On n'est pas des moutons

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Johnny H. – Spectacle et Démesure

Ainsi la France, le Monde même, ont perdu deux idoles en deux jours: un grand écrivain et un grand chanteur. Il s’est passé quelque chose, certes. quelque chose de troublant, difficile à expliquer simplement, c’est-à-dire à déplier. quelque chose de compliqué donc. Un mot me vient, qui remonte aux philosophes de la Grèce antique, hubris. Un mot à l’image de notre monde chaotique. Il veut dire « arrogance, démesure ».

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«Hommage populaire»… Tout est en place, dans une mise en scène hiérarchisée, dans le spectacle de la séparation.

Les deux pompes funèbres et surmédiatiques qui se sont presque simultanément déversées sur « nous », emportaient en effet dans une même démesure toute l’arrogance d’un monde désormais emporté par le spectacle de lui-même, cette sorte d’auto-spectacle, de gigantesque selfie généralisé. Selfie qu’en termes locaux on appellerait « portrait de soi » – et en l’occurence, « de l’entre-soi ».

Notes sur les pompes funèbres de Jean d’Ormesson. C’est étonnant comme les vieux chenus, yeux bleus si possible, cravate choisie, sens de la conversation alliant esprit et légèreté… c’est étonnant comme un tel profil bonhomme peut, entre Académie et Invalides, converger aussi vers une sorte de Panthéon. Tous les vieux, ou presque, finissent par se racheter leur passé, même peu reluisant. Le « Jean d’O » de la cinquantaine et du Figaro, approuvait la guerre états-unienne au Viêt Nam – Jean Ferrat lui dédia alors une chanson cinglante, qu’il fera interdire. Plus tard, en 1994, aventuré au Rwanda sous génocide, ainsi que le rappelle Daniel Mermet qui le qualifie de roublard 1, il exerce son talent lyrique :

« Partout, dans les villes, dans les villages, dans les collines, dans la forêt et dans les vallées, le long des rives ravissantes du lac Kivu, le sang a coulé à flots – et coule sans doute encore. Ce sont des massacres grandioses dans des paysages sublimes. »

D’où, encore, la question du spectacle – littéraire à l’occasion, celui qui fait se pâmer Busnel et Orsenna dans une même extase. « Bien écrire » ou « écrire bien » ?

Une partie de la France – et non pas « la France » ; une partie du peuple – et non pas « le peuple », se sont livrés à ce rite étrange et désormais banal d’une immense autocontemplation. De même que lesdits selfies n’ont été rendus possibles qu’avec l’apparition des téléphones dits « intelligents », les célébrations funèbres de ces derniers jours ne l’ont été que par le déploiement démesuré de la machine médiatique – à l’« intelligence » relative et pourtant redoutable.

Et puisque nous étions tombés dans une forme poussée de spectacle 2, une référence pouvait sembler s’imposer : le livre de Guy Debord, La Société du spectacle. L’ouvrage continue à faire l’objet de contresens, étant souvent ramené à une approche superficielle – médiatique – dans laquelle le spectacle est pris en son sens de représentation ordinaire. C’est ainsi que les funérailles en question ont pu être vues, perçues, aperçues comme « spectaculaires » – qualificatif revenu maintes fois lors des retransmissions télévisées. 3

Bref. Je me replonge donc dans « mon » Debord (1967) et ses thèses numérotées (comme la Bible ;-)). Je tombe sur la 29, que voici :

« L’origine du spectacle est la perte d’unité du monde, et l’expansion gigantesque du spectacle moderne exprime la totalité de cette perte : l’abstraction de tout travail particulier et l’abstraction générale de la production d’ensemble se traduisent parfaitement dans le spectacle, dont le mode d’être concret est justement l’abstraction. Dans le spectacle, une partie du monde se représente devant le monde, et lui est supérieure. Le spectacle n’est que le langage commun de cette séparation. Ce qui relie les spectateurs n’est qu’un rapport irréversible au centre même qui maintient leur isolement. Le spectacle réunit le séparé, mais il le réunit en tant que séparé. » 4

Que voyait-on défiler sur nos écrans ? 5 On y voit une mise en scène ordonnancée, selon une hiérarchie stricte délimitant les territoires du pouvoir, par définition politique. C’est là que réside la séparation, et notamment dans la « séquence » de la Madeleine 6 , lieu et moment de cette disjonction entre le Peuple et, disons, les élites ; entre le poulailler et le parterre. C’est là que défilent, pour les caméras et donc le peuple d’en-bas, les happy-few et VIP à lunettes noires de circonstance, tout l’entre-soi du monde médiatico-spectaculaire 7, tandis que le peuple éploré donne à voir ses tatoués en larmes, descendus, qui du Golgotha, qui de l’Olympia toute proche ou des Champs-Elysées ? 8 ; qui de la Harley-fils-de-David [encore une séparation dans la séparation : l’élite de la Moto et de son culte communautaire], tous éprouvés par tant de peine insurmontable, par le Chemin de croix d’une nuit de froidure.

Le Peuple en deuil ? Non, bien sûr. Pas seulement par abus courant de généralisation : Alain Finkielkraut, l’un des premiers, a noté l’absence de ceux qu’il appelle les « non-souchiens » 9– entendons les non-Français de souche, ceux « des quartiers », d’une autre religion, d’une autre culture, d’un autre milieu, d’une autre histoire. Comment ne pas le remarquer ? Comment ne pas le dire ? Ce fut non-dit. Johnny et son ostensible croix christique en sautoir ne pouvait que repousser les mahométans et autres sarrasins… Le rock n’est pas leur credo… Tout comme les Noirs états-uniens s’en sont remis au rap identitaire. Elvis, le faux dur du Tennessee – dont Johnny « avait quelque chose de » –, leur avait piqué le blues, au moins en partie, au profit du showbiz. Nous y revoilà, au Spectacle ! On n’y échappe plus. Tout est spectacle – « tout le monde il est spectacle », aurait pu dire Desproges.

L’affaire n’est pourtant pas récente. Sans remonter au Déluge, Platon lui même n’avait-il pas questionné ce monde de la séparation réel/virtuel ? Plus tard, fin du IIe siècle, un certain Tertullien, écrivain berbère de langue latine et éminent théologien chrétien, avait interrogé « la » question dans De Spectaculis et De Idololatria, deux de ses nombreux écrits 10. Extraits :

« Que les convives de Satan s’engraissent de ces aliments. Le lieu, le temps, le patron qui les convie, tout est à eux. Pour nous, l’heure de nos banquets et de nos noces n’est pas encore venue. Nous ne pouvons nous asseoir à la table des Gentils, parce que les Gentils ne peuvent s’asseoir à la nôtre. Chaque chose arrive à son tour. Ils sont maintenant dans la joie ; nous, nous sommes dans les tourments. »

Reste tout de même la question : Trouvera-t-on encore en France, un seul autre grand personnage – un poète, un savant, un bienfaiteur, un simple héros du quotidien… homme ou femme – pour mériter d’aussi grandioses cérémonies ?

Notes:

  1. Daniel Mermet : « C’est un homme charmant, et je dois dire que j’apprécie le soin qu’il apporte au choix de ses cravates… » Lire ici
  2. Car il y a des formes de spectacle qui élèvent : on en ressort grandi.
  3. À la radio, où l’on avait même convoqué… Jack Lang, ex-ministre de la culture spectaculaire, on lui demanda : « Quelle séquence vous a particulièrement marqué ? »…
  4. Guy Debord, La Société du Spectacle, Gallimard, Paris, 1992, 3e édition. Publication originale : Les Éditions BuchetChastel, Paris, 1967.
  5. Comme le fait remarquer un commentateur récent de « C’est pour dire », Bernard H., « Nous avons largement la liberté télévisuelle de ne pas se planter devant des hommages interminables et c’est ce que j’ai fait sans problème avec ma télécommande. ». Certes, mais la chose « événement » nous regarde…
  6. Temple grec, à l’image du Parthénon, qui aurait dû magnifier le culte de Napoléon, s’il n’y avait eu la débâche de Russie… Redevenue église, non sans vicissitudes séculières, cette Madeleine a rassemblé les prostituées sensibles à sa protection. Notons pour le fun que c’est dans ce quartier, en 1974, que Mgr Jean Daniélou, cardinal et académicien, meurt d’un infarctus [« dans l’épectase » selon sa hiérarchie] chez une Marie-Madeleine de la rue Dulong.
  7. Filmé sans vergogne, au téléphone intelligent, par Claude Lelouch, as du ciné-spectacle
  8. Je ne sais toujours pas pourquoi le cortège funèbre est parti du Mont-Valérien, ce haut-lieu du Mémorial de la France combattante…
  9. Finkielkraut détourne pour la dénoncer l’expression de « souchiens » par laquelle le groupe des Indigènes de République dénonce les Français « de souche » comme colonialistes de fait, autant dire pires que des chiens…
  10. Du Spectacle et De l’Idolâtrie. On les trouve sur internet, notamment De Spectaculis.

« Héros national ». Johnny au Panthéon !

« Un héros national », a déclaré le président. On n’en a pas tant que ça des héros, et nationaux en plus ! Eh ben, allons-y pour des obsèques nationales, non ? Et même le Panthéon, aux côtés de Jean-Moulin, par exemple. « Entre ici, Johnny !… » Malraux au secours ! Ou bien entre Hugo et Zola. La classe !

Je trouve qu’il chipote, Macron : pas d’obsèques nationales, mais un « hommage populaire » a-t-il tranché. On croit s’en tirer avec des mots pour ne froisser ni Pierre ni Paul, ni les idolâtres, ni les m’en-fous ou seulement les ça-m’est-égal. La politique toujours, cet art du trébuchet – surtout ne pas trébucher.

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Bien sûr, on ne peut négliger l’événement, et surtout pas l’ignorer. Du petit matin à la nuit entamée, et l’écho n’est pas retombé, les ondes n’ont vibré que de la même célébration, des mêmes lamentos, du même pathos, chacun y allant de ses souvenirs, de sa nostalgie, de sa larme. Radios, télés, journaux n’ont cessé de jouer les pleureuses, selon la tradition d’un peuple 1, en effet, retourné (ou demeuré) à l’état d’idolâtrie 2. En quoi il y a lieu de convoquer sociologues et anthropologues, car il s’agit d’un « fait de société », de ceux qui interrogent sur la nature humaine, les croyances, les comportements, les rites. Et même les mythes, à la façon dont Roland Barthes avait questionné les signes constitutifs de nos sociétés et de leurs mythologies.

Ainsi ce témoignage recueilli par Le Monde 3 : « Michèle Bigot, bientôt 70 ans, a les yeux rougis […]Insomniaque, la retraitée de France Télécom a appris la disparition de « son » Johnny cette nuit, « à 2 h 34 »[…]Encore sous le choc, ni une ni deux, elle est partie à 4 heures du matin de son domicile de Houilles (Yvelines), a pris trains, RER puis traversé à pied, de nuit, le domaine de Saint-Cloud pour venir se recueillir devant le domaine La Savannah où résidait son idole, à Marnes-la-Coquette (Hauts-de-Seine). « L’essentiel c’est que Johnny sache que je suis là, souffle-t-elle. Sa mort est pour moi aussi importante que celle de De Gaulle et de Mitterrand, que j’aimais pourtant beaucoup. J’espère qu’il sera enterré au Panthéon, il le mérite, c’est une tour Eiffel. »

Johnny pantheon

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Ils l’auront, Johnny et Michèle Bigot, leur tour Eiffel illuminée ! Car la mairesse Hidalgo ne saurait faire moins. Qui oserait « faire moins » devant une tragédie pareille ? 4

Un peuple (cf note n°1 ci-dessous) tombe dans une régression ancestrale, dans un infantilisme atterrant, tandis que le monde court à sa ruine : climat, surpopulation, surconsommation, sur-pauvreté, sur-injustice, surarmement – j’en passe. Tandis qu’un dément 5 met le feu au Moyen-Orient et, par delà, à la planète, comme si son réchauffement ne suffisait pas. À côté de quoi, quitte à considérer les incendiaires, on se consolera avec « notre Johnny nationalisé », un dieu qui ne mettait le feu qu’à ses salles de fanas surchauffés.

Notes:

  1. Généralisation abusive, forcément. L’équation adéquate étant y=M-x. Soit y l’inconnue, M la masse populaire, x le nombre de résistants, autre inconnue…
  2. L’ «idole des jeunes» a fini par vieillir, avec ses idolâtres
  3. Son fondateur Hubert Beuve-Méry doit s’en retourner dans sa tombe, ou depuis Sirius : un tel non-événement à la une du « journal de référence » !
  4. Fabrice Luchini n’est pas en reste dans l’homélie ampoulée : à propos de son pote, qu’il qualifie de «métaphysicien», il ne craint pas d’évoquer Rimbaud, et même Socrate !… (France Inter)
  5. Ce qualificatif est sans doute juste mais n’explique rien, en particulier s’agissant des intérêts de classe que Trump fait culminer, notamment avec sa réforme fiscale, au risque de terribles affrontements aux Etats-Unis.

Jerry Lewis, génial garçon de courses

Sans blague, il est mort le blagueur excité, excentré, extravagant. Exit Jerry Lewis, à Las Vegas ce 20 août à l’âge de 91 ans, une belle durée qui lui aura permis d’apparaître dans des dizaines films. Du quantitatif qui, forcément, a inclus pas mal de nanars, selon la loi du bizness. Passons et retenons le meilleur, comme le fait sur son blog mon ami Daniel Chaize pour marquer les 90 ans du comédien à la voix de canard :

« Tous les films de Jerry Lewis sont des films sociaux. La course exténuante autour du grand magasin pour promener les chiens dans Un chef de rayon explosif (1963) est à la hauteur de On achève bien les chevaux de Sydney Pollack (1969). Et la salle des dactylos écrasées d’un bruit abrutissant autant que leur alignement en rangées pour un travail « taylorisé », dans Le Zinzin d’Hollywood, fait penser aux Temps modernes de Chaplin. » [Lire son article ici].

De mon côté, je ne me lasse pas d’un extrait de film qui, selon moi, relève du génie d’acteur. Ça s’appelle «The Chairman of the Board» [extrait de The Errand Boy, de 1961]. On y voit un garçon d’étage d’une grosse boîte qui se prend pour le président du conseil d’administration. Le tout sur « Blues in Hoss », une musique de Count Basie. Un hommage on ne peut plus éloquent, servi par lui-même. Du grand art.


Cinéma. «Toni Erdmann», subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce «Toni Erdmann» (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film comme aucun autre. Certes, sa facture formelle est plutôt classique : pas besoin de faire des numéros de claquettes quand le fond l’emporte d’une manière aussi magistrale. Au départ, l’histoire ordinaire d’un père et d’une fille que la vie « moderne » a éloignés, jusqu’à les rendre étrangers l’un à l’autre. Histoire banale, sauf que les personnages ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et surtout, constatant l’abîme qui menace sa fille, prise dans l’absurde tourbillon du monde mortifère du bizness, du coaching – tout ce blabla secrété par le règne de la marchandise mondialisée. Son instrument d’action, à l’efficacité imparable – c’est le sujet du film – ce sera la distance critique portée par l’humour et, plus encore, par la dérision, planètes devenues inatteignables à cette jeune femme froide, réfrigérée, frigide. Comment peut-elle encore être sa fille, celle-là qui surgit entre deux avions, pressée, absente, l’oreille collée au portable, habillée en croque-mort, en noir et blanc, à la vie grise, vide de sens et de sourires ?

De ce naufrage annoncé va surgir, en sauveteur loufoque, ce Toni Erdmann à l’humour déjanté, lourdingue, qui fout la honte à cette jeune femme formatée, taillée (dans son tailleur strict) pour la compétition entre tueurs affairistes – bref, le spectacle de l’« actu ». Il débarque donc dans son univers de morgue, armé d’une perruque, de fausses dents et jusqu’à un coussin-péteur – une panoplie de Père Ubu pour un combat contre l’absurdité. « Je voulais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tandis qu’elle n’entend pas, devenue sourde à la vie vivante, abstraite comme de l’art « contemporain », marchandise elle-même, au service du monde marchand, de la finance qui tue le travail et les hommes.

Mais rien n’est dit explicitement de tout ça : pas de discours ni démonstrations ; tout surgit ici dans la lumière de l’écran, des personnages, des situations – Éros contre Thanatos, dans l’ordinaire menacé des vies déréglées, menacée comme l’humanité tout entière, par ce réchauffement qui refroidit : en fait un refroidissement généralisé, une glaciation des relations entre les êtres en représentation : le monde remplacé par son spectacle.

Un grand film subversif, oui, qui fait tomber les masques, dénonce les jeux de surface minables, rappelle à l’impérieuse et profonde urgence de vivre.

Mais attention ! danger : si jamais votre destin vous a conduit à œuvrer dans ce monde du coaching, du management, de la lutte des requins contre les sardines…

…n’allez surtout pas à la rencontre de ce Toni Erdmann ! Vous pourriez ne pas vous en remettre.


♦ Film allemand de Maren Ade avec Peter Simonischek, Sandra Hüller (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simonischek (ex-prothésiste dentaire, trop beau pour être vrai) et l’Allemande Sandra Hüller y sont géniaux.


Marseille. Une (autre) origine du monde

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Conception : Elizabeth Saint-Jalmes (sculptures), Mathilde Monfreux (écriture). Avec : Jessy Coste, Gaëlle Pranal, Virginie Thomas, Mathilde Monfreux, Blandine Pinon, Elizabeth Saint-Jalmes. Musique : François Rossi (batteur). Spectacle présenté par Lieux publics, centre national de création en espace public.lieux p

Aujourd’hui, « Sirènes et midi net ». Toujours aussi inspiré, essentiel : chaque premier mercredi du mois, à l’heure de l’alerte générale, entre ses deux salves de sirènes hurlantes, la magie du théâtre vient secouer la ville de sa quotidienneté, de sa torpeur. Avec effet relatif : il faut déjà être un peu éveillé pour ainsi se « karchériser » le cerveau. Deux ou trois cents braves, seulement, osent s’y risquer (sans risques), à l’heure où la normalité est à son ordinaire ouvrage.

Des formes informes, des paquets d’entrailles, de la chair, de la viande, des glandes, de la cervelle, du mou, du dégoulinant. Tout ça sur la scène, tout ce tas se met à trembler comme de la gélatine, puis à remuer comme des paquets de boyaux tombés d’on ne sait quel ventre céleste ou chaotique. C’est l’origine du monde, mais pas à la Courbet, bien avant, dans le grand coït créateur de la matière sans nom, l’innommable magma. L’origine ou bien la fin, la dernière apocalypse, comme celle qui nous guette ; celle que nous prédisent radios, télés, gazettes, heure par heure, jour après jour. Ça pourrait ressembler à ça, et les êtres, dès lors – nous-mêmes – pourrions nous transformer en monstruosités gesticulantes, à bout de souffle, venant mourir-pourrir sur le marbre, devant l’Opéra de Marseille, comme sur le billot d’un boucher sans pitié.

Pas drôle, hein ? Tandis qu’un batteur se déchaîne sur ses fûts et cymbales, les paquets globuleux entrent en danse dans la transe.

Il faut être là, pour ces dix minutes d’opéra sauvage, chaque premier mercredi du mois, devant l’Opéra de Marseille. Tout de même pas dur à retenir ! Et à noter pour des Marseillais de passage.


De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rectificatif : un mort célèbre par jour. Précision : un mort médiatiquement célébré. Affinement : un mort prélevé dans la Société du Spectacle. Développement.

Le hasard – ici heureuse et infaillible coïncidence – a fait que mon ami Robert Blondin ait, outre-Atlantique, cousu au même moment quelques profondes réflexions autour de la mort, de la célébrité et des trompettes de la renommée fustigées par le lumineux Brassens. Double occasion de « mourir moins bête », comme le clame un grinçant feuilleton quotidien sur Arte, se terminant invariablement par : « …oui, mais bon, vous mourrez quand même ! »

Résumons, par ordre chronologique de décès (liste très provisoire) : Delpech Michel (chanteur), Bley Paul (pianiste de jazz), Turcat André (pilote d’avion), Hunter Long John (bluesman), Galabru Michel (comédien), Boulez Pierre (musicien), Pampanini Sylvana (actrice italienne), Armendros Chocolate (trompettiste cubain), Peugeot Roland (industriel), Courrèges André (styliste de mode), Reid Patrick (rugbyman irlandais), Clay Otis (chanteur de soul étatsunien), Bowie David (chanteur britannique), Angélil René (agent artistique québécois), Desruisseaux Pierre (écrivain québécois), Tournier Michel (écrivain), Alaoui Leïla (photographe franco-marocaine), Scola Ettore (cinéaste), Charles-Roux Edmonde (écrivaine, journaliste)…

J’ai, exprès, mis les noms de famille en tête, comme sur les monuments aux morts et comme on les appelle à chaque célébration de massacres.

Ne pas manquer non plus de citer Allen Woody quand, ayant énuméré les morts successives de Jésus, Marx, Mao, il ajoute, goguenard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Liste ouverte, limitée à la sphère cultureuse ou presque, franco-centrée – bien qu’il y ait là dedans des sportifs, un pilote, des Canadiens, un industriel, un Cubain, une franco-Marocaine…

Le plus marrant, si j’ose dire, c’est la liste complète établie et tenue au jour le jour sur Wikipedia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Monde aussi, «la» référence…

Où l’on voit que le degré de célébrité relève de facteurs multiples, surtout culturels et marchands. Ce qui définit bien la notion de « spectacle » – même si on ne l’étend pas à la critique de la société selon Debord Guy (mort lui aussi – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre popularité et pipolarité, cette dernière tendant à devenir la seule vraie échelle de « valeurs », propulsée en cela par la machine médiatique à fabriquer de l’idole selon des recettes aussi fluctuantes que les cours de la bourse. Fluctuations qui n’altèrent en rien la solidité du Capitalisme, au contraire. Tout comme la célébration des morts célèbres assurent les valeurs des célébrités (provisoirement) vivantes. Ainsi ce flux morbide se trouve-t-il pieusement entretenu. Il fait partie du fond de commerce des gazettes et autres rédactions nécrologiques, voire nécrophiliques.

Ainsi Le Monde – pour ne citer que lui – renferme dans son frigo quelque 300 notices prêtes à démouler après réchauffage à l’actualité. Mais c’est sans doute l’Agence France Presse qui détient la plus garnie des chambres froides – modèle Rungis (gros et demi-gros). Partant de là, la célébration mortuaire vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, maigrichonne ou pléthorique ; ou selon le degré de pipolarité.

Ainsi un Michel Delpech a-t-il « bénéficié » de 20 minutes en ouverture du JT de 20 heures de France 2 ! Boulez un peu plus de cinq, et en fin de journal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaîne. Galabru, ah le bon client que voilà ! Bien moins cependant que Bowie – record absolu, tous supports, sur plusieurs jours (prévoir des « résurrections » type Michael Jackson).

Tels sont aujourd’hui les rites modernes qui entourent la mort, cette donnée du vivant, sans laquelle la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus encore…

22-mort« Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant, / Noir squelette laissant passer le crépuscule. / Dans l’ombre où l’on dirait que tout tremble et recule, / L’homme suivait des yeux les lueurs de la faux » – Victor Hugo, Les Contemplations

 Où l’on voit enfin que ladite célébrité recouvre la froide – c’est bien le mot – réalité de la mort : « La mortalité dans le monde correspond à 1,9 décès à chaque seconde sur Terre, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 millions de décès chaque année. » C’est beaucoup, mais inférieur au nombre de naissances. Ce qu’on peut regretter en termes strictement démographiques et en particulier sous l’angle malthusien… Comptabilité développée ici, c’est amusant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cette quête de l’immortalité qui semble avoir saisi l’animal humain depuis la nuit des temps. Cette nuit qui l’effraie tant ; pour (ou contre) laquelle l’homo erectus s’est redressé, jusqu’à tenter de devenir sapiens – du moins par moments, selon les lieux et les circonstances…

Pour ce faire, il aura érigé des totems, bramé des incantations, bricolé des rites, des mythes, des cultes et par dessus le marché des religions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obédiences se disputant leur Dieu pourtant devenu unique. Il aura brandi des textes « sacrés » aux fables infantilisantes et, aussi, nourri les arts les plus sublimes, en même temps que les bûchers et innombrables supplices ; puis lancé des hordes de guerriers, tous barbares réciproques et également fanatiques, semeurs de mort, assassins de vie. Dans cette profonde nuit auront surgi, sublimes éclairs isolés ou sporadiques, les torches vacillantes et fières des Lumières.

Nous en sommes là, si incertains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans doute et avec tant de doutes quant à l’avenir de cet homo habilis, si doué pour la souffrance et le massacre. Amen.


Pendaison publique, place de l’Opéra à Marseille

Pendue

© gp

On croyait ces temps révolus, révolus comme la Révolution et comme la peine de mort… C’était sans compter sur l’exception marseillaise. Non pas celle des autres exécutions publiques, il y a dix jours encore, devant ce même opéra municipal, à coup de bastos. Non, une vraie de vraie, par pendaison. Plus économique que la guillotine, tellement moins sanguinolente. Un gibet, une corde, un bourreau, une condamnée à mort, et hop ! Le tout devant un public recueilli et même une classe de petits écoliers – c’était mercredi. Il faut bien édifier les masses face au Crime éternel, que le châtiment, pourtant, jamais ne tarit…

Il y avait de la fascination dans le regard du peuple ainsi assemblé. Oui, des lueurs de défi, une certaine jouissance dans les prunelles avides. Il faut dire que la criminelle irradiait littéralement, sous sa longue robe écarlate et son regard de braise, sous ses ultimes paroles en appelant à la vie, à la révolte de la vie. Que lui reprochait-on à cette Charlotte Corday marseillaise ?

À entendre son cri, on comprend que c’est la Femme, fatale pécheresse, qui devait ici expier son crime d’exister. Dans la suite ininterrompue des mutilations historiques infligées à toutes les femmes de la planète en perdition : battues, exploitées, méprisées, répudiées, trompées, humiliées, excisées, lapidées, ignorées ou même adulées – exécutées. La suppliciée : « Regarde mon corps mon trou ma tombe mes yeux mes seins mon sexe. L’os pelé de l’amour la clef des larmes. Je brûle d’une flamme nue… ». Et il est des pays où de telles scènes ne sont pas fictives. Tant de sauvagerie partout ! Jusque «dans l’ombre de la démocratie», ainsi que le souligne l’auteur du spectacle.

La dramaturgie a joué à plein, dans le dénuement du lieu et de la situation. La comédienne, poignante, bouleversante au bout de sa corde. Son bourreau intraitable. Cela eut lieu entre les coups de sirène de midi et midi dix, sous la plainte troublante d’un saxo, face au soleil cru, balayé de mistral. Magie du théâtre.

C’était hier, comme en chaque premier mercredi du mois, depuis 2003 que Lieux publics s’approprie le parvis de l’opéra marseillais pour une scène de rue jamais anodine. Cela s’appelle Sirènes et midi net. Un beau nom de rendez-vous.

Pendue

© gp

Pendue, de la compagnie Kumulus, une adaptation du spectacle Les Pendus, de Barthélemy Bompard, écrit par Nadège Prugnard„ interprété par Céline Damiron et Barthélemy Bompard,
accompagnés par Thérèse Bosc au saxophone. Technique : Djamel Djerboua, son : Nicolas Gendreau.


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote français aux élections européennes se distingue comme une exception. Chacun y va de ses explications, les plus causants n’étant pas les électeurs FN… Mais des enquêtes sociologiques font ressortir que, pour ces derniers, la question des immigrés reste la plus déterminante. D’où les réflexions suivantes tricotées à partir d’un film, que je n’ai cependant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort succès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en parler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très intéressant et profond article trouvé dans le dernier Marianne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Périco Légasse.

Sous le titre « Les trucages d’une bluette identitaire », les auteurs dénoncent une manœuvre « artistique », « intellectuelle » et à coup sûr commerciale par laquelle se trouve défendue la thèse du multiculturalisme en train de saper notre modèle démocratique et républicain « à la française », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous couvert de dérision comique, et néanmoins à base de clichés pour le coup bien racistes : juifs grippe-sous, Chinois fourbes à petites bites, Noirs lubriques à grande queue et pas futés, Arabes « muslims » et voleurs…

qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu -religion-racisme-lepen-Front national

Légende fournie avec l’image officielle : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Europe 1 est partenaire, a dépassé la barre des 7.5 millions de spectateurs. Un score que l’équipe du film a célébré dignement à Cannes jeudi soir, après avoir monté les marches du Palais des festivals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film semble s’entortiller autour d’un postulat : nous sommes tous racistes, et c’est justement pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, commentent les auteurs de l’article, il y aurait un équilibre des racismes comme il y a une équilibre de la terreur dans la dissuasion nucléaire : la généralisation de l’agressivité déboucherait sur la paix »…

Le procédé se double alors d’une autre faute morale consistant à inverser la réalité d’aujourd’hui en méprisant ceux qui la subissent. Il faut en effet préciser que le film se passe en milieu bourgeois où les gendres en question sont banquier, comédien, avocat, chef d’entreprise… « Ils parlent français aussi bien que Finkielkraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exactement la sociologie du « 93 » ou des quartiers nord de Marseille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invoquant Pierre Bourdieu (La Misère du monde, 1993) et aussi Emmanuel Todd à propos de la question de l’échange matrimonial, essentielle dans tout processus d’intégration. [Voir aussi, bien sûr, Claude Lévi-Strauss sur ces questions anthropologiques.] Or, cet échange, s’enrichissant de la « diversité des peuples » achoppe notamment sur le statut de la femme que le film évacue totalement et comme par magie : on n’y voit aucune femme voilée ! En occultant ainsi cette question du voile, se trouve aussi évacuée la question du métissage et, avec elle, celle de l’intégration. Comment, en effet dénier au voile imposé à la femme (ou même « librement consenti ») la fonction de l’interdit opposé au jeu exogame : « Touche pas à la femme voilée ! »

Cette attitude s’oppose en effet à toute tentative d’intégration et vient ainsi renforcer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racisme, bien qu’il puisse aussi s’en nourrir, y compris dans le sens d’un racisme «anti-Blanc». Et de noter, avec Todd, que « le taux de mariages mixtes (se réalisant principalement dans les catégories populaires), s’est effondré ces trente dernières années à cause du renfermement endogamique d’une immigration récente encouragée à valoriser et préserver sa culture d’origine. On repart se marier au bled. »

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L’envolée chromatique. Vous prendrez bien cinq minutes de magie ?

Huit décembre 2010, place Bellecour à Lyon. On éteint les lumières, place aux illuminations. Surgi d’on ne sait où, un drôle de type, allure de diable roux, poumons entre les mains. C’est Arnaud Méthivier. Décrochez donc, au moins pour ces cinq minutes magiques !

On peut lire aussi : Arnotto ou la greffe cœurs-poumons


Michel Onfray, l’autre pensée 68 et les situationnistes

France Culture a diffusé vendredi (30/8/13) la dernière de la vingtaine d’émissions de Michel Onfray consacrées à « L’autre pensée 68 ». Ce volet a surtout porté sur le philosophe Henri Lefebvre, puis sur les situationnistes qui en sont en grande partie les héritiers. Lesquels « situs » n’ayant jamais compté guère plus qu’une vingtaine de membres estampillés, dont l’histoire n’en retiendra que deux, Guy Debord et Raoul Vaneigem.

1debord

Guy Debord

 

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Raoul Vaneigem

Deux seulement, mais leur influence fut grande : autour de 68, plutôt avant que pendant ; et surtout après et jusqu’à nos jours où leurs analyses ont fini par diffuser bien au delà de leurs sphères initiales, non sans subir leurs lots de « retraitement », transformations, transmutations, récupérations.

Mais « il en reste quelque chose » assurément, et c’est précisément ce que Michel Onfray s’est proposé de faire ressortir devant ses fidèles et concentrés auditeurs de l’Université populaire de Caen (Argentan en fait) avec ses cours désormais fameux, d’autant plus que France Culture les diffuse chaque été depuis plusieurs années. Si vous avez raté cette série, elle reste téléchargeable par le biais du « podcast » – mais attention ! pendant quinze jours seulement après leur diffusion. (Début le 29 juillet ici : http://www.franceculture.fr/emission-contre-histoire-de-la-philosophie-saison-11-l-esprit-de-mai-201307-29)

Debord – Vaneigem, deux volets autour d’un même pivot, qui n’est même pas le situationnisme. Car en tant que « système », voire d’idéologie, le situationnisme n’existe pas ; il n’y a en effet que « des » situationnistes, penseurs critiques d’un monde travaillant à sa perte. En l’occurrence, deux êtres que « tout » oppose, qui se rencontrent pourtant dans une conjonction intellectuelle et événementielle, dans une époque de fin de règne et une révolution bientôt matée dans une néo-normalité qui va devenir le libéralisme, réel héritier de Mai-68.

L’un, Debord, travaille surtout à sa légende et, pour cela, s’emploie à recycler de grands ancêtres : Lautréamont, Rimbaud, Isidore Isou, les dadaïstes, lettristes et surréalistes, plus tard, le groupe Socialisme ou Barbarie. Il travaille aussi à ce qu’on travaille pour lui – sa femme, qui pige pour un journal hippique, son riche  beau-père ; puis l’éditeur Gérard Leibovici (Champ libre), bonne fortune également…

Debord est principalement l’homme d’un livre, La Société du spectacle, dont la thèse a le plus souvent été réduite à la critique du monde de la représentation et du paraître à travers les médias en tous genres. La portée de la réflexion de Debord va bien au delà, partant de l’analyse de Marx sur la marchandise et son fétichisme. Selon la pratique favorite des situs, celle du détournement (d’ailleurs inventée par Isidore Ducasse, Lautréamont), Debord avance que  le spectacle est devenu le nouveau visage du capital ; il étend ensuite la notion de spectacle à celle de la séparation, axiomatique chez les situs. Elle atteint l’individu aliéné qui a séparé son être de l’action – quand il agit encore – devenant ainsi le propre spectateur de son renoncement au statut d’homme libre.

C’est vite dit, s’agissant d’un livre riche, à la lecture cependant déroutante, dans une langue qui frise le sabir et se répandra de même dans les douze numéros de la revue L’Internationale situationniste.

Debord s’est aussi beaucoup voué au cinéma, ou plutôt à son détournement par substitution des dialogues ou  par des incrustations.

Son alcoolisme chronique et la maladie l’amènent à se suicider en 1994, à 62 ans.

Il est le fondateur en 1957 de l’Internationale situationniste (IS), que Raoul Vaneigem rejoindra de 1961 à 1970.

Vaneigem (né en 1934)), c’est l’autre situ et, jusqu’à un certain point théorique, l’alter ego de Debord. Il sera partie prenante de la critique de la marchandise et de la révolution radicale devant en découler. Jusqu’à un certain point seulement, tant les origines, les caractères et les cheminements des deux hommes ne pouvaient mener qu’à leurs divergences. Ainsi, les positions résolument hédonistes de Raoul Vaneigem, exposées dès 1967 dans Le Traité de savoir-vire à l’usage des jeunes générations, ne pouvaient – au-delà d’un goût commun pour la boutanche – qu’éloigner les deux hommes. L’un optait pour le vivant, l’autre pour un radicalisme aussi révolutionnaire que théorique – le biophile opposé au thanatophile, ainsi que les qualifie Onfray, en référence notamment à Wilhelm Reich. La cassure était programmée, tout comme déjà elle avait scindé en deux la Révolution française, au profit de la Terreur et des robespierristes – clivage qui traverse toujours les champs politiques d’aujourd’hui.

C’est pourquoi ces feuilletons d’Onfray sur « L’autre pensée 68 », tout comme le mouvement de 68 lui-même, irriguent puissamment nos actuels et éternels débats, débats qui, n’empêche, constituent le sel des processus démocratiques. En France encore, mais aussi bien au-delà dans ce monde atteint par la peste libéraliste ou sa variante intégriste des religions. Dans quel sens se dirige le « progrès » ? – selon l’analyse qu’on en fait, le contenu qu’on lui donne, selon qu’il s’érige à son tour, ou non, en nouvelle religion.


Marseille. L’ «affaire Guetta» ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Marseille du concert de Guetta à 400 000 euros ne doit pas cacher le caractère plus que trouble de la gestion municipale. C’est ce que rappelle le communiqué suivant du Commando Anti-23 juin exigeant des explications sur les pratiques pour le moins anti-démocratiques des élus.

 

Nous avons fait réagir David Guetta : l’ampleur de notre mouvement a amené le DJ à annoncer hier dans un communiqué qu’il annulait son concert au Parc Borély … pour en tenir un autre non subventionné au Dôme.

Depuis plusieurs semaines, notre mobilisation exceptionnelle a fait beaucoup parler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez contraint le maire à répondre à vos publications sur Facebook et Twitter en s’engageant à rediscuter cette subvention. Cette décision de David Guetta est une première victoire, mais c’est une victoire amère.

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Dali même pas mort : il parle encore

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Dali à l’hôtel Meu­rice, 1972.. Ph. Allan War­ren (GNU Free Docu­men­ta­tion License)

Destiné à la Revue Sexpol, l’entretien devait tourner autour de la sexualité et de la politique. Il s’enroula évidemment autour de Dali… comme on peut le lire ci-dessous, ainsi que dans l’encadré situant le contexte.

L’interview ne fut finalement pas publiée dans Sexpol mais parut dans plusieurs quotidiens lors de la mort de Dali, en janvier 1989.  Il y a peu, j’en ai retrouvé la retranscription sur une vieille disquette. D’où l’idée de la publier ici, tandis que l’exposition Dali fait un tabac au centre Pompidou à Paris (janvier 213).

• Vous avez dit : « Le surréalisme c’est moi »…

– Salvador Dali : …Oui, comme Louis XIV disait « L’État c’est moi »…

• …Doit-on en conclure que l’hyperréalisme c’est encore plus vous ?…

– Ce qui m’intéresse, c’est de finir de devenir Dali. A cinq ans, je voulais devenir cuisinier puis, un peu plus tard, Napoléon. Maintenant, devenir Dali c’est le plus difficile de tout !

• Avez-vous la prétention d’y parvenir ?

– Je m’en approche.

• Parlons sexualité : quels rapports pouvez-vous établir entre, d’une part, la corne du rhinocéros et la pointe de votre moustache; d’autre part, entre la pointe d’un pinceau et votre bite ?

– C’est très simple : ça [désignant sa moustache], ce n’est pas logarithmique, alors que la corne du rhinocéros est la corne divine, et donc  logarithmique. Quant au sexe, c’est très clair : l’image entre par l«œil et s’écoule par la pointe du pinceau.

• Votre moustache, elle, ne serait donc pas divine ?!

– Non: elle est formée  avec de la cire; elle n’a pas la courbe logarithmique.

•  Vous avez dit aussi qu’à une époque la masturbation était pour vous une «bitte d’amarrage»…

– Bien au contraire, je me suis masturbé très très tard, mais ça m’a beaucoup intéressé après. Et j’ai peint Le Grand masturbateur.

• Et aujourd’hui qu’est-ce qui vous intéresse ?

– Maintenant ? C’est René Thom, que je vais voir demain ou après-demain; c’est lui qui a inventé la théorie des catastrophes; c’est des mathématiques.

[Téléphone : « Allo, vous vous souvenez du divin Dali avec des moustaches et tout ça ? …Il faut refaire notre amitié… »]

• On vous a vu participer à une émission avec le philosophe et biologiste Stéphane Lupasco. A l’évidence, la science vous intéresse. Que vous apporte-t-elle ?

– Comme vous savez, j’ai été l’un des premiers à parler de l’acide désoxyribonucléique; et tout le monde croyait que c’était un canular. J’ai pourtant eu l’honneur de rencontrer James Watson qui, le premier, était parvenu à représenter la double spirale de l’ADN. Je ne suis pas un homme de science mais je suis terriblement intéressé par toutes ces questions.

[…]

• Qu’entendez-vous par droite ?

– Monarchiste ! Mais dans l’ensemble cette attitude n’est pas exprimée métaphysiquement à cause de l’ignorance des découvertes de la biologie moderne.

• Pour vous, ce sont les lois biologiques qui vous amènent à nier la notion de liberté au sens métaphysique du mot…

– … Exact…

• … et à vous rapprocher du système monarchique.

– C’est cela et la théorie de Thom selon laquelle tout est déterminé mathématiquement, même n’importe quelle forme. La mathématique est une cosmogonie.

• Vous avez bien écrit que vous ne croyez pas à la notion de liberté ?

– Je suis contre  la liberté. Je l’ai écrit. Qu’est ce que la liberté ? C’est l’informe. Même la rose pousse dans une prison. C’est la coercition, la pression et les limites qui créent la beauté. La liberté c’est la voie tordue. C’est dans l’univers de l’Inquisition qu’ont été produites les choses les plus exerces. Par exemple, concernant le sexe, les productions mille fois plus érotiques sont celles qui sont placées dans les formes quasiment allégoriques – beaucoup plus puissantes du point de vue morphologique ; la morphologie sexuelle est alors une sorte d’ornementation.

• On retrouve là, dans ce que vous venez de dire, votre souci obsessionnel de retarder au maximum la réalisation d’un désir, son actualisation.

– Oui. La preuve, c’est quand, après ma promenade au musée, je retardais le plus possible le moment de boire de l’eau ; je tournais autour du lavabo, je faisais couler de l’eau.

• C’était du masochisme ?

– Naturellement, puisqu’il y avait une couronne de roi et que les épines et les trois épingles me faisait un mal terrrrible.

• Ça a toujours été une constante dans votre conduite ?

– J’ai fait cadeau à Gala d’un château gothique et elle m’a dit qu’elle l’acceptait à la seule condition : que je ne lui rende jamais visite, sauf avec une invitation écrite.

• Ce qui ressort de vos propos sur la sexualité, c’est que vous parlez de volonté, d’ascèse, de refoulement, etc. Ne croyez-vous pas que l’acte sexuel est avant tout un abandon, un abandon au flux naturel biologique ?

– Mais justement, il faut se contenir. C’est-à-dire qu’à chaque époque de création il faut s’abstenir de se masturber, de faire l’amour, et caetera. Il faut canaliser tout dans l’œuvre artistique.

• Vous êtes donc très freudien à cet égard ; vous estimez que la répression de la sexualité est un facteur de civilisation…

-… et de créativité. Parce qu’autrement on fait des choses anti-érotiques. C’est pour ça que tous les artistes, tous les peintres ont peint comme moi, en canalisant leur libido.

• Tout à l’heure vous disiez qu’on avait pris pour un canular vos déclarations sur l’ADN. Je me demande s’il ne se passe pas la même chose  pour votre « méthode paranoïa-critique » ; c’est-à-dire qu’on ne la prend pas au sérieux – ce qui lui convient bien d’ailleurs, mais…

– … Ça, après quarante ans de pratique de cette méthode, ce sont des choses à définir : c’est la méthode systématique d’interprétation critique des phénomènes délirants.

• Comme toute méthode elle peut se retourner – c’est là que je voulais en venir : la « méthode paranoïa-critique » exige un regard extérieur, une participation collective. D’un autre côté, elle ne vous rend pas forcément ce que vous en attendez : la plupart des gens, la plupart de vos spectateurs, vous considèrent à la fois comme fascinant – du point de vue spectaculaire – et repoussant du point de vue de l’excentricité, qu’ils ne supportent pas. Je pense qu’ils auraient tendance à vous considérer comme un peintre de génie et un visionnaire médiocre.

– C’est le contraire !

• Oui, c’est ce que vous prétendez.

– Pour être un bon peintre, je suis trop intelligent et par contre je suis un cosmologue  : j’ai une conception du monde très supérieure à celle des autres.

Propos recueillis par Gérard Ponthieu en janvier 1989, à l’hôtel Meurice, à Paris. 

Excentrique, mégalomane, mythomane, mystificateur…

…Fou, parano„ cupide, mystique.

…Délirant, anarchiste, fascinant, fasciste.

…Obsédé, sado-masochiste.

…Vulgaire, banal, génial.

Salvador Dali était tout cela et le contraire, comme un malstrom innommable où s’engouffraient grandeur et décadence de l’humanité. Dans ce tourbillon mêlant les immondices aux pépites d’or, Dali pratiquait l’art tel un alchimiste : à coups de symboles et de mystères, d’invocations et de suffocations. Et c’est bien ce qui pouvait le rendre fascinant et insupportable. Son rapport intime à la contradiction – à la sienne propre, et cultivée comme un système, autant qu’à celle du monde -, sa manière de jouer et de se jouer de l’irrationnel alimentaient avec fougue ce qu’il appelait son délire créatif. Artiste, Dali ? On en discuterait à perte de vue d’esthète. Mais au moins s’était-il appliqué à faire de sa vie, selon le mot de Gide, « une œuvre d’art ». De cela encore on pourrait discuter… en esthète. Mais Dali, lui, en avait pris le parti – le seul qu’il embrassât vraiment, non sans avoir goûté aux amertumes des idéologies.

S’il s’engagea quelque part, ce fut dans les rangs peu fréquentés du mou, du visqueux, du merdeux. Il se délecta ainsi du « mauvais goût » par dégoût du bon goût bourgeois. Il y puisa une force provocatrice redoutable qui ne laissait à ses victimes que la possibilité de payer. Dali tentait d’échapper à l’enfermement des systèmes, le sien y compris qu’il transmuait en or par victimes interposées – celles qui croyaient se mettre du bon côté de la frontière du goût et qui, pour cela,  payaient très cher un passeur nommé Dali.

gp


Edgar Morin : « En 2013, il faudra plus encore se méfier de la docte ignorance des experts »

Ça ne se fait pas de publier sans autorisation un texte venu d’ailleurs. Si ! la preuve : ce texte d’Edgar Morin paru dans Le Monde du 2 janvier. Morin comme penseur du bien commun, se doit de circuler dans les sphères de la pensée commune, notamment les blogs. De plus, comme penseur de la complexité, il sait aussi – toujours au nom du bien commun – les exigences de la simplexité : rendre simple ladite complexité.

Donc, ci-dessous : l’article d’Edgar Morin, titré « En 2013, il faudra plus encore se méfier de la docte ignorance des experts ». Suivi de mon grain de sel.

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© faber

«Hélas, nos dirigeants semblent totalement dépassés : ils sont incapables aujourd’hui de proposer un diagnostic juste de la situation et incapables, du coup, d’apporter des solutions concrètes, à la hauteur des enjeux. Tout se passe comme si une petite oligarchie intéressée seulement par son avenir à court terme avait pris les commandes.» (Manifeste Roosevelt, 2012.)

«Un diagnostic juste» suppose une pensée capable de réunir et d’organiser les informations et connaissances dont nous disposons, mais qui sont compartimentées et dispersées.

Une telle pensée doit être consciente de l’erreur de sous-estimer l’erreur dont le propre, comme a dit Descartes, est d’ignorer qu’elle est erreur. Elle doit être consciente de l’illusion de sous-estimer l’illusion. Erreur et illusion ont conduit les responsables politiques et militaires du destin de la France au désastre de 1940 ; elles ont conduit Staline à faire confiance à Hitler, qui faillit anéantir l’Union soviétique.

Tout notre passé, même récent, fourmille d’erreurs et d’illusions, l’illusion d’un progrès indéfini de la société industrielle, l’illusion de l’impossibilité de nouvelles crises économiques, l’illusion soviétique et maoïste, et aujourd’hui règne encore l’illusion d’une sortie de la crise par l’économie néolibérale, qui pourtant a produit cette crise. Règne aussi l’illusion que la seule alternative se trouve entre deux erreurs, l’erreur que la rigueur est remède à la crise, l’erreur que la croissance est remède à la rigueur.

L’erreur n’est pas seulement aveuglement sur les faits. Elle est dans une vision unilatérale et réductrice qui ne voit qu’un élément, un seul aspect d’une réalité en elle-même à la fois une et multiple, c’est-à-dire complexe.

Hélas. Notre enseignement qui nous fournit de si multiples connaissances n’enseigne en rien sur les problèmes fondamentaux de la connaissance qui sont les risques d’erreur et d’illusion, et il n’enseigne nullement les conditions d’une connaissance pertinente, qui est de pouvoir affronter la complexité des réalités.

Notre machine à fournir des connaissances, incapable de nous fournir la capacité de relier les connaissances, produit dans les esprits myopies, cécités. Paradoxalement l’amoncellement sans lien des connaissances produit une nouvelle et très docte ignorance chez les experts et spécialistes, prétendant éclairer les responsables politiques et sociaux.

Pire, cette docte ignorance est incapable de percevoir le vide effrayant de la pensée politique, et cela non seulement dans tous nos partis en France, mais en Europe et dans le monde.

Nous avons vu, notamment dans les pays du «printemps arabe», mais aussi en Espagne et aux États Unis, une jeunesse animée par les plus justes aspirations à la dignité, à la liberté, à la fraternité, disposant d’une énergie sociologique perdue par les aînés domestiqués ou résignés, nous avons vu que cette énergie disposant d’une intelligente stratégie pacifique était capable d’abattre deux dictatures. Mais nous avons vu aussi cette jeunesse se diviser, l’incapacité des partis à vocation sociale de formuler une ligne, une voie, un dessein, et nous avons vu partout de nouvelles régressions à l’intérieur même des conquêtes démocratiques

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Le menhir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fiscale ? par Attac

imagesLe départ en exil fiscal d’Obélix-Gérard Depardieu suscite une légitime levée de boucliers. Mais la polémique entretenue par les déclarations du Premier ministre et du ministre du Travail ne risque-t-elle pas de faire oublier les éclaircissements attendus concernant l’affaire du compte suisse du ministre du budget, Jérôme Cahuzac, révélée par Médiapart ? En tout cas la polémique ne saurait dédouaner les autorités françaises, qui n’ont guère pris d’initiatives fortes contre l’évasion fiscale. Attac propose cinq mesures clés qui permettraient à la France de rétablir sa crédibilité dans ce domaine.
Après l’affaire Woerth-Bettencourt, les soupçons qui pèsent sur le ministre du Budget Jérôme Cahuzac concernant son usage d’un compte à l’Union des Banques Suisses (UBS) entachent à nouveau la crédibilité de l’administration fiscale à son plus haut niveau. Pour montrer sa réelle détermination dans ce domaine la France doit sans délai  :
– établir une liste crédible des paradis fiscaux, en lien avec les associations spécialisées ;
– exiger la communication de l’identité de tous les ressortissants français détenteurs de comptes dans les paradis fiscaux, à commencer par la Suisse : l’administration des États-Unis l’a imposé à UBS en 2010, démontrant qu’il suffit d’une volonté politique.
– donner 12 mois aux banques opérant en France pour fermer leurs filiales dans ces territoires, sous menace de retrait de la licence bancaire. Selon l’étude de référence du CCFD-Terre Solidaire, les banques françaises ont 527 filiales dans les paradis fiscaux dont 360 pour la seule BNP Paribas !
– embaucher sous 12 mois au moins 1000 agents de contrôle fiscal pour renforcer les 5000 vérificateurs actuellement en poste: chacun d’entre eux rapporte 2,3 millions d’euros par an à l’Etat grâce aux redressements fiscaux opérés, soit 40 fois le montant de son traitement !
– s’engager fortement auprès des organisations internationales (OCDE, G20…) en faveur du «reporting par pays» [1] pour les multinationales, seul outil efficace pour lutter contre l’évasion fiscale qui permet à Total ou Google de ne payer quasiment aucun impôt sur les bénéfices.
Attac France,
Paris, le 17 décembre 2012
[1] Le reporting par pays oblige les multinationales à rendre transparents le volume d’activité économique réelle, les profits et les impôts qu’elles payent dans chacun des pays où elles sont implantées. Il limite fortement les possibilités d’évasion fiscale.

Depardieu. Plus minable que misérable

G_Depardieu_2010L’ «affaire Depardieu», puisque c’en est une, suit son enflure médiatique. Ainsi dans Libé. Plus de 2.000 commentaires (dont des gratinés carrément fachoïdes) suite aux dernières déclarations de celui qui incarna Jean Valjean dans un téléfilm. Ayant tourné dans Les Misérables, il se vexe de se trouver enrôlé dans Les Minables. Dans sa lettre ouverte au premier ministre (JDD du jour) il en appelle à son passé de prolo, rappelant avoir commencé à travailler « à 14 ans comme imprimeur, comme manutentionnaire puis comme artiste dramatique ». Il précise avoir payé «en 2012 85% d’impôts sur (ses) revenus», et » 145 millions d’euros d’impôts en 45 ans, je fais travailler 80 personnes (…) Je ne suis ni à plaindre ni à vanter, mais je refuse le mot «minable»».

Il peut toujours refuser, il n’en demeure pas moins qu’un misérable, au sens de Victor Hugo n’est pas forcément un minable. Tandis qu’un minable n’est pas non plus toujours un misérable. Ça peut même être un richissime à qui l’impôt républicain (de la chose publique),  au nom de plus d’équité entre les citoyens, et par la redistribution, demande une contribution. D’où les contributions directes et indirectes. D’où la progressivité de l’impôt : plus vous avez de rentrées, plus vous êtes imposé. Au maximum jusqu’à 75 %, là où feu le «bouclier fiscal» du Bienfaiteur des riches limitait la prélèvement à 50 %.

Je me souviens, à ce propos, avoir relevé la réaction indignée d’un Finkielkraut, sur la radio publique, volant au secours du prélevé : «Il donne la moitié de son manteau, tout de même !» D’abord, il ne donne pas – n’est pas saint-Martin qui veut… Ensuite, il y a un abîme entre le fait de donner un euro quand on n’en a que deux, et celui de se faire appeler à un devoir de solidarité par une contribution d’un million d’euros sur deux millions de revenus.

Dans un cas, il vous reste un euro, dans l’autre un million !

Ainsi donc, même en ayant payé 85 % d’impôts sur le revenu (tranche qui n’existe pas…), Depardieu peut continuer à vivre sans changer son grand train de vie (quitte à vendre son hôtel de Chambon, dans le 6e arrondissement de Paris, 1 800 m², estimé à 50 millions d’euros). Ou bien, il a un tel appétit d’ogre qu’il se voit tenu de se faire inviter à des tables de dictateurs, genre Khadirov, le boucher tchétchène, à l’occasion de son mariage  à Grozny ; ou bien lors d’un autre mariage, décidément, celui de la fille de Karimov, président facho de l’Ouzbékistan…

L’avidité le rendant aveugle à la détresse ravageuse, Depardieu se place en victime d’un «système» qui, selon lui, dénierait le talent. Minable argumentation !  s’agissant de solidarité et d’éthique.

S’agissant de cette décence commune chère à George Orwell et par laquelle l’écrivain saluait cette faculté du genre humain à l’entraide.

Depardieu aura sombré dans l’indécence commune, y rejoignant la cohorte des innombrables sommités du showbiz, dans les paradis fiscaux où ils jouissent à l’ombre du dieu Fric.

Qu’il eût été plus talentueux, sinon grand «notre Gégé» en s’empêchant cette bassesse. En refusant de jouer dans un tel navet, si bas dans l’affiche des nantis.

Minable, oui, j’ai bien dit minable.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

    • Twitter — Gazouiller

    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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    • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

      « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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