On n'est pas des moutons

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« Les Actualités » de 1946. « C’était Noël quand même… »

En ces temps-là, l’actualité pas­sait par les écrans de ciné­ma. Avec l’impayable ton pleur­ni­chard du spi­queur et son prê­che à deux bal­les, « Les Actua­li­tés » impo­sait en dix minu­tes une vision du mon­de pour le moins étri­quée. Au menu, pour ce 25 décem­bre 1946 : Saut à ski au trem­plin de See­gru­be dans le Tyrol autri­chien, cat­ch sal­le Wagram, mort de Paul Lan­ge­vin, inno­va­tion : le cais­son chi­rur­gi­cal, étu­de des rayons cos­mi­ques, retour des bagnards de Cayen­ne à l’île de Ré, fouilles à Car­tha­ge, ves­ti­ges de la civi­li­sa­tion aztè­que au Mexi­que, ima­ges de Noël 1946, Boxe : mat­ch Cer­dan contre Char­ron… (pri­vé d’images). On ne crai­gnait pas le mélan­ge des gen­res dans une hié­rar­chie des sujets plus que rela­ti­ve. C’était il y a soixan­te-dix ans. Pas de quoi être nos­tal­gi­que. [© Docu­ment Ina]


Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

« Col­la­ro chez les ploucs ». Repor­ta­ge sur un cou­ple d’agriculteurs de Condé-sur-Seul­les, dans le Cal­va­dos. Lui a échoué au per­mis de condui­re. Elle est à la remor­que… Et Sté­pha­ne Col­la­ro – qui ser­re la main du mon­sieur mais pas cel­le de la dame… – d’y aller de sa déma­go­gie d’amuseur public et de son mépris des gens sim­ples de la cam­pa­gne. Alors, pour­quoi publier à nou­veau ? Par­ce que  ce mépris vaut anthro­po­lo­gie, tant pour les obser­vés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poi­lant, tout en témoi­gnant d’une épo­que et d’une for­me de télé­vi­sion (Anten­ne 2, émis­sion La Lor­gnet­te, 2 avril 1978. © Archi­ves Ina).

Dans un autre regis­tre, mais pro­che, revoyons cet autre mor­ceau d’anthologie : Dumayet et Des­grau­pes, Pier­re-s angu­lai­res du scoop rim­bal­dien 

Com­me quoi la « télé-réa­li­té », dès ses ori­gi­nes, c’est d’abord la réa­li­té de la télé.


Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mou­rir, lui qui aurait pré­fé­ré cre­ver. Faut être enco­re plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne direc­te. Enfin, c’est son affai­re. On ne sait quand auront lieu ses obsè­ques natio­na­les. Plu­tôt que les Inva­li­des ou le Pan­théon, il s’était réser­vé un coin à Mont­mar­tre – à quel cime­tiè­re (celui du haut ou l’autre sous le pont Cau­lain­court) ? Il y aura une fan­fa­re au moins, com­me à la Nou­vel­le-Orléans ? Une fan­fa­re de jazz, espé­rons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simo­ne, Ray Char­les, Diz­zy Gil­les­pie, Count Basie, Billie Holi­day… le free aus­si, Col­tra­ne, Pha­roah San­ders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­trin­gue gau­chis­te ; s’était fait embo­bi­ner par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était reve­nu ; avait fré­quen­té Mal­com X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-vio­lent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes confon­dus – c’était son sport favo­ri, à éga­li­té avec l’anti-militarisme ; de quoi orien­ter tou­te une vie de des­si­neu-gran­de-gueu­le au coup de crayon assas­sin ; de quoi en lan­cer des ana­thè­mes défi­ni­tifs, et des « font chier », et des doigts d’honneur grand com­me des cac­tus géants, de celui en bron­ze qui va désor­mais mon­ter la gar­de sur ses cen­dres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un inté­res­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans « The Dis­si­dent » (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à fai­re son coming out sur ce point…

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gau­che, ce gou­ver­ne­ment ne recu­le devant aucun sacri­fi­ce. Ce matin au réveil, j’apprends dans le pos­te qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel auto­ri­se la publi­ci­té sur les ondes de Radio Fran­ce !

Le tout-pognon aura enco­re sévi, empor­tant sur son pas­sa­ge les res­tes d’éthique auquel on croyait enco­re pou­voir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du ser­vi­ce public te met­taient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Maca­che ! Finies les débi­li­tés limi­tées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueu­ler. On est pas­sé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libé­ral, l’indécence com­mu­ne et la vul­ga­ri­té mar­chan­de ! Les enzy­mes glou­tons sont de retour, et les bagno­les à tout-va, les chaus­sée-au-moi­ne, les jus­tin-bri­doux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchan­te­res­ses, la vie faci­le, enfin !

Man­que tout de même à ce gou­ver­ne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un minis­tre à la hau­teur. Je ne vois que Ségué­la. Un Ségué­la, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa conne­rie.

Nous res­te­ra à fer­mer le pos­te. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

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De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rectificatif : un mort célèbre par jour. Précision : un mort médiatiquement célébré. Affinement : un mort prélevé dans la Société du Spectacle. Développement.

Le hasard – ici heureuse et infaillible coïncidence – a fait que mon ami Robert Blondin ait, outre-Atlantique, cousu au même moment quelques profondes réflexions autour de la mort, de la célébrité et des trompettes de la renommée fustigées par le lumineux Brassens. Double occasion de « mourir moins bête », comme le clame un grinçant feuilleton quotidien sur Arte, se terminant invariablement par : « …oui, mais bon, vous mourrez quand même ! »

Résumons, par ordre chronologique de décès (liste très provisoire) : Delpech Michel (chanteur), Bley Paul (pianiste de jazz), Turcat André (pilote d’avion), Hunter Long John (bluesman), Galabru Michel (comédien), Boulez Pierre (musicien), Pampanini Sylvana (actrice italienne), Armendros Chocolate (trompettiste cubain), Peugeot Roland (industriel), Courrèges André (styliste de mode), Reid Patrick (rugbyman irlandais), Clay Otis (chanteur de soul étatsunien), Bowie David (chanteur britannique), Angélil René (agent artistique québécois), Desruisseaux Pierre (écrivain québécois), Tournier Michel (écrivain), Alaoui Leïla (photographe franco-marocaine), Scola Ettore (cinéaste), Charles-Roux Edmonde (écrivaine, journaliste)…

J’ai, exprès, mis les noms de famille en tête, comme sur les monuments aux morts et comme on les appelle à chaque célébration de massacres.

Ne pas manquer non plus de citer Allen Woody quand, ayant énuméré les morts successives de Jésus, Marx, Mao, il ajoute, goguenard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Liste ouverte, limitée à la sphère cultureuse ou presque, franco-centrée – bien qu’il y ait là dedans des sportifs, un pilote, des Canadiens, un industriel, un Cubain, une franco-Marocaine…

Le plus marrant, si j’ose dire, c’est la liste complète établie et tenue au jour le jour sur Wikipedia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Monde aussi, "la" référence…

Où l’on voit que le degré de célébrité relève de facteurs multiples, surtout culturels et marchands. Ce qui définit bien la notion de « spectacle » – même si on ne l’étend pas à la critique de la société selon Debord Guy (mort lui aussi – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre popularité et pipolarité, cette dernière tendant à devenir la seule vraie échelle de « valeurs », propulsée en cela par la machine médiatique à fabriquer de l’idole selon des recettes aussi fluctuantes que les cours de la bourse. Fluctuations qui n’altèrent en rien la solidité du Capitalisme, au contraire. Tout comme la célébration des morts célèbres assurent les valeurs des célébrités (provisoirement) vivantes. Ainsi ce flux morbide se trouve-t-il pieusement entretenu. Il fait partie du fond de commerce des gazettes et autres rédactions nécrologiques, voire nécrophiliques.

Ainsi Le Monde – pour ne citer que lui – renferme dans son frigo quelque 300 notices prêtes à démouler après réchauffage à l’actualité. Mais c’est sans doute l’Agence France Presse qui détient la plus garnie des chambres froides – modèle Rungis (gros et demi-gros). Partant de là, la célébration mortuaire vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, maigrichonne ou pléthorique ; ou selon le degré de pipolarité.

Ainsi un Michel Delpech a-t-il « bénéficié » de 20 minutes en ouverture du JT de 20 heures de France 2 ! Boulez un peu plus de cinq, et en fin de journal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaîne. Galabru, ah le bon client que voilà ! Bien moins cependant que Bowie – record absolu, tous supports, sur plusieurs jours (prévoir des « résurrections » type Michael Jackson).

Tels sont aujourd’hui les rites modernes qui entourent la mort, cette donnée du vivant, sans laquelle la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus encore…

22-mort« Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant, / Noir squelette laissant passer le crépuscule. / Dans l'ombre où l'on dirait que tout tremble et recule, / L'homme suivait des yeux les lueurs de la faux » – Victor Hugo, Les Contemplations

 Où l’on voit enfin que ladite célébrité recouvre la froide – c’est bien le mot – réalité de la mort : « La mortalité dans le monde correspond à 1,9 décès à chaque seconde sur Terre, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 millions de décès chaque année. » C'est beaucoup, mais inférieur au nombre de naissances. Ce qu’on peut regretter en termes strictement démographiques et en particulier sous l’angle malthusien… Comptabilité développée ici, c'est amusant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cette quête de l’immortalité qui semble avoir saisi l’animal humain depuis la nuit des temps. Cette nuit qui l’effraie tant ; pour (ou contre) laquelle l’homo erectus s’est redressé, jusqu’à tenter de devenir sapiens – du moins par moments, selon les lieux et les circonstances…

Pour ce faire, il aura érigé des totems, bramé des incantations, bricolé des rites, des mythes, des cultes et par dessus le marché des religions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obédiences se disputant leur Dieu pourtant devenu unique. Il aura brandi des textes « sacrés » aux fables infantilisantes et, aussi, nourri les arts les plus sublimes, en même temps que les bûchers et innombrables supplices ; puis lancé des hordes de guerriers, tous barbares réciproques et également fanatiques, semeurs de mort, assassins de vie. Dans cette profonde nuit auront surgi, sublimes éclairs isolés ou sporadiques, les torches vacillantes et fières des Lumières.

Nous en sommes là, si incertains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans doute et avec tant de doutes quant à l’avenir de cet homo habilis, si doué pour la souffrance et le massacre. Amen.



« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bou­chon » a osé la jour­na­lis­te sur Fran­ce Inter ce matin pour lan­cer le mar­ron­nier esti­val. Et d’enfiler les cli­chés sur les dan­gers de la déshy­dra­ta­tion, les redou­ta­bles micro-trot­toirs (sur auto­rou­tes…) et, donc, les puis­san­tes pen­sées des che­va­liers à qua­tre roues. Il est reve­nu, l’heureux temps des bou­chons, ces « hiron­del­les » qui annon­cent l’été cani­cu­lai­re. Ce rituel jour­na­lis­ti­que est aus­si vieux que les hor­des auto­mo­bi­les. C’est aus­si un mar­queur de socié­té. Ain­si cet­te archi­ve de l’Ina datée du 1er juillet… 1968, sobre­ment inti­tu­lée « Arri­vée des tou­ris­tes sur la Natio­na­le 7 : tra­fic auto­mo­bi­le et pla­ges de la région », extrai­te de Pro­ven­ce Actua­li­tés, Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se,  Mar­seille. Où la niai­se­rie du pro­pos attes­te bien que la révo­lu­tion de Mai-68 a vécu.


En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablutions, le café et toute la procédure de démarrage du lambda qui s’est couché tard pour cause de chaos mondial, j’allume mon ordi resté en mode télé de la veille. Et voilà que je tombe (France 2) sur trois lascars en cravates devisant, peinards, sur l’étymologie des prénoms musulmans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort intéressante. Je suis sur le service public de la télé. Vont suivre « La Source de vie », émission des juifs, puis « Présence protestante », puis « Le Jour du Seigneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut prendre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hiérarchie calculée…)

Donc, pas de pain, mais du religieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa profond. Dans les deux cas, il s’agit de relier, autant que possible, selon des niveaux de croyances bien séparés de la pensée critique, en strates, en couches sédimentaires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beaucoup… Chacun restant dans ses référents ancrés au plus profond de soi, depuis l’inculcation parentale, selon qu’on sera né à Karachi, Niamey, Los Angeles, Marseille, Paris XVIe ou Gennevilliers.

Entre-temps j’ai allumé le poste (France Culture, ma radio préférée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se succéder : Chrétiens d'Orient, Service protestant, La Chronique science (trois minutes…), Talmudiques, Divers aspects de la pensée contemporaine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aussi être le Grand orient, la Libre pensée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est toujours sur le service public des médias d’un pays laïc et je trouve ça plutôt bien, même si, on le devine, toutes les innombrables chapelles, obédiences et autres tendances font la queue devant le bureau de la programmation de Radio France pour quémander leurs parts de prêche.

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– Maintenant, je voudrais vous poser la question que doivent se poser tous nos spectateurs : Comment votre concept onirique à tendance kafkaïenne coexiste-t-il avec la vision sublogique que vous vous faites de l'existence intrinsèque ? [© Sempé]

Je trouve ça plutôt bien, et qu'on nous foute la paix ! Surtout dans la mesure où – pour parler précisément de France Culture – le reste des programmes est essentiellement orienté sur la culture, au sens plein – incluant à l’occasion les religions –, et tout le champ des connaissances : philosophiques, historiques, anthropologiques, sociologiques –scientifiques en général, sans oublier l’information (les Matins avec Marc Voinchet, 6 h 30 – 9 h, sont exemplaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« exception culturelle » française et qu’elle est précisément un produit de notre laïcité. Et je note aussi un autre effet, tout récent celui-là car lié aux attentats du 7 janvier, et en particulier le premier contre Charlie Hebdo. Il ne s’agit nullement de minimiser celui contre les juifs du magasin casher, évidemment, mais seulement d’en rester au fait de la liberté d’expression et de caricature. Je trouve, en effet, que le ton des médias a monté d’un cran dans l’expression même de cette liberté, du moins dans une certaine vigueur de langage, voire une verdeur – ce qui constitue un signe manifeste et supplémentaire de libération.

Encore un effort ! Et pourvu que ça dure.


« Humanités »… Tout un programme sur France 5

Inti­tu­ler  Huma­ni­tés un nou­veau pro­gram­me de docu­men­tai­res, c’est une idée pro­met­teu­se de Fran­ce 5. Beau titre et géné­ri­que super­be dû à Célia Riviè­re, sur des illus­tra­tions de Théo Gui­gnard et une musi­que de Sacha Gal­pe­ri­ne. Tout un pro­gram­me, en effet. « Si votre plu­ma­ge se rap­por­te à… »


« Charlie Hebdo ». Tenter de vivre

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Lau­rent Sou­ris­seau, alias Riss, va repren­dre les rênes de « Char­lie Heb­do ».

Hier soir mar­di, au jour­nal télé, appa­ri­tion de Riss com­me un sur­vi­vant, qu’il est, de la tue­rie de Char­lie Heb­do. Regard ter­ri­ble­ment mar­qué, lui qui a vécu l’horreur, en a réchap­pé sans trop savoir com­ment ; mais abat­tu quand même, mar­qué, tou­ché par cet­te vio­len­ce abso­lu­tis­te qui l’a atteint et meur­tri. Un regard si tris­te der­riè­re des paro­les emprein­tes de séré­ni­té et peut-être aus­si d’un grand scep­ti­cis­me sur l’humanité. Le mot de Valé­ry, plus que jamais : « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

Ce mer­cre­di matin, sur Fran­ce Cultu­re, la hau­teur de vue d’un Pier­re Nora sur les évé­ne­ments et ses sui­tes pos­si­bles, par­lant en his­to­rien de l’émergence de la « conscien­ce de soi »,  de la révo­lu­tion de « 36 », et cel­le de « 68 » qui ont chan­gé l’Histoire. Et main­te­nant ? Main­te­nant que, « dans les quar­tiers » le mot « rai­son » s’apparente à la domi­na­tion – ce mot issu des Lumiè­res, appa­ren­té « à la clas­se qui sait, et qu’on récu­se par défi­ni­tion ». Tan­dis qu’à cet­te jeu­nes­se délais­sée, sans ave­nir, « en face on pro­po­se une cau­se, une aven­tu­re, l’ivresse des armes, une cama­ra­de­rie : le roman­tis­me de la jeu­nes­se, une fra­ter­ni­té et le para­dis au bout après le sacri­fi­ce… » Alors, la tâche sera rude !

Il ne s’agira pas de se payer de mots en dénon­çant un « apar­theid ter­ri­to­rial, social, eth­ni­que » dans les quar­tiers fran­çais. Ce qui est un début. De même que déblo­quer 700 mil­lions d’euros est une maniè­re de fai­re face à l’urgence du dan­ger, tan­dis que de trai­ter les cau­ses pro­fon­des ayant conduit aux dra­mes pren­dra au moins une ou deux dizai­nes d’années.

Sans tom­ber dans la déma­go­gie, ni vou­loir tout mélan­ger, remar­quons cepen­dant que bien des décen­nies d’injustice socia­le, dans notre pays com­me dans le mon­de en géné­ral, n’ont jamais conduit à décré­ter un état d’urgence huma­ni­tai­re ! Et on relè­ve à cha­que hiver, dans les rues, à même les trot­toirs et selon le froid, des dizai­nes de morts.

Cet­te année enco­re, dans la riche sta­tion hel­vè­te de Davos, les « grands » du mon­de vont devi­ser gra­ve­ment sur l’état de l’économie mon­dia­le et « se pen­cher » sur la conjonc­tu­re et ce fait révol­tant révé­lé par un rap­port de l’ONG Oxfam :

Les 85 per­son­nes les plus riches du mon­de pos­sè­dent autant que la moi­tié la plus pau­vre de la popu­la­tion, soit 3,5 mil­liards de per­son­nes.

Y a-t-il vio­len­ce plus révol­tan­te et, de ce fait, plus géné­ra­tri­ce des désor­dres mon­diaux ? Oui, la tâche sera rude !


 

Pascal Blan­chard, his­to­rien et auteur de La Fran­ce ara­bo-orien­ta­le était mar­di l’invité de Clai­re Ser­va­jean dans le jour­nal de 13 heu­res de Fran­ce Inter. Il revient sur ce ter­me « d’Apartheid » uti­li­sé par Manuel Valls pour par­ler de la situa­tion socia­le en Fran­ce. Son ana­ly­se méri­te d’être (ré)entendue.


Pas­cal Blan­chard : « Employer des mots com­me apar­theid…  »


 

Choqués par un repor­ta­ge « sur le quar­tier de Cou­li­ba­ly » paru dans le Figa­ro le 15 jan­vier 2015, des étu­diants en jour­na­lis­me d’Ile-de-France ont publié une vidéo dans laquel­le ils disent refu­ser l »idéo­lo­gie et les pré­ju­gés ». Les Repor­ters Citoyens ont choi­si de réagir avec des mots. La Télé­Li­bre, l’EMI et Alter­mon­des, par­te­nai­res du pro­jet de for­ma­tion aux métiers du jour­na­lis­me et de l’image ont déci­dé de publier et de sou­te­nir leur tri­bu­ne.


 Réac­tion de Repor­ters Citoyens à un repor­ta­ge du Figa­ro


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du « cali­fat isla­mi­que  », les lan­gues com­men­cent à se délier dans le mon­de ara­be. Les cri­ti­ques ne visent plus seule­ment les « mau­vai­ses inter­pré­ta­tions de la reli­gion », mais la reli­gion elle-même. Dans le mon­de, des voix – cer­tes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dia­spo­ra musul­ma­ne pour s’opposer à l’oppression isla­mi­que.

wafa sultanC’est le cas depuis plu­sieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chia­tre amé­ri­ca­no-syrien­ne, exi­lée aux États-Unis, et qui s’exprime avec cou­ra­ge et véhé­men­ce sur les télé­vi­sions – dont Al Jazee­ra…  « C’est pour dire » a dif­fu­sé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Cel­les-ci, rap­por­tées à l’actualité, pren­nent tout leur sens, notam­ment quand cet­te fem­me – mena­cée, faut-il-le dire ? – sou­li­gne avec for­ce com­bien, selon elle, il est impor­tant de fai­re bar­ra­ge au ter­ro­ris­me reli­gieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­cu­lier les vidéos qui la mon­trent, ont été détour­nés par d’autres fana­ti­ques, anti-isla­mi­ques en géné­ral et à l’occasion anti-Ara­bes et anti­sé­mi­tes – autant dire d’horribles racis­tes, dont de bien fran­chouillards ! (Voir le géné­ri­que de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-des­sus).

En Fran­ce, des athées ont lan­cé un Conseil des ex-musul­mans de Fran­ce. Leur mani­fes­te remon­te à 2003. L’Obs a aus­si publié en 2013 le tex­te de Sami Bat­ti­kh, un jeu­ne vidéas­te liber­tai­re d’origine musul­ma­ne. Sous le titre para­doxal Athée, voi­ci pour­quoi je défends désor­mais la pra­ti­que de l’islam, l’auteur expo­se sa moti­va­tion anti­ra­cis­te et jus­ti­fie ain­si sa soli­da­ri­té avec les musul­mans. Il  se réfè­re à Han­nah Arendt et à sa réflexion autour de la bana­li­té du mal et de l’acceptation pas­si­ve d’une idéo­lo­gie. « Un demi-siè­cle après la publi­ca­tion de Eich­mann à Jéru­sa­lem, s’indigne l’auteur de l’article, notre socié­té n’a jamais été si pro­che de cet­te épo­que som­bre et nau­séa­bon­de. »
Les réseaux dits sociaux dif­fu­sent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims » apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octo­bre der­nier, Omar Yous­sef Sulei­man, a publié sur le site liba­nais indé­pen­dant Raseef22 (Trot­toir22) un arti­cle évo­quant les pous­sées de l’athéisme dans le mon­de ara­be. Bouillon­ne­ment qu’il com­pa­re à celui qui a pré­cé­dé la Révo­lu­tion fran­çai­se…  En voi­ci des extraits :
Dans le mon­de ara­be, on pou­vait cer­tes cri­ti­quer les per­son­nes char­gées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­ma­ne elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y ris­quait, ou du moins le jeter en pri­son. Le mot d’ordre « l’islam est la solu­tion » a été scan­dé durant tou­te l’ère moder­ne com­me une répon­se tou­te fai­te à tou­tes les ques­tions en sus­pens et à tous les pro­blè­mes com­plexes du mon­de musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a publié un repor­ta­ge sur ce jeu­ne Yémé­ni­te de 11 ans, Ammar Moham­med

Mais la créa­tion de l’Etat isla­mi­que par Dae­ch et la nomi­na­tion d’un “cali­fe ayant auto­ri­té sur tous les musul­mans”sou­lè­vent de nom­breu­ses ques­tions. Elles met­tent en dou­te le tex­te lui-même [les fon­de­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion reli­gieu­se aux pro­blè­mes du mon­de musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ro­ris­te du mou­ve­ment Dae­ch, sa pro­cla­ma­tion du cali­fat ne peut être consi­dé­rée que com­me la concré­ti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et grou­pes isla­mis­tes, à com­men­cer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frè­res musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siè­cle. Au cours de ces trois der­niè­res années, il y a eu autant de vio­len­ces confes­sion­nel­les en Syrie, en Irak et en Egyp­te qu’au cours des cent années pré­cé­den­tes dans tout le Moyen-Orient.

Cela pro­vo­que un désen­chan­te­ment chez les jeu­nes Ara­bes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments isla­mis­tes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage reli­gieux. Ain­si, en réac­tion au radi­ca­lis­me reli­gieux, une vague d’athéisme se pro­pa­ge désor­mais dans la région. L’affirmation selon laquel­le « l’islam est la solu­tion » com­men­ce à appa­raî­tre de plus en plus clai­re­ment com­me une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tirer les leçons des erreurs com­mi­ses ces der­niè­res années.

Peu à peu, les intel­lec­tuels du mon­de musul­man s’affranchissent des phra­ses impli­ci­tes, ces­sent de tour­ner autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­to­ri­que pro­pre à la lan­gue ara­be qu’avaient employée les cri­ti­ques [musul­mans] du XXe siè­cle, notam­ment en Egyp­te : du [roman­cier] Taha Hus­sein à [l’universitaire décla­ré apos­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en dou­te du tex­te a une lon­gue his­toi­re dans le mon­de musul­man. Elle s’est déve­lop­pée là où domi­nait un pou­voir reli­gieux et en paral­lè­le là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la socié­té. [ L’écrivain ara­be des VIIIe-IXe siè­cles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san consi­dé­ré com­me le père de la lit­té­ra­tu­re ara­be en pro­se au VIIIe siè­cle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà expri­mé des cri­ti­ques impli­ci­tes de la reli­gion. C’est sur leur héri­ta­ge que s’appuie la désa­cra­li­sa­tion actuel­le des concepts reli­gieux et des figu­res his­to­ri­ques, relayée par les réseaux sociaux, lieu de liber­té pour s’exprimer et débat­tre.

Le bouillon­ne­ment actuel du mon­de ara­be est à com­pa­rer à celui de la Révo­lu­tion fran­çai­se. Cel­le-ci avait com­men­cé par le rejet du sta­tu quo. Au départ, elle était diri­gée contre Marie-Antoi­net­te et, à la fin, elle abou­tit à la chu­te des ins­tan­ces reli­gieu­ses et à la pro­cla­ma­tion de la Répu­bli­que. Ce à quoi nous assis­tons dans le mon­de musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chan­ger de cadre intel­lec­tuel, et pas sim­ple­ment de pré­si­dent. Et pour cela des années de lut­te seront néces­sai­res.

Omar Yous­sef Sulei­man
Publié le 3 octo­bre 2014 dans Aseef22 (extraits) Bey­rou­th

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­ti­ques, éco­no­mi­ques, socia­les et cultu­rel­les des 22 pays ara­bes. Fon­dé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­cul­té d’être athée en Egyp­te.

« Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale  »


La typo, art du caractère, secret de la police

Les typo­gra­phies ne vien­nent pas de nul­le part: ins­pi­rées par un mou­ve­ment cultu­rel ou artis­ti­que, aspi­rées par l’Histoire, contrain­tes par des besoins, et mar­quées par le prag­ma­tis­me et la fan­tai­sie de leurs créa­teurs. C’est ce que racon­te Sacrés Carac­tè­res, une remar­qua­ble web­sé­rie ima­gi­née par Tho­mas Sipp, pro­dui­te par Les Films d’Ici et Radio Fran­ce, et mise en ligne sur le site de Fran­ce Cultu­re.

En dou­ze épi­so­des d’à pei­ne trois minu­tes, la web­sé­rie racon­te la nais­san­ce, l’histoire et la pos­té­ri­té des typos Auriol, Bodo­ni, Hel­ve­ti­ca ou enco­re Times New Roman, à l’aide d’une ani­ma­tion futée. Et d’une voix-off effi­ca­ce, lue par Chia­ra Mas­troian­ni: «Cha­que typo­gra­phie fonc­tion­ne com­me une voix, avec son pro­pre tim­bre, son regis­tre, et ses inflexions».


Sacrés carac­tè­res - Mis­tral par fran­ce­cul­tu­re

Sacrés Carac­tè­res mon­tre à quel point leur créa­tion est liée aux inno­va­tions: au déve­lop­pe­ment de l’imprimerie (Times New Roman), de l’informatique (Comic Sans), de la pres­se (Bodo­ni), de l’édition (Auriol) ou de la publi­ci­té et la com­mu­ni­ca­tion de mas­se (Cooper Bla­ck).

Les typo­gra­phies disent beau­coup de leur pério­de de concep­tion. Futu­ra par exem­ple, née de l’avant-garde alle­man­de du début du XXe siè­cle, vou­lait «créer l’écriture de son temps». Mise au pla­card par les nazis, qui la jugeaient «bol­ché­vi­que» et lui pré­fé­raient les carac­tè­res gothi­ques, elle fit un grand retour après-guer­re pour deve­nir la typo favo­ri­te de la publi­ci­té du mon­de entier.

Ou la Suis­se Hel­ve­ti­ca, autre poli­ce pour pubards, influen­cée par le Bau­haus. Elle est donc la «typo objec­ti­ve, hégé­mo­ni­que», décrit la web­sé­rie, qui racon­te l’expérience d’un gra­phis­te qui a ten­té de pas­ser une jour­née sans Hel­ve­ti­ca - il a dû se conten­ter de man­ger une pom­me et de boi­re de l’eau du robi­net. Impos­si­ble de pren­dre les trans­ports, fumer une clo­pe, ou même de s’habiller: Hel­ve­ti­ca est par­tout.

Omni­pré­sen­tes sur papier ou sur écran, dans l’art, les ensei­gnes des maga­sins ou sur les pan­neaux de signa­li­sa­tion, démo­dées puis recy­clées, les typo­gra­phies répon­dent sou­vent à des com­man­des. Ain­si Gotham, issu des let­tra­ges de vieilles bou­ti­ques et d’abri-bus new-yor­kais, a été remi­se au goût du jour pour deve­nir la typo de GQ lors d’une nou­vel­le for­mu­le, puis la poli­ce de carac­tè­res offi­ciel­le de la cam­pa­gne d’Obama.

Hon­nie par de nom­breux inter­nau­tes, uti­li­sée à tort et à tra­vers pen­dant des années, la fameu­se Comic Sans a été créée au milieu des années 90 pour être la typo de Rover, le chien de Micro­soft, qui jus­que-là par­lait en Times New Roman (un com­ble !). Elle est une réin­ter­pré­ta­tion des carac­tè­res des comics amé­ri­cains.

Quant au Mis­tral, son nom l’indique, il est por­té par un souf­fle pro­ven­çal et même mar­seillais, depuis la fon­de­rie Oli­ve en emprun­tant la Natio­na­le 7.

[Avec Libé, L’Obs et Fran­ce Cultu­re]


Le progrès d’avant-hier : la voiture électrique (1942)

Ce film archi­vé par l’INA date du 26 avril 1968. Mais la nou­veau­té qu’il mon­tre date de 1942. Il s’agit de « l’Œuf élec­tri­que  » mis au point par Paul Arzens, l’ingénieur de la SNCF, « père » des loco­mo­tri­ces élec­tri­ques « BB ». Outre quel­ques pro­pos du même Arzens, ces « Actua­li­tés » inter­ro­gent aus­si le pré­fet de poli­ce Mau­ri­ce Gri­maud qui, dans le mois sui­vant du Joli Mai, va connaî­tre une célé­bri­té à laquel­le il est loin de s’attendre ici. Quoi qu’il en soit, les deux vision­nai­res nous pré­di­sent l’avenir radieux du « tout élec­tri­que » – et bran­ché au nucléai­re pour quel­ques rayon­nan­tes décen­nies.

En plus de la musi­quet­te bien datée qui accom­pa­gne gaie­ment ce petit film, on décou­vre que la pres­se pré-soixan­te-hui­tar­de a déjà pris goût au redou­ta­ble micro-trot­toir, ce degré zéro du jour­na­lis­me, désor­mais triom­phant dans nos médias.

Com­me disait Alexan­dre Via­lat­te, pris dans un embou­teilla­ge : « On n’arrête pas le pro­grès, il s’arrête tout seul  ».

  • Emis­sion « Pano­ra­ma »,
    Offi­ce natio­nal de radio­dif­fu­sion télé­vi­sion fran­çai­se (ORTF)
    Jour­na­lis­tes : Michel Le Pai­re ; Ber­nard Cor­re ;
    Par­ti­ci­pants : Paul Arzens ; Mau­ri­ce Gri­maud.

Docu­ment Ins­ti­tut natio­nal de l’audiovisuel


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote fran­çais aux élec­tions euro­péen­nes se dis­tin­gue com­me une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les élec­teurs FN… Mais des enquê­tes socio­lo­gi­ques font res­sor­tir que, pour ces der­niers, la ques­tion des immi­grés res­te la plus déter­mi­nan­te. D’où les réflexions sui­van­tes tri­co­tées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très inté­res­sant et pro­fond arti­cle trou­vé dans le der­nier Marian­ne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légas­se.

Sous le titre « Les tru­ca­ges d’une bluet­te iden­ti­tai­re », les auteurs dénon­cent une manœu­vre « artis­ti­que », « intel­lec­tuel­le » et à coup sûr com­mer­cia­le par laquel­le se trou­ve défen­due la thè­se du mul­ti­cul­tu­ra­lis­me en train de saper notre modè­le démo­cra­ti­que et répu­bli­cain « à la fran­çai­se », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comi­que, et néan­moins à base de cli­chés pour le coup bien racis­tes : juifs grip­pe-sous, Chi­nois four­bes à peti­tes bites, Noirs lubri­ques à gran­de queue et pas futés, Ara­bes « mus­lims » et voleurs…

qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu -religion-racisme-lepen-Front national

Légen­de four­nie avec l’image offi­ciel­le : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Euro­pe 1 est par­te­nai­re, a dépas­sé la bar­re des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un sco­re que l’équipe du film a célé­bré digne­ment à Can­nes jeu­di soir, après avoir mon­té les mar­ches du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film sem­ble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous som­mes tous racis­tes, et c’est jus­te­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­men­tent les auteurs de l’article, il y aurait un équi­li­bre des racis­mes com­me il y a une équi­li­bre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléai­re : la géné­ra­li­sa­tion de l’agressivité débou­che­rait sur la paix »…

Le pro­cé­dé se dou­ble alors d’une autre fau­te mora­le consis­tant à inver­ser la réa­li­té d’aujourd’hui en mépri­sant ceux qui la subis­sent. Il faut en effet pré­ci­ser que le film se pas­se en milieu bour­geois où les gen­dres en ques­tion sont ban­quier, comé­dien, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils par­lent fran­çais aus­si bien que Fin­kiel­kraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exac­te­ment la socio­lo­gie du « 9-3 » ou des quar­tiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pier­re Bour­dieu (La Misè­re du mon­de, 1993) et aus­si Emma­nuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange matri­mo­nial, essen­tiel­le dans tout pro­ces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Clau­de Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­po­lo­gi­ques.] Or, cet échan­ge, s’enrichissant de la « diver­si­té des peu­ples » achop­pe notam­ment sur le sta­tut de la fem­me que le film éva­cue tota­le­ment et com­me par magie : on n’y voit aucu­ne fem­me voi­lée ! En occul­tant ain­si cet­te ques­tion du voi­le, se trou­ve aus­si éva­cuée la ques­tion du métis­sa­ge et, avec elle, cel­le de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voi­le impo­sé à la fem­me (ou même « libre­ment consen­ti ») la fonc­tion de l’interdit oppo­sé au jeu exo­ga­me : « Tou­che pas à la fem­me voi­lée ! »

Cet­te atti­tu­de s’oppose en effet à tou­te ten­ta­ti­ve d’intégration et vient ain­si ren­for­cer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racis­me, bien qu’il puis­se aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racis­me « anti-Blanc ». Et de noter, avec Todd, que « le taux de maria­ges mix­tes (se réa­li­sant prin­ci­pa­le­ment dans les caté­go­ries popu­lai­res), s’est effon­dré ces tren­te der­niè­res années à cau­se du ren­fer­me­ment endo­ga­mi­que d’une immi­gra­tion récen­te encou­ra­gée à valo­ri­ser et pré­ser­ver sa cultu­re d’origine. On repart se marier au bled. »

(Lire la sui­te…)


« Les Juifs » selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

desproges - les-juifs

Des­pro­ges: « On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la sal­le? » « On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la der­niè­re guer­re mon­dia­le de nom­breux Juifs ont eu une atti­tu­de car­ré­ment hos­ti­le à l’égard du régi­me nazi. » (dr)

Quand Pier­re Des­pro­ges – il y a une ving­tai­ne d’années – s’est com­mis avec son fameux sket­ch inti­tu­lé « Les Juifs », la Fran­ce n’en fut nul­le­ment retour­née. Aujourd’hui que Dieu­don­né a mis le feu aux pou­dres, les meu­tes anti­sé­mi­tes se lâchent. Elle déver­sent des ton­nes d’immondices sur Day­li­mo­tion qui héber­ge les sket­ches de Des­pro­ges. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­tai­res.

Que s’est-il pas­sé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le contex­te a chan­gé. Exten­sion des com­mu­nau­ta­ris­mes, notam­ment reli­gieux ; atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, guer­res d’Afghanistan, du Pro­che et Moyen Orient ; impas­se pales­ti­nien­ne sur­tout et colo­ni­sa­tion israé­lien­ne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut enco­re le cas hier lors de l’émission de Fré­dé­ric Tad­deï  « Ce soir ou jamais  » où, dès le début, le mot « Pales­ti­ne  » déclen­chait  hos­ti­li­té et cli­va­ge entre les inter­ve­nants.

Cer­tes, Des­pro­ges et Dieu­don­né s’opposent com­me le jour et la nuit. Le pre­mier pra­ti­que une dis­tan­cia­tion humo­ris­ti­que affir­mée – à condi­tion tou­te­fois d’adhérer à ses codes et à cet­te dis­tan­ce ; en quoi le ris­que exis­te tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­bot­te dans l’ambiguïté, joue sans ces­se dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixiè­me degré. Quand il ne som­bre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une tel­le confu­sion, son public trou­ve  assez « à boi­re et à man­ger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­con­que dis­tin­guo entre anti­sio­nis­me et anti­sé­mi­tis­me.

Quoi qu’il en soit, et pour mesu­rer cet écart qui mar­que pesam­ment deux épo­ques, revoi­ci donc « Les Juifs » par Pier­re Des­pro­ges, ver­sion vidéo, ou audio.


Les Juifs par pier­re­des­pro­ges

Clip audio : Le lec­teur Ado­be Fla­sh (ver­sion 9 ou plus) est néces­sai­re pour la lec­tu­re de ce clip audio. Télé­char­gez la der­niè­re ver­sion ici. Vous devez aus­si avoir JavaS­cript acti­vé dans votre navi­ga­teur.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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