On n'est pas des moutons

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Jerry Lewis, génial garçon de courses

Sans blague, il est mort le blagueur excité, excen­tré, extrav­a­gant. Exit Jer­ry Lewis, à Las Vegas ce 20 août à l’âge de 91 ans, une belle durée qui lui aura per­mis d’apparaître dans des dizaines films. Du quan­ti­tatif qui, for­cé­ment, a inclus pas mal de nanars, selon la loi du biz­ness. Pas­sons et retenons le meilleur, comme le fait sur son blog mon ami Daniel Chaize pour mar­quer les 90 ans du comé­di­en à la voix de canard :

« Tous les films de Jer­ry Lewis sont des films soci­aux. La course exténu­ante autour du grand mag­a­sin pour promen­er les chiens dans Un chef de ray­on explosif (1963) est à la hau­teur de On achève bien les chevaux de Syd­ney Pol­lack (1969). Et la salle des dacty­los écrasées d’un bruit abrutis­sant autant que leur aligne­ment en rangées pour un tra­vail « tay­lorisé », dans Le Zinzin d’Hollywood, fait penser aux Temps mod­ernes de Chap­lin. » [Lire son arti­cle ici].

De mon côté, je ne me lasse pas d’un extrait de film qui, selon moi, relève du génie d’acteur. Ça s’appelle “The Chair­man of the Board” [extrait de The Errand Boy, de 1961]. On y voit un garçon d’étage d’une grosse boîte qui se prend pour le prési­dent du con­seil d’administration. Le tout sur « Blues in Hoss », une musique de Count Basie. Un hom­mage on ne peut plus élo­quent, servi par lui-même. Du grand art.


Cinéma. “Toni Erdmann”, subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce “Toni Erd­mann” (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film comme aucun autre. Certes, sa fac­ture formelle est plutôt clas­sique : pas besoin de faire des numéros de cla­que­ttes quand le fond l’emporte d’une manière aus­si magis­trale. Au départ, l’histoire ordi­naire d’un père et d’une fille que la vie « mod­erne » a éloignés, jusqu’à les ren­dre étrangers l’un à l’autre. His­toire banale, sauf que les per­son­nages ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et surtout, con­statant l’abîme qui men­ace sa fille, prise dans l’absurde tour­bil­lon du monde mor­tifère du biz­ness, du coach­ing – tout ce blabla secrété par le règne de la marchan­dise mon­di­al­isée. Son instru­ment d’action, à l’efficacité impa­ra­ble – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tance cri­tique portée par l’humour et, plus encore, par la déri­sion, planètes dev­enues inat­teignables à cette jeune femme froide, réfrigérée, frigide. Com­ment peut-elle encore être sa fille, celle-là qui sur­git entre deux avions, pressée, absente, l’oreille col­lée au portable, habil­lée en croque-mort, en noir et blanc, à la vie grise, vide de sens et de sourires ?

De ce naufrage annon­cé va sur­gir, en sauveteur loufoque, ce Toni Erd­mann à l’humour déjan­té, lour­dingue, qui fout la honte à cette jeune femme for­matée, tail­lée (dans son tailleur strict) pour la com­péti­tion entre tueurs affairistes – bref, le spec­ta­cle de l’« actu ». Il débar­que donc dans son univers de morgue, armé d’une per­ruque, de fauss­es dents et jusqu’à un coussin-péteur – une panoplie de Père Ubu pour un com­bat con­tre l’absurdité. « Je voulais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, dev­enue sourde à la vie vivante, abstraite comme de l’art « con­tem­po­rain », marchan­dise elle-même, au ser­vice du monde marc­hand, de la finance qui tue le tra­vail et les hommes.

Mais rien n’est dit explicite­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démon­stra­tions ; tout sur­git ici dans la lumière de l’écran, des per­son­nages, des sit­u­a­tions – Éros con­tre Thanatos, dans l’ordinaire men­acé des vies déréglées, men­acée comme l’humanité tout entière, par ce réchauf­fe­ment qui refroid­it : en fait un refroidisse­ment général­isé, une glacia­tion des rela­tions entre les êtres en représen­ta­tion : le monde rem­placé par son spec­ta­cle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tomber les masques, dénonce les jeux de sur­face minables, rap­pelle à l’impérieuse et pro­fonde urgence de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a con­duit à œuvr­er dans ce monde du coach­ing, du man­age­ment, de la lutte des requins con­tre les sar­dines…

…n’allez surtout pas à la ren­con­tre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remet­tre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simonis­chek, San­dra Hüller (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simonis­chek (ex-pro­thé­siste den­taire, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hüller y sont géni­aux.


Marseille. Une (autre) origine du monde

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Con­cep­tion : Eliz­a­beth Saint-Jalmes (sculp­tures), Mathilde Mon­freux (écri­t­ure). Avec : Jessy Coste, Gaëlle Pranal, Vir­ginie Thomas, Mathilde Mon­freux, Blan­dine Pinon, Eliz­a­beth Saint-Jalmes. Musique : François Rossi (bat­teur). Spec­ta­cle présen­té par Lieux publics, cen­tre nation­al de créa­tion en espace pub­lic.lieux p

Aujourd’hui, « Sirènes et midi net ». Tou­jours aus­si inspiré, essen­tiel : chaque pre­mier mer­cre­di du mois, à l’heure de l’alerte générale, entre ses deux salves de sirènes hurlantes, la magie du théâtre vient sec­ouer la ville de sa quo­ti­di­en­neté, de sa tor­peur. Avec effet relatif : il faut déjà être un peu éveil­lé pour ain­si se « karchéris­er » le cerveau. Deux ou trois cents braves, seule­ment, osent s’y ris­quer (sans risques), à l’heure où la nor­mal­ité est à son ordi­naire ouvrage.

Des formes informes, des paque­ts d’entrailles, de la chair, de la viande, des glan­des, de la cervelle, du mou, du dégouli­nant. Tout ça sur la scène, tout ce tas se met à trem­bler comme de la géla­tine, puis à remuer comme des paque­ts de boy­aux tombés d’on ne sait quel ven­tre céleste ou chao­tique. C’est l’origine du monde, mais pas à la Courbet, bien avant, dans le grand coït créa­teur de la matière sans nom, l’innommable mag­ma. L’origine ou bien la fin, la dernière apoc­a­lypse, comme celle qui nous guette ; celle que nous prédis­ent radios, télés, gazettes, heure par heure, jour après jour. Ça pour­rait ressem­bler à ça, et les êtres, dès lors – nous-mêmes – pour­rions nous trans­former en mon­stru­osités ges­tic­u­lantes, à bout de souf­fle, venant mourir-pour­rir sur le mar­bre, devant l’Opéra de Mar­seille, comme sur le bil­lot d’un bouch­er sans pitié.

Pas drôle, hein ? Tan­dis qu’un bat­teur se déchaîne sur ses fûts et cym­bales, les paque­ts glob­uleux entrent en danse dans la transe.

Il faut être là, pour ces dix min­utes d’opéra sauvage, chaque pre­mier mer­cre­di du mois, devant l’Opéra de Mar­seille. Tout de même pas dur à retenir ! Et à not­er pour des Mar­seil­lais de pas­sage.


De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rec­ti­fi­catif : un mort célèbre par jour. Pré­ci­sion : un mort médi­a­tique­ment célébré. Affine­ment : un mort prélevé dans la Société du Spec­ta­cle. Développe­ment.

Le hasard – ici heureuse et infail­li­ble coïn­ci­dence – a fait que mon ami Robert Blondin ait, out­re-Atlan­tique, cousu au même moment quelques pro­fondes réflex­ions autour de la mort, de la célébrité et des trompettes de la renom­mée fustigées par le lumineux Brassens. Dou­ble occa­sion de « mourir moins bête », comme le clame un grinçant feuil­leton quo­ti­di­en sur Arte, se ter­mi­nant invari­able­ment par : « …oui, mais bon, vous mour­rez quand même ! »

Résumons, par ordre chronologique de décès (liste très pro­vi­soire) : Delpech Michel (chanteur), Bley Paul (pianiste de jazz), Tur­cat André (pilote d’avion), Hunter Long John (blues­man), Gal­abru Michel (comé­di­en), Boulez Pierre (musi­cien), Pam­pani­ni Syl­vana (actrice ital­i­enne), Armen­dros Choco­late (trompet­tiste cubain), Peu­geot Roland (indus­triel), Cour­règes André (styl­iste de mode), Reid Patrick (rug­by­man irlandais), Clay Otis (chanteur de soul état­sunien), Bowie David (chanteur bri­tan­nique), Angélil René (agent artis­tique québé­cois), Desruis­seaux Pierre (écrivain québé­cois), Tournier Michel (écrivain), Alaoui Leïla (pho­tographe fran­co-maro­caine), Sco­la Ettore (cinéaste), Charles-Roux Edmonde (écrivaine, jour­nal­iste)…

J’ai, exprès, mis les noms de famille en tête, comme sur les mon­u­ments aux morts et comme on les appelle à chaque célébra­tion de mas­sacres.

Ne pas man­quer non plus de citer Allen Woody quand, ayant énuméré les morts suc­ces­sives de Jésus, Marx, Mao, il ajoute, gogue­nard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Liste ouverte, lim­itée à la sphère cul­tureuse ou presque, fran­co-cen­trée – bien qu’il y ait là dedans des sportifs, un pilote, des Cana­di­ens, un indus­triel, un Cubain, une fran­co-Maro­caine…

Le plus mar­rant, si j’ose dire, c’est la liste com­plète établie et tenue au jour le jour sur Wikipedia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Monde aus­si, “la” référence…

Où l’on voit que le degré de célébrité relève de fac­teurs mul­ti­ples, surtout cul­turels et marchands. Ce qui définit bien la notion de « spec­ta­cle » – même si on ne l’étend pas à la cri­tique de la société selon Debord Guy (mort lui aus­si – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre pop­u­lar­ité et pipo­lar­ité, cette dernière ten­dant à devenir la seule vraie échelle de « valeurs », propul­sée en cela par la machine médi­a­tique à fab­ri­quer de l’idole selon des recettes aus­si fluc­tu­antes que les cours de la bourse. Fluc­tu­a­tions qui n’altèrent en rien la solid­ité du Cap­i­tal­isme, au con­traire. Tout comme la célébra­tion des morts célèbres assurent les valeurs des célébrités (pro­vi­soire­ment) vivantes. Ain­si ce flux mor­bide se trou­ve-t-il pieuse­ment entretenu. Il fait par­tie du fond de com­merce des gazettes et autres rédac­tions nécrologiques, voire nécrophiliques.

Ain­si Le Monde – pour ne citer que lui – ren­ferme dans son fri­go quelque 300 notices prêtes à démouler après réchauffage à l’actualité. Mais c’est sans doute l’Agence France Presse qui détient la plus gar­nie des cham­bres froides – mod­èle Rungis (gros et demi-gros). Par­tant de là, la célébra­tion mor­tu­aire vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, maigri­chonne ou pléthorique ; ou selon le degré de pipo­lar­ité.

Ain­si un Michel Delpech a-t-il « béné­fi­cié » de 20 min­utes en ouver­ture du JT de 20 heures de France 2 ! Boulez un peu plus de cinq, et en fin de jour­nal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaîne. Gal­abru, ah le bon client que voilà ! Bien moins cepen­dant que Bowie – record absolu, tous sup­ports, sur plusieurs jours (prévoir des « résur­rec­tions » type Michael Jack­son).

Tels sont aujourd’hui les rites mod­ernes qui entourent la mort, cette don­née du vivant, sans laque­lle la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus encore…

22-mort« Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas moisson­nant et fauchant, / Noir squelette lais­sant pass­er le cré­pus­cule. / Dans l’ombre où l’on dirait que tout trem­ble et recule, / L’homme suiv­ait des yeux les lueurs de la faux » – Vic­tor Hugo, Les Con­tem­pla­tions

 Où l’on voit enfin que ladite célébrité recou­vre la froide – c’est bien le mot – réal­ité de la mort : « La mor­tal­ité dans le monde cor­re­spond à 1,9 décès à chaque sec­onde sur Terre, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 mil­lions de décès chaque année. » C’est beau­coup, mais inférieur au nom­bre de nais­sances. Ce qu’on peut regret­ter en ter­mes stricte­ment démo­graphiques et en par­ti­c­uli­er sous l’angle malthusien… Compt­abil­ité dévelop­pée ici, c’est amu­sant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cette quête de l’immortalité qui sem­ble avoir saisi l’animal humain depuis la nuit des temps. Cette nuit qui l’effraie tant ; pour (ou con­tre) laque­lle l’homo erec­tus s’est redressé, jusqu’à ten­ter de devenir sapi­ens – du moins par moments, selon les lieux et les cir­con­stances…

Pour ce faire, il aura érigé des totems, bramé des incan­ta­tions, bricolé des rites, des mythes, des cultes et par dessus le marché des reli­gions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obé­di­ences se dis­putant leur Dieu pour­tant devenu unique. Il aura bran­di des textes « sacrés » aux fables infan­til­isantes et, aus­si, nour­ri les arts les plus sub­limes, en même temps que les bûch­ers et innom­brables sup­plices ; puis lancé des hordes de guer­ri­ers, tous bar­bares récipro­ques et égale­ment fana­tiques, semeurs de mort, assas­sins de vie. Dans cette pro­fonde nuit auront sur­gi, sub­limes éclairs isolés ou spo­radiques, les torch­es vac­il­lantes et fières des Lumières.

Nous en sommes là, si incer­tains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans doute et avec tant de doutes quant à l’avenir de cet homo habilis, si doué pour la souf­france et le mas­sacre. Amen.


Pendaison publique, place de l’Opéra à Marseille

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© gp

On croy­ait ces temps révo­lus, révo­lus comme la Révo­lu­tion et comme la peine de mort… C’était sans compter sur l’exception mar­seil­laise. Non pas celle des autres exé­cu­tions publiques, il y a dix jours encore, devant ce même opéra munic­i­pal, à coup de bas­tos. Non, une vraie de vraie, par pendai­son. Plus économique que la guil­lo­tine, telle­ment moins san­guino­lente. Un gibet, une corde, un bour­reau, une con­damnée à mort, et hop ! Le tout devant un pub­lic recueil­li et même une classe de petits écol­iers – c’était mer­cre­di. Il faut bien édi­fi­er les mass­es face au Crime éter­nel, que le châ­ti­ment, pour­tant, jamais ne tar­it…

Il y avait de la fas­ci­na­tion dans le regard du peu­ple ain­si assem­blé. Oui, des lueurs de défi, une cer­taine jouis­sance dans les prunelles avides. Il faut dire que la crim­inelle irra­di­ait lit­térale­ment, sous sa longue robe écar­late et son regard de braise, sous ses ultimes paroles en appelant à la vie, à la révolte de la vie. Que lui reprochait-on à cette Char­lotte Cor­day mar­seil­laise ?

À enten­dre son cri, on com­prend que c’est la Femme, fatale pécher­esse, qui devait ici expi­er son crime d’exister. Dans la suite inin­ter­rompue des muti­la­tions his­toriques infligées à toutes les femmes de la planète en perdi­tion : battues, exploitées, méprisées, répudiées, trompées, humil­iées, excisées, lapidées, ignorées ou même adulées – exé­cutées. La sup­pli­ciée : « Regarde mon corps mon trou ma tombe mes yeux mes seins mon sexe. L’os pelé de l’amour la clef des larmes. Je brûle d’une flamme nue… ». Et il est des pays où de telles scènes ne sont pas fic­tives. Tant de sauvagerie partout ! Jusque “dans l’ombre de la démoc­ra­tie”, ain­si que le souligne l’auteur du spec­ta­cle.

La dra­maturgie a joué à plein, dans le dénue­ment du lieu et de la sit­u­a­tion. La comé­di­enne, poignante, boulever­sante au bout de sa corde. Son bour­reau intraitable. Cela eut lieu entre les coups de sirène de midi et midi dix, sous la plainte trou­blante d’un saxo, face au soleil cru, bal­ayé de mis­tral. Magie du théâtre.

C’était hier, comme en chaque pre­mier mer­cre­di du mois, depuis 2003 que Lieux publics s’approprie le parvis de l’opéra mar­seil­lais pour une scène de rue jamais anodine. Cela s’appelle Sirènes et midi net. Un beau nom de ren­dez-vous.

Pendue

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Pen­due, de la com­pag­nie Kumu­lus, une adap­ta­tion du spec­ta­cle Les Pen­dus, de Barthéle­my Bom­pard, écrit par Nadège Prug­nard„ inter­prété par Céline Dam­iron et Barthéle­my Bom­pard,
accom­pa­g­nés par Thérèse Bosc au sax­o­phone. Tech­nique : Djamel Djer­boua, son : Nico­las Gen­dreau.


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote français aux élec­tions européennes se dis­tingue comme une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les électeurs FN… Mais des enquêtes soci­ologiques font ressor­tir que, pour ces derniers, la ques­tion des immi­grés reste la plus déter­mi­nante. D’où les réflex­ions suiv­antes tri­cotées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très intéres­sant et pro­fond arti­cle trou­vé dans le dernier Mar­i­anne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légasse.

Sous le titre « Les trucages d’une bluette iden­ti­taire », les auteurs dénon­cent une manœu­vre « artis­tique », « intel­lectuelle » et à coup sûr com­mer­ciale par laque­lle se trou­ve défendue la thèse du mul­ti­cul­tur­al­isme en train de saper notre mod­èle démoc­ra­tique et répub­li­cain « à la française », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comique, et néan­moins à base de clichés pour le coup bien racistes : juifs grippe-sous, Chi­nois fourbes à petites bites, Noirs lubriques à grande queue et pas futés, Arabes « mus­lims » et voleurs…

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Légende fournie avec l’image offi­cielle : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Europe 1 est parte­naire, a dépassé la barre des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un score que l’équipe du film a célébré digne­ment à Cannes jeu­di soir, après avoir mon­té les march­es du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film sem­ble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous sommes tous racistes, et c’est juste­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­mentent les auteurs de l’article, il y aurait un équili­bre des racismes comme il y a une équili­bre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléaire : la général­i­sa­tion de l’agressivité déboucherait sur la paix »…

Le procédé se dou­ble alors d’une autre faute morale con­sis­tant à invers­er la réal­ité d’aujourd’hui en méprisant ceux qui la subis­sent. Il faut en effet pré­cis­er que le film se passe en milieu bour­geois où les gen­dres en ques­tion sont ban­quier, comé­di­en, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils par­lent français aus­si bien que Finkielkraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exacte­ment la soci­olo­gie du « 9–3 » ou des quartiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pierre Bour­dieu (La Mis­ère du monde, 1993) et aus­si Emmanuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange mat­ri­mo­ni­al, essen­tielle dans tout proces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Claude Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­pologiques.] Or, cet échange, s’enrichissant de la « diver­sité des peu­ples » achoppe notam­ment sur le statut de la femme que le film évac­ue totale­ment et comme par magie : on n’y voit aucune femme voilée ! En occul­tant ain­si cette ques­tion du voile, se trou­ve aus­si évac­uée la ques­tion du métis­sage et, avec elle, celle de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voile imposé à la femme (ou même « libre­ment con­sen­ti ») la fonc­tion de l’interdit opposé au jeu exogame : « Touche pas à la femme voilée ! »

Cette atti­tude s’oppose en effet à toute ten­ta­tive d’intégration et vient ain­si ren­forcer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racisme, bien qu’il puisse aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racisme “anti-Blanc”. Et de not­er, avec Todd, que « le taux de mariages mixtes (se réal­isant prin­ci­pale­ment dans les caté­gories pop­u­laires), s’est effon­dré ces trente dernières années à cause du ren­fer­me­ment endogamique d’une immi­gra­tion récente encour­agée à val­oris­er et préserv­er sa cul­ture d’origine. On repart se mari­er au bled. »

(Lire la suite…)


L’envolée chromatique. Vous prendrez bien cinq minutes de magie ?

Huit décem­bre 2010, place Bel­le­cour à Lyon. On éteint les lumières, place aux illu­mi­na­tions. Sur­gi d’on ne sait où, un drôle de type, allure de dia­ble roux, poumons entre les mains. C’est Arnaud Méthivi­er. Décrochez donc, au moins pour ces cinq min­utes mag­iques !

On peut lire aus­si : Arnot­to ou la greffe cœurs-poumons


Michel Onfray, l’autre pensée 68 et les situationnistes

France Cul­ture a dif­fusé ven­dre­di (30/8/13) la dernière de la ving­taine d’émissions de Michel Onfray con­sacrées à « L’autre pen­sée 68 ». Ce volet a surtout porté sur le philosophe Hen­ri Lefeb­vre, puis sur les sit­u­a­tion­nistes qui en sont en grande par­tie les héri­tiers. Lesquels « situs » n’ayant jamais comp­té guère plus qu’une ving­taine de mem­bres estampil­lés, dont l’histoire n’en retien­dra que deux, Guy Debord et Raoul Vaneigem.

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Guy Debord

 

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Raoul Vaneigem

Deux seule­ment, mais leur influ­ence fut grande : autour de 68, plutôt avant que pen­dant ; et surtout après et jusqu’à nos jours où leurs analy­ses ont fini par dif­fuser bien au delà de leurs sphères ini­tiales, non sans subir leurs lots de « retraite­ment », trans­for­ma­tions, trans­mu­ta­tions, récupéra­tions.

Mais « il en reste quelque chose » assuré­ment, et c’est pré­cisé­ment ce que Michel Onfray s’est pro­posé de faire ressor­tir devant ses fidèles et con­cen­trés audi­teurs de l’Université pop­u­laire de Caen (Argen­tan en fait) avec ses cours désor­mais fameux, d’autant plus que France Cul­ture les dif­fuse chaque été depuis plusieurs années. Si vous avez raté cette série, elle reste télécharge­able par le biais du « pod­cast » – mais atten­tion ! pen­dant quinze jours seule­ment après leur dif­fu­sion. (Début le 29 juil­let ici : http://www.franceculture.fr/emission-contre-histoire-de-la-philosophie-saison-11-l-esprit-de-mai-2013–07-29)

Debord – Vaneigem, deux volets autour d’un même piv­ot, qui n’est même pas le sit­u­a­tion­nisme. Car en tant que « sys­tème », voire d’idéologie, le sit­u­a­tion­nisme n’existe pas ; il n’y a en effet que « des » sit­u­a­tion­nistes, penseurs cri­tiques d’un monde tra­vail­lant à sa perte. En l’occurrence, deux êtres que « tout » oppose, qui se ren­con­trent pour­tant dans une con­jonc­tion intel­lectuelle et événe­men­tielle, dans une époque de fin de règne et une révo­lu­tion bien­tôt matée dans une néo-nor­mal­ité qui va devenir le libéral­isme, réel héri­ti­er de Mai-68.

L’un, Debord, tra­vaille surtout à sa légende et, pour cela, s’emploie à recy­cler de grands ancêtres : Lautréa­mont, Rim­baud, Isidore Isou, les dadaïstes, let­tristes et sur­réal­istes, plus tard, le groupe Social­isme ou Bar­barie. Il tra­vaille aus­si à ce qu’on tra­vaille pour lui – sa femme, qui pige pour un jour­nal hip­pique, son riche  beau-père ; puis l’éditeur Gérard Lei­bovi­ci (Champ libre), bonne for­tune égale­ment…

Debord est prin­ci­pale­ment l’homme d’un livre, La Société du spec­ta­cle, dont la thèse a le plus sou­vent été réduite à la cri­tique du monde de la représen­ta­tion et du paraître à tra­vers les médias en tous gen­res. La portée de la réflex­ion de Debord va bien au delà, par­tant de l’analyse de Marx sur la marchan­dise et son fétichisme. Selon la pra­tique favorite des situs, celle du détourne­ment (d’ailleurs inven­tée par Isidore Ducasse, Lautréa­mont), Debord avance que  le spec­ta­cle est devenu le nou­veau vis­age du cap­i­tal ; il étend ensuite la notion de spec­ta­cle à celle de la sépa­ra­tion, axioma­tique chez les situs. Elle atteint l’individu aliéné qui a séparé son être de l’action – quand il agit encore – devenant ain­si le pro­pre spec­ta­teur de son renon­ce­ment au statut d’homme libre.

C’est vite dit, s’agissant d’un livre riche, à la lec­ture cepen­dant déroutante, dans une langue qui frise le sabir et se répan­dra de même dans les douze numéros de la revue L’Internationale sit­u­a­tion­niste.

Debord s’est aus­si beau­coup voué au ciné­ma, ou plutôt à son détourne­ment par sub­sti­tu­tion des dia­logues ou  par des incrus­ta­tions.

Son alcoolisme chronique et la mal­adie l’amènent à se sui­cider en 1994, à 62 ans.

Il est le fon­da­teur en 1957 de l’Internationale sit­u­a­tion­niste (IS), que Raoul Vaneigem rejoin­dra de 1961 à 1970.

Vaneigem (né en 1934)), c’est l’autre situ et, jusqu’à un cer­tain point théorique, l’alter ego de Debord. Il sera par­tie prenante de la cri­tique de la marchan­dise et de la révo­lu­tion rad­i­cale devant en découler. Jusqu’à un cer­tain point seule­ment, tant les orig­ines, les car­ac­tères et les chem­ine­ments des deux hommes ne pou­vaient men­er qu’à leurs diver­gences. Ain­si, les posi­tions résol­u­ment hédon­istes de Raoul Vaneigem, exposées dès 1967 dans Le Traité de savoir-vire à l’usage des jeunes généra­tions, ne pou­vaient – au-delà d’un goût com­mun pour la boutanche – qu’éloigner les deux hommes. L’un optait pour le vivant, l’autre pour un rad­i­cal­isme aus­si révo­lu­tion­naire que théorique – le bio­phile opposé au thanatophile, ain­si que les qual­i­fie Onfray, en référence notam­ment à Wil­helm Reich. La cas­sure était pro­gram­mée, tout comme déjà elle avait scindé en deux la Révo­lu­tion française, au prof­it de la Ter­reur et des robe­spier­ristes – cli­vage qui tra­verse tou­jours les champs poli­tiques d’aujourd’hui.

C’est pourquoi ces feuil­letons d’Onfray sur « L’autre pen­sée 68 », tout comme le mou­ve­ment de 68 lui-même, irriguent puis­sam­ment nos actuels et éter­nels débats, débats qui, n’empêche, con­stituent le sel des proces­sus démoc­ra­tiques. En France encore, mais aus­si bien au-delà dans ce monde atteint par la peste libéral­iste ou sa vari­ante inté­griste des reli­gions. Dans quel sens se dirige le « pro­grès » ? – selon l’analyse qu’on en fait, le con­tenu qu’on lui donne, selon qu’il s’érige à son tour, ou non, en nou­velle reli­gion.


Marseille. L’ “affaire Guetta” ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du con­cert de Guet­ta à 400 000 euros ne doit pas cacher le car­ac­tère plus que trou­ble de la ges­tion munic­i­pale. C’est ce que rap­pelle le com­mu­niqué suiv­ant du Com­man­do Anti-23 juin exigeant des expli­ca­tions sur les pra­tiques pour le moins anti-démoc­ra­tiques des élus.

 

Nous avons fait réa­gir David Guet­ta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a amené le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­niqué qu’il annu­lait son con­cert au Parc Boré­ly … pour en tenir un autre non sub­ven­tion­né au Dôme.

Depuis plusieurs semaines, notre mobil­i­sa­tion excep­tion­nelle a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez con­traint le maire à répon­dre à vos pub­li­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cuter cette sub­ven­tion. Cette déci­sion de David Guet­ta est une pre­mière vic­toire, mais c’est une vic­toire amère.

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Dali même pas mort : il parle encore

Dali_Allan_Warren

Dali à l’hôtel Meu­rice, 1972.. Ph. Allan War­ren (GNU Free Docu­men­ta­tion License)

Des­tiné à la Revue Sex­pol, l’entretien devait tourn­er autour de la sex­u­al­ité et de la poli­tique. Il s’enroula évidem­ment autour de Dali… comme on peut le lire ci-dessous, ain­si que dans l’encadré situ­ant le con­texte.

L’interview ne fut finale­ment pas pub­liée dans Sex­pol mais parut dans plusieurs quo­ti­di­ens lors de la mort de Dali, en jan­vi­er 1989.  Il y a peu, j’en ai retrou­vé la retran­scrip­tion sur une vieille dis­quette. D’où l’idée de la pub­li­er ici, tan­dis que l’exposition Dali fait un tabac au cen­tre Pom­pi­dou à Paris (jan­vi­er 213).

• Vous avez dit : « Le sur­réal­isme c’est moi »…

– Sal­vador Dali : …Oui, comme Louis XIV dis­ait « L’État c’est moi »…

• …Doit-on en con­clure que l’hyperréalisme c’est encore plus vous ?…

– Ce qui m’intéresse, c’est de finir de devenir Dali. A cinq ans, je voulais devenir cuisinier puis, un peu plus tard, Napoléon. Main­tenant, devenir Dali c’est le plus dif­fi­cile de tout !

• Avez-vous la pré­ten­tion d’y par­venir ?

– Je m’en approche.

• Par­lons sex­u­al­ité : quels rap­ports pou­vez-vous établir entre, d’une part, la corne du rhinocéros et la pointe de votre mous­tache; d’autre part, entre la pointe d’un pinceau et votre bite ?

– C’est très sim­ple : ça [désig­nant sa mous­tache], ce n’est pas log­a­rith­mique, alors que la corne du rhinocéros est la corne divine, et donc  log­a­rith­mique. Quant au sexe, c’est très clair : l’image entre par l“œil et s’écoule par la pointe du pinceau.

• Votre mous­tache, elle, ne serait donc pas divine ?!

– Non: elle est for­mée  avec de la cire; elle n’a pas la courbe log­a­rith­mique.

•  Vous avez dit aus­si qu’à une époque la mas­tur­ba­tion était pour vous une “bitte d’amarrage”…

– Bien au con­traire, je me suis mas­tur­bé très très tard, mais ça m’a beau­coup intéressé après. Et j’ai peint Le Grand mas­tur­ba­teur.

• Et aujourd’hui qu’est-ce qui vous intéresse ?

– Main­tenant ? C’est René Thom, que je vais voir demain ou après-demain; c’est lui qui a inven­té la théorie des cat­a­stro­phes; c’est des math­é­ma­tiques.

[Télé­phone : « Allo, vous vous sou­venez du divin Dali avec des mous­tach­es et tout ça ? …Il faut refaire notre ami­tié… »]

• On vous a vu par­ticiper à une émis­sion avec le philosophe et biol­o­giste Stéphane Lupas­co. A l’évidence, la sci­ence vous intéresse. Que vous apporte-t-elle ?

– Comme vous savez, j’ai été l’un des pre­miers à par­ler de l’acide désoxyri­bonu­cléique; et tout le monde croy­ait que c’était un can­u­lar. J’ai pour­tant eu l’honneur de ren­con­tr­er James Wat­son qui, le pre­mier, était par­venu à représen­ter la dou­ble spi­rale de l’ADN. Je ne suis pas un homme de sci­ence mais je suis ter­ri­ble­ment intéressé par toutes ces ques­tions.

[…]

• Qu’entendez-vous par droite ?

– Monar­chiste ! Mais dans l’ensemble cette atti­tude n’est pas exprimée méta­physique­ment à cause de l’ignorance des décou­vertes de la biolo­gie mod­erne.

• Pour vous, ce sont les lois biologiques qui vous amè­nent à nier la notion de lib­erté au sens méta­physique du mot…

– … Exact…

• … et à vous rap­procher du sys­tème monar­chique.

– C’est cela et la théorie de Thom selon laque­lle tout est déter­miné math­é­ma­tique­ment, même n’importe quelle forme. La math­é­ma­tique est une cos­mogo­nie.

• Vous avez bien écrit que vous ne croyez pas à la notion de lib­erté ?

– Je suis con­tre  la lib­erté. Je l’ai écrit. Qu’est ce que la lib­erté ? C’est l’informe. Même la rose pousse dans une prison. C’est la coerci­tion, la pres­sion et les lim­ites qui créent la beauté. La lib­erté c’est la voie tor­due. C’est dans l’univers de l’Inquisition qu’ont été pro­duites les choses les plus exerces. Par exem­ple, con­cer­nant le sexe, les pro­duc­tions mille fois plus éro­tiques sont celles qui sont placées dans les formes qua­si­ment allé­goriques – beau­coup plus puis­santes du point de vue mor­phologique ; la mor­pholo­gie sex­uelle est alors une sorte d’ornementation.

• On retrou­ve là, dans ce que vous venez de dire, votre souci obses­sion­nel de retarder au max­i­mum la réal­i­sa­tion d’un désir, son actu­al­i­sa­tion.

– Oui. La preuve, c’est quand, après ma prom­e­nade au musée, je retar­dais le plus pos­si­ble le moment de boire de l’eau ; je tour­nais autour du lavabo, je fai­sais couler de l’eau.

• C’était du masochisme ?

– Naturelle­ment, puisqu’il y avait une couronne de roi et que les épines et les trois épin­gles me fai­sait un mal ter­rrri­ble.

• Ça a tou­jours été une con­stante dans votre con­duite ?

– J’ai fait cadeau à Gala d’un château goth­ique et elle m’a dit qu’elle l’acceptait à la seule con­di­tion : que je ne lui rende jamais vis­ite, sauf avec une invi­ta­tion écrite.

• Ce qui ressort de vos pro­pos sur la sex­u­al­ité, c’est que vous par­lez de volon­té, d’ascèse, de refoule­ment, etc. Ne croyez-vous pas que l’acte sex­uel est avant tout un aban­don, un aban­don au flux naturel biologique ?

– Mais juste­ment, il faut se con­tenir. C’est-à-dire qu’à chaque époque de créa­tion il faut s’abstenir de se mas­turber, de faire l’amour, et caetera. Il faut canalis­er tout dans l’œuvre artis­tique.

• Vous êtes donc très freu­di­en à cet égard ; vous estimez que la répres­sion de la sex­u­al­ité est un fac­teur de civil­i­sa­tion…

-… et de créa­tiv­ité. Parce qu’autrement on fait des choses anti-éro­tiques. C’est pour ça que tous les artistes, tous les pein­tres ont peint comme moi, en canal­isant leur libido.

• Tout à l’heure vous disiez qu’on avait pris pour un can­u­lar vos déc­la­ra­tions sur l’ADN. Je me demande s’il ne se passe pas la même chose  pour votre « méth­ode para­noïa-cri­tique » ; c’est-à-dire qu’on ne la prend pas au sérieux – ce qui lui con­vient bien d’ailleurs, mais…

– … Ça, après quar­ante ans de pra­tique de cette méth­ode, ce sont des choses à définir : c’est la méth­ode sys­té­ma­tique d’interprétation cri­tique des phénomènes déli­rants.

• Comme toute méth­ode elle peut se retourn­er – c’est là que je voulais en venir : la « méth­ode para­noïa-cri­tique » exige un regard extérieur, une par­tic­i­pa­tion col­lec­tive. D’un autre côté, elle ne vous rend pas for­cé­ment ce que vous en atten­dez : la plu­part des gens, la plu­part de vos spec­ta­teurs, vous con­sid­èrent à la fois comme fasci­nant – du point de vue spec­tac­u­laire – et repous­sant du point de vue de l’excentricité, qu’ils ne sup­por­t­ent pas. Je pense qu’ils auraient ten­dance à vous con­sid­ér­er comme un pein­tre de génie et un vision­naire médiocre.

– C’est le con­traire !

• Oui, c’est ce que vous pré­ten­dez.

– Pour être un bon pein­tre, je suis trop intel­li­gent et par con­tre je suis un cos­mo­logue  : j’ai une con­cep­tion du monde très supérieure à celle des autres.

Pro­pos recueil­lis par Gérard Pon­thieu en jan­vi­er 1989, à l’hôtel Meurice, à Paris. 

Excen­trique, méga­lo­mane, mythomane, mys­tifi­ca­teur…

…Fou, para­no„ cupi­de, mys­tique.

…Déli­rant, anar­chiste, fasci­nant, fas­ciste.

…Obsédé, sado-masochiste.

…Vul­gaire, banal, génial.

Sal­vador Dali était tout cela et le con­traire, comme un mal­strom innom­ma­ble où s’engouffraient grandeur et déca­dence de l’humanité. Dans ce tour­bil­lon mêlant les immondices aux pépites d’or, Dali pra­ti­quait l’art tel un alchimiste : à coups de sym­bol­es et de mys­tères, d’invocations et de suf­fo­ca­tions. Et c’est bien ce qui pou­vait le ren­dre fasci­nant et insup­port­able. Son rap­port intime à la con­tra­dic­tion – à la sienne pro­pre, et cul­tivée comme un sys­tème, autant qu’à celle du monde -, sa manière de jouer et de se jouer de l’irrationnel ali­men­taient avec fougue ce qu’il appelait son délire créatif. Artiste, Dali ? On en dis­cuterait à perte de vue d’esthète. Mais au moins s’était-il appliqué à faire de sa vie, selon le mot de Gide, « une œuvre d’art ». De cela encore on pour­rait dis­cuter… en esthète. Mais Dali, lui, en avait pris le par­ti – le seul qu’il embrassât vrai­ment, non sans avoir goûté aux amer­tumes des idéolo­gies.

S’il s’engagea quelque part, ce fut dans les rangs peu fréquen­tés du mou, du visqueux, du merdeux. Il se délec­ta ain­si du « mau­vais goût » par dégoût du bon goût bour­geois. Il y puisa une force provo­ca­trice red­outable qui ne lais­sait à ses vic­times que la pos­si­bil­ité de pay­er. Dali ten­tait d’échapper à l’enfermement des sys­tèmes, le sien y com­pris qu’il trans­muait en or par vic­times inter­posées – celles qui croy­aient se met­tre du bon côté de la fron­tière du goût et qui, pour cela,  payaient très cher un passeur nom­mé Dali.

gp


Edgar Morin : « En 2013, il faudra plus encore se méfier de la docte ignorance des experts »

Ça ne se fait pas de pub­li­er sans autori­sa­tion un texte venu d’ailleurs. Si ! la preuve : ce texte d’Edgar Morin paru dans Le Monde du 2 jan­vi­er. Morin comme penseur du bien com­mun, se doit de cir­culer dans les sphères de la pen­sée com­mune, notam­ment les blogs. De plus, comme penseur de la com­plex­ité, il sait aus­si – tou­jours au nom du bien com­mun – les exi­gences de la sim­plex­ité : ren­dre sim­ple ladite com­plex­ité.

Donc, ci-dessous : l’article d’Edgar Morin, titré « En 2013, il fau­dra plus encore se méfi­er de la docte igno­rance des experts ». Suivi de mon grain de sel.

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© faber

Hélas, nos dirigeants sem­blent totale­ment dépassés : ils sont inca­pables aujourd’hui de pro­pos­er un diag­nos­tic juste de la sit­u­a­tion et inca­pables, du coup, d’apporter des solu­tions con­crètes, à la hau­teur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oli­garchie intéressée seule­ment par son avenir à court terme avait pris les com­man­des.” (Man­i­feste Roo­sevelt, 2012.)

Un diag­nos­tic juste” sup­pose une pen­sée capa­ble de réu­nir et d’organiser les infor­ma­tions et con­nais­sances dont nous dis­posons, mais qui sont com­par­ti­men­tées et dis­per­sées.

Une telle pen­sée doit être con­sciente de l’erreur de sous-estimer l’erreur dont le pro­pre, comme a dit Descartes, est d’ignorer qu’elle est erreur. Elle doit être con­sciente de l’illusion de sous-estimer l’illusion. Erreur et illu­sion ont con­duit les respon­s­ables poli­tiques et mil­i­taires du des­tin de la France au désas­tre de 1940 ; elles ont con­duit Staline à faire con­fi­ance à Hitler, qui fail­lit anéan­tir l’Union sovié­tique.

Tout notre passé, même récent, four­mille d’erreurs et d’illusions, l’illusion d’un pro­grès indéfi­ni de la société indus­trielle, l’illusion de l’impossibilité de nou­velles crises économiques, l’illusion sovié­tique et maoïste, et aujourd’hui règne encore l’illusion d’une sor­tie de la crise par l’économie néolibérale, qui pour­tant a pro­duit cette crise. Règne aus­si l’illusion que la seule alter­na­tive se trou­ve entre deux erreurs, l’erreur que la rigueur est remède à la crise, l’erreur que la crois­sance est remède à la rigueur.

L’erreur n’est pas seule­ment aveu­gle­ment sur les faits. Elle est dans une vision uni­latérale et réduc­trice qui ne voit qu’un élé­ment, un seul aspect d’une réal­ité en elle-même à la fois une et mul­ti­ple, c’est-à-dire com­plexe.

Hélas. Notre enseigne­ment qui nous four­nit de si mul­ti­ples con­nais­sances n’enseigne en rien sur les prob­lèmes fon­da­men­taux de la con­nais­sance qui sont les risques d’erreur et d’illusion, et il n’enseigne nulle­ment les con­di­tions d’une con­nais­sance per­ti­nente, qui est de pou­voir affron­ter la com­plex­ité des réal­ités.

Notre machine à fournir des con­nais­sances, inca­pable de nous fournir la capac­ité de reli­er les con­nais­sances, pro­duit dans les esprits myopies, céc­ités. Para­doxale­ment l’amoncellement sans lien des con­nais­sances pro­duit une nou­velle et très docte igno­rance chez les experts et spé­cial­istes, pré­ten­dant éclair­er les respon­s­ables poli­tiques et soci­aux.

Pire, cette docte igno­rance est inca­pable de percevoir le vide effrayant de la pen­sée poli­tique, et cela non seule­ment dans tous nos par­tis en France, mais en Europe et dans le monde.

Nous avons vu, notam­ment dans les pays du “print­emps arabe”, mais aus­si en Espagne et aux États Unis, une jeunesse ani­mée par les plus justes aspi­ra­tions à la dig­nité, à la lib­erté, à la fra­ter­nité, dis­posant d’une énergie soci­ologique per­due par les aînés domes­tiqués ou résignés, nous avons vu que cette énergie dis­posant d’une intel­li­gente stratégie paci­fique était capa­ble d’abattre deux dic­tatures. Mais nous avons vu aus­si cette jeunesse se divis­er, l’incapacité des par­tis à voca­tion sociale de for­muler une ligne, une voie, un des­sein, et nous avons vu partout de nou­velles régres­sions à l’intérieur même des con­quêtes démoc­ra­tiques

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Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ? par Attac

imagesLe départ en exil fis­cal d’Obélix-Gérard Depar­dieu sus­cite une légitime lev­ée de boucliers. Mais la polémique entretenue par les déc­la­ra­tions du Pre­mier min­istre et du min­istre du Tra­vail ne risque-t-elle pas de faire oubli­er les éclair­cisse­ments atten­dus con­cer­nant l’affaire du compte suisse du min­istre du bud­get, Jérôme Cahuzac, révélée par Médi­a­part ? En tout cas la polémique ne saurait dédouan­er les autorités français­es, qui n’ont guère pris d’initiatives fortes con­tre l’évasion fis­cale. Attac pro­pose cinq mesures clés qui per­me­t­traient à la France de rétablir sa crédi­bil­ité dans ce domaine.
Après l’affaire Woerth-Bet­ten­court, les soupçons qui pèsent sur le min­istre du Bud­get Jérôme Cahuzac con­cer­nant son usage d’un compte à l’Union des Ban­ques Suiss­es (UBS) entachent à nou­veau la crédi­bil­ité de l’administration fis­cale à son plus haut niveau. Pour mon­tr­er sa réelle déter­mi­na­tion dans ce domaine la France doit sans délai  :
– établir une liste crédi­ble des par­adis fis­caux, en lien avec les asso­ci­a­tions spé­cial­isées ;
– exiger la com­mu­ni­ca­tion de l’identité de tous les ressor­tis­sants français déten­teurs de comptes dans les par­adis fis­caux, à com­mencer par la Suisse : l’administration des États-Unis l’a imposé à UBS en 2010, démon­trant qu’il suf­fit d’une volon­té poli­tique.
– don­ner 12 mois aux ban­ques opérant en France pour fer­mer leurs fil­iales dans ces ter­ri­toires, sous men­ace de retrait de la licence ban­caire. Selon l’étude de référence du CCFD-Terre Sol­idaire, les ban­ques français­es ont 527 fil­iales dans les par­adis fis­caux dont 360 pour la seule BNP Paribas !
– embauch­er sous 12 mois au moins 1000 agents de con­trôle fis­cal pour ren­forcer les 5000 vérifi­ca­teurs actuelle­ment en poste: cha­cun d’entre eux rap­porte 2,3 mil­lions d’euros par an à l’Etat grâce aux redresse­ments fis­caux opérés, soit 40 fois le mon­tant de son traite­ment !
– s’engager forte­ment auprès des organ­i­sa­tions inter­na­tionales (OCDE, G20…) en faveur du “report­ing par pays” [1] pour les multi­na­tionales, seul out­il effi­cace pour lut­ter con­tre l’évasion fis­cale qui per­met à Total ou Google de ne pay­er qua­si­ment aucun impôt sur les béné­fices.
Attac France,
Paris, le 17 décem­bre 2012
[1] Le report­ing par pays oblige les multi­na­tionales à ren­dre trans­par­ents le vol­ume d’activité économique réelle, les prof­its et les impôts qu’elles payent dans cha­cun des pays où elles sont implan­tées. Il lim­ite forte­ment les pos­si­bil­ités d’évasion fis­cale.

Depardieu. Plus minable que misérable

G_Depardieu_2010L’ “affaire Depar­dieu”, puisque c’en est une, suit son enflure médi­a­tique. Ain­si dans Libé. Plus de 2.000 com­men­taires (dont des grat­inés car­ré­ment fachoïdes) suite aux dernières déc­la­ra­tions de celui qui incar­na Jean Val­jean dans un télé­film. Ayant tourné dans Les Mis­érables, il se vexe de se trou­ver enrôlé dans Les Minables. Dans sa let­tre ouverte au pre­mier min­istre (JDD du jour) il en appelle à son passé de pro­lo, rap­pelant avoir com­mencé à tra­vailler « à 14 ans comme imprimeur, comme manu­ten­tion­naire puis comme artiste dra­ma­tique ». Il pré­cise avoir payé «en 2012 85% d’impôts sur (ses) revenus», et “ 145 mil­lions d’euros d’impôts en 45 ans, je fais tra­vailler 80 per­son­nes (…) Je ne suis ni à plain­dre ni à van­ter, mais je refuse le mot “minable”».

Il peut tou­jours refuser, il n’en demeure pas moins qu’un mis­érable, au sens de Vic­tor Hugo n’est pas for­cé­ment un minable. Tan­dis qu’un minable n’est pas non plus tou­jours un mis­érable. Ça peut même être un richissime à qui l’impôt répub­li­cain (de la chose publique),  au nom de plus d’équité entre les citoyens, et par la redis­tri­b­u­tion, demande une con­tri­bu­tion. D’où les con­tri­bu­tions directes et indi­rectes. D’où la pro­gres­siv­ité de l’impôt : plus vous avez de ren­trées, plus vous êtes imposé. Au max­i­mum jusqu’à 75 %, là où feu le “boucli­er fis­cal” du Bien­fai­teur des rich­es lim­i­tait la prélève­ment à 50 %.

Je me sou­viens, à ce pro­pos, avoir relevé la réac­tion indignée d’un Finkielkraut, sur la radio publique, volant au sec­ours du prélevé : “Il donne la moitié de son man­teau, tout de même !” D’abord, il ne donne pas – n’est pas saint-Mar­tin qui veut… Ensuite, il y a un abîme entre le fait de don­ner un euro quand on n’en a que deux, et celui de se faire appel­er à un devoir de sol­i­dar­ité par une con­tri­bu­tion d’un mil­lion d’euros sur deux mil­lions de revenus.

Dans un cas, il vous reste un euro, dans l’autre un mil­lion !

Ain­si donc, même en ayant payé 85 % d’impôts sur le revenu (tranche qui n’existe pas…), Depar­dieu peut con­tin­uer à vivre sans chang­er son grand train de vie (quitte à ven­dre son hôtel de Cham­bon, dans le 6e arrondisse­ment de Paris, 1 800 m², estimé à 50 mil­lions d’euros). Ou bien, il a un tel appétit d’ogre qu’il se voit tenu de se faire inviter à des tables de dic­ta­teurs, genre Khadirov, le bouch­er tchétchène, à l’occasion de son mariage  à Grozny ; ou bien lors d’un autre mariage, décidé­ment, celui de la fille de Kari­mov, prési­dent facho de l’Ouzbékistan…

L’avidité le ren­dant aveu­gle à la détresse ravageuse, Depar­dieu se place en vic­time d’un “sys­tème” qui, selon lui, dénierait le tal­ent. Minable argu­men­ta­tion !  s’agissant de sol­i­dar­ité et d’éthique.

S’agissant de cette décence com­mune chère à George Orwell et par laque­lle l’écrivain salu­ait cette fac­ulté du genre humain à l’entraide.

Depar­dieu aura som­bré dans l’indécence com­mune, y rejoignant la cohorte des innom­brables som­mités du show­biz, dans les par­adis fis­caux où ils jouis­sent à l’ombre du dieu Fric.

Qu’il eût été plus tal­entueux, sinon grand “notre Gégé” en s’empêchant cette bassesse. En refu­sant de jouer dans un tel navet, si bas dans l’affiche des nan­tis.

Minable, oui, j’ai bien dit minable.


Porno-misère, autre genre télévisuel

Comme des mil­lions d’autres, je me branche chaque soir ou presque sur le jour­nal télé, celui de France 2. Ailleurs, ça doit être pareil, toutes chaînes con­fon­dues, dans un sys­tème com­mun où le spec­ta­cle domine. Donc, on étend un regard voyeur sur la scène mon­di­ale – enfin, de cette par­tie super­fi­cielle du monde relié au sys­tème tech­nique médi­a­tique. Le réseau tisse sa toile en éten­dant son emprise à final­ité marchande ; c’est pourquoi il n’y tra­vaille qu’en sur­face, ou à la crête des aspérités, surtout pas en pro­fondeur.

 

Donc, hier soir, comme les autres soirs, « mon » JT présen­tait « sa » séquence « émo­tions ». Aujourd’hui, ray­on pau­vreté, voici Fabi­enne, jeune mère céli­bataire, cais­sière à 800 euros par mois, qui ne peut plus pay­er sa fac­ture d’électricité. Larmes le long de la joue.

– Salauds de rich­es !
– Cause tou­jours ! Dessin de Faber ©

 

La veille, ray­on « illet­trisme », ces tra­vailleurs en fait qua­si anal­phabètes, se retrou­vant en appren­tis­sage basique, avec des mécaniques intel­lectuelles grip­pées, appelant des efforts douloureux. Cet homme est mon­tré de près, la caméra scrute, tra­vaille à la loupe, de son œil de rapace. Le vis­age se prête si bien à l’exploration, l’homme est un peu rus­tre, c’est un pro­lo « brut de décof­frage » ; pour un peu on irait avec l’endoscope, fouiller jusque dans ses tripes. Il résiste, l’homme autop­sié par la caméra, il veut faire bonne fig­ure, sourit, croit domin­er le ric­tus. Il par­le de son fis­ton, qu’après il pour­ra même aider à ses devoirs. Et soudain éclate en san­glots. Et la caméra qui insiste, le pour­suit, le traque.

 

La Crise a ouvert tout grand le champ de la mis­ère à ces ter­ror­istes mod­ernes, l’œil de rapace rivé au viseur, mitrail­lant en silence, ne lâchant pas la proie, qu’ils tétanisent, qu’ils médusent par­fois d’un regard obscène de cyc­lope.

 

Tels sont ces pornographes adeptes du gros plan, mon­trant des nez, des yeux, des rides comme on exhibe des bites et des chattes.

 

Qui iso­lent la par­tie du tout afin d’en extraire la larme intime, la per­le lumineuse du monde en dérive et en spec­ta­cle.

 

Qui nous trans­for­ment en voyeurs, cul­pa­bil­isés ou jouis­seurs secrets de nos priv­ilèges, com­patis­sants jusqu’à la séquence suiv­ante – une vedette, un sportif – qui fera aus­sitôt oubli­er celle-ci.

 

Et avant-hier, encore, c’était cet ouvri­er agri­cole meur­tri par sept années en prison sous l’accusation men­songère de viol. Pleurs ren­trés.

 

Et ce soir, de quelles larmes la fameuse « séquence émo­tions » nour­ri­ra-t-elle l’interminable feuil­leton de cette litanie télé/visuelle – vue à dis­tance, de loin, hors con­texte, si peu poli­tique ?

 

Enfants-mar­tyrs, ou enfants-sol­dats ; Noël du « sdf » ; mamie sans famille à l’hospice… La réserve sociale des dému­nis, des lais­sés pour compte est inépuis­able. Elle peut même, au besoin, se grossir de la détresse ani­male. Atten­tion cepen­dant à bien en « gér­er les richess­es » télé/géniques. Cette économie-là aus­si est déli­cate. Rien ne serait plus con­tre-pro­duc­tif qu’un abus dans ce domaine ; comme dans tout autre – celui du luxe, par exem­ple, son pen­dant symétrique. Ain­si, en fait-on des kilos, c’est le cas de le dire, avec un Depar­dieu pseu­do-exilé, visant à sous­traire au fisc du pays qui l’a fait roi – des rich­es et des cons – 1,4% de son immense for­tune. Minable, va ! Oui, mais il nous emmerde, le minable, du haut de sa Tour d’Argent comme nous le mon­tre si bien Faber et son dessin ci-con­tre.

 

L’essentiel étant, tout de même, que les injus­tices restent assez sup­port­a­bles pour qu’on sup­porte l’Injustice.


Montauban-Toulouse et les prédictions d’ “Isidore”

 Je ne sais qui est cet “Isidore” qui a déposé hier sur ce blog un com­men­taire sur l’affaire Mon­tauban-Toulouse. Mais le lien qu’il a ajouté mène à son blog, La Gnos­tie d’Isidore, où l’on peut lire ce qui suit, daté du 23 févri­er dernier, sous le titre “Pré­dic­tiv­ité”. Pro­pos que je lui emprunte sans hésiter (et sans son avis…).

Prédictivité

Hélas, chers amis, nous aurons notre petit atten­tat, peut-être pas trop sanglant, en France, pour cor­ro­bor­er le car­ac­tère sécu­ri­taire néces­saire à notre cher pays de lib­erté, dont ont besoin notre indus­trie, la pro­tec­tion des rich­es, celle de leur moral et tout bon­nement cette repous­sante morale sociale, afin de dompter, par la force des matraques et autres armes de con­tention des mass­es telles que décrets et lois ad hocdont on nous a don­né l’habitude, dans les 45 jours qui vien­nent, à peu de chose près. C’est absol­u­ment néces­saire pour élever le nabot à nou­veau aux hau­teurs de sa tâche : les esprits sont beau­coup trop revêch­es sinon même rebelles.Les pleur­nichaderies qu’on nous mon­tre et qu’on voudrait des panse­ments à des man­ques et malver­sa­tions volon­taires, tour­nent trop à la rigo­lade ou l’odeur de vinai­gre et n’y suff­is­sent plus, tant elles ont le pesant de la crédi­bil­ité d’un courtier ; ses déci­sions de derniers instants se voudraient vrai­ment con­va­in­cantes, à la manière d’un cache-sexe sans devant ni der­rière, et d’une rad­i­cal­ité qui sort après qua­tre métros de retard ; ses révoltes con­tre l’état de fait qu’on a soi-même instau­ré par ses insti­tu­tions saumâtres et qu’on a imposées à coups de ren­forts bleu-marine et de coques pare-balles, de casques et de gaz lacry­mogènes, d’interdits à la libre-cir­cu­la­tion sous des pré­textes sécu­ri­taires qui ne con­sis­tent qu’à se pro­téger soi de la pop­u­lasse qu’on abhorre lorsqu’elle vous con­tred­it, sen­tent exces­sive­ment l’hilarité osten­ta­toire, s’il ne s’agissait que d’accélérer notre dés­ap­pointe­ment devant tant de vergogne.Il faut s’attendre donc à une gou­ver­nance par le choc socialqui se pra­tique dans l’invention d’une ter­reur dont l’objet est de vous attein­dre au ven­tre, là où on veut vous esbaudir.Je souhaite sim­ple­ment, devant cet inévitable “impos­si­ble” que les gens res­teront affec­tive­ment calmes et penseront et com­pren­dront qu’à nou­veau, un coup sera porté à leur désir de mieux être et ne défail­liront pas sous ce choc des­tiné à détrôn­er pour que vous le cachiez comme un tré­sor qui n’a plus à être décou­vert, ce qu’ils ont de plus cher, de plus vivant, de plus radieux et de plus incer­tain : la LIBERTÉ.

Pub­lié par , 23 févri­er 2012


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    ––––
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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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