On n'est pas des moutons

Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouy­gues Immo­bi­lier, c’est déjà la réa­li­té – au moins vir­tuel­le. Voi­ci le « pit­ch » de la vidéo ci-des­sous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Vil­le vous pré­sen­te la vil­le de demain. Vil­le dura­ble, connec­tée et intel­li­gen­te, tel­les sont les inno­va­tions urbai­nes qui per­met­tront d’améliorer la qua­li­té de vie dans la vil­le du futur. Ren­dre une vil­le har­mo­nieu­se et agréa­ble à vivre où la qua­li­té de l’air sera pri­mor­dia­le avec la construc­tion de bâti­ments verts, tel­les seront les pré­oc­cu­pa­tions majeu­res de la vil­le de demain.

Magni­fi­que, n’est-ce pas ? Orwell s’en retour­ne dans sa tom­be.

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Théâtre. Quand Kamel Daoud rejoue Camus et « la mort de l’Arabe »

Kamel Daoud, jour­na­lis­te et écri­vain algé­rien (né en 1970), fait beau­coup par­ler de lui par les temps qui cou­rent. Et pour de bon­ne rai­sons, com­me je l’ai sou­li­gné ici-même à pro­pos de ses ana­ly­ses et cou­ra­geu­ses pri­ses de posi­tion concer­nant l’islamisme – qu’il qua­li­fie de « por­no-isla­mis­me » ; mais aus­si pour son livre, Meur­sault, contre-enquê­te [Éd. Bar­za­kh, Alger, 2013 et Actes Sud 2014] , dis­tin­gué par le Prix Gon­court du pre­mier roman. C’est sur cet ouvra­ge que je reviens ici par le biais de l’adaptation théâ­tra­le qui en a été réa­li­sée par Phi­lip­pe Ber­ling, du Théâ­tre Liber­té à Tou­lon, sous le titre Meur­saults – avec un s plu­riel et énig­ma­ti­que – et dont cinq repré­sen­ta­tions ont été don­nées à Mar­seille*.

Le roman, et donc la piè­ce, s’inspirent de L’Étranger, le livre le plus lu d’Albert Camus – d’ailleurs éga­le­ment adap­té au ciné­ma [en 1967, par Luchi­no Vis­con­ti, avec Mar­cel­lo Mas­troian­ni dans le rôle-titre]. Daoud reprend la « matiè­re » de L’Étranger et en par­ti­cu­lier l’acte cen­tral du roman, le meur­tre de l’Arabe par Meur­sault. Le dra­me et ses consé­quen­ces, on va les revi­vre dans le regard incon­so­lé de Haroun, le frè­re de Mous­sa, la vic­ti­me.

Ce ren­ver­se­ment de point de vue n’exclut nul­le­ment le thè­me de l’absurde, cher à Camus ; mais il se trou­ve quand même détour­né : quand Haroun tue à son tour un Fran­çais, il intro­duit dans son ges­te le poi­son de la ven­gean­ce – de fait racia­le, sinon racis­te – et, du coup, celui de la pré­mé­di­ta­tion. Il ne s’agit donc plus d’un meur­tre « inex­pli­ca­ble », qua­si­ment gra­tuit en quel­que sor­te, mais d’un assas­si­nat. La « nuan­ce » n’est pas que juri­di­que, elle rejoint davan­ta­ge le sor­di­de d’un « fait divers ». Mais Daoud n’en res­te pas là, don­nant à son per­son­na­ge sa dimen­sion réel­le­ment tra­gi­que. On entre alors dans une autre fic­tion, et au cœur de la piè­ce.

meursaults

Ph. d.r.

La scè­ne se situe au len­de­main de l’indépendance, dans la cour d’une mai­son sans dou­te aban­don­née par les anciens colons. Deux murs, deux por­tes, un citron­nier, un ren­fle­ment de ter­re dont on sau­ra qu’il s’agit d’une tom­be. Elle, c’est la mère, muet­te, qui chan­ton­ne ou pous­se des cris de déchi­re­ment. Lui, son seul fils désor­mais. Un dia­lo­gue à demi-ver­bal, si on peut dire, à par­tir d’un mono­lo­gue char­gé com­me une confes­sion : confi­den­ces, aveux, cris de révol­te irré­pres­si­ble. Haroun : « Un souf­fle rau­que tra­ver­se ma mémoi­re, tan­dis que le mon­de se tait. » Aus­si se sai­sit-il de la paro­le pour ne plus la lâcher, dans une lan­gue qui – il le sou­li­gne – lui a été impo­sée, mais dont il aime se ser­vir à des­sein. C’est cel­le du meur­trier de son frè­re, cel­le aus­si de sa vic­ti­me expia­tri­ce qui gît là, sous le citron­nier char­gé de fruits. Absur­di­té enco­re qui oppo­se la vie et la mort. Des ima­ges nais­sent sur les murs de tor­chis blanc, fan­to­ma­ti­ques por­traits du frè­re et de la bien-aimée, écrans de la mémoi­re écor­chée où les appels à la vie s’abîment contre les atro­ci­tés de la guer­re.

Mas­troian­ni sur le tour­na­ge de L’étranger
24 février 1967- 6min 53s

Scè­nes de tour­na­ge du film. Emma­nuel Robles com­men­te les ima­ges. Mas­troian­ni par­le du per­son­na­ge de Meur­sault. Vues d’Alger. Vis­con­ti tour­ne les scè­nes de la condam­na­tion de Meur­sault et expli­que ce qui l’a atti­ré dans le roman de Camus. Mas­troian­ni tour­ne l’accusé entrant dans le boxe. [© Ina, 1967]

Il y a beau­coup de Camus dans ce remue­ment, bien sûr. La pro­pre mère de l’écrivain – pres­que sour­de, elle, et si peu par­lan­te éga­le­ment ; son frè­re mort lui aus­si ; le père tué en 14. Plus enco­re quand Haroun, l’Algérien, se pré­sen­te com­me « ni col­la­bo, ni moud­ja­hi­din ». On se sou­vient du Camus rêvant d’une sor­te d’Algé­rie fran­co-algé­rien­ne, com­me une fédé­ra­tion des cœurs pour la paix. Uto­pie ? Les idéo­lo­gies, en tout cas, n’en vou­lu­rent rien savoir – sur­tout pas ! –, leur oppo­sant la vio­len­ce, la mort.

Dans ce tex­te, on retrou­ve aus­si du Camus de Noces et des exta­ses de Tipa­sa, son appel à la jouis­san­ce de la vie, dans l’urgence de l’instant, liée à la fata­li­té de la mort. Il y a même une pro­jec­tion dans l’inéluctable avec ce rejet des cœurs et de la paix, cet­te nos­tal­gie des (courts) len­de­mains de guer­re et des pos­si­bles, « quand on pou­vait s’enlacer en public, pas com­me aujourd’hui. »

daoud-camus / Anna Andreotti et Ahmed Benaïssa, (Ph. d.r.)

Anna Andreot­ti et Ahmed Benaïs­sa, (Ph. d.r.)

Un fort moment de théâ­tre por­té par deux beaux comé­diens : Ahmed Benaïs­sa, met­teur en scè­ne, acteur et ancien direc­teur de théâ­tre algé­rien ; Anna Andreot­ti, comé­dien­ne et chan­teu­se ita­lien­ne. La tou­che de vidéo dans le décor est par­ti­cu­liè­re­ment réus­sie, tan­dis qu’une lumiè­re moins froi­de aurait mieux évo­qué le soleil de « là-bas » et son impor­tan­ce dra­ma­tur­gi­que, chez Camus com­me chez Daoud.

Une tour­née est annon­cée dans les Cen­tres cultu­rels fran­çais d’Algérie, jus­te retour aux sour­ces, dans une his­toi­re tou­jours inache­vée. En fait, deux his­toi­res mêlées que pro­lon­ge cet­te piè­ce dans laquel­le le met­teur en scè­ne, Phi­lip­pe Ber­ling, veut voir « la riches­se du post colo­nia­lis­me ».

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Syrie. Alep bientôt rayée de la carte, comme Homs ?

L’offensive du régi­me syrien et de son allié rus­se dans la pro­vin­ce d’Alep a pro­vo­qué l’exode de plu­sieurs dizai­nes de mil­liers de Syriens vers la Tur­quie. Près de 60 000 sont mas­sés à la fron­tiè­re tur­que res­tée fer­mée. Un afflux qui fait crain­dre une aggra­va­tion de la cri­se des réfu­giés, que ce soit en Tur­quie qui en accueille déjà 2,5 mil­lions, ou en Euro­pe.

En Syrie, qui comp­tait quel­que 23 mil­lions d’habitants avant le conflit, 13,5 mil­lions de per­son­nes sont affec­tées ou dépla­cées par la guer­re, selon les der­niers chif­fres de l’ONU. Par­mi eux, envi­ron 8 mil­lions se trou­vent tou­jours en Syrie. Car tous n’ont pas quit­té le pays : en fait, la majo­ri­té des per­son­nes jetées sur les rou­tes par la guer­re sont dépla­cées à l’intérieur des fron­tiè­res syrien­nes. Elles ont fui les vio­len­ces et les bom­bar­de­ments.

La vidéo ci-des­sous est hal­lu­ci­nan­te. Elle mon­tre un champ de rui­nes. C’est tout ce qu’il res­te de Homs, la troi­siè­me vil­le syrien­ne meur­trie par cinq années de conflit. Cet­te vidéo a été réa­li­sée par un dro­ne rus­se, pro­ba­ble­ment à des fins de pro­pa­gan­de pour légi­ti­mer l’intervention rus­se en Syrie. Quel­le légi­ti­mi­té pour­rait enco­re émer­ger de ces décom­bres ? Alep pour­rait subir le même sort que Homs, bien que pour le moment les affron­te­ments soient limi­tés à un quar­tier.

Peu­plée de près d’un mil­lion d’habitants, Homs a sou­vent été consi­dé­rée com­me le bas­tion des rebel­les dès le début du conflit, en 2011. Ce n’est que le 1er décem­bre 2015 qu’un accord de capi­tu­la­tion a été signé, sous l’égide de l’ONU.

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Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pourquoi les islamistes détestent-ils autant les femmes ? Pourquoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment librement  ? Autant de questions qui interpellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ainsi que les autres religions monothéistes. Le journaliste-écrivain algérien Kamel Daoud est l’un des tout premiers et trop rares intellectuels du monde musulman à affronter de face ces questions esquivées par les religions – sans doute parce qu’elles leur sont constitutives. Aujourd’hui, à propos des agressions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le "porno-islamisme" et interpelle le regard de l’Occident porté sur l’ « immigré », cet « autre », condamné autant à la réprobation qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

S’interroger valablement sur l’islam conduit à décrypter les mécanismes de haine à l’œuvre dans les discours religieux. Ce qui, par ces temps de fanatisme assassin, ne va pas sans risques. Surtout si on touche aux fondamentaux. Ainsi, le 3 décembre 2014 dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas couché sur France 2, Kamel Daoud déclare à propos de son rapport à l'islam :

« Je persiste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la question de Dieu, on ne va pas réhabiliter l'homme, on ne va pas avancer. La question religieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu'on la tranche, il faut qu'on la réfléchisse pour pouvoir avancer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frappé d'une fatwa par un imam salafiste, appelant à son exécution « pour apostasie et hérésie ». Depuis, le journaliste, chroniqueur au Quotidien d’Oran, est placé sous protection policière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Salman Rushdie, depuis la Grande-Bretagne, en sait quelque chose…

En juin dernier, dans un entretien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insistait sur la question de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«  Le rapport à la femme est le nœud gordien, en Algérie et ailleurs. Nous ne pouvons pas avancer sans guérir ce rapport trouble à l’imaginaire, à la maternité, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les islamistes sont obsédés par le corps des femmes, ils le voilent car il les terrifie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui représente la perpétuation de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le porno-islamisme. Ils sont contre la pornographie et complètement pornographes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont présentes, c’est une révolution. Libérez la femme et vous aurez la liberté.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Italie dans le quotidien La Repubblica et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nouveau sur la question de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brûlante des événements de la saint-Sylvestre à Cologne. Il pousse son analyse sous l’angle des « jeux de fantasmes des Occidentaux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfugié-immigré : angélisme, terreur, réactivation des peurs d’invasions barbares anciennes et base du binôme barbare-civilisé. Des immigrés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJournaliste et essayiste algérien, chroniqueur au Quotidien d’Oran, Kamel Daoud est notamment l’auteur de Meursault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Goncourt du premier roman. Il s’agit d’une sorte de contrepoint à L'Étranger de Camus. Philippe Berling en a tiré une pièce, Meursaults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Bernardines à Marseille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agresseurs mais s’essaie à comprendre, à expliquer – ce qui ne saurait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naïveté », cet angélisme projeté sur le migrant par le regard occidental, qui « voit, dans le réfugié, son statut, pas sa culture […] On voit le survivant et on oublie que le réfugié vient d’un piège culturel que résume surtout son rapport à Dieu et à la femme. »

Il poursuit : « Le réfugié est-il donc « sauvage » ? Non. Juste différent, et il ne suffit pas d’accueillir en donnant des papiers et un foyer collectif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aussi convaincre l’âme de changer. L’Autre vient de ce vaste univers douloureux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde arabo-musulman, le rapport malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le guérir. »

Daoud reformule sa « thèse » :

« Le rapport à la femme est le nœud gordien, le second dans le monde d’Allah [après la question de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refusée, tuée, voilée, enfermée ou possédée. Cela dénote un rapport trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la création et à la liberté. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir nécessaire et est donc coupable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une tentation, d’une fécondation inutile, d’un éloignement de Dieu et du ciel et d’un retard sur le rendez-vous de l’éternité. La vie est le produit d’une désobéissance et cette désobéissance est le produit d’une femme. »

Certes, une telle analyse, par sa finesse et sa pertinence, ne risque pas d’être entendue par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seulement par eux. Ni chez les fanatiques religieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modérés », tant la frontière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être entendu ? – quand il parle – naïvement ? – de « convaincre l’âme de changer »… et quand il souligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de revenir sur« ce porno-islamisme dont font discours les prêcheurs islamistes pour recruter leurs « fidèles » :

« Descriptions d’un paradis plus proche du bordel que de la récompense pour gens pieux, fantasme des vierges pour les kamikazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puritanisme des dictatures, voile et burka. L’islamisme est un attentat contre le désir. Et ce désir ira, parfois, exploser en terre d’Occident, là où la liberté est si insolente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le jugement dernier. Un sursis qui fabrique du vivant un zombie, ou un kamikaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frustré qui rêve d’aller en Europe pour échapper, dans l’errance, au piège social de sa lâcheté : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la question de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fermer les portes ou fermer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solution. Fermer les portes conduira, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fermer les yeux sur le long travail d’accueil et d’aide, et ce que cela signifie comme travail sur soi et sur les autres, est aussi un angélisme qui va tuer. Les réfugiés et les immigrés ne sont pas réductibles à la minorité d’une délinquance, mais cela pose le problème des « valeurs » à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre. Cela pose le problème de la responsabilité après l’accueil et qu’il faut assumer. »

Où l'on voit que la "guerre" ne saurait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce processus historique millénaire parcouru de religions et de violence, de conquêtes et de domination, de refoulements sexuels, de négation de la femme et de la vie, de haines et de ressentiments remâchés… de quel endroit de la planète pourra bien surgir la sagesse humaine ?

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Marseille. Une (autre) origine du monde

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Conception : Elizabeth Saint-Jalmes (sculptures), Mathilde Monfreux (écriture). Avec : Jessy Coste, Gaëlle Pranal, Virginie Thomas, Mathilde Monfreux, Blandine Pinon, Elizabeth Saint-Jalmes. Musique : François Rossi (batteur). Spectacle présenté par Lieux publics, centre national de création en espace public.lieux p

Aujourd’hui, « Sirènes et midi net ». Toujours aussi inspiré, essentiel : chaque premier mercredi du mois, à l’heure de l’alerte générale, entre ses deux salves de sirènes hurlantes, la magie du théâtre vient secouer la ville de sa quotidienneté, de sa torpeur. Avec effet relatif : il faut déjà être un peu éveillé pour ainsi se « karchériser » le cerveau. Deux ou trois cents braves, seulement, osent s’y risquer (sans risques), à l’heure où la normalité est à son ordinaire ouvrage.

Des formes informes, des paquets d’entrailles, de la chair, de la viande, des glandes, de la cervelle, du mou, du dégoulinant. Tout ça sur la scène, tout ce tas se met à trembler comme de la gélatine, puis à remuer comme des paquets de boyaux tombés d’on ne sait quel ventre céleste ou chaotique. C’est l’origine du monde, mais pas à la Courbet, bien avant, dans le grand coït créateur de la matière sans nom, l’innommable magma. L’origine ou bien la fin, la dernière apocalypse, comme celle qui nous guette ; celle que nous prédisent radios, télés, gazettes, heure par heure, jour après jour. Ça pourrait ressembler à ça, et les êtres, dès lors – nous-mêmes – pourrions nous transformer en monstruosités gesticulantes, à bout de souffle, venant mourir-pourrir sur le marbre, devant l’Opéra de Marseille, comme sur le billot d’un boucher sans pitié.

Pas drôle, hein ? Tandis qu’un batteur se déchaîne sur ses fûts et cymbales, les paquets globuleux entrent en danse dans la transe.

Il faut être là, pour ces dix minutes d’opéra sauvage, chaque premier mercredi du mois, devant l’Opéra de Marseille. Tout de même pas dur à retenir ! Et à noter pour des Marseillais de passage.

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De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rectificatif : un mort célèbre par jour. Précision : un mort médiatiquement célébré. Affinement : un mort prélevé dans la Société du Spectacle. Développement.

Le hasard – ici heureuse et infaillible coïncidence – a fait que mon ami Robert Blondin ait, outre-Atlantique, cousu au même moment quelques profondes réflexions autour de la mort, de la célébrité et des trompettes de la renommée fustigées par le lumineux Brassens. Double occasion de « mourir moins bête », comme le clame un grinçant feuilleton quotidien sur Arte, se terminant invariablement par : « …oui, mais bon, vous mourrez quand même ! »

Résumons, par ordre chronologique de décès (liste très provisoire) : Delpech Michel (chanteur), Bley Paul (pianiste de jazz), Turcat André (pilote d’avion), Hunter Long John (bluesman), Galabru Michel (comédien), Boulez Pierre (musicien), Pampanini Sylvana (actrice italienne), Armendros Chocolate (trompettiste cubain), Peugeot Roland (industriel), Courrèges André (styliste de mode), Reid Patrick (rugbyman irlandais), Clay Otis (chanteur de soul étatsunien), Bowie David (chanteur britannique), Angélil René (agent artistique québécois), Desruisseaux Pierre (écrivain québécois), Tournier Michel (écrivain), Alaoui Leïla (photographe franco-marocaine), Scola Ettore (cinéaste), Charles-Roux Edmonde (écrivaine, journaliste)…

J’ai, exprès, mis les noms de famille en tête, comme sur les monuments aux morts et comme on les appelle à chaque célébration de massacres.

Ne pas manquer non plus de citer Allen Woody quand, ayant énuméré les morts successives de Jésus, Marx, Mao, il ajoute, goguenard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Liste ouverte, limitée à la sphère cultureuse ou presque, franco-centrée – bien qu’il y ait là dedans des sportifs, un pilote, des Canadiens, un industriel, un Cubain, une franco-Marocaine…

Le plus marrant, si j’ose dire, c’est la liste complète établie et tenue au jour le jour sur Wikipedia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Monde aussi, "la" référence…

Où l’on voit que le degré de célébrité relève de facteurs multiples, surtout culturels et marchands. Ce qui définit bien la notion de « spectacle » – même si on ne l’étend pas à la critique de la société selon Debord Guy (mort lui aussi – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre popularité et pipolarité, cette dernière tendant à devenir la seule vraie échelle de « valeurs », propulsée en cela par la machine médiatique à fabriquer de l’idole selon des recettes aussi fluctuantes que les cours de la bourse. Fluctuations qui n’altèrent en rien la solidité du Capitalisme, au contraire. Tout comme la célébration des morts célèbres assurent les valeurs des célébrités (provisoirement) vivantes. Ainsi ce flux morbide se trouve-t-il pieusement entretenu. Il fait partie du fond de commerce des gazettes et autres rédactions nécrologiques, voire nécrophiliques.

Ainsi Le Monde – pour ne citer que lui – renferme dans son frigo quelque 300 notices prêtes à démouler après réchauffage à l’actualité. Mais c’est sans doute l’Agence France Presse qui détient la plus garnie des chambres froides – modèle Rungis (gros et demi-gros). Partant de là, la célébration mortuaire vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, maigrichonne ou pléthorique ; ou selon le degré de pipolarité.

Ainsi un Michel Delpech a-t-il « bénéficié » de 20 minutes en ouverture du JT de 20 heures de France 2 ! Boulez un peu plus de cinq, et en fin de journal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaîne. Galabru, ah le bon client que voilà ! Bien moins cependant que Bowie – record absolu, tous supports, sur plusieurs jours (prévoir des « résurrections » type Michael Jackson).

Tels sont aujourd’hui les rites modernes qui entourent la mort, cette donnée du vivant, sans laquelle la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus encore…

22-mort« Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas moissonnant et fauchant, / Noir squelette laissant passer le crépuscule. / Dans l'ombre où l'on dirait que tout tremble et recule, / L'homme suivait des yeux les lueurs de la faux » – Victor Hugo, Les Contemplations

 Où l’on voit enfin que ladite célébrité recouvre la froide – c’est bien le mot – réalité de la mort : « La mortalité dans le monde correspond à 1,9 décès à chaque seconde sur Terre, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 millions de décès chaque année. » C'est beaucoup, mais inférieur au nombre de naissances. Ce qu’on peut regretter en termes strictement démographiques et en particulier sous l’angle malthusien… Comptabilité développée ici, c'est amusant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cette quête de l’immortalité qui semble avoir saisi l’animal humain depuis la nuit des temps. Cette nuit qui l’effraie tant ; pour (ou contre) laquelle l’homo erectus s’est redressé, jusqu’à tenter de devenir sapiens – du moins par moments, selon les lieux et les circonstances…

Pour ce faire, il aura érigé des totems, bramé des incantations, bricolé des rites, des mythes, des cultes et par dessus le marché des religions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obédiences se disputant leur Dieu pourtant devenu unique. Il aura brandi des textes « sacrés » aux fables infantilisantes et, aussi, nourri les arts les plus sublimes, en même temps que les bûchers et innombrables supplices ; puis lancé des hordes de guerriers, tous barbares réciproques et également fanatiques, semeurs de mort, assassins de vie. Dans cette profonde nuit auront surgi, sublimes éclairs isolés ou sporadiques, les torches vacillantes et fières des Lumières.

Nous en sommes là, si incertains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans doute et avec tant de doutes quant à l’avenir de cet homo habilis, si doué pour la souffrance et le massacre. Amen.

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Avez-vous lu le dernier Charlie ? demande Faber

Charlie un an OK

© faber 2015

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Bonne année : « Joie, allégresse, alléluia ! »

Il est de ces rites aux­quels on n’échappe pas. En par­ti­cu­lier le rite païen du renou­veau vital, for­me de renais­san­ce. Rites sociaux cen­sés lier cet­te bizar­re col­lec­ti­vi­té humai­ne. Ici les feux d’artifice, les péta­ra­des ; là les sonos assour­dis­san­tes, les bou­chons et les bul­les ; et les bagno­les incen­diées. Dans tous les cas, du bruit, beau­coup de bruit – pour rien ou pres­que rien, celui du défer­le­ment des vœux, des réso­lu­tions diver­ses, des mêmes lieux com­muns. Com­me les années pré­cé­den­tes, et les sui­van­tes. Cet­te fois enco­re, lais­sons à feu (sans arti­fi­ce) Pier­re Des­pro­ges le soin d’assaisonner le rituel de ses grains de sel télé­vi­suels. Une bon­ne dose d’humour salu­tai­re.

Hep – au fait – bon­ne année !

  • Pen­dant ce temps, un savant fou trans­mu­te du bruit en com­po­si­tion musi­ca­le. Un concer­to pour esca­lier… Si ça vous dit…  C’est là.
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Le Père Noël est (vraiment) une ordure. Achevons-le !

Rino Ste­fa­no Taglia­fier­ro, vidéas­te ita­lien, s’avère aus­si talen­tueux qu’iconoclaste. Oppor­tu­nis­te aus­si, il s’en prend, com­me ci-des­sous, au bour­reau d’enfants autant qu’à la figu­re tuté­lai­re de l’illusionnisme mer­can­ti­lo-reli­gieux qu’il va jusqu’à fai­re explo­ser. Ce ter­ro­ris­me-là ne fait de mal à per­son­ne, si ce n’est à la per­son­ne mythi­que dudit Père Noël. Il l’a bien cher­ché, depuis sa relan­ce com­mer­çan­te par Coca-Cola dans les années 30 ; et depuis qu’il a été sacra­li­sé com­me ordu­re par les comé­diens du Splen­did (1979) et du film « culte » qui en a été tiré (1982). Lequel met à mal de fameux inter­dits moraux… Extraits :

- Vous met­tez jamais de trem­pe à votre fem­me vous ?
- Si, mais pas à coup de fer à sou­der...
- Mais... c’est par­ce que vous êtes pas bri­co­leur.

Alors, s’il faut, selon le pos­tu­lat freu­dis­te, « tuer le père », autant com­men­cer par le plus ordu­rier de tous !…

Mer­ry Christ­mas by Rino Ste­fa­no Taglia­fier­ro from Rino Ste­fa­no Taglia­fier­ro on Vimeo.

PSBon­nes fêtes et ripailles, quand même !

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Dans le jardin du botaniste Jean-Marie Pelt, qui vient de mourir

Bota­nis­te, huma­nis­te, éco­lo­gis­te – ou peut-être d’abord éco­lo­gue, éru­dit de la mai­son Natu­re… Jean-Marie Pelt est mort à 82 ans d’un infarc­tus dans la nuit du 23 décem­bre 2015. Ce Lor­rain enra­ci­né fut aus­si mai­re-adjoint de Metz, où il a fon­dé et pré­si­dé l’Institut euro­péen d’écologie.

On l’entendait cha­que semai­ne sur Fran­ce Inter dans l’émission de Denis Cheys­sou, CO2 mon amour. Un soir de Noël 2011, ce der­nier était allé à sa ren­con­tre, dans son jar­din en Lor­rai­ne, et en avait tiré un très bel enre­gis­tre­ment que voi­ci à nou­veau :

 

Pro­che de Pier­re Rabhi et de Corin­ne Lepa­ge, Jean-Marie Pelt lut­tait contre le dan­ger des OGM, l’hyper pro­duc­ti­vis­me et la socié­té de consom­ma­tion. Dès 1977, dans L’Homme re-natu­ré (Le Seuil), il écri­vait : « Il paraît cha­que jour plus évi­dent que la crois­san­ce éco­no­mi­que ne se pour­suit qu’au prix d’une décrois­san­ce éco­lo­gi­que, tout com­me une tumeur can­cé­reu­se ne s’alimente qu’au détri­ment de l’organisme qu’elle épui­se : dans les deux cas, le bilan final est désas­treux. »

Chré­tien, Jean-Marie Pelt déplo­rait le fait que l’augmentation de la cultu­re scien­ti­fi­que se tra­dui­se par une dimi­nu­tion de la foi et, tout en condam­nant le créa­tion­nis­me, regret­tait que l’enseignement du dar­wi­nis­me pas­se par le pos­tu­lat de l’athéisme. Dua­lis­te sur le plan phi­lo­so­phi­que, il esti­mait que scien­ce et foi sont deux domai­nes dif­fé­rents, la pre­miè­re lui per­met­tant de com­pren­dre la natu­re, et sa foi de « répon­dre aux ques­tions ulti­mes ».

Débat aus­si éter­nel que la mort demeu­re sans retour…

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Corruption et politique. L’exemplarité ordinaire de la Norvège

On peut tou­jours y aller de prê­chi-prê­cha, de pom­peu­ses décla­ra­tions de len­de­mains de cui­tes, rien ne vau­dra l’exemple en action. Ain­si ce repor­ta­ge de 2007 tour­né en Nor­vè­ge pour Com­plé­ments d’enquête, Fran­ce 2. On est loin de la lita­nie du « Moi, pré­si­dent » ou du « Pré­si­dent nor­mal ». Le train de vie de l’Élysée aurait nota­ble­ment dimi­nué sous ce quin­quen­nat – on dira que, vu le pré­cé­dent, ça n’a pas dû être bien dif­fi­ci­le. Soit. Mais il en faut plus sur le regis­tre de l’exemplarité, et pas seule­ment chas­ser du tem­ple poli­ti­que ses Cahu­zac et autres Thé­ve­noud. Plus, afin de n’avoir pas à oppo­ser de la mora­le à qua­tre sous aux autres exac­tions ordi­nai­res écla­bous­sant la « clas­se » poli­ti­cien­ne et déses­pé­rant Billan­court – enfin, ce qu’il en res­te. On n’en fini­rait pas sur ce cha­pi­tre, d’énumérer ce qu’on nom­me pudi­que­ment « les affai­res »pour ne pas dire « scan­da­les ». Égre­nons le cha­pe­let des récen­tes années :

Hip­po­dro­me de Com­piè­gne ; finan­ce­ment occul­te du Par­ti répu­bli­cain ; tram­way de Bor­deaux ; Gué­ri­ni, Syl­vie Andrieu (Mar­seille) ; Kara­chi ; Tak­kied­di­ne ; Total ; Woer­th-Bet­ten­court ; Sar­ko­zy-Kadha­fi ; Byg­ma­lion ; Tapie-Lagar­de ; son­da­ges de l’Élysée (pré­si­den­ce Sar­ko­zy)…

J’allais oublier, cham­pions tou­tes caté­go­ries, les exploits finan­ciers des époux Bal­ka­ny à Leval­lois-Per­ret ! Et aujourd’hui, atten­tion, éplu­cha­ge des patri­moi­nes des Le Pen, père et fille…

Et il n’est ques­tion ici que d’affaires poli­ti­cien­nes, en Fran­ce, hors milieux spor­tifs…

D’après l’Institut de la Ban­que mon­dia­le, le coût de la cor­rup­tion inter­na­tio­na­le s’élève à plus de mil­le mil­liards de dol­lars. De quoi éra­di­quer la misè­re, ou l’attaquer sérieu­se­ment.


Poli­ti­que. Si on com­men­çait par là ? par gerard-pon­thieu-9

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Marseille, au-dessus du Vieux-Port, pour respirer un peu…

MARSEILLE VIEUX PORT VU PAR LE DRONE D’AIR LIBRE. (On peut cou­per le son de la musa­que !)

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Élections. Xavier Bertrand, salaud sartrien (article de 2010, pour l’Histoire…)

Xavier Ber­trand, futur pré­si­dent de la région Nord-Pas-de-Calais-Picar­die, ce poli­ti­cien de bas éta­ge – je main­tiens –, se refait donc une sor­te de vir­gi­ni­té sur l’air du “front répu­bli­cain”. Le poli­ti­cien, on le recon­naît à ça, lui aus­si, tout com­me l’autre : il ose tout. Et, com­me tel, il par­vient à fai­re accroi­re au bon peu­ple si abu­sa­ble qu’il vient de ter­ras­ser le Dra­gon. Lui qui l’a engrais­sé, tout com­me tant de ses congé­nè­res de la bas­se poli­ti­que. Voi­ci donc, pour mémoi­re et pour l’Histoire (avec sa gran­de hache…), ce moment télé­vi­sé de février 2010, il y a cinq ans. Pour illus­trer une bel­le salo­pe­rie.


 

J’écris « salaud sar­trien » par pré­cau­tion judi­ciai­re, vu que c’est une caté­go­rie estam­pillée phi­lo. Bon. Mais nor­ma­le­ment, si j’écrivais à un pote, je m’en pas­se­rais et par­le­rais plu­tôt de la digni­té selon Camus. Car ce type est igno­ble (contrai­re de noble, ça oui !), abject (qu’on a envie de jeter), mépri­sa­ble, etc. Si vous vou­lez le voir en action, y a qu’à cli­quer sur l’image et vous allez assis­ter à la repré­sen­ta­tion la plus vile de ce qu’un poli­ti­cien peut don­ner à voir. Ce lamen­ta­ble spec­ta­cle mon­tre un Xavier Ber­trand et non­obs­tant secré­tai­re géné­ral de l’UMP pra­ti­quer une dan­se du scalp, voi­re une mise à mort, autour d’un jour­na­lis­te du Cour­rier picard. Un tel mépris de la per­son­ne, affi­ché avec tant de mor­gue, ça fait plus que froid dans le dos.

Cela se pas­se le 19 jan­vier, sur le pla­teau de l’émission « Ter­rain poli­ti­que » de la chaî­ne Public Sénat. Xavier Ber­trand, par ailleurs adjoint au mai­re de Saint-Quen­tin (Ais­ne), est ques­tion­né par Nico­las Totet, res­pon­sa­ble de l’édition loca­le du Cour­rier picard à Saint-Quen­tin. Le jour­na­lis­te n’est pas à l’aise, ce n’est pas son truc la télé. L’autre le toi­se de son œil noir com­me un ban­dit au coin du bois. Pas besoin d’en dire plus puis­que le docu­ment fait foi. Ce mor­ceau déso­lant va s’ajouter à la vas­te antho­lo­gie cou­vrant la caté­go­rie vul­ga­ri­té et bas­ses­se poli­ti­cien­nes.

Extrait des réac­tions des lec­teurs du monde.fr :

Sou­tien le plus total au jour­na­lis­te du Cour­rier Picard. Tout le mon­de ne peut pas être à l’aise à la télé­vi­sion, et pro­fi­ter des fai­bles­ses de son contra­dic­teur pour l’humilier, c’est vrai­ment pitoya­ble. Ne vous en fai­tes pas Mon­sieur Totet, ce n’est pas vous qui sor­tez rabais­sé de cet­te vidéo, mais bien le balourd d’en face.

Vrai qu’il fal­lait lui ren­trer dans le lard à l’ex assu­reur trop assu­ré, mais là nib ! Un jour­na­lis­te en for­me de feuille mor­te trem­blan­te à la moin­dre chi­que­nau­de de l’engraissé Ber­trand. Le Cour­rier Picard... ça doit venir du cli­mat, le froid ça fait per­dre ses moyens.

Je vous trou­ve dur avec le pau­vre Xavier. Sou­ve­nez-vous, il était sym­pa dans le lip­dub de l’ump... Pen­sez à son déhan­che­ment, sa peti­te main au bout de son bras des­si­nant des vagues. Avouez, de sui­te, on res­sent bien la bêti­se pro­fon­de, gras­se, du per­son­na­ge...

Le com­por­te­ment de Xavier Ber­trand est celui d’un 4x4 face à une 2 che­vaux : gros, puis­sant et vul­gai­re. Pro­pre­ment scan­da­leux, non pas fel­li­nien, mais ber­lus­co­nien!


Paru icihttp://c-pour-dire.com/xavier-bertrand-salaud-sartrien/  Et sous l’article voir aus­si le per­ti­nent com­men­tai­re de l’époque.

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Élections. “On nous refait le coup de la ligne Maginot”, par Philippe Torreton

Valls était beau l’autre soir à la télé, dra­pé de soie­ries yvet­te-hor­né­rien­ne un soir de 14 juillet, il appe­lait à voter pour la droi­te en citant nom­mé­ment les can­di­dats. Ça y est, il peut la dire fiè­re­ment cet­te phra­se, sans s’emmerder à trou­ver des astu­ces et des com­bi­nes pour s’affirmer de gau­che. Et c’est ain­si qu’au len­de­main d’un vote par­ti­cu­liè­re­ment extrê­me, le front répu­bli­cain nous refait son numé­ro de duet­tis­tes com­me les der­niers cache­tons de Stan Lau­rel et Oli­ver Har­dy qui ne se par­laient plus mais ten­taient enco­re de fai­re rire à l’ancienne dans un mon­de pas­sé au sono­re et à la cou­leur. On nous deman­de de voter à droi­te pour bar­rer la rou­te au Front natio­nal. Cela fait plus de tren­te ans que l’on nous remet les mêmes cou­verts pour man­ger la même sou­pe à la gri­ma­ce, ce n’est pas bon mais ça fait du bien. Mais ça fait du bien à qui ? Ça ras­su­re qui ce vote répu­bli­cain ? Ça per­met quoi ? L’eau mon­te à cha­que marée d’équinoxe élec­to­ra­le mais le front de mer répu­bli­cain résis­te, on rebâ­ti en hâte la digue en rajou­tant un rang de par­paings et on se dit qu’on a fait le bou­lot.

Sauf que là, on nous deman­de de voter entre autres pour un Ber­trand ou un Estro­si, c’est-à-dire ce que la droi­te fait de pire, les Las Vegas de la droi­te, des prêts-à-tout… Au nom d’un soi-disant front répu­bli­cain, on nous deman­de d’aller voter pour des oli­brius qui ont mené une cam­pa­gne pra­ti­que­ment indif­fé­ren­cia­ble de cel­le du FN pour contrer jus­te­ment les can­di­dats FN. C’est absur­de, c’est tris­te­ment absur­de. On peut man­ger de la mer­de sous la mena­ce d’une arme, mais je crois qu’il y a des limi­tes à l’humiliation. On vou­drait ren­for­cer le vote FN que l’on ne s’y pren­drait pas autre­ment. Il faut per­met­tre au peu­ple de gau­che de voter et, pour qu’il puis­se voter, il lui faut des can­di­dats. Ce n’est pas en s’asseyant à plu­sieurs sur le cou­ver­cle de la Cocot­te-Minu­te en sur­chauf­fe que l’on fera retom­ber la pres­sion, pour moi le front répu­bli­cain c’est cela et pas autre cho­se. Plus de tren­te ans que l’on nous res­sert avec les airs finauds et gra­ves qui vont avec le coup du « vote de colè­re » et du « vote mes­sa­ge » qu’il faut savoir écou­ter, évi­dem­ment, et que l’on a bien sûr com­pris. Tren­te ans que tout ce beau mon­de y va des mêmes phra­ses creu­ses, tren­te ans que les citoyens qui votent FN n’ont pas com­pris que vous les aviez com­pris, mais tren­te ans de colè­re, ce n’est plus de la colè­re, c’est un pro­gram­me, Mes­sieurs du front répu­bli­cain, c’est une adhé­sion en par­fai­te connais­san­ce de cau­se, on vote FN sans se cacher, sans pren­dre un air bou­gon, on vote FN tran­quille­ment avec les enfants jus­te avant d’aller voir Mamie qui nous a pré­pa­ré une blan­quet­te de veau. Il est curieux de deman­der le retrait de ses can­di­dats arri­vés troi­siè­me mais de ne pas exi­ger la réci­pro­que pour le camp d’en face. C’est moi qui vois le mal par­tout où se cache­rait-il par là un petit cal­cul poli­ti­que, com­me un espoir de réci­pro­que si jamais on se retrou­ve seul face au FN au deuxiè­me tour de l’élection pré­si­den­tiel­le de 2017, plus on s’affichera grand sei­gneur aujourd’hui moins il sera pos­si­ble à l’autre camp de ne pas appe­ler à voter « répu­bli­cain » à son tour ? L’heure est gra­ve et on nous refait le coup de la ligne Magi­not répu­bli­cai­ne…

Il faut entrer en résis­tan­ce et résis­ter, c’est d’abord étu­dier pré­ci­sé­ment ce que l’on va com­bat­tre et pour com­men­cer ce com­bat il faut admet­tre un résul­tat, être capa­ble de le consta­ter, la Fran­ce est majo­ri­tai­re­ment de droi­te et dans cet­te droi­te le FN est le par­ti pha­re. Ce n’est pas en s’abstenant ni en démis­sion­nant des conseils régio­naux que l’on va résis­ter, c’est en y étant pré­sent, en écou­tant les débats, en par­ti­ci­pant aux votes, en dénon­çant l’inadmissible qui ne tar­de­ra pas à poin­ter son nez, même si je pen­se qu’ils vont tout fai­re durant cet­te pau­vre année qui nous sépa­re de la ker­mes­se pré­si­den­tiel­le de 2017 pour ne pas cho­quer le citoyen qui ne vote pas FN.

Ce front répu­bli­cain est un aban­don, c’est de la poli­ti­que de tapis vert. Pour contrer le FN, il eût été pré­fé­ra­ble de ne pas hur­ler en sueur : « J’aime l’entreprise ! » Ou de décla­rer sans sour­ciller que les Roms n’ont pas voca­tion à s’intégrer, mais au contrai­re don­ner le droit de vote aux étran­gers extracom­mu­nau­tai­res aux élec­tions loca­les, au lieu d’abandonner cet­te pro­mes­se au len­de­main d’une défai­te élec­to­ra­le affi­chant une fois de plus un sco­re impor­tant du FN, com­me un acte d’allégeance ; c’était ne pas appe­ler les pays de l’Union euro­péen­ne à res­trein­dre l’accueil des réfu­giés quel­ques jours après le 13 novem­bre, accré­di­tant du même coup les thè­ses du FN qui voit en cha­que réfu­gié un pos­si­ble ter­ro­ris­te ; c’était ne pas mar­te­ler qu’il n’y a qu’une poli­ti­que pos­si­ble ; c’était ne pas cou­per les bud­gets de la Cultu­re à pei­ne arri­vé au pou­voir mais au contrai­re sou­te­nir les fes­ti­vals au lieu de consta­ter leurs fer­me­tu­res avec un air de cir­cons­tan­ce ; c’était ne pas aban­don­ner les inter­mit­tents à la vin­dic­te mépri­san­te du Medef mais au contrai­re les défen­dre immé­dia­te­ment, tota­le­ment. C’était de pro­fi­ter d’un voya­ge au Luxem­bourg pour taper du poing sur la table en condam­nant cet­te poli­ti­que de dum­ping fis­cal que pra­ti­que le grand-duché. Ne pas sup­po­ser le chô­meur frau­deur et l’assuré social tri­cheur sur­tout lors­que des cen­tai­nes de mil­liards nous échap­pent cha­que année par l’exil et l’optimisation fis­ca­le de nos si chers plus riches et de nos si aimées entre­pri­ses. C’était de ne pas appe­ler de ses vœux une jeu­nes­se se rêvant mil­liar­dai­re, c’était oser les Scop lors­que le grand capi­tal détruit nos indus­tries ; c’était ne pas se décou­vrir à moins d’un an de la COP21 une âme d’écologiste.

Lut­ter contre le FN, c’eût été avoir de la constan­ce et des convic­tions, avoir enco­re un idéal autre­ment plus moti­vant que l’équilibre des comp­tes public et nous y emme­ner, oser le bon­heur pour tous, c’était lais­ser le corps ensei­gnant un peu tran­quille pour une fois, l’écouter et lui don­ner de quoi ensei­gner, les profs connais­sent leur métier, c’est leur pas­sion et ils en ont mar­re qu’on leur dise ce qu’il faut fai­re à coup de réfor­mes obs­cu­res et indé­chif­fra­bles dont le seul but est de trans­for­mer l’école en un tube par lequel on entre « espé­rant » pour en res­sor­tir à l’autre bout « consom­ma­teur ». 

Lut­ter contre le FN, c’était être capa­ble d’abandonner la rigueur bud­gé­tai­re euro­péen­ne pour une autre cau­se que notre sécu­ri­té immé­dia­te, par exem­ple pour venir en aide à nos 5 mil­lions de pau­vres, pour construi­re ces loge­ments qui man­quent à plus d’un mil­lion et demi de per­son­nes, c’était fai­re en sor­te que les Fran­çais ne dépen­sent pas plus de la moi­tié de leur paye pour se loger ; bref lut­ter contre le FN, c’était res­ter de gau­che, vrai­ment, réel­le­ment, de gau­che à en mou­rir, de gau­che à en tenir bon sous la mitraille, c’est reve­nir au plus vite et le plus farou­che­ment pos­si­ble aux valeurs de la gau­che pro­lé­ta­rien­ne, redon­ner du sens au tra­vail, à la cultu­re du tra­vail, son hon­neur et sa gran­deur, au lieu de le détrui­re en fai­sant du tra­vail une tâche à accom­plir, tous les trois jours un hom­me ou une fem­me se sui­ci­de à cau­se de son tra­vail qu’il ou elle ne recon­naît plus, le peu­ple de gau­che avec ses valeurs et son hon­neur se fait humi­lier depuis des années sur l’autel de la crois­san­ce, des fonds de pen­sion, du libre-échan­ge, ce peu­ple d’un autre âge qui ne com­pren­drait pas l’évolution du mon­de et à qui on deman­de diman­che de voter com­me un seul hom­me pour des can­di­dats de droi­te en invo­quant Jau­rès.

Phi­lip­pe Tor­re­ton, comé­dien et auteur.
VENDREDI, 11 DÉCEMBRE, 2015 - L’HUMANITÉ
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Les Actualités Françaises, il y a un demi-siècle…

Coup d’œil dans le rétro des actus de 65 avec les Actua­li­tés Fran­çai­ses du 8 décem­bre : Mont­réal fait peau neu­ve avant l’exposition uni­ver­sel­le, atten­tat Viet­cong à Sai­gon, record du mon­de du 5.000m à Oak­land, nue sous des dia­mants, Gemi­ni VII s’envole vers les étoi­les, créa­tion d’un véhi­cu­le lunai­re, 85% d’électeurs à l’élection pré­si­den­tiel­le… Le tout étant pro­je­té dans les ciné­mas, avant le film, avec au moins une semai­ne de retard. Il y a un demi-siè­cle, le “bon temps”…
[Mer­ci l’Ina !]

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6 Commentaires

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les ter­mes de la licen­ce Crea­ti­ve Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­cia­le - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 Fran­ce). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés com­me tels.
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