On n'est pas des moutons

Mot-clé: fanatisme

Syrie. Guerre et paix, l’éternel conflit des hommes

La paix entre États, comme la paix civile, sont d'universels symboles de la paix du coeur. Ils en sont aussi les effets.(Chevalier-Gheerbrant, Dictionnaire des symboles)

La terrible agonie d'Alep et de sa population touche l'humanité entière. Ou, du moins, devrait-elle la toucher – ce qui changerait peut-être la face du monde. Mais son atrocité renvoie à ses causes, souvent incompréhensibles. Des parallèles sont tentées avec l'Histoire récente : certains voient en Syrie une guerre civile semblable à la guerre d'Espagne (1936-1939) qui fut le prélude au deuxième conflit mondial. Issa Goraieb, éditorialiste au quotidien francophone de Beyrouth, L'Orient-Le Jour, tentait ce rapprochement l'an dernier :

"Les avions et pilotes russes dépêchés à l’aide d’un Bachar el-Assad en mauvaise posture ne sont autres, en effet, que la légion Condor qu’offrait Hitler au dictateur Francisco Franco. À l’époque, l’Italien Mussolini se chargeait, lui, d’expédier des combattants ; c’est bien ce que font aujourd’hui en Syrie les Iraniens et leurs supplétifs du Hezbollah, qui s’apprêteraient à lancer une offensive terrestre majeure pour consolider la Syrie utile de Bachar. Quant aux brigades internationales, formées de volontaires venant de divers points de la planète pour prêter main-forte aux républicains espagnols, c’est évidemment Daech qui en décline actuellement une réédition des plus sulfureuses." [L'Orient-Le Jour, 03/10/2015]

"Sulfureuse", c'est peu dire, sinon maladroit. De son côté, Jean-Pierre Filiu, analyste de l'islam contemporain, insiste aussi sur ce parallèle historique, marquant bien une différence tranchée :  «Si la Syrie est notre guerre d’Espagne, ce n’est pas du fait d’une assimilation fallacieuse des djihadistes aux brigadistes, mais bien en raison de la non-intervention occidentale». [Mediapart, 7/08/2016] Encore fallait-il le rappeler et le souligner : s'engager pour un idéal de libération politique diffère foncièrement du renoncement dans le fanatisme et l'asservissement religieux.

Pour Ziyad Makhoul, lui aussi éditorialiste à L'Orient-Le Jour : "Ce n'est plus une tendance, ou un glissement progressif. C'est une nouvelle réalité. Le monde régresse à une vitesse insensée, que ce soit à cause des vicissitudes de la globalisation, de la tribalisation des esprits, ou de la résurrection de l'hyperreligieux. Ce monde qui est encore le nôtre s'obscurcit, se recroqueville dans ses phobies (de la lumière, de l'autre...) et se calfeutre dans une barbarie (et une revendication et une banalisation de cette barbarie) foncièrement moyenâgeuse." [15/12/16]

"Moyenâgeuse"…  passons sur cet anachronisme malheureux (l'histoire du Moyen Âge exige la nuance… historique). Mais soit, il y a de l'irrationnel dans la folie guerrière des hommes à l'humanité relative… D'où vient, en effet, cette tare frappant l'homo pourtant sapiens – ainsi le décrit-on – incapable d'instaurer la paix comme mode de relation entre ses congénères ? Cet espèce-là, bien différenciée des autres espèces animales en ce qu'elle est si capable de détruire ses semblables, et sans doute aussi de s'autodétruire. J'entendais, dans le poste ce matin, Jean-Claude Carrière s'interroger sur le sujet et précisément sur la Paix, avec majuscule 1. Car l'Histoire (grand H) et toutes les histoires, presque toutes, qui nourrissent notamment la littérature, le cinéma, les arts…, s'abreuvent à la guerre. On y voit sans doute un effet du poison violent qui tourneboule les hommes, les mâles : la testostérone. Peu les femmes-femelles qui en fabriquent bien moins, ou qui le transforment mieux, en amour par exemple – sauf exceptions, bien entendu, dans les champs de compétition de pouvoir, politique et autres. Ce qui se traduit, soit dit en passant, par des prisons peuplées d'hommes à 90 pour cent…

Le même Jean-Claude Carrière relevait aussi que l'empire romain avait établi la paix pendant plusieurs décennies sur l'ensemble de son immense domaine. "Pourquoi ? Il accueillait toutes les croyances." 2 C'est bien l'objectif de la laïcité – du moins dans le strict esprit de la loi française de 1905. On peut y voir une réplique politique et positive à la folie humaine, vers son édification et sa longue marche vers la Paix. On en est loin, pour en revenir à la guerre en Syrie. Poutine a su montrer et démontrer "qu'il en a" [de la testostérone…], en quoi il est soutenu et admiré par d'autres [qui en ont aussi !], comme Jean-Luc Mélenchon, pour ne parler que de lui.

Des nuances intéressantes, du point de vue politico-diplomatique, ont été apportées hier soir [15/12/16] sur France 2 qui consacrait une longue soirée à Vladimir Poutine "des origines à nos jours". Nuancée, donc, l'analyse de l'ancien ministre des Affaires étrangère, Hubert Védrine, faisant ressortir l'inconséquence méprisante des "Occidentaux" face à la Russie post-soviétique, en quête de reconnaissance internationale – ce que l'Europe lui a refusé ! D'où, aussi, les poussées de l'hormone en question… grande fournisseuse de guerres et de morts.


Jean-Claude Carrière : "Je voudrais bien que... par franceinter

Notes:

  1. Il vient de publier La Paix (Ed. Odile Jacob)
  2. Du même Ziyad Makhoul (L'Orient-Le Jour), cette note : " Jacques Le Goff savait que l'Occident médiéval était né sur les ruines du monde romain, qu'il y avait trouvé appui et handicap à la fois, que Rome a été sa nourriture et sa paralysie. Ce qui naîtra des ruines et des cadavres d'Alep(-Est) risque d'être infiniment moins fascinant. Terriblement plus mortel."

Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minu­tes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tu­be, met­tant le feu aux pou­dres isla­mis­tes. Dès le 11 sep­tem­bre, des atta­ques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­ti­ques états-unien­nes. Furent ain­si pri­ses d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égyp­te et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra qua­tre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cen­ce of Mus­lims, pro­dui­te en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un cop­te égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­ny­me de « Sam Baci­le ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scè­ne des pas­sa­ges de la vie de Maho­met…

À cet­te occa­sion, une de plus, j’avais publié un arti­cle sur lequel je viens de retom­ber et qui me sem­ble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­ti­ques, des affron­te­ments, des vio­len­ces, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minu­tes pour rani­mer la flam­me du fana­tis­me isla­mis­te. Cet­te actua­li­té atter­ran­te et cel­le des vingt ans pas­sés le mon­trent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voi­re reje­tée 1. Tan­dis que la judaï­que et la chré­tien­ne, tapies dans l’ombre tapa­geu­se de leur concur­ren­te, font en quel­que sor­te le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peu­vent se don­ner à voir com­me les « meilleu­res », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs épo­ques his­to­ri­ques flam­boyan­tes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en res­te pour ce qui est de leurs dog­mes, les plus rétro­gra­des et répres­sifs. 2

Préa­la­ble : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adep­tes, ni leurs vic­ti­mes plus ou moins consen­tan­tes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dog­mes et des cohor­tes acti­vis­tes et pro­sé­ly­tes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cis­tes et nazies –, construi­tes com­me des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­lai­res. Donc, dis­tin­guer les « hum­bles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout com­me on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­li­ne, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­ti­que, mis en exhi­bi­tion dra­ma­ti­que sur la scè­ne pla­né­tai­re, vou­lant en quel­que sor­te se prou­ver aux yeux du mon­de. Aus­si recourt-il à la vio­len­ce spec­ta­cu­lai­re, cel­le-là même qui le rend cha­que jour plus haïs­sa­ble et le ren­for­ce du même coup dans sa pro­pre et vin­di­ca­ti­ve déses­pé­ran­ce. Et ain­si appa­raît-il à la fois com­me cau­se et consé­quen­ce de son pro­pre enfer­me­ment dans ce cer­cle vicieux.

Que recou­vre l’islamisme, sinon peut-être la souf­fran­ce de cet­te frac­tion de l’humanité qui se trou­ve mar­gi­na­li­sée, par la fau­te de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dè­le » ? C’est en tout cas le mes­sa­ge que ten­te de fai­re pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nè­te, les plus acti­vis­tes et dji­ha­dis­tes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­sai­re leur pro­pre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en mar­ge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquel­le ils aspi­rent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tan­te de la jeu­nes­se musul­ma­ne. D’où cet­te puis­san­te ten­sion inter­ne entre inté­gris­me mor­ti­fè­re et désir d’affranchissement des contrain­tes obs­cu­ran­tis­tes, entre géron­to­cra­tes inté­gris­tes et jeu­nes­ses reven­di­ca­ti­ves. D’où cet­te pres­sion de « cocot­te minu­te » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­ti­ves sans les­quel­les les socié­tés musul­ma­nes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps ara­bes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­ti­ques suc­ces­si­ves – à l’exception nota­ble de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­so­de de pous­sées clé­ri­ca­les d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toi­le mon­dia­le et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sour­ces indé­fi­nies 3. Pré­tex­te à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flam­me des fana­ti­ques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je par­le des cer­veaux, pas des per­son­nes…) qui se déchaî­nent avec la plus extrê­me vio­len­ce à la moin­dre pro­vo­ca­tion du gen­re. De tout récents ouvra­ges et arti­cles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­vel­le fiè­vre érup­ti­ve qui a sai­si les sys­tè­mes mono­théis­tes à par­tir de son foyer le plus sen­si­ble, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siè­cles et des siè­cles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­ti­ques et sec­tai­res – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nè­te, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escoua­des et armées entiè­res, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cet­te Ter­re, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­ti­que, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscien­ce et l’art d’arranger au mieux la vie brè­ve et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyan­ces, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tè­mes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tis­mes ? On par­le aujourd’hui de l’islam par­ce que les guer­res reli­gieu­ses l’ont repla­cé en leur cen­tre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Par­ce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égyp­te ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­mo­re auquel judaïs­me et chris­tia­nis­me adhè­rent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­pri­se » en direc­tion de leur pro­pre « modé­ra­tion », une sor­te d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voi­le noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théis­tes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phè­tes, dont les « bio­gra­phies » incer­tai­nes, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­met­tent, en effet, de jeter pour le moins des dou­tes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tiel­le, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figu­res ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – com­me igna­re, voleur, mani­pu­la­teur, cupi­de et ama­teur de fillet­tes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni cel­le de Moï­se et de Jésus construits hors de leur pro­pre réa­li­té, selon des contes infan­ti­les psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus tota­le cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hom­mes aient créé leurs dieux par néces­si­té, cel­le de com­bler leurs angois­ses exis­ten­tiel­les, de pan­ser leurs misè­res, leurs ver­ti­ges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­ti­ve de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jam­bes et même de se mon­ter sur la poin­te des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abais­se, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeu­se, la jus­ti­ce, la connais­san­ce ? Et la tolé­ran­ce ? Ou ont-elles alié­né hom­mes et fem­mes – sur­tout les fem­mes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la scien­ce ; colo­ni­sé la cultu­re et impré­gné jusqu’au lan­ga­ge ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, maria­ge et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­ti­que et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­gi­les, Coran – com­ment admet­tre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puis­se conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­sou­dre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tè­re de la croyan­ce… Soit ! enco­re une fois pas­sons sur ce cha­pi­tre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion com­me sys­tè­me sécu­lier, com­me ordre ecclé­sial, avec ses cohor­tes, ses palais, ses for­te­res­ses spi­ri­tuel­les et tem­po­rel­les… Son his­toi­re mar­quée en pro­fon­deur par la vio­len­ce : croi­sa­des, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tô­mes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toi­re de tout jus­te deux siè­cles !), guer­res reli­gieu­ses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­ci­des, sou­tiens aux fas­cis­mes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nis­me.

Côté isla­mis­me, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son empri­se ne s’en trou­ve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cis­me des isla­mis­tes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cet­te vio­len­ce endé­mi­que deve­nue syno­ny­me d’islam, jus­que dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mis­mes en nour­ris­sent leurs fonds de com­mer­ce natio­na­lis­tes ? Sans dou­te un héri­ta­ge du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toi­re com­me le « Maî­tre de la ven­gean­ce » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pi­tre les nom­breu­ses sou­ra­tes invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dè­les – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mul­guent une « sen­ten­ce d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­nis­te de « tolé­ran­ce » ? Voir en répon­se les fat­was de condam­na­tion à mort – dont cel­les de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­de­sh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit bal­les et égor­gé en plei­ne rue ; dans un docu­men­tai­re, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux fem­mes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même dou­ble lan­ga­ge chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peu­ples de Pales­ti­ne (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peu­ple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tas­me juif ali­men­te en les légi­ti­mant le colo­nia­lis­me et ce qui s’ensuit en Pales­ti­ne et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ris­tes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­ka­zes » contre popu­la­tion civi­le. Vio­len­ces innom­ma­bles, guer­res sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toi­re » qui agi­te de plus bel­le les fana­ti­ques isla­mis­tes, il est curieux que nos médias de mas­se, radios et télés, sem­blent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Com­me s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­tai­res, il fait bien appa­raî­tre par les répli­ques qu’il pro­vo­que le niveau de fana­tis­me impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tu­res danoi­ses de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­ti­que ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visa­ges de l’Inquisition, était-ce bien esthé­ti­que ? 6

La ques­tion ne por­te aucu­ne­ment sur la natu­re du « sacri­lè­ge » mais sur la dis­pro­por­tion de la répli­que engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­ti­mes sacri­fi­ciel­les et à ce titre tota­le­ment ins­cri­tes dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieu­se !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­cai­ne ? Et aus­si à La Cour­neu­ve, lors de la fête de l’Huma où Caro­li­ne Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débat­tre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Com­me quoi, pour résu­mer, une insul­te contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un cri­me plus gra­ve que de s’en pren­dre à un être vivant.

17 sep­tem­bre 2012

Notes:

  1. En dehors du mon­de musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­rais­sent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïs­me : cet­te reli­gion sans visée pla­né­tai­re direc­te retrou­ve tou­te­fois le chris­tia­nis­me – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nis­me ? – et l’islamisme dans cet­te même volon­té de péné­trer jus­que dans les têtes et les ven­tres de cha­cun. En ce sens, cel­les qui se pré­sen­tent com­me les « meilleu­res » par­vien­nent bien à être les pires dans leurs manœu­vres per­ma­nen­tes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeu­re rela­ti­ve à leur stra­té­gie hégé­mo­ni­que.
  3. Sour­ces qui demeu­rent enco­re floues qua­tre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tem­bre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, fem­me poli­ti­que et écri­vai­ne néer­lan­do-soma­lien­ne connue pour son mili­tan­tis­me contre l’excision et ses pri­ses de posi­tion sur la reli­gion musul­ma­ne. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéas­te Theo van Gogh, notam­ment à la sui­te de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métra­ge du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­len­ces fai­tes aux fem­mes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­ti­que !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j'ai carrément déserté la toile ! Et pas de protestations… À supposer que j'aie pu manquer à d'aucuns, voici une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s'il s'agit d'un sujet indigeste. Comme l'est l'actu et ce monde si mal en point. Enfin, consolation : l'Euro de foot, c'est fait. Le Tour, aussi. De même les JO. Passons enfin à la politique, la bonne, vraie, bien politicienne. Voici le temps béni de la mascarade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camemberts dépassés…

Nous sommes début août à Marseille. La scène se passe juste avant l’affaire du siècle, dite du burkini.

Un couple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remontons d’une jouissive baignade pour regagner la Corniche et la voiture. Jetant un coup d’œil plongeant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Prophète, tous les Marseillais connaissent… – , nous surplombons du regard deux nageuses côte à côte. L’une en maillot, l’autre entièrement habillée en noir, barbotant, accrochée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et paisible ! Ces deux femmes si différentes et qui se baignent ensemble comme ça, sans problèmes…

Je ne dis rien, trouvant mon pote bien angélique dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu connu d’autres tempêtes et disputailles…

Elle (à ma gauche) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habillée, devant sortir de l’eau avec le tissu tout collé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais penchant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renoncement au bien-être, ce qui est dommage, mais enfin… Ce qui me contrarie surtout c’est la soumission à un ordre moral – religieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi passé, il faisait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâcher un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les portières se referment sur le débat à peine amorcé.

burkini

Calanques de Marseille, juillet 2016. La mode s'empare du religieux banalisé, marchandisé. Un prosélytisme ordinaire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces interdictions décrétées par des maires – de quel droit au juste, en vertu de quel pouvoir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite brandir le mot « laïcité », comme ils parleraient de culture ou de fraternité… pour un peu je sortirais mon revolver (hep, c’est une image, hein, une référence… culturelle ! 1) Car ils parlent d’une certaine laïcité, la leur, qu’ils assortissent d interdiction, de rejet, d’exclusion. Une laïcité cache-sexe, j’ose le dire, d’une attitude en gros anti-musulmane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette déclaration de Manuel Valls à propos de ces maires censeurs : « Je soutiens […] ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volonté d’encourager le vivre ensemble, sans arrière-pensée politique. » Et c’est qu’il en connaît un rayon, le premier ministre, en matière d’arrière-pensée politique ! Une autre belle occasion de se taire. 2

Parlons-en de l’« arrière-pensée politique » ! Puisqu’il n’y a que ça désormais en politique, à défaut de pensée réelle, profonde, sincère, porteuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups fourrés. Tandis que ces mêmes politiciens se gargarisent de Démocratie et de République, avec majuscules. Ainsi, quoi qu’ils déclarent, ou éructent, s’est selon, et spécialement sur ces registres des interférences portant sur les religions – en fait sur le seul problématique islam –, se trouve enraciné dans l’arrière-monde politicien des fameuses « arrière-pensées » évoquées par Valls. On ne saurait oublier que la partie de poker menteur en vue de la présidentielle de 2017 est fortement engagée.

C’est pourquoi, s’agissant de ces questions dites du « vivre ensemble », la parole politique ne parvient plus à offrir le moindre crédit, à l’exception possible, épouvantable, des « vierges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exerçant leur séduction auprès des électeurs échaudés et revanchards, ou incultes et inconscients politiquement autant qu’historiquement. D’où les surenchères verbales qui se succèdent en cascades. Ce sont les mêmes qui pourraient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hongrie, un Poutine en Russie, un Erdogan en Turquie, etc. – sans parler des multiples offres populistes qui traversent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de crédit des politiciens explique en grande partie la grande fatigue de la démocratie : progression des abstentions et des votes de refus lors des élections ; suspicion croissante à l’égard des élites considérées comme… élitistes, se regroupant et se reproduisant dans l’entre soi des mondes de l’économie, des « décideurs » et des médias accaparés par les financiers. Le tout, avec pour corollaire la montées des violences urbaines et des incivismes ; les repliements et affrontements communautaristes ; le sentiment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xénophobie, l‘antisémitisme et le racisme.

Toutes choses qu’on peut essayer de comprendre et même d’expliquer, sans pour autant les justifier – comme l’a hélas prétendu le même Valls déjà cité ici pour la « pertinence » de ses propos. Comment vouloir organiser la polis – la cité – si on renonce à en comprendre les (dys)fonctionnements ?

Ainsi quand on déplore la « barbarie » d’extrémistes religieux en invoquant l’« obscurantisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême violence des systèmes religieux – islamistes en l’occurrence 4. Se plaindre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas revenir la clarté. C’est ici que je place « mon » Bossuet, ce bigot érudit : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenêtre, les religions sont une des causes premières des affrontements entre humains, notamment en ce qu’elles valident des croyances fratricides, ou plutôt homicides et génocides ; lesquelles génèrent les injustices et les dérèglements sociaux qui alimentent l’autre série des « causes premières » de la violence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je considère aussi le nazisme et le stalinisme sous l’angle des phénomènes religieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accuser la République de tous les maux, jusqu’à vouloir l’abattre, au nom d’un passé colonial inexpiable, qui vaudrait malédiction éternelle aux générations suivantes, c’est dénier l’Histoire et enfermer l’avenir dans la revanche, la haine et le malheur. C’est notamment la position de mouvements « pyromanes » comme Les Indigènes de la République parlant de « lutte des races sociales » tout en qualifiant ses responsables de souchiens – néologisme jouant perfidement sur l’homophonie avec sous-chiens et voulant en même temps désigner les « Français de souche » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évoquer l’affaire de Sisco, ce village du Cap corse qui a vu s’affronter des habitants d’origine maghrébine et des Corses… d’origine. Je n’y étais pas, certes, et ne puis que me référer à ce que j’en ai lu, et en particulier au rapport du procureur de la Res publicæ – au nom de la Chose publique. Selon lui, donc, les premiers se seraient approprié une plage pour une fête, « en une sorte de caïdat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux seconds… Tandis que des photos étaient prises, incluant des femmes voilées au bain… Castagnes, cinq blessés, police, voitures incendiées. Pour résumer : une histoire de territoire, de conception sociétale, de culture.

Le multiculturalisme se nourrit aussi de bien des naïvetés. Surtout, il est vrai, auprès d’une certaine gauche d’autant plus volontiers accueillante que bien à l’abri des circuits de migration… Les Corses sont des insulaires [Excusez le pléonasme…] et, comme tels, historiquement, ont eu à connaître, à redouter, à combattre les multiples envahisseurs, des barbares – au sens des Grecs et des Romains : des étrangers ; en l’occurrence, et notamment, ce qu’on appelait les Sarrasins et les Ottomans, autrement dit des Arabes et des Turcs. D’où les nombreuses tours de guet, génoises et autres, qui parsèment le littoral corse, comme à Sisco. Des monuments – du latin « ce dont on se souvient » – attestent de ce passé dans la dureté de la pierre autant que dans les mémoires et les mentalités – même étymologie que monument !

Ainsi les Corses demeurent-ils on ne peut plus sourcilleux de leur territoire et, par delà, de leurs particularismes, souvent cultivés à l’excès, jusqu’aux nationalismes divers et ses variantes qui peuvent se teinter de xénophobie et de racisme [Enregistré après l’affaire de Sisco, un témoignage affligeant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insulaires, selon leur propre histoire : « exportés » par l’Histoire (il ne s'agit nullement de nier la réalité et les effets du colonialisme) et en particulier les migrations économiques, ainsi devenus insulaires, c'est-à-dire isolés de leur propre culture et surtout de leur religion. Tandis que la récente mondialisation, telle une tempête planétaire, relance avec violence les « chocs des cultures » – je ne dis pas, exprès « civilisations » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion militaire de l’Occident dans le monde musulman, sous la houlette des Bush et des néo-conservateurs états-uniens a constitué un cataclysme géopolitique ne cessant de s’amplifier, abordant aujourd’hui le rivage corse de Sisco et qui, si j’ose dire, s’habille désormais en burkini.

Retour donc au fameux burkini avec la position de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénonçant le raccourci par lequel des maires lient le port du burkini au terrorisme, ajoute dans son communiqué : « Quel que soit le jugement que l’on porte sur le signifiant du port de ce vêtement, rien n’autorise à faire de l’espace public un espace réglementé selon certains codes et à ignorer la liberté de choix de chacun qui doit être respectée. Après le « burkini » quel autre attribut vestimentaire, quelle attitude, seront transformés en objet de réprobation au gré des préjugés de tel ou tel maire ? Ces manifestations d’autoritarisme […] renforcent le sentiment d’exclusion et contribuent à légitimer ceux et celles qui regardent les Français musulmans comme un corps étranger à la nation. »

Pour la LDDH, certes dans son rôle, il s’agit de mettre en avant et de préserver le principe démocratique premier, celui de la liberté : d’aller et venir, de penser, de prier, de danser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des libertés. C’est aussi la position des Femen qui, tout en déplorant l’enfermement des femmes dans le vêtement, entendent défendre le libre choix de chacun.

iran-hommes-voilés

Les Iraniens sont de plus en plus nombreux à poser avec, sur la tête, le voile de leur fiancée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux sociaux : #meninhijab

Le hic vient cependant de ce que le burkini n’est pas l’équivalent symétriquement inversé du bikini et qu’on ne peut pas s’en sortir avec une formule comme « quel que soit le signifiant… » ; cette tenue exprime en effet un contenu religieux affirmé, revendiqué – ce que n’est pas le bikini, qui relève de la mode, ou seulement de la marchandise vestimentaire. Il est aussi vrai que le burkini a été inventé et lancé par des acteurs de la mode et que son commerce atteint aujourd’hui des sommets et que, comme tel, son contenu religieux semble tout relatif… Ainsi, burkini et bikini ne présenteraient pas qu’une proximité lexicale, ils partageraient une fonction érotique semblable par une mise en valeur du corps féminin comme le font le cinéma et la photo pornographiques, pas seulement par la nudité crue, mais aussi par le moulage des formes sous des vêtements mouillés. Le problème demeure cependant : il est bien celui de l’intrusion du religieux dans le corps de la femme et dans sa liberté. Par delà, il pousse le glaive des djihadistes dans le corps si fragilisé des démocraties "mécréantes", incitant à des affrontements de type ethniques et communautaires, mettant à bas l'idéal du "vivre ensemble", préludes à la guerre civile. Une telle hypothèse – celle de l'État islamique – peut sembler invraisemblable. Elle n'est nullement écartée par les voix parmi les plus éclairées d'intellectuels de culture musulmane. C'est le cas des écrivains algériens comme Kamel Daoud et Boualem Sansal ou comme le Marocain Tahar Ben Jelloun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ranger…), quelles solutions envisager pour désamorcer ce prélude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pourtant unique selon les monothéismes – le judaïsme, religion du particulier ethnique, demeurant en l’occurrence au seuil de la polémique, ayant assez à faire avec l’usage public de la kippa… ; et le bouddhisme totalement en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflexions, je serais tenté d’en appeler à la stricte laïcité « à la française », selon la loi de 1905, comme solution susceptible d’apaiser les conflits : pas de signes religieux (disons ostentatoires) dans l’espace public. On notera à ce sujet que les tolérances actuelles des religions par rapport aux mœurs demeurent relatives, récentes et fragiles – voir la réaction du mouvement Famille pour tous et du clergé catholique, pour ne parler que de la France ! Donc préférer la Laïcité pour tous afin que les vaches soient bien gardées… Au delà de la boutade, il est vrai que le risque demeure pour les femmes musulmanes de se voir exclues totalement de l’espace public, et des plages en particulier. À elles alors de se rebeller, y compris et peut-être d’abord contre leurs dominateurs mâles, obsédés sexuels travaillés par un appareil religieux datant du VIIIe siècle. À moins qu’elles ne préfèrent l’état de servitude, lequel relevant de la sphère privée, loin de tout prosélytisme au service d’une négation de la vie et du droit à l’épanouissement de tout individu, homme, femme, enfant.

Je reconnais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut toujours pour les femmes qui, dans le monde, sont tout juste parvenues à se libérer, ou même partiellement. C’est qu’il leur a fallu se battre. Tandis que leurs droits durement acquis sont parfois remis en cause – le plus souvent sous la pression religieuse plus ou moins directe. Elles se sont soulevées dans le monde islamisé et continuent de le faire, en avant-gardes minoritaires, trop souvent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être soutenues par des hommes. Comme actuellement en Iran, avec cette campagne appuyée par des photos où des hommes apparaissent voilés aux côtés de femmes têtes nues. J’ai failli écrire « chapeau ! »

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Comment ne pas apprécier ce billet de Sophia Aram, lundi sur France inter. Indispensable, courageuse, pétillante Sophia – la sage iconoclaste. Mais "grotesque", cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dramaturge allemand nazi, la citation exacte : « Quand j'entends parler de culture... je relâche la sécurité de mon Browning ! »
  2. Parmi ces maires, celui de Villeneuve-Loubet (06), Lionnel Luca, favorable au rétablissement de la peine de mort… convaincu du rôle positif de la colonisation. Sympa.
  3. Et, tiens ! revoilà le « sarko » tout flambant-flambard, revirginisé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occupation illicite de place sera immédiatement empêchée, et les zadistes seront renvoyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publique à la suite d’une manifestation à laquelle ils auraient appelé, les syndicalistes devront régler les dommages sur leurs propres deniers. »
  4. Quelle religion, dans le fil de l’Histoire, pourrait se dédouaner de tout extrémisme violent ?
  5. Citation attribuée à Bossuet, évêque de Meaux (avant Copé), prédicateur, 1627-1704.
  6. Je ne souhaite pas ici déborder sur la controverse autour du livre de Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, paru en 1997.

Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxième fatwa vient de frapper l’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud [voir ici et ], à propos de son analyse des violences sexuelles du Nouvel an à Cologne. Cette nouvelle condamnation émane d’une sorte de secte laïque rassemblant une poignée d’« intellectuels autoproclamés » à qui Le Monde a prêté ses colonnes.

Les signataires du "Collectif"Noureddine Amara (historien), Joel Beinin (historien), Houda Ben Hamouda (historienne), Benoît Challand (sociologue), Jocelyne Dakhlia (historienne), Sonia Dayan-Herzbrun (sociologue), Muriam Haleh Davis (historienne), Giulia Fabbiano (anthropologue), Darcie Fontaine (historienne), David Theo Goldberg (philosophe), Ghassan Hage (anthropologue), Laleh Khalili (anthropologue), Tristan Leperlier (sociologue), Nadia Marzouki (politiste), Pascal Ménoret (anthropologue), Stéphanie Pouessel (anthropologue), Elizabeth Shakman Hurd (politiste), Thomas Serres (politiste), Seif Soudani (journaliste).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fantasmes de Kamel Daoud », ce « collectif » lançait son anathème, excluant de son cénacle « cet humaniste autoproclamé ». Le mépris de l’expression dévoilait, dès les premières lignes de la sentence, l’intention malveillante des juges. Les lignes suivantes confirmaient une condamnation sans appel : « Tout en déclarant vouloir déconstruire les caricatures promues par " la droite et l'extrême droite ", l'auteur recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l'islam religion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psychologie des foules arabes de Gustave Le Bon (1841-1931). »

Que veulent donc dire, ces sociologisants ensoutanés, par leur attendu si tranchant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recycle les clichés orientalistes les plus éculés, de l'islam religion de mort »… 3) clichés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieilleries datées (dates à l’appui) et donc obsolètes… 5)… tandis que leur « sociologie » à eux, hein !

Nos inquisiteurs reprochent au journaliste algérien d’essentialiser « le monde d’Allah », qu’il réduirait à un espace restreint (le sien, décrit ainsi avec condescendance : « Certainement marqué par son expérience durant la guerre civile algérienne (1992-1999) [C’est moi qui souligne, et même deux fois, s’agissant du mot expérience, si délicatement choisi] Daoud ne s'embarrasse pas de nuances et fait des islamistes les promoteurs de cette logique de mort. »), selon une « approche culturaliste ». En cela, ils rejoignent les positions de l'essayiste américano-palestinien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabrication de l’Occident post-colonialiste. Comme si les cultures n’existaient pas, jusqu’à leurs différences ; de même pour les civilisations, y compris la musulmane, bien entendu.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

À ce propos, revenons aux compères Renan et Le Bon, en effet contemporains et nullement arriérés comme le sous-entendent nos néo-ayatollahs. Je garde les meilleurs souvenirs de leur fréquentation dans mes années « sexpoliennes » – sexo-politiques et reichiennes –, lorsque l’orthodoxie marxiste se trouva fort ébranlée, à partir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je relirais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notamment inspiré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psychologie des foules, de Gustave Le Bon, dont on retrouve de nombreuses traces dans Psychologie de masse du fascisme du même Wilhelm Reich. Les agressions de Cologne peuvent être analysées selon les critères reichiens du refoulement sexuel et des cuirasses caractérielle et corporelle propices aux enrôlements dans les idéologies fascistes et mystiques. Ces critères – avancés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sauraient nier les réalités « objectives » des conditions de vie – elles se renforcent mutuellement. Tandis que les accusateurs de Daoud semblent ignorer ces composantes psycho-sexuelles et affectives.

Traité comme un arriéré, Daoud est ainsi accusé de psychologiser les violences sexuelles de Cologne, et d’« effacer les conditions sociales, politiques et économiques qui favorisent ces actes ». Lamentable retournement du propos – selon une argumentation qui pourrait se retourner avec pertinence !

Enfin, le journaliste algérien se trouve taxé d’islamophobie… Accusation définitive qui, en fait, à relire ces compères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de combat » désormais à la mode, interdit toute critique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « double fatwatisé » pourra cependant trouver quelque réconfort dans des articles de soutien. Ainsi, celui de Michel Guerrin dans Le Monde du 27 février. Le journaliste rappelle que Kamel Daoud a décidé d’arrêter le journalisme pour se consacrer à la littérature. « Il ne change pas de position mais d’instrument. » « Ce retrait, poursuit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algérie, il est sous le coup d'une fatwa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses convictions. Du reste, sa vision de l'islam est passionnante, hors normes, car elle divise la gauche, les féministes, les intellectuels. Une grande partie de la sociologie est contre lui mais des intellectuels africains saluent son courage, Libération l'a défendu, L'Obs aussi, où Jean Daniel retrouve en lui “toutes les grandes voix féministes historiques”. […] Ainsi va la confrérie des sociologues, qui a le nez rivé sur ses statistiques sans prendre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lancelin sur le site de L'Obs, le 18 février. »

Ainsi, cette remarquable tribune de la romancière franco-tunisienne Fawzia Zouari, dans Libération du 28 février, rétorquant aux accusateurs :

« Voilà comment on se fait les alliés des islamistes sous couvert de philosopher… Voilà comment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musulman a le plus besoin. »

 


Fawzia Zouari : "Il faut dire qu'il y a un... par franceinter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le "porno-islamisme" et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d'une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«  Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L'Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l'on voit que la "guerre" ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?



Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tom­ber, hier, sur l’article que j’ai consa­cré au jour­na­lis­te polo­nais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bou­quins fameux, Impe­rium – sur l’empire sovié­ti­que finis­sant, une sui­te de repor­ta­ges à sa façon –, j’y rele­vais ça :

« Trois fléaux mena­cent le mon­de. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racis­me. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pes­tes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus tota­le, agres­sive et tou­te-puis­san­te irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le der­nier numé­ro du men­suel L’Histoire (thè­me : New­ton, les Lumiè­res et la révo­lu­tion scien­ti­fi­que : excel­lent autant qu’actuel), un lec­teur revient sur le pré­cé­dent numé­ro (novem­bre) consa­cré aux com­mu­nis­tes et titré « Pour­quoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des répon­ses peu­vent être avan­cées. Mais ce lec­teur conti­nue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nom­bre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­pren­dre pour­quoi ils sont res­té com­mu­nis­tes ». Et d’égrener le cha­pe­let des hor­reurs sta­li­nien­nes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Confè­re le troi­siè­me fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­ta­lis­me reli­gieux.

Même si les cau­ses et les effets dif­fé­rent dans les nuan­ces, nazis­me, sta­li­nis­me et dji­ha­dis­me relè­vent du tronc com­mun de « la plus tota­le, agres­sive et tou­te-puis­san­te irra­tio­na­lité. » Les consé­quen­ces aus­si conver­gent dans la vio­len­ce la plus mor­ti­fè­re condui­sant les peu­ples cré­du­les aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­ti­ques para-reli­gieux. Ain­si les fon­da­men­ta­lis­tes du libé­ra­lis­me ultra, les ado­ra­teurs du Mar­ché et de sa Main invi­si­ble, cel­le qui agit « en dou­ce », par délé­ga­tion, sans se mon­trer au grand jour, et n’en conduit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­ti­ces, guer­res, misè­re.

Ain­si les néga­tion­nis­tes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illus­tres pré­dé­ces­seurs face aux géno­ci­des nazis, choi­sis­sent la catas­tro­phe plu­tôt que de renon­cer à leurs cultes consom­ma­toi­res. Cultes innom­bra­bles aux­quels d’ajoutent la plus cras­se imbé­cil­li­té tel­le que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (Fran­ce 2) exhi­bant de fameux spé­ci­mens du gen­re : ceux qui, aux Etats-Unis, tra­fi­quent leurs die­sel mons­trueux pour qu’il éruc­tent les plus épais­ses fumées noi­res… (J’avais publié une vidéo sur ces éner­gu­mè­nes, mais elle a été désac­ti­vée, je ne sais pour­quoi… Des dizai­nes de vidéos para­dent sur la toi­le – taper « coal rol­ling » et déses­pé­rer du gen­re humain…)

Après eux le délu­ge. Sur le même mode, en som­me, par lequel un tiers des élec­teurs du « pays des Droits de l’Homme » – et pata­ti et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cis­me pré­sen­ta­ble, jus­te « pour essayer », puis­que les autres leur parais­sent usés – ce qui n’est pas faux, cer­tes !

Mais enfin, quel­le défai­te annon­cée ! Défai­te de la pen­sée, des convic­tions, des valeurs. De sou­bre­sauts en cahots, en culbu­tes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégayer, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sis­sent.

tas-urgences

Où allons-nous ? « Ça débor­de » de par­tout ; de gau­che et de droi­te„ extrê­me­ment. [Ph. d.r.]


Attentats de Paris. Que de morts, que de drames !

Même encore incomplète, qu'elle semble interminable, la liste des victimes des attentats de ce vendredi noir ! Que de drames soudain surgis dans les familles, chez les proches !… Et que de souffrances sous les blessures, les mutilations ! Fallait-il y ajouter l'outrage infligé, hier à l'Assemblée nationale, par les politicards et leurs gesticulations imbéciles, indécentes, outrageantes, atterrantes ? Cette liste des morts de vendredi ne peut que leur faire honte. Une honte qui ne consolera de rien, ni des peines, ni des douleurs.

attentats-Paris

Marseille , lundi midi. [Ph. gp]

Guillaume Barreau Decherf, 43 ans, était journaliste aux Inrocks. Passionné de Hard Rock, il était diplômé de l'école de journalisme ESJ Lille. Il avait débuté à Libération et travaillé pour le magazineRolling Stone. Il avait récemment écrit au sujet du nouvel album du groupe Eagles of Death Metal, qui se produisait au Bataclan le soir du massacre.. Père de deux filles, il est né à Bar-le-Duc (Meuse) et a grandi dans l'Essonne, comme le rapporte l'Est Républicain. Ses confrères et anciens camarades de l'Ecole de journalisme ESJ de Lille se souviennent de sa douceur sous une allure de «métalleux», de sa passion pour la musique et de son sens de la formule qui faisait souvent mouche. Il a perdu la vie au Bataclan.

Macathéo Ludovic Boumbas, 40 ans, dit «Ludo», 40 ans, est mort à La Belle Equipe, bistrot du XIe arrondissement où il fêtait l'anniversaire d'une amie. «Il a voulu protéger une amie, Chloé, en se mettant sur elle. Il s'est pris une rafale», a dit son frère à l'AFP. D'origine congolaise, Ludo était ingénieur chez le transporteur FedEx.

Alban Denuit, 32 ans, originaire du Lot-et-Garonne, à Marmande, ce plasticien était exposé à la galerie bordelaise Eponyme. Diplômé de l'École nationale des Beaux-Arts de Paris, il enseignait à l'université Bordeaux 3. Selon Sud Ouest, il avait obtenu l'été dernier son doctorat d'arts plastiques avec félicitations du jury. Il est décédé au Bataclan.

Romain Didier, 32 ans, était originaire du Berry. Il vivait non loin du lieu du drame, comme le rapporte le Journal du Centre. A Paris, il avait suivi des cours d'art dramatique à l'école Jean Périmony et avait occupé entre 2009 et 2013 le poste de manager du Little Temple Bar, un bar du VIe arrondissement de Paris. Il a été tué rue de Charonne, dans le XIe arrondissement de Paris, alors qu'il était avec son amie, Lamia Mondeguer, elle aussi décédée.

Lamia Mondeguer, 30 ans, a été tuée rue de Charonne alors qu'elle se trouvait avec son compagnon, Romain Didier. La jeune femme, diplômée de l'université Paris VII et de l'Ecole supérieure d'études cinématographiques travaillait pour l'agence artistique Noma Talents.

Cédric Mauduit, 41 ans, était originaire de Lion-sur-Mer (Calvados). Il travaillait au Conseil départemental du Calvados, où il était directeur de la Modernisation du département, comme le rapporte le site internet du département. Il assistait au concert avec 5 amis, dont une autre victime, David Perchirin. Son frère a lancé un appel sur les réseaux sociaux pour faire venir les Rolling Stones ou David Bowie, des artistes qu'il admirait, à son enterrement.

Romain Feuillade, 31 ans, était sur la terrasse de La Belle équipe lorsqu'il est tombé sous les balles des assaillants. Le jeune homme, marié, était originaire de Gilly-sur-Isère (Savoie) et s'était installé à Paris pour devenir comédien. Il tenait un restaurant dans le XIe arrondissement, Les Cent kilos, avec un associé. «C'était un garçon d'une profonde gentillesse, doté d'un puissant sens de l'humour. Souriant, généreux, humble, bienveillant. Un exemple d'homme, le meilleur. Un ami dévoué», a témoigné l'un de ses amis dans Libération

Véronique Geoffroy de Bourgies, 54 ans, était une ex-mannequin et ancienne journaliste duFigaro Madame et Vogue Homme. Elle avait fondé jemesensbien.fr, un blog sur lequel elle postait quotidiennement des billets “bonne humeur”. Elle avait adopté il y a deux ans une petite fille, Mélissa et un petit garçon, Diego. Amoureuse de Madagascar, elle y avait créé en 2004 une association, Zazakely Sambatra (“enfants heureux”) . Elle a été abattue à la terrasse de La Belle équipe. Son mari, photographe, était en déplacement à Shanghaï pendant les attentats.

Mathieu Hoche, 38 ans, était technicien cadreur pour la chaîne France 24. “Il était jeune, il avait un enfant de 6 ans”, a twitté sa collègue Roselyne Febvre sur Twitter. «Un garçon adorable, discret, bosseur, professionnel», évoque le directeur de la chaîne Marc Saikali.

Thomas Ayad, 34 ans, originaire d'Amiens, était producteur pour la maison de disque Mercury Records, un label qui dépend du groupe Universal et s'occupait notamment du marketing d'Eagles of Death Metal. Tué au Bataclan, il assistait au concert avec deux collègues. Lucian Grainge, PDG d'Universal Music Group, a rendu hommage à Thomas Ayad dans une lettre publiée par le Los Angeles Times. Passionné de hockey sur gazon, son ancien club a organisé un rassemblement d'hommage dimanche. «Il est mort presque tout de suite, au Bataclan, alors qu'il était en train de parler avec un garçon de Nous Productions (le tourneur du concert, ndlr), qui lui a été blessé. (...) Franc, honnête, c'était un ami fidèle, on pouvait compter sur lui», a raconté à Libération l'un de ses amis.

Marie Mosser, 24 ans, originaire de Nancy et ancienne employée de la maison de disque Mercury Records, elle collaborait avec le site internet Celebrities in Paris, qui a confirmé son décès. Cette spécialiste en Communication et marketing digital est l'une des victime de l'attentat du Bataclan.

Quentin Boulenger, 29 ans, était originaire de Reims et habitait dans le 17e arrondissement de Paris, selon l'Union. Il est décédé au Bataclan. Diplômé de l'école de commerce Audiencia de Nantes (Loire-Atlantique), ce jeune marié s'était installé dans le XVIIe arrondissement de Paris et travaillait comme responsable digital international au sein du groupe de cosmétiques L'Oréal.

Valentin Ribet, 26 ans, était avocat d'affaires au barreau de Paris depuis l'année dernière. Il travaillait au cabinet Hogan Lovells, qui a confirmé sa disparition. Le jeune homme avait étudié à London School of Economics, après avoir obtenu son diplôme à la Sorbonne. Il est décédé au Bataclan, où il était avec son amie Eva, blessée, opérée et dont les jours ne sont plus en danger.

Djamila Houd, 41 ans, et originaire de Dreux, a été tuée sur la terrasse de La Belle Équipe, rue de Charonne. Fille de Harkis, issue «d'une des grandes familles drouaises», comme le rapporte l'Écho Républicain, Propriétaire de la brasserie parisienne le Café des anges, à Bastille, Djamila Houd vivait à Paris.

Fabrice Dubois, 46 ans, marié et père de deux enfants âgés de 11 et 13 ans, était rédacteur concepteur chez Publicis Conseil. Il habitait à Médan, dans les Yvelines. Il est décédé au Bataclan. Sa sœur a confirmé sa mort à Paris Match.

François-Xavier Prévost, 29 ans, originaire de Lambersart, dans le Nord-Pas-de-Calais, était passionné de tennis. Il travaillait dans la publicité à Lille, comme le rapporte l'AFP. Selon La Voix du Nord, il assistait au concert du Bataclan avec deux amis. «We miss you FX», une page Facebook dédiée au jeune homme a été créée par ses proches. «L'amour de ma vie, à jamais», a écrit sa compagne sur la page Facebook créée pour lui rendre hommage.

Mathias Dymarski, 22 ans et Marie Lausch, 23 ans, sont tous les deux décédés lors de l'attentat du Bataclan. Ces Mosellans étaient ensemble depuis 5 ans, et avaient emménagé en septembre dernier dans un appartement parisien, selon Le Républicain Lorrain. La jeune femme, diplômée de l'école de commerce de Reims, venait de terminer une mission pour un groupe de cosmétiques. Mathias, ingénieur travaux, allait fêter ses 23 ans le 6 décembre prochain.

Pierre Innocenti, 40 ans, que tout le monde appelait “Pierro”, avait repris le restaurant italien familial Livio, une institution à Neuilly-sur-Seine. Il avait posté sur sa page Facebook, quelques minutes avant le début du concert, une photo de l'affiche du groupe de rock. «Pierre était un énorme bosseur, mais c'était aussi un bon vivant, il aimait faire la fête. C'était aussi un homme de valeurs», raconte Arash Derambarsh, un ami de Pierre Innocenti et élu de Courbevoie.

Stéphane Albertini, cousin de Pierre Innocenti, était le copropriétaire du restaurant Livio.

Matthieu Giroud, 39 ans, était originaire de Jarrie, dans la région de Grenoble. Géographe, spécialiste de la gentrification, il était maître de conférence à l'Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand entre 2008 et 2012, avant de rejoindre le CNRS et l'Université Paris Est Marne la Vallée. Il était le père d'un petit garçon de 3 ans et sa compagne, Aurélie, est enceinte d'une petite fille. Qualifié par un membre de sa famille d' «impitoyablement pacifiste», Matthieu Giroud «aimait le rock, le whisky japonais, le foot, les BD et regarder des séries avec son Aurélie. Plus que tout il aimait ses amis - nombreux. Ses amis de Jarrie et ses amis de Paris. Ses amis vivant en province et ses amis vivant à l'étranger», a écrit sur Facebook Fabienne Silvestre-Bertoncini, sa belle soeur. Matthieu Giroud est décédé au Bataclan.

Aurélie de Peretti, 33 ans, infographiste de formation, reconvertie dans la restauration, était originaire de Saint-Tropez. Elle était venue à Paris avec son amie Élodie Pierrat pour assister au concert du Bataclan, où elle est décédée. Élodie Pierrat demeure en soins intensifs.

Quentin Mourier, 29 ans, tué au Bataclan, était architecte aux Vergers Urbains. Il est décrit comme quelqu'un «plein de ressources, d'énergie, d'initiatives, d'engagement» sur le site internet de cette association qui milite pour la végétalisation. Il habitait dans la capitale mais était originaire de Rouffach (Haut-Rhin), selon les Dernières Nouvelles d'Alsace. Il avait étudié à l'Ecole nationale supérieure d'architecture de Versailles.

Élodie Breuil, 23 ans, était étudiante en design à l'école de Condé, dans le XVème arrondissement de la capitale. Elle est décédée au Bataclan alors qu'elle assistait au concert avec un groupe d'amis. Elle avait participé à la marche de la République en janvier dernier, avec sa mère. «Tout ce que vous pouvez faire, c'est informer le monde entier de ces horribles choses que nous nous infligeons les uns aux autres», a déclaré son frère Alexis à un journaliste de Time, alors qu'on venait de lui confirmer le décès de la jeune fille aux yeux bleus.

Fanny Minot, 29 ans, était monteuse pour Le Supplément de Canal +. «Une fan de rock», selon l'une de ses collègues contactée par l'AFP.

Nicolas Classeau, 40 ans, était le directeur de l'IUT Marne la vallée. Il assistait au concert avec sa compagne, toujours hospitalisée. Guitariste amateur, le quadragénaire vivait à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) avec ses trois enfants, de 15, 11 et 6 ans.

Nick Alexander, 36 ans, britannique de Colchester, vendait des produits à l'effigie du groupe Eagles of Death Metal lorsqu'il a été tué au Bataclan. «Nick est mort en faisant le travail qu'il aimait et nous sommes réconfortés de voir à quel point il était aimé par ses amis à travers le monde», a écrit sa famille dans un communiqué. «Dors bien, mon doux prince, Nick Alexander... #fuckterrorism #iwillalwaysloveyou #Bataclan», a publié sur Twitter sa compagne Polina Buckley, avec une photo d'eux deux.

Halima Ben Khalifa Saadi, 35 ans, était originaire de Menzel Bourguiba (Tunisie), près de Bizerte. Cette jeune femme à la crinière de lionne était mariée à un Sénégalais, Adama Ndiaye, et vivait à Dakar. Sa famille est installée au Creusot (Saône-et-Loire), où son père est arrivé en 1970 pour travailler dans le bâtiment. Mère de deux jeunes garçons, elle était à Paris, au restaurant «La Belle équipe», pour fêter l'anniversaire d'une amie.

Hodda Ben Khalifa Saadi, 34 ans, était à Paris avec sa sœur aînée Halima pour fêter un anniversaire.

Maxime Bouffard, 26 ans, originaire du Coux (Dordogne), est mort au Bataclan. Titulaire d'un BTS en audiovisuel à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), il habitait depuis quatre ans à Paris, où il réalisait des clips vidéo -récemment pour le groupe Le Dernier Métro - et des films publicitaires. «C'était un amateur de rugby, de vin et de bonne bouffe. C'était un pilier dans sa famille et dans son groupe d'amis», a raconté un ami à l'AFP. Fan de rock, il avait partagé sur son profil Facebook en juillet une critique élogieuse du nouvel album d'Eagles Of Death Metal.

Nicolas Catinat, 37 ans, a été tué au Bataclan, alors qu'il se trouvait dans la fosse. Habitant à Domont, dans le Val-d'Oise, il a cherché à protéger ses amis en se plaçant en bouclier humain.

Précilia Correia, 35 ans, Portugaise, était employée par la maison de disques Mercury Music. Elle est morte au Bataclan. «Pour ceux qui se rappellent de moi après le primaire, j'aimais plus faire mes devoirs cela ne m'a pas empêcher de rester à l'école jusqu'à plus de 25 ans...», raconte sur son profil Copains d'Avant cette jeune femme brune qui a étudié les langues étrangères et la photographie.

Asta Diakite, cousine du joueur de l'équipe de France de football Lassana Diarra, qui était en train de jouer sur la pelouse du Stade de France lorsque les explosions ont eu lieu. La jeune femme, décrite comme une musulmane pratiquante, est morte dans la fusillade de la rue Bichat, où elle était sortie faire des courses. «Elle a donné sa vie pour sauver celle de son neveu qui était avec elle», a écrit sur Facebook sa cousine. «Elle a été pour moi un repère, un soutien, une grande soeur», a témoigné le joueur de l'OM dans un message posté sur les réseaux sociaux.

Manuel Colaco Dias, 63 ans, un Portugais fan de foot qui vivait depuis 45 ans à Paris, a péri alors qu'il se trouvait à l'extérieur du Stade de France.

Elsa Delplace, 35 ans, était venue au concert des Eagles of Death Metal avec sa mère et son fils de 5 ans, qui les aurait vu mourir mais qui a survécu. La jeune femme était formatrice dans un centre de formation d'apprentis parisien. La grand-mère, Patricia San Martin, 61 ans, était fonctionnaire à la mairie de Sevran et nièce d'un ambassadeur chilien.

Elif Dogan, 26 ans, Belge d'origine turque, travaillait dans une société d'informatique en Belgique. Installée à Paris depuis quatre mois, tout près du Bataclan, elle est décédée dans la salle de spectacles sous les balles des terroristes, comme son compagnon Milko Jozic. «On se disait que notre fille vivait dans un endroit sûr. On craignait des actions en Turquie et c'est dans une des plus grandes métropoles du monde qu'on l'a perdue», a déploré son père Kemal Dogan, retourné vivre en Turquie il y a quelques mois.

Romain Dunet, 25 ans, un grand fan de musique, de ukulele et de chant, est mort au Bataclan. Enseignant d'anglais dans un ensemble scolaire parisien, il était également membre d'un groupe de musique. Ses proches ont ouvert une page d'hommage sur Facebook, «pour témoigner de son intelligence et de sa gentillesse, de son engagement dans ses passions et de son dévouement pour ses élèves».

Thomas Duperron, 30 ans, un Parisien originaire d'Alençon s'occupait de la communication de la salle de concert parisienne La Maroquinerie. Spectateur du Bataclan, il est mort dimanche à l'hôpital de Percy-Clamart où il avait été transporté. «Nos pensées vont à sa famille, à ses proches ainsi qu'aux équipes de La Maroquinerie», a posté sur son site internet l'Ecole d'art et de culture (EAC), dont il était sorti diplômé en 2010.

Gregory Fosse, 28 ans, habitant de Gambais (Yvelines). Grégory était programmateur musical pour la chaîne D17. Un hommage lui sera rendu lundi, à l'initiative du conseil municipal de la commune de Gambais.

Juan Alberto Gonzàles Garrido, 29 ans, ingénieur espagnol , travaillait pour EDF. Originaire de Grenade, en Andalousie, il vivait à Paris avec son épouse Angelina Reina, 33 ans. Présente à ses côtés au Bataclan vendredi soir, cette dernière a vu son époux tomber au sol avant de perdre sa trace, selon le quotidien El Pais.

Cédric Gomet, 30 ans, originaire de Foucherans dans le Jura et résidant à Paris, travaillait pour TVMonde. Il se trouvait au Bataclan avec l'un de ses amis, Cédric, lui-même blessé par balles à la jambe au cours de l'assaut.

Nohemi Gonzalez, 23 ans, de nationalité mexicaine et américaine, se trouvait à la terrasse du Petit Cambodge en compagnie d'une amie. Étudiante en troisième année à l'université d'État de Long Beach en Californie, elle se trouvait à Paris dans le cadre d'un semestre d'échange universitaire à l'école de design Strate de Sèvres. Décrite par son petit ami comme «la plus douce des jeunes femmes», elle devait rentrer aux États-Unis le mois prochain.

Raphael H, 28 ans, est né à Garmisch-Partenkirchen en Bavière. Architecte, il avait été embauché dans le cabinet de Renzo Piano à Paris. Vendredi soir, il était allé dîner au Petit Cambodge avec deux collègues, un Irlandais et un Mexicain. Ils ont aussi été blessés lors de l'attaque.

Thierry Hardouin, 36 ans, sous-brigadier au dépôt de Bobigny, devait passer la soirée à Paris au restaurant la Belle Équipe, rue de Charonne, pour célébrer l'anniversaire de sa compagne. «Bon vivant», «homme joyeux et professionnel», «Thierry avait affaire au quotidien à des gens dangereux. On savait qu'il fallait toujours rester sur le qui-vive» confie un de ses proches au quotidien Le Parisien. Thierry Hardouin était père de deux enfants.

Pierre-Antoine Henry, 36 ans, ingénieur de profession, était originaire de la région parisienne, comme le rapporte Ouest France. Il travaillait dans les systèmes de communication. Pierre-Antoine est décédé dans la salle du Bataclan. «Le premier mot qui me vient à l'esprit quand je pense pense à lui, c'est sa gentillesse», a inidiqué à l'AFP l'un de ses proches.

Marion Lieffrig-Petard, était étudiante en 1e année du master franco-italien de musicologie de la Sorbonne. Musicienne, passionnée par les voyages musicaux en Méditerranée, elle venait de rentrer d'une année d'Erasmus à Barcelone et s'apprêtait à effectuer sa deuxième année de Master à Palerme. Elle fait partie des victimes. Barthélémy Jobert, Président de Paris-Sorbonne lui a rendu hommage.

Anna Lieffrig-Petard, 27 ans, graphiste. Elle a été tuée alors qu'elle dînait à la terrasse du Petit Cambodge avec sa soeur Marion, décédée également, a indiqué à l'AFP le maire de Chailles (Loir-et-Cher), Yves Crosnier-Courtin, où leurs parents tiennent une boucherie. «Elle était venue retrouver sa soeur ce week-end-là et elles avaient envoyé un message à leurs parents pour leur dire que la vie était belle, qu'elles étaient contentes de se retrouver».

Suzon Garrigues, 21 ans, était étudiante en troisième année de Licence de lettres modernes appliquées à la Sorbonne, a elle aussi disparu au Bataclan. Barthélémy Jobert, Président de Paris-Sorbonne lui a également rendu hommage: «Elle laisse à ses camarades le souvenir de la plus généreuse, la plus altruiste, la plus drôle des amies, et aussi d'une inconditionnelle et fidèle admiratrice de Zola».

Mohamed Amine Ibnolmobarak, Marocain, 28 ans, architecte encadrant à l'Ecole nationale supérieure d'architecture Paris-Malaquais, ce passionné de natation était «engagé, intellectuel, créatif», selon l'un de ses anciens professeurs interrogé par Libération. Il a été tué alors qu'il se trouvait au bar Le Carillon avec sa femme, qu'il avait épousée cet été. Cette dernière, gravement blessée, «a subi trois opérations chirurgicales» mais «ses jours ne seraient plus en danger», a confié un proche à l'AFP.

Milko Jozik, 47 ans, de nationalité belge. Cet ingénieur souriant, père d'une jeune femme de 22 ans, habitait avec sa nouvelle compagne Elif Dogan, également de nationalité belge, elle aussi décédée, dans la rue du Bataclan où ils s'étaient installés il y a quatre mois. «Je me dis simplement que le monde est complètement pourri. C'est surtout pour ma fille que c'est dur, on se sent paumées», a confié son ex-épouse au quotidien belge La Dernière Heure.

Hyacinthe Koma, 37 ans, serveur au restaurant Les Chics Types, dans le 19e arrondissement, il participait à une soirée d'anniversaire au restaurant La Belle Équipe rue de Charonne. «Il avait beaucoup d'amis», selon sa petite sœur Amy. L'un d'entre eux a lancé une cagnotte sur le site Leetchi pour aider sa famille à financer les obsèques.

Guillaume Le Dramp, 33 ans, figure du quartier, buvait un verre en terrasse au bar La Belle Equipe quand il a été tué. Originaire de Cherbourg, il avait fait ses études à Caen avant d'aller à Parme (Italie) puis à Paris, où il travaillait dans un restaurant derrière la place des Vosges. Décrit comme «charmeur, chaleureux, un vrai gentil, avec un humour dévastateur» par l'un de ses proches à l'AFP, il était tenté de retourner vivre en Italie et préparait le concours de professeur des écoles.

Christophe Lellouche, 33 ans, tué au Bataclan. Il était supporter de l'OM, guitariste et compositeur du groupe Oliver et fan de Metallica, selon un de ses amis interrogé par Libération.

Yannick Minvielle, 39 ans, travaillait dans la publicité et chantait dans un groupe de rock. Il est mort au Bataclan.

Justine Moulin, 20 ans, une parisienne originaire d'Asnières (Hauts-de-Seine), était étudiante en Master à SKEMA Business School, qui lui a rendu hommage sur son site internet.

Victor Muñoz, 25 ans, est mort à La Belle Équipe, rue de Charonne. Il était le fils d'un élu du XIe arrondissement. Il venait d'être diplômé de l'ESG Management School, une école supérieure de commerce à Paris.

Bertrand Navarret, 37 ans. Selon la Dépêche du midi, il avait grandi à Tarbes, où son père est notaire, et vivait à Capbreton, sur la côte landaise. Il était parti à Paris pour passer quelques jours dans la capitale et assister au concert au Bataclan.

David Perchirin. Après avoir été journaliste, il était devenu récemment professeur des écoles et enseignait depuis septembre 2014 en Seine-Saint-Denis. Ce quarantenaire est mort au Bataclan aux côtés de son ami Cédric Mauduit, rencontré à Sciences Po Rennes. «Bons vivants, débordants d'énergie, enthousiastes indéfectibles, le ciment de leur amitié a toujours été leur passion du rock'n roll», selon l'hommage rendu par l'association des anciens élèves de l'établissement.

Manu Perez, âgé d'une trentaine d'années, directeur artistique chez Polydor. Ce père de famille a posté sur Facebook quelques minutes avant sa mort une vidéo prise dans la fosse du Bataclan, intitulée «Il y a ceux qui y sont et qui ne sont pas». Sa mémoire a été saluée sur Twitter par plusieurs artistes dont il s'était occupé.

Caroline Prenat, 24 ans,originaire de Lyon, était graphiste. Elle était diplômée de l'École de Condé de Nancy et avait étudié à l'École d'arts appliqués de Bellecour, selon Lyon Capitale. Elle est décédée lors de la tuerie du Bataclan.

Armelle Pumir-Anticevic, 46 ans, est morte au Bataclan, où elle se trouvait avec son mari, Joseph. «Armelle m'a dit: «Viens, on court». On n'était pas loin de la porte de sortie. Armelle était derrière moi, on a foncé. Elle est tombée. J'ai cru qu'elle avait trébuché sur un cadavre. Je l'ai ramassée, je la portais. Mais en arrivant près de la porte, un flic m'a tiré par le bras, j'ai dû la lâcher. Putain. Je n'ai jamais revu Armelle», avait-il raconté dimanche à Libération. Chef de fabrication, mère de famille, cette Parisienne était aussi attachée aux Pyrénées-Orientales, où elle possédait une maison.

Matthieu de Rorthais, 32 ans, est mort dans l'attaque du Bataclan. Son père et sa soeur lui ont rendu hommage sur Facebook, cette dernière saluant la mémoire de son grand frère, «la plus belle étoile du ciel».

Raphaël Ruiz, 37 ans, mort au Bataclan. Il était «passionné de musique, de cinéma, de BD et de tant d'autres choses» selon l'association des anciens de Sciences Po Grenoble. «C'était un ami hors pair, un homme attachant et passionnant, et un grand éclat de rire avec les enfants». Il travaillait depuis 10 ans chez Ubiqus, où il était «unanimement apprécié pour son professionnalisme, son dévouement et son immense gentillesse».

Madeleine Sadin, 30 ans,qui vivait à Paris, est morte au Bataclan. Décrite comme «vivante, aimante et curieuse» par ses proches à l'AFP, elle était professeur de Français dans un collège de l'Essonne. Son cousin, Simon Casteran, journaliste toulousain, a publié, sur son bloglessermonsdulundi.com, une lettre adressée à Daech et titrée «Oui, je suis un pervers et un idolâtre».

Kheireddine Sahbi, 29 ans, surnommé «Didine», ce violoniste de nationalité algérienne rentrait chez lui vendredi après une soirée avec des amis lorsqu'il a été tué. Après des études de sciences, il s'était tourné vers la musique et étudiait depuis un an à Paris. Il était étudiant en master d'ethnomusicologie à la Sorbonne. Barthélémy Jobert, Président de Paris-Sorbonne, lui a rendu hommage. «Il habitait un quartier périphérique d'Alger, où la situation était très tendue» et «avait survécu à dix ans de terrorisme», à témoigné à l'AFP un de ses cousins. Son corps devrait être rapatrié en Algérie.

Lola Salines, 29 ans, était éditrice chez Gründ, chargé des ouvrages Jeunesse. Cette passionnée de rock et de metal a notamment édité l'Encyclo des Filles, paru en 2013, un manuel de référence pour les adolescentes. Passionnée de roller derby, la jeune femme faisait partie du club la Boucherie de Paris, l'équipe de la capitale. Elle portait sur les pistes le nom de «Josie Ozzbourne». Son père, Georges, l'a cherchée toute la nuit de vendredi à samedi, pour finalement annoncer son décès samedi matin, sur Twitter.

Hugo Sarrade, 23 ans, débutait son week end à Paris par ce concert au Bataclan, avant de rejoindre son père en région parisienne. Étudiant en intelligence artificielle à Montpellier, Hugo était persuadé que «l'obscurantisme est notre pire ennemi», selon son père, interrogé par le quotidienMidi Libre.

Valeria Solesin, 28 ans, est morte au Bataclan, après avoir été prise en otage avec son fiancé et deux proches. Cette Italienne originaire de Venise, doctorante en démographie, vivait depuis quatre ans à Paris. «Elle nous manquera et je pense, au vu de son parcours, qu'elle manquera aussi à l'Italie», a déclaré sa mère aux médias italiens. «Elle était le visage souriant et le cerveau brillant de la jeune communauté italienne à Paris», a témoigné un proche à l'AFP.

Ariane Theiller, 24 ans, était au Bataclan avec des amis lorsqu'elle a été abattue. Originaire du Nord, elle s'était installée à Paris. Après des études de Lettres à Orléans et à Strasbourg, elle avait effectué un stage chez Urban Comics. Elle était assistante de rédaction chez Rustica depuis le mois de juin dernier. Ses collègues lui ont rendu hommage sur Facebook: «Pour sa discrétion, sa douceur sans mièvrerie et la gentillesse naturelle qui émanait d'elle, nous l'avions tout de suite adoptée, comme une des nôtres, une enfant de notre clan. Chère Ariane, au minois candide, tu avais aménagé ton bureau pour regarder en face les autres et l'avenir qui pour toi s'annonçait radieux. Mais le livre que tu rêvais d'écrire s'est refermé trop vite».

Éric Thomé, photographe et graphiste parisien, âgé d'une quarantaine d'années, passionné de musique, est mort au Bataclan.

Luis Felipe Zschoche Valle, 33 ans, Chilien, habitait depuis huit ans avec sa femme à Paris, où il travaillait comme musicien, selon les autorités chiliennes.

Olivier Vernadal, 44 ans, natif du Puy-de-Dôme, était contrôleur des impôts à Paris. Il vivait à deux pas de la salle de concert du Bataclan, a confié son père au quotidien La Montagne. Il est l'une des victimes de la tuerie du Bataclan.

Ciprian Calciu, 31 ans et Lacramioara Pop, 29 ans, un couple de Roumains et parents d'un enfant âgé de 18 mois. Ils ont tous les deux été tués au cours de la tuerie du bar La Belle Équipe, selon Reuters.

Michelli Gil Jaimez, 27 ans, Mexicaine originaire de la ville de Veracruz, elle résidait à Paris, selonEl Pais. La jeune femme, qui s'était fiancée le 26 octobre avec son petit ami, étudiait sur le campus parisien de l'EM Lyon. Elle est l'une des victimes de la fusillade du bar La Belle Équipe. «Je t'aime mon amour. Repose en paix», a publié sur Facebook son compagnon italien, Filo. La famille de Michelli est arrivée à Paris afin de s'occuper du rapatriement de sa dépouille. «Michelli était une jeune fille charmante, c'était une jeune fille très heureuse, sociable, travailleuse et douée», a confié son cousin Félix José Gil Herrera aux médias mexicains.

Maud Serrault, 37 ans, ancienne étudiante du Celsa à Neuilly-sur-Seine, était directrice du Marketing et du e-commerce de la chaîne hôtelière Best Western France depuis près de trois ans. Elle s'était mariée récemment, comme l'a confié sa cousine Caroline Pallut à Reuters. Elle est décédée au cours de la tuerie du Bataclan.

Sébastien Proisy, 38 ans, né à Valenciennes (Nord), habitait à Noisy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis, auprès de sa maman. Ce Franco Bulgare était «un étudiant brillant, boursier, plein de mérite et passionné de géopolitique», raconte Viviane, l'une de ses meilleures amies, rencontrée sur les bancs de l'université Panthéon-Assas. «Il avait un sens de l'humour de malade mental». Après avoir travaillé à la Commission européenne, Sébastien Proisy a créé sa propre start up, «qui marchait bien». Il dînait au Petit Cambodge, avec un collègue et un client, au moment de la fusillade. L'un d'entre eux a également été blessé lors de l'attaque.

Nathalie Jardin, 31 ans, originaire de Marcq-en-Barœul, et régisseuse lumière au Bataclan depuis 2011, travaillait vendredi 13 novembre dernier à la salle de concert. Elle était chargée d'accueillir les membres du groupe californien Eagles of Death Metal, selon La Voix du Nord. Son père, Patrick Jardin, était sans nouvelle de sa fille depuis vendredi et avait interpellé le Premier ministre Manuel Valls, lorsque celui-ci a salué les forces de police Gare du Nord, dimanche 15 novembre dernier, à Paris. Le décès de la jeune femme a été confirmé dimanche 15 novembre, deux jours après l'attentat.

Richard Rammant, 53 ans, originaire du Lot, mais résidant à Paris, il était le père de deux filles. Ce passionné de musique et de moto était bénévole au Cahors Blues Festival, comme le rapporte La Dépêche. Il assistait au concert du Bataclan avec sa femme, Marie Do, blessée aux jambes, mais qui a survécu. Son club de bikers prône «le respect, la fraternité et la solidarité comme un mode de vie», selon son site internet.

Lucie Dietrich, une graphiste, diplômée en 2013 de l'école multimédia IESA, à Paris, a été tuée au cours de la fusillade de la rue de la Fontaine au Roi. La jeune femme habitait à une rue du lieu du drame, a écrit sur Instagram Emmanuel Dietrich, son grand frère, en commentaire d'une photo de famille. En mémoire de sa sœur cadette, il a créé une montre, reproduite 13 fois, pour chacun des membres de la famille Dietrich. Marc-François Mignot-Mahon, le président de Studialis, un réseau d'écoles auquel appartient l'IESA, lui a rendu hommage dans un communiqué.

Thibault Rousse Lacordaire, 37 ans, habitant de Neuilly-sur-Seine, était Parisien de naissance, selon Jérôme Brucker, un ami d'enfance. Il est l'une des victimes de la fusillade du Bataclan. «Une gentillesse sans pareil» le qualifiait un de ses proches.

Gilles Leclerc, 32 ans, est mort au Bataclan, a annoncé sa tante lundi en début de soirée, après trois jours d'incertitudes. Le jeune homme, fleuriste dans la boutique de sa mère, à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d'Oise), au nord de Paris. Quelques minutes avant le concert, le jeune homme barbu, fan de rock, de tatouages et des Etats-Unis, avait publié un selfie sur les réseaux sociaux: il y apparaissait, avec sa compagne, Marianne, une bière à la main, devant la scène, depuis la fosse qui commençait à se remplir. Lorsque les premiers tirs ont fusé, il a projeté son amie par terre qui, en rampant, est parvenue à s'enfuir.

Antoine Mary, 34 ans, développeur informatique. Développeur pour des sites internet, ce jeune homme originaire de Caen (Calvados) était sorti au Bataclan en compagnie de son ami Ferey, réalisateur, monteur et photographe, lui aussi décédé. «Aujourd'hui nous pleurons l'un des nôtres. Ton esprit libre, ta belle humeur. Antoine, nous ne t'oublierons pas», a tweeté pour annoncer son décès l'agence de publicité Milky, où il avait travaillé avant de se mettre à son compte.

Germain Ferey, 36 ans. Originaire de Vienne-en-Bessin (Calvados), il avait bifurqué tardivement vers l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA), après des études de Lettres étrangères et d'administration économique et sociale et même un emploi dans le milieu bancaire. A son compte depuis 2011 après avoir travaillé dans des entreprises de post-production audiovisuelle, il était réalisateur et monteur, et aussi photographe, installé à Paris. Il est mort au Bataclan, où il s'était rendu avec son ami Antoine Mary, une autre victime. «On a du mal à imaginer que ce soit possible», a confié au quotidien Ouest France Rémi Françoise, le maire de Vienne-en-Bessin, où résident toujours ses parents.

Jean-Jacques Amiot, 68 ans, était au Bataclan lorsqu'il s'est fait tuer. Fan de rock, familier des salles de concert, ce Parisien père de deux filles et deux fois grand-père était à la tête d'une entreprise de sérigraphie et travaillait régulièrement pour les artistes, les musiciens, ou les dessinateurs. «C'était un homme doux», a rappelé son frère dans Le Télégramme.

Baptiste Chevreau, 24 ans, est tombé sous les balles au Bataclan. Jeune guitariste, passionné de musique, il était le petit-fils de la chanteuse Anne Sylvestre. Après une enfance passée à Tonnerre (Yonne), il s'était installé à Paris il y a cinq ans.

Marion Jouanneau, 24 ans. «C'était une jeune femme très, très douce», dit d'elle une proche. Son compagnon, un kinésithérapeute qui a réussi à échapper au massacre, a multiplié les avis de recherche pendant le week-end, postant et repostant sur les réseaux sociaux un souriant portrait d'une jeune femme aux cheveux blonds cendrés. Il a fini par annoncer sur Twitter lundi: «Marion est morte». Ils habitaient Chartres (Eure-et-Loir).

Vincent Detoc, 38 ans, est mort au Bataclan. Cet architecte, père de deux enfants de 7 et 9 ans, était un fan de musique, guitariste amateur.

Christophe Foultier, 39 ans, est mort au Bataclan. Ce directeur artistique, père de deux enfants, passionné de rock, est décrit comme «simple, honnête et sincère» par ses amis sur Facebook.

Raphaël Hilz, 28 ans. Né en Bavière, en Allemagne, il était architecte et avait été embauché dans le cabinet de Renzo Piano à Paris. Vendredi soir, il était allé dîner au Petit Cambodge avec deux collègues, blessés lors de l'attaque.

Stella Verry, 37 ans, dînait au Petit Cambodge, rue Bichat, lorsque les balles ont fusé. Médecin généraliste, elle avait récemment ouvert un cabinet dans le XIXe arrondissement de Paris, tout en étant médecin régulateur du Samu.

Chloé Boissinot, 25 ans, originaire de Château-Larcher dans la Vienne selon La Nouvelle République. Elle et son petit ami Nicolas, blessé, étaient en train de dîner au restaurant Le Petit Cambodge lorsque les assaillants ont ouvert le feu.

Emmanuel Bonnet, 47 ans, habitant de la Chapelle-en-Serval (Oise). Ce père de famille était vendredi au Bataclan avec l'un de ses enfants. «Le fils a réussi à quitter la salle, il ne trouvait pas son père mais était persuadé qu'il s'était lui aussi échappé», a raconté le maire de la commune Daniel Dray au Courrier Picard. Employé de la RATP, il avait partagé la veille du concert sur sa page Facebook un lien du groupe «Les athées en action» citant Jacques Prévert avec une photo du poète: «La théologie c'est simple comme dieu et dieu font trois.»

Anne Cornet, 29 ans. Originaire de Houdlémont (Meurthe-et-Moselle), la jeune femme a été tuée au Bataclan avec son mari Pierre-Yves Guyomard, avec lequel elle résidait à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines), selon Le Républicain Lorrain.

Mayeul Gaubert, 30 ans, juriste. Originaire de Saône-et-Loire, il travaillait depuis cinq ans pour l'organisme de formation continue Cegos, où il était décrit comme «drôle, discret, efficace, très professionnel». Il est mort des suites de ses blessures au Bataclan. Sa page Facebook affichait en portrait «Je suis Charlie».

Pierre-Yves Guyomard, ingénieur du son et professeur en sonorisation à l'Institut supérieur des techniques du son (ISTS) à Paris. Il a été tué au Bataclan avec sa femme Anne Cornet. «Il était l'un des meilleurs enseignants que j'ai jamais eus et il avait beaucoup à partager avec ses étudiants et à leur donner», a écrit sur Facebook un de ses étudiants.

Olivier Hauducoeur, 44 ans, banquier. Diplômé de l'Ecole nationale supérieure d'Ingénieurs de Caen, il travaillait depuis 2006 au sein du groupe BNP Paribas. Ce coureur amateur était depuis un an employé de la société française de location automobile longue durée Arval, filiale du groupe bancaire. Il est mort au Bataclan.

Renaud Le Guen, 29 ans, a été tué au Bataclan où il se trouvait avec sa compagne, rescapée. «Renaud était quelqu'un de très cultivé et doux. Tout le monde l'aimait. C'était un mec bien», a témoigné au quotidien Libération celle qu'il devait épouser l'année prochaine et qu'il avait rencontrée à 17 ans. «Il aimait le jazz, le rock, la photo, être avec sa famille et ses amis», a-t-elle raconté. Il travaillait dans un garage pour poids lourds près de la gare d'Evry-Courcouronnes (Essonne) et habitait à Savigny-sur-Orge, où il avait grandi.

Charlotte Meaud, 30 ans, est morte avec sa soeur jumelle, Emilie, sur la terrasse du café Le Carillon. Cette chargée de développement de start-up, passionnée de musique et de sport, habitait dans le XXe arrondissement de Paris et a grandi à Aixe-sur-Vienne (Haute-Vienne) et fait ses études à Lyon et à Strasbourg.

Emilie Meaud, 30 ans, tuée avec sa soeur jumelle Charlotte sur la terrasse du Carillon, était architecte à Paris. Originaire de Haute-Vienne, elle aimait le rock et les films d'Eric Rohmer.

Cécile Misse, 32 ans, a été tuée au Bataclan, aux côtés de son compagnon, Luis Felipe Zschoche Valle, un musicien chilien. La jeune femme, installée à Paris depuis 2006, était chargée de production au théâtre Jean-Vilar de Suresnes, dans l'ouest parisien. Elle avait grandi à Gap (Hautes-Alpes).

Hélène Muyal-Leiris, 35 ans, tuée au Bataclan. Mère d'un petit garçon de 17 mois à peine, elle était maquilleuse-coiffeuse à Paris et travaillait dans la mode ou sur des tournages. «Vous n'aurez pas ma haine», a écrit lundi sur Facebook son mari Antoine Leiris, qui avait multiplié les avis de recherche pendant le week-end. «Je l'ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d'attente. Elle était aussi belle que lorsqu'elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j'en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans.»

«Bien sûr je suis dévasté par le chagrin», a reconnu le journaliste de France Bleu, passionné de cinéma, poursuivant: «Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. (...) Nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l'affront d'être heureux et libre»; a-t-il lancé aux assassins d'Hélène.

Eric Thomé, photographe et graphiste parisien, âgé d'une quarantaine d'années. Ce passionné de musique, titulaire d'un BTS en communication visuelle, avait exposé des photos en juillet aux Rencontres de la photographie d'Arles. Selon l'un de ses amis, qui a posté un message sur Facebook, il allait bientôt être père.

Fabian Stech, 51 ans, tué au Bataclan était critique d'art et aussi enseignant d'allemand dans un lycée privé de Dijon. Né à Berlin, il était installé en France depuis 1994 où il était marié à une avocate dijonnaise et père de deux enfants.

Claire Scesa-Camax, 35 ans, originaire d'Avignon, était graphiste à Paris depuis 2009, selon leDauphiné Libéré. Mère de deux enfants, la jeune femme travaillait en free-lance pour le cabaret parisen Crazy Horse. Elle était au Bataclan avec son mari, qui a survécu. L'Ecole professionnelle supérieure d'arts graphiques de la Ville de Paris (Epsaa), où la jeune femme avait étudié, lui a rendu hommage sur Facebook: «Elle aimait le rock. Elle assistait au concert des Eagles Of Death Metal au Bataclan. Elle nous a quittés, parmi tant d'autres.Nous la pleurons. Claire était une de nos anciennes étudiantes, promo 2003 en arts graphiques. Le meilleur hommage que l'on puisse lui rendre est en images, à travers ses créations».

Julien Galisson, 32 ans, qui a grandi à Orvault, en Loire-Atlantique, habitait à Nantes. Il est l'une des victimes de l'attaque du Bataclan. Joseph Parpaillon, le maire d'Orvault, lui a rendu hommage lundi 16 novembre dernier, comme le rapporte Ouest France.

Sven Alejandro Silva Perugini, 29 ans, et vénézuélien, vivait en Espagne. Il est décédé au Bataclan. « Nous nous souvenons de son sourire, de ses plaisanteries, de son optimisme et de son charisme», a écrit sa mère, Giovanina Perugini, sur son compte Facebook, ce mardi 17 novembre.

D'après Le Figaro. Liste incomplète et hélas provisoire.

 


Attentats de Paris. La mort contre l’Art de vivre

attentats_parisLes atrocités de ces jours funestes, comme à chacun sans doute, m’inspirent des flots de réflexions, entraînent mes pensées vers les profondeurs. L’une d’elles tourne autour d’une expression forte remontée avec les événements : l’art de vivre.

Les ter­ro­ris­tes, à tra­vers leur rage mor­ti­fè­re, ont vou­lu s’en pren­dre à notre mode de vie, à ce que nous vivons au quo­ti­dien. La mor­bi­di­té assas­si­ne, com­me sou­vent par les dra­mes et la mort, vient nous rap­pe­ler que la vie est en effet un art, ou qu’elle devrait l’être en tout cas, autant que pos­si­ble. Cet­te véri­té pro­fon­de, essen­tiel­le, exis­ten­tiel­le nous échap­pe pour­tant trop sou­vent. Com­me si elle s’usait « quand on ne s’en sert pas » – com­me bien d’autres cho­ses ! Com­me si le fait de vivre s’écornait bête­ment au fil des jours, gan­gre­né par la bana­li­té. Or, il s’agit d’un art qui, com­me tel, deman­de atten­tion de cha­que jour, de cha­que ins­tant. Cet art, le plus vieux sans dou­te, est pour­tant le plus gal­vau­dé et aus­si, l’actualité nous le mon­tre, hélas, le plus mena­cé. Un art aus­si vieux que l’homo sapiens. – caté­go­rie abu­si­ve s’agissant de ces « fous d’Allah » qui n’ont que la mort pour hori­zon indé­pas­sa­ble.

attentats—paris

© André Faber 2015

Au bis­trot, à une ter­ras­se ; au ciné, au théâ­tre ou à un concert ; flâ­ner dans les rues ou dans une expo ; dans un sta­de ou à la mes­se… Fai­re la cour, et l’amour, avec qui et com­me on veut. Man­ger un steak-fri­tes, un cous­cous, une sau­cis­se ou une sala­de (bio ou non). Boi­re un rou­ge, blanc ou rosé ; un whis­ky (même à la can­nel­le, ou au coca) ; ou un thé (à la men­the ou autre). Lire un jour­nal ou un autre ; un polar, un roman coquin ou non, un essai, un pam­phlet ; rire d’une bla­gue, d’un des­sin, d’une cari­ca­tu­re. Savou­rer la vie, l’honorer dans cha­que ins­tant, sans gran­di­lo­quen­ce, voi­là l’art de vivre – du moins « à la fran­çai­se », qui n’est heu­reu­se­ment pas le seul ! Car il se décli­ne par­tout où la vie lut­te pour elle-même et non pour son contrai­re, la mort.

L’idée est si ancien­ne ! Elle remon­te notam­ment (sans par­ler ici de la Chi­ne anti­que) aux civi­li­sa­tions égyp­tien­ne et sumé­rien­ne – là où, pré­ci­sé­ment, les « cho­ses » se tor­dent et se nouent de nos jours ; c’est-à-dire tout autour de cet­te Méso­po­ta­mie qui a vu naî­tre l’écriture et, par delà, la pen­sée éla­bo­rée. Plus tard, vin­rent les phi­lo­so­phes grecs et latins, dont la moder­ni­té demeu­re éblouis­san­te. Ils inven­tè­rent lit­té­ra­le­ment – à la let­tre – l’amour de la sages­se, après les­quels nous cour­rons tou­jours aujourd’hui, en nous essouf­flant ! Pytha­go­re, Socra­te et leurs foi­son­nan­tes lignées de pen­seurs et de viveurs. Ceux qui en effet, pré­ci­sé­ment, posè­rent la phi­lo­so­phie com­me un art de vivre, conden­sé plus tard par le fameux car­pe diem emprun­té au poè­te latin Hora­ce. Oui, urgen­ce quo­ti­dien­ne : « cueillir le jour » sans dila­pi­der son temps.

On est évi­dem­ment là aux anti­po­des de Dae­sh et de ses arriè­re-mon­des !

J’y oppo­se­rai enco­re ce cher vieux Mon­tai­gne et la jeu­nes­se de sa pen­sée ; ain­si, par exem­ple, quand au fil de ses Essais il pas­se à deux états phi­lo­so­phi­ques suc­ces­sifs : l’un sur le thè­me « Vivre c’est appren­dre à mou­rir » –  dan­ge­reux slo­gan trop actuel… ; l’autre, plus heu­reu­se­ment tour­né vers la vie : « La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son des­sein. »

Autre réflexion, abor­dée ici dans un com­men­tai­re récent :

« Je vou­lais « seule­ment » dire qu’il n’y a pas de « pul­sion de mort » inhé­rente à la natu­re humai­ne, et cela il me sem­ble que Wil­helm Rei­ch l’a mon­tré magni­fi­que­ment, et que cet­te démons­tra­tion, par exem­ples cli­niques, est au cœur de son ensei­gne­ment, et de tout ce qu’il a appor­té ensui­te au Mon­de. Pour moi cela n’a rien à voir avec une croyan­ce ou non, Wil­helm Rei­ch a rai­son ou il a tort. La « pes­te émo­tion­nelle » dont il par­le, équi­va­lente à peu de cho­se près au res­sen­ti­ment mis au jour et génia­le­ment ana­lysé par Nietz­sche, ne tou­che pas l’ensemble de l’humanité. […] » (Gérard Bérilley, 14/11/15)

C’est là un des grands points de cli­va­ge dans le mou­ve­ment psy­cha­na­ly­ti­que, celui autour de la freu­dien­ne « pul­sion de mort » que Rei­ch, en effet, fut par­mi les pre­miers à reje­ter. Appli­quée à l’actualité, son objec­tion pour­rait s’exprimer ain­si : tout mor­ti­fè­res qu’ils soient, ces dji­ha­dis­tes ne sont nul­le­ment mus par une hypo­thé­ti­que « pul­sion de mort » ; c’est leur inca­pa­ci­té à vivre qui les mène vers la mort ; c’est-à-dire leur impuis­san­ce à l’abandon au flux du vivant.

On dira que cela ne chan­ge en rien l’atrocité de leurs actes. Cer­tes. Mais une tel­le ana­ly­se (ici som­mai­re­ment résu­mée) évi­te l’impasse de la fata­li­té devant la Mort pul­sion­nel­le, condui­sant à des ana­ly­ses autre­ment com­pré­hen­si­ves de la réa­li­té. Notam­ment s’agissant de la hai­ne de la fem­me, créa­tu­re impu­re, qu’on ne rêve donc qu’en vier­ge fan­tas­ma­ti­que et « para­di­sia­que ».

Cet­te obses­sion de la « pure­té » se retrou­ve dans les idéo­lo­gies fas­cis­tes et en par­ti­cu­liè­re dans le nazis­me et sa « pure­té racia­le ». Dans Psy­cho­lo­gie de mas­se du fas­cis­me, notam­ment, Rei­ch avait ana­ly­sé les com­por­te­ments anti-vie, rigi­di­fiés sous la cui­ras­se carac­té­riel­le et cel­le des corps frus­trés. Une sem­bla­ble ana­ly­se auprès des dji­ha­dis­tes met­trait au jour, à n’en pas dou­ter, les com­por­te­ments sexuels de vio­leurs et d’impuissants orgas­ti­ques. Les fem­mes vic­ti­mes de ces phal­lo­pa­thes « pei­ne à jouir » – sauf à la secous­se des kala­ch’– auront peut-être un jour à témoi­gner dans ce sens.

Com­pren­dre, cer­tes, se pose com­me une néces­si­té qui évi­te les géné­ra­li­sa­tions, sim­pli­fi­ca­tions, amal­ga­mes de tou­tes sor­tes. Expli­quer ne four­nit aucu­ne solu­tion clé en main.


Attentats de Paris. Ni prier, ni plier

attentats_paris« Pray for Paris ». De gran­des âmes, sans dou­te, appel­lent à « prier pour Paris ». Est-ce bien le moment ? Que cha­cun prie ou non selon ses (in)croyances, pour­vu que ce soit dans l’intimité de ses convic­tions. Or, l’injonction se veut publi­que ; elle s’exprime, dans la lan­gue de Sha­kes­pea­re – éma­nant donc du mon­de anglo-saxon qui igno­re la laï­ci­té –, selon le mode gra­phi­que et récu­pé­ra­teur, du « Je suis Char­lie » des atten­tats de jan­vier. La manœu­vre empes­te plu­tôt de ces « bon­nes inten­tions » dont l’enfer est pavé. Plu­tôt que solu­tion, l’incantation reli­gieu­se ne relè­ve-t-elle pas pré­ci­sé­ment du pro­blè­me ? Celui qui jus­te­ment jet­te une gran­de par­tie du mon­de dans les illu­sions de l’au-delà – ce qui s’appelle l’obscurantisme, au nom duquel agis­sent les assas­sins hal­lu­ci­nés.

Appe­ler à « prier » ren­voie, en symé­trie, dans les arriè­re-mon­des de ces « fous de Dieu » qui par­sè­ment l’Histoire de leur démen­ce de san­gui­nai­res. Plus que jamais nous avons besoin d’allumer les lumiè­res, avec et sans majus­cu­le, cel­les qui ont besoin du grand air frais de la vie pour nous don­ner à res­pi­rer la liber­té et ce qui s’ensuit : éga­li­té, fra­ter­ni­té, laï­ci­té et joyeu­se­té par consé­quent et de maniè­re indis­so­cia­ble.

Ni prier, ni plier. Il nous faut être debout et, au nom de l’humanité, nous éle­ver et nous main­te­nir au-des­sus de la sau­va­ge­rie. L’élévation, bien sûr, ne sau­rait exclu­re le recueille­ment et la spi­ri­tua­li­té, for­mes laï­ques de la priè­re.

minute_silence_marseille

Lun­di 16 novem­bre sous l’ombrière du Vieux port à Mar­seille. Recueille­ment lors de la minu­te de silen­ce en mémoi­re des vic­ti­mes des atten­tats de Paris. [Ph. gp]


Un vendredi de noir malheur

Leur vrai dieu, c’est la mort. Ils l’aiment, la servent, la sèment. Venus des arrière-mondes, leurs incursions dans celui des vivants n’a d’autre but que de tuer, détruire, semer la désolation, la souffrance, le malheur partout. Humains ils ne sont pas. Ou inachevés ; infirmes de la pensée, indignes d’être, en dehors de l’humanité. Détruire Palmyre ne leur suffit pas ; la pierre ne saigne pas, ne hurle pas, ne souffre pas. Ils veulent la grande jouissance du mal absolu, du désastre, de la haine qui tue.

Je souffre du grand malheur de ce vendredi noir. Le noir de l’obscurité morbide. « Nous » qui aspirons aux lumières, multiples, multicolores, joyeuses et jouissives ; « nous » dont l’Histoire – bien convulsive – se veut une lutte pour la vie ; la vie vivante, celle qui agrandit le monde. Et le voilà, ce monde, qui se rabougrit sous la terreur assassine ; mais aussi sous l’avidité des possédants, insatiables prédateurs, méprisants de l’Autre, vils profiteurs, en fin de compte aussi mortifères que les terroristes. Ce monde des murs et des barbelés, ce monde de la séparation et de l’injustice galopante, cause du grand dérèglement. Dénoncer ceux-là ne saurait pour autant absoudre la sauvagerie nihiliste. Mais que faire face à une telle négation de la vie ? Quelle espérance nourrir ?


« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

hamid-zanaz

Cré­dit pho­to : Hamid Zanaz

Algé­rien, Hamid Zanaz vit en Fran­ce depuis une ving­tai­ne d’années. Il n’est retour­né en Algé­rie que tout récem­ment. Écri­vain, tra­duc­teur et jour­na­lis­te, il publie abon­dam­ment dans des médias ara­bes, tuni­siens, algé­riens et liba­nais prin­ci­pa­le­ment. Pour lui, il n’y a rien à rete­nir de la reli­gion du pro­phè­te, islam et isla­mis­me sont syno­ny­mes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias ara­bo­pho­nes qu’en Fran­ce… Ce détrac­teur réso­lu de l’islam expli­que pour­quoi et nous livre son regard sur le mon­de ara­be et l’Algérie. Pes­si­mis­te, iro­ni­que et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son der­nier ouvra­ge est titré Isla­mis­me: com­ment l’Occident creu­se sa tom­be.

Inter­view  par Mireille Val­let­te, du site suis­se LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­cie­ments de C’est pour dire].

• Vous ne vou­lez plus publier d’ouvrages en fran­çais. Pour­quoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je publie dans cer­tains pays ara­bes, jamais je ne pour­rais l’écrire en Fran­ce. Même si en prin­ci­pe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de tra­dui­re du fran­çais en ara­be un livre sur l’origine du mon­de qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être trai­té de racis­te. Dans les pays musul­mans, je peux être trai­té de mécréant, jamais de racis­te.

• D’autres exem­ples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écri­re qu’il n’y a pas de dif­fé­ren­ce entre islam et isla­mis­me, ou que le public de Dieu­don­né est for­mé à 80% de racaille isla­mi­que. Pas en Fran­ce ou alors seule­ment dans des sites au public limi­té, et au ris­que d’ennuis judi­cai­res… Valls, lorsqu’il par­le des dji­ha­dis­tes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridi­cu­le ! Je publie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­dien liba­nais ara­bo­pho­ne. Ce sont des inter­views de fem­mes ara­bes rebel­les, dont Wafa Sul­tan et des fem­mes enco­re plus radi­ca­les. J’en ferai un livre en ara­be inti­tu­lé « Ma voix n’est pas une hon­te », en réfé­ren­ce à Maho­met dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vre­té en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Contrai­re­ment à ce que veu­lent croi­re les Occi­den­taux, ce n’est pas la misè­re et la dis­cri­mi­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bi­li­té de lire. Avant, les reli­gieux trans­met­taient un islam popu­lai­re, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incons­ciem­ment tra­vaillés par la moder­ni­té, ils y adhé­raient peu à peu. Lors­que l’enseignement a été ara­bi­sé en Algé­rie, les gens et les imams ont pu connaî­tre l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont connu, ils sont natu­rel­le­ment deve­nus inté­gris­tes et ils ont com­men­cé à récla­mer l’application de cet islam, la cha­ria. Mais en fait, une bon­ne par­tie de la popu­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les tex­tes. En Algé­rie, c’est sur­tout l’Etat qui isla­mi­se, c’est l’offre qui crée la deman­de. Je regar­de par­fois des émis­sions sur des TV algé­rien­nes. L’autre jour, je tom­be sur des ques­tions-répon­ses avec un type connu, auto­pro­cla­mé spé­cia­lis­te de l’islam. Une fem­me dit : j’ai des pro­blè­mes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas jus­te.Et lui répond : pour plai­re à Allah, tu dois sui­vre tout ce que dit ton mari.

• Pen­sez-vous que la jeu­nes­se du mon­de ara­be repré­sen­te un espoir ?

– Non, la jeu­nes­se du mon­de ara­be ne chan­ge pas, mis à part une mino­ri­té. L’école fabri­que des inté­gris­tes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lors­que tu trai­tes de l’Etat par exem­ple, le pro­gram­me t’oblige à fai­re la lis­te des méfaits et des avan­ta­ges du capi­ta­lis­me et du socia­lis­me, puis à fai­re la syn­thè­se et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat isla­mi­que. Les jeu­nes ne sont pas fana­ti­sés par inter­net, ils sont d’abord isla­mi­sés dans les mos­quées et les ins­ti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sa­ge à la pra­ti­que.

• Mais les pré­cep­tes, par exem­ple rela­tifs à la sexua­li­té, sont extra­or­di­nai­re­ment sévè­res. La popu­la­tion réus­sit-elle à les res­pec­ter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel isla­mi­que, les gens ne peu­vent pas résis­ter, la vie est plus for­te. C’est une vas­te hypo­cri­sie. Quand je suis arri­vé en Algé­rie, je suis allé dans un bar où il y avait des fem­mes et des hom­mes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est deve­nu pres­que clan­des­tin, ces lieux fer­ment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quar­tier.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se main­tient ?

– Dans ce pays, il y a deux opiums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se déve­lop­pe pas, mais pour gar­der le pou­voir, les auto­ri­tés ont créé une sor­te d’Etat-providence. Ils achè­tent la paix socia­le et rap­pel­lent constam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ro­ris­me des années 90. Pour l’instant, ça mar­che. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algé­riens se sont tou­jours rebel­lés. En résu­mé, c’est le bor­del !

• Et à votre avis, ce régi­me peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la fami­ne… jusqu’à ce que la man­ne pétro­liè­re soit épui­sée ou concur­ren­cée par d’autres for­mes d’énergie. Le pro­blè­me de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pétro­le. Fran­che­ment, qui écou­te­rait l’Arabie saou­di­te ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algé­rie, avez-vous res­sen­ti l’explosion démo­gra­phi­que ?

– Les bâti­ments enva­his­sent tout, on ne ces­se de construi­re. Si ça conti­nue com­me ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­ri­ble, les auto­rou­tes déla­brées… C’est le chaos par­tout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famil­le, la mer…

• Que pen­sez-vous du cas tuni­sien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le mon­de ara­be. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une éli­te laï­que très bien for­mée et sa résis­tan­ce à la pres­sion reli­gieu­se est extra­or­di­nai­re ! Je les admi­re ! Ces Tuni­siens défen­dent la laï­ci­té plus et mieux que les Fran­çais et dans un cli­mat hos­ti­le.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affli­gean­te du condi­tion­ne­ment reli­gieux infli­gé à des enfants…

Faut-il com­men­ter ?


Le martyre du Yémen, dans l’indifférence absolue

J’ai été saisi d’une terrible tristesse, hier soir, à la lecture de l’édito du Monde, qui commence ainsi à la une, avec ce titre que je fais mien :

Le martyre du Yémen, dans l'indifférence absolue

Il devait y avoir une trêve humanitaire le 17  juillet. Elle n'a pas eu lieu, en dépit des appels, de plus en plus pressants, de l'ONU et de la Croix-Rouge internationale. Voilà quatre mois déjà que le Yémen, pourtant habitué à la guerre, vit à l'heure des bombardements urbains et d'une crise humanitaire chaque jour plus dramatique. Encore quelques mois de combats, et le pays ressemblera à la Syrie, une mosaïque de chefs de guerre locaux, s'affrontant à l'arme lourde au beau milieu d'une population traumatisée.

Le Yémen, l'Arabie heureuse de l'Antiquité, est, une fois de plus, en voie de dislocation – reflet et théâtre, parmi d'autres, des conflits qui divisent le Moyen-Orient d'aujourd'hui.

Que sera devenue cette fillette "à la pomme", en Eve innocente souriant à l'étranger ?

Que sera devenue cette fillette "à la pomme", en Eve innocente souriant à l'étranger ? © gp

carte-yemen

Tristesse mêlée d’autant de nostalgie remontant à un reportage qui m’avait amené dans cet étrange et fascinant pays, il y a exactement dix ans. J’ai alors fouillé dans mes archives, hier, pour retrouver de mes visions d’alors, pour croiser à nouveau ces regards – ici des femmes sous la burqa, là des enfants troublants d’innocence, ici encore des hommes empreints de cette virilité ancestrale, peut-être en partie cause du désastre actuel. Et, revoyant ces photos, imaginant les drames et les violences subis, j’éprouvais une grande compassion à l’égard de ce peuple, lui aussi martyrisé – c’est bien le mot.

L’article du Monde poursuivait :

Est-ce la complexité des lignes de fracture de ce pays – régionales, religieuses, politiques –, l'éloignement ou un sentiment de désespoir, l'épuisement de nos capacités d'indignation  ? Toujours est-il que le calvaire vécu par le Yémen ne fait ni la "  une  " des journaux ni ne mobilise qui que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. Pourtant, en quatre mois, la guerre y a fait près de 3  000  morts et 10  000 blessés, selon les ONG humanitaires. Elle a mis 1  million de réfugiés intérieurs sur les routes. Elle prive 80  % de la population – 25  millions d'habitants, parmi les plus pauvres du monde – d'un nombre croissant de produits de première nécessité  : eau potable et médicaments, notamment.

Que faire, dès lors ? En parler, relayer cette injuste « loi » des médias, reflet et cause de l’indifférence à l’Autre, surtout lointain – et le lointain est parfois bien proche. Et qu’y pouvons nous, d’ailleurs ? Quelle action possible face aux soubresauts de ce monde en désarroi indicible ?

Le Monde encore :

Enfin, à Sanaa, la capitale, et ailleurs, les bombardements, particulièrement ceux de l'aviation saoudienne, ont détruit une partie d'un héritage architectural classé au Patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Là encore sans choquer outre mesure la " communauté internationale ".

L'œuvre des bombes, juin 2015 [dr]

L'œuvre des bombes, juin 2015 [dr]

C’était mon deuxième voyage au Yémen. Lors du premier, en 1973, je m’étais arrêté à Aden, qui était alors la capitale. Capitale bien fictive, à la légitimité de tout temps contestée par les tribus du Nord du pays. Aden, ville coloniale sous protectorat britannique jusqu’en 1967.

Ça remontrait trop loin dans l’Histoire et son extrême complexité, nouée ici précisément, dans ce détroit de Bab-el-Mandeb infesté de pirates – encore de nos jours d’ailleurs – commandant la route du pétrole moyen-oriental et la route des Indes, vers Zanzibar et Bombay, si précieuse à l'empire britannique. Il y a tant à dire sur ce port installé au fond d’un cratère de volcan (éteint !), où a séjourné Rimbaud, et aussi Paul Nizan (Aden Arabie) et Pierre Benoit. D’Aden, cependant, je n’ai pas retrouvé mes photos ; ni même mes notes et articles. Je garde des impressions très fortes d’une ville soudainement abandonnée par ses colonisateurs ; d’un pouvoir, vaguement communiste et pas drôle du tout ; d’un séjour forcé au Crescent, palace décrépi où une suite délirante m’avait été allouée d’office – et facturée !

Mais Sanaa, quelle merveille ! J’y éprouvais un choc émotionnel et esthétique comparable à ma première vision de Venise. Sanaa, Venise des sables, dirais-je…Et voilà que cette perle de l’Arabie heureuse, comme dit le Monde, est aujourd’hui bombardée, voilà qu’on y massacre des vies humaines et avec elles, la Beauté – cette Beauté qui, pourtant, atteste de l’Humanité.

D’où mes photos en abondance, comme (vaine) invocation, imploration : que la démence mortifère épargne ces regards et ces habitats sublimes. [Cliquer sur une image, puis faire défiler les photos].

 

Cet article relève d'abord de l'affectif, lié aux souvenirs directs, à la rencontre. Les touristes aussi connaissent cet attachement lié au voyage et au changement de vision sur le monde. Tout le contraire de l'enfermement dans l'obscurantisme le plus noir et le plus mortifère. Les nazis n'ont pas été surpassés dans leur délire exterminateur du genre humain ; tandis qu'ils collectionnaient les chefs d'œuvre de l'Art (non "dégénéré" toutefois) et que leurs "dignitaires" se délectaient de Beethoven et plus encore de Wagner. Mais les talibans afghans détruisant – aussi, en plus des vies humaines – les Bouddhas de Bâmiyân ; les fanatiques de Daech attaquant à la masse les sculptures des musées de Mossoul ; leurs homologues en sauvagerie agissant de même au Mali, en Libye, en Tunisie et en Syrie… Et désormais au Yémen, sans qu'on écarte, hélas, les exportations dans les pays du Diable occidental, cible ouverte aux terrorisme le plus aveugle.

Pour tenter de comprendre l'incompréhensible – en tout cas l'injustifiable au regard de l'humaine raison raisonnante –, voyons la fin de cet article du Monde, on ne peut plus clairement alarmant :

Qui se bat contre qui  ? A très gros traits, il y a, d'un côté, l'ancien président Ali Abdallah Saleh, appuyé par une partie de l'armée et par les milices houthistes, qui, parties du nord du Yémen, ont déferlé sur le Sud et sa capitale régionale, le port d'Aden. Ils sont aujourd'hui sur la défensive. Car, de l'autre côté, l'Arabie saoudite et neuf autres pays arabes sont à l'offensive pour restaurer Abd Rabbo Mansour Hadi, le dernier des présidents en place, et les forces qui lui sont restées loyales.

Les houthistes sont présentés comme l'instrument de l'Iran au Yémen. La République islamique est soupçonnée de vouloir un point d'appui dans le golfe d'Aden, qui contrôle l'accès, en mer Rouge, du détroit de Bab-el-Mandeb, point de passage-clé pour le pétrole de la région. Au nom de la lutte contre les velléités de domination régionale de l'Iran, l'Arabie saoudite est entrée en guerre au Yémen en mars  2015, entraînant d'autres pays arabes dans l'aventure.

Les houthistes sont accusés de massacres divers, bombardant à l'aveugle, notamment les alentours d'Aden. L'aviation saoudienne bombarde, elle, de manière tout aussi indiscriminée : hôpitaux, centrales électriques, réservoirs d'eau – plus de la moitié des victimes sont des civils. A quoi il faut ajouter des attaques dues à l'Al-Qaida locale et des attentats imputés à une branche yéménite de l'Etat islamique, sans trop savoir qui est derrière l'une et l'autre de ces filiales djihadistes. De peur de mécontenter un peu plus Riyad, déstabilisé par l'accord sur le nucléaire iranien, les Etats-Unis ont pris le parti de la coalition arabe.

Au milieu, les Yéménites meurent, dans une assourdissante indifférence.

© Le Monde © Photos Gérard Ponthieu 

Lire aussi:

A Djibouti, chez les Marines

De Djibouti aux Pyramides et là, comme une merveille, Sanaa au cœur du Yémen


On ne peut interdire la connerie du maire de Venelles !

Être trai­té pour un can­cer de la bou­che n’empêche donc pas de dire des conne­ries. Cela y contri­bue­rait-il même ? Stu­pi­des ques­tions pour pro­pos débi­les tenus par « mon » mai­re : Robert Char­don, ci-devant UMP (en pas­se d’exclusion selon NKM – on ver­ra) ou futur FN (non : trop à droi­te pour Mari­ne Le Pen !).

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Robert Char­don, croi­sé de Venel­les.

Voilà en tout cas une pub pas bien relui­san­te pour ma peti­te com­mu­ne de Venel­les (8.000 habi­tants). Tou­te la Fran­ce infor­mée connaît désor­mais l’indécente pro­po­si­tion fai­te à Sar­ko­zy (cepen­dant ouvert à tout) de ce pre­mier magis­trat à la gran­de fibre répu­bli­cai­ne : inter­di­re l’islam en Fran­ce. Il y va de l’avenir de la Fran­ce et plus enco­re de la foi judéo-chré­tien­ne.

Dans son élan vers les plus hau­tes pen­sées, ce va-t-en-guer­re (de reli­gion) avan­ce en effet d’audacieuses pro­po­si­tions :

« Je sup­pri­me la loi de 1905 et pro­cla­me que la Répu­bli­que favo­ri­se la pra­ti­que de la foi chré­tien­ne », expli­que l’élu qui se com­pa­re à Louis XIV, qui avait révo­qué l’édit de Nan­tes en 1685.

« Il faut un plan Mar­shall pour le Magh­reb. Il faut aus­si une inter­ven­tion mili­tai­re en Libye. Il faut éga­le­ment met­tre fin au dan­ger que repré­sen­tent les boat peo­ple » [sur Euro­pe 1].

twt chardon

.

Robert Char­don relaie aus­si des mes­sa­ges anti-islam com­me « Pro­té­gez-vous, adop­tez un cochon !  » (sur son comp­te Face­book).

Le plus comi­que, si on peut dire, c’est que Venel­les, à dix kilo­mè­tres d’Aix-en-Provence, est pro­ba­ble­ment l’une des com­mu­nes les moins « isla­mi­sées » de la région, voi­re de Fran­ce ! Pas un « Ara­be », pas un « Noir » à l’horizon : rien que des Blancs, bour­geois, judéo-chré­tiens – tout ce qu’il y a de plus pro­pres, nor­maux et vac­ci­nés, dont 56 % ont voté l’an der­nier pour ce saint-hom­me et ses fan­tas­mes de croi­sé.

Inter­di­re le culte de l’islam, ça peut même se conce­voir – la preu­ve. Mais inter­di­re la conne­rie – là, on est désar­mé.


Tunisie. « Charlie » et la suite

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L’actua­li­sa­tion du slo­gan « Char­lie » résu­me tout, hélas. Tout, c’est-à-dire, en réfé­ren­ce aux atten­tats de jan­vier à Paris, une même ana­lo­gie dans l’horreur fana­ti­que et mor­ti­fè­re ; un même but des­truc­teur qui s’en prend à l’Histoire – cel­le de la Tuni­sie, à tra­vers le musée du Bar­do –; à l’Occident, dési­gné com­me Satan à tra­vers ses tou­ris­tes « dépra­vés »; et à la Démo­cra­tie, assi­mi­lée à la déchéan­ce laï­que – donc anti-cora­ni­que. En pri­me, si on ose dire, cet odieux atten­tat – 22 morts, une cin­quan­tai­ne de bles­sés – rui­ne pour long­temps la chan­ce­lan­te éco­no­mie tuni­sien­ne en gran­de par­tie basée sur le tou­ris­me.

L’« État isla­mi­que » vient ain­si de fai­re son entrée fra­cas­san­te dans cet­te Tuni­sie qui, depuis qua­tre ans, par­ve­nait tant bien que mal à sau­ve­gar­der sa révo­lu­tion et ses fra­gi­les acquis. Ain­si contraint à décré­ter l’« état de guer­re », le gou­ver­ne­ment tuni­sien tom­be dans l’engrenage répres­sif qui s’attaque aux effets et non aux cau­ses. Des cau­ses d’ailleurs si pro­fon­des qu’elles outre­pas­sent les capa­ci­tés réac­ti­ves d’un petit État et même – c’est tout dire – cel­les de la « com­mu­nau­té inter­na­tio­na­le ». Ladi­te « com­mu­nau­té » qui, par ses mem­bres voyous, ses machi­nes de guer­re, son éco­no­mie de la Finan­ce et du tout-Mar­chan­di­se, a lar­ge­ment contri­bué à allu­mer la mèche ram­pan­te du fas­cis­me isla­mis­te.

Les repor­ta­ges d’Envoyé spé­cial (Fran­ce 2), notam­ment les pas­sa­ges tour­nés à Sidi Bou­zid d’où était par­tie la révo­lu­tion avec le sui­ci­de de Moha­med Boua­zi­zi, mon­trent un tel cli­va­ge hai­neux entre sala­fis­tes et démo­cra­tes qu’on peut crain­dre le pire à court ter­me. Et com­ment ne pas voir la mena­ce de ce cli­va­ge géné­ral dans notre mon­de en désar­roi ? N’en ver­ra-t-on pas les effets « col­la­té­raux » dès diman­che pro­chain dans les urnes bien de chez nous ?

 

• D’autres articles en tapant « Tunisie » dans la case de Recherche


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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