On n'est pas des moutons

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Lettre ouverte à ma fille sur l’« islamophobie »

Au départ, un « fait divers » atroce révélé ce 8 février par le journal belge, La Libre. Sous le titre :

« Coups de batte, brûlée au chalumeau, fouettée à l’aide d’un câble électrique : le calvaire de Samia — Sadique, le père frappait les anciennes blessures pour empêcher la cicatrisation. »

Et l’article poursuit :

« Fouettée avec un câble électrique, frappée à coups de batte de base-ball, attachée à une chaise et brûlée aux pieds avec un fer à souder : ce n’est pas le récit d’un prisonnier de Guantanamo mais bien celui de la jeune Samia, une jeune fille de Farciennes (région du Hainaut) torturée par son propre père durant plusieurs années.

« Son calvaire a débuté alors qu’elle était en troisième […], en 2007. Mais ce n’est qu’en septembre 2016 que l’affaire a été révélée, un peu par la force des choses. Malgré le règlement d’ordre intérieur de son école, Samia se présentait quotidiennement sous un voile quasi intégral. […]

« Elle a expliqué que son père l’attachait […] et la brûlait avec un fer à souder pour lui faire savoir ce que serait l’enfer, si elle s’avisait de pécher» […]

« Mais d’autres éléments ont intrigué les enquêteurs : «Les murs de la maison étaient couverts de versets du coran. Mais il n’y avait ni jouets ni lits pour les quatre enfants. Le père a appris la naissance de Samia alors qu’il venait de se marier à une autre femme. Il a dû l’assumer et lui a fait payer physiquement et psychologiquement. »

J’envoie cet article 1 à ma fille en lui faisant part de mon indignation. Elle me répond :

« Oui, c’est affreux. Mais ce genre de fait divers ne tendrait-il à renforcer l’islamophobie ambiante ? La propagande par l’exemple : « Vous voyez bien que c’est des gens sadiques ». Alors qu’il s’agit « juste » de gens complétement frapadingues…

« Bref, c’est horrible, mais est-il nécessaire d’appuyer encore sur le bouton…? »

Pensant, en effet, nécessaire d’appuyer sur le bouton, voici ma réponse sous forme de « lettre ouverte ». Car j’estime que la question de l’« islamophobie » recouvre des enjeux qui concernent notre société – ce qu’on appelle, parfois un peu à la légère, le « vivre ensemble ».

Salut ma fille,

Pour moi (et quelques autres !), ce qu’on appelle communément « islamophobie » est un mot « valise » mis en avant par les musulmans et plus particulièrement par les plus radicaux et violents d’entre eux, les islamistes ; c’est-à-dire ceux qui cherchent à se faire passer pour victimes alors qu’ils sont acteurs des déséquilibres qu’ils font semblant de dénoncer, qu’ils cultivent pour mieux s’en servir. Lesdits islamistes, derrière leur double langage (islam de paix / islam de combat (djihad 2) – cas typique de Tariq Ramadan) n’ont de cesse de chercher à fractionner nos sociétés, à les déstabiliser dans une stratégie de combat. C’est précisément la stratégie de DAESH 3 et de ses succursales : créer le chaos et faire triompher le djihad.

D’autre part, « islamophobie » signifie stricto sensu « peur de l’islam » ; l’utiliser renvoie plus à un trouble irrationnel, doublé de haine,  qui, justement, ne laisse pas de place à la raison. On ne pourrait donc pas opposer à une religion figée, moyenâgeuse (elle n’a pas évolué depuis sa création au VIIe siècle), des arguments constitués selon des critères et des valeurs universels, relevant notamment des Lumières et des philosophies d’autonomie et de libération – c’est-à-dire du dégagement des religions de la sphère publique pour les cantonner à l’individu (principe primordial de laïcité). C’est d’ailleurs pourquoi je souscris plutôt au néologisme de « misislamisme » 4, « mis » signifiant l’antagonisme et non la détestation ; mais bien sûr c’est « islamophobie » qui s’impose désormais, du fait notamment que ses utilisateurs musulmans ont gagné la bataille sur ce plan sémantique. Afin qu’ils ne gagnent pas « tout court » la bataille, je pense donc qu’il ne faut pas tomber dans leur panneau victimaire et s’opposer au « djihad mou » (dissimulé) par des arguments solides et affirmés. Ce qui est en jeu ici, il me semble, c’est le fait qu’une différence de religions et de cultures soit devenue une opposition de civilisations. 

Cet antagonisme culmine de nos jours avec les questions liées à l’immigration. L’arrivée d’étrangers dans un pays créé toujours, plus ou moins, des mouvements xénophobes (d’ailleurs quand quelqu’un, quel qu’il soit, monte dans un bus ou un train, il est généralement regardé de travers, comme un élément étranger, l’étrange qui dérange l’ordre antérieur d’un groupe…). Il en fut ainsi, par exemple, des immigrations successives en France des Italiens, Polonais, Espagnols ; avant eux des Arméniens et après des Juifs d’Europe de l’Est et d’Afrique du Nord, ainsi que les « pieds noirs » rapatriés. Tous ceux-là ont fini par s’intégrer dans la société française parce qu’ils l’ont enrichie par leur force de travail d’abord 5, mais aussi par leurs apports culturels acceptables pour les « indigènes » (natifs). C’est ce qu’on a appelé l’assimilation, notamment par la langue et, plus généralement, par les mœurs communes. Ce qui a permis cela, c’est principalement la religion qu’ils avaient en commun : le christianisme.  Mettons à part dans ce phénomène les juifs qui ont gardé leurs particularismes tout en s’assimilant aux cultures des pays d’accueil.

Tu vois où j’en arrive : l’islam. Pourquoi cette religion est-elle à part, et avec eux ses pratiquants, dans le refus de s’assimiler, ou tout au moins de s’intégrer à la société d’accueil ? Tu vois peut-être mieux le fondement de l’« islamophobie » ? Il s’agit, je pense, d’un antagonisme irréductible, et d’autant plus qu’il baigne dans un contexte géopolitique à base de terrorisme, c’est-à-dire de violence « barbare » 6 revendiquée, théorisée, assignée à une religion dont, même ses adeptes pacifiques ne cherchent pas suffisamment à se démarquer. Leur silence (quasi général) vaut approbation dans l’opinion. Les opposants sont peu audibles et très minoritaires.

Pour ce qui est du « fait divers » en question, je ne le prends donc pas, comme tu sembles le faire, pour un « accident », un coup de folie de frapadingue comme tu dis. Le père qui martyrise sa fille – pas un garçon, non –, c’est aussi et peut-être d’abord, la conséquence « logique » d’une religion qui bannit la femme de ses valeurs. Oui, à l’origine toutes les religions monothéistes dégradent la femme ; elles se sont adaptées, contraintes et forcées par l’Histoire et les différentes luttes de libération – dont les révolutions. Sauf l’islam ! Les « printemps arabes » ont échoué sous les coups des Frères musulmans (dont fait partie le même T. Ramadan). Certes, ce père indigne est aussi un psychopathe tortionnaire. Comment en est-il arrivé à ce point d’abjection ? Sa religion l’aurait-il amené à plus d’humanité (il affichait des pages de Coran sur les murs) ou l’inverse ?

Nos problèmes avec l’immigration ne viendraient-ils pas de cela ? : une xénophobie « normale » (explicable a priori) doublée par un refus, plus ou moins conscient, d’une « invasion » qui mettrait en péril « nos valeurs » tout de même chèrement acquises : valeurs de démocratie, de « liberté — égalité — fraternité », certes imparfaites et perfectibles, et ayant acquis valeurs d’universalité. Oui ou non : La femme égale l’homme ? Les Droits de l’homme s’appliquent à tous ? (et aussi aux animaux !) La religion et les croyances en général relèvent de l’individu et ne doivent pas régir une société ?

Ceux qui brandissent et veulent si promptement dénoncer l’« islamophobie » devraient répondre avant tout, et sans ambiguïtés, à ces questions fondamentales – plus fondamentales que leurs dogmes. On en est très loin ! C’est en quoi nous pouvons craindre des temps à venir.

Il s’agit aussi, il me semble, de ne pas abandonner ces questions fondamentales à la droite et, pire encore, à l’extrême-droite – ce qui est pourtant le cas, et que ne manquent pas d’exploiter les islamistes en dénonçant le racisme de la  «fachosphère». Ils s’en privent d’autant moins que la gauche, dans l’ensemble, s’en tient à des propos angéliques, irresponsables, nourris à l’absence d’analyse sérieuse ou à des considérations de morale plus ou moins caritatives. Ce faisant, cette gauche ne fait que nier la réalité des problèmes et ouvrir le boulevard que l’on sait à tous les extrémistes.

Je garde en tête cet entretien dans l’Obs d’août 2017 avec Salman Rushdie trouvant « consternant » d’entendre «Marine Le Pen analyser l’islamisme avec plus de justesse que la gauche ». « C’est très inquiétant de voir que l’extrême droite est capable de prendre la mesure de la menace plus clairement que la gauche ». « Le présupposé constant de la gauche, c’est que le monde occidental est mauvais. Et donc tout est passé au crible de cette analyse », déplore-t-il en terminant l’entretien.

Voilà, ma fille, pourquoi j’ai eu envie de te répondre avec cette lettre, certes bien longue – ces questions sont complexes –, et que j’ai eu envie, tout en l’écrivant, d’ouvrir à tous vents, et en particulier contre les vents mauvais.

Ton père, et caetera…

Notes:

  1. Version originale ici
  2. Guerre sainte menée pour propager et défendre l’islam.
  3. On devrait dire plus clairement califat islamique, qui exprime mieux la volonté d’expansion territoriale. Le calife était le souverain musulman, successeur de Mahomet, qui réunissait le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel sur son territoire.
  4. Cf. Le Choc des nihilismes, Gian Laurens, 2015, chez l’auteur.
  5. C’est plus précisément le capital qui s’est alors enrichi…
  6. Je place des guillemets en raison de l’usage banalisé du mot qui, à l’origine (chez les Grecs et chez Hérodote notamment) désignait l’étranger, celui qui parle une autre langue.

Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écrivain et journaliste algérien, Kamel Daoud s’est imposé, parmi d’autres trop rares dans le monde musulman, par son indépendance de jugement, la finesse de ses analyses et de son écriture. Tandis que nos médias se lamentent sans fin sur les abominations de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflexions sur leurs causes plutôt que sur leurs seuls effets. On ne saurait certes dénier les dimensions dramatiques des attentats. Mais leur mise en spectacle médiatique, l’étalage des témoignages multiples, les déclarations outrées ou va-t’en guerre, les recueillements et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stratégie publicitaire de terreur visée par l’État islamique ? En dénonçant l’Arabie saoudite comme « un Daesh qui a réussi », Kamel Daoud va précisément à contrecourant du dolorisme ambiant qui masque une géopolitique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schizophrène, absurde, meurtrière et sans fin. [GP]

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«L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi»

Par Kamel Daoud

Une pensée pour Barcelone. Mais après la compassion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh.

Le wahhabisme, radicalisme messianique né au XVIIIe siècle, a l’idée de restaurer un califat fantasmé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puritanisme né dans le massacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien surréaliste à la femme, une interdiction pour les non-musulmans d’entrer dans le territoire sacré, une loi religieuse rigoriste, et puis aussi un rapport maladif à l’image et à la représentation et donc l’art, ainsi que le corps, la nudité et la liberté. L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant : on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives.

Vifs remerciements à Omar Louzi, directeur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volontiers autorisé la diffusion de cet article sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se présente comme un site d’information généraliste, concernant le monde amazigh (relatif au peuple berbère et à sa langue) : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Canaries, Mauritanie, … et la diaspora amazigh en Amérique du Nord et en Europe… Un site participatif, indépendant, qui donne la parole à tous les Amazighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, politique, culture. Le site se veut progressiste, humaniste, ouvert et tolérant.

On pourrait contrecarrer : Mais l’Arabie saoudite n’est-elle pas elle-même une cible potentielle de Daesh ? Si, mais insister sur ce point serait négliger le poids des liens entre la famille régnante et le clergé religieux qui assure sa stabilité — et aussi, de plus en plus, sa précarité. Le piège est total pour cette famille royale fragilisée par des règles de succession accentuant le renouvellement et qui se raccroche donc à une alliance ancestrale entre roi et prêcheur. Le clergé saoudien produit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aussi la légitimité du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée.

Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies » ; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale ?

Guérir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saoudite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Orient. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équilibre illusoire : On dénonce le djihadisme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le soutient. Cela permet de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minutes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musulmans était postée sur YouTube, mettant le feu aux poudres islamistes. Dès le 11 septembre, des attaques furent menées, notamment, contre des missions diplomatiques états-uniennes. Furent ainsi prises d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le consulat à Benghazi (Libye) où l’on déplora quatre morts, dont l’ambassadeur.

Innocence of Muslims, produite en 2012, fut alors attribuée à un certain Nakoula Basseley Nakoula, un copte égyptien résidant en Californie, sous le pseudonyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénoncer les hypocrisies de l’islam en mettant en scène des passages de la vie de Mahomet…

À cette occasion, une de plus, j’avais publié un article sur lequel je viens de retomber et qui me semble toujours assez actuel, hélas, pour le publier à nouveau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habillement. Et toujours les déchaînements fanatiques, des affrontements, des violences, des morts.

Il a donc suffi d’une vidéo de dix minutes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actualité atterrante et celle des vingt ans passés le montrent : des trois religions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus controversée, voire rejetée 1. Tandis que la judaïque et la chrétienne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur concurrente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peuvent se donner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas manqué d’être les pires dans leurs époques historiques flamboyantes, et qu’elles ne sont toujours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétrogrades et répressifs. 2

Préalable : parler « religions » ici c’est considérer les appareils, et non pas leurs adeptes, ni leurs victimes plus ou moins consentantes. C’est donc parler des clergés, des dogmes et des cohortes activistes et prosélytes. On en dirait autant des idéologies, dont les pires – fascistes et nazies –, construites comme des religions, ont entaché l’Histoire selon des schémas similaires. Donc, distinguer les « humbles pécheurs » consentants, ou mystifiés par leurs « libérateurs », tout comme on ne confondra pas ces militants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Parlons donc de l’islam politique, mis en exhibition dramatique sur la scène planétaire, voulant en quelque sorte se prouver aux yeux du monde. Aussi recourt-il à la violence spectaculaire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïssable et le renforce du même coup dans sa propre et vindicative désespérance. Et ainsi apparaît-il à la fois comme cause et conséquence de son propre enfermement dans ce cercle vicieux.

Que recouvre l’islamisme, sinon peut-être la souffrance de cette fraction de l’humanité qui se trouve marginalisée, par la faute de cet « Occident » corrompu et « infidèle » ? C’est en tout cas le message que tente de faire passer auprès du milliard et plus de musulmans répartis sur la planète, les plus activistes et djihadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharger ainsi sur ce bouc émissaire leur propre part de responsabilité quant à leur mise en marge de la « modernité ». Modernité à laquelle ils aspirent cependant en partie – ou tout au moins une part importante de la jeunesse musulmane. D’où cette puissante tension interne entre intégrisme mortifère et désir d’affranchissement des contraintes obscurantistes, entre gérontocrates intégristes et jeunesses revendicatives. D’où cette pression de « cocotte minute » et ces manifestations collectives sans lesquelles les sociétés musulmanes risqueraient l’implosion. D’où, plus avant, les « printemps arabes » et leurs normalisations politiques successives – à l’exception notable de la Tunisie.

Un nouvel épisode de poussées cléricales d’intégrisme se produit donc aujourd’hui avec la promotion d’une vidéo dénigrant l’islam diffusée sur la toile mondiale et attribuée à un auteur israélo-américain – ou à des sources indéfinies 3. Prétexte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fanatiques toujours à l’affût.

On pourrait épiloguer sur ces conditionnements reptiliens (je parle des cerveaux, pas des personnes…) qui se déchaînent avec la plus extrême violence à la moindre provocation du genre. De tout récents ouvrages et articles ont ravivé le débat, notamment depuis la nouvelle fièvre éruptive qui a saisi les systèmes monothéistes à partir de son foyer le plus sensible, à savoir le Moyen Orient. De là et, partant, de la sous-région, depuis des siècles et des siècles, au nom de leur Dieu, juifs, chrétiens, musulmans – et leurs sous-divisions prophétiques et sectaires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, installé des comptoirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, torturé et massacré des êtres humains par millions, au mépris de la vie hic et nunc, maintenant et ici-bas sur cette Terre, elle aussi martyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothétique, proscrivant à chacun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de surcroît, pour le bien de l’entière humanité.

Va pour les croyances, qu’on ne discutera pas ici… Mais qu’en est-il de ces systèmes séculiers proliférant sur les plus noirs obscurantismes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guerres religieuses l’ont replacé en leur centre ; ce qui permet aux deux autres de se revirginiser sur l’air de la modération. Parce que l’islamisme « modéré » – voir en Tunisie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pakistan, etc. – n’est jamais qu’un oxymore auquel judaïsme et christianisme adhèrent obséquieusement, par « charité bien comprise » en direction de leur propre « modération », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au profit des mythologies monothéistes, les affabulations entretenues autour des messies et prophètes, dont les « biographies » incertaines, polies par le temps autant que manipulées, permettent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seulement sur leur réalité existentielle, mais surtout sur les interprétations dont ces figures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là – c’est selon évidemment – comme ignare, voleur, manipulateur, cupide et amateur de fillettes ? Pas plus réel que sa divinisation, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur propre réalité, selon des contes infantiles psalmodiés et faisant appel à la plus totale crédulité.

Mais, admettons que les hommes aient créé leurs dieux par nécessité, celle de combler leurs angoisses existentielles, de panser leurs misères, leurs vertiges face à l’univers et devant l’inconnu des lendemains et d’après la mort. Admettons cela et regardons l’humanité dans la perspective de son devenir et de son évolution – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se monter sur la pointe des pieds pour tenter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la condition d’humains désirant, parlant, connaissant, comprenant, aimant.

Alors, ces religions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la justice, la connaissance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, maltraité les enfants, méprisé les animaux ; inculqué la culpabilité et la soumission ; attaqué la philosophie et la science ; colonisé la culture et imprégné jusqu’au langage ; jeté des interdits sur la sexualité et les mœurs (contraception, avortement, mariage et même l’alimentation) ; commandé à la politique et aux puissants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – comment admettre que ces écrits, et a fortiori un seul, puisse contenir et exprimer LA vérité ? Par quels renoncements l’humain a-t-il cheminé pour finalement dissoudre sa rationalité et son jugement ? Mystère de la croyance… Soit ! encore une fois passons sur ce chapitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la religion comme système séculier, comme ordre ecclésial, avec ses cohortes, ses palais, ses forteresses spirituelles et temporelles… Son histoire marquée en profondeur par la violence : croisades, Inquisition (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fantômes de Goya, de Milos Forman… ; une histoire de tout juste deux siècles !), guerres religieuses, Saint-Barthélemy, les bûchers, et aussi les colonisations, ethnocides, soutiens aux fascismes… Ça c’est pour le judéo-christianisme.

Côté islamisme, qui dit se dispenser de clergé, son emprise ne s’en trouve que plus entièrement diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laïcisme des islamistes, se voudraient-ils « modérés ». Et que penser de cette violence endémique devenue synonyme d’islam, jusque dans nos contrées d’immigration où d’autres extrémismes en nourrissent leurs fonds de commerce nationalistes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présenté dans son histoire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéantit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nombreuses sourates invoquant l’anéantissement des juifs, chrétiens et infidèles – tandis que, plus loin, d’autres versets promulguent une « sentence d’amitié » – contradiction ou signe opportuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fatwas de condamnation à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix rehaussée des jours-ci ! 4) et de Taslima Nasreen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amsterdam, poignardé puis achevé de huit balles et égorgé en pleine rue ; dans un documentaire, il venait de dénoncer le traitement réservé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-dessous.] 5

Même double langage chez le dieu juif Yahvé pour justifier…l’extermination de certains peuples de Palestine (dont les Cananéens…) Cela en vertu du fait que les juifs seraient «le peuple élu de Dieu», dont le premier commandement est « Tu ne tueras pas » ! Ce fantasme juif alimente en les légitimant le colonialisme et ce qui s’ensuit en Palestine et l’affrontement des théocraties. Affrontement également par affidés interposés et leurs États ou organisations terroristes : Bush contre Al Quaïda, Tsahal contre le Hezbollah, «kamikazes» contre population civile. Violences innommables, guerres sans fin.

Quant au film « blasphématoire » qui agite de plus belle les fanatiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, semblent en contester la légitimité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une question d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses commanditaires, il fait bien apparaître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprégnant les pays musulmans. Ce qui s’était déjà produit avec les caricatures danoises de Mahomet, dont certains avaient, de même, contesté la qualité artistique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représentait les visages de l’Inquisition, était-ce bien esthétique ? 6

La question ne porte aucunement sur la nature du « sacrilège » mais sur la disproportion de la réplique engendrée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses collaborateurs en Libye, victimes sacrificielles et à ce titre totalement inscrites dans un processus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provocations menées à Paris devant l’ambassade américaine ? Et aussi à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Caroline Fourest a été chahutée, menacée, insultée et empêchée de débattre – entre autres sur ces questions d’intégrisme qui font les choux gras du Front national !

Comme quoi, pour résumer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –constitue un crime plus grave que de s’en prendre à un être vivant.

17 septembre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musulman, évidemment… Bien que des oppositions plus ou moins déclarées apparaissent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette religion sans visée planétaire directe retrouve toutefois le christianisme – ne dit-on pas le judéo-christianisme ? – et l’islamisme dans cette même volonté de pénétrer jusque dans les têtes et les ventres de chacun. En ce sens, celles qui se présentent comme les « meilleures » parviennent bien à être les pires dans leurs manœuvres permanentes d’aliénation. De même que leur « modération » demeure relative à leur stratégie hégémonique.
  3. Sources qui demeurent encore floues quatre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma version de septembre 2012, j’avais manqué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hirsi Ali, femme politique et écrivaine néerlando-somalienne connue pour son militantisme contre l’excision et ses prises de position sur la religion musulmane. Elle fut menacée de mort par Mohammed Bouyeri, assassin du cinéaste Theo van Gogh, notamment à la suite de sa participation au court-métrage du réalisateur qui dénonçait les violences faites aux femmes dans les pays musulmans.
  6. Le Guernica de Picasso n’est pas non plus une œuvre esthétique !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai carrément déserté la toile ! Et pas de protestations… À supposer que j’aie pu manquer à d’aucuns, voici une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indigeste. Comme l’est l’actu et ce monde si mal en point. Enfin, consolation : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aussi. De même les JO. Passons enfin à la politique, la bonne, vraie, bien politicienne. Voici le temps béni de la mascarade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camemberts dépassés…

Nous sommes début août à Marseille. La scène se passe juste avant l’affaire du siècle, dite du burkini.

Un couple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remontons d’une jouissive baignade pour regagner la Corniche et la voiture. Jetant un coup d’œil plongeant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Prophète, tous les Marseillais connaissent… – , nous surplombons du regard deux nageuses côte à côte. L’une en maillot, l’autre entièrement habillée en noir, barbotant, accrochée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et paisible ! Ces deux femmes si différentes et qui se baignent ensemble comme ça, sans problèmes…

Je ne dis rien, trouvant mon pote bien angélique dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu connu d’autres tempêtes et disputailles…

Elle (à ma gauche) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habillée, devant sortir de l’eau avec le tissu tout collé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais penchant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renoncement au bien-être, ce qui est dommage, mais enfin… Ce qui me contrarie surtout c’est la soumission à un ordre moral – religieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi passé, il faisait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâcher un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les portières se referment sur le débat à peine amorcé.

burkini

Calanques de Marseille, juillet 2016. La mode s’empare du religieux banalisé, marchandisé. Un prosélytisme ordinaire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces interdictions décrétées par des maires – de quel droit au juste, en vertu de quel pouvoir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite brandir le mot « laïcité », comme ils parleraient de culture ou de fraternité… pour un peu je sortirais mon revolver (hep, c’est une image, hein, une référence… culturelle ! 1) Car ils parlent d’une certaine laïcité, la leur, qu’ils assortissent d interdiction, de rejet, d’exclusion. Une laïcité cache-sexe, j’ose le dire, d’une attitude en gros anti-musulmane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette déclaration de Manuel Valls à propos de ces maires censeurs : « Je soutiens […] ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volonté d’encourager le vivre ensemble, sans arrière-pensée politique. » Et c’est qu’il en connaît un rayon, le premier ministre, en matière d’arrière-pensée politique ! Une autre belle occasion de se taire. 2

Parlons-en de l’« arrière-pensée politique » ! Puisqu’il n’y a que ça désormais en politique, à défaut de pensée réelle, profonde, sincère, porteuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups fourrés. Tandis que ces mêmes politiciens se gargarisent de Démocratie et de République, avec majuscules. Ainsi, quoi qu’ils déclarent, ou éructent, s’est selon, et spécialement sur ces registres des interférences portant sur les religions – en fait sur le seul problématique islam –, se trouve enraciné dans l’arrière-monde politicien des fameuses « arrière-pensées » évoquées par Valls. On ne saurait oublier que la partie de poker menteur en vue de la présidentielle de 2017 est fortement engagée.

C’est pourquoi, s’agissant de ces questions dites du « vivre ensemble », la parole politique ne parvient plus à offrir le moindre crédit, à l’exception possible, épouvantable, des « vierges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exerçant leur séduction auprès des électeurs échaudés et revanchards, ou incultes et inconscients politiquement autant qu’historiquement. D’où les surenchères verbales qui se succèdent en cascades. Ce sont les mêmes qui pourraient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hongrie, un Poutine en Russie, un Erdogan en Turquie, etc. – sans parler des multiples offres populistes qui traversent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de crédit des politiciens explique en grande partie la grande fatigue de la démocratie : progression des abstentions et des votes de refus lors des élections ; suspicion croissante à l’égard des élites considérées comme… élitistes, se regroupant et se reproduisant dans l’entre soi des mondes de l’économie, des « décideurs » et des médias accaparés par les financiers. Le tout, avec pour corollaire la montées des violences urbaines et des incivismes ; les repliements et affrontements communautaristes ; le sentiment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xénophobie, l‘antisémitisme et le racisme.

Toutes choses qu’on peut essayer de comprendre et même d’expliquer, sans pour autant les justifier – comme l’a hélas prétendu le même Valls déjà cité ici pour la « pertinence » de ses propos. Comment vouloir organiser la polis – la cité – si on renonce à en comprendre les (dys)fonctionnements ?

Ainsi quand on déplore la « barbarie » d’extrémistes religieux en invoquant l’« obscurantisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême violence des systèmes religieux – islamistes en l’occurrence 4. Se plaindre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas revenir la clarté. C’est ici que je place « mon » Bossuet, ce bigot érudit : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenêtre, les religions sont une des causes premières des affrontements entre humains, notamment en ce qu’elles valident des croyances fratricides, ou plutôt homicides et génocides ; lesquelles génèrent les injustices et les dérèglements sociaux qui alimentent l’autre série des « causes premières » de la violence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je considère aussi le nazisme et le stalinisme sous l’angle des phénomènes religieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accuser la République de tous les maux, jusqu’à vouloir l’abattre, au nom d’un passé colonial inexpiable, qui vaudrait malédiction éternelle aux générations suivantes, c’est dénier l’Histoire et enfermer l’avenir dans la revanche, la haine et le malheur. C’est notamment la position de mouvements « pyromanes » comme Les Indigènes de la République parlant de « lutte des races sociales » tout en qualifiant ses responsables de souchiens – néologisme jouant perfidement sur l’homophonie avec sous-chiens et voulant en même temps désigner les « Français de souche » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évoquer l’affaire de Sisco, ce village du Cap corse qui a vu s’affronter des habitants d’origine maghrébine et des Corses… d’origine. Je n’y étais pas, certes, et ne puis que me référer à ce que j’en ai lu, et en particulier au rapport du procureur de la Res publicæ – au nom de la Chose publique. Selon lui, donc, les premiers se seraient approprié une plage pour une fête, « en une sorte de caïdat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux seconds… Tandis que des photos étaient prises, incluant des femmes voilées au bain… Castagnes, cinq blessés, police, voitures incendiées. Pour résumer : une histoire de territoire, de conception sociétale, de culture.

Le multiculturalisme se nourrit aussi de bien des naïvetés. Surtout, il est vrai, auprès d’une certaine gauche d’autant plus volontiers accueillante que bien à l’abri des circuits de migration… Les Corses sont des insulaires [Excusez le pléonasme…] et, comme tels, historiquement, ont eu à connaître, à redouter, à combattre les multiples envahisseurs, des barbares – au sens des Grecs et des Romains : des étrangers ; en l’occurrence, et notamment, ce qu’on appelait les Sarrasins et les Ottomans, autrement dit des Arabes et des Turcs. D’où les nombreuses tours de guet, génoises et autres, qui parsèment le littoral corse, comme à Sisco. Des monuments – du latin « ce dont on se souvient » – attestent de ce passé dans la dureté de la pierre autant que dans les mémoires et les mentalités – même étymologie que monument !

Ainsi les Corses demeurent-ils on ne peut plus sourcilleux de leur territoire et, par delà, de leurs particularismes, souvent cultivés à l’excès, jusqu’aux nationalismes divers et ses variantes qui peuvent se teinter de xénophobie et de racisme [Enregistré après l’affaire de Sisco, un témoignage affligeant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insulaires, selon leur propre histoire : « exportés » par l’Histoire (il ne s’agit nullement de nier la réalité et les effets du colonialisme) et en particulier les migrations économiques, ainsi devenus insulaires, c’est-à-dire isolés de leur propre culture et surtout de leur religion. Tandis que la récente mondialisation, telle une tempête planétaire, relance avec violence les « chocs des cultures » – je ne dis pas, exprès « civilisations » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion militaire de l’Occident dans le monde musulman, sous la houlette des Bush et des néo-conservateurs états-uniens a constitué un cataclysme géopolitique ne cessant de s’amplifier, abordant aujourd’hui le rivage corse de Sisco et qui, si j’ose dire, s’habille désormais en burkini.

Retour donc au fameux burkini avec la position de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénonçant le raccourci par lequel des maires lient le port du burkini au terrorisme, ajoute dans son communiqué : « Quel que soit le jugement que l’on porte sur le signifiant du port de ce vêtement, rien n’autorise à faire de l’espace public un espace réglementé selon certains codes et à ignorer la liberté de choix de chacun qui doit être respectée. Après le « burkini » quel autre attribut vestimentaire, quelle attitude, seront transformés en objet de réprobation au gré des préjugés de tel ou tel maire ? Ces manifestations d’autoritarisme […] renforcent le sentiment d’exclusion et contribuent à légitimer ceux et celles qui regardent les Français musulmans comme un corps étranger à la nation. »

Pour la LDDH, certes dans son rôle, il s’agit de mettre en avant et de préserver le principe démocratique premier, celui de la liberté : d’aller et venir, de penser, de prier, de danser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des libertés. C’est aussi la position des Femen qui, tout en déplorant l’enfermement des femmes dans le vêtement, entendent défendre le libre choix de chacun.

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Les Iraniens sont de plus en plus nombreux à poser avec, sur la tête, le voile de leur fiancée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux sociaux : #meninhijab

Le hic vient cependant de ce que le burkini n’est pas l’équivalent symétriquement inversé du bikini et qu’on ne peut pas s’en sortir avec une formule comme « quel que soit le signifiant… » ; cette tenue exprime en effet un contenu religieux affirmé, revendiqué – ce que n’est pas le bikini, qui relève de la mode, ou seulement de la marchandise vestimentaire. Il est aussi vrai que le burkini a été inventé et lancé par des acteurs de la mode et que son commerce atteint aujourd’hui des sommets et que, comme tel, son contenu religieux semble tout relatif… Ainsi, burkini et bikini ne présenteraient pas qu’une proximité lexicale, ils partageraient une fonction érotique semblable par une mise en valeur du corps féminin comme le font le cinéma et la photo pornographiques, pas seulement par la nudité crue, mais aussi par le moulage des formes sous des vêtements mouillés. Le problème demeure cependant : il est bien celui de l’intrusion du religieux dans le corps de la femme et dans sa liberté. Par delà, il pousse le glaive des djihadistes dans le corps si fragilisé des démocraties «mécréantes», incitant à des affrontements de type ethniques et communautaires, mettant à bas l’idéal du «vivre ensemble», préludes à la guerre civile. Une telle hypothèse – celle de l’État islamique – peut sembler invraisemblable. Elle n’est nullement écartée par les voix parmi les plus éclairées d’intellectuels de culture musulmane. C’est le cas des écrivains algériens comme Kamel Daoud et Boualem Sansal ou comme le Marocain Tahar Ben Jelloun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ranger…), quelles solutions envisager pour désamorcer ce prélude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pourtant unique selon les monothéismes – le judaïsme, religion du particulier ethnique, demeurant en l’occurrence au seuil de la polémique, ayant assez à faire avec l’usage public de la kippa… ; et le bouddhisme totalement en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflexions, je serais tenté d’en appeler à la stricte laïcité « à la française », selon la loi de 1905, comme solution susceptible d’apaiser les conflits : pas de signes religieux (disons ostentatoires) dans l’espace public. On notera à ce sujet que les tolérances actuelles des religions par rapport aux mœurs demeurent relatives, récentes et fragiles – voir la réaction du mouvement Famille pour tous et du clergé catholique, pour ne parler que de la France ! Donc préférer la Laïcité pour tous afin que les vaches soient bien gardées… Au delà de la boutade, il est vrai que le risque demeure pour les femmes musulmanes de se voir exclues totalement de l’espace public, et des plages en particulier. À elles alors de se rebeller, y compris et peut-être d’abord contre leurs dominateurs mâles, obsédés sexuels travaillés par un appareil religieux datant du VIIIe siècle. À moins qu’elles ne préfèrent l’état de servitude, lequel relevant de la sphère privée, loin de tout prosélytisme au service d’une négation de la vie et du droit à l’épanouissement de tout individu, homme, femme, enfant.

Je reconnais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut toujours pour les femmes qui, dans le monde, sont tout juste parvenues à se libérer, ou même partiellement. C’est qu’il leur a fallu se battre. Tandis que leurs droits durement acquis sont parfois remis en cause – le plus souvent sous la pression religieuse plus ou moins directe. Elles se sont soulevées dans le monde islamisé et continuent de le faire, en avant-gardes minoritaires, trop souvent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être soutenues par des hommes. Comme actuellement en Iran, avec cette campagne appuyée par des photos où des hommes apparaissent voilés aux côtés de femmes têtes nues. J’ai failli écrire « chapeau ! »

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Comment ne pas apprécier ce billet de Sophia Aram, lundi sur France inter. Indispensable, courageuse, pétillante Sophia – la sage iconoclaste. Mais «grotesque», cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dramaturge allemand nazi, la citation exacte : « Quand j’entends parler de culture… je relâche la sécurité de mon Browning ! »
  2. Parmi ces maires, celui de Villeneuve-Loubet (06), Lionnel Luca, favorable au rétablissement de la peine de mort… convaincu du rôle positif de la colonisation. Sympa.
  3. Et, tiens ! revoilà le « sarko » tout flambant-flambard, revirginisé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occupation illicite de place sera immédiatement empêchée, et les zadistes seront renvoyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publique à la suite d’une manifestation à laquelle ils auraient appelé, les syndicalistes devront régler les dommages sur leurs propres deniers. »
  4. Quelle religion, dans le fil de l’Histoire, pourrait se dédouaner de tout extrémisme violent ?
  5. Citation attribuée à Bossuet, évêque de Meaux (avant Copé), prédicateur, 16271704.
  6. Je ne souhaite pas ici déborder sur la controverse autour du livre de Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, paru en 1997.

Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxième fatwa vient de frapper l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à propos de son analyse des violences sexuelles du Nouvel an à Cologne. Cette nouvelle condamnation émane d’une sorte de secte laïque rassemblant une poignée d’« intellectuels autoproclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les signataires du «Collectif»Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fantasmes de Kamel Daoud », ce « collectif » lançait son anathème, excluant de son cénacle « cet humaniste autoproclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les premières lignes de la sentence, l’intention malveillante des juges. Les lignes suivantes confirmaient une condamnation sans appel : « Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par » la droite et l’extrême droite «, l’auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort cher à Ernest Renan (18231892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (18411931). »

Que veulent donc dire, ces sociologisants ensoutanés, par leur attendu si tranchant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l’islam religion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieilleries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tandis que leur « sociologie » à eux, hein !

Nos inquisiteurs reprochent au journaliste algérien d’essentialiser « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ainsi avec condescendance : « Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (19921999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expérience, si délicatement choisi] Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. »), selon une « approche culturaliste ». En cela, ils rejoignent les positions de l’essayiste américano-palestinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabrication de l’Occident post-colonialiste. Comme si les cultures n’existaient pas, jusqu’à leurs différences ; de même pour les civilisations, y compris la musulmane, bien entendu.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

«Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?» W. Reich

À ce propos, revenons aux compères Renan et Le Bon, en effet contemporains et nullement arriérés comme le sous-entendent nos néo-ayatollahs. Je garde les meilleurs souvenirs de leur fréquentation dans mes années « sexpoliennes » – sexo-politiques et reichiennes –, lorsque l’orthodoxie marxiste se trouva fort ébranlée, à partir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je relirais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notamment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psychologie des foules, de Gustave Le Bon, dont on retrouve de nombreuses traces dans Psychologie de masse du fascisme du même Wilhelm Reich. Les agressions de Cologne peuvent être analysées selon les critères reichiens du refoulement sexuel et des cuirasses caractérielle et corporelle propices aux enrôlements dans les idéologies fascistes et mystiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réalités « objectives » des conditions de vie – elles se renforcent mutuellement. Tandis que les accusateurs de Daoud semblent ignorer ces composantes psycho-sexuelles et affectives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ainsi accusé de psychologiser les violences sexuelles de Cologne, et d’« effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lamentable retournement du propos – selon une argumentation qui pourrait se retourner avec pertinence !

Enfin, le journaliste algérien se trouve taxé d’islamophobie… Accusation définitive qui, en fait, à relire ces compères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de combat » désormais à la mode, interdit toute critique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « double fatwatisé » pourra cependant trouver quelque réconfort dans des articles de soutien. Ainsi, celui de Michel Guerrin dans Le Monde du 27 février. Le journaliste rappelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme pour se consacrer à la littérature. « Il ne change pas de position mais d’instrument. » « Ce retrait, poursuit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d’une fatwa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses convictions. Du reste, sa vision de l’islam est passionnante, hors normes, car elle divise la gauche, les féministes, les intellectuels. Une grande partie de la sociologie est contre lui mais des intellectuels africains saluent son courage, Libération l’a défendu, L’Obs aussi, où Jean Daniel retrouve en lui “toutes les grandes voix féministes historiques”. […] Ainsi va la confrérie des sociologues, qui a le nez rivé sur ses statistiques sans prendre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L’Obs, le 18 février. »

Ainsi, cette remarquable tribune de la romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari, dans Libération du 28 février, rétorquant aux accusateurs :

« Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : «Il faut dire qu’il y a un… par franceinter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le «porno-islamisme» s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le «porno-islamisme» et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l’islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l’homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d’une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L’Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l’on voit que la «guerre» ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?



Attentats de Paris. Que de morts, que de drames !

Même encore incomplète, qu’elle semble interminable, la liste des victimes des attentats de ce vendredi noir ! Que de drames soudain surgis dans les familles, chez les proches !… Et que de souffrances sous les blessures, les mutilations ! Fallait-il y ajouter l’outrage infligé, hier à l’Assemblée nationale, par les politicards et leurs gesticulations imbéciles, indécentes, outrageantes, atterrantes ? Cette liste des morts de vendredi ne peut que leur faire honte. Une honte qui ne consolera de rien, ni des peines, ni des douleurs.

attentats-Paris

Marseille , lundi midi. [Ph. gp]

Guillaume Barreau Decherf, 43 ans, était journaliste aux Inrocks. Passionné de Hard Rock, il était diplômé de l’école de journalisme ESJ Lille. Il avait débuté à Libération et travaillé pour le magazineRolling Stone. Il avait récemment écrit au sujet du nouvel album du groupe Eagles of Death Metal, qui se produisait au Bataclan le soir du massacre.. Père de deux filles, il est né à Bar-le-Duc (Meuse) et a grandi dans l’Essonne, comme le rapporte lEst Républicain. Ses confrères et anciens camarades de l’Ecole de journalisme ESJ de Lille se souviennent de sa douceur sous une allure de «métalleux», de sa passion pour la musique et de son sens de la formule qui faisait souvent mouche. Il a perdu la vie au Bataclan.

Macathéo Ludovic Boumbas, 40 ans, dit «Ludo», 40 ans, est mort à La Belle Equipe, bistrot du XIe arrondissement où il fêtait l’anniversaire d’une amie. «Il a voulu protéger une amie, Chloé, en se mettant sur elle. Il s’est pris une rafale», a dit son frère à l’AFP. D’origine congolaise, Ludo était ingénieur chez le transporteur FedEx.

Alban Denuit, 32 ans, originaire du Lot-et-Garonne, à Marmande, ce plasticien était exposé à la galerie bordelaise Eponyme. Diplômé de l’École nationale des Beaux-Arts de Paris, il enseignait à l’université Bordeaux 3. Selon Sud Ouest, il avait obtenu l’été dernier son doctorat d’arts plastiques avec félicitations du jury. Il est décédé au Bataclan.

Romain Didier, 32 ans, était originaire du Berry. Il vivait non loin du lieu du drame, comme le rapporte le Journal du Centre. A Paris, il avait suivi des cours d’art dramatique à l’école Jean Périmony et avait occupé entre 2009 et 2013 le poste de manager du Little Temple Bar, un bar du VIe arrondissement de Paris. Il a été tué rue de Charonne, dans le XIe arrondissement de Paris, alors qu’il était avec son amie, Lamia Mondeguer, elle aussi décédée.

Lamia Mondeguer, 30 ans, a été tuée rue de Charonne alors qu’elle se trouvait avec son compagnon, Romain Didier. La jeune femme, diplômée de l’université Paris VII et de l’Ecole supérieure d’études cinématographiques travaillait pour l’agence artistique Noma Talents.

Cédric Mauduit, 41 ans, était originaire de Lion-sur-Mer (Calvados). Il travaillait au Conseil départemental du Calvados, où il était directeur de la Modernisation du département, comme le rapporte le site internet du département. Il assistait au concert avec 5 amis, dont une autre victime, David Perchirin. Son frère a lancé un appel sur les réseaux sociaux pour faire venir les Rolling Stones ou David Bowie, des artistes qu’il admirait, à son enterrement.

Romain Feuillade, 31 ans, était sur la terrasse de La Belle équipe lorsqu’il est tombé sous les balles des assaillants. Le jeune homme, marié, était originaire de Gilly-sur-Isère (Savoie) et s’était installé à Paris pour devenir comédien. Il tenait un restaurant dans le XIe arrondissement, Les Cent kilos, avec un associé. «C’était un garçon d’une profonde gentillesse, doté d’un puissant sens de l’humour. Souriant, généreux, humble, bienveillant. Un exemple d’homme, le meilleur. Un ami dévoué», a témoigné l’un de ses amis dans Libération

Véronique Geoffroy de Bourgies, 54 ans, était une ex-mannequin et ancienne journaliste duFigaro Madame et Vogue Homme. Elle avait fondé jemesensbien.fr, un blog sur lequel elle postait quotidiennement des billets “bonne humeur”. Elle avait adopté il y a deux ans une petite fille, Mélissa et un petit garçon, Diego. Amoureuse de Madagascar, elle y avait créé en 2004 une association, Zazakely Sambatra (“enfants heureux”) . Elle a été abattue à la terrasse de La Belle équipe. Son mari, photographe, était en déplacement à Shanghaï pendant les attentats.

Mathieu Hoche, 38 ans, était technicien cadreur pour la chaîne France 24. “Il était jeune, il avait un enfant de 6 ans”, a twitté sa collègue Roselyne Febvre sur Twitter. «Un garçon adorable, discret, bosseur, professionnel», évoque le directeur de la chaîne Marc Saikali.

Thomas Ayad, 34 ans, originaire d’Amiens, était producteur pour la maison de disque Mercury Records, un label qui dépend du groupe Universal et s’occupait notamment du marketing d’Eagles of Death Metal. Tué au Bataclan, il assistait au concert avec deux collègues. Lucian Grainge, PDG d’Universal Music Group, a rendu hommage à Thomas Ayad dans une lettre publiée par le Los Angeles Times. Passionné de hockey sur gazon, son ancien club a organisé un rassemblement d’hommage dimanche. «Il est mort presque tout de suite, au Bataclan, alors qu’il était en train de parler avec un garçon de Nous Productions (le tourneur du concert, ndlr), qui lui a été blessé. (…) Franc, honnête, c’était un ami fidèle, on pouvait compter sur lui», a raconté à Libération l’un de ses amis.

Marie Mosser, 24 ans, originaire de Nancy et ancienne employée de la maison de disque Mercury Records, elle collaborait avec le site internet Celebrities in Paris, qui a confirmé son décès. Cette spécialiste en Communication et marketing digital est l’une des victime de l’attentat du Bataclan.

Quentin Boulenger, 29 ans, était originaire de Reims et habitait dans le 17e arrondissement de Paris, selon l’Union. Il est décédé au Bataclan. Diplômé de l’école de commerce Audiencia de Nantes (Loire-Atlantique), ce jeune marié s’était installé dans le XVIIe arrondissement de Paris et travaillait comme responsable digital international au sein du groupe de cosmétiques L’Oréal.

Valentin Ribet, 26 ans, était avocat d’affaires au barreau de Paris depuis l’année dernière. Il travaillait au cabinet Hogan Lovells, qui a confirmé sa disparition. Le jeune homme avait étudié à London School of Economics, après avoir obtenu son diplôme à la Sorbonne. Il est décédé au Bataclan, où il était avec son amie Eva, blessée, opérée et dont les jours ne sont plus en danger.

Djamila Houd, 41 ans, et originaire de Dreux, a été tuée sur la terrasse de La Belle Équipe, rue de Charonne. Fille de Harkis, issue «d’une des grandes familles drouaises», comme le rapporte l’Écho Républicain, Propriétaire de la brasserie parisienne le Café des anges, à Bastille, Djamila Houd vivait à Paris.

Fabrice Dubois, 46 ans, marié et père de deux enfants âgés de 11 et 13 ans, était rédacteur concepteur chez Publicis Conseil. Il habitait à Médan, dans les Yvelines. Il est décédé au Bataclan. Sa sœur a confirmé sa mort à Paris Match.

François-Xavier Prévost, 29 ans, originaire de Lambersart, dans le Nord-Pas-de-Calais, était passionné de tennis. Il travaillait dans la publicité à Lille, comme le rapporte l’AFP. Selon La Voix du Nord, il assistait au concert du Bataclan avec deux amis. «We miss you FX», une page Facebook dédiée au jeune homme a été créée par ses proches. «L’amour de ma vie, à jamais», a écrit sa compagne sur la page Facebook créée pour lui rendre hommage.

Mathias Dymarski, 22 ans et Marie Lausch, 23 ans, sont tous les deux décédés lors de l’attentat du Bataclan. Ces Mosellans étaient ensemble depuis 5 ans, et avaient emménagé en septembre dernier dans un appartement parisien, selon Le Républicain Lorrain. La jeune femme, diplômée de l’école de commerce de Reims, venait de terminer une mission pour un groupe de cosmétiques. Mathias, ingénieur travaux, allait fêter ses 23 ans le 6 décembre prochain.

Pierre Innocenti, 40 ans, que tout le monde appelait “Pierro”, avait repris le restaurant italien familial Livio, une institution à Neuilly-sur-Seine. Il avait posté sur sa page Facebook, quelques minutes avant le début du concert, une photo de l’affiche du groupe de rock. «Pierre était un énorme bosseur, mais c’était aussi un bon vivant, il aimait faire la fête. C’était aussi un homme de valeurs», raconte Arash Derambarsh, un ami de Pierre Innocenti et élu de Courbevoie.

Stéphane Albertini, cousin de Pierre Innocenti, était le copropriétaire du restaurant Livio.

Matthieu Giroud, 39 ans, était originaire de Jarrie, dans la région de Grenoble. Géographe, spécialiste de la gentrification, il était maître de conférence à l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand entre 2008 et 2012, avant de rejoindre le CNRS et l’Université Paris Est Marne la Vallée. Il était le père d’un petit garçon de 3 ans et sa compagne, Aurélie, est enceinte d’une petite fille. Qualifié par un membre de sa famille d’ «impitoyablement pacifiste», Matthieu Giroud «aimait le rock, le whisky japonais, le foot, les BD et regarder des séries avec son Aurélie. Plus que tout il aimait ses amis — nombreux. Ses amis de Jarrie et ses amis de Paris. Ses amis vivant en province et ses amis vivant à l’étranger», a écrit sur Facebook Fabienne Silvestre-Bertoncini, sa belle soeur. Matthieu Giroud est décédé au Bataclan.

Aurélie de Peretti, 33 ans, infographiste de formation, reconvertie dans la restauration, était originaire de Saint-Tropez. Elle était venue à Paris avec son amie Élodie Pierrat pour assister au concert du Bataclan, où elle est décédée. Élodie Pierrat demeure en soins intensifs.

Quentin Mourier, 29 ans, tué au Bataclan, était architecte aux Vergers Urbains. Il est décrit comme quelqu’un «plein de ressources, d’énergie, d’initiatives, d’engagement» sur le site internet de cette association qui milite pour la végétalisation. Il habitait dans la capitale mais était originaire de Rouffach (Haut-Rhin), selon les Dernières Nouvelles d’Alsace. Il avait étudié à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles.

Élodie Breuil, 23 ans, était étudiante en design à l’école de Condé, dans le XVème arrondissement de la capitale. Elle est décédée au Bataclan alors qu’elle assistait au concert avec un groupe d’amis. Elle avait participé à la marche de la République en janvier dernier, avec sa mère. «Tout ce que vous pouvez faire, c’est informer le monde entier de ces horribles choses que nous nous infligeons les uns aux autres», a déclaré son frère Alexis à un journaliste de Time, alors qu’on venait de lui confirmer le décès de la jeune fille aux yeux bleus.

Fanny Minot, 29 ans, était monteuse pour Le Supplément de Canal +. «Une fan de rock», selon l’une de ses collègues contactée par l’AFP.

Nicolas Classeau, 40 ans, était le directeur de l’IUT Marne la vallée. Il assistait au concert avec sa compagne, toujours hospitalisée. Guitariste amateur, le quadragénaire vivait à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) avec ses trois enfants, de 15, 11 et 6 ans.

Nick Alexander, 36 ans, britannique de Colchester, vendait des produits à l’effigie du groupe Eagles of Death Metal lorsqu’il a été tué au Bataclan. «Nick est mort en faisant le travail qu’il aimait et nous sommes réconfortés de voir à quel point il était aimé par ses amis à travers le monde», a écrit sa famille dans un communiqué. «Dors bien, mon doux prince, Nick Alexander… #fuckterrorism #iwillalwaysloveyou #Bataclan», a publié sur Twitter sa compagne Polina Buckley, avec une photo d’eux deux.

Halima Ben Khalifa Saadi, 35 ans, était originaire de Menzel Bourguiba (Tunisie), près de Bizerte. Cette jeune femme à la crinière de lionne était mariée à un Sénégalais, Adama Ndiaye, et vivait à Dakar. Sa famille est installée au Creusot (Saône-et-Loire), où son père est arrivé en 1970 pour travailler dans le bâtiment. Mère de deux jeunes garçons, elle était à Paris, au restaurant «La Belle équipe», pour fêter l’anniversaire d’une amie.

Hodda Ben Khalifa Saadi, 34 ans, était à Paris avec sa sœur aînée Halima pour fêter un anniversaire.

Maxime Bouffard, 26 ans, originaire du Coux (Dordogne), est mort au Bataclan. Titulaire d’un BTS en audiovisuel à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), il habitait depuis quatre ans à Paris, où il réalisait des clips vidéo -récemment pour le groupe Le Dernier Métro — et des films publicitaires. «C’était un amateur de rugby, de vin et de bonne bouffe. C’était un pilier dans sa famille et dans son groupe d’amis», a raconté un ami à l’AFP. Fan de rock, il avait partagé sur son profil Facebook en juillet une critique élogieuse du nouvel album d’Eagles Of Death Metal.

Nicolas Catinat, 37 ans, a été tué au Bataclan, alors qu’il se trouvait dans la fosse. Habitant à Domont, dans le Val-d’Oise, il a cherché à protéger ses amis en se plaçant en bouclier humain.

Précilia Correia, 35 ans, Portugaise, était employée par la maison de disques Mercury Music. Elle est morte au Bataclan. «Pour ceux qui se rappellent de moi après le primaire, j’aimais plus faire mes devoirs cela ne m’a pas empêcher de rester à l’école jusqu’à plus de 25 ans…», raconte sur son profil Copains d’Avant cette jeune femme brune qui a étudié les langues étrangères et la photographie.

Asta Diakite, cousine du joueur de l’équipe de France de football Lassana Diarra, qui était en train de jouer sur la pelouse du Stade de France lorsque les explosions ont eu lieu. La jeune femme, décrite comme une musulmane pratiquante, est morte dans la fusillade de la rue Bichat, où elle était sortie faire des courses. «Elle a donné sa vie pour sauver celle de son neveu qui était avec elle», a écrit sur Facebook sa cousine. «Elle a été pour moi un repère, un soutien, une grande soeur», a témoigné le joueur de l’OM dans un message posté sur les réseaux sociaux.

Manuel Colaco Dias, 63 ans, un Portugais fan de foot qui vivait depuis 45 ans à Paris, a péri alors qu’il se trouvait à l’extérieur du Stade de France.

Elsa Delplace, 35 ans, était venue au concert des Eagles of Death Metal avec sa mère et son fils de 5 ans, qui les aurait vu mourir mais qui a survécu. La jeune femme était formatrice dans un centre de formation d’apprentis parisien. La grand-mère, Patricia San Martin, 61 ans, était fonctionnaire à la mairie de Sevran et nièce d’un ambassadeur chilien.

Elif Dogan, 26 ans, Belge d’origine turque, travaillait dans une société d’informatique en Belgique. Installée à Paris depuis quatre mois, tout près du Bataclan, elle est décédée dans la salle de spectacles sous les balles des terroristes, comme son compagnon Milko Jozic. «On se disait que notre fille vivait dans un endroit sûr. On craignait des actions en Turquie et c’est dans une des plus grandes métropoles du monde qu’on l’a perdue», a déploré son père Kemal Dogan, retourné vivre en Turquie il y a quelques mois.

Romain Dunet, 25 ans, un grand fan de musique, de ukulele et de chant, est mort au Bataclan. Enseignant d’anglais dans un ensemble scolaire parisien, il était également membre d’un groupe de musique. Ses proches ont ouvert une page d’hommage sur Facebook, «pour témoigner de son intelligence et de sa gentillesse, de son engagement dans ses passions et de son dévouement pour ses élèves».

Thomas Duperron, 30 ans, un Parisien originaire d’Alençon s’occupait de la communication de la salle de concert parisienne La Maroquinerie. Spectateur du Bataclan, il est mort dimanche à l’hôpital de Percy-Clamart où il avait été transporté. «Nos pensées vont à sa famille, à ses proches ainsi qu’aux équipes de La Maroquinerie», a posté sur son site internet l’Ecole d’art et de culture (EAC), dont il était sorti diplômé en 2010.

Gregory Fosse, 28 ans, habitant de Gambais (Yvelines). Grégory était programmateur musical pour la chaîne D17. Un hommage lui sera rendu lundi, à l’initiative du conseil municipal de la commune de Gambais.

Juan Alberto Gonzàles Garrido, 29 ans, ingénieur espagnol , travaillait pour EDF. Originaire de Grenade, en Andalousie, il vivait à Paris avec son épouse Angelina Reina, 33 ans. Présente à ses côtés au Bataclan vendredi soir, cette dernière a vu son époux tomber au sol avant de perdre sa trace, selon le quotidien El Pais.

Cédric Gomet, 30 ans, originaire de Foucherans dans le Jura et résidant à Paris, travaillait pour TVMonde. Il se trouvait au Bataclan avec l’un de ses amis, Cédric, lui-même blessé par balles à la jambe au cours de l’assaut.

Nohemi Gonzalez, 23 ans, de nationalité mexicaine et américaine, se trouvait à la terrasse du Petit Cambodge en compagnie d’une amie. Étudiante en troisième année à l’université d’État de Long Beach en Californie, elle se trouvait à Paris dans le cadre d’un semestre d’échange universitaire à l’école de design Strate de Sèvres. Décrite par son petit ami comme «la plus douce des jeunes femmes», elle devait rentrer aux États-Unis le mois prochain.

Raphael H, 28 ans, est né à Garmisch-Partenkirchen en Bavière. Architecte, il avait été embauché dans le cabinet de Renzo Piano à Paris. Vendredi soir, il était allé dîner au Petit Cambodge avec deux collègues, un Irlandais et un Mexicain. Ils ont aussi été blessés lors de l’attaque.

Thierry Hardouin, 36 ans, sous-brigadier au dépôt de Bobigny, devait passer la soirée à Paris au restaurant la Belle Équipe, rue de Charonne, pour célébrer l’anniversaire de sa compagne. «Bon vivant», «homme joyeux et professionnel», «Thierry avait affaire au quotidien à des gens dangereux. On savait qu’il fallait toujours rester sur le qui-vive» confie un de ses proches au quotidien Le Parisien. Thierry Hardouin était père de deux enfants.

Pierre-Antoine Henry, 36 ans, ingénieur de profession, était originaire de la région parisienne, comme le rapporte Ouest France. Il travaillait dans les systèmes de communication. Pierre-Antoine est décédé dans la salle du Bataclan. «Le premier mot qui me vient à l’esprit quand je pense pense à lui, c’est sa gentillesse», a inidiqué à l’AFP l’un de ses proches.

Marion Lieffrig-Petard, était étudiante en 1e année du master franco-italien de musicologie de la Sorbonne. Musicienne, passionnée par les voyages musicaux en Méditerranée, elle venait de rentrer d’une année d’Erasmus à Barcelone et s’apprêtait à effectuer sa deuxième année de Master à Palerme. Elle fait partie des victimes. Barthélémy Jobert, Président de Paris-Sorbonne lui a rendu hommage.

Anna Lieffrig-Petard, 27 ans, graphiste. Elle a été tuée alors qu’elle dînait à la terrasse du Petit Cambodge avec sa soeur Marion, décédée également, a indiqué à l’AFP le maire de Chailles (Loir-et-Cher), Yves Crosnier-Courtin, où leurs parents tiennent une boucherie. «Elle était venue retrouver sa soeur ce week-end-là et elles avaient envoyé un message à leurs parents pour leur dire que la vie était belle, qu’elles étaient contentes de se retrouver».

Suzon Garrigues, 21 ans, était étudiante en troisième année de Licence de lettres modernes appliquées à la Sorbonne, a elle aussi disparu au Bataclan. Barthélémy Jobert, Président de Paris-Sorbonne lui a également rendu hommage: «Elle laisse à ses camarades le souvenir de la plus généreuse, la plus altruiste, la plus drôle des amies, et aussi d’une inconditionnelle et fidèle admiratrice de Zola».

Mohamed Amine Ibnolmobarak, Marocain, 28 ans, architecte encadrant à l’Ecole nationale supérieure d’architecture Paris-Malaquais, ce passionné de natation était «engagé, intellectuel, créatif», selon l’un de ses anciens professeurs interrogé par Libération. Il a été tué alors qu’il se trouvait au bar Le Carillon avec sa femme, qu’il avait épousée cet été. Cette dernière, gravement blessée, «a subi trois opérations chirurgicales» mais «ses jours ne seraient plus en danger», a confié un proche à l’AFP.

Milko Jozik, 47 ans, de nationalité belge. Cet ingénieur souriant, père d’une jeune femme de 22 ans, habitait avec sa nouvelle compagne Elif Dogan, également de nationalité belge, elle aussi décédée, dans la rue du Bataclan où ils s’étaient installés il y a quatre mois. «Je me dis simplement que le monde est complètement pourri. C’est surtout pour ma fille que c’est dur, on se sent paumées», a confié son ex-épouse au quotidien belge La Dernière Heure.

Hyacinthe Koma, 37 ans, serveur au restaurant Les Chics Types, dans le 19e arrondissement, il participait à une soirée d’anniversaire au restaurant La Belle Équipe rue de Charonne. «Il avait beaucoup d’amis», selon sa petite sœur Amy. L’un d’entre eux a lancé une cagnotte sur le site Leetchi pour aider sa famille à financer les obsèques.

Guillaume Le Dramp, 33 ans, figure du quartier, buvait un verre en terrasse au bar La Belle Equipe quand il a été tué. Originaire de Cherbourg, il avait fait ses études à Caen avant d’aller à Parme (Italie) puis à Paris, où il travaillait dans un restaurant derrière la place des Vosges. Décrit comme «charmeur, chaleureux, un vrai gentil, avec un humour dévastateur» par l’un de ses proches à l’AFP, il était tenté de retourner vivre en Italie et préparait le concours de professeur des écoles.

Christophe Lellouche, 33 ans, tué au Bataclan. Il était supporter de l’OM, guitariste et compositeur du groupe Oliver et fan de Metallica, selon un de ses amis interrogé par Libération.

Yannick Minvielle, 39 ans, travaillait dans la publicité et chantait dans un groupe de rock. Il est mort au Bataclan.

Justine Moulin, 20 ans, une parisienne originaire d’Asnières (Hauts-de-Seine), était étudiante en Master à SKEMA Business School, qui lui a rendu hommage sur son site internet.

Victor Muñoz, 25 ans, est mort à La Belle Équipe, rue de Charonne. Il était le fils d’un élu du XIe arrondissement. Il venait d’être diplômé de l’ESG Management School, une école supérieure de commerce à Paris.

Bertrand Navarret, 37 ans. Selon la Dépêche du midi, il avait grandi à Tarbes, où son père est notaire, et vivait à Capbreton, sur la côte landaise. Il était parti à Paris pour passer quelques jours dans la capitale et assister au concert au Bataclan.

David Perchirin. Après avoir été journaliste, il était devenu récemment professeur des écoles et enseignait depuis septembre 2014 en Seine-Saint-Denis. Ce quarantenaire est mort au Bataclan aux côtés de son ami Cédric Mauduit, rencontré à Sciences Po Rennes. «Bons vivants, débordants d’énergie, enthousiastes indéfectibles, le ciment de leur amitié a toujours été leur passion du rock’n roll», selon l’hommage rendu par l’association des anciens élèves de l’établissement.

Manu Perez, âgé d’une trentaine d’années, directeur artistique chez Polydor. Ce père de famille a posté sur Facebook quelques minutes avant sa mort une vidéo prise dans la fosse du Bataclan, intitulée «Il y a ceux qui y sont et qui ne sont pas». Sa mémoire a été saluée sur Twitter par plusieurs artistes dont il s’était occupé.

Caroline Prenat, 24 ans,originaire de Lyon, était graphiste. Elle était diplômée de l’École de Condé de Nancy et avait étudié à l’École d’arts appliqués de Bellecour, selon Lyon Capitale. Elle est décédée lors de la tuerie du Bataclan.

Armelle Pumir-Anticevic, 46 ans, est morte au Bataclan, où elle se trouvait avec son mari, Joseph. «Armelle m’a dit: «Viens, on court». On n’était pas loin de la porte de sortie. Armelle était derrière moi, on a foncé. Elle est tombée. J’ai cru qu’elle avait trébuché sur un cadavre. Je l’ai ramassée, je la portais. Mais en arrivant près de la porte, un flic m’a tiré par le bras, j’ai dû la lâcher. Putain. Je n’ai jamais revu Armelle», avait-il raconté dimanche à Libération. Chef de fabrication, mère de famille, cette Parisienne était aussi attachée aux Pyrénées-Orientales, où elle possédait une maison.

Matthieu de Rorthais, 32 ans, est mort dans l’attaque du Bataclan. Son père et sa soeur lui ont rendu hommage sur Facebook, cette dernière saluant la mémoire de son grand frère, «la plus belle étoile du ciel».

Raphaël Ruiz, 37 ans, mort au Bataclan. Il était «passionné de musique, de cinéma, de BD et de tant d’autres choses» selon l’association des anciens de Sciences Po Grenoble. «C’était un ami hors pair, un homme attachant et passionnant, et un grand éclat de rire avec les enfants». Il travaillait depuis 10 ans chez Ubiqus, où il était «unanimement apprécié pour son professionnalisme, son dévouement et son immense gentillesse».

Madeleine Sadin, 30 ans,qui vivait à Paris, est morte au Bataclan. Décrite comme «vivante, aimante et curieuse» par ses proches à l’AFP, elle était professeur de Français dans un collège de l’Essonne. Son cousin, Simon Casteran, journaliste toulousain, a publié, sur son bloglessermonsdulundi.com, une lettre adressée à Daech et titrée «Oui, je suis un pervers et un idolâtre».

Kheireddine Sahbi, 29 ans, surnommé «Didine», ce violoniste de nationalité algérienne rentrait chez lui vendredi après une soirée avec des amis lorsqu’il a été tué. Après des études de sciences, il s’était tourné vers la musique et étudiait depuis un an à Paris. Il était étudiant en master d’ethnomusicologie à la Sorbonne. Barthélémy Jobert, Président de Paris-Sorbonne, lui a rendu hommage. «Il habitait un quartier périphérique d’Alger, où la situation était très tendue» et «avait survécu à dix ans de terrorisme», à témoigné à l’AFP un de ses cousins. Son corps devrait être rapatrié en Algérie.

Lola Salines, 29 ans, était éditrice chez Gründ, chargé des ouvrages Jeunesse. Cette passionnée de rock et de metal a notamment édité l’Encyclo des Filles, paru en 2013, un manuel de référence pour les adolescentes. Passionnée de roller derby, la jeune femme faisait partie du club la Boucherie de Paris, l’équipe de la capitale. Elle portait sur les pistes le nom de «Josie Ozzbourne». Son père, Georges, l’a cherchée toute la nuit de vendredi à samedi, pour finalement annoncer son décès samedi matin, sur Twitter.

Hugo Sarrade, 23 ans, débutait son week end à Paris par ce concert au Bataclan, avant de rejoindre son père en région parisienne. Étudiant en intelligence artificielle à Montpellier, Hugo était persuadé que «l’obscurantisme est notre pire ennemi», selon son père, interrogé par le quotidienMidi Libre.

Valeria Solesin, 28 ans, est morte au Bataclan, après avoir été prise en otage avec son fiancé et deux proches. Cette Italienne originaire de Venise, doctorante en démographie, vivait depuis quatre ans à Paris. «Elle nous manquera et je pense, au vu de son parcours, qu’elle manquera aussi à l’Italie», a déclaré sa mère aux médias italiens. «Elle était le visage souriant et le cerveau brillant de la jeune communauté italienne à Paris», a témoigné un proche à l’AFP.

Ariane Theiller, 24 ans, était au Bataclan avec des amis lorsqu’elle a été abattue. Originaire du Nord, elle s’était installée à Paris. Après des études de Lettres à Orléans et à Strasbourg, elle avait effectué un stage chez Urban Comics. Elle était assistante de rédaction chez Rustica depuis le mois de juin dernier. Ses collègues lui ont rendu hommage sur Facebook: «Pour sa discrétion, sa douceur sans mièvrerie et la gentillesse naturelle qui émanait d’elle, nous l’avions tout de suite adoptée, comme une des nôtres, une enfant de notre clan. Chère Ariane, au minois candide, tu avais aménagé ton bureau pour regarder en face les autres et l’avenir qui pour toi s’annonçait radieux. Mais le livre que tu rêvais d’écrire s’est refermé trop vite».

Éric Thomé, photographe et graphiste parisien, âgé d’une quarantaine d’années, passionné de musique, est mort au Bataclan.

Luis Felipe Zschoche Valle, 33 ans, Chilien, habitait depuis huit ans avec sa femme à Paris, où il travaillait comme musicien, selon les autorités chiliennes.

Olivier Vernadal, 44 ans, natif du Puy-de-Dôme, était contrôleur des impôts à Paris. Il vivait à deux pas de la salle de concert du Bataclan, a confié son père au quotidien La Montagne. Il est l’une des victimes de la tuerie du Bataclan.

Ciprian Calciu, 31 ans et Lacramioara Pop, 29 ans, un couple de Roumains et parents d’un enfant âgé de 18 mois. Ils ont tous les deux été tués au cours de la tuerie du bar La Belle Équipe, selon Reuters.

Michelli Gil Jaimez, 27 ans, Mexicaine originaire de la ville de Veracruz, elle résidait à Paris, selonEl Pais. La jeune femme, qui s’était fiancée le 26 octobre avec son petit ami, étudiait sur le campus parisien de l’EM Lyon. Elle est l’une des victimes de la fusillade du bar La Belle Équipe. «Je t’aime mon amour. Repose en paix», a publié sur Facebook son compagnon italien, Filo. La famille de Michelli est arrivée à Paris afin de s’occuper du rapatriement de sa dépouille. «Michelli était une jeune fille charmante, c’était une jeune fille très heureuse, sociable, travailleuse et douée», a confié son cousin Félix José Gil Herrera aux médias mexicains.

Maud Serrault, 37 ans, ancienne étudiante du Celsa à Neuilly-sur-Seine, était directrice du Marketing et du e-commerce de la chaîne hôtelière Best Western France depuis près de trois ans. Elle s’était mariée récemment, comme l’a confié sa cousine Caroline Pallut à Reuters. Elle est décédée au cours de la tuerie du Bataclan.

Sébastien Proisy, 38 ans, né à Valenciennes (Nord), habitait à Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis, auprès de sa maman. Ce Franco Bulgare était «un étudiant brillant, boursier, plein de mérite et passionné de géopolitique», raconte Viviane, l’une de ses meilleures amies, rencontrée sur les bancs de l’université Panthéon-Assas. «Il avait un sens de l’humour de malade mental». Après avoir travaillé à la Commission européenne, Sébastien Proisy a créé sa propre start up, «qui marchait bien». Il dînait au Petit Cambodge, avec un collègue et un client, au moment de la fusillade. L’un d’entre eux a également été blessé lors de l’attaque.

Nathalie Jardin, 31 ans, originaire de Marcq-en-Barœul, et régisseuse lumière au Bataclan depuis 2011, travaillait vendredi 13 novembre dernier à la salle de concert. Elle était chargée d’accueillir les membres du groupe californien Eagles of Death Metal, selon La Voix du Nord. Son père, Patrick Jardin, était sans nouvelle de sa fille depuis vendredi et avait interpellé le Premier ministre Manuel Valls, lorsque celui-ci a salué les forces de police Gare du Nord, dimanche 15 novembre dernier, à Paris. Le décès de la jeune femme a été confirmé dimanche 15 novembre, deux jours après l’attentat.

Richard Rammant, 53 ans, originaire du Lot, mais résidant à Paris, il était le père de deux filles. Ce passionné de musique et de moto était bénévole au Cahors Blues Festival, comme le rapporte La Dépêche. Il assistait au concert du Bataclan avec sa femme, Marie Do, blessée aux jambes, mais qui a survécu. Son club de bikers prône «le respect, la fraternité et la solidarité comme un mode de vie», selon son site internet.

Lucie Dietrich, une graphiste, diplômée en 2013 de l’école multimédia IESA, à Paris, a été tuée au cours de la fusillade de la rue de la Fontaine au Roi. La jeune femme habitait à une rue du lieu du drame, a écrit sur Instagram Emmanuel Dietrich, son grand frère, en commentaire d’une photo de famille. En mémoire de sa sœur cadette, il a créé une montre, reproduite 13 fois, pour chacun des membres de la famille Dietrich. Marc-François Mignot-Mahon, le président de Studialis, un réseau d’écoles auquel appartient l’IESA, lui a rendu hommage dans un communiqué.

Thibault Rousse Lacordaire, 37 ans, habitant de Neuilly-sur-Seine, était Parisien de naissance, selon Jérôme Brucker, un ami d’enfance. Il est l’une des victimes de la fusillade du Bataclan. «Une gentillesse sans pareil» le qualifiait un de ses proches.

Gilles Leclerc, 32 ans, est mort au Bataclan, a annoncé sa tante lundi en début de soirée, après trois jours d’incertitudes. Le jeune homme, fleuriste dans la boutique de sa mère, à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise), au nord de Paris. Quelques minutes avant le concert, le jeune homme barbu, fan de rock, de tatouages et des Etats-Unis, avait publié un selfie sur les réseaux sociaux: il y apparaissait, avec sa compagne, Marianne, une bière à la main, devant la scène, depuis la fosse qui commençait à se remplir. Lorsque les premiers tirs ont fusé, il a projeté son amie par terre qui, en rampant, est parvenue à s’enfuir.

Antoine Mary, 34 ans, développeur informatique. Développeur pour des sites internet, ce jeune homme originaire de Caen (Calvados) était sorti au Bataclan en compagnie de son ami Ferey, réalisateur, monteur et photographe, lui aussi décédé. «Aujourd’hui nous pleurons l’un des nôtres. Ton esprit libre, ta belle humeur. Antoine, nous ne t’oublierons pas», a tweeté pour annoncer son décès l’agence de publicité Milky, où il avait travaillé avant de se mettre à son compte.

Germain Ferey, 36 ans. Originaire de Vienne-en-Bessin (Calvados), il avait bifurqué tardivement vers l’Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA), après des études de Lettres étrangères et d’administration économique et sociale et même un emploi dans le milieu bancaire. A son compte depuis 2011 après avoir travaillé dans des entreprises de post-production audiovisuelle, il était réalisateur et monteur, et aussi photographe, installé à Paris. Il est mort au Bataclan, où il s’était rendu avec son ami Antoine Mary, une autre victime. «On a du mal à imaginer que ce soit possible», a confié au quotidien Ouest France Rémi Françoise, le maire de Vienne-en-Bessin, où résident toujours ses parents.

Jean-Jacques Amiot, 68 ans, était au Bataclan lorsqu’il s’est fait tuer. Fan de rock, familier des salles de concert, ce Parisien père de deux filles et deux fois grand-père était à la tête d’une entreprise de sérigraphie et travaillait régulièrement pour les artistes, les musiciens, ou les dessinateurs. «C’était un homme doux», a rappelé son frère dans Le Télégramme.

Baptiste Chevreau, 24 ans, est tombé sous les balles au Bataclan. Jeune guitariste, passionné de musique, il était le petit-fils de la chanteuse Anne Sylvestre. Après une enfance passée à Tonnerre (Yonne), il s’était installé à Paris il y a cinq ans.

Marion Jouanneau, 24 ans. «C’était une jeune femme très, très douce», dit d’elle une proche. Son compagnon, un kinésithérapeute qui a réussi à échapper au massacre, a multiplié les avis de recherche pendant le week-end, postant et repostant sur les réseaux sociaux un souriant portrait d’une jeune femme aux cheveux blonds cendrés. Il a fini par annoncer sur Twitter lundi: «Marion est morte». Ils habitaient Chartres (Eure-et-Loir).

Vincent Detoc, 38 ans, est mort au Bataclan. Cet architecte, père de deux enfants de 7 et 9 ans, était un fan de musique, guitariste amateur.

Christophe Foultier, 39 ans, est mort au Bataclan. Ce directeur artistique, père de deux enfants, passionné de rock, est décrit comme «simple, honnête et sincère» par ses amis sur Facebook.

Raphaël Hilz, 28 ans. Né en Bavière, en Allemagne, il était architecte et avait été embauché dans le cabinet de Renzo Piano à Paris. Vendredi soir, il était allé dîner au Petit Cambodge avec deux collègues, blessés lors de l’attaque.

Stella Verry, 37 ans, dînait au Petit Cambodge, rue Bichat, lorsque les balles ont fusé. Médecin généraliste, elle avait récemment ouvert un cabinet dans le XIXe arrondissement de Paris, tout en étant médecin régulateur du Samu.

Chloé Boissinot, 25 ans, originaire de Château-Larcher dans la Vienne selon La Nouvelle République. Elle et son petit ami Nicolas, blessé, étaient en train de dîner au restaurant Le Petit Cambodge lorsque les assaillants ont ouvert le feu.

Emmanuel Bonnet, 47 ans, habitant de la Chapelle-en-Serval (Oise). Ce père de famille était vendredi au Bataclan avec l’un de ses enfants. «Le fils a réussi à quitter la salle, il ne trouvait pas son père mais était persuadé qu’il s’était lui aussi échappé», a raconté le maire de la commune Daniel Dray au Courrier Picard. Employé de la RATP, il avait partagé la veille du concert sur sa page Facebook un lien du groupe «Les athées en action» citant Jacques Prévert avec une photo du poète: «La théologie c’est simple comme dieu et dieu font trois.»

Anne Cornet, 29 ans. Originaire de Houdlémont (Meurthe-et-Moselle), la jeune femme a été tuée au Bataclan avec son mari Pierre-Yves Guyomard, avec lequel elle résidait à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), selon Le Républicain Lorrain.

Mayeul Gaubert, 30 ans, juriste. Originaire de Saône-et-Loire, il travaillait depuis cinq ans pour l’organisme de formation continue Cegos, où il était décrit comme «drôle, discret, efficace, très professionnel». Il est mort des suites de ses blessures au Bataclan. Sa page Facebook affichait en portrait «Je suis Charlie».

Pierre-Yves Guyomard, ingénieur du son et professeur en sonorisation à l’Institut supérieur des techniques du son (ISTS) à Paris. Il a été tué au Bataclan avec sa femme Anne Cornet. «Il était l’un des meilleurs enseignants que j’ai jamais eus et il avait beaucoup à partager avec ses étudiants et à leur donner», a écrit sur Facebook un de ses étudiants.

Olivier Hauducoeur, 44 ans, banquier. Diplômé de l’Ecole nationale supérieure d’Ingénieurs de Caen, il travaillait depuis 2006 au sein du groupe BNP Paribas. Ce coureur amateur était depuis un an employé de la société française de location automobile longue durée Arval, filiale du groupe bancaire. Il est mort au Bataclan.

Renaud Le Guen, 29 ans, a été tué au Bataclan où il se trouvait avec sa compagne, rescapée. «Renaud était quelqu’un de très cultivé et doux. Tout le monde l’aimait. C’était un mec bien», a témoigné au quotidien Libération celle qu’il devait épouser l’année prochaine et qu’il avait rencontrée à 17 ans. «Il aimait le jazz, le rock, la photo, être avec sa famille et ses amis», a-t-elle raconté. Il travaillait dans un garage pour poids lourds près de la gare d’Evry-Courcouronnes (Essonne) et habitait à Savigny-sur-Orge, où il avait grandi.

Charlotte Meaud, 30 ans, est morte avec sa soeur jumelle, Emilie, sur la terrasse du café Le Carillon. Cette chargée de développement de start-up, passionnée de musique et de sport, habitait dans le XXe arrondissement de Paris et a grandi à Aixe-sur-Vienne (Haute-Vienne) et fait ses études à Lyon et à Strasbourg.

Emilie Meaud, 30 ans, tuée avec sa soeur jumelle Charlotte sur la terrasse du Carillon, était architecte à Paris. Originaire de Haute-Vienne, elle aimait le rock et les films d’Eric Rohmer.

Cécile Misse, 32 ans, a été tuée au Bataclan, aux côtés de son compagnon, Luis Felipe Zschoche Valle, un musicien chilien. La jeune femme, installée à Paris depuis 2006, était chargée de production au théâtre Jean-Vilar de Suresnes, dans l’ouest parisien. Elle avait grandi à Gap (Hautes-Alpes).

Hélène Muyal-Leiris, 35 ans, tuée au Bataclan. Mère d’un petit garçon de 17 mois à peine, elle était maquilleuse-coiffeuse à Paris et travaillait dans la mode ou sur des tournages. «Vous n’aurez pas ma haine», a écrit lundi sur Facebook son mari Antoine Leiris, qui avait multiplié les avis de recherche pendant le week-end. «Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans.»

«Bien sûr je suis dévasté par le chagrin», a reconnu le journaliste de France Bleu, passionné de cinéma, poursuivant: «Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. (…) Nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre»; a-t-il lancé aux assassins d’Hélène.

Eric Thomé, photographe et graphiste parisien, âgé d’une quarantaine d’années. Ce passionné de musique, titulaire d’un BTS en communication visuelle, avait exposé des photos en juillet aux Rencontres de la photographie d’Arles. Selon l’un de ses amis, qui a posté un message sur Facebook, il allait bientôt être père.

Fabian Stech, 51 ans, tué au Bataclan était critique d’art et aussi enseignant d’allemand dans un lycée privé de Dijon. Né à Berlin, il était installé en France depuis 1994 où il était marié à une avocate dijonnaise et père de deux enfants.

Claire Scesa-Camax, 35 ans, originaire d’Avignon, était graphiste à Paris depuis 2009, selon leDauphiné Libéré. Mère de deux enfants, la jeune femme travaillait en free-lance pour le cabaret parisen Crazy Horse. Elle était au Bataclan avec son mari, qui a survécu. L’Ecole professionnelle supérieure d’arts graphiques de la Ville de Paris (Epsaa), où la jeune femme avait étudié, lui a rendu hommage sur Facebook: «Elle aimait le rock. Elle assistait au concert des Eagles Of Death Metal au Bataclan. Elle nous a quittés, parmi tant d’autres.Nous la pleurons. Claire était une de nos anciennes étudiantes, promo 2003 en arts graphiques. Le meilleur hommage que l’on puisse lui rendre est en images, à travers ses créations».

Julien Galisson, 32 ans, qui a grandi à Orvault, en Loire-Atlantique, habitait à Nantes. Il est l’une des victimes de l’attaque du Bataclan. Joseph Parpaillon, le maire d’Orvault, lui a rendu hommage lundi 16 novembre dernier, comme le rapporte Ouest France.

Sven Alejandro Silva Perugini, 29 ans, et vénézuélien, vivait en Espagne. Il est décédé au Bataclan. « Nous nous souvenons de son sourire, de ses plaisanteries, de son optimisme et de son charisme», a écrit sa mère, Giovanina Perugini, sur son compte Facebook, ce mardi 17 novembre.

D’après Le Figaro. Liste incomplète et hélas provisoire.

 


Attentats de Paris. La mort contre l’Art de vivre

attentats_parisLes atrocités de ces jours funestes, comme à chacun sans doute, m’inspirent des flots de réflexions, entraînent mes pensées vers les profondeurs. L’une d’elles tourne autour d’une expression forte remontée avec les événements : l’art de vivre.

Les terroristes, à travers leur rage mortifère, ont voulu s’en prendre à notre mode de vie, à ce que nous vivons au quotidien. La morbidité assassine, comme souvent par les drames et la mort, vient nous rappeler que la vie est en effet un art, ou qu’elle devrait l’être en tout cas, autant que possible. Cette vérité profonde, essentielle, existentielle nous échappe pourtant trop souvent. Comme si elle s’usait « quand on ne s’en sert pas » – comme bien d’autres choses ! Comme si le fait de vivre s’écornait bêtement au fil des jours, gangrené par la banalité. Or, il s’agit d’un art qui, comme tel, demande attention de chaque jour, de chaque instant. Cet art, le plus vieux sans doute, est pourtant le plus galvaudé et aussi, l’actualité nous le montre, hélas, le plus menacé. Un art aussi vieux que l’homo sapiens. – catégorie abusive s’agissant de ces « fous d’Allah » qui n’ont que la mort pour horizon indépassable.

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© André Faber 2015

Au bistrot, à une terrasse ; au ciné, au théâtre ou à un concert ; flâner dans les rues ou dans une expo ; dans un stade ou à la messe… Faire la cour, et l’amour, avec qui et comme on veut. Manger un steak-frites, un couscous, une saucisse ou une salade (bio ou non). Boire un rouge, blanc ou rosé ; un whisky (même à la cannelle, ou au coca) ; ou un thé (à la menthe ou autre). Lire un journal ou un autre ; un polar, un roman coquin ou non, un essai, un pamphlet ; rire d’une blague, d’un dessin, d’une caricature. Savourer la vie, l’honorer dans chaque instant, sans grandiloquence, voilà l’art de vivre – du moins « à la française », qui n’est heureusement pas le seul ! Car il se décline partout où la vie lutte pour elle-même et non pour son contraire, la mort.

L’idée est si ancienne ! Elle remonte notamment (sans parler ici de la Chine antique) aux civilisations égyptienne et sumérienne – là où, précisément, les « choses » se tordent et se nouent de nos jours ; c’est-à-dire tout autour de cette Mésopotamie qui a vu naître l’écriture et, par delà, la pensée élaborée. Plus tard, vinrent les philosophes grecs et latins, dont la modernité demeure éblouissante. Ils inventèrent littéralement – à la lettre – l’amour de la sagesse, après lesquels nous courrons toujours aujourd’hui, en nous essoufflant ! Pythagore, Socrate et leurs foisonnantes lignées de penseurs et de viveurs. Ceux qui en effet, précisément, posèrent la philosophie comme un art de vivre, condensé plus tard par le fameux carpe diem emprunté au poète latin Horace. Oui, urgence quotidienne : « cueillir le jour » sans dilapider son temps.

On est évidemment là aux antipodes de Daesh et de ses arrière-mondes !

J’y opposerai encore ce cher vieux Montaigne et la jeunesse de sa pensée ; ainsi, par exemple, quand au fil de ses Essais il passe à deux états philosophiques successifs : l’un sur le thème « Vivre c’est apprendre à mou­rir » –  dangereux slogan trop actuel… ; l’autre, plus heureusement tour­né vers la vie : « La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son des­sein. »

Autre réflexion, abordée ici dans un commentaire récent :

« Je vou­lais « seule­ment » dire qu’il n’y a pas de « pul­sion de mort » inhé­rente à la nature humaine, et cela il me semble que Wil­helm Reich l’a mon­tré magni­fi­que­ment, et que cette démons­tra­tion, par exemples cli­niques, est au cœur de son ensei­gne­ment, et de tout ce qu’il a apporté ensuite au Monde. Pour moi cela n’a rien à voir avec une croyance ou non, Wil­helm Reich a rai­son ou il a tort. La « peste émo­tion­nelle » dont il parle, équi­va­lente à peu de chose près au res­sen­ti­ment mis au jour et génia­le­ment ana­lysé par Nietzsche, ne touche pas l’ensemble de l’humanité. […] » (Gérard Bérilley, 14/11/15)

C’est là un des grands points de clivage dans le mouvement psychanalytique, celui autour de la freudienne « pulsion de mort » que Reich, en effet, fut parmi les premiers à rejeter. Appliquée à l’actualité, son objection pourrait s’exprimer ainsi : tout mortifères qu’ils soient, ces djihadistes ne sont nullement mus par une hypothétique « pulsion de mort » ; c’est leur incapacité à vivre qui les mène vers la mort ; c’est-à-dire leur impuissance à l’abandon au flux du vivant.

On dira que cela ne change en rien l’atrocité de leurs actes. Certes. Mais une telle analyse (ici sommairement résumée) évite l’impasse de la fatalité devant la Mort pulsionnelle, conduisant à des analyses autrement compréhensives de la réalité. Notamment s’agissant de la haine de la femme, créature impure, qu’on ne rêve donc qu’en vierge fantasmatique et « paradisiaque ».

Cette obsession de la « pureté » se retrouve dans les idéologies fascistes et en particulière dans le nazisme et sa « pureté raciale ». Dans Psychologie de masse du fascisme, notamment, Reich avait analysé les comportements anti-vie, rigidifiés sous la cuirasse caractérielle et celle des corps frustrés. Une semblable analyse auprès des djihadistes mettrait au jour, à n’en pas douter, les comportements sexuels de violeurs et d’impuissants orgastiques. Les femmes victimes de ces phallopathes « peine à jouir » – sauf à la secousse des kalach’– auront peut-être un jour à témoigner dans ce sens.

Comprendre, certes, se pose comme une nécessité qui évite les généralisations, simplifications, amalgames de toutes sortes. Expliquer ne fournit aucune solution clé en main.


Attentats de Paris. Ni prier, ni plier

attentats_paris« Pray for Paris ». De grandes âmes, sans doute, appellent à « prier pour Paris ». Est-ce bien le moment ? Que chacun prie ou non selon ses (in)croyances, pourvu que ce soit dans l’intimité de ses convictions. Or, l’injonction se veut publique ; elle s’exprime, dans la langue de Shakespeare – émanant donc du monde anglo-saxon qui ignore la laïcité –, selon le mode graphique et récupérateur, du « Je suis Charlie » des attentats de janvier. La manœuvre empeste plutôt de ces « bonnes intentions » dont l’enfer est pavé. Plutôt que solution, l’incantation religieuse ne relève-t-elle pas précisément du problème ? Celui qui justement jette une grande partie du monde dans les illusions de l’au-delà – ce qui s’appelle l’obscurantisme, au nom duquel agissent les assassins hallucinés.

Appeler à « prier » renvoie, en symétrie, dans les arrière-mondes de ces « fous de Dieu » qui parsèment l’Histoire de leur démence de sanguinaires. Plus que jamais nous avons besoin d’allumer les lumières, avec et sans majuscule, celles qui ont besoin du grand air frais de la vie pour nous donner à respirer la liberté et ce qui s’ensuit : égalité, fraternité, laïcité et joyeuseté par conséquent et de manière indissociable.

Ni prier, ni plier. Il nous faut être debout et, au nom de l’humanité, nous élever et nous maintenir au-dessus de la sauvagerie. L’élévation, bien sûr, ne saurait exclure le recueillement et la spiritualité, formes laïques de la prière.

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Lundi 16 novembre sous l’ombrière du Vieux port à Marseille. Recueillement lors de la minute de silence en mémoire des victimes des attentats de Paris. [Ph. gp]


« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

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Crédit photo : Hamid Zanaz

Algérien, Hamid Zanaz vit en France depuis une vingtaine d’années. Il n’est retourné en Algérie que tout récemment. Écrivain, traducteur et journaliste, il publie abondamment dans des médias arabes, tunisiens, algériens et libanais principalement. Pour lui, il n’y a rien à retenir de la religion du prophète, islam et islamisme sont synonymes. Paradoxe : malgré les interdictions et la répression, il se sent plus libre d’écrire dans certains médias arabophones qu’en France… Ce détracteur résolu de l’islam explique pourquoi et nous livre son regard sur le monde arabe et l’Algérie. Pessimiste, ironique et bon-vivant, il poursuit son œuvre-combat. Son dernier ouvrage est titré Islamisme: comment l’Occident creuse sa tombe.

Interview  par Mireille Vallette, du site suisse LesObservateurs.ch [avec les vifs remerciements de C’est pour dire].

• Vous ne voulez plus publier d’ouvrages en français. Pourquoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je publie dans certains pays arabes, jamais je ne pourrais l’écrire en France. Même si en principe tout est interdit là-bas, le débat a lieu. Je viens de traduire du français en arabe un livre sur l’origine du monde qui est une vraie gifle à la religion. Ici, on a peur d’être traité de raciste. Dans les pays musulmans, je peux être traité de mécréant, jamais de raciste.

• D’autres exemples de ce que vous pouvez dire là-bas ?

– Je peux écrire qu’il n’y a pas de différence entre islam et islamisme, ou que le public de Dieudonné est formé à 80% de racaille islamique. Pas en France ou alors seulement dans des sites au public limité, et au risque d’ennuis judicaires… Valls, lorsqu’il parle des djihadistes, il fait attention à ne pas dire qu’ils sont musulmans. C’est ridicule ! Je publie en ce moment une série d’articles dans un quotidien libanais arabophone. Ce sont des interviews de femmes arabes rebelles, dont Wafa Sultan et des femmes encore plus radicales. J’en ferai un livre en arabe intitulé « Ma voix n’est pas une honte », en référence à Mahomet dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pauvreté en est-elle le terreau de l’intégrisme ?

– Contrairement à ce que veulent croire les Occidentaux, ce n’est pas la misère et la discrimination qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la possibilité de lire. Avant, les religieux transmettaient un islam populaire, c’est-à-dire mal compris. Les gens étaient inconsciemment travaillés par la modernité, ils y adhéraient peu à peu. Lorsque l’enseignement a été arabisé en Algérie, les gens et les imams ont pu connaître l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont connu, ils sont naturellement devenus intégristes et ils ont commencé à réclamer l’application de cet islam, la charia. Mais en fait, une bonne partie de la population lit peu, elle dépend souvent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les textes. En Algérie, c’est surtout l’Etat qui islamise, c’est l’offre qui crée la demande. Je regarde parfois des émissions sur des TV algériennes. L’autre jour, je tombe sur des questions-réponses avec un type connu, autoproclamé spécialiste de l’islam. Une femme dit : j’ai des problèmes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas juste.Et lui répond : pour plaire à Allah, tu dois suivre tout ce que dit ton mari.

• Pensez-vous que la jeunesse du monde arabe représente un espoir ?

– Non, la jeunesse du monde arabe ne change pas, mis à part une minorité. L’école fabrique des intégristes jour et nuit. J’ai été prof de philo au lycée. Lorsque tu traites de l’Etat par exemple, le programme t’oblige à faire la liste des méfaits et des avantages du capitalisme et du socialisme, puis à faire la synthèse et à donner la solution : c’est l’Etat islamique. Les jeunes ne sont pas fanatisés par internet, ils sont d’abord islamisés dans les mosquées et les institutions de l’Etat. L’Internet, c’est le passage à la pratique.

• Mais les préceptes, par exemple relatifs à la sexualité, sont extraordinairement sévères. La population réussit-elle à les respecter ?

– Non, même s’ils sont programmés par le logiciel islamique, les gens ne peuvent pas résister, la vie est plus forte. C’est une vaste hypocrisie. Quand je suis arrivé en Algérie, je suis allé dans un bar où il y avait des femmes et des hommes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est devenu presque clandestin, ces lieux ferment petit à petit… souvent sous la pression des habitants du quartier.

• Comment est-ce que le pouvoir se maintient ?

– Dans ce pays, il y a deux opiums, la religion et l’argent. L’Algérie ne se développe pas, mais pour garder le pouvoir, les autorités ont créé une sorte d’Etat-providence. Ils achètent la paix sociale et rappellent constamment qu’ils ont stoppé le terrorisme des années 90. Pour l’instant, ça marche. Mais il n’y a pas de pouvoir fort, les Algériens se sont toujours rebellés. En résumé, c’est le bordel !

• Et à votre avis, ce régime peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la famine… jusqu’à ce que la manne pétrolière soit épuisée ou concurrencée par d’autres formes d’énergie. Le problème de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pétrole. Franchement, qui écouterait l’Arabie saoudite ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algérie, avez-vous ressenti l’explosion démographique ?

– Les bâtiments envahissent tout, on ne cesse de construire. Si ça continue comme ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de travail. La pollution est terrible, les autoroutes délabrées… C’est le chaos partout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famille, la mer…

• Que pensez-vous du cas tunisien ?

– J’ai toujours aimé ce pays, c’est une exception dans le monde arabe. C’est dû à l’apport de Bourguiba, il avait vraiment compris le danger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonctionné, elle a produit une élite laïque très bien formée et sa résistance à la pression religieuse est extraordinaire ! Je les admire ! Ces Tunisiens défendent la laïcité plus et mieux que les Français et dans un climat hostile.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illustration affligeante du conditionnement religieux infligé à des enfants…

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Tunisie. «Charlie» et la suite

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L’actualisation du slogan « Charlie » résume tout, hélas. Tout, c’est-à-dire, en référence aux attentats de janvier à Paris, une même analogie dans l’horreur fanatique et mortifère ; un même but destructeur qui s’en prend à l’Histoire – celle de la Tunisie, à travers le musée du Bardo –; à l’Occident, désigné comme Satan à travers ses touristes « dépravés »; et à la Démocratie, assimilée à la déchéance laïque – donc anti-coranique. En prime, si on ose dire, cet odieux attentat – 22 morts, une cinquantaine de blessés – ruine pour longtemps la chancelante économie tunisienne en grande partie basée sur le tourisme.

L’« État islamique » vient ainsi de faire son entrée fracassante dans cette Tunisie qui, depuis quatre ans, parvenait tant bien que mal à sauvegarder sa révolution et ses fragiles acquis. Ainsi contraint à décréter l’« état de guerre », le gouvernement tunisien tombe dans l’engrenage répressif qui s’attaque aux effets et non aux causes. Des causes d’ailleurs si profondes qu’elles outrepassent les capacités réactives d’un petit État et même – c’est tout dire – celles de la « communauté internationale ». Ladite « communauté » qui, par ses membres voyous, ses machines de guerre, son économie de la Finance et du tout-Marchandise, a largement contribué à allumer la mèche rampante du fascisme islamiste.

Les reportages d’Envoyé spécial (France 2), notamment les passages tournés à Sidi Bouzid d’où était partie la révolution avec le suicide de Mohamed Bouazizi, montrent un tel clivage haineux entre salafistes et démocrates qu’on peut craindre le pire à court terme. Et comment ne pas voir la menace de ce clivage général dans notre monde en désarroi ? N’en verra-t-on pas les effets « collatéraux » dès dimanche prochain dans les urnes bien de chez nous ?

 

• D’autres articles en tapant «Tunisie» dans la case de Recherche


Puisqu’il s’agit d’islamofascisme

Palmarès…

Mars 2001 Afghanistan – Les deux bouddhas monumentaux sculptés dans la falaise de Bamiyan à 150 km de Kaboul sont détruits à l’explosif par des talibans. 

Janvier 2012 Mali – Destruction des mausolées à Tombouctou. 

Janvier 2013 Mali – Des manuscrits pré-islamiques sont l’objet d’un autodafé à Tombouctou. 

Juillet 2014 Irak – Le tombeau du prophète Nabi Yunus, dit Jonas, à Mossoul, est rasé par Daech. 

Janvier 2015 Irak – A deux reprises, les 28 et 30 janvier,la bibliothèque de Mossoul est mise à sac. 

Février 2015 Irak  – La grande statuaire assyrienne du musée de Mossoul est sauvagement mise en pièces par les soldats de l’Etat islamique qui mettent en scène l’opération

A quoi bon l’indignation, les grands mots, quand l’horreur hurle si violemment, quand la raison sombre et avec elle l’humanité digne de ce nom ? Quand des fanatiques islamistes ne décapitent pas des humains, ne martyrisent pas femmes et fillettes, ils détruisent des œuvres d’art dans les musées, abattent des statues à coups de masse et de marteaux-piqueurs. Ou encore, au nom de leur Dieu, ils brûlent des instruments de musique «non islamiques» car il ne leur suffit pas d’interdire la musique – ce qu’illustre bien, au Sahel, le film «Timbuktu», ou «Iranien», cet autre film tourné à Téhéran par un cinéaste athée (et exilé), montrant des mollahs au discours malin, et tout opposés à la musique. Avant eux, les nazis avaient disqualifié le jazz comme «musique dégénérée». Et Mao, pas en reste, avait interdit les «bourgeoises» symphonies de Beethoven. En quoi on peut bien parler d’islamofascisme, générateur d’islamophobie. Deux mots mal vus par les temps qui courent, des mots pas «politiquement corrects», comme s’il s’agissait de politesse – «Mais après vous, Monsieur le Chancelier…» La difficulté vient des fameux «amalgames» pratiqués par ces prétendus laïcs d’extrême-droite, toujours  empressés à bouffer de l’Arabe ou du Juif, sinon les deux à la fois. Tout autant que cette autre difficulté venant de l’État d’Israël, et plus précisément de son extrême-droite politique, religieuse et colonialiste qu’il est si risqué de critiquer, au risque d’ «antisémitisme».

Et ce n’est pas tout :

Daech brûle des instruments de musique «non-islamiques»

daech-fanatisme islamiste

A l’est de la Libye, des hommes cagoulés se mettent en scène devant des instruments de musique livrés aux flammes. [dr]

Daech a publié, le 19 février, une série de photographies mettant en scène plusieurs de ses membres cagoulés, en train de regarder des instruments brûler, des batteries, des saxophones et des tambours. La scène se déroule près de Derna, dans l’est de la Libye, selon le «Daily Mail». La ville est devenue l’un des bastions de groupes ayant prêté allégeance à l’Etat islamique. D’après la «branche de communication» du groupe djihadiste, ces instruments jugés «non-islamiques» ont été confisqués par la police religieuse et livrés aux flammes «conformément à la loi islamique». Ce n’est pas sans rappeler l’autodafé de Mossoul, dans lequel près de 2.000 livres de la bibliothèque centrale jugés impies auraient été brûlés en janvier.

Le 16 février, l’Etat islamique avait revendiqué l’exécution de 21 Egyptiens de confession copte en Libye.

Il y a aussi ça :

Irak: l’Etat islamique exhibe des combattants kurdes dans des cages

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Capture d’écran tirée d’une vidéo diffusée dimanche 22 février par l’EI, montrant des combattants kurdes enfermés dans des cages.

 

L’Etat islamique a diffusé ce dimanche 22 février une vidéo montrant des combattants kurdes, des peshmergas, enfermés et exposés dans des cages, avant d’être paradés à bord de pick-up. La vidéo, non datée, ne montre pas de scène d’exécution. La mise en scène de ce film repris par le centre américain de surveillance des sites islamistes (SITE) rappelle celle du pilote jordanien brûlé vif dans une cage, selon une vidéo diffusée par le groupe le 3 février.

La vidéo de dimanche ne montre aucune exécution, les 21 otages se présentant comme 16 peshmergas, deux officiers dans l’armée irakienne et trois policiers de Kirkouk, une ville située à 240 km au nord de Bagdad.

Le film ne précise ni le lieu ni la date, mais des sources kurdes ont affirmé que les scènes ont été tournées il y a une semaine sur le marché principal du district de Hawija, tenu par l’EI, à une cinquantaine de kilomètres de Kirkouk.

Et ça continue
IRAK. Jusqu’à 10.000 femmes vendues par l’Etat islamique

• L’Irak accuse l’Etat islamique de faire du trafic d’organes

• Autodafés à Mossoul : pourquoi Daech hait les livres et le savoir


«Soumission» et Houellebecq démentis par le 11 janvier

Par Jean-François Hérouard

Charlie du jour du drame

Charlie du jour du drame

Sous le titre « Les prédictions du mage Houellebecq », Charlie hebdo du 7 janvier, jour du massacre, caricaturait l’auteur de Soumission, Michel Houellebecq (MH), en illuminé éthylique. Mais en page intérieure, son ami Bernard Maris, un des assassinés, louait l’aspect « crédible » de cette politique-fiction, soit la victoire politique de l’Islam en France en 2022. Les manifestations  de ce dimanche 11 janvier viennent de démentir avec éclat ce scénario.

En 2022, les partis PS+UDI+UMP font alliance avec la Fraternité musulmane (FM) pour contrer le FN. Mohammed Ben Abbes devient Président de la République, Bayrou Premier ministre, pour appliquer une charia « light » aux effets immédiats. Les femmes revêtent de longues blouses sur leurs pantalons ; encouragées par des allocations familiales renforcées, elles quittent le marché du travail, faisant reculer le chômage… masculin, tandis que la polygamie est promue. Dans les cités, la délinquance disparaît. Laissant les ministères régaliens à ses alliés,  Ben Abbes, qui a dû lire les thèses de Gramsci sur l’hégémonie culturelle, privatise l’enseignement, dont il a réservé le ministère à son parti.

Devant le calme social retrouvé, les conversions se multiplient, en tout premier lieu à l’Université, dont celle du narrateur (sans nom), anti-héros comme tous les personnages de MH. Universitaire sans vocation, spécialiste de Huysmans, cet auteur décadent d’A rebours dans la deuxième partie du XIXe siècle, notre narrateur dépressif finit par se convertir. Pourquoi ? J’allais dire par flemme ! Bien sûr, il y trouve un intérêt de carrière et de salaire, les non-convertis étant peu à peu évincés ; mais surtout il se voit doté ipso facto de trois épouses d’âges étagés selon leurs fonctions, sexuelle, domestique, de représentation sociale, lui dont la vie amoureuse lamentable allait de médiocres conquêtes étudiantes en masturbations devant des vidéos porno.

Plus fondamentalement  (si j’ose dire !), à l’instar de Des Esseintes, ce personnage de Huysmans se convertissant au catholicisme pour ses qualités esthétiques, il s’agit par cette soumission de mettre fin à la désespérance crépusculaire dont il souffre, et qu’il attribue à l’absence de transcendance dans la civilisation contemporaine.

On comprend comment une certaine gauche a pu porter  au pinacle MH pour sa critique du libéralisme et de la société de consommation, tandis qu’une droite extrême se retrouvait dans son regret d’un prétendu ordre naturel, dont le fondement religieux soutiendrait l’ordre patriarcal. Les déclarations de MH à l’Obs (8 au 11 janvier) jettent le masque : « Un courant d’idées né avec le protestantisme, qui a connu son apogée au siècle des Lumières, et produit la Révolution, est en train de mourir (…) Un compromis est possible entre catholicisme renaissant et l’islam [d’où faire de Bayrou un Premier ministre — NdR !]. Mais pour cela, il faut que quelque chose casse. Ce sera la République. »

Houellebecq / Faber

© faber 2015

Habile conteur, MH sait tricoter à coup sûr une fiction. Au détail près de l’hypothèse initiale : comment imaginer qu’un électorat de cinq millions de musulmans, eux-mêmes bien loin d’être unanimes (à supposer qu’ils aient eu le droit de vote et l’exercent…), entraîneraient  leurs compatriotes à suivre les consignes de partis dévalués pour élire Ben Abbes ?

EXTRAIT « Là où Tariq Ramadan présentait la charia comme une option novatrice, voire révolutionnaire, Ben Abbes lui restituait sa valeur rassurante, traditionnelle – avec un parfum d’exotisme qui la rendait de surcroît désirable. Concernant la restauration de la famille, de la morale traditionnelle et implicitement du patriarcat, un boulevard s’ouvrait devant lui que la droite ne pouvait emprunter, et le Front national pas davantage, sans se voir qualifiés de réactionnaires, voire de fascistes par les ultimes soixante-huitards, momies progressistes mourantes, sociologiquement exsangues mais réfugiés dans des citadelles médiatiques d’où ils demeuraient capables de lancer des imprécations […] ; lui seul était à l’abri de tout danger. » (Soumission, p.153)

Ecrivain certes, MH est surtout un idéologue subtilement dissimulé derrière un humoriste. Barthes – et Godard en d’autres termes – disait à peu près que la grammaire était affaire d’éthique. C’est ce que confirme le style « plat » très particulier de MH, proche de celui des revues de vulgarisation scientifique, qu’il agrémente en ravaudant différents types de discours en habit d’Arlequin, avec dans ce puzzle de styles des morceaux de vrai langage parlé, à la limite de l’écriture des romans de gare. Le tout vise à donner au texte un effet insidieux de vérité sociologique.

Dans le même temps, ce style en patchwork séduisant, accessible au plus grand nombre mais plein de clins d’œil érudits en direction des  bac+5, entretient chez le lecteur une méfiance envers le langage, incapable d’aucune vérité, siphonné de tout sens possible, comme miné de l’intérieur par une pathologie nihiliste, parfaitement synchrone avec le diagnostic de MH sur le monde contemporain. D’où cet effet pervers : MH brouille les pistes, on adhère (partiellement) à ses dénonciations de phénomènes auxquels il  contribue lui-même par son style aguicheur, sans qu’on puisse jamais trancher l’ambiguïté entre ce qu’il met dans la bouche de son personnage et ce qu’il pense, lui.

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Un des derniers Cabu dans Charlie

C’est ainsi que j’analyse les raisons de son succès (le Goncourt 2010 est l’auteur français le plus lu et le plus traduit dans le monde) et… mon malaise. Car comme tous les déclinistes, haïssant Mai 68 et le féminisme, MH amène à penser que face à un prétendu état d’avachissement désenchanté de la France, il nous faudrait un pouvoir fort.  Ne déclarait-il pas (Lire d’août 2001) que De Gaulle l’énervait, précisant: « Finalement,  j’ai plus de sympathie pour Pétain! » Alors, à défaut de l’irréaliste présidence islamique, une alliance UMP-FN ? À la dernière page du Charlie assassiné, Cabu montre un MH souffreteux sur les genoux de Mme Le Pen qui lui dit : « Tu seras mon Malraux » !

Aux dernières nouvelles, après la journée historique du 11 janvier, affichant de toutes autres valeurs que la soumission !, MH renoncerait à la promotion de son livre et quitterait le sol français.


Mauritanie : condamné à mort pour apostasie – «avoir parlé avec légèreté du prophète Mahomet»

mauritanie

Moha­med Cheikh Ould Moha­med, détenu depuis le 2 jan­vier 2014, condamné à mort pour apostasie

Un jeune Mauritanien jugé pour apostasie après un écrit considéré comme blasphé–matoire a été condamné à mort mercredi soir (24/12/14) par un tribunal de Nouadhibou, port à l’extrême nord-ouest du pays.

Mohamed Cheikh Ould Mohamed, détenu depuis le 2 janvier 2014, avait plaidé non coupable mardi 23 décembre à l’ouverture de son procès, le premier du genre en Mauritanie. La peine de mort n’est pas abolie dans le pays où, selon Amnesty International, la dernière exécution date de 1987.

Le prévenu, proche de la trentaine, s’est évanoui à l’énoncé du verdict par la Cour criminelle de Nouadhibou avant d’être ranimé et conduit en prison. L’annonce du jugement a été suivie de bruyantes scènes de joie dans la salle d’audience et à travers la ville de Nouadhibou avec des rassemblements ponctués de concerts de klaxon.

A l’audience, un juge a rappelé à l’accusé qu’il a été inculpé d’apostasie «pour avoir parlé avec légèreté du prophète Mahomet» dans un article publié brièvement sur des sites internet mauritaniens, dans lequel il contestait des décisions prises par le prophète Mahomet et ses compagnons durant les guerres saintes.

Mohamed Cheikh Ould Mohamed avait expliqué que «son intention n’était pas de porter atteinte au prophète, (…) mais de défendre une couche de la population mal considérée et maltraitée, les forgerons», dont il est issu. Il a ensuite déclaré : «Si on peut comprendre (à travers mon texte) ce pour quoi je suis inculpé, je le nie complètement et m’en repens ouvertement.»

Mercredi soir, les deux avocats commis d’office pour la défense ont insisté sur le repentir exprimé par l’accusé et estimé que cela devrait être pris en compte en sa faveur.

Plus tôt dans la journée, le procureur de la République de Nouadhibou avait requis la peine de mort à son encontre.

En rendant sa décision, la cour a indiqué que le prévenu tombait sous le coup d’un article du code pénal mauritanien prévoyant la peine de mort pour «tout musulman, homme ou femme, ayant renoncé à l’islam, explicitement ou à travers des actes ou paroles en tenant lieu».

mauritanieEn février, un célèbre avocat mauritanien, Me Mohameden Ould Icheddou, qui avait été sollicité par la famille de l’accusé, avait annoncé qu’il renonçait à le défendre après des manifestations hostiles contre le jeune homme ainsi que lui-même et ses proches.

Dans son article controversé, Mohamed Cheikh Ould Mohamed accusait la société mauritanienne de perpétuer un «ordre social inique hérité» de cette époque.

Plusieurs manifestations de colère avaient eu lieu à Nouadhibou et à Nouakchott, certains protestataires allant jusqu’à réclamer sa mise à mort, le qualifiant de «blasphémateur».

Selon des organisations islamiques locales, c’est la première fois qu’un texte critique de l’islam et du prophète est publié en Mauritanie, République islamique où la charia (loi islamique) est en vigueur mais dont les sentences extrêmes comme les peines de mort et de flagellations ne sont plus appliquées depuis les années 1980.

[Avec AFP et lefigaro.fr]

Commentaire de Bernard Nantet, journaliste et africaniste, spécialiste du Sahara (auteur de Le Sahara. Histoire, guerres et conquêtes , éd. Tallandier).

Il y a quand même quelques chances que la «sentence» ne soit pas exécutée si les pressions internationales sont suffisantes, d’autant plus que la Mauritanie est partenaire dans la lutte contre les islamistes. Toutefois, c’est justement en raison de cette » rigueur » religieuse que la Mauritanie est relativement écartée de l’action des islamistes (un peu comme l’Arabie saoudite !!!) qui leur donne moins de grain à moudre. L’embêtant, c’est que ça se passe à Nouadhibou, loin de la «médiatisation » qu’il peut y avoir à Nouakchott.

Apparemment, il semble que le jeune homme en question, de par la raison qu’il donne de son geste qu’on ne connaît pas encore avec précision, serait issu de la caste des forgerons, méprisée comme il se doit, partout au Sahara, y compris chez les Touareg, où la tradition fait des forgerons des Juifs islamisés. Mépris ambigu cependant comme tout ce qui concerne les artisans, car on a besoin d’eux pour faire les menus objets usuels en métal (sa femme est généralement potière et c’est elle qui fait les coussins).

Cette histoire-là est à rapprocher de la condamnation (je ne sais pas si c’était à la peine de mort) d’un Noir maure qui avait brûlé des pages d’un traité juridique traditionnel (pas du Coran, il n’était pas fou à ce point-là) justifiant l’esclavage. Il faut savoir que l’islam mauritanien se reconnaît de l’école malékite comme l’islam saharien et celui d’Afrique du Nord qui se basent sur la loi coranique (charia) pour régler tous les problèmes d’ici-bas (et ceux de là-haut aussi probablement). Ces traités juridiques concernant la vie nomades (pâturages, captifs, mariage, vie quotidienne), ce sont les fameux manuscrits qui constituent les bibliothèques ambulantes nomades.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
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      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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