­vir sa démence. On s’était presque habi­tués aux révoltes quasi « nor­males », sans « trop » de vic­times. Ce qui s’est enclen­ché en Libye sus­cite les plus grandes craintes. D’autant que les réac­tions inter­na­tio­nales semblent tel­le­ment timo­rées. A com­men­cer par celles de notre gou­ver­ne­ment – mais là, on s’est vrai­ment habi­tués. Tant de com­pro­mis­sions pas­sées et si récentes avec tous ces régimes toxiques – pour reprendre un qua­li­fi­ca­tif finan­cier déjà effacé – ont semé assez de troubles dans les esprits accom­mo­dables, à l’éthique si élas­tique, au manque de droi­ture et de cou­rage, assez de déran­ge­ments pour para­ly­ser la moindre action.

La rébel­lion ver­bale d’un groupe de diplo­mates, publiée dans Le Monde> de ce jour, consti­tue un signe de plus attes­tant de la déli­ques­cence de ce régime à vau-l’eau, bal­lotté par les évé­ne­ments sur les­quels il n’a aucune prise – on appelle d’ailleurs ça la realt-​politik, ici elle est éle­vée au rang des beaux-​arts. Ce n’est évi­dem­ment pas un Ber­lus­coni qui va rele­ver le niveau euro­péen quant au drame libyen, ni s’agissant de l’histrion d’opérette, ni de la poli­tique de l’ancienne colo­nie sous per­fu­sion pétro­lière libyenne. Mer­kel y va de son cou­plet hor­ri­fié et Came­ron semble porté dis­paru. Ainsi l’Europe se trouve-​t-​elle une fois de plus sans voix, atten­dant sans doute les ins­truc­tions en pro­ve­nance d’outre-Atlantique.

Rien ne se répète jamais. S’il faut cepen­dant rete­nir les leçons de l’Histoire, je pense aux fameux accords de Munich. J’entends aussi la voix trem­blant, émou­vante certes, et dra­ma­ti­que­ment impuis­sante de Léon Blum renon­çant à l’intervention mili­taire contre l’Espagne fran­quiste. Je pense à ça et aussi, c’était écrit, à Guer­nica – à Guer­nica le vil­lage basque mar­tyre , et bien sûr au célèbre tableau de Picasso. Et j’ai peur pour la Libye, pour le peuple libyen livré à la folie meur­trière d’un monstre sans retenue.

Rue89 a mis en ligne les rares témoi­gnages par­ve­nant du pays quasi coupé du monde. Une Suisso-​Libyenne vivant à Ben­ghazi, dans l’est de la Libye appelle au secours : «  On a filmé ! On a les vidéos ! Mais ils ont coupé Inter­net. Ils tuent n’importe qui, une petite fille de 7 ans, notre voi­sine, qui se ren­dait dans un maga­sin. A quoi ça sert main­te­nant d’avoir peur ? On a besoin des jour­na­listes ! Pour que le monde sache ce que fait Mouam­mar Kadhafi. Les gens disent : « Ou nous, ou lui ! Ou Kadhafi, ou le peuple ! » » .


  • Mai 2012, en rouge et bleu…

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  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

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  • Fin de bestiaire

    Mou­tons, orangs-​outangs, canards… Dans mon bes­tiaire, on devrait aussi croi­ser la cohorte des humains cré­dules cou­rant après leurs propres sor­nettes… Suf­fit de regar­der autour de soi. Et de se regarder…

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