On n'est pas des moutons

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Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le "porno-islamisme" et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d'une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«  Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L'Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l'on voit que la "guerre" ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?


Corruption et politique. L’exemplarité ordinaire de la Norvège

On peut tou­jours y aller de prê­chi-prê­cha, de pom­peu­ses décla­ra­tions de len­de­mains de cui­tes, rien ne vau­dra l’exemple en action. Ain­si ce repor­ta­ge de 2007 tour­né en Nor­vè­ge pour Com­plé­ments d’enquête, Fran­ce 2. On est loin de la lita­nie du « Moi, pré­si­dent » ou du « Pré­si­dent nor­mal ». Le train de vie de l’Élysée aurait nota­ble­ment dimi­nué sous ce quin­quen­nat – on dira que, vu le pré­cé­dent, ça n’a pas dû être bien dif­fi­ci­le. Soit. Mais il en faut plus sur le regis­tre de l’exemplarité, et pas seule­ment chas­ser du tem­ple poli­ti­que ses Cahu­zac et autres Thé­ve­noud. Plus, afin de n’avoir pas à oppo­ser de la mora­le à qua­tre sous aux autres exac­tions ordi­nai­res écla­bous­sant la « clas­se » poli­ti­cien­ne et déses­pé­rant Billan­court – enfin, ce qu’il en res­te. On n’en fini­rait pas sur ce cha­pi­tre, d’énumérer ce qu’on nom­me pudi­que­ment « les affai­res »pour ne pas dire « scan­da­les ». Égre­nons le cha­pe­let des récen­tes années :

Hip­po­dro­me de Com­piè­gne ; finan­ce­ment occul­te du Par­ti répu­bli­cain ; tram­way de Bor­deaux ; Gué­ri­ni, Syl­vie Andrieu (Mar­seille) ; Kara­chi ; Tak­kied­di­ne ; Total ; Woer­th-Bet­ten­court ; Sar­ko­zy-Kadha­fi ; Byg­ma­lion ; Tapie-Lagar­de ; son­da­ges de l’Élysée (pré­si­den­ce Sar­ko­zy)…

J’allais oublier, cham­pions tou­tes caté­go­ries, les exploits finan­ciers des époux Bal­ka­ny à Leval­lois-Per­ret ! Et aujourd’hui, atten­tion, éplu­cha­ge des patri­moi­nes des Le Pen, père et fille…

Et il n’est ques­tion ici que d’affaires poli­ti­cien­nes, en Fran­ce, hors milieux spor­tifs…

D’après l’Institut de la Ban­que mon­dia­le, le coût de la cor­rup­tion inter­na­tio­na­le s’élève à plus de mil­le mil­liards de dol­lars. De quoi éra­di­quer la misè­re, ou l’attaquer sérieu­se­ment.


Poli­ti­que. Si on com­men­çait par là ? par gerard-pon­thieu-9


Élections. Xavier Bertrand, salaud sartrien (article de 2010, pour l’Histoire…)

Xavier Ber­trand, futur pré­si­dent de la région Nord-Pas-de-Calais-Picar­die, ce poli­ti­cien de bas éta­ge – je main­tiens –, se refait donc une sor­te de vir­gi­ni­té sur l’air du “front répu­bli­cain”. Le poli­ti­cien, on le recon­naît à ça, lui aus­si, tout com­me l’autre : il ose tout. Et, com­me tel, il par­vient à fai­re accroi­re au bon peu­ple si abu­sa­ble qu’il vient de ter­ras­ser le Dra­gon. Lui qui l’a engrais­sé, tout com­me tant de ses congé­nè­res de la bas­se poli­ti­que. Voi­ci donc, pour mémoi­re et pour l’Histoire (avec sa gran­de hache…), ce moment télé­vi­sé de février 2010, il y a cinq ans. Pour illus­trer une bel­le salo­pe­rie.


 

J’écris « salaud sar­trien » par pré­cau­tion judi­ciai­re, vu que c’est une caté­go­rie estam­pillée phi­lo. Bon. Mais nor­ma­le­ment, si j’écrivais à un pote, je m’en pas­se­rais et par­le­rais plu­tôt de la digni­té selon Camus. Car ce type est igno­ble (contrai­re de noble, ça oui !), abject (qu’on a envie de jeter), mépri­sa­ble, etc. Si vous vou­lez le voir en action, y a qu’à cli­quer sur l’image et vous allez assis­ter à la repré­sen­ta­tion la plus vile de ce qu’un poli­ti­cien peut don­ner à voir. Ce lamen­ta­ble spec­ta­cle mon­tre un Xavier Ber­trand et non­obs­tant secré­tai­re géné­ral de l’UMP pra­ti­quer une dan­se du scalp, voi­re une mise à mort, autour d’un jour­na­lis­te du Cour­rier picard. Un tel mépris de la per­son­ne, affi­ché avec tant de mor­gue, ça fait plus que froid dans le dos.

Cela se pas­se le 19 jan­vier, sur le pla­teau de l’émission « Ter­rain poli­ti­que » de la chaî­ne Public Sénat. Xavier Ber­trand, par ailleurs adjoint au mai­re de Saint-Quen­tin (Ais­ne), est ques­tion­né par Nico­las Totet, res­pon­sa­ble de l’édition loca­le du Cour­rier picard à Saint-Quen­tin. Le jour­na­lis­te n’est pas à l’aise, ce n’est pas son truc la télé. L’autre le toi­se de son œil noir com­me un ban­dit au coin du bois. Pas besoin d’en dire plus puis­que le docu­ment fait foi. Ce mor­ceau déso­lant va s’ajouter à la vas­te antho­lo­gie cou­vrant la caté­go­rie vul­ga­ri­té et bas­ses­se poli­ti­cien­nes.

Extrait des réac­tions des lec­teurs du monde.fr :

Sou­tien le plus total au jour­na­lis­te du Cour­rier Picard. Tout le mon­de ne peut pas être à l’aise à la télé­vi­sion, et pro­fi­ter des fai­bles­ses de son contra­dic­teur pour l’humilier, c’est vrai­ment pitoya­ble. Ne vous en fai­tes pas Mon­sieur Totet, ce n’est pas vous qui sor­tez rabais­sé de cet­te vidéo, mais bien le balourd d’en face.

Vrai qu’il fal­lait lui ren­trer dans le lard à l’ex assu­reur trop assu­ré, mais là nib ! Un jour­na­lis­te en for­me de feuille mor­te trem­blan­te à la moin­dre chi­que­nau­de de l’engraissé Ber­trand. Le Cour­rier Picard... ça doit venir du cli­mat, le froid ça fait per­dre ses moyens.

Je vous trou­ve dur avec le pau­vre Xavier. Sou­ve­nez-vous, il était sym­pa dans le lip­dub de l’ump... Pen­sez à son déhan­che­ment, sa peti­te main au bout de son bras des­si­nant des vagues. Avouez, de sui­te, on res­sent bien la bêti­se pro­fon­de, gras­se, du per­son­na­ge...

Le com­por­te­ment de Xavier Ber­trand est celui d’un 4x4 face à une 2 che­vaux : gros, puis­sant et vul­gai­re. Pro­pre­ment scan­da­leux, non pas fel­li­nien, mais ber­lus­co­nien!


Paru icihttp://c-pour-dire.com/xavier-bertrand-salaud-sartrien/  Et sous l’article voir aus­si le per­ti­nent com­men­tai­re de l’époque.


Élections. “On nous refait le coup de la ligne Maginot”, par Philippe Torreton

Valls était beau l’autre soir à la télé, dra­pé de soie­ries yvet­te-hor­né­rien­ne un soir de 14 juillet, il appe­lait à voter pour la droi­te en citant nom­mé­ment les can­di­dats. Ça y est, il peut la dire fiè­re­ment cet­te phra­se, sans s’emmerder à trou­ver des astu­ces et des com­bi­nes pour s’affirmer de gau­che. Et c’est ain­si qu’au len­de­main d’un vote par­ti­cu­liè­re­ment extrê­me, le front répu­bli­cain nous refait son numé­ro de duet­tis­tes com­me les der­niers cache­tons de Stan Lau­rel et Oli­ver Har­dy qui ne se par­laient plus mais ten­taient enco­re de fai­re rire à l’ancienne dans un mon­de pas­sé au sono­re et à la cou­leur. On nous deman­de de voter à droi­te pour bar­rer la rou­te au Front natio­nal. Cela fait plus de tren­te ans que l’on nous remet les mêmes cou­verts pour man­ger la même sou­pe à la gri­ma­ce, ce n’est pas bon mais ça fait du bien. Mais ça fait du bien à qui ? Ça ras­su­re qui ce vote répu­bli­cain ? Ça per­met quoi ? L’eau mon­te à cha­que marée d’équinoxe élec­to­ra­le mais le front de mer répu­bli­cain résis­te, on rebâ­ti en hâte la digue en rajou­tant un rang de par­paings et on se dit qu’on a fait le bou­lot.

Sauf que là, on nous deman­de de voter entre autres pour un Ber­trand ou un Estro­si, c’est-à-dire ce que la droi­te fait de pire, les Las Vegas de la droi­te, des prêts-à-tout… Au nom d’un soi-disant front répu­bli­cain, on nous deman­de d’aller voter pour des oli­brius qui ont mené une cam­pa­gne pra­ti­que­ment indif­fé­ren­cia­ble de cel­le du FN pour contrer jus­te­ment les can­di­dats FN. C’est absur­de, c’est tris­te­ment absur­de. On peut man­ger de la mer­de sous la mena­ce d’une arme, mais je crois qu’il y a des limi­tes à l’humiliation. On vou­drait ren­for­cer le vote FN que l’on ne s’y pren­drait pas autre­ment. Il faut per­met­tre au peu­ple de gau­che de voter et, pour qu’il puis­se voter, il lui faut des can­di­dats. Ce n’est pas en s’asseyant à plu­sieurs sur le cou­ver­cle de la Cocot­te-Minu­te en sur­chauf­fe que l’on fera retom­ber la pres­sion, pour moi le front répu­bli­cain c’est cela et pas autre cho­se. Plus de tren­te ans que l’on nous res­sert avec les airs finauds et gra­ves qui vont avec le coup du « vote de colè­re » et du « vote mes­sa­ge » qu’il faut savoir écou­ter, évi­dem­ment, et que l’on a bien sûr com­pris. Tren­te ans que tout ce beau mon­de y va des mêmes phra­ses creu­ses, tren­te ans que les citoyens qui votent FN n’ont pas com­pris que vous les aviez com­pris, mais tren­te ans de colè­re, ce n’est plus de la colè­re, c’est un pro­gram­me, Mes­sieurs du front répu­bli­cain, c’est une adhé­sion en par­fai­te connais­san­ce de cau­se, on vote FN sans se cacher, sans pren­dre un air bou­gon, on vote FN tran­quille­ment avec les enfants jus­te avant d’aller voir Mamie qui nous a pré­pa­ré une blan­quet­te de veau. Il est curieux de deman­der le retrait de ses can­di­dats arri­vés troi­siè­me mais de ne pas exi­ger la réci­pro­que pour le camp d’en face. C’est moi qui vois le mal par­tout où se cache­rait-il par là un petit cal­cul poli­ti­que, com­me un espoir de réci­pro­que si jamais on se retrou­ve seul face au FN au deuxiè­me tour de l’élection pré­si­den­tiel­le de 2017, plus on s’affichera grand sei­gneur aujourd’hui moins il sera pos­si­ble à l’autre camp de ne pas appe­ler à voter « répu­bli­cain » à son tour ? L’heure est gra­ve et on nous refait le coup de la ligne Magi­not répu­bli­cai­ne…

Il faut entrer en résis­tan­ce et résis­ter, c’est d’abord étu­dier pré­ci­sé­ment ce que l’on va com­bat­tre et pour com­men­cer ce com­bat il faut admet­tre un résul­tat, être capa­ble de le consta­ter, la Fran­ce est majo­ri­tai­re­ment de droi­te et dans cet­te droi­te le FN est le par­ti pha­re. Ce n’est pas en s’abstenant ni en démis­sion­nant des conseils régio­naux que l’on va résis­ter, c’est en y étant pré­sent, en écou­tant les débats, en par­ti­ci­pant aux votes, en dénon­çant l’inadmissible qui ne tar­de­ra pas à poin­ter son nez, même si je pen­se qu’ils vont tout fai­re durant cet­te pau­vre année qui nous sépa­re de la ker­mes­se pré­si­den­tiel­le de 2017 pour ne pas cho­quer le citoyen qui ne vote pas FN.

Ce front répu­bli­cain est un aban­don, c’est de la poli­ti­que de tapis vert. Pour contrer le FN, il eût été pré­fé­ra­ble de ne pas hur­ler en sueur : « J’aime l’entreprise ! » Ou de décla­rer sans sour­ciller que les Roms n’ont pas voca­tion à s’intégrer, mais au contrai­re don­ner le droit de vote aux étran­gers extracom­mu­nau­tai­res aux élec­tions loca­les, au lieu d’abandonner cet­te pro­mes­se au len­de­main d’une défai­te élec­to­ra­le affi­chant une fois de plus un sco­re impor­tant du FN, com­me un acte d’allégeance ; c’était ne pas appe­ler les pays de l’Union euro­péen­ne à res­trein­dre l’accueil des réfu­giés quel­ques jours après le 13 novem­bre, accré­di­tant du même coup les thè­ses du FN qui voit en cha­que réfu­gié un pos­si­ble ter­ro­ris­te ; c’était ne pas mar­te­ler qu’il n’y a qu’une poli­ti­que pos­si­ble ; c’était ne pas cou­per les bud­gets de la Cultu­re à pei­ne arri­vé au pou­voir mais au contrai­re sou­te­nir les fes­ti­vals au lieu de consta­ter leurs fer­me­tu­res avec un air de cir­cons­tan­ce ; c’était ne pas aban­don­ner les inter­mit­tents à la vin­dic­te mépri­san­te du Medef mais au contrai­re les défen­dre immé­dia­te­ment, tota­le­ment. C’était de pro­fi­ter d’un voya­ge au Luxem­bourg pour taper du poing sur la table en condam­nant cet­te poli­ti­que de dum­ping fis­cal que pra­ti­que le grand-duché. Ne pas sup­po­ser le chô­meur frau­deur et l’assuré social tri­cheur sur­tout lors­que des cen­tai­nes de mil­liards nous échap­pent cha­que année par l’exil et l’optimisation fis­ca­le de nos si chers plus riches et de nos si aimées entre­pri­ses. C’était de ne pas appe­ler de ses vœux une jeu­nes­se se rêvant mil­liar­dai­re, c’était oser les Scop lors­que le grand capi­tal détruit nos indus­tries ; c’était ne pas se décou­vrir à moins d’un an de la COP21 une âme d’écologiste.

Lut­ter contre le FN, c’eût été avoir de la constan­ce et des convic­tions, avoir enco­re un idéal autre­ment plus moti­vant que l’équilibre des comp­tes public et nous y emme­ner, oser le bon­heur pour tous, c’était lais­ser le corps ensei­gnant un peu tran­quille pour une fois, l’écouter et lui don­ner de quoi ensei­gner, les profs connais­sent leur métier, c’est leur pas­sion et ils en ont mar­re qu’on leur dise ce qu’il faut fai­re à coup de réfor­mes obs­cu­res et indé­chif­fra­bles dont le seul but est de trans­for­mer l’école en un tube par lequel on entre « espé­rant » pour en res­sor­tir à l’autre bout « consom­ma­teur ». 

Lut­ter contre le FN, c’était être capa­ble d’abandonner la rigueur bud­gé­tai­re euro­péen­ne pour une autre cau­se que notre sécu­ri­té immé­dia­te, par exem­ple pour venir en aide à nos 5 mil­lions de pau­vres, pour construi­re ces loge­ments qui man­quent à plus d’un mil­lion et demi de per­son­nes, c’était fai­re en sor­te que les Fran­çais ne dépen­sent pas plus de la moi­tié de leur paye pour se loger ; bref lut­ter contre le FN, c’était res­ter de gau­che, vrai­ment, réel­le­ment, de gau­che à en mou­rir, de gau­che à en tenir bon sous la mitraille, c’est reve­nir au plus vite et le plus farou­che­ment pos­si­ble aux valeurs de la gau­che pro­lé­ta­rien­ne, redon­ner du sens au tra­vail, à la cultu­re du tra­vail, son hon­neur et sa gran­deur, au lieu de le détrui­re en fai­sant du tra­vail une tâche à accom­plir, tous les trois jours un hom­me ou une fem­me se sui­ci­de à cau­se de son tra­vail qu’il ou elle ne recon­naît plus, le peu­ple de gau­che avec ses valeurs et son hon­neur se fait humi­lier depuis des années sur l’autel de la crois­san­ce, des fonds de pen­sion, du libre-échan­ge, ce peu­ple d’un autre âge qui ne com­pren­drait pas l’évolution du mon­de et à qui on deman­de diman­che de voter com­me un seul hom­me pour des can­di­dats de droi­te en invo­quant Jau­rès.

Phi­lip­pe Tor­re­ton, comé­dien et auteur.
VENDREDI, 11 DÉCEMBRE, 2015 - L’HUMANITÉ

Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tom­ber, hier, sur l’article que j’ai consa­cré au jour­na­lis­te polo­nais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bou­quins fameux, Impe­rium – sur l’empire sovié­ti­que finis­sant, une sui­te de repor­ta­ges à sa façon –, j’y rele­vais ça :

« Trois fléaux mena­cent le mon­de. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racis­me. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pes­tes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus tota­le, agres­sive et tou­te-puis­san­te irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le der­nier numé­ro du men­suel L’Histoire (thè­me : New­ton, les Lumiè­res et la révo­lu­tion scien­ti­fi­que : excel­lent autant qu’actuel), un lec­teur revient sur le pré­cé­dent numé­ro (novem­bre) consa­cré aux com­mu­nis­tes et titré « Pour­quoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des répon­ses peu­vent être avan­cées. Mais ce lec­teur conti­nue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nom­bre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­pren­dre pour­quoi ils sont res­té com­mu­nis­tes ». Et d’égrener le cha­pe­let des hor­reurs sta­li­nien­nes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Confè­re le troi­siè­me fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­ta­lis­me reli­gieux.

Même si les cau­ses et les effets dif­fé­rent dans les nuan­ces, nazis­me, sta­li­nis­me et dji­ha­dis­me relè­vent du tronc com­mun de « la plus tota­le, agres­sive et tou­te-puis­san­te irra­tio­na­lité. » Les consé­quen­ces aus­si conver­gent dans la vio­len­ce la plus mor­ti­fè­re condui­sant les peu­ples cré­du­les aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­ti­ques para-reli­gieux. Ain­si les fon­da­men­ta­lis­tes du libé­ra­lis­me ultra, les ado­ra­teurs du Mar­ché et de sa Main invi­si­ble, cel­le qui agit « en dou­ce », par délé­ga­tion, sans se mon­trer au grand jour, et n’en conduit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­ti­ces, guer­res, misè­re.

Ain­si les néga­tion­nis­tes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illus­tres pré­dé­ces­seurs face aux géno­ci­des nazis, choi­sis­sent la catas­tro­phe plu­tôt que de renon­cer à leurs cultes consom­ma­toi­res. Cultes innom­bra­bles aux­quels d’ajoutent la plus cras­se imbé­cil­li­té tel­le que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (Fran­ce 2) exhi­bant de fameux spé­ci­mens du gen­re : ceux qui, aux Etats-Unis, tra­fi­quent leurs die­sel mons­trueux pour qu’il éruc­tent les plus épais­ses fumées noi­res… (J’avais publié une vidéo sur ces éner­gu­mè­nes, mais elle a été désac­ti­vée, je ne sais pour­quoi… Des dizai­nes de vidéos para­dent sur la toi­le – taper « coal rol­ling » et déses­pé­rer du gen­re humain…)

Après eux le délu­ge. Sur le même mode, en som­me, par lequel un tiers des élec­teurs du « pays des Droits de l’Homme » – et pata­ti et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cis­me pré­sen­ta­ble, jus­te « pour essayer », puis­que les autres leur parais­sent usés – ce qui n’est pas faux, cer­tes !

Mais enfin, quel­le défai­te annon­cée ! Défai­te de la pen­sée, des convic­tions, des valeurs. De sou­bre­sauts en cahots, en culbu­tes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégayer, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sis­sent.

tas-urgences

Où allons-nous ? « Ça débor­de » de par­tout ; de gau­che et de droi­te„ extrê­me­ment. [Ph. d.r.]


Les mots de l’actualité sont-ils piégés ? Réponse de Hubert Védrine

Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. Albert Camus

"Les mots de l'actualité sont-ils piégés ?", thème de la chronique du 27 février de Hubert Védrine, sur France Culture. Certes, la réponse est dans la question; mais l'ancien ministre des Affaires étrangères de Mitterrand y ajoute éléments et réflexions pertinentes qui valent leur sept minutes d'écoute. Où l'on comprend, à chacune de ses interventions hebdomadaires, pourquoi cet homme n'a pas persévéré en politique : trop subtil, trop peu langue de bois. Comme il dit: "Ça fait du bien qu'on crève les abcès sémantiques !"

Cliquer sur la flèche pour écouter.

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« Maréchal, me voilà ! » Quand le FN redevient ce qu’il est

Ca a chauf­fé lors de la remi­se, mar­di 27 à Paris,  par le Trom­bi­no­sco­pe du prix d” « élu local de l’année » au mai­re FN d’Hénin-Beaumont Stee­ve Briois. Cet­te bana­le céré­mo­nie de l’entre-soi poli­ti­cien a tour­né au vinai­gre, ver­sion fron­tis­te.

Alors que les prix sont remis en mains pro­pres, vient le moment pour Gil­les Leclerc, pré­si­dent de la chaî­ne Public Sénat et qui n’a rien d’un gau­chis­te, de remet­tre le sien à Stee­ve Briois. Et son dis­cours n’est... com­ment dire ?... pas vrai­ment enjoué :

« Je vais être tout a fait hon­nê­te, j’étais pas for­cé­ment spé­cia­le­ment volon­tai­re pour cet exer­ci­ce un peu spé­cial. [...] Il ne s’agit pas à pro­pre­ment par­ler d’une véri­ta­ble récom­pen­se. [...] Aujourd’hui mai­re, donc, dépu­té euro­péen – tiens j’oubliais d’ailleurs qu’au Front natio­nal on n’était pas for­cé­ment contre le cumul. [...] C’est vrai que vous avez sans dou­te en mémoi­re les bilans pas très fameux, vous en convien­drez, de vos col­lè­gues élus en 1995. »

Sui­te à quoi il des­cend de la scè­ne et lais­se une hôtes­se remet­tre son prix à Stee­ve Briois. Qui décla­re à la tri­bu­ne :

« Je vou­lais vous remer­cier pour ce prix. Même s’il m’a été attri­bué visi­ble­ment à contre-cœur, il me va droit au cœur. »

Les res­pon­sa­bles fron­tis­tes pré­sents pren­nent alors à par­ti Gil­les Leclerc, sous l’œil des camé­ras du Petit Jour­nal. « Le dis­cours que vous avez fait est un dis­cours de pro­tec­tion, il fal­lait met­tre un pré­ser­va­tif pour venir  », lui lan­ce fine­ment le dépu­té Gil­bert Col­lard, qui ajou­te : « Quand on le reli­ra dans dix ans, votre dis­cours... Je vous plains. » « Mon­sieur Leclerc, vous avez été en-des­sous de tout, le tan­ce à son tour le séna­teur Sté­pha­ne Ravier. Ne vous for­cez pas à vous ridi­cu­li­ser à ce point ! [...] Vous vous êtes apla­ti, vous avez ram­pé...  » Et puis c’est au tour de Marion Maré­chal - Le Pen. Tout sou­ri­re, la dépu­tée et niè­ce de Mari­ne Le Pen mena­ce assez clai­re­ment le jour­na­lis­te :

« Fran­che­ment, c’est mina­ble. Je suis regon­flée à bloc ! Mais on va vous avoir... Mais quand ça va arri­ver, ça va vrai­ment vous fai­re mal ! Vrai­ment, mer­ci. Par­ce qu’on a des petits coups de mou et quand on a ça, on est moti­vés ! Vrai­ment. Vrai­ment. »

FN-Marion-Marechal-Le-Pen-menace-le-journaliste-Gilles-Leclerc-On-va-vous-avoir.-Mais-quand-ca-va-arriver-ca-va-vraiment-vous-fair

[Sour­ces : Etien­ne Bal­dit, le lab.europe1.fr et Dany Bruet]


Qui a éteint les Lumières ?

par André Gun­thert (*)

Après avoir affron­té d’innombrables trau­ma­tis­mes, guer­res, épi­dé­mies, catas­tro­phes, la socié­té occi­den­ta­le paraît aujourd’hui plus paci­fiée qu’elle ne l’a jamais été. D’où vient alors ce sen­ti­ment lar­ge­ment par­ta­gé de l’échec, du déclin ou de l’effondrement (pour repren­dre le titre emblé­ma­ti­que de Jared Dia­mond, Col­lap­se, 2005) de ce modè­le?

Il serait évi­dem­ment absur­de de pen­ser que nous vivons un moment pire que celui du nazis­me ou du sta­li­nis­me. Même sur un plan ima­gi­nai­re, la mena­ce du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que ou de l’épuisement des res­sour­ces natu­rel­les paraît com­pa­ra­ble à d’autres gran­des peurs, com­me le mil­lé­na­ris­me ou l’apocalypse nucléai­re.

Il paraît donc uti­le de mieux cer­ner les sour­ces de nos inquié­tu­des. Je sou­li­gnais en 2010 un pro­blè­me de pro­jec­tion vers le futur. Alors que la socié­té occi­den­ta­le entre­tient depuis plu­sieurs siè­cles la mytho­lo­gie du pro­grès, l’incapacité de des­si­ner désor­mais un ave­nir dési­ra­ble au-delà du busi­ness as usual paraît une inquié­tan­te consé­quen­ce de la “fin de l’histoire” (Fran­cis Fukuya­ma, 1992).

Déclin- F Ponthieu-Lumieres-dok-images

« Le brouillard idéo­lo­gi­que pro­pre à dif­fé­rer les chan­ge­ments pro­fonds » Déclin, © F. Pon­thieu, 2013
Cli­quer pour agran­dir

Mais ce diag­nos­tic est très incom­plet. Plu­sieurs autres pri­ses de conscien­ce majeu­res ont jalon­né la pério­de récen­te, qui sem­blent remet­tre en cau­se rien moins que le para­dig­me issu des Lumiè­res, auquel on attri­bue la créa­tion d’un sys­tè­me arti­cu­lant démo­cra­tie repré­sen­ta­ti­ve et capi­ta­lis­me libé­ral autour de la rai­son et du débat public (Karl Pola­nyi, La Gran­de Trans­for­ma­tion, 1944; Jür­gen Haber­mas, L’Espace public, 1962).

Issue notam­ment des tra­vaux de Tho­mas Piket­ty ou de la cri­se finan­ciè­re de 2008, l’idée s’impose peu à peu que la for­me néo­li­bé­ra­le du capi­ta­lis­me a engen­dré une éco­no­mie défi­ni­ti­ve­ment toxi­que et patho­gè­ne, qui détruit len­te­ment la socié­té, et ne pro­fi­te qu’à une mino­ri­té de pri­vi­lé­giés.

Il y a aujourd’hui com­me une tra­gi­que iro­nie à voir les poli­ti­ques cou­rir après le res­sort cas­sé de la crois­san­ce, alors que nous som­mes nom­breux à avoir désor­mais la convic­tion que cel­le-ci n’est com­pa­ti­ble ni avec une exploi­ta­tion dura­ble des res­sour­ces, ni avec l’épanouissement des capa­ci­tés humai­nes. La mani­fes­ta­tion la plus crian­te de ce para­doxe est la des­truc­tion inin­ter­rom­pue du tra­vail, alors que celui-ci consti­tue la prin­ci­pa­le sour­ce de reve­nus mais aus­si de légi­ti­mi­té socia­le pour une majo­ri­té de Ter­riens.

Le deuxiè­me constat qui s’affermit est celui de l’impuissance du poli­ti­que. Une impuis­san­ce lar­ge­ment consen­tie, voi­re orga­ni­sée, depuis que le dog­me néo­li­bé­ral du trop d’Etat s’est impo­sé sans par­ta­ge. La dicho­to­mie entre les struc­tu­res du mar­ché, tou­jours plus mon­dia­li­sé, et cel­les des ins­ti­tu­tions poli­ti­ques, qui res­tent régio­na­les, accen­tue le dés­équi­li­bre des pou­voirs au pro­fit des for­ces éco­no­mi­ques, ain­si qu’en témoi­gne le détour­ne­ment fis­cal, qui en est la consé­quen­ce la plus appa­ren­te. Le sys­tè­me de sélec­tion des par­tis, qui favo­ri­se la nota­bi­li­sa­tion et la pro­fes­sion­na­li­sa­tion du per­son­nel poli­ti­que, achè­ve de déman­te­ler la démo­cra­tie repré­sen­ta­ti­ve, qui ne pro­duit plus de res­pon­sa­bles capa­bles de maî­tri­ser les enjeux, enco­re moins de pro­po­ser des solu­tions.

Cet­te absen­ce de pers­pec­ti­ves est une autre carac­té­ris­ti­que de la pério­de. Aucun scé­na­rio cohé­rent n’est dis­po­ni­ble pour fai­re face aux défis du réchauf­fe­ment et de l’épuisement des res­sour­ces natu­rel­les, de la réfor­me de l’économie et des ins­ti­tu­tions poli­ti­ques. Mis à part le pro­jet de reve­nu uni­ver­sel, qui paraît plu­tôt une rus­ti­ne col­lée sur l’échec du capi­ta­lis­me, je ne connais pas d’alternative cré­di­ble au modè­le pro­duc­ti­vis­te. Les pro­jets de VIe Répu­bli­que ou de modi­fi­ca­tion des moda­li­tés de sélec­tion des repré­sen­tants sem­blent de sim­ples gad­gets face à la néces­si­té de res­tau­rer un sys­tè­me indé­pen­dant des lob­bies, sus­cep­ti­ble de garan­tir la défen­se des inté­rêts col­lec­tifs – ce dont l’échec répé­té des négo­cia­tions à pro­pos du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que prou­ve que nous ne som­mes plus capa­bles. La failli­te de la gau­che n’a pas d’autre cau­se que son inca­pa­ci­té à pro­po­ser des solu­tions à ces maux.

Der­nier point d’une lis­te déjà lon­gue, la dis­so­lu­tion des inté­rêts com­muns entraî­ne la frag­men­ta­tion et le retrait dans des logi­ques com­mu­nau­tai­res, à par­tir des­quel­les il sem­ble de plus en plus dif­fi­ci­le de recons­trui­re l’espace public per­du depuis la fin de la sphè­re bour­geoi­se (Haber­mas). Les dif­fi­cul­tés maté­riel­les ren­voient d’autant plus faci­le­ment cha­cun à ses par­ti­cu­la­ris­mes qu’aucun pro­jet col­lec­tif n’est là pour recréer du lien.

Pour autant que les Lumiè­res aient effec­ti­ve­ment été consti­tuées par un sys­tè­me au moins en par­tie vou­lu, plus rien ne sub­sis­te de cet héri­ta­ge, que des rui­nes et une pen­sée zom­bie. En atten­dant l’aggior­na­men­to, nous n’écoutons plus que d’une oreille dis­trai­te les vati­ci­na­tions des poli­ti­ques et de leurs vas­saux média­ti­ques.

Au final, même si ces crain­tes sont pros­pec­ti­ves, elles des­si­nent bel et bien un hori­zon catas­tro­phi­que. Som­mes-nous donc voués à l’obscurité? Après avoir éteint la lumiè­re, il nous faut reve­nir aux sta­des pré­pa­ra­toi­res des gran­des révo­lu­tions de la moder­ni­té. Si l’on consi­dè­re que les bou­le­ver­se­ments poli­ti­ques, éco­no­mi­ques et sociaux du XIXe siè­cle ont été pré­pa­rés par un long tra­vail de réflexion col­lec­ti­ve, l’urgence est cel­le de l’élaboration de pro­po­si­tions théo­ri­ques de fond, et de leur débat.

(*) André Gun­thertcher­cheur en his­toi­re cultu­rel­le et étu­des visuel­les (EHESS)

(Arti­cle paru dans L’image socia­le - 27/12/14 )

Note. J’ai trou­vé ce tex­te des plus inté­res­sants, pour ain­si dire lumi­neux, à l’image de son titre et au mou­ve­ment des Lumiè­res auquel il se réfè­re, bien sûr.  Il ne consti­tue nul­le­ment une éniè­me haran­gue poli­ti­cien­ne, ni une impré­ca­tion appe­lant au chan­ge­ment magi­que, sinon mira­cu­leux. Il y a même lieu de quit­ter ces sen­tiers rebat­tus, qui contri­buent à entre­te­nir l’illusion géné­ra­le, le brouillard idéo­lo­gi­que pro­pre à dif­fé­rer les chan­ge­ments pro­fonds – en fait, les évo­lu­tions au sens dar­wi­nien, com­me fruits de hasards et de néces­si­tés, ce qui jus­ti­fie tout autant le « long tra­vail de réflexion col­lec­ti­ve » néces­sai­re aux bou­le­ver­se­ments de l’organisation socia­le des humains. Ce tex­te offre aus­si de nom­breux liens ren­voyant à d’autres impor­tan­tes contri­bu­tions. J’y ajou­te deux des mien­nes, modes­te­ment : Inven­tai­re avant démo­li­tion ? Le grand dérè­gle­ment de la mai­son Ter­re ; Sur l’idéologie du « Pro­grès » com­me fac­teur de régres­sion Et mes vifs remer­cie­ments à l’auteur pour l’autorisation de repro­dui­re son arti­cle. GP.


Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre

Pour sombrer dans le plus noir des pessimismes, voire dans la dépression, rien de tel que la soirée Thema d'hier soir [28/10/14 ] sur Arte. Au menu, si j'ose dire, la faim et la soif dans le monde avec, en dessert, les deux derniers volets sur les six consacrés au Capitalisme (avec une capitale…) De loin les plus intéressants, en particulier le tout dernier consacré à l'économiste hongrois Karl Polanyi qui, dès 1944, a pointé le danger représenté par une société totalement menée par l'économie, et non l'inverse. Comme si l'activité humaine, par on ne sait quelle folie, s'était précipitée dans le gouffre noir du profit mortifère. Au point que les déséquilibres mondiaux ne semblent avoir jamais atteint un tel niveau ahurissant, laissant dans le plus grand dénuement plus de la moitié de l'humanité qui, de plus, ne cesse de croître et accroissant en même temps les dérèglement écologiques, faisant surgir le spectre d'une disparition possible de l'espèce humaine.

on s'enfonce!.Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

"Moi, je crois que c'est le pouvoir, le goût du pouvoir…"

Il se trouve qu'hier également je faisais rentrer du gaz dans ma citerne (l'hiver, en dépit/à cause du réchauffement, va finir par se pointer…). M. Total est arrivé avec son gros camion et son livreur.

– Alors, que je lui fais, vous êtes en deuil…

– Ben, c'est que nous, on est des sous-traitants, en location… C'est comme ça pour tout, peut-être même pour les raffineries, c'est en location, ça appartient à on ne sait qui…

Puis, on évoque la mort du PDG de Total, de Margerie, les circonstances.

– Il faut toujours aller vite, plus vite; il fallait qu'il rentre tout de suite, sans attendre…

On parle de son salaire…

– C'est pas tant une histoire de sous, je crois; c'est les honneurs – il était plus important qu'un ministre, vous avez vu, reçu par Poutine; peut-être qu'ils se tutoyaient… Moi, je crois que c'est le pouvoir, le goût du pouvoir…

Belle leçon d'analyse politique, venue de "la base" comme on dit parfois avec condescendance. Analyse plus subtile et plus humaine que celle d'un Gérard Filoche qualifiant de Margerie de "suceur de sang" (un ex partisan de Trotsky, le suceur de sang des marins de Kronstadt, peut avoir la mémoire très sélective). Elle aurait pu figurer avantageusement dans la série d'Arte qui, soit-dit en passant, nous a bien baladés avec ses six épisodes souvent brumeux et embrumés, à savoir qui de Smith, Ricardo ou Keynes avait été le plus visionnaire. Au point qu'à l'issue de ces innombrables enfilages d'avis d'experts et autres économistes patentés on n'y entravait plus couic ! Car, enfin, à question fortes réponses de même : à quoi sert l'économie ? Quelle est sa finalité ? De même pour le capitalisme. Il fallut attendre les paroles simples et fortes de la fille de Polanyi pour aller à l'essentiel,, qui ramenait au début de la soirée Thema  sur la faim et la soir : si l'activité humaine ne sert pas les humains dans la justice et en vue de leur épanouissement, n'y aurait-il pas "comme un défaut" – tout particulièrement dans la course productiviste et l'avidité sans limite des possédants. L'une et l'autre apparaissant comme liés par un délire névrotique développé avec la naissance du capitalisme historique au XiXe siècle jusqu'à sa dérive actuelle, le néo-libéralisme financier. De même que le chauffeur-livreur de Total n' "appartient" pas à Total – mais sait-il qui est son vrai propriétaire ?… –, qui peut aujourd’hui démêler l'écheveau mondialisé des milliards de milliards qui changent de portefeuilles à la vitesse de la lumière ? Et que peuvent les "politiques", ballottés comme marionnettes dans ce sinistre ballet réglé à leurs façons par des algorithmes "magiques" autant qu'anonymes ?

Évolution ? Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

Évolution ? Quelle évolution ?

Si nous reconnaissons aujourd’hui cette patente réalité d'un dérèglement mondial relevant d'un délire névrotique – c'est-à-dire d'une pathologie – on ne peut plus raisonner, en raison raisonnante, d'après les critères du XIXe siècle, et en particulier le dogme marxiste. Comment ne pas remettre en question ce postulat selon lequel  l'infrastructure (la production) détermine la superstructure (les idées) ? Ne serait-ce pas plutôt l'inverse, dans la mesure précisément ou "les idées", si on peut dire, seraient déterminées par la religion du profit et sa fascisante irrationalité, avec ses cohortes subséquentes : productivisme, croissance, surconsommation, pillage des ressources,  déséquilibres nord-sud, guerres, dérèglement climatique, et cætera ?

À cet égard, ne pourrait-on espérer qu'un économiste – un économiste nouveau –, développant la pensée de Polanyi, reconsidère la bonne gestion de notre maison commune, la Terre, et de sa gouvernance à partir de données intrinsèquement humanistes, au bénéfice des humains et du vivant ? Pensons, par exemple et en particulier, à la manière dont un Wilhelm Reich (mort en 1957), bousculant pour le moins les idéologies du marxisme et du freudisme, a pu émettre une analyse des folies mortifères du nazisme impliquant les complexes et contradictoires dimensions des comportements humains (Psychologie de masse du fascisme, Payot, 1999).

 

Ils empochent entre 400 et 1 110 années de Smic par an !

Illustration avec ce cri d'alarme lancé par l'Observatoire des inégalités dont les remarquables travaux ne cessent de dénoncer à partir d'études et de données qui, toutefois, ne remontent pas aux causes premières et profondes du dérèglement humain et de l'économie. Économie qui, en effet, partage la même étymologie que écologie : du grec oikos (maison, habitat) et logos (discours, science) ; ou encore, plus généralement : la science des conditions d'existence, ce qui recouvre le champ de l'économie, si on considère le sens du nomos, gérer, administrer.

 

Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants

28 octobre 2014 - Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 400 et 1 110 années de Smic par an. Et encore, sans tenir compte de tous leurs avantages.


Le revenu annuel d’un grand patron représente de 400 à 1 110 années de Smic, selon les données 2012 publiées par Proxinvest dans son 15e rapport La Rémunération des Dirigeants des sociétés du SBF 120 (novembre 2013). De 4,8 millions d’euros (équivalents à 358 années de Smic) pour Maurice Lévy (Publicis) à 14,9 millions d’euros (1 112 années de Smic) pour Bernard Charlès, patron de Dassault Systèmes.
Les revenus pris en compte dans cette étude totalisent les salaires fixes, variables et/ou exceptionnels, les stock-options [1] et les actions gratuites. Ils ne comprennent pas, par contre, certains autres avantages comme ceux en nature (voitures, logements de fonction par exemple), le complément de retraite sur-complémentaire alloué à certains dirigeants de grandes entreprises notamment. Ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le talent, l’investissement personnel, la compétence, le niveau élevé de responsabilités ou la compétition internationale peuvent justifier. Ils vont bien au-delà de ce qu’un individu peut dépenser au cours d’une vie pour sa satisfaction personnelle. Ils garantissent un niveau de vie hors du commun, transmissible de génération en génération, et permettent de se lancer dans des stratégies d’investissement personnel (entreprises, collections artistiques, fondations, etc.).
Il faut ajouter que ces dirigeants disposent aussi de mécanismes de protection considérables en cas de départ forcé de l’entreprise résultant d’une mésentente avec les actionnaires, d’erreurs stratégiques ou économiques, etc. Les PDG ne sont pas les seuls à être les mieux rémunérés. Des très hauts cadres de certaines professions ou des sportifs peuvent avoir un revenu annuel moyen astronomique : 35 années de Smic pour un sportif de haut niveau, 23 années pour un cadre du secteur de la finance, 18 années pour un dirigeant d’entreprise salarié.

patrons

 

Les très hauts salaires * par profession
Unité : euros
  Salaire brut annuel moyen En années de Smic **
Sportifs de haut niveau 444 955 35
Cadres des fonctions financières 244 878 19
- Dont métiers de la banque 289 913 23
Cadres d'état major 238 674 19
Dirigeants 225 340 18
Autres 210 446 17
Divers cadres 195 349 15
Fonction commerciale 181 257 14
Fonction technique 180 230 14
* Les 1 % de salariés à temps complet les mieux rémunérés. ** Smic net annuel 2010.
Source : Insee - 2007

Pour en savoir plus :
Les très hauts salaires du secteur privé - Insee première n°1288 - avril 2010.

Notes

[1Droits attribués aux salariés d’acquérir des actions de leur société sous certaines conditions, notamment avec un rabais, ce qui leur procure une plus-value quasi certaine lors de la revente.

Date de rédaction le 28 octobre 2014

© Observatoire des inégalités


« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 1/4 – Le pacifiste fondamental

jean-jauresL’Humanité… Quel beau titre pour un journal ! Pouvait-on en trouver de plus généreux, de plus largement ouvert sur le monde et ses peuples ? Ce monde qui se déroba sous son fondateur, ce 31 juillet 1914, il y a un siècle, et avec ce drame et sa suite, un siècle de chaos mêlé d’espérances autant que de terreurs. Un siècle qui inventa la « grande guerre » et ses dix millions de morts ; puis la seconde, presque aussi meurtrière, et sa « solution finale » ; et les bombes atomiques. Le siècle qui inventa la Shoah, Hiroshima, Nagasaki. Et qui ne s’est pas arrêté en aussi bon chemin : pourrait-on, sans en oublier, faire l’inventaire des dizaines, voire centaines de conflits meurtriers anciens, plus ou moins oubliés, en cours ou en gestation ?

assassinat-jean-jaurès-humanite

L'Humanité 1er août 1914

Jean Jaurès est mort, assassiné comme on sait, à la veille de ces désastres qu’il redoutait par dessus tout, lui le pacifiste fondamental, lui pour qui la guerre signifiait l’absolue abomination. L’Histoire, hélas, lui donnera raison.

« Pourquoi ont-ils tué Jaurès ? », chantera magnifiquement Brel. Le mode émotionnel convient bien à l’évocation de cet assassinat quasiment christique d’une icône politique, sorte de saint laïc, indéniable figure charismatique, emblème de la République. Mais derrière ce « ils » dénonciateur se tapit la longue litanie de toute l’Histoire de l’humanité (sans majuscule ici) qui n’a eu de cesse d’apprivoiser ses propres démons : violence, domination, exploitation, cupidité, ignorance, superstition, acharnement contre le vivant.

Ainsi ce « ils », pluriel de nos individualités étriquées, trop souvent assemblées en meutes guerrières, prêtes à étriper ses « frères humains » de part et d’autre d’une rive, d’une frontière, d’une classe, d’une religion. Jaurès, s’il eut une faiblesse, ce fut peut-être d'avoir postulé l’humanité des humains… Ce fut aussi sa grandeur, il est vrai, celle de ce pari philosophique sur la raison et le progrès. Sur ce point, l’Histoire n’aura fait que le démentir.

De même, concernant et l’Histoire et la philosophie, peut-on en contester sa vision téléologique qui leur donnerait un sens, une direction affirmée par on ne sait quelle force supérieure. Le « sens » de l’Histoire, le Destin de l’Humanité imprègnent en effet la pensée et l’action de Jaurès – et bien d’autres avec lui, certes, qui le rejoignent sur le plan des croyances et, plus généralement, de la spiritualité. Jaurès était plus un spiritualiste qu’un matérialiste – bien que les deux soient tout à fait compatibles. En quoi sans doute, tout en étant lecteur attentif de Marx, il ne fut pas marxiste. (On peut, par association d’idées, rappeler à ce propos les paroles de François Mitterrand : « Je crois aux forces de l’esprit ».)

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Café du Croissant, Paris. Raoul Villain vient de tirer deux balles sur Jean Jaurès

« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » Cette phrase m’imprègne depuis mon enfance, pour l’avoir entendue tant de fois. Mon père, en effet, avait rapporté d’un congrès de la SFIO, après la Libération, un 78 tours racontant la mort de Jaurès. Ce disque, il le conserva comme une relique – ce que je fais à mon tour depuis que j’en ai hérité. Dans la perspective de ce centenaire, je l’ai fait numériser [merci à Bruno, l’ingé-son de l’AJMI à Avignon], ce qui permet de diffuser ce témoignage ici.

C’est un document à forte charge émotionnelle. Pierre Renaudel, qui fait le récit très "pathos" du drame, se trouve parmi les présents ce soir-là au Café du Croissant, dans le IIe arrondissement de Paris, à l'angle de la rue Montmartre et de la rue du Croissant. Il est assis à la gauche de Jaurès quand claquent deux coups de feu…

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Témoin direct de l'assassinat, Pierre Renaudel en fait le récit sur ce disque 78 tours (1930). Èlu député du Var en 1914, il dirige L'Humanité durant la Première Guerre mondiale. Porte-parole d'un socialisme réformiste, opposé à toute forme de violence et à l'idéologie marxiste, selon lui trop rigide. [Ph. Cl. Gravier]

>>> La suite 2/4 ci-dessous


« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 2/4 – Une « gueule », une présence charnelle

jean-jauresTant d’écrits ont été publiés sur Jau­rès et le sont enco­re à l’occasion du cen­te­nai­re de son assas­si­nat – ain­si, notam­ment ce livre récent de Char­les Syl­ves­tre (ancien direc­teur de L’Humanité, deve­nu orga­ne du Par­ti com­mu­nis­te), dont le titre La Vic­toi­re de Jau­rès*, célè­bre l’actualité des lut­tes du grand hom­me. Qu’il s’agisse de ses clair­voyan­tes posi­tions et enga­ge­ments directs sur la ques­tion colo­nia­le, de son cou­ra­ge obs­ti­né sur l’affaire Drey­fus, sur la sépa­ra­tion des Égli­ses et de l’État, sur les réfor­mes socia­les, et sur l’internationalisme et le paci­fis­me.

Je m’en tien­drai ici à quel­ques consi­dé­ra­tions ins­pi­rées par la per­son­ne même de Jean Jau­rès, tel­le qu’elle peut émer­ger de l’Histoire à tra­vers les témoi­gna­ges de ses contem­po­rains, tout en se méfiant des ten­ta­tions hagio­gra­phi­ques à la limi­te de l’idolâtrie.

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Cro­quis de Eloy-Vin­cent, pour ser­vir à illus­trer l’histoire de l’éloquence. © Musée Jean-Jau­rès

Jau­rès, c’est une sil­houet­te et une « gueu­le », une pré­sen­ce char­nel­le, ren­for­cée par une ges­tuel­le d’orateur excep­tion­nel ; le tout por­té par une cohé­ren­ce « fond et for­me » : le « ce que je dis » se trou­vant pro­pul­sé par le « com­ment je le dis » – ce qu’en ter­mes psy un tan­ti­net pom­peux on nom­me la congruen­ce. Ou, en d’autres ter­mes, ce qu’un Albert Camus, s’agissant, de l’expression artis­ti­que et de la « révo­lu­tion en art » défi­nis­sait com­me « l’exacte adé­qua­tion entre le fond et la for­me » – la paro­le et le ges­te, l’intention et l’acte, etc.

Par contras­te avec l’appauvrissement – le mot est fai­ble et mal venu, s’agissant des igno­bles enri­chis­se­ments indi­vi­duels récem­ment dévoi­lés ! – du « per­son­nel » poli­ti­que actuel, on oppo­se­ra les ges­ti­cu­la­tions  tant cari­ca­tu­rées d’un Sar­ko­zy, ou cet­te sor­te d’aphasie par­tiel­le qui a frap­pé Hol­lan­de dès son élec­tion : deve­nu Pré­si­dent, sa paro­le jus­que là rela­ti­ve­ment flui­de, « congruen­te » – dans la limi­te du champ poli­ti­cien – deve­nait sou­dain bafouillan­te, trouée de « euh », de silen­ces embar­ras­sés, d’hésitations cal­cu­la­tri­ces. Com­me si c’en était sou­dain fini des élans de convic­tion, de la paro­le créa­tri­ce, de la sin­cé­ri­té sim­ple des lea­ders natu­rels : tout ce qui carac­té­ri­sait pré­ci­sé­ment un Jean Jau­rès, capa­ble en effet de sou­le­ver les fou­les, de fai­re bas­cu­ler des assem­blées, d’élever l’art ora­toi­re au niveau des beaux-arts, d’exprimer l’ivresse de l’utopie – « aller à l’idéal et com­pren­dre le réel » – en lui fer­mant les por­tes de la déma­go­gie. [Sur Jau­rès ora­teur, lire ici.]

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On le sur­nom­mait « Saint-Jean-Bou­che d’or… « Jau­rès ora­teur », des­sin de Car­los Pra­dal (1987)

On est désor­mais pas­sé à l’ère de la com’, ce poi­son qui fait régner la faus­se­té dans le champ poli­ti­que, entre autres. Ain­si, en ces temps « moder­nes » (au sens de Cha­plin), un conseiller de la cho­se peut-il fai­re ven­dre « du Jau­rès » par un Sar­ko­zy en mal de popu­lis­me ; ou bien un autre « pro­duit » tout aus­si incon­gru chez « ces gens-là » com­me Guy Môquet.

Hol­lan­de, lui, a pré­ten­du un temps de se pas­ser de ces conseillers com’. Il a vou­lu fai­re ça lui-même, et on a vu. Voi­là qu’il chan­ge de lunet­tes pour des nou­vel­les, plus « com’ », mais de fabri­ca­tion danoi­se : ça c’est de la vraie com’ en faveur du « redres­se­ment pro­duc­tif » ! Qu’en serait-il s’il chan­geait aus­si de ges­tuel­le, qu’il a si balour­de, les mains au pli du pan­ta­lon, tout com­me les mots dont il ne sait quoi fai­re, qu’il cher­che au fond de ses poches ?

Croit-on un ins­tant que Jau­rès ait suc­com­bé à cet­te com’, qui n’existait même pas, du moins sous ce mot, car la cho­se, oui, qui se résu­mait à être soi-même autant que pos­si­ble, et non en repré­sen­ta­tion per­ma­nen­te dans la cour du Spec­ta­cle (sens de Debord). Tan­dis que, de nos jours, dans ce mon­de hyper média­ti­sé, la paro­le s’est déva­luée. Qui tient enco­re paro­le ?

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« Au pré Saint-Ger­vais, le 25 mai 1913 devant 150 000 per­son­nes, il veut se fai­re enten­dre de tous, de ceux aus­si qui sont dis­per­sés dans les champs ! Pas de micro ni de haut par­leur, la voix seule­ment qu’il faut aller cher­cher au fond de soi, des mots d’intelligence et de convic­tion, qui doi­vent démon­trer et en même temps qu’il faut envoyer loin… »
Max Gal­lo, « Le grand Jau­rès »
• Assis, à sa droi­te, Pier­re Renau­del.

Jau­rès, his­to­rien, phi­lo­so­phe, let­tré, huma­nis­te, uni­ver­sa­lis­te, laïc, tolé­rant, sans dou­te aus­si affu­blé de ses défauts – on aime­rait les connaî­tre. Je ne lui en vois qu’un, le même déjà énon­cé : sa croyan­ce en la gran­deur de l’Homme, la seule peut-être qu’il n’ait pas pas­sée au fil­tre de son exi­gen­ce intel­lec­tuel­le, du moins pas com­plè­te­ment. En effet, quand il énon­ce avec for­ce : « Nous pou­vons, dans le com­bat révo­lu­tion­nai­re, gar­der des entrailles humai­nes. Nous ne som­mes pas tenus, pour res­ter dans le socia­lis­me, de nous enfuir hors de l’humanité », il subo­do­re dans le gen­re humain quel­ques inhé­ren­tes imper­fec­tions ou éven­tuel­les bas­ses­ses. De même quand il fait sien­ne la paro­le de Mon­tai­gne : « Tout hom­me por­te la for­me entiè­re de l’humaine condi­tion ». Mais il était un hom­me de foi, plus pro­che du Miche­let mys­ti­que que du Marx maté­ria­lis­te.

»> La sui­te 3/4 ci-des­sous 

––––

* Édi­tions Pri­vat, 2013. Illus­tra­tions d’Ernest Pignon-Ernest. Char­les Syves­tre a été invi­té le 24 juillet à Aix-en-Pro­ven­ce par les Amis du Mon­de diplo­ma­ti­que pour une très confé­ren­ce sur l’actualité de Jau­rès.


« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 3/4 – Croqué par Jules Renard

jean-jauresIls étaient contem­po­rains, se ren­con­traient et s’appréciaient, fré­quen­tant ces mêmes « salons », lieux de dis­pu­ta­tion intel­lec­tuel­le à l’image des salons des Lumiè­res, qui pré­cé­dè­rent la Révo­lu­tion. Voi­ci le por­trait que Jules Renard bros­se de Jean Jau­rès dans son Jour­nal (22 décem­bre 1902)

« Jau­rès. L’air, un peu, d’un ours aima­ble. Le cou court, jus­te de quoi met­tre une peti­te cra­va­te de col­lé­gien de pro­vin­ce. Des yeux mobi­les. Beau­coup de pères de famil­le de qua­ran­te-cinq ans lui res­sem­blent, vous savez, ces papas aux­quels leur gran­de fille dit fami­liè­re­ment : « Bou­ton­ne ta redin­go­te, papa. Papa, tu devrais remon­ter un peu tes bre­tel­les, je t’assure. »

Arri­ve, en petit cha­peau melon, le col du par­des­sus rele­vé.

Une affec­ta­tion de sim­pli­ci­té, une sim­pli­ci­té de citoyen qui com­men­ce bien son dis­cours par « Citoyens et citoyen­nes », mais qui s’oublie quel­que­fois, dans le feu de la paro­le, jusqu’à dire : « Mes­sieurs ».

Des ges­tes courts -- Jau­rès n’a pas les bras longs --, mais très uti­les. Le doigt sou­vent en l’air mon­tre l’idéal. Les poings pleins d’idées vont se cho­quer quel­que­fois, le bras tout entier écar­te des cho­ses, ou décrit la para­bo­le du balai. Jau­rès mar­che par­fois une main dans la poche, tire un mou­choir et s’en essuie les lèvres.

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Jules Renard (1864 - 1910). Il fau­drait lui dire : « Au fond, vous n’êtes pas un vrai socia­lis­te ; vous êtes l’homme de génie du socia­lis­me. »

(Je ne l’ai enten­du qu’une fois. Ceci n’est donc qu’une note.)

Le début lent, des mots sépa­rés par de grands vides. On a peur : n’est-ce que cela ? Tout à coup, une gran­de vague sono­re et gon­flée, qui mena­ce avant de retom­ber dou­ce­ment. Il a une dizai­ne de vagues de cet­te ampleur. C’est le plus beau. C’est très beau.

Ce n’est pas la tira­de com­me l’est une stro­phe de cinq ou six beaux vers dits par un grand acteur. Il y a cet­te dif­fé­ren­ce qu’on n’est pas sûr que Jau­rès les sache, et qu’on a peur que le der­nier n’arrive pas. Le mot « sus­pen­du » a tou­te sa for­ce à son pro­pos. On l’est vrai­ment, avec la crain­te de la chu­te où Jau­rès... nous ferait mal.

Entre ces gran­des vagues, des pré­pa­ra­tions, des zones où le public se repo­se, où le voi­sin peut regar­der le voi­sin, dont un mon­sieur peut pro­fi­ter pour se rap­pe­ler un ren­dez-vous et pour sor­tir.

Il par­le deux heu­res, et boit une gout­te d’eau.

Quel­que­fois -- rare­ment -- la pério­de est man­quée, s’arrête court, et les applau­dis­se­ments s’éteignent tout de sui­te, com­me ceux d’une cla­que.

Il cite le grand nom de Bos­suet. Je le soup­çon­ne, quel que soit son sujet, de tou­jours trou­ver le moyen de citer ce grand nom.

Ce qu’il dit ne m’intéresse pas tou­jours. Il dit de bel­les cho­ses, et il a rai­son de les dire, mais peut-être que je les connais, ou que je ne suis plus assez peu­ple, mais, sou­dain, une bel­le for­mu­le com­me cel­le-ci :

-- Quand nous expo­sons notre doc­tri­ne, on objec­te qu’elle n’est pas pra­ti­que : on ne dit plus qu’elle n’est pas jus­te.

Ou, enco­re :

-- Le pro­lé­ta­rien n’oubliera pas l’humanité, car le pro­lé­ta­rien la por­te en lui-même. Il ne pos­sè­de rien, que son titre d’homme. Avec lui et en lui, c’est le titre d’homme qui triom­phe­ra.

Une voix qui va jusqu’aux der­niè­res oreilles, mais qui res­te agréa­ble, une voix clai­re, très éten­due, un peu aiguë, une voix, non de ton­ner­re, mais de feux de sal­ve.

Une gueu­le, mais le coup de gueu­le res­te dis­tin­gué.

Le seul don qui soit envia­ble. Sans fati­gue, il se sert de tous les mots lourds qui sont com­me les moel­lons de sa phra­se, et qui écor­che­raient, tom­bant d’une plu­me, les doigts et le papier de l’écrivain.

Quel­que­fois, un mot mal employé dit le contrai­re de ce qu’il veut dire, mais le mou­ve­ment -- le fameux mou­ve­ment cher aux hom­mes de théâ­tre -- lais­se le mot impro­pre et empor­te le sens avec lui.

Très peu de ses phra­ses pour­raient être écri­tes tel­les quel­les ; mais, si l’oeil est un tain, l’oreille est un enton­noir.

Une idée lar­ge, et indis­cu­ta­ble, le sou­tient : c’est com­me l’épine dor­sa­le de son dis­cours. Exem­ple : le pro­grès de la jus­ti­ce dans l’humanité n’est pas le résul­tat de for­ces aveu­gles, mais d’un effort conscient, d’une idée tou­jours plus hau­te, vers un idéal tou­jours plus éle­vé. »

»> La sui­te 4/4 ci-des­sous 


« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 4/4 – Son fameux discours sur le courage (Albi, 1903)

jean-jaurèsC'est un discours prononcé en 1903 devant les élèves du lycée d 'Albi dans lequel il a fait ses débuts comme enseignant, 32 ans plus tôt, après avoir obtenu l'agrégation de philosophie. Jaurès brosse à cette occasion un premier bilan de sa vie, évoque « l'insensible fuite des jours… », une réflexion sur le temps qui passe ; la confiance dans l'avenir, dans la mémoire, mais aussi sa fidélité à son passé, son angoisse devant les risques de guerre, la montée des périls (un de ses premiers grands discours sur ce thème), sa défense non pas de l'utopie de la paix mais du réalisme de la paix.

Jaurès privilégie l'action et la volonté des hommes et vante le courage dont il fait un des ressorts de son discours et de sa vie. Jaurès expose sa philosophie personnelle, faite de lucidité et de désintéressement ; c'est dans cet éloge du courage qu'il prononce sa formule célèbre : « Le courage, c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ».

Extraits sur le thème du courage.

[…]

L'humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement.

■ Le courage, c'est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c'est de garder dans les lassitudes inévitables l'habitude du travail et de l'action.

■ Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c'est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu'il soit ; c'est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; c'est de devenir, autant qu'on le peut, un technicien accompli ; c'est d'accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l'action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendues.

La cause des Arméniens

« Voilà dix-huit ans que l'Europe avait inséré dans le traité de Berlin (13 juillet 1878) l'engagement solennel de protéger la sécurité, la vie, l'honneur des Arméniens […] que l'Europe devrait demander des conptes annuels et exercer un contrôle annuel sur les réformes et sur les garanties introduites par le sultan dans ses relations avec ses sujets d'Asie Mineure. Où sont ces comptes? sont ces contrôles?

[…] Devant tout ce sang versé, devant ces abominations et ces sauvageries, devant cette violation de la parole de la France et du droit humain, pas un cri n'est sorti de vos bouches, pas une parole n'est sortie de vos consciences, et vous avez assisté, muets et, par conséquent, complices, à l'extermination complète ... »

Jean Jaurès, discours du 3 novembre 1896 à la Chambre.

Ces paroles rendent assourdissant la parole feutrée de nos actuels "socialistes" à propos du martyre des Palestiniens.

■ Le courage, c'est d'être tout ensemble, et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe.

■ Le courage, c'est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l'approfondir, de l'établir et de la coordonner cependant à la vie générale.

■ Le courage, c'est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser pour qu'aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés.

■ Le courage, c'est d'accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l'art, d'accueillir, d'explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d'éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l'organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes.

■ Le courage, c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir mais de ne pas être accablé et de continuer son chemin.

■ Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille ; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ; c'est d'agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l'univers profond, ni s'il lui réserve une récompense.

■ Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Jean JAURÈS, Extrait du Discours à la Jeunesse, Albi 1903

L'intégralité du discours ici.

jean-jaurès

Jean Jaurès © Archives nationales


Sexisme. « Et sinon, je fais de la politique », par Karima Delli

« En tant que mili­tan­tes, fem­mes poli­ti­ques, nous avons tou­tes subi plu­sieurs remar­ques, réflexions, ou autres « bla­gues ». Ano­di­nes pour les uns, légè­res pour les autres, elles s’avèrent être sim­ple­ment sexis­tes, machis­tes et par­fois insul­tan­tes.

« Com­bat­tre les inéga­li­tés entre les hom­mes et les fem­mes est une tâche ardue, qui nous pré­oc­cu­pe tout au long de l’année et pas seule­ment le 8 mars ! Le sexis­me ne s’arrête pas aux fron­tiè­res du mon­de poli­ti­que, bien au contrai­re, mais ces anec­do­tes nous démon­trent à quel point le che­min est long. 

sexisme-sinon, je fais de la politique

Cli­quer sur l’image pour accé­der au Tum­blr

« Mes­sieurs, chers col­lè­gues, plu­tôt que de vous ser­mon­ner, j’ai déci­dé de vous fai­re ce cadeau : un Tum­blr com­me un hom­ma­ge à votre sexis­me ordi­nai­re.

« Mes­da­mes, soyez les bien­ve­nues sur ce Tum­blr, n’hésitez pas à par­ti­ci­per, fem­mes enga­gées, asso­cia­ti­ves, poli­ti­ques , envoyez vos phra­ses et vos pho­tos ici :

etsinonjefaisaussidelapolitique@gmail.com

« Alors oui, je suis une fem­me… Et sinon, je fais de la poli­ti­que ! »
#Sinon­Je­Fais­De­La­Po­li­ti­que

Kari­ma Del­li
Dépu­tée Euro­péen­ne


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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