On n'est pas des moutons

Coup de cœur

Polar. Le Gros Dédé en P’tit Quinquin (spécial copinage)

Tout lec­teur de « C’est pour dire » connaît « faber », au moins par ses cro­bars. Quel­le injus­ti­ce ! En effet, l’ami de lon­gue date (his­toi­res d’anciens com­bat­tants) tâte autant de la plu­me (cla­vier) que du crayon (sou­ris). Bref, le des­si­na­teur de pres­se, l’auteur de BD, André Faber est aus­si écri­vain – voyez ici sa noti­ce sur Wiki­pé­dia. Il vient de sor­tir La Qui­che était froi­de, un polar pas seule­ment lor­rain com­me lui, mais qui plon­ge dans l’univers de la condi­tion humai­ne. L’homme de BD res­te en plan­que sous cet­te aven­tu­re du Gros Dédé. Mon fis­ton Fran­çois (tra­vail non fic­tif et non payé, tout est en ordre…) l’a lu com­me une BD, et aus­si com­me un film…

La Qui­che était froi­de, d’André Faber, est un polar pur jus, brut(e) de décof­fra­ge, à plus d’un titre. Une his­toi­re qui atti­re l’œil, sol­li­ci­te et sti­mu­le les boyaux de la tête, avec un inté­rêt crois­sant.

Dans ce polar, j’y vois du Frank Mar­ge­rin, le petit mon­de de son per­son­na­ge prin­ci­pal (Lucien), accom­pa­gné de sa ban­de de potes, tou­jours prêts aux qua­tre cents coups… J’y vois sur­tout l’univers qui gra­vi­te autour de ces gugus­ses en Per­fec­to, che­veux gomi­nés, san­tiags, bagou­ses plein les doigts, bana­ne de rigueur. J’y vois tous ceux qui peu­plent les cases, les pages, les albums de Mar­ge­rin. Tous ces cafés (jadis) enfu­més, où la biè­re cou­le à flot, où des bal­lons de rou­ge glis­sent sur des comp­toirs en zinc, pati­nés par le temps, où trô­nent les flip­pers à côté du bon vieux baby­foot, sans oublier la pis­te de 421, son feu­tre vert, ses dés en plas­ti­que, qui savent si bien rebon­dir sur les sols car­re­lés. Et puis l’ivresse ambian­te, la bon­ne humeur, les coups de blues, les coups de têtes, les bour­re-pif, le tout impré­gné de cha­leur humai­ne… et d’amour.

Dans cet uni­vers, je vois ceux qui bri­co­lent des bagno­les dans des gara­ges de for­tu­ne, sous des tôles ondu­lées, où ça sent à plein nez l’huile de vidan­ge, la gom­me de pneus fati­gués, dans une arriè­re-cour où ago­ni­sent quel­ques car­cas­ses de moteurs.

J’y vois aus­si tous ces gamins, tête bais­sée, à vélo sur des trot­toirs trop étroits, tou­tes ces mamies et leurs pous­set­tes à com­mis­sions, ces petits vieux et leurs clé­bards har­gneux, aboyant pour un rien. J’y vois le mon­de qui tour­ne sur un manè­ge impro­vi­sé…

Ce polar me fait aus­si pen­ser au film de Ber­nie Bon­voi­sin, Les démons de Jésus, avec sa super­be dis­tri­bu­tion, de Patri­ck Bou­chi­tey, à Vic­tor Lanoux, en pas­sant par Elie Semoun (en peti­te frap­pe), Antoi­net­te Moya, la magni­fi­que Nadia Farès, et bien enten­du l’inoubliable Thier­ry Fré­mont !

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Faber, com­me si c’était lui…

Il y a aus­si du P’tit Quin­quin dans ce roman, série réa­li­sée par Bru­no Dumont. Par­ce que j’y vois des che­mins boueux menant à des fer­mes déla­brées, usées, fati­guées par les capri­ces d’une météo rugueu­se. J’y vois de grands bols fumants, au petit matin, gor­gés de café au lait, des tran­ches de pâté, des petits oignons blancs, des nap­pes grais­seu­ses aux motifs bien rin­gards, sur­char­gées de miet­tes de pain, des papiers tue-mou­ches, accro­chés à des pla­fon­niers. Années 50 : fenê­tres aux car­reaux cas­sés, rafis­to­lés à la va-vite ; vieux poê­les Godin, gavés de bou­lets, où l’on se réchauf­fe les palu­ches ; cui­si­nes qui sen­tent le graillon, buf­fets en for­mi­ca, cas­se­ro­les en alu bos­se­lées, cas­sou­let en boî­te à demi des­sé­ché.

Dans ce polar, enco­re, je vois le Tchao Pan­tin de Clau­de Ber­ri, avec là aus­si un joli cas­ting, Colu­che, Agnès Soral, Richard Anco­ni­na, Phi­lip­pe Léo­tard.

Cet­te qui­che est peut-être froi­de, mais elle dégou­li­ne de par­tout. Un côté pois­seux, humi­de, orga­ni­que. Urgen­ce de se met­tre à l’abri de ce mon­de si dur, impla­ca­ble. Ce mon­de qu’André Faber dis­til­le, avec intel­li­gen­ce, sub­ti­li­té, mali­ce… Ça sent la pous­siè­re, les fla­ques d’eau stag­nan­te, le mal-être des lais­sés pour comp­te, des oubliés au bord des che­mins.

Ce putain de polar fleu­re bon le die­sel, les lumiè­res au néon, les volu­tes de gaul­dos, le whis­ky bas de gam­me, ava­lé dans des gobe­lets en car­ton, les moby­let­tes « Chau­dron av 89 », avec ou sans saco­ches.

Y a de la gueu­le cas­sée dans ce bou­quin, pas cel­les de 14-18 1, mais cel­les de notre épo­que. Des tro­gnes que le mal de vivre a sévè­re­ment abi­mées. Des hom­mes rognés de l’intérieur, que la misè­re dévo­re à petit feu… Des gueu­les cas­sées qui, contre vents et marées, res­pi­rent la digni­té, l’humilité, le par­ta­ge, la fier­té, et sur­tout la fra­ter­ni­té. Tou­jours vivants par­ce que debout, face au mau­vais temps, aux mau­vais coups. Ils regar­dent leur exis­ten­ce s’évaporer, avec des étin­cel­les plein les miret­tes. Ils ont enco­re envie de croi­re, tou­jours et encore…en l’incroyable.

Mais il y a sur­tout dans ce polar du Dédé (pas le gros), le Faber, une plu­me, des phra­ses cise­lées qui se trans­for­ment en esquis­ses, en des­sins, en sto­ry-board, en film fina­le­ment. Cet­te his­toi­re méri­te, et don­ne envie d’être vue !

Fran­çois Pon­thieu

La Qui­che était froi­de, Les Édi­tions liber­tai­res, 180 pages, 13 euros.

Notes:

  1. Sur la « Gran­de guer­re », André Faber a aus­si publié Tous les Grands-pères sont poi­lus, pré­fa­ce de Gérard Mor­dillat, 2014, Bou­rin édi­teur

Équinoxe. Le 22 septembre, aujourd’hui…

Ça n’a l’air de rien, c’est une jour­née com­me ça, com­me les autres… Croit-on. Ben non, c’est un 22 sep­tem­bre ! Pas n’importe quel jour, ain­si que me le rap­pel­le une amie chè­re avec un bou­quet fleu­ri d’une chan­son de Bras­sens. Et quel­le chan­son, quel poè­me ! Les voi­ci :

Un vingt-deux de sep­tem­bre au dia­ble vous par­ti­tes,
Et, depuis, cha­que année, à la date sus­di­te,
Je mouillais mon mou­choir en sou­ve­nir de vous...
Or, nous y revoi­là, mais je res­te de pier­re,
Plus une seule lar­me à me met­tre aux pau­piè­res:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

On ne rever­ra plus au temps des feuilles mor­tes,
Cet­te âme en pei­ne qui me res­sem­ble et qui por­te
Le deuil de cha­que feuille en sou­ve­nir de vous...
Que le bra­ve Pré­vert et ses escar­gots veuillent
Bien se pas­ser de moi pour enter­rer les feuilles:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Jadis, ouvrant mes bras com­me une pai­re d’ailes,
Je mon­tais jusqu’au ciel pour sui­vre l’hirondelle
Et me rom­pais les os en sou­ve­nir de vous...
Le com­plexe d’Icare à pré­sent m’abandonne,
L’hirondelle en par­tant ne fera plus l’automne:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Pieu­se­ment noué d’un bout de vos den­tel­les,
J’avais, sur ma fenê­tre, un bou­quet d’immortelles
Que j’arrosais de pleurs en sou­ve­nir de vous...
Je m’en vais les offrir au pre­mier mort qui pas­se,
Les regrets éter­nels à pré­sent me dépas­sent:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Désor­mais, le petit bout de cœur qui me res­te
Ne tra­ver­se­ra plus l’équinoxe funes­te
En bat­tant la bre­lo­que en sou­ve­nir de vous...
Il a cra­ché sa flam­me et ses cen­dres s’éteignent,
A pei­ne y pour­rait-on rôtir qua­tre châ­tai­gnes:
Le vingt-deux de sep­tem­bre, aujourd’hui, je m’en fous.

Et c’est tris­te de n’être plus tris­te sans vous

Autre rap­pel, venu des étoi­les et de la méca­ni­que céles­te : Non, l’automne ne com­men­ce pas tou­jours le 21 sep­tem­bre. La preu­ve, cet­te année, il s’est déci­dé pour ce jeu­di 22 sep­tem­bre (et prin­temps dans l’hémisphère sud). Ç’aurait aus­si pu tom­ber le 23, ce qui arri­ve.

Ain­si, ce chan­ge­ment de sai­son a lieu à l’instant de l’équinoxe où la ligne qui mar­que la limi­te entre le jour et la nuit à la sur­fa­ce de la pla­nè­te pas­se par les deux pôles. Le jour et la nuit ont alors exac­te­ment la même durée, tan­dis que le soleil se lève exac­te­ment à l’est et se cou­che exac­te­ment à l’ouest.

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Pour­quoi donc ces varia­tions dans la pen­du­le astro­no­mi­que ?

La Ter­re n’évolue pas sur une orbi­te cir­cu­lai­re autour du Soleil mais selon une ellip­se qui peut s’allonger plus ou moins selon les années et ain­si légè­re­ment déca­ler les sai­sons.

Autre com­pli­ca­tion, les années bis­sex­ti­les qui, tous les qua­tre ans, ajou­tent une jour­née (la 366e) à notre calen­drier, pour remet­tre la gran­de pen­du­le à l’heure.

Cet­te année, donc, l’automne débu­te le 22 sep­tem­bre. Et il en sera ain­si jusqu’en 2093 où l’équinoxe d’automne tom­be­ra un 21 sep­tem­bre. Ça peut valoir le coup de tenir jusqu’à là. Cha­cun fai­sant ce qu’il veut et com­me il peut.

Ah oui : ne pas oublier de fêter son 94e anni­ver­sai­re à Yvet­te Hor­ner !

L’automne, ça compte ! par Faber

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© faber

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Cinéma. « Toni Erdmann », subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce « Toni Erd­mann » (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film com­me aucun autre. Cer­tes, sa fac­tu­re for­mel­le est plu­tôt clas­si­que : pas besoin de fai­re des numé­ros de cla­quet­tes quand le fond l’emporte d’une maniè­re aus­si magis­tra­le. Au départ, l’histoire ordi­nai­re d’un père et d’une fille que la vie « moder­ne » a éloi­gnés, jusqu’à les ren­dre étran­gers l’un à l’autre. His­toi­re bana­le, sauf que les per­son­na­ges ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et sur­tout, consta­tant l’abîme qui mena­ce sa fille, pri­se dans l’absurde tour­billon du mon­de mor­ti­fè­re du biz­ness, du coa­ching – tout ce bla­bla secré­té par le règne de la mar­chan­di­se mon­dia­li­sée. Son ins­tru­ment d’action, à l’efficacité impa­ra­ble – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tan­ce cri­ti­que por­tée par l’humour et, plus enco­re, par la déri­sion, pla­nè­tes deve­nues inat­tei­gna­bles à cet­te jeu­ne fem­me froi­de, réfri­gé­rée, fri­gi­de. Com­ment peut-elle enco­re être sa fille, cel­le-là qui sur­git entre deux avions, pres­sée, absen­te, l’oreille col­lée au por­ta­ble, habillée en cro­que-mort, en noir et blanc, à la vie gri­se, vide de sens et de sou­ri­res ?

De ce nau­fra­ge annon­cé va sur­gir, en sau­ve­teur lou­fo­que, ce Toni Erd­mann à l’humour déjan­té, lour­din­gue, qui fout la hon­te à cet­te jeu­ne fem­me for­ma­tée, taillée (dans son tailleur strict) pour la com­pé­ti­tion entre tueurs affai­ris­tes – bref, le spec­ta­cle de l’« actu ». Il débar­que donc dans son uni­vers de mor­gue, armé d’une per­ru­que, de faus­ses dents et jusqu’à un cous­sin-péteur – une pano­plie de Père Ubu pour un com­bat contre l’absurdité. « Je vou­lais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, deve­nue sour­de à la vie vivan­te, abs­trai­te com­me de l’art « contem­po­rain », mar­chan­di­se elle-même, au ser­vi­ce du mon­de mar­chand, de la finan­ce qui tue le tra­vail et les hom­mes.

Mais rien n’est dit expli­ci­te­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démons­tra­tions ; tout sur­git ici dans la lumiè­re de l’écran, des per­son­na­ges, des situa­tions – Éros contre Tha­na­tos, dans l’ordinaire mena­cé des vies déré­glées, mena­cée com­me l’humanité tout entiè­re, par ce réchauf­fe­ment qui refroi­dit : en fait un refroi­dis­se­ment géné­ra­li­sé, une gla­cia­tion des rela­tions entre les êtres en repré­sen­ta­tion : le mon­de rem­pla­cé par son spec­ta­cle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tom­ber les mas­ques, dénon­ce les jeux de sur­fa­ce mina­bles, rap­pel­le à l’impé­rieu­se et pro­fon­de urgen­ce de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a conduit à œuvrer dans ce mon­de du coa­ching, du mana­ge­ment, de la lut­te des requins contre les sar­di­nes…

…n’allez sur­tout pas à la ren­con­tre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remet­tre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simo­ni­schek, San­dra Hül­ler (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simo­ni­schek (ex-pro­thé­sis­te den­tai­re, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hül­ler y sont géniaux.


Benoîte Groult : « Tant qu’on a la curiosité, le désir dans la tête »

Benoite_Groult_-_Comédie_du_Livre_2010

Benoî­te Groult, à la Comé­die du Livre de Mont­pel­lier en 2010. Ph. Esby.

La roman­ciè­re et fémi­nis­te Benoî­te Groult est mor­te hier à 96 ans, lun­di 20 juin, à Hyè­res (Var) où elle rési­dait. Benoî­te Groult fut la pre­miè­re à avoir dénon­cé publi­que­ment les muti­la­tions géni­ta­les fémi­ni­nes dans son livre Ain­si soit-elle, publié en 1975. « Elle est mor­te dans son som­meil com­me elle l’a vou­lu, sans souf­frir », a indi­qué sa fille, Blan­di­ne de Cau­nes.

J’avais eu un grand plai­sir à la ren­con­trer en 1998 – elle avait alors 78 ans – pour un entre­tien sur la sexua­li­té et les vieux, paru l’année d’après dans mon livre écrit avec Roger Dadoun, Vieillir & jouir, Feux sous la cen­dre (Éd. Phé­bus). Livre aujourd’hui épui­sé, ce qui m’autorise à publier ici cet entre­tien.

Éga­le­ment jour­na­lis­te, Benoî­te Groult a notam­ment tra­vaillé à Elle et Marie-Clai­re, et a long­temps était jurée du prix Fémi­na. Elle avait d’abord publié, avec sa sœur Flo­ra, des livres com­me Jour­nal à qua­tre mains (1958). Plu­sieurs best-sel­lers avaient sui­vi, com­me La Part des cho­ses (1972) et plus récem­ment La Tou­che étoi­le (2006).

Un mot la repré­sen­te, qu’elle fait d’ailleurs sien : curio­si­té. Son cre­do, son secret, son élixir. Benoî­te Groult a les yeux mêmes de la curio­si­té,  pim­pan­te qua­li­té qui gar­de l’être debout par­ce que dési­rant. Ce qu’on n’ose plus dire aujourd’hui aux dames – même si on s’autorise désor­mais à deman­der leur âge –, on ne pour­rait s’en empê­cher devant elle : « 78 ans, vrai­ment ? Mais vous ne les fai­tes pas ! » Elle ne s’en excu­se pas, non, sauf en met­tant cet­te chan­ce sur le dos de la géné­ti­que. Enfin, un peu seule­ment, par modes­tie en som­me, alors que son secret plus vrai sans dou­te rési­de dans un art consom­mé de pren­dre la vie : en actri­ce de son deve­nir. Benoî­te n’a pas tou­jours été debout, elle le rap­pel­le en pas­sant ci-après. C’est qu’il a fal­lu batailler, sans jamais bais­ser la gar­de car le renon­ce­ment veille, ce «salaud et con» par­fois dégui­sé en hom­me. En hom­me ? À dis­cu­ter, s’agissant de cet­te sous-varié­té de gyno­pho­bes dont le regard-phal­lus tra­ver­se la fem­me – sur­tout l’étiquetée «vieille» – sans la voir.

Benoî­te Groult : …Avant, 50 ans, c’était vrai­ment le vieil âge. Alors qu’aujourd’hui, les fem­mes qui ont entre 40 et 60 ans, et même plus, on s’y trom­pe ! Tant de cho­se ont chan­gé : les œstro­gè­nes, les hor­mo­nes et même la chi­rur­gie esthé­ti­que.

• La vieilles­se est bien désor­mais une notion rela­ti­ve, mais qui bute quand même sur des réa­li­tés…

– Elle bute sur les mala­dies : rhu­ma­tis­mes, his­toi­res car­dia­ques, etc., L’âge rend plus vul­né­ra­ble. Ce qui n’exclut pas une vie sexuel­le qui puis­se attein­dre la plé­ni­tu­de. Je fais par­tie de la pre­miè­re géné­ra­tion à avoir béné­fi­cié de tout ça, qui prend des œstro­gè­nes depuis déjà 20 ans…

• …Vous avez aus­si bien mili­té dans ce sens !

– Oui. Il ne faut pas oublier que la méno­pau­se, par exem­ple, était enco­re un de ces tabous dont on ne par­lait pas; les trois quarts des méde­cins en Fran­ce disaient : mais lais­sez fai­re la natu­re ! De même pour la contra­cep­tion. La sexua­li­té envi­sa­gée après la méno­pau­se, ça deve­nait quel­que cho­se d’un peu dégoû­tant, obs­cè­ne – pour une fem­me, du moins ! Pour l’homme, la ques­tion de l’âge demeu­rait beau­coup plus floue. Voyez enco­re aujourd’hui un Gre­go­ry Peck qui, à 80 ans, refait une série d’enfants – il en avait déjà sept ou huit – avec une secré­tai­re…

• On cite tou­jours volon­tiers ces cas célè­bres : Cha­plin, Vic­tor Hugo… Il y a beau­coup plus de tolé­ran­ce envers les hom­mes.

– Tou­jours ! On a tolé­ré leurs maî­tres­ses, leurs infi­dé­li­tés, leur liber­té sexuel­le, leur lan­ga­ge cru. Aujourd’hui, les fem­mes entrent, peut-être par la peti­te por­te, mais enfin elles entrent sérieu­se­ment aus­si dans les mêmes liber­tés. Mais on conti­nue à ne pas le dire ! Le livre de Simo­ne de Beau­voir, La Vieilles­se, est tom­bé com­me un pavé dans un silen­ce géné­ral, dans un dégoût ! Il faut dire qu’elle a tou­jours eu le chic pour mon­trer les phé­no­mè­nes phy­sio­lo­gi­ques… – elle ne s’était pas récon­ci­liée avec son corps. Elle décri­vait la vie dans des hos­pi­ces où les fem­mes avaient une deman­de sexuel­le exa­cer­bée, rele­vaient leurs che­mi­ses, se mas­tur­baient en public – bref, son livre était atro­ce. Il n’a pas été lu, d’ailleurs per­son­ne ne vou­lait enten­dre par­ler de la vieilles­se. Aujourd’hui, la vieilles­se a tout de même pris un autre aspect, même s’il y a tou­jours des endroits peu réjouis­sants, des mou­roirs…

• Qu’est-ce donc pour vous que la vieilles­se ?

– Tant que les cinq sens fonc­tion­nent, qu’on peut mar­cher, conti­nuer à fai­re ce qu’on aime : aller à la pêche (j’ai une mai­son en Irlan­de à cau­se de ça, avec des casiers à homards !), exer­cer ce qu’on aime… Évi­dem­ment, je ne fais plus de ski ; il y a des cho­ses aux­quel­les il faut renon­cer, quand ça deman­de une for­ce phy­si­que trop gran­de. Tant que je pour­rai lire… Je com­prends très bien Mon­ther­lant qui s’est sui­ci­dé par­ce qu’il était deve­nu aveu­gle. Pour moi, ce serait l’horreur ! Sour­de, je m’en arran­ge­rais, mais ne plus pou­voir lire, ni regar­der mon jar­din… Donc, il y a bien des cho­ses qui seraient rédhi­bi­toi­res. Je me dirais : je suis vieille, ma vie ne vaut plus la pei­ne d’être vécue. Au fond, la vieilles­se c’est d’abord une ques­tion de san­té.

• Et si la san­té fait défaut, la sexua­li­té aus­si ?

– Non. Je crois qu’il y a des mala­dies qui s’accommodent du désir amou­reux – la tuber­cu­lo­se, par exem­ple. Tant qu’on a la curio­si­té, le désir dans la tête, tout est enco­re pos­si­ble. La curio­si­té main­tient en vie car elle pous­se vers l’amour, le désir de l’autre et de voir com­ment ce sera de fai­re l’amour. L’essentiel, vrai­ment, c’est bien la curio­si­té : si on est curieux de quel­que cho­se, de quelqu’un de nou­veau, de com­ment ça se pas­se autour et avant…, l’envie enco­re de voya­ger, de vivre un prin­temps, de revoir ce prin­temps qui est tou­jours dif­fé­rent… C’est ça qui main­tient en vie, cet­te sor­te d’élan.

• La curio­si­té pas­se aus­si par une rela­tion char­nel­le, non ?

– Pas tou­jours. J’étais en train de lire, à mon avis l’un des plus beaux livres sur un amour qui ne devient jamais char­nel, c’est de Doris Les­sing, Si Vieilles­se pou­vait, les car­nets de Jean­ne Som­mers. Elle racon­te l’histoire d’un coup de fou­dre : une fem­me de 60-65 ans qui, dans  le métro, se coin­ce un talon, tom­be et croi­se le regard d’un hom­me ; il a à peu près le même âge qu’elle; elle le regar­de et c’est le coup de fou­dre com­me quand on a 20 ans ! Et ils se ren­con­trent dans Lon­dres, déjeu­nent au res­tau­rant, vont à la cam­pa­gne ensem­ble. Je ne sais pas pour­quoi ils ne pas­sent jamais au fait… Chez elle, ça ne s’arrange pas, à cau­se d’une peti­te niè­ce… Lui a une fem­me mala­de –  bref, c’est pour moi l’une des plus bel­les his­toi­res d’amour, même s’il n’y a pas tout à fait la solu­tion… Ils en rêvent tous les deux… Je trou­ve que c’est une his­toi­re tou­jours pos­si­ble. Même si on y a un peu peur de mon­trer son corps – ça date tout de même d’une ving­tai­ne d’années…

• Est-ce que ces obs­ta­cles, réels ou ima­gi­nai­res, ne consti­tuent pas aus­si une maniè­re de se pro­té­ger d’un ris­que,  de ce ris­que dû à l’âge peut-être, de décep­tions éven­tuel­les quant au corps, aux for­mes, aux défaillan­ces orga­ni­ques ?

– Sûre­ment. Mais aujourd’hui il y a tel­le­ment de jeu­nes qui sont obè­ses, ou qui ont les seins qui tom­bent à tren­te ans… Fina­le­ment, l’important c’est la façon dont on s’appréhende plu­tôt que la réa­li­té des cho­ses.

• Il fau­drait sans dou­te la confian­ce mutuel­le pour oser cet­te curio­si­té, affron­ter ce désir qui cor­res­pond aus­si à une mise en dan­ger… Et si on ne l’a pas, cet­te confian­ce, la fui­te serait peut-être com­me une maniè­re de salut, de sécu­ri­sa­tion ?

– On ris­que peut-être plus les décep­tions ou les rata­ges, mais après tout c’est aus­si le sort de tou­tes les ten­ta­ti­ves que de ne pas réus­sir à coup sûr.

• Com­ment l’histoire de votre cou­ple avec Paul Gui­mard est-elle aus­si mar­quée par cet­te ques­tion de l’âge et de l’amour ?

– Il y a 45 ans que l’on est ensem­ble ! On s’est marié un peu sous le contrat Sar­tre-de Beau­voir, à savoir que l’autre n’est pas votre pri­son­nier, qu’il regar­de­ra ailleurs. Donc, on a connu des nau­fra­ges, des résur­rec­tions. Ça a été un peu agi­té, mais on avait tel­le­ment de bon­nes rai­sons de vivre ensem­ble – des goûts en com­mun, les mêmes idées poli­ti­ques, éthi­ques, etc. –, qu’on a sur­mon­té les aven­tu­res et les aléas.

• Sans dou­te y a-t-il une dis­tinc­tion à opé­rer avec des cou­ples com­me le vôtre qui pré­sen­tent un côté mer­veilleux du seul fait déjà de ces lon­gues années en com­mun. Le fait qu’il y ait eu du temps est admi­ra­ble en soi…

– Oui, et ça redon­ne une for­me d’amour qui est tout à fait autre cho­se, qui n’est peut-être pas mêlé de sexua­li­té – car la sexua­li­té exi­ge un peu l’excitation de l’inconnu, de nou­veau­té qu’on n’a évi­dem­ment plus avec les années. Et puis aus­si, on a trop vu peut-être de ces moments de mala­die de l’un ou de l’autre… Il y a quel­que cho­se pour la sexua­li­té qui se trou­ve un peu éteint mais rem­pla­cé par cet­te durée, cet­te conni­ven­ce, cet­te com­pli­ci­té…

• …Qui n’est évi­dem­ment pas pos­si­ble quand l’un des deux, le plus sou­vent la fem­me, se retrou­ve seul…

– La soli­tu­de, aujourd’hui, a chan­gé de visa­ge. Il y a cin­quan­te ans, la soli­tu­de c’était à l’image d’une vieille fille aban­don­née, repliée sur elle-même. Aujourd’hui, des fem­mes de 50-60 ans repren­nent quel­que­fois des étu­des; et il y a aus­si les voya­ges en com­mun, tou­tes sor­tes de cho­ses qui font naî­tre des ren­con­tres. Des fem­mes, veu­ves, s’aperçoivent brus­que­ment qu’elles ado­rent le théâ­tre, ou appren­nent une lan­gue… Des riches­ses appa­rais­sent une fois les enfants éle­vés. On peut dire aus­si qu’aujourd’hui l’amitié entre les fem­mes est née, ce qui appor­te aus­si une gran­de riches­se – peut-être même la décou­ver­te qu’on aime les fem­mes, qui sait ? Donc il y a des com­pen­sa­tions. Je pen­se aux vieillards d’il y a 70 ans : il n’y avait pas la télé à la mai­son, les soi­rées devaient être inter­mi­na­bles… De nos jours, on trou­ve beau­coup de clubs, pas seule­ment du troi­siè­me âge, sim­ple­ment des clubs de ren­con­tre, d’écriture, de mise en for­me… Tout ça per­met de rire avec d’autres. Et les fem­mes sont deve­nues des per­son­nes qui connais­sent l’amitié – les hom­mes avaient déjà ça, les anciens bou­lis­tes de je ne sais quoi, les clubs de foot, les anciens com­bat­tants : tou­tes sor­tes de lieux de ren­con­tres entre hom­mes. Main­te­nant, les fem­mes les ont aus­si ! Tout cela exci­te beau­coup les facul­tés spi­ri­tuel­les et le désir.

• On voit de temps à autre des cou­ples de per­son­nes âgées «par­tir ensem­ble» en se don­nant la mort. On pen­se au comé­dien Jean Mer­cu­re et sa fem­me, à Roger Quillot, le mai­re de Cler­mont-Fer­rand, et la sien­ne. Qu’en dites-vous ?

– Je ne serai sans dou­te pas de ces cou­ples-là. En géné­ral, c’est l’homme qui a une gra­ve mala­die et sa fem­me l’accompagne dans la mort. Le plus grand dra­me, c’est celui de Mme Quillot : sur­vi­vre au sui­ci­de. Là, les méde­cins ont très mal agi, elle était à l’article de la mort, il n’y avait qu’à lais­ser fai­re les cho­ses, c’était sa volon­té, elle l’avait dit ! Oui, il y a enco­re cet­te capa­ci­té d’amour total d’une fem­me pour un hom­me. J’ai l’impression, mais ça c’est per­son­nel, qu’on est plus heu­reu­se si on a des amours plus dis­per­sés. Par cer­tains côtés, je peux trou­ver ça mons­trueux de la part de l’homme, cet­te appro­pria­tion dans la mort. Je pen­se à ce vers de l’Affi­che rou­ge, d’Aragon : « Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant ». Il faut se dire ça dans un cou­ple, d’une façon ou d’une autre, même si on n’aura plus d’enfants à pro­pre­ment par­ler ; on pour­rait aus­si bien dire : « Et je te dis de vivre et de voir tes enfants ». C’est dif­fi­ci­le à vivre la liber­té réci­pro­que, sûre­ment. On prend des ris­ques, c’est fati­guant ! Tou­tes les liber­tés, au début, ont été une angois­se, com­me cel­le, jus­te­ment, d’avoir ou non un enfant, d’user ou non de cet­te liber­té avant d’arriver à 45 ans, quand brus­que­ment c’est trop tard.

• Le fait d’ « entrer en vieilles­se » peut-il bou­le­ver­ser sa concep­tion de la sexua­li­té ?

– Moi, je ne trou­ve pas. Le dra­me, en réa­li­té, ce n’est pas la vieilles­se, c’est le regard des hom­mes sur la vieilles­se des fem­mes. Par­ce qu’on s’aperçoit qu’ils ne vous regar­dent plus ! Ça c’est ter­ri­ble, ter­ri­ble ! Des gar­çons jeu­nes, jamais ils ne me por­tent une vali­se sur un quai de gare, jamais ! Com­me la poli­tes­se n’existe plus et que la séduc­tion de la dame n’est pas écla­tan­te, ils vous igno­rent tota­le­ment : le regard vous tra­ver­se. 

• N’est-ce pas aus­si le signe inver­se : celui de ne pas vous consi­dé­rer com­me une vieille dame ?

– Non, par­ce que par exem­ple, pour mes filles : l’une est une bru­ne, per­son­ne ne l’aide; l’autre, blon­de assez agui­cheu­se, en mini-jupe, ne traî­ne jamais une vali­se ! Évi­dem­ment la coquet­te­rie est, chez la fille, un signe de la deman­de. Alors, quand on n’a plus les signes, eh bien ils sont d’une vache­rie, d’un mépris ! Pour­tant, les fem­mes, elles, regar­dent les hom­mes vieux ! Elles peu­vent les trou­ver beaux, la preu­ve : elles les épou­sent, elles font des enfants avec eux. La fem­me ne divi­se pas la vie en âges rédhi­bi­toi­res. Par­ce qu’elles s’intéressent beau­coup à l’âme, ça a l’air idiot…, disons à l’esprit, au char­me ; elles sen­tent qu’il les écou­te­ra, qu’il a un talent, autre cho­se que les signes exté­rieurs ; je trou­ve que les fem­mes ont une façon beau­coup plus intel­li­gen­te, et vas­te, et lar­ge, d’aimer. Elles peu­vent aimer un hom­me très laid qui a un char­me inté­rieur. Alors que pour se fai­re aimer quand on est lai­de, alors là, on a beau avoir l’âme admi­ra­ble !… C’est beau­coup plus dif­fi­ci­le et rare. Le plus ter­ri­ble c’est quand on n’a pas autre cho­se, quand on tout misé sur l’amour, tou­te sa vie ; le jour où l’on est trans­pa­rent pour les hom­mes, qu’est-ce qu’on fait ? Effec­ti­ve­ment, il res­te la mas­tur­ba­tion.

• Ou tou­te une gam­me de com­pen­sa­tions…

– Oui…, mais il faut les avoir ! S’il n’est pas trop tard. Tout le mon­de n’est pas Thé­rè­se d’Avila pour subli­mer dans la foi reli­gieu­se…

• …ou la créa­ti­vi­té lit­té­rai­re !

– Bien sûr ! Les hom­mes, c’est très impres­sion­nant, vivent enco­re selon des cri­tè­res d’il y a tren­te ans ou tren­te siè­cles ! C’est-à-dire qu’après 50 ans, il n’y a plus rien à fai­re d’une fem­me, même pas la regar­der ! Même pas lui dire par­don quand on la cogne ! On n’existe plus ! Alors, le tout mêlé à la dure­té de ce temps…

• Votre constat est sévè­re. Diriez-vous quand même qu’il y a une évo­lu­tion ?

– Oui. Il y avait autre­fois… cinq pour cent d’hommes et aujourd’hui peut-être dix ou quin­ze qui sont capa­bles de se dire – com­me dans cet­te piè­ce de Yas­mi­na Reza qui se pas­se dans un train, une ren­con­tre entre un hom­me et une fem­me : « Tiens, je suis là avec cet­te fem­me, elle ne me plaît pas for­mi­da­ble­ment, mais on va par­ler, elle est peut-être inté­res­san­te. » Après, à cha­cun de jouer. Oui, il y en a un peu plus qui font atten­tion…

• Il faut aus­si que la fem­me accep­te, qu’elle ne se dise pas : enco­re un qui va me dra­guer.

– Oui. Mais aujourd’hui les fem­mes sont assez gran­des, elles ont moins cet­te peur d’être dra­guées. Autre­fois, si un hom­me vous adres­sait la paro­le dans la rue, on pre­nait un air pin­cé, on ser­rait les jam­bes… On a une atti­tu­de plus déten­due. C’est le regard des hom­mes qui res­te très impres­sion­nant, très gla­çant.

• Qu’est-ce que ça pro­vo­que en vous ?

– De la ran­cu­ne contre eux ! Je trou­ve que c’est des cons et des salauds : les deux ! C’est bête par­ce qu’il y a sou­vent quel­que cho­se à tirer d’une rela­tion avec quelqu’un, qui que ce soit ! Et c’est vache par­ce qu’ils n’ont pas cet­te gen­tilles­se. Moi, je suis gen­tille avec les vieilles dames ; avec si peu on les illu­mi­ne ! Ils pour­raient le fai­re, ça ne leur coû­te­rait rien, on ne leur deman­de pas de cou­cher avec elles ! Et dans les livres, je n’ai jamais, ces der­niers temps, vu par­ler du sexe des fem­mes avec autant de hai­ne et d’horreur. Com­me si les fem­mes n’étaient que des sacs à mala­dies, à puan­teurs. Dès que la fem­me n’est plus exac­te­ment dans le cré­neau qui le fait ban­der d’avance, c’est la hai­ne qui rem­pla­ce l’attirance. Ça relè­ve d’une gyno­pho­bie éhon­tée, enco­re très sen­si­ble dans beau­coup de romans d’hommes où ils peu­vent racon­ter ce qu’ils veu­lent, com­me si tou­tes ces fem­mes vieilles étaient en man­que d’amour. Les fem­mes sont moins deman­deu­ses que ça ; il s’imaginent qu’on est des gou­les et qu’on vou­drait les vam­pi­ri­ser. Les fem­mes ont déjà bien assez peur d’elles-mêmes !

• On entend dire par­fois que le fémi­nis­me a pres­que fait son temps. Il y a là, pour­tant, sur cet­te ques­tion du vieillis­se­ment et de l’amour, un ter­rain d’action bien réel.

– Moi, je conti­nue à être fémi­nis­te ! Tant que dure­ra cet­te rela­tion de pos­ses­sion, de pou­voir, de vio­len­ce à l’encontre de la fem­me. Une rela­tion qui peut être d’ailleurs très insi­dieu­se. Rap­pe­lons-nous par exem­ple des pre­miers rap­ports Kin­sey sur la sexua­li­té aux États-Unis ; ils pré­ten­daient que plus on était culti­vées plus on avait du mal à attein­dre l’orgasme. L’année d’après, ils ont publié une deuxiè­me édi­tion en disant : Nos recher­ches n’étaient pas com­plè­tes, c’est le contrai­re ! Plus on est culti­vé, plus on rem­pla­ce ce qui ne va pas phy­si­que­ment par l’excitation céré­bra­le, un films por­no, de la lit­té­ra­tu­re éro­ti­que, ce qu’on veut… On jouit mieux quand on a l’esprit plus déve­lop­pé. Ils avaient dit le contrai­re !, tel­le­ment ça les ennuyait cet­te idée qu’une fem­me intel­li­gen­te per­dait de son ani­ma­li­té !

• Quels sont vos pré­cep­tes de vie ?

– Une dose d’égoïsme, au meilleur sens du ter­me. Si on s’oublie, le jour où les enfants font leur vie ailleurs,  le mari aus­si par­fois, ou il meurt, eh bien, si on ne s’aime plus soi-même, qu’est-ce qui vous res­te ? C’est en s’aimant qu’on est le plus rayon­nant fina­le­ment. Bien sûr, il y a aus­si une ques­tion de tem­pé­ra­ment, de chan­ce. Et aus­si ce fait d’avoir vécu au siè­cle où j’ai vu les fem­mes sou­mi­ses à un cadre, à un car­can – moi-même aus­si d’ailleurs, n’osant m’affirmer, ni pren­dre la paro­le dans une réunion poli­ti­que, effa­cée… Il fal­lait entrer dans le rôle de grand-mère…

• Il y a une vision de la grand-mère ou du grand-père…

– …Oui, impor­tan­te, je m’en aper­çois…

• …mais en même temps égoïs­te de la part des enfants. Ne fau­drait-il pas savoir ne pas être une bon­ne mamie ou un bon papi ? Ce qui serait aus­si une maniè­re de l’être.

– Je le crois . Par­ce que les enfants sont très cruels et peu­vent mépri­ser ce grand-parent qui les attend com­me le mes­sie, et ils ne vien­nent pas. 

• Ne peut-on dire aus­si qu’il y a un tabou entre les parents, cet­te fois, et les enfants ?

– Les enfants n’aiment pas bien, en effet, enten­dre par­ler de la sexua­li­té des parents – sur­tout quand ils ont 70 ans !

• On n’en par­le pas.

– Pas dans les détails, ce que je trou­ve d’ailleurs très bien. De même qu’à l’inverse les parents n’ont pas à connaî­tre de la sexua­li­té de leurs enfants. C’est tou­jours une affai­re per­son­nel­le, inti­me.

• Fina­le­ment, qu’est-ce qui peut enco­re nour­rir cet­te curio­si­té que vous consi­dé­rez com­me le sel de la vie, sinon de l’amour et de la sexua­li­té ?

– Eh bien, ne serait-ce que de lire – des romans d’amour par exem­ple –, ce qui main­tient dans un état de sen­si­bi­li­té pro­pi­ce à « ça » et à se dire : C’est vrai que les com­men­ce­ments sont une cho­se mer­veilleu­se ! Se ren­con­trer aus­si, se fai­re des confi­den­ces, aller au ciné­ma, bref : res­ter en contact avec la vie.

Entre­tien avec Gérard Pon­thieu„ octo­bre 1998.


André Brahic dans le cosmos

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[Ph. dr]

"C'est un feu d'artifice qui vous hypnotise" a-t-on pu dire de lui 1 :  astronome et astrophysicien, André Brahic est mort d'un cancer ce 15 mai à Paris, où il était né il y a 73 ans. Un grand bonhomme, comme on peut le dire avec familiarité pour exprimer admiration et sympathie. Je ne l’ai pas connu mais j’en ai eu l’impression, tant il me semblait proche à chacune de ses interventions à la radio – plus rarement à la télé. Son enthousiasme, son sens de la répartie, de l'humour et de l’improvisation dans ses explications cependant rigoureuses, étayées par un art de la métaphore… tout cela faisait d’André Brahic un remarquable vulgarisateur scientifique.

Passionné par le cosmos et ses mystères, étirant son insatiable curiosité entre le big-bang et l’infinité des mondes, il fut aussi le découvreur des anneaux de Neptune, dont il était un spécialiste, ainsi que de Saturne.

Il avait aussi participé à la mission Cassini, dont la sonde du même nom fut lancée le 15 octobre 1997 en direction de Saturne pour arriver aux alentours du 1er juillet 2004. La mission, initialement prévue pour une durée de quatre ans, a été prolongée jusqu'en 2019, compte tenu de la richesse des premières observations. Ainsi André Brahic devait-il être membre de la communauté Cassini jusqu'en 2021, mission qu’il ne pourra honorer. Son nom a été donné à un astéroïde.

Comme tous les épris de connaissance, il savait questionner l'inconnu avec philosophie. Ainsi cette idée selon laquelle les mythes sont nécessaires aux hommes : ils leur permettent de se solidariser, de se sentir ensemble… Jusqu’à se faire la guerre !

André Brahic est notamment l'auteur de livres comme Enfants du Soleil et De Feu et de glace (Éd. Odile Jacob).

Notes:

  1. "André Brahic, superstar !", La Marche des sciences, d'Aurélie Luneau, France Culture, octobre 2014.

Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mou­rir, lui qui aurait pré­fé­ré cre­ver. Faut être enco­re plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne direc­te. Enfin, c’est son affai­re. On ne sait quand auront lieu ses obsè­ques natio­na­les. Plu­tôt que les Inva­li­des ou le Pan­théon, il s’était réser­vé un coin à Mont­mar­tre – à quel cime­tiè­re (celui du haut ou l’autre sous le pont Cau­lain­court) ? Il y aura une fan­fa­re au moins, com­me à la Nou­vel­le-Orléans ? Une fan­fa­re de jazz, espé­rons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simo­ne, Ray Char­les, Diz­zy Gil­les­pie, Count Basie, Billie Holi­day… le free aus­si, Col­tra­ne, Pha­roah San­ders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­trin­gue gau­chis­te ; s’était fait embo­bi­ner par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était reve­nu ; avait fré­quen­té Mal­com X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-vio­lent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes confon­dus – c’était son sport favo­ri, à éga­li­té avec l’anti-militarisme ; de quoi orien­ter tou­te une vie de des­si­neu-gran­de-gueu­le au coup de crayon assas­sin ; de quoi en lan­cer des ana­thè­mes défi­ni­tifs, et des « font chier », et des doigts d’honneur grand com­me des cac­tus géants, de celui en bron­ze qui va désor­mais mon­ter la gar­de sur ses cen­dres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un inté­res­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans « The Dis­si­dent » (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à fai­re son coming out sur ce point…

« Merci Patron ! » La belle arnaque

Mer­ci Patron !, un film plus que sym­pa et qui connaît un beau suc­cès depuis sa sor­tie fin février. C’est l’éternelle his­toi­re des David et Golia­th, des pots de ter­re et de fer. Trai­té ici sur le mode « sérieux décon­nant », entre Michael Moo­re et Jean-Yves Lafes­se, par Fran­çois Ruf­fin, rédac’ chef du jour­nal amié­nois Fakir. 

merci-patron!

l’affiche

Joce­ly­ne et Ser­ge Klur fabri­quaient des cos­tu­mes Ken­zo à Poix-du-Nord, près de Valen­cien­nes. Depuis la délo­ca­li­sa­tion de leur usi­ne vers la Polo­gne, le cou­ple est au chô­ma­ge et cri­blé de det­tes. Fran­çois Ruf­fin va sui­vre ce cou­ple et par­tir « dans une cour­se pour­sui­te humo­ris­ti­que avec Ber­nard Arnault, l’homme le plus riche de Fran­ce » dont le grou­pe est pro­prié­tai­re de l’usine. Scè­nes sur­réa­lis­tes et qui­pro­quos en cas­ca­des, Mer­ci Patron ! se trans­for­me en « film d’espionnage ».

« On ne pen­sait même pas fai­re un film mais avec l’histoire qui se dérou­lait sous nos yeux c’est deve­nu impos­si­ble de ne pas le fai­re ! » racon­te Johan­na, de l’équipe de Fakir. Por­té par l’association Fakir, le film a séduit cri­ti­ques et médias. Il a même eut droit à une dou­ble page dans Le Mon­de qu’il qua­li­fie de « chef-d’œuvre du gen­re ».

Pour­tant, tout n’était pas gagné. Le film qui comp­tait sur l’aide finan­ciè­re du Cen­tre natio­nal du ciné­ma voit sa deman­de reje­tée. L’équipe déci­de de pas­ser outre les aides tra­di­tion­nel­les et se tour­ne vers le finan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Grâ­ce aux 21 000 € des contri­bu­teurs Ulu­le et une levée de fonds auprès des abon­nés de Fakir, le film ver­ra le jour. Une levée de fonds pour une levée de fron­de : la bon­ne idée pour une bel­le arna­que !


Théâtre. Quand Kamel Daoud rejoue Camus et « la mort de l’Arabe »

Kamel Daoud, jour­na­lis­te et écri­vain algé­rien (né en 1970), fait beau­coup par­ler de lui par les temps qui cou­rent. Et pour de bon­ne rai­sons, com­me je l’ai sou­li­gné ici-même à pro­pos de ses ana­ly­ses et cou­ra­geu­ses pri­ses de posi­tion concer­nant l’islamisme – qu’il qua­li­fie de « por­no-isla­mis­me » ; mais aus­si pour son livre, Meur­sault, contre-enquê­te [Éd. Bar­za­kh, Alger, 2013 et Actes Sud 2014] , dis­tin­gué par le Prix Gon­court du pre­mier roman. C’est sur cet ouvra­ge que je reviens ici par le biais de l’adaptation théâ­tra­le qui en a été réa­li­sée par Phi­lip­pe Ber­ling, du Théâ­tre Liber­té à Tou­lon, sous le titre Meur­saults – avec un s plu­riel et énig­ma­ti­que – et dont cinq repré­sen­ta­tions ont été don­nées à Mar­seille*.

Le roman, et donc la piè­ce, s’inspirent de L’Étranger, le livre le plus lu d’Albert Camus – d’ailleurs éga­le­ment adap­té au ciné­ma [en 1967, par Luchi­no Vis­con­ti, avec Mar­cel­lo Mas­troian­ni dans le rôle-titre]. Daoud reprend la « matiè­re » de L’Étranger et en par­ti­cu­lier l’acte cen­tral du roman, le meur­tre de l’Arabe par Meur­sault. Le dra­me et ses consé­quen­ces, on va les revi­vre dans le regard incon­so­lé de Haroun, le frè­re de Mous­sa, la vic­ti­me.

Ce ren­ver­se­ment de point de vue n’exclut nul­le­ment le thè­me de l’absurde, cher à Camus ; mais il se trou­ve quand même détour­né : quand Haroun tue à son tour un Fran­çais, il intro­duit dans son ges­te le poi­son de la ven­gean­ce – de fait racia­le, sinon racis­te – et, du coup, celui de la pré­mé­di­ta­tion. Il ne s’agit donc plus d’un meur­tre « inex­pli­ca­ble », qua­si­ment gra­tuit en quel­que sor­te, mais d’un assas­si­nat. La « nuan­ce » n’est pas que juri­di­que, elle rejoint davan­ta­ge le sor­di­de d’un « fait divers ». Mais Daoud n’en res­te pas là, don­nant à son per­son­na­ge sa dimen­sion réel­le­ment tra­gi­que. On entre alors dans une autre fic­tion, et au cœur de la piè­ce.

meursaults

Ph. d.r.

La scè­ne se situe au len­de­main de l’indépendance, dans la cour d’une mai­son sans dou­te aban­don­née par les anciens colons. Deux murs, deux por­tes, un citron­nier, un ren­fle­ment de ter­re dont on sau­ra qu’il s’agit d’une tom­be. Elle, c’est la mère, muet­te, qui chan­ton­ne ou pous­se des cris de déchi­re­ment. Lui, son seul fils désor­mais. Un dia­lo­gue à demi-ver­bal, si on peut dire, à par­tir d’un mono­lo­gue char­gé com­me une confes­sion : confi­den­ces, aveux, cris de révol­te irré­pres­si­ble. Haroun : « Un souf­fle rau­que tra­ver­se ma mémoi­re, tan­dis que le mon­de se tait. » Aus­si se sai­sit-il de la paro­le pour ne plus la lâcher, dans une lan­gue qui – il le sou­li­gne – lui a été impo­sée, mais dont il aime se ser­vir à des­sein. C’est cel­le du meur­trier de son frè­re, cel­le aus­si de sa vic­ti­me expia­tri­ce qui gît là, sous le citron­nier char­gé de fruits. Absur­di­té enco­re qui oppo­se la vie et la mort. Des ima­ges nais­sent sur les murs de tor­chis blanc, fan­to­ma­ti­ques por­traits du frè­re et de la bien-aimée, écrans de la mémoi­re écor­chée où les appels à la vie s’abîment contre les atro­ci­tés de la guer­re.

Mas­troian­ni sur le tour­na­ge de L’étranger
24 février 1967- 6min 53s

Scè­nes de tour­na­ge du film. Emma­nuel Robles com­men­te les ima­ges. Mas­troian­ni par­le du per­son­na­ge de Meur­sault. Vues d’Alger. Vis­con­ti tour­ne les scè­nes de la condam­na­tion de Meur­sault et expli­que ce qui l’a atti­ré dans le roman de Camus. Mas­troian­ni tour­ne l’accusé entrant dans le boxe. [© Ina, 1967]

Il y a beau­coup de Camus dans ce remue­ment, bien sûr. La pro­pre mère de l’écrivain – pres­que sour­de, elle, et si peu par­lan­te éga­le­ment ; son frè­re mort lui aus­si ; le père tué en 14. Plus enco­re quand Haroun, l’Algérien, se pré­sen­te com­me « ni col­la­bo, ni moud­ja­hi­din ». On se sou­vient du Camus rêvant d’une sor­te d’Algé­rie fran­co-algé­rien­ne, com­me une fédé­ra­tion des cœurs pour la paix. Uto­pie ? Les idéo­lo­gies, en tout cas, n’en vou­lu­rent rien savoir – sur­tout pas ! –, leur oppo­sant la vio­len­ce, la mort.

Dans ce tex­te, on retrou­ve aus­si du Camus de Noces et des exta­ses de Tipa­sa, son appel à la jouis­san­ce de la vie, dans l’urgence de l’instant, liée à la fata­li­té de la mort. Il y a même une pro­jec­tion dans l’inéluctable avec ce rejet des cœurs et de la paix, cet­te nos­tal­gie des (courts) len­de­mains de guer­re et des pos­si­bles, « quand on pou­vait s’enlacer en public, pas com­me aujourd’hui. »

daoud-camus / Anna Andreotti et Ahmed Benaïssa, (Ph. d.r.)

Anna Andreot­ti et Ahmed Benaïs­sa, (Ph. d.r.)

Un fort moment de théâ­tre por­té par deux beaux comé­diens : Ahmed Benaïs­sa, met­teur en scè­ne, acteur et ancien direc­teur de théâ­tre algé­rien ; Anna Andreot­ti, comé­dien­ne et chan­teu­se ita­lien­ne. La tou­che de vidéo dans le décor est par­ti­cu­liè­re­ment réus­sie, tan­dis qu’une lumiè­re moins froi­de aurait mieux évo­qué le soleil de « là-bas » et son impor­tan­ce dra­ma­tur­gi­que, chez Camus com­me chez Daoud.

Une tour­née est annon­cée dans les Cen­tres cultu­rels fran­çais d’Algérie, jus­te retour aux sour­ces, dans une his­toi­re tou­jours inache­vée. En fait, deux his­toi­res mêlées que pro­lon­ge cet­te piè­ce dans laquel­le le met­teur en scè­ne, Phi­lip­pe Ber­ling, veut voir « la riches­se du post colo­nia­lis­me ».

–––


Marseille. Une (autre) origine du monde

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Conception : Elizabeth Saint-Jalmes (sculptures), Mathilde Monfreux (écriture). Avec : Jessy Coste, Gaëlle Pranal, Virginie Thomas, Mathilde Monfreux, Blandine Pinon, Elizabeth Saint-Jalmes. Musique : François Rossi (batteur). Spectacle présenté par Lieux publics, centre national de création en espace public.lieux p

Aujourd’hui, « Sirènes et midi net ». Toujours aussi inspiré, essentiel : chaque premier mercredi du mois, à l’heure de l’alerte générale, entre ses deux salves de sirènes hurlantes, la magie du théâtre vient secouer la ville de sa quotidienneté, de sa torpeur. Avec effet relatif : il faut déjà être un peu éveillé pour ainsi se « karchériser » le cerveau. Deux ou trois cents braves, seulement, osent s’y risquer (sans risques), à l’heure où la normalité est à son ordinaire ouvrage.

Des formes informes, des paquets d’entrailles, de la chair, de la viande, des glandes, de la cervelle, du mou, du dégoulinant. Tout ça sur la scène, tout ce tas se met à trembler comme de la gélatine, puis à remuer comme des paquets de boyaux tombés d’on ne sait quel ventre céleste ou chaotique. C’est l’origine du monde, mais pas à la Courbet, bien avant, dans le grand coït créateur de la matière sans nom, l’innommable magma. L’origine ou bien la fin, la dernière apocalypse, comme celle qui nous guette ; celle que nous prédisent radios, télés, gazettes, heure par heure, jour après jour. Ça pourrait ressembler à ça, et les êtres, dès lors – nous-mêmes – pourrions nous transformer en monstruosités gesticulantes, à bout de souffle, venant mourir-pourrir sur le marbre, devant l’Opéra de Marseille, comme sur le billot d’un boucher sans pitié.

Pas drôle, hein ? Tandis qu’un batteur se déchaîne sur ses fûts et cymbales, les paquets globuleux entrent en danse dans la transe.

Il faut être là, pour ces dix minutes d’opéra sauvage, chaque premier mercredi du mois, devant l’Opéra de Marseille. Tout de même pas dur à retenir ! Et à noter pour des Marseillais de passage.



Marseille. Le Point de Bascule, clap de fin

imgresN'oubliez surtout pas...
pour avant, c'est trop tard
pour après, c'est trop tôt
la vie est là où l'on est..
vivement maintenant !

Comme son nom l’indique, comme son (magnifique) logo le souligne, l’affaire ne pouvait indéfiniment défier les lois de la pesanteur. Et ce fut pesant, malgré tout, cette semaine de fête censée mettre fin à une aventure superbe commencée il y a une dizaine d’années. Hier soir, dimanche noir, même servies frais, les bulles avaient le champagne tristoune. Les restes du décor – ce qui n’était pas parti à l’encan dans la journée –, malgré tout, exprimaient encore la magie de ce haut-lieu marseillais. Un décor de briques (molles) et de broc (hard), issu des puces et des poubelles, recyclées à la belge – explications plus loin – selon les miraculeuses rencontres à la Magritte,  genre parapluie et machine à coudre sur table de dissection.

Hier soir, donc, jusqu’à nuit noire, résistait encore, le dernier carré des fidèles du 108, rue Breteuil qui, au fin fond d’une arrière-cour du VIe arrondissement de Marseille, de l’autre siècle, avaient amarré leurs utopies à la façon, va savoir, dont les Phocéens jetèrent l’ancre dans la calanque du Lacydon– qui deviendra Massilia.

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François Pecqueur devant le mur des programmes passés – mais pas tous, la place manquait (plus de 1.000 soirées !) (Ph. François Ponthieu)

« A l’origine, racontent les historiens locaux, un collectif marseillais de plasticiens cherche un atelier, tombe sur ces 500 m2 de la rue Breteuil, et sent d’emblée que ce lieu pourrait être le nid de bien des possibles... et l’aventure commence !

Six mois de travaux intensifs, une inauguration tonitruante en se refusant à imaginer ce que sera le Point de Bascule. Tout de suite, c’est la demande extérieure spontanée qui définit ce que sera ce lieu : résidence d’artistes émergents et en marge, espace pour associations citoyennes.

La demande est claire et appelle un fonctionnement accordé : gratuité d’accueil et équipe d’accompagnement du lieu bénévole.
Neuf ans d’activités et de liberté, plus de 300 résidences d’artistes accueillies (soit plus de 1000 artistes pluridisciplinaires), et une foultitude d’actions citoyennes avec rencontres, débats, projections, soirées de soutien.

Plus de 1 000 soirées proposées, 10 000 adhérents avec ce plaisir de vous accueillir dans la simplicité et vous proposer l’insolite, l’inattendu, parfois le nécessaire.

Ah si... le Point de Bascule a tout de même décidé quelque chose : pas de communication média pour nos activités. Par les temps qui courent, un peu de radicalité ne fait pas de mal ! »

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Un tel lieu va manquer à Marseille . il y en a d'autres, certes, mais ici, c'était vraiment autre chose. (Ph. François Ponthieu)

Telle fut la profession de foi de ce temple païen animé – il en fallut de l’anima ! – par un grand « prêtre », François Pecqueur, grand et pas que par la taille, voix de barde, rire ravageur, artiste multi-instrumental de la machine à dépasser le temps (voir le slogan maison ci-dessus) de la tireuse à bière, dénicheur d’enculette * et de talents multiples, utopiste de compétition, compétiteur de rien, ce qui est déjà tant.

Ça ne pouvait pas durer plus que la crise ! Alors, le François, le plus belge des Marseillais et donc le plus marseillais des Belges – il naquit à Liège, une fois – ayant jeté l’ancre ; ayant trouvé compagne et indispensable pilier dans l’aventure en la personne d’Anne-Marie Reymond, reine du sourire et des meilleures assiettes bio ; ayant labouré cette riche terre de rencontres ; étant revenu quelque peu de certaines illusions ; mais sans amertume aucune, ce grand échalas a donc tiré l’échelle et s’en va, avec sa reine à lui, explorer d’autres horizons.

Une page se tourne. La Bascule a basculé. Des burlingues vont « investir » cette colline inspirée ; encore des burlingues, oui mais « paysagers », jurent-ils – ah bon, on est rassurés ! –, pour des bipèdes assis, bulbes calculateurs, blanchis sous le pixel, profiteurs de la misère du monde. Oyez les potes, la terre se réchauffe mais il fait bien froid tout à coup, ne trouvez-vous pas ?

* Enculette, n. fém. du bas latin enculo. Invention marseillaise d’origine indéterminée. Machine de comptoir inspirée de la roulette de casino, destinée à faire casquer le pastis apéro par le couillon du jour.

Ni fleurs ni couronnes, mais courriels d’amitié possibles ici : accueil@lepointdebascule.fr


Le Nobel à Svetlana Alexievitch, écrivaine du courage

nobel litterature 2015

© Ph. Peter Gro­th

En attri­buant le Nobel de lit­té­ra­tu­re à Svet­la­na Alexie­vit­ch, le jury de Stock­holm hono­re une magni­fi­que écri­vai­ne et s’honore lui-même. Un choix cou­ra­geux qui consa­cre une fem­me elle-même vouée à témoi­gner du cou­ra­ge face au ter­ri­ble quo­ti­dien de « héros ordi­nai­res ». Un choix qui s’inscrit dans un contex­te géo-poli­ti­que et éco­lo­gi­que des plus trou­bles, affec­tant tou­te l’humanité.

Je suis d’autant plus sen­si­ble à cet­te recon­nais­san­ce que je dois à Svet­la­na Alexie­vit­ch deux livres qui m’ont par­ti­cu­liè­re­ment bou­le­ver­sé : La Sup­pli­ca­tion (1997) et La Guer­re n’a pas un visa­ge de fem­me (1985).

2290300314Le pre­mier, sous-titré Tcher­no­byl, chro­ni­que du mon­de après l’apocalypse, témoi­gne avec for­ce de l’univers ter­ri­fiant d’après la catas­tro­phe ; les témoi­gna­ges ras­sem­blés don­nent au dra­me sa dimen­sion plei­ne­ment humai­ne, dépein­te sans arti­fi­ce aucun par les témoins et acteurs directs. Une « réa­li­té noi­re », signi­fi­ca­tion lit­té­ra­le de « Tcher­no­byl », ain­si que le sou­li­gne un pho­to­gra­phe, expli­quant pour­quoi il ne prend pas de pho­tos en cou­leur…

Plus loin, un liqui­da­teur racon­te com­ment se blo­quaient les dosi­mè­tres éta­lon­nés jusqu’à deux cents rönt­gens, tan­dis que des jour­naux écri­vaient : « Au-des­sus du réac­teur, l’air est pur » ! « On nous don­nait des diplô­mes d’honneur. J’en ai deux. Avec Marx, Engels, Léni­ne et des dra­peaux rou­ges. »

Une fem­me, épou­se d’un liqui­da­teur, racon­te l’agonie de son hom­me : « Un matin, au réveil, il ne pou­vait pas se lever. Et ne pou­vait rien dire… Il ne pou­vait plus par­ler… Il avait de très grands yeux… C’est seule­ment à ce moment-là qu’il a eu peur… […] Il nous res­tait une année. […] L’homme que j’aimais tel­le­ment […] se trans­for­mait devant mes yeux… en un mons­tre… » Le res­te de ce témoi­gna­ge, oui, c’est une sup­pli­ca­tion ; elle est insup­por­ta­ble et pour­tant on se doit de la lire jusqu’au bout.

Pour l’Union sovié­ti­que, cet­te catas­tro­phe a son­né le début de la fin, qui eut lieu trois ans après. Ses cau­ses en sont autant poli­ti­ques que tech­ni­ques, contrac­tion implo­si­ve d’un sys­tè­me dément et d’une incon­sé­quen­ce scien­tis­te.

Ce livre consti­tue aus­si le plai­doyer le plus impla­ca­ble contre l’énergie nucléai­re dite « paci­fis­te ». Rap­pel : Il y a plus de 400 réac­teurs nucléai­res dans le mon­de – dont 58 en Fran­ce.

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Autre grand livre : La guer­re n’a pas un visa­ge de fem­me… mais les fem­mes ont été de tou­tes les guer­res. En par­ti­cu­lier les fem­mes rus­ses enrô­lées dans l’Armée rou­ge et envoyées au front contre les Alle­mands : auxi­liai­res de tou­tes sor­tes, de tou­tes cor­vées, blan­chis­seu­ses de lin­ge gor­gé de sang, infir­miè­res, bran­car­diè­res, méde­cins, cui­si­niè­res, puis com­bat­tan­tes, tireurs d’élite. Des héroï­nes au même titre que les liqui­da­teurs de Tcher­no­byl. Avec leurs témoi­gna­ges tout aus­si insup­por­ta­bles.

• Svet­la­na Alexan­drov­na Alexie­vit­ch, écri­vai­ne et jour­na­lis­te rus­so­pho­ne, ukrai­nien­ne par sa mère et bié­lo­rus­se par son père, est une dis­si­den­te irré­duc­ti­ble, tant sous le régi­me sovié­ti­que que dans la Rus­sie pou­ti­nien­ne et la Bié­lo­rus­sie du dic­ta­teur Lou­ka­chen­ko.

On lui doit aus­si Cer­cueils de zinc (1991), sur la guer­re sovié­to-afgha­ne, Ensor­ce­lés par la mort, récits (1995), sur les sui­ci­des de citoyens rus­ses après la chu­te du com­mu­nis­me et Der­niers Témoins (2005), témoi­gna­ges de fem­mes et d’hommes qui étaient enfants pen­dant la Secon­de Guer­re mon­dia­le. Enfin, en 2013, La Fin de l’homme rou­ge ou le temps du désen­chan­te­ment, recueille des cen­tai­nes de témoi­gna­ges dans l’ex-URSS (prix Médi­cis essai et « meilleur livre de l’année » par le maga­zi­ne Lire.)

Le prix Nobel de lit­té­ra­tu­re la consa­cre pour « son œuvre poly­pho­ni­que, mémo­rial de la souf­fran­ce et du cou­ra­ge à notre épo­que ».

 

Lire aus­si : Tcher­no­byl – Fuku­shi­ma. 25 ans après, « la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été appri­se »

Tcher­no­byl. La ter­reur par le Men­son­ge


Pendaison publique, place de l’Opéra à Marseille

Pendue

© gp

On croyait ces temps révo­lus, révo­lus com­me la Révo­lu­tion et com­me la pei­ne de mort… C’était sans comp­ter sur l’exception mar­seillai­se. Non pas cel­le des autres exé­cu­tions publi­ques, il y a dix jours enco­re, devant ce même opé­ra muni­ci­pal, à coup de bas­tos. Non, une vraie de vraie, par pen­dai­son. Plus éco­no­mi­que que la guillo­ti­ne, tel­le­ment moins san­gui­no­len­te. Un gibet, une cor­de, un bour­reau, une condam­née à mort, et hop ! Le tout devant un public recueilli et même une clas­se de petits éco­liers – c’était mer­cre­di. Il faut bien édi­fier les mas­ses face au Cri­me éter­nel, que le châ­ti­ment, pour­tant, jamais ne tarit…

Il y avait de la fas­ci­na­tion dans le regard du peu­ple ain­si assem­blé. Oui, des lueurs de défi, une cer­tai­ne jouis­san­ce dans les pru­nel­les avi­des. Il faut dire que la cri­mi­nel­le irra­diait lit­té­ra­le­ment, sous sa lon­gue robe écar­la­te et son regard de brai­se, sous ses ulti­mes paro­les en appe­lant à la vie, à la révol­te de la vie. Que lui repro­chait-on à cet­te Char­lot­te Cor­day mar­seillai­se ?

À enten­dre son cri, on com­prend que c’est la Fem­me, fata­le péche­res­se, qui devait ici expier son cri­me d’exister. Dans la sui­te inin­ter­rom­pue des muti­la­tions his­to­ri­ques infli­gées à tou­tes les fem­mes de la pla­nè­te en per­di­tion : bat­tues, exploi­tées, mépri­sées, répu­diées, trom­pées, humi­liées, exci­sées, lapi­dées, igno­rées ou même adu­lées – exé­cu­tées. La sup­pli­ciée : « Regar­de mon corps mon trou ma tom­be mes yeux mes seins mon sexe. L’os pelé de l’amour la clef des lar­mes. Je brû­le d’une flam­me nue... ». Et il est des pays où de tel­les scè­nes ne sont pas fic­ti­ves. Tant de sau­va­ge­rie par­tout ! Jus­que « dans l’ombre de la démo­cra­tie », ain­si que le sou­li­gne l’auteur du spec­ta­cle.

La dra­ma­tur­gie a joué à plein, dans le dénue­ment du lieu et de la situa­tion. La comé­dien­ne, poi­gnan­te, bou­le­ver­san­te au bout de sa cor­de. Son bour­reau intrai­ta­ble. Cela eut lieu entre les coups de sirè­ne de midi et midi dix, sous la plain­te trou­blan­te d’un saxo, face au soleil cru, balayé de mis­tral. Magie du théâ­tre.

C’était hier, com­me en cha­que pre­mier mer­cre­di du mois, depuis 2003 que Lieux publics s’approprie le par­vis de l’opéra mar­seillais pour une scè­ne de rue jamais ano­di­ne. Cela s’appelle Sirè­nes et midi net. Un beau nom de ren­dez-vous.

Pendue

© gp

Pen­due, de la com­pa­gnie Kumu­lus, une adap­ta­tion du spec­ta­cle Les Pen­dus, de Bar­thé­le­my Bom­pard, écrit par Nadè­ge Pru­gnard„ inter­pré­té par Céli­ne Dami­ron et Bar­thé­le­my Bom­pard,
accom­pa­gnés par Thé­rè­se Bosc au saxo­pho­ne. Tech­ni­que : Dja­mel Djer­boua, son : Nico­las Gen­dreau.


Combien de temps ? poème d’Edward Perraud

Edward Perraud, né à Nantes en 1971 : percussionniste, batteur, compositeur, improvisateur, chercheur et aussi trouveur – comme dans trouvère… Oui, ça lui va bien à ce Pierrot lunaire, troubadour de la baguette magique, celle qui pulse, rythme, impulse, assure le battement du cœur vital, chœur musical, du jazz et de l’univers. En quoi, il est donc foncièrement poète, jusqu’à écrire de la poésie, comme ici, avec des mots, des mots-images, des images photos, car cet homme à talents est aussi photographe. Il a l’œil qui écoute, l’oreille d’ un voyant rimbaldien jouant aux dés avec Lautréamont, Hugo, Mahler, Ayler. Il aime les citer à l’occasion, au détour de ses concerts – comme celui d’Avignon où il lançait la suite n°2 du disque « Synaesthetic Trip », un sommet du genre. Découvrez-le davantage ça et , entre autres.

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Moulin à jazz, 2010 © G. Tissier

Combien de temps ?

C'est la fin de l'hiver, le début d'un printemps

Un vieillard qui se perd, un enfant qui apprend

La terre a fait son tour, encore un chant d'amour ?

Combien de temps déjà que papa n'est plus là ?

La toupie s'arrêtera, nous serons bien moins fiers

Réduits en grains de sable puis finir en poussière.

La terre a fait son tour, encore un champ d'horreurs ?

Combien de temps déjà que je compte plus les heurts ?

Imaginez le prix de ce petit poème

Quand nous ne savons pas jusqu'où la vie nous aime ?

La terre a fait son tour, est ce un mal pour un bien ?

Combien de temps déjà qu’on bafoue les humains ?

Devant l'astre suprême nous serons tous égaux

Et fondront nos égos comme s'écoulent les armes

La terre a fait son tour, c'est pourtant pas banal ?

Combien de temps encore pour le règne animal ?

Cupidon trop cupide, la coupe d'or est pleine,

Mais la terre sature, polluée, morne plaine.

Va faire un tour au large, Terre change de mythe,

Et débarrasse toi de tes pires parasites

Une chance pourtant pourrait sauver le monde

Que l'âme de poète inocule et féconde

L'esprit des tout-petits futurs grands militants.

Que l'amour du vivant supplante le pauvre argent !

Combien de temps encore jusqu'aux dernières neiges

Continuera-t-il à tourner le beau manège ?

 Edward Perraud, le 27 mars 2015

Edward Perraud

ph. Edward Perraud
© mars 2015


Y a du monde chez Mon oncle

safe_imageCliquer sur l’image, et hop, des Hulot partout !

© Fray Mol­lo


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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