On n'est pas des moutons

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« Les Actualités » de 1946. « C’était Noël quand même… »

En ces temps-là, l’actualité pas­sait par les écrans de ciné­ma. Avec l’impayable ton pleur­ni­chard du spi­queur et son prê­che à deux bal­les, « Les Actua­li­tés » impo­sait en dix minu­tes une vision du mon­de pour le moins étri­quée. Au menu, pour ce 25 décem­bre 1946 : Saut à ski au trem­plin de See­gru­be dans le Tyrol autri­chien, cat­ch sal­le Wagram, mort de Paul Lan­ge­vin, inno­va­tion : le cais­son chi­rur­gi­cal, étu­de des rayons cos­mi­ques, retour des bagnards de Cayen­ne à l’île de Ré, fouilles à Car­tha­ge, ves­ti­ges de la civi­li­sa­tion aztè­que au Mexi­que, ima­ges de Noël 1946, Boxe : mat­ch Cer­dan contre Char­ron… (pri­vé d’images). On ne crai­gnait pas le mélan­ge des gen­res dans une hié­rar­chie des sujets plus que rela­ti­ve. C’était il y a soixan­te-dix ans. Pas de quoi être nos­tal­gi­que. [© Docu­ment Ina]


Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

« Col­la­ro chez les ploucs ». Repor­ta­ge sur un cou­ple d’agriculteurs de Condé-sur-Seul­les, dans le Cal­va­dos. Lui a échoué au per­mis de condui­re. Elle est à la remor­que… Et Sté­pha­ne Col­la­ro – qui ser­re la main du mon­sieur mais pas cel­le de la dame… – d’y aller de sa déma­go­gie d’amuseur public et de son mépris des gens sim­ples de la cam­pa­gne. Alors, pour­quoi publier à nou­veau ? Par­ce que  ce mépris vaut anthro­po­lo­gie, tant pour les obser­vés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poi­lant, tout en témoi­gnant d’une épo­que et d’une for­me de télé­vi­sion (Anten­ne 2, émis­sion La Lor­gnet­te, 2 avril 1978. © Archi­ves Ina).

Dans un autre regis­tre, mais pro­che, revoyons cet autre mor­ceau d’anthologie : Dumayet et Des­grau­pes, Pier­re-s angu­lai­res du scoop rim­bal­dien 

Com­me quoi la « télé-réa­li­té », dès ses ori­gi­nes, c’est d’abord la réa­li­té de la télé.


Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mou­rir, lui qui aurait pré­fé­ré cre­ver. Faut être enco­re plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne direc­te. Enfin, c’est son affai­re. On ne sait quand auront lieu ses obsè­ques natio­na­les. Plu­tôt que les Inva­li­des ou le Pan­théon, il s’était réser­vé un coin à Mont­mar­tre – à quel cime­tiè­re (celui du haut ou l’autre sous le pont Cau­lain­court) ? Il y aura une fan­fa­re au moins, com­me à la Nou­vel­le-Orléans ? Une fan­fa­re de jazz, espé­rons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simo­ne, Ray Char­les, Diz­zy Gil­les­pie, Count Basie, Billie Holi­day… le free aus­si, Col­tra­ne, Pha­roah San­ders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­trin­gue gau­chis­te ; s’était fait embo­bi­ner par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était reve­nu ; avait fré­quen­té Mal­com X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-vio­lent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes confon­dus – c’était son sport favo­ri, à éga­li­té avec l’anti-militarisme ; de quoi orien­ter tou­te une vie de des­si­neu-gran­de-gueu­le au coup de crayon assas­sin ; de quoi en lan­cer des ana­thè­mes défi­ni­tifs, et des « font chier », et des doigts d’honneur grand com­me des cac­tus géants, de celui en bron­ze qui va désor­mais mon­ter la gar­de sur ses cen­dres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un inté­res­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans « The Dis­si­dent » (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à fai­re son coming out sur ce point…

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gau­che, ce gou­ver­ne­ment ne recu­le devant aucun sacri­fi­ce. Ce matin au réveil, j’apprends dans le pos­te qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel auto­ri­se la publi­ci­té sur les ondes de Radio Fran­ce !

Le tout-pognon aura enco­re sévi, empor­tant sur son pas­sa­ge les res­tes d’éthique auquel on croyait enco­re pou­voir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du ser­vi­ce public te met­taient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Maca­che ! Finies les débi­li­tés limi­tées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueu­ler. On est pas­sé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libé­ral, l’indécence com­mu­ne et la vul­ga­ri­té mar­chan­de ! Les enzy­mes glou­tons sont de retour, et les bagno­les à tout-va, les chaus­sée-au-moi­ne, les jus­tin-bri­doux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchan­te­res­ses, la vie faci­le, enfin !

Man­que tout de même à ce gou­ver­ne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un minis­tre à la hau­teur. Je ne vois que Ségué­la. Un Ségué­la, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa conne­rie.

Nous res­te­ra à fer­mer le pos­te. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

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De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rec­ti­fi­ca­tif : un mort célè­bre par jour. Pré­ci­sion : un mort média­ti­que­ment célé­bré. Affi­ne­ment : un mort pré­le­vé dans la Socié­té du Spec­ta­cle. Déve­lop­pe­ment.

Le hasard – ici heu­reu­se et infailli­ble coïn­ci­den­ce – a fait que mon ami Robert Blon­din ait, outre-Atlan­ti­que, cou­su au même moment quel­ques pro­fon­des réflexions autour de la mort, de la célé­bri­té et des trom­pet­tes de la renom­mée fus­ti­gées par le lumi­neux Bras­sens. Dou­ble occa­sion de « mou­rir moins bête », com­me le cla­me un grin­çant feuille­ton quo­ti­dien sur Arte, se ter­mi­nant inva­ria­ble­ment par : « …oui, mais bon, vous mour­rez quand même ! »

Résu­mons, par ordre chro­no­lo­gi­que de décès (lis­te très pro­vi­soi­re) : Del­pe­ch Michel (chan­teur), Bley Paul (pia­nis­te de jazz), Tur­cat André (pilo­te d’avion), Hun­ter Long John (blues­man), Gala­bru Michel (comé­dien), Bou­lez Pier­re (musi­cien), Pam­pa­ni­ni Syl­va­na (actri­ce ita­lien­ne), Armen­dros Cho­co­la­te (trom­pet­tis­te cubain), Peu­geot Roland (indus­triel), Cour­rè­ges André (sty­lis­te de mode), Reid Patri­ck (rug­by­man irlan­dais), Clay Otis (chan­teur de soul état­su­nien), Bowie David (chan­teur bri­tan­ni­que), Angé­lil René (agent artis­ti­que qué­bé­cois), Des­ruis­seaux Pier­re (écri­vain qué­bé­cois), Tour­nier Michel (écri­vain), Alaoui Leï­la (pho­to­gra­phe fran­co-maro­cai­ne), Sco­la Etto­re (cinéas­te), Char­les-Roux Edmon­de (écri­vai­ne, jour­na­lis­te)…

J’ai, exprès, mis les noms de famil­le en tête, com­me sur les monu­ments aux morts et com­me on les appel­le à cha­que célé­bra­tion de mas­sa­cres.

Ne pas man­quer non plus de citer Allen Woo­dy quand, ayant énu­mé­ré les morts suc­ces­si­ves de Jésus, Marx, Mao, il ajou­te, gogue­nard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Lis­te ouver­te, limi­tée à la sphè­re cultu­reu­se ou pres­que, fran­co-cen­trée – bien qu’il y ait là dedans des spor­tifs, un pilo­te, des Cana­diens, un indus­triel, un Cubain, une fran­co-Maro­cai­ne…

Le plus mar­rant, si j’ose dire, c’est la lis­te com­plè­te éta­blie et tenue au jour le jour sur Wiki­pe­dia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Mon­de aus­si, « la » réfé­ren­ce…

Où l’on voit que le degré de célé­bri­té relè­ve de fac­teurs mul­ti­ples, sur­tout cultu­rels et mar­chands. Ce qui défi­nit bien la notion de « spec­ta­cle » – même si on ne l’étend pas à la cri­ti­que de la socié­té selon Debord Guy (mort lui aus­si – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre popu­la­ri­té et pipo­la­ri­té, cet­te der­niè­re ten­dant à deve­nir la seule vraie échel­le de « valeurs », pro­pul­sée en cela par la machi­ne média­ti­que à fabri­quer de l’idole selon des recet­tes aus­si fluc­tuan­tes que les cours de la bour­se. Fluc­tua­tions qui n’altèrent en rien la soli­di­té du Capi­ta­lis­me, au contrai­re. Tout com­me la célé­bra­tion des morts célè­bres assu­rent les valeurs des célé­bri­tés (pro­vi­soi­re­ment) vivan­tes. Ain­si ce flux mor­bi­de se trou­ve-t-il pieu­se­ment entre­te­nu. Il fait par­tie du fond de com­mer­ce des gazet­tes et autres rédac­tions nécro­lo­gi­ques, voi­re nécro­phi­li­ques.

Ain­si Le Mon­de – pour ne citer que lui – ren­fer­me dans son fri­go quel­que 300 noti­ces prê­tes à démou­ler après réchauf­fa­ge à l’actualité. Mais c’est sans dou­te l’Agen­ce Fran­ce Pres­se qui détient la plus gar­nie des cham­bres froi­des – modè­le Run­gis (gros et demi-gros). Par­tant de là, la célé­bra­tion mor­tuai­re vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, mai­gri­chon­ne ou plé­tho­ri­que ; ou selon le degré de pipo­la­ri­té.

Ain­si un Michel Del­pe­ch a-t-il « béné­fi­cié » de 20 minu­tes en ouver­tu­re du JT de 20 heu­res de Fran­ce 2 ! Bou­lez un peu plus de cinq, et en fin de jour­nal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaî­ne. Gala­bru, ah le bon client que voi­là ! Bien moins cepen­dant que Bowie – record abso­lu, tous sup­ports, sur plu­sieurs jours (pré­voir des « résur­rec­tions » type Michael Jack­son).

Tels sont aujourd’hui les rites moder­nes qui entou­rent la mort, cet­te don­née du vivant, sans laquel­le la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus enco­re…

22-mort« Je vis cet­te fau­cheu­se. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas mois­son­nant et fau­chant, / Noir sque­let­te lais­sant pas­ser le cré­pus­cu­le. / Dans l’ombre où l’on dirait que tout trem­ble et recu­le, / L’homme sui­vait des yeux les lueurs de la faux » – Vic­tor Hugo, Les Contem­pla­tions

 Où l’on voit enfin que ladi­te célé­bri­té recou­vre la froi­de – c’est bien le mot – réa­li­té de la mort : « La mor­ta­li­té dans le mon­de cor­res­pond à 1,9 décès à cha­que secon­de sur Ter­re, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 mil­lions de décès cha­que année. » C’est beau­coup, mais infé­rieur au nom­bre de nais­san­ces. Ce qu’on peut regret­ter en ter­mes stric­te­ment démo­gra­phi­ques et en par­ti­cu­lier sous l’angle mal­thu­sien… Comp­ta­bi­li­té déve­lop­pée ici, c’est amu­sant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cet­te quê­te de l’immortalité qui sem­ble avoir sai­si l’animal humain depuis la nuit des temps. Cet­te nuit qui l’effraie tant ; pour (ou contre) laquel­le l’homo erec­tus s’est redres­sé, jusqu’à ten­ter de deve­nir sapiens – du moins par moments, selon les lieux et les cir­cons­tan­ces…

Pour ce fai­re, il aura éri­gé des totems, bra­mé des incan­ta­tions, bri­co­lé des rites, des mythes, des cultes et par des­sus le mar­ché des reli­gions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obé­dien­ces se dis­pu­tant leur Dieu pour­tant deve­nu uni­que. Il aura bran­di des tex­tes « sacrés » aux fables infan­ti­li­san­tes et, aus­si, nour­ri les arts les plus subli­mes, en même temps que les bûchers et innom­bra­bles sup­pli­ces ; puis lan­cé des hor­des de guer­riers, tous bar­ba­res réci­pro­ques et éga­le­ment fana­ti­ques, semeurs de mort, assas­sins de vie. Dans cet­te pro­fon­de nuit auront sur­gi, subli­mes éclairs iso­lés ou spo­ra­di­ques, les tor­ches vacillan­tes et fiè­res des Lumiè­res.

Nous en som­mes là, si incer­tains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans dou­te et avec tant de dou­tes quant à l’avenir de cet homo habi­lis, si doué pour la souf­fran­ce et le mas­sa­cre. Amen.



« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bou­chon » a osé la jour­na­lis­te sur Fran­ce Inter ce matin pour lan­cer le mar­ron­nier esti­val. Et d’enfiler les cli­chés sur les dan­gers de la déshy­dra­ta­tion, les redou­ta­bles micro-trot­toirs (sur auto­rou­tes…) et, donc, les puis­san­tes pen­sées des che­va­liers à qua­tre roues. Il est reve­nu, l’heureux temps des bou­chons, ces « hiron­del­les » qui annon­cent l’été cani­cu­lai­re. Ce rituel jour­na­lis­ti­que est aus­si vieux que les hor­des auto­mo­bi­les. C’est aus­si un mar­queur de socié­té. Ain­si cet­te archi­ve de l’Ina datée du 1er juillet… 1968, sobre­ment inti­tu­lée « Arri­vée des tou­ris­tes sur la Natio­na­le 7 : tra­fic auto­mo­bi­le et pla­ges de la région », extrai­te de Pro­ven­ce Actua­li­tés, Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se,  Mar­seille. Où la niai­se­rie du pro­pos attes­te bien que la révo­lu­tion de Mai-68 a vécu.


En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un diman­che matin, celui d’un diman­che d’« après ». Plus tout à fait com­me « avant ». Après mes ablu­tions, le café et tou­te la pro­cé­du­re de démar­ra­ge du lamb­da qui s’est cou­ché tard pour cau­se de chaos mon­dial, j’allume mon ordi res­té en mode télé de la veille. Et voi­là que je tom­be (Fran­ce 2) sur trois las­cars en cra­va­tes devi­sant, pei­nards, sur l’étymologie des pré­noms musul­mans en lan­gue ara­be. C’est l’émission « Islam » : fort inté­res­san­te. Je suis sur le ser­vi­ce public de la télé. Vont sui­vre « La Sour­ce de vie », émis­sion des juifs, puis « Pré­sen­ce pro­tes­tan­te », puis « Le Jour du Sei­gneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le mon­de veut pren­dre sa pla­ce »… (Je n’ose voir là-dedans une hié­rar­chie cal­cu­lée…)

Donc, pas de pain, mais du reli­gieux et du reli-jeux… Faci­le ? Peut-être mais quand même un chouïa pro­fond. Dans les deux cas, il s’agit de relier, autant que pos­si­ble, selon des niveaux de croyan­ces bien sépa­rés de la pen­sée cri­ti­que, en stra­tes, en cou­ches sédi­men­tai­res. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beau­coup… Cha­cun res­tant dans ses réfé­rents ancrés au plus pro­fond de soi, depuis l’inculcation paren­ta­le, selon qu’on sera né à Kara­chi, Nia­mey, Los Ange­les, Mar­seille, Paris XVIe ou Gen­ne­vil­liers.

Entre-temps j’ai allu­mé le pos­te (Fran­ce Cultu­re, ma radio pré­fé­rée, de loin !). Et là, diman­che obli­ge, vont se suc­cé­der : Chré­tiens d’Orient, Ser­vi­ce pro­tes­tant, La Chro­ni­que scien­ce (trois minu­tes…), Tal­mu­di­ques, Divers aspects de la pen­sée contem­po­rai­ne : aujourd’hui la Gran­de loge de Fran­ce (ça peut aus­si être le Grand orient, la Libre pen­sée, etc., selon le tour de « gar­de »). Et, bien sûr, la Mes­se.

On est tou­jours sur le ser­vi­ce public des médias d’un pays laïc et je trou­ve ça plu­tôt bien, même si, on le devi­ne, tou­tes les innom­bra­bles cha­pel­les, obé­dien­ces et autres ten­dan­ces font la queue devant le bureau de la pro­gram­ma­tion de Radio Fran­ce pour qué­man­der leurs parts de prê­che.

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– Main­te­nant, je vou­drais vous poser la ques­tion que doi­vent se poser tous nos spec­ta­teurs : Com­ment votre concept oni­ri­que à ten­dan­ce kaf­kaïen­ne coexis­te-t-il avec la vision sublo­gi­que que vous vous fai­tes de l’existence intrin­sè­que ? [© Sem­pé]

Je trou­ve ça plu­tôt bien, et qu’on nous fou­te la paix ! Sur­tout dans la mesu­re où – pour par­ler pré­ci­sé­ment de Fran­ce Cultu­re – le res­te des pro­gram­mes est essen­tiel­le­ment orien­té sur la cultu­re, au sens plein – incluant à l’occasion les reli­gions –, et tout le champ des connais­san­ces : phi­lo­so­phi­ques, his­to­ri­ques, anthro­po­lo­gi­ques, socio­lo­gi­ques –scien­ti­fi­ques en géné­ral, sans oublier l’information (les Matins avec Marc Voin­chet, 6 h 30 – 9 h, sont exem­plai­res).

Je me dis qu’une tel­le radio s’inscrit dans l’« excep­tion cultu­rel­le » fran­çai­se et qu’elle est pré­ci­sé­ment un pro­duit de notre laï­ci­té. Et je note aus­si un autre effet, tout récent celui-là car lié aux atten­tats du 7 jan­vier, et en par­ti­cu­lier le pre­mier contre Char­lie Heb­do. Il ne s’agit nul­le­ment de mini­mi­ser celui contre les juifs du maga­sin casher, évi­dem­ment, mais seule­ment d’en res­ter au fait de la liber­té d’expression et de cari­ca­tu­re. Je trou­ve, en effet, que le ton des médias a mon­té d’un cran dans l’expression même de cet­te liber­té, du moins dans une cer­tai­ne vigueur de lan­ga­ge, voi­re une ver­deur – ce qui consti­tue un signe mani­fes­te et sup­plé­men­tai­re de libé­ra­tion.

Enco­re un effort ! Et pour­vu que ça dure.


« Humanités »… Tout un programme sur France 5

Inti­tu­ler  Huma­ni­tés un nou­veau pro­gram­me de docu­men­tai­res, c’est une idée pro­met­teu­se de Fran­ce 5. Beau titre et géné­ri­que super­be dû à Célia Riviè­re, sur des illus­tra­tions de Théo Gui­gnard et une musi­que de Sacha Gal­pe­ri­ne. Tout un pro­gram­me, en effet. « Si votre plu­ma­ge se rap­por­te à… »


« Charlie Hebdo ». Tenter de vivre

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Lau­rent Sou­ris­seau, alias Riss, va repren­dre les rênes de « Char­lie Heb­do ».

Hier soir mar­di, au jour­nal télé, appa­ri­tion de Riss com­me un sur­vi­vant, qu’il est, de la tue­rie de Char­lie Heb­do. Regard ter­ri­ble­ment mar­qué, lui qui a vécu l’horreur, en a réchap­pé sans trop savoir com­ment ; mais abat­tu quand même, mar­qué, tou­ché par cet­te vio­len­ce abso­lu­tis­te qui l’a atteint et meur­tri. Un regard si tris­te der­riè­re des paro­les emprein­tes de séré­ni­té et peut-être aus­si d’un grand scep­ti­cis­me sur l’humanité. Le mot de Valé­ry, plus que jamais : « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

Ce mer­cre­di matin, sur Fran­ce Cultu­re, la hau­teur de vue d’un Pier­re Nora sur les évé­ne­ments et ses sui­tes pos­si­bles, par­lant en his­to­rien de l’émergence de la « conscien­ce de soi »,  de la révo­lu­tion de « 36 », et cel­le de « 68 » qui ont chan­gé l’Histoire. Et main­te­nant ? Main­te­nant que, « dans les quar­tiers » le mot « rai­son » s’apparente à la domi­na­tion – ce mot issu des Lumiè­res, appa­ren­té « à la clas­se qui sait, et qu’on récu­se par défi­ni­tion ». Tan­dis qu’à cet­te jeu­nes­se délais­sée, sans ave­nir, « en face on pro­po­se une cau­se, une aven­tu­re, l’ivresse des armes, une cama­ra­de­rie : le roman­tis­me de la jeu­nes­se, une fra­ter­ni­té et le para­dis au bout après le sacri­fi­ce… » Alors, la tâche sera rude !

Il ne s’agira pas de se payer de mots en dénon­çant un « apar­theid ter­ri­to­rial, social, eth­ni­que » dans les quar­tiers fran­çais. Ce qui est un début. De même que déblo­quer 700 mil­lions d’euros est une maniè­re de fai­re face à l’urgence du dan­ger, tan­dis que de trai­ter les cau­ses pro­fon­des ayant conduit aux dra­mes pren­dra au moins une ou deux dizai­nes d’années.

Sans tom­ber dans la déma­go­gie, ni vou­loir tout mélan­ger, remar­quons cepen­dant que bien des décen­nies d’injustice socia­le, dans notre pays com­me dans le mon­de en géné­ral, n’ont jamais conduit à décré­ter un état d’urgence huma­ni­tai­re ! Et on relè­ve à cha­que hiver, dans les rues, à même les trot­toirs et selon le froid, des dizai­nes de morts.

Cet­te année enco­re, dans la riche sta­tion hel­vè­te de Davos, les « grands » du mon­de vont devi­ser gra­ve­ment sur l’état de l’économie mon­dia­le et « se pen­cher » sur la conjonc­tu­re et ce fait révol­tant révé­lé par un rap­port de l’ONG Oxfam :

Les 85 per­son­nes les plus riches du mon­de pos­sè­dent autant que la moi­tié la plus pau­vre de la popu­la­tion, soit 3,5 mil­liards de per­son­nes.

Y a-t-il vio­len­ce plus révol­tan­te et, de ce fait, plus géné­ra­tri­ce des désor­dres mon­diaux ? Oui, la tâche sera rude !


 

Pascal Blan­chard, his­to­rien et auteur de La Fran­ce ara­bo-orien­ta­le était mar­di l’invité de Clai­re Ser­va­jean dans le jour­nal de 13 heu­res de Fran­ce Inter. Il revient sur ce ter­me « d’Apartheid » uti­li­sé par Manuel Valls pour par­ler de la situa­tion socia­le en Fran­ce. Son ana­ly­se méri­te d’être (ré)entendue.


Pas­cal Blan­chard : « Employer des mots com­me apar­theid… »


 

Choqués par un repor­ta­ge « sur le quar­tier de Cou­li­ba­ly » paru dans le Figa­ro le 15 jan­vier 2015, des étu­diants en jour­na­lis­me d’Ile-de-France ont publié une vidéo dans laquel­le ils disent refu­ser l »idéo­lo­gie et les pré­ju­gés ». Les Repor­ters Citoyens ont choi­si de réagir avec des mots. La Télé­Li­bre, l’EMI et Alter­mon­des, par­te­nai­res du pro­jet de for­ma­tion aux métiers du jour­na­lis­me et de l’image ont déci­dé de publier et de sou­te­nir leur tri­bu­ne.


 Réac­tion de Repor­ters Citoyens à un repor­ta­ge du Figa­ro


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du « cali­fat isla­mi­que », les lan­gues com­men­cent à se délier dans le mon­de ara­be. Les cri­ti­ques ne visent plus seule­ment les « mau­vai­ses inter­pré­ta­tions de la reli­gion », mais la reli­gion elle-même. Dans le mon­de, des voix – cer­tes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dia­spo­ra musul­ma­ne pour s’opposer à l’oppression isla­mi­que.

wafa sultanC’est le cas depuis plu­sieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chia­tre amé­ri­ca­no-syrien­ne, exi­lée aux États-Unis, et qui s’exprime avec cou­ra­ge et véhé­men­ce sur les télé­vi­sions – dont Al Jazee­ra…  « C’est pour dire » a dif­fu­sé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Cel­les-ci, rap­por­tées à l’actualité, pren­nent tout leur sens, notam­ment quand cet­te fem­me – mena­cée, faut-il-le dire ? – sou­li­gne avec for­ce com­bien, selon elle, il est impor­tant de fai­re bar­ra­ge au ter­ro­ris­me reli­gieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­cu­lier les vidéos qui la mon­trent, ont été détour­nés par d’autres fana­ti­ques, anti-isla­mi­ques en géné­ral et à l’occasion anti-Ara­bes et anti­sé­mi­tes – autant dire d’horribles racis­tes, dont de bien fran­chouillards ! (Voir le géné­ri­que de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-des­sus).

En Fran­ce, des athées ont lan­cé un Conseil des ex-musul­mans de Fran­ce. Leur mani­fes­te remon­te à 2003. L’Obs a aus­si publié en 2013 le tex­te de Sami Bat­ti­kh, un jeu­ne vidéas­te liber­tai­re d’origine musul­ma­ne. Sous le titre para­doxal Athée, voi­ci pour­quoi je défends désor­mais la pra­ti­que de l’islam, l’auteur expo­se sa moti­va­tion anti­ra­cis­te et jus­ti­fie ain­si sa soli­da­ri­té avec les musul­mans. Il  se réfè­re à Han­nah Arendt et à sa réflexion autour de la bana­li­té du mal et de l’acceptation pas­si­ve d’une idéo­lo­gie. « Un demi-siè­cle après la publi­ca­tion de Eich­mann à Jéru­sa­lem, s’indigne l’auteur de l’article, notre socié­té n’a jamais été si pro­che de cet­te épo­que som­bre et nau­séa­bon­de. »
Les réseaux dits sociaux dif­fu­sent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims » apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octo­bre der­nier, Omar Yous­sef Sulei­man, a publié sur le site liba­nais indé­pen­dant Raseef22 (Trot­toir22) un arti­cle évo­quant les pous­sées de l’athéisme dans le mon­de ara­be. Bouillon­ne­ment qu’il com­pa­re à celui qui a pré­cé­dé la Révo­lu­tion fran­çai­se…  En voi­ci des extraits :
Dans le mon­de ara­be, on pou­vait cer­tes cri­ti­quer les per­son­nes char­gées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­ma­ne elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y ris­quait, ou du moins le jeter en pri­son. Le mot d’ordre « l’islam est la solu­tion » a été scan­dé durant tou­te l’ère moder­ne com­me une répon­se tou­te fai­te à tou­tes les ques­tions en sus­pens et à tous les pro­blè­mes com­plexes du mon­de musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a publié un repor­ta­ge sur ce jeu­ne Yémé­ni­te de 11 ans, Ammar Moham­med

Mais la créa­tion de l’Etat isla­mi­que par Dae­ch et la nomi­na­tion d’un “cali­fe ayant auto­ri­té sur tous les musul­mans”sou­lè­vent de nom­breu­ses ques­tions. Elles met­tent en dou­te le tex­te lui-même [les fon­de­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion reli­gieu­se aux pro­blè­mes du mon­de musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ro­ris­te du mou­ve­ment Dae­ch, sa pro­cla­ma­tion du cali­fat ne peut être consi­dé­rée que com­me la concré­ti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et grou­pes isla­mis­tes, à com­men­cer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frè­res musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siè­cle. Au cours de ces trois der­niè­res années, il y a eu autant de vio­len­ces confes­sion­nel­les en Syrie, en Irak et en Egyp­te qu’au cours des cent années pré­cé­den­tes dans tout le Moyen-Orient.

Cela pro­vo­que un désen­chan­te­ment chez les jeu­nes Ara­bes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments isla­mis­tes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage reli­gieux. Ain­si, en réac­tion au radi­ca­lis­me reli­gieux, une vague d’athéisme se pro­pa­ge désor­mais dans la région. L’affirmation selon laquel­le « l’islam est la solu­tion » com­men­ce à appa­raî­tre de plus en plus clai­re­ment com­me une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tirer les leçons des erreurs com­mi­ses ces der­niè­res années.

Peu à peu, les intel­lec­tuels du mon­de musul­man s’affranchissent des phra­ses impli­ci­tes, ces­sent de tour­ner autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­to­ri­que pro­pre à la lan­gue ara­be qu’avaient employée les cri­ti­ques [musul­mans] du XXe siè­cle, notam­ment en Egyp­te : du [roman­cier] Taha Hus­sein à [l’universitaire décla­ré apos­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en dou­te du tex­te a une lon­gue his­toi­re dans le mon­de musul­man. Elle s’est déve­lop­pée là où domi­nait un pou­voir reli­gieux et en paral­lè­le là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la socié­té. [ L’écrivain ara­be des VIIIe-IXe siè­cles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san consi­dé­ré com­me le père de la lit­té­ra­tu­re ara­be en pro­se au VIIIe siè­cle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà expri­mé des cri­ti­ques impli­ci­tes de la reli­gion. C’est sur leur héri­ta­ge que s’appuie la désa­cra­li­sa­tion actuel­le des concepts reli­gieux et des figu­res his­to­ri­ques, relayée par les réseaux sociaux, lieu de liber­té pour s’exprimer et débat­tre.

Le bouillon­ne­ment actuel du mon­de ara­be est à com­pa­rer à celui de la Révo­lu­tion fran­çai­se. Cel­le-ci avait com­men­cé par le rejet du sta­tu quo. Au départ, elle était diri­gée contre Marie-Antoi­net­te et, à la fin, elle abou­tit à la chu­te des ins­tan­ces reli­gieu­ses et à la pro­cla­ma­tion de la Répu­bli­que. Ce à quoi nous assis­tons dans le mon­de musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chan­ger de cadre intel­lec­tuel, et pas sim­ple­ment de pré­si­dent. Et pour cela des années de lut­te seront néces­sai­res.

Omar Yous­sef Sulei­man
Publié le 3 octo­bre 2014 dans Aseef22 (extraits) Bey­rou­th

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, socia­les et cultu­rel­les des 22 pays ara­bes. Fon­dé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­cul­té d’être athée en Egyp­te.

« Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale  »


La typo, art du caractère, secret de la police

Les typo­gra­phies ne vien­nent pas de nul­le part: ins­pi­rées par un mou­ve­ment cultu­rel ou artis­ti­que, aspi­rées par l’Histoire, contrain­tes par des besoins, et mar­quées par le prag­ma­tis­me et la fan­tai­sie de leurs créa­teurs. C’est ce que racon­te Sacrés Carac­tè­res, une remar­qua­ble web­sé­rie ima­gi­née par Tho­mas Sipp, pro­dui­te par Les Films d’Ici et Radio Fran­ce, et mise en ligne sur le site de Fran­ce Cultu­re.

En dou­ze épi­so­des d’à pei­ne trois minu­tes, la web­sé­rie racon­te la nais­san­ce, l’histoire et la pos­té­ri­té des typos Auriol, Bodo­ni, Hel­ve­ti­ca ou enco­re Times New Roman, à l’aide d’une ani­ma­tion futée. Et d’une voix-off effi­ca­ce, lue par Chia­ra Mas­troian­ni: «Cha­que typo­gra­phie fonc­tion­ne com­me une voix, avec son pro­pre tim­bre, son regis­tre, et ses inflexions».


Sacrés carac­tè­res - Mis­tral par fran­ce­cul­tu­re

Sacrés Carac­tè­res mon­tre à quel point leur créa­tion est liée aux inno­va­tions: au déve­lop­pe­ment de l’imprimerie (Times New Roman), de l’informatique (Comic Sans), de la pres­se (Bodo­ni), de l’édition (Auriol) ou de la publi­ci­té et la com­mu­ni­ca­tion de mas­se (Cooper Bla­ck).

Les typo­gra­phies disent beau­coup de leur pério­de de concep­tion. Futu­ra par exem­ple, née de l’avant-garde alle­man­de du début du XXe siè­cle, vou­lait «créer l’écriture de son temps». Mise au pla­card par les nazis, qui la jugeaient «bol­ché­vi­que» et lui pré­fé­raient les carac­tè­res gothi­ques, elle fit un grand retour après-guer­re pour deve­nir la typo favo­ri­te de la publi­ci­té du mon­de entier.

Ou la Suis­se Hel­ve­ti­ca, autre poli­ce pour pubards, influen­cée par le Bau­haus. Elle est donc la «typo objec­ti­ve, hégé­mo­ni­que», décrit la web­sé­rie, qui racon­te l’expérience d’un gra­phis­te qui a ten­té de pas­ser une jour­née sans Hel­ve­ti­ca - il a dû se conten­ter de man­ger une pom­me et de boi­re de l’eau du robi­net. Impos­si­ble de pren­dre les trans­ports, fumer une clo­pe, ou même de s’habiller: Hel­ve­ti­ca est par­tout.

Omni­pré­sen­tes sur papier ou sur écran, dans l’art, les ensei­gnes des maga­sins ou sur les pan­neaux de signa­li­sa­tion, démo­dées puis recy­clées, les typo­gra­phies répon­dent sou­vent à des com­man­des. Ain­si Gotham, issu des let­tra­ges de vieilles bou­ti­ques et d’abri-bus new-yor­kais, a été remi­se au goût du jour pour deve­nir la typo de GQ lors d’une nou­vel­le for­mu­le, puis la poli­ce de carac­tè­res offi­ciel­le de la cam­pa­gne d’Obama.

Hon­nie par de nom­breux inter­nau­tes, uti­li­sée à tort et à tra­vers pen­dant des années, la fameu­se Comic Sans a été créée au milieu des années 90 pour être la typo de Rover, le chien de Micro­soft, qui jus­que-là par­lait en Times New Roman (un com­ble !). Elle est une réin­ter­pré­ta­tion des carac­tè­res des comics amé­ri­cains.

Quant au Mis­tral, son nom l’indique, il est por­té par un souf­fle pro­ven­çal et même mar­seillais, depuis la fon­de­rie Oli­ve en emprun­tant la Natio­na­le 7.

[Avec Libé, L’Obs et Fran­ce Cultu­re]


Le progrès d’avant-hier : la voiture électrique (1942)

Ce film archi­vé par l’INA date du 26 avril 1968. Mais la nou­veau­té qu’il mon­tre date de 1942. Il s’agit de « l’Œuf élec­tri­que  » mis au point par Paul Arzens, l’ingénieur de la SNCF, « père » des loco­mo­tri­ces élec­tri­ques « BB ». Outre quel­ques pro­pos du même Arzens, ces « Actua­li­tés » inter­ro­gent aus­si le pré­fet de poli­ce Mau­ri­ce Gri­maud qui, dans le mois sui­vant du Joli Mai, va connaî­tre une célé­bri­té à laquel­le il est loin de s’attendre ici. Quoi qu’il en soit, les deux vision­nai­res nous pré­di­sent l’avenir radieux du « tout élec­tri­que » – et bran­ché au nucléai­re pour quel­ques rayon­nan­tes décen­nies.

En plus de la musi­quet­te bien datée qui accom­pa­gne gaie­ment ce petit film, on décou­vre que la pres­se pré-soixan­te-hui­tar­de a déjà pris goût au redou­ta­ble micro-trot­toir, ce degré zéro du jour­na­lis­me, désor­mais triom­phant dans nos médias.

Com­me disait Alexan­dre Via­lat­te, pris dans un embou­teilla­ge : « On n’arrête pas le pro­grès, il s’arrête tout seul  ».

  • Emis­sion « Pano­ra­ma »,
    Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se (ORTF)
    Jour­na­lis­tes : Michel Le Pai­re ; Ber­nard Cor­re ;
    Par­ti­ci­pants : Paul Arzens ; Mau­ri­ce Gri­maud.

Docu­ment Ins­ti­tut natio­nal de l’audiovisuel


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote fran­çais aux élec­tions euro­péen­nes se dis­tin­gue com­me une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les élec­teurs FN… Mais des enquê­tes socio­lo­gi­ques font res­sor­tir que, pour ces der­niers, la ques­tion des immi­grés res­te la plus déter­mi­nan­te. D’où les réflexions sui­van­tes tri­co­tées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très inté­res­sant et pro­fond arti­cle trou­vé dans le der­nier Marian­ne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légas­se.

Sous le titre « Les tru­ca­ges d’une bluet­te iden­ti­tai­re », les auteurs dénon­cent une manœu­vre « artis­ti­que », « intel­lec­tuel­le » et à coup sûr com­mer­cia­le par laquel­le se trou­ve défen­due la thè­se du mul­ti­cul­tu­ra­lis­me en train de saper notre modè­le démo­cra­ti­que et répu­bli­cain « à la fran­çai­se », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comi­que, et néan­moins à base de cli­chés pour le coup bien racis­tes : juifs grip­pe-sous, Chi­nois four­bes à peti­tes bites, Noirs lubri­ques à gran­de queue et pas futés, Ara­bes « mus­lims » et voleurs…

qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu -religion-racisme-lepen-Front national

Légen­de four­nie avec l’image offi­ciel­le : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Euro­pe 1 est par­te­nai­re, a dépas­sé la bar­re des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un sco­re que l’équipe du film a célé­bré digne­ment à Can­nes jeu­di soir, après avoir mon­té les mar­ches du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film sem­ble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous som­mes tous racis­tes, et c’est jus­te­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­men­tent les auteurs de l’article, il y aurait un équi­li­bre des racis­mes com­me il y a une équi­li­bre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléai­re : la géné­ra­li­sa­tion de l’agressivité débou­che­rait sur la paix »…

Le pro­cé­dé se dou­ble alors d’une autre fau­te mora­le consis­tant à inver­ser la réa­li­té d’aujourd’hui en mépri­sant ceux qui la subis­sent. Il faut en effet pré­ci­ser que le film se pas­se en milieu bour­geois où les gen­dres en ques­tion sont ban­quier, comé­dien, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils par­lent fran­çais aus­si bien que Fin­kiel­kraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exac­te­ment la socio­lo­gie du « 9-3 » ou des quar­tiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pier­re Bour­dieu (La Misè­re du mon­de, 1993) et aus­si Emma­nuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange matri­mo­nial, essen­tiel­le dans tout pro­ces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Clau­de Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­po­lo­gi­ques.] Or, cet échan­ge, s’enrichissant de la « diver­si­té des peu­ples » achop­pe notam­ment sur le sta­tut de la fem­me que le film éva­cue tota­le­ment et com­me par magie : on n’y voit aucu­ne fem­me voi­lée ! En occul­tant ain­si cet­te ques­tion du voi­le, se trou­ve aus­si éva­cuée la ques­tion du métis­sa­ge et, avec elle, cel­le de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voi­le impo­sé à la fem­me (ou même « libre­ment consen­ti ») la fonc­tion de l’interdit oppo­sé au jeu exo­ga­me : « Tou­che pas à la fem­me voi­lée ! »

Cet­te atti­tu­de s’oppose en effet à tou­te ten­ta­ti­ve d’intégration et vient ain­si ren­for­cer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racis­me, bien qu’il puis­se aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racis­me « anti-Blanc ». Et de noter, avec Todd, que « le taux de maria­ges mix­tes (se réa­li­sant prin­ci­pa­le­ment dans les caté­go­ries popu­lai­res), s’est effon­dré ces tren­te der­niè­res années à cau­se du ren­fer­me­ment endo­ga­mi­que d’une immi­gra­tion récen­te encou­ra­gée à valo­ri­ser et pré­ser­ver sa cultu­re d’origine. On repart se marier au bled. »

(Lire la sui­te…)


« Les Juifs » selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

desproges - les-juifs

Des­pro­ges: « On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la sal­le? » « On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la der­niè­re guer­re mon­dia­le de nom­breux Juifs ont eu une atti­tu­de car­ré­ment hos­ti­le à l’égard du régi­me nazi. » (dr)

Quand Pier­re Des­pro­ges – il y a une ving­tai­ne d’années – s’est com­mis avec son fameux sket­ch inti­tu­lé « Les Juifs », la Fran­ce n’en fut nul­le­ment retour­née. Aujourd’hui que Dieu­don­né a mis le feu aux pou­dres, les meu­tes anti­sé­mi­tes se lâchent. Elle déver­sent des ton­nes d’immondices sur Day­li­mo­tion qui héber­ge les sket­ches de Des­pro­ges. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­tai­res.

Que s’est-il pas­sé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le contex­te a chan­gé. Exten­sion des com­mu­nau­ta­ris­mes, notam­ment reli­gieux ; atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, guer­res d’Afghanistan, du Pro­che et Moyen Orient ; impas­se pales­ti­nien­ne sur­tout et colo­ni­sa­tion israé­lien­ne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut enco­re le cas hier lors de l’émission de Fré­dé­ric Tad­deï  « Ce soir ou jamais » où, dès le début, le mot « Pales­ti­ne  » déclen­chait  hos­ti­li­té et cli­va­ge entre les inter­ve­nants.

Cer­tes, Des­pro­ges et Dieu­don­né s’opposent com­me le jour et la nuit. Le pre­mier pra­ti­que une dis­tan­cia­tion humo­ris­ti­que affir­mée – à condi­tion tou­te­fois d’adhérer à ses codes et à cet­te dis­tan­ce ; en quoi le ris­que exis­te tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­bot­te dans l’ambiguïté, joue sans ces­se dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixiè­me degré. Quand il ne som­bre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une tel­le confu­sion, son public trou­ve  assez « à boi­re et à man­ger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­con­que dis­tin­guo entre anti­sio­nis­me et anti­sé­mi­tis­me.

Quoi qu’il en soit, et pour mesu­rer cet écart qui mar­que pesam­ment deux épo­ques, revoi­ci donc « Les Juifs » par Pier­re Des­pro­ges, ver­sion vidéo, ou audio.


Les Juifs par pier­re­des­pro­ges

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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