On n'est pas des moutons

Athènes, carnet de voyage. 3) « Rencontres avec des hommes remarquables »*

Athènes, 9 juin 2016.  Il faut des jours pour connaître une ville comme Athènes, archi sécu­laire, si riche de beau­té et d’histoire. La par­cou­rir à pied, prendre les trans­ports en com­mun, s’y perdre, croi­ser les habi­tants. Des jours, et encore… Se méfier des pre­mières impres­sions, rare­ment les bonnes (contrai­re­ment à l’adage) ; ce sont celles des pré­ju­gés. Alors reve­nir sur ses pas, mar­cher, res­pi­rer, sen­tir. Odeurs, sons, lumières. Pas tou­jours « joli », « char­mant », dès lors que ça vit.

DSCF5670 Dans mes sou­ve­nirs, si loin­tains, la place Omo­nia fleu­rait bon le lieu pres­ti­gieux. Aujourd’hui, ça sent plu­tôt la pisse et la pau­vre­té. Pareil pour la rue Athi­nas, la déesse fon­da­trice et comme négli­gée dans cette artère peu enga­geante. On dépasse l’Hôtel de ville, quel­conque. Mais c’est là que je croise mon pre­mier « grand homme », et pas n’importe lequel : Péri­clès, en pied et en marbre.

Ça y est, j’ai mis le doigt dans l’engrenage his­to­rique ! C’est bien l’inconvénient avec ces innom­brables sta­tues : soit elles vous narguent et vous ren­voient à votre igno­rance crasse…, soit elles vous obligent à savoir. J’avais bien enten­du par­ler du « siècle de Péri­clès », comme d’une sorte d’âge d’or athé­nien… DSCF4917Pas de quoi nour­rir un topo his­to­rique, ni l’occasion d’en impo­ser un, dont je serai d’ailleurs inca­pable. Mais l’Histoire nous rat­trape, et tout spé­cia­le­ment ici, à chaque coin de rue ou presque, ne serait-ce que sur les plaques bleues émaillées (c’est aus­si leur rôle). De plus, l’étranger de pas­sage, se croit tenu de pous­ser le vice en fré­quen­tant nombre de musées.

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C’est ici, dans ce Musée de l’Acropole, que sont expo­sées cinq des six vraies caria­tides de l’Erechtéion. La cin­quième se trouve au Bri­tish Museum, à Londres. La sep­tième est en prime… [Ph. gp]

DSCF4964Ain­si, je sors du Musée de l’Acropole, le tout beau tout moderne : splen­dide en effet, un monu­ment en soi, bâti sur des ruines – la Grèce, pays de ruines et de mythes superbes – que l’on sur­plombe en mar­chant sur un plan­cher de verre ! Tan­dis que là-haut, sur cette col­line ins­pi­rée, d’abord cita­delle anti-bar­bares, des géné­ra­tions d’architectes et de bâtis­seurs géniaux ont ten­té de conju­rer le temps en édi­fiant un temple, puis d’autres, et même des théâtres… Tan­dis que d’autres géné­ra­tions de tra­vailleurs de la pierre se relaient encore, de nos jours, pour répa­rer, sau­ve­gar­der, restaurer.

Sur l’Acropole, le Par­thé­non, notam­ment, porte les stig­mates de sa si longue his­toire – vingt-cinq siècles ! En grec ancien, par­thé­non signi­fie « appar­te­ment de jeunes filles ». En l’occurrence, il s’agissait d’accueillir la sta­tue d’Athé­na, fille de Zeus, déesse de la sagesse, de la guerre, des arti­sans, des artistes et des ensei­gnants. Une sacrée charge ! D’autant qu’Athéna était aus­si la pro­tec­trice de la cité qui porte son nom. Sa sta­tue, d’ivoire et d’or mas­sif, fut détruite lors d’un incen­die, au Ve siècle. De mul­tiples répliques ont été pro­duites, dont celle qui domine l’Académie d’Athènes [pho­to ci-des­sous]. Encore et tou­jours des sta­tues donc. Et c’est là que je retombe sur mes pieds : à qui doit-on l’édification du Par­thé­non ? À Péri­clès, par­di !

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Deux mots et quelques sur ce Péri­clès, que la modes­tie ne devait pas étouf­fer. On l’a même dit assez méga­lo et déma­go sous ses allures de démo­crates. Ce qui a fait l’objet de livres savants. Tou­jours est-il qu’en grec ancien Περικλῆς / Per­iklễs, signi­fie lit­té­ra­le­ment « entou­ré de gloire ». Né à Athènes vers 495 av. J.-C, il y est mort en 429. [Mer­ci Wiki]. Il acquit sa gloire en guer­rier, sur les fronts des guerres médiques et celles du Pélo­pon­nèse – Thu­cy­dide, le « repor­ter de guerre » dont j’ai déjà par­lé ici, l’admirait beau­coup. Ce n’était pas le cas d’Aris­to­phane, poète et auteur de théâtre, ce Molière de bien avant (- Ve siècle), qui se le paie lit­té­ra­le­ment comme va-t-en guerre assoif­fé de pou­voir. Très près de nous, feu Umber­to Eco lui a taillé un cos­tume de popu­liste… Ce qui nous amè­ne­rait à enta­mer le cha­pitre énorme et inépui­sable de la Démo­cra­tie selon ses innom­brables pen­seurs grecs. Je m’en gar­de­rai bien – par faci­li­té de blo­gueur peu apte aux Tra­vaux d’Hercule. Mais l’actualité poli­ti­cienne, à Athènes comme à Paris et par­tout dans le monde méri­te­rait ce retour aux fon­de­ments his­to­riques et phi­lo­so­phiques. 1

J’en ai donc fini, pour ma part, avec cette pre­mière ren­contre. Lais­sons Périk­lès devant l’Hôtel de ville, pas­sons le grand mar­ché (ago­ra en grec) à pois­son et à viande [« vaut le détour » cepen­dant]. Et voi­là sur qui je tombe : Dio­gène, il se trou­vait en bas de la rue d’Athinas, accrou­pi sur le trot­toir, rata­ti­né sur ses genoux, tout maigre, presque nu, les côtes saillantes. Quand j’ai mis un euro dans sa sébile en plas­tique, il a levé les yeux et a sou­ri. C’était lui !

– Mais Dio­gène était de Sinope, pas d’Athènes. Et il logeait dans une jarre.

– Je sais, et alors ? Il était en vadrouille et venait sou­vent à Athènes. C’était bien lui ! (Je n’ai pas eu l’impudeur de le prendre en pho­to. Sans doute ne m’aurait-il  pas envoyé paître par un « Barre-toi de mon soleil ! » ?)

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Et voi­ci Hip­po­crate, ren­con­tré un peu plus loin, quar­tier de Psi­ri. Dégui­sé en vieux rocker, jouant de la gratte élec­trique devant le rideau bais­sé d’une phar­ma­cie sur lequel son image avait été bom­bée. C’était bien lui !

– Lui, le « père de la méde­cine », tu rigoles ?

– Vois com­bien son illustre por­trait pro­tège sa réin­car­na­tion moderne ! Et comme il nous pro­tège encore : Hip­po­crate fut le pre­mier méde­cin à avoir reje­té les super­sti­tions et les croyances qui attri­buaient la cause des mala­dies à des forces sur­na­tu­relles ou divines. Chapeau !

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Main­te­nant voi­ci Socrate, per­met­tez ! Je sor­tais de l’ancien Ago­ra, je l’ai repé­ré, déam­bu­lant, par­lant à voix haute et sans cesse. J’ai croi­sé son regard ami­cal. Il m’a accor­dé la per­mis­sion d’une pho­to. Et il m’a dit, en grec aca­dé­mique : « À tout à l’heure ! » Et ne l’ai plus revu.

– Ce n’est pas Socrate, il était laid comme un pou ! Le tien est beau comme Zeus.

– Alors, c’était Socrate dégui­sé en Zeus !

En vrai, il s’appelle Gar­ga­la. Ne par­lant ni anglais ni fran­çais, sauf pour dire « A tout à l’heure » et « Mer­ci », je ne sais ce que sa chienne de vie a pu lui réserver….

J’en viens à mes héros per­son­nels « modernes », en fait uni­ver­sels. Zor­ba, Alexis, celui qui m’a ame­né en Grèce à mes 17 ans, l’ado finis­sant que le Cré­tois Nikos Kazant­za­ki venait de tour­ne­bou­ler…. Celui-là de Zor­ba, mon exem­plaire du jour, soixan­te­naire che­nu, je l’ai vu hier dans Exar­chia atta­blé à une ter­rasse avec une jeune femme et un enfant, le teint rou­geaud, sou­rire au vent, par­lant fort, che­mise dépoi­traillées. C’était lui, bien sûr !

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Et la vielle copine de Zor­ba, la Bou­bou­li­na, n’était pas loin : aper­çue sur l’avenue Aka­di­mia, toute enfa­ri­née et empar­fu­mée, robe bleue à fleurs, hauts-talons sca­breux, des dread­locks jusqu’aux fesses. C’était elle, mais oui !

Ce voyage, je le vis comme un double retour aux sources :

– les miennes, celle de mon pas­sage de l’ado à l’adulte, si pos­sible à la vie d’homme ;

– les sources de notre civi­li­sa­tion dans ce monde si déso­rien­té. Ça ne pou­vait être plus essen­tiel, sur­tout vers la fin d’une existence.

–––––––––

*J’emprunte à Peter Brook le titre de son film consa­cré à la vie de Georges Gurd­jieff (1979).

Pho­tos de gp.

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Notes:

  1. J’apprends que Mon­te­bourg sug­gère de rem­pla­cer les séna­teurs élus par des citoyens tirés au sort… Quoi, aurait-il eu connais­sance du sys­tème démo­cra­tique de la Grèce antique ? J’espère reve­nir sur ce cha­pitre.

Athènes, carnet de voyage. 2) Exárcheia, territoire anarchiste

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Athènes, 7 juin 2016.  J’ai quit­té dimanche le quar­tier de Metaxour­gio pour celui d’Exárcheia. Comme si j’avais migré des Ternes à Ménil­mon­tant, à Paris. Ou bien, à Mar­seille, de Vau­ban au cours Julien – ce qui est plus juste. Je me trouve à une enca­blure du Musée archéo­lo­gique et plus près encore de l’École poly­tech­nique. Comme qui dirait « au cœur du pro­blème » grec.

Quoi, pro­blème ? Depuis le « traîne-couillons » uni­ver­sel qui char­rie le tou­riste ici comme par­tout, Athènes pré­sente le charme des capi­tales à haut niveau cultu­rel-mar­chand ; son cir­cuit emprunte les hauts-lieux entre­te­nus car ren­tables. En jupette, avec leurs sou­liers à pom­pons, les gardes pré­si­den­tiels (evzones) per­pé­tuent leur rituel désuet – désuet en appa­rence, mais à sym­bo­lique pro­fonde : la fus­ta­nelle, cette jupe, serait for­mée de 400 plis rap­pe­lant les quatre siècles d’occupation turque (je revien­drai sur la ques­tion turque).

DSCF5528Le tou­risme se nour­rit gras­se­ment du folk­lore et de ses cli­chés. Mais quel heu­reux pri­vi­lège, ma foi, de dégus­ter un verre de ret­si­na (vin blanc rési­né) sur une ter­rasse au pied de l’Acropole ! La crise grecque, où ça ?

Ici, à Exár­cheia, ils connaissent. Pris entre deux quar­tiers bour­geois, Εξάρχεια (en grec moderne) est renom­mé pour être le foyer de l’anarchisme en Grèce. Anar­chie, mot grec à l’origine [je les sou­ligne désor­mais en pas­sant] : an, pré­fixe pri­va­tif : absence de, et arkhê, hié­rar­chie, com­man­de­ment. Je me régale ici de l’étymologie – encore du grec ! Que serions-nous sans ces racines ? [La que­relle du grec au col­lège n’est pas ano­dine ; pour en avoir été pri­vé, j’en mesure l’importance fon­da­men­tale un demi-siècle plus tard.] Je m’amuse à l’idée de taqui­ner l’étymologie du mot éty­mo­lo­gie : c’est ce qui éclaire le sens des mots et, ain­si, ouvre la pen­sée. On voit bien que tout se tient chez l’animal pen­sant-par­lant, et écri­vant et vivant à l’occasion.

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« Tout ou toute une his­toire »… Mar­tial, lec­teur scru­pu­leux, s’interroge sur l’accord de « tout » dans mon pré­cé­dent titre. Moi aus­si… J’ai véri­fié : « tout » est ici un adverbe, inva­riable, car il exprime le sens de « com­plè­te­ment », « tout à fait ». Mau­dit français !

Exár­cheia, donc. Rues étroites, plu­tôt sinis­trées d’allure : pas mal de rideaux métal­liques bais­sés, pein­tur­lu­rés, tag­gés comme le moindre recoin. Affiches à pleins murs. Cou­leurs vives sur la ver­dure des arbres, nom­breux. Quar­tiers de squats et aus­si d’imprimeurs, d’éditeurs, dis­quaires, bou­tiques, cyber­ca­fés et épi­ce­ries bio ; beau­coup  de librai­ries, par­fois chics ou bien car­ré­ment « anar », tan­dis que la « com’ » tente sa per­cée, avant-poste d’une boboï­sa­tion qui gagne vers les hau­teurs. Quar­tier « à part », sorte de no man’s land où la police est inter­dite de ter­ri­toire, ou alors seule­ment les robots-cops, quand ça chauffe pour de vrai.

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Je me dois ici de vous pré­sen­ter Geor­gios chez qui je loge, dans son coquet appart’ de la rue Solo­mou, tout en cou­leurs pim­pantes. La qua­ran­taine, regard écar­quillé et sou­rire radieux, il est prof d’informatique et pho­to­graphe che­vron­né. A par­cou­ru une par­tie du monde. Mais ne connaît pas, ou à peine, et de nom, ses ancêtres phi­lo­sophes des temps antiques – il est de son époque, dans l’ « ici et main­te­nant » de nos urgences sans ave­nir (ou alors lequel ?) Geor­gios parle un anglais « fluent » [L’anglais qui est deve­nu ici la seconde langue, comme dans tous les pays à langue régio­nale – salut les Qué­bé­cois de mon cœur ! L’anglais domi­na­teur, média­teur utile, et rata­ti­neur de par­ti­cu­la­ri­tés essen­tielles – tout se paie !] Geor­gios est aus­si cycliste urbain 1 (il y en a si peu à Athènes), mais hier, une por­tière lui est ren­tré dedans en lui cas­sant le bras, et le vélo. Depuis, je trouve que son english est deve­nu chao­tique et j’ai plus de mal à le com­prendre… Sa com­pagne, Alexia, aus­si sym­pa­thique et enjouée ; ingé­nieure, fran­cophone, mili­tante huma­ni­taire, Amnes­ty inter­na­tio­nal, etc.

DSCF5536C’est ain­si qu’hier soir (tard), je me suis retrou­vé avec eux deux sur une ter­rasse fes­toyante, en haut d’un vieil immeuble voi­sin tenu par « Noso­tros », non pas un squat mais ce qu’ils appellent un « espace social libre », lieu auto­gé­ré de résistance.

Résis­tance à quoi ? À tout, par­di ! C’est bien le moindre, quand on consi­dère l’état du pays, que l’on dit en déla­bre­ment – sur­tout l’état d’Athènes qui agglo­mère presque la moi­tié de la popu­la­tion grecque (plus de 4 mil­lions sur 10 mil­lions de Grecs envi­ron. 2 Bien sûr, ça ne se voit pas « en passant ».

Noso­tros (de l’espagnol, cette fois : nous), ras­semble des anar­chistes « soft », de la mou­vance anti-auto­ri­taire, des paci­fistes, plu­tôt non-vio­lents. Plu­tôt, car on ne sait jamais trop ce qui peut arri­ver. Et il s’en est pas­sé des choses dans cette Exar­cheia la noire 3 : C’est à Exar­cheia que com­mencent les émeutes de décembre 2008, après la mort d’un ado­les­cent de 15 ans, tué par balle par un poli­cier, dans une rue du quar­tier. C’est aus­si à Exar­cheia que débute le sou­lè­ve­ment contre la dic­ta­ture des Colo­nels en novembre 1973, lors de la révolte étu­diante de l’Uni­ver­si­té poly­tech­nique natio­nale d’Athènes et éva­cuée par les mili­taires put­schistes le 17 novembre 4

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Cette sculp­ture, à l’entrée de l’École poly­tech­nique, honore les vic­times du sou­lè­ve­ment de novembre 1973, quand les Colo­nels put­schistes décident d’une inter­ven­tion bru­tale. Dès les pre­mières heures du same­di matin 17 novembre 1973, un char-blin­dé pénètre de force au sein de l’université. La vio­lence de l’attaque est sau­vage : il y a offi­ciel­le­ment 34 morts, mais en véri­té beau­coup plus. Des cen­taines de bles­sés se cachent pour évi­ter l’arrestation. Des mil­liers d’arrêtés et d’emprisonnés vont subir la tor­ture par la police militaire.

Donc cette nuit, du haut de cette ter­rasse, de jeunes résis­tants refai­saient le monde, qui en a bien besoin. Un repas avait été pré­pa­ré spé­cia­le­ment en soli­da­ri­té avec des réfu­giés syriens – on sait qu’ils sont nom­breux à être pas­sés par l’île grecque de Les­bos – ou y avoir tré­pas­sé en mer. Aujourd’hui, le gou­ver­ne­ment grec a fer­mé la fron­tière, détour­nant le flux vers la Turquie.

Vu d’ici, de la gauche de gauche athé­nienne, Alexis Tsi­pras (actuel pre­mier ministre) est aus­si « popu­laire » de Valls et Hol­lande auprès de « Nuit debout ». Geor­gios, le bras droit dans le plâtre, raconte en rigo­lant l’histoire sui­vante : Tsi­pras, à la télé, évo­quant des sou­ve­nirs d’enfance, rap­pelle s’être cas­sé le bras gauche et que, gau­cher, il dut se faire droi­tier… « Ce qui ne lui fut pas bien dif­fi­cile », n’ont pas man­qué de com­men­ter les Grecs, goguenards…

C’est tout pour aujourd’hui ; j’étais par­ti pour vous pré­sen­ter d’autres amis, des illustres antiques, car j’ai flâ­né hier, selon ma dérive, dans l’ancien ago­ra. Et j’y ai croi­sé Socrate, si si ! Suite au pro­chain numé­ro (c’est ce qu’en pub, on appelle du tea­sing – qui ne vient pas du grec !)

PS - En ren­trant ce soir, Geor­gios m’apprend qu’un homme a été tué ce matin de deux balles de pis­to­let, sur la place Exár­cheia, là dans notre quar­tier, où je viens de pas­ser… Affaire de drogue, semble-t-il. Ce qui ne sau­rait guère effa­rou­cher un Marseillais…

Bonus (latin) : pano­ra­ma (grec) sur le quar­tier d’Exárcheia. Je revien­drai plus tard sur l’École poly­tech­nique. (Pho­tos de gp).

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Notes:

  1. Je l’étais aus­si, jusqu’à ce que des malo­trus volent mes deux vélos, dont l’électrique de mes 70 balais, en grande par­tie finan­cé par de géné­reux action­naires. Je devais le signa­ler…
  2. La dia­spo­ra grecque (omo­ge­nia) repré­sen­te­rait quelque 6,5 mil­lions de per­sonnes sur les cinq conti­nents et prin­ci­pa­le­ment au États-Unis (de 3 à 4 mil­lions). Chi­ca­go, avec 300 000 Grecs est la troi­sième ville grecque du monde après Athènes et Salo­nique. Source : Biblio­monde. 
  3. Exar­cheia la noire, au cœur de la Grèce qui résiste, de Yan­nis You­loun­tas, pho­tos Maud You­loun­tas. Les Édi­tions Liber­taires, 2013. Un film a éga­le­ment été réa­li­sé par les mêmes auteurs.
  4. Z, le film de Cos­ta Gavras aurait pu/dû se tour­ner à Exar­cheia, mais la dic­ta­ture des colo­nels l’en empê­cha. Le tour­nage eut lieu à Alger qui, par son archi­tec­ture, res­semble beau­coup à Athènes.

Athènes, carnet de voyage. 1) Tout une Histoire

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Athènes, 5 juin 2016. Pour­quoi là ? Tout une his­toire – per­son­nelle. Et toute l’Histoire du monde – enfin cette par­tie qui remonte à l’Antiquité datée et à ce monde qui a ser­ti la Médi­ter­ra­née comme une perle pré­cieuse, ce bijou appe­lé civi­li­sa­tion – bien qu’elle ne soit pas unique. Si on s’en sou­vient tant, après vingt-six siècles, c’est parce qu’ils avaient inven­té l’alphabet – alpha, béta « Ils », ces Grecs lumi­neux à qui l’on doit l’irruption de la pen­sée pen­sante et donc cri­tique, l’élévation de la conscience d’être au monde, et dans quel monde au juste ? Et naî­tront ain­si le ques­tion­ne­ment exis­ten­tiel et l’amour de la sagesse, la phi­lo­so­phie, puis les sciences, les arts, l’histoire, la poli­tique. Mais aus­si la guerre ! Et enfin la démo­cra­tie, tou­jours recommencée…

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Trois tiers pour consti­tuer une ville. Le qua­trième pour l’immortaliser. [Ph. gp]

On s’en sou­vient car ils ont beau­coup écrit… Non pas qu’ils aient inven­té l’écriture, elle venait des Sumé­riens, et peut-être même des Chi­nois si on remonte à la nuit des temps anciens. Mais les Perses, pro­ba­ble­ment, expor­tèrent cette inven­tion fon­da­trice lors de leurs inva­sions bar­bares – bar­bare : qui parle une autre langue, ain­si que le rap­porte Héro­dote 1, le père de l’Histoire et même du journalisme.

Hérodote et Thucydide, inventeurs de l'histoire. Bustes du Musée archéologique de Naples. [d.r.]

Héro­dote et Thu­cy­dide, inven­teurs de l’histoire. Bustes du Musée archéo­lo­gique de Naples. [d.r.]

Ses enquêtes autour de la Médi­ter­ra­née déli­mi­taient le monde connu. Il mesu­rait les dis­tances en stades… (ce que per­pé­tuent les jour­na­listes actuels quand ils disent « grand comme trois ter­rains de foot ») et, au delà, en jours de marche ou de navi­ga­tion à voile. Il décou­vrait le monde, alors si petit en appa­rence connue ; ce monde qu’il par­cou­rait pour l’agrandir, ain­si qu’un Can­dide pré-voltairien.

Il faut aus­si saluer Thu­cy­dide 2, conti­nua­teur d’Hérodote mais en repor­ter de guerre, celle du Pélo­pon­nèse. Pour dire bien vite que les écrits abondent, ins­cri­vant ain­si l’histoire grecque et ses œuvres innom­brables au Patri­moine de l’Humanité. Par­mi ces illustres auteurs se dis­tingue cepen­dant un cer­tain Socrate qui, lui, n’écrivait pas (en tout cas il n’a pas lais­sé d’écrit connu) ; il en char­geait ses dis­ciples et l’un d’eux tout par­ti­cu­liè­re­ment : Pla­ton.

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Les fon­da­teurs de l’Académie des arts : Socrate et son élève, Pla­ton. À l’arrière-plan, l’Université antique. [Ph. gp]

Socrate était un par­leur, un vrai beau par­leur, pas un bara­ti­neur. Entou­ré de ses élèves, il par­lait, mar­chait, ques­tion­nait, pré­ten­dait qu’il ne savait rien. Moyen­nant quoi il éle­va le doute au rang de la connais­sance… Mais ce pre­mier des scep­tiques et des ratio­na­listes, ques­tion­na tout autant les dieux – jusqu’à dou­ter de leur exis­tence. On ne lui par­don­na pas. Et il but la ciguë – jusqu’à la lie.

Je ne vais sur­tout pas pré­tendre ici racon­ter l’histoire de la Grèce « des ori­gines à nos jours »… Mais plu­tôt tenir un car­net de voyage, sur le mode impres­sion­niste et « déri­vant », au sens où Bre­ton puis les situs appré­hen­daient la ville en y déam­bu­lant comme un esquif sans voile, allant au gré des cou­rants sen­so­riels. Remar­quez que ces let­trés, à l’occasion un peu pré­ten­tieux sinon pom­peux, n’avaient rien inven­té. Mon­taigne, quelques siècles avant eux, avaient pra­ti­qué la chose sans besoin de la nommer :

« Moi, qui le plus sou­vent voyage pour mon plai­sir, ne me guide pas si mal. S’il fait laid à droite, je prends à gauche, si je me trouve mal propre à mon­ter à che­val, je m’arrête. [...] Ai-je lais­sé quelque chose à voir der­rière moi ? j’y retourne. C’est tou­jours mon che­min. Je ne trace aucune ligne cer­taine ni droite, ni courbe. » 3

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Figu­rine de marbre de la col­lec­tion cycla­dienne du Musée natio­nal d’archéologie (3000 ans avant notre ère) [P. gp]

C’est qu’on n’invente rien ! ou si peu. Depuis des mil­lé­naires – pour ne pas remon­ter au Déluge et au-delà… – que l’Homme s’est mis à pen­ser, par­ler, créer, agir… il s’est beau­coup répé­té, a beau­coup copié et reco­pié, voire sin­gé, en croyant inno­ver. Les vraies inven­tions sont si rares, quelque fois acci­den­telles et, le plus sou­vent, for­melles. Rares, même dans les arts ! Picas­so et tant d’autres n’ont-ils pas « récu­pé­ré » les créa­tions afri­caines, sculp­tures et masques rituels notam­ment. Ou bien n’ont-ils pas « pom­pé » ces sculp­tures de l’époque dite cycla­dienne 4, dont peut s’enorgueillir le splen­dide Musée archéo­lo­gique d’Athènes ? [Gale­rie pho­to ci-des­sous. Cli­quer sur les vignettes pour les agrandir.]

Ce musée, j’y ai pas­sé l’après-midi com­plet, jusqu’à érein­te­ment. De la Culture grand C dans la splen­deur totale et dans des condi­tions muséo­lo­giques excep­tion­nelles.. Des col­lec­tions pré­his­to­riques remon­tant jusqu’à sept mil­lé­naires « avant » ; puis des sculp­tures par mil­liers, de marbre ou de bronze ; des céra­miques et des terres-cuites ; des bijoux en or ; des vases « à en lou­cher » aurait dit Bras­sens – si on me per­met cet ana­chro­nisme sacrilège…

Qu’on se ras­sure, je ne vais pas écrire un énième guide gré­co-savant. Plu­tôt ten­ter de vous embar­quer dans ma dérive athé­nienne (et au-delà, on ver­ra), toute sub­jec­tive, mais tout de même ancrée au sol, attes­tée par des pho­tos, rela­ti­ve­ment plus « objec­tives » certes. Voi­là pour ce pre­mier épisode.

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Notes:

  1. Auteur d’une grande œuvre his­to­rique, les His­toires, éga­le­ment appe­lée Les Enquêtes, Héro­dote, est né vers 484 av. J.-C. à Hali­car­nasse en Grèce d’Asie mineure (Tur­quie actuelle), mort vers 420 av. J.-C.
  2. Homme poli­tique et his­to­rien athé­nien, né vers 460 av. J.-C., mort, peut-être assas­si­né, entre 400 et 395. Dans sa quête de « la véri­té », il a inven­té la rigueur métho­dique et aus­si le recou­pe­ment des sources d’information.
  3. Essais III, 9 De la vani­té.
  4. Des îles Cyclades. Objets datant d’environ 3000 ans avant notre ère.

Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

« Col­la­ro chez les ploucs ». Repor­tage sur un couple d’agriculteurs de Condé-sur-Seulles, dans le Cal­va­dos. Lui a échoué au per­mis de conduire. Elle est à la remorque… Et Sté­phane Col­la­ro – qui serre la main du mon­sieur mais pas celle de la dame… – d’y aller de sa déma­go­gie d’amuseur public et de son mépris des gens simples de la cam­pagne. Alors, pour­quoi publier à nou­veau ? Parce que  ce mépris vaut anthro­po­lo­gie, tant pour les obser­vés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poi­lant, tout en témoi­gnant d’une époque et d’une forme de télé­vi­sion (Antenne 2, émis­sion La Lor­gnette, 2 avril 1978. © Archives Ina).

Dans un autre registre, mais proche, revoyons cet autre mor­ceau d’anthologie : Dumayet et Des­graupes, Pierre-s angu­laires du scoop rim­bal­dien 

Comme quoi la « télé-réa­li­té », dès ses ori­gines, c’est d’abord la réa­li­té de la télé.

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Ben oui : baisser le Smic ! (Faber)

© faber - 2016

 

 

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Pourquoi il serait bon de garder un peu de fuel

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André Brahic dans le cosmos

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[Ph. dr]

« C’est un feu d’artifice qui vous hyp­no­tise  » a-t-on pu dire de lui 1 :  astro­nome et astro­phy­si­cien, André Bra­hic est mort d’un can­cer ce 15 mai à Paris, où il était né il y a 73 ans. Un grand bon­homme, comme on peut le dire avec fami­lia­ri­té pour expri­mer admi­ra­tion et sym­pa­thie. Je ne l’ai pas connu mais j’en ai eu l’impression, tant il me sem­blait proche à cha­cune de ses inter­ven­tions à la radio – plus rare­ment à la télé. Son enthou­siasme, son sens de la répar­tie, de l’humour et de l’improvisation dans ses expli­ca­tions cepen­dant rigou­reuses, étayées par un art de la méta­phore… tout cela fai­sait d’André Bra­hic un remar­quable vul­ga­ri­sa­teur scientifique.

Pas­sion­né par le cos­mos et ses mys­tères, éti­rant son insa­tiable curio­si­té entre le big-bang et l’infinité des mondes, il fut aus­si le décou­vreur des anneaux de Nep­tune, dont il était un spé­cia­liste, ain­si que de Saturne.

Il avait aus­si par­ti­ci­pé à la mis­sion Cas­si­ni, dont la sonde du même nom fut lan­cée le 15 octobre 1997 en direc­tion de Saturne pour arri­ver aux alen­tours du 1er juillet 2004. La mis­sion, ini­tia­le­ment pré­vue pour une durée de quatre ans, a été pro­lon­gée jusqu’en 2019, compte tenu de la richesse des pre­mières obser­va­tions. Ain­si André Bra­hic devait-il être membre de la com­mu­nau­té Cas­si­ni jusqu’en 2021, mis­sion qu’il ne pour­ra hono­rer. Son nom a été don­né à un astéroïde.

Comme tous les épris de connais­sance, il savait ques­tion­ner l’inconnu avec phi­lo­so­phie. Ain­si cette idée selon laquelle les mythes sont néces­saires aux hommes : ils leur per­mettent de se soli­da­ri­ser, de se sen­tir ensemble… Jusqu’à se faire la guerre !

André Bra­hic est notam­ment l’auteur de livres comme Enfants du Soleil et De Feu et de glace (Éd. Odile Jacob).

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Notes:

  1. « André Bra­hic, super­star ! », La Marche des sciences, d’Aurélie Luneau, France Culture, octobre 2014.

BD de comptoir, par Faber

faber

© Faber 2016

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Harcèlement sexuel. S’il fallait « jeter la pierre » à Denis Baupin…

L’affaire Bau­pin. Exci­ta­tion géné­rale, à base média­tique… J’écris « exci­ta­tion » sciem­ment, avec ses conno­ta­tions ner­veuses et sexuelles. L’affaire en ques­tion excite en pro­por­tion des enjeux et des consé­quences autant poli­ti­ciennes que poli­tiques ; elle excite aus­si sur le registre du voyeu­risme qui ali­mente ou même pro­longe le pro­blème que cer­tains vou­draient dénon­cer. Com­ment a-t-il fait « ça » ? Et envoyez les détails, svp ! Je vois donc là-dedans ce jeu trouble qui met en cause l’ambiguïté des humains autour de la sexua­li­té et du pou­voir – dont la poli­tique serait l’expression raf­fi­née, ou seule­ment « civique ».

Ainsi, l’affaire en cours me semble-t-elle haus­ser d’un cran de plus, dans sa ver­sion « moderne », actuelle, la fon­da­men­tale ques­tion de la sexo-poli­tique 1. À savoir, ce qui met en jeu, en oppo­si­tion et, j’ose dire, en branle 2 le bio­lo­gique & le rai­son­né, le pul­sion­nel & le ration­nel – et pour finir l’individu & la société.

Autant dire qu’une fois de plus, dans une naï­ve­té désar­mante autant que ques­tion­nante, l’animal humain redé­couvre, en quelque sorte, l’origine du monde… social. Mes trois points de sus­pen­sion en disent long, fai­sant ici le pont entre le fameux tableau de Cour­bet 3, c’est-à-dire « la chose », et les démê­lés de l’élu éco­lo­giste. Il s’agit bien du point de pas­sage entre le sexe et la poli­tique, vu cette fois sous l’angle du Spec­tacle – S majus­cule – qui magni­fie la chose en même temps que sa répro­ba­tion. 4

N’y a-t-il pas, der­rière ce flot d’indignations aux moti­va­tions hété­ro­clites, une hypo­cri­sie magis­trale visant à dis­si­mu­ler, sinon à nier, la double com­po­sante de l’homme, et de la femme évi­dem­ment, en tant qu’ani­mal humain ? L’expression déplaît encore. Notam­ment en ce qu’elle dérange les morales éta­blies, et spé­cia­le­ment les reli­gions – toutes les reli­gions. 5

N’est-elle pas là, pré­ci­sé­ment, l’origine du monde… refou­lé, frus­tré, violent, de la domi­na­tion, de la cupi­di­té, du meurtre du vivant et de la liber­té d’être ? N’est-il pas là, le véri­table har­cè­le­ment sexuel : tapi dans son ombre de confes­sion­nal, sous l’obscurité du voile ou dans les noires injonc­tions « divines » anti-vie ; s’en pre­nant aux enfants, tout spé­cia­le­ment, afin de per­pé­tuer ce meurtre jusque dans les plus ter­ribles guerres ?

Qui sont les « machos » ori­gi­naux, sinon ceux qui ont injec­té leurs trop-pleins d’oestrogènes dans les textes dits « sacrés », décré­tant des lois de domi­na­tion, des inter­dits, des infan­ti­li­sa­tions qui sévissent encore, ou en tout cas, s’opposent sans cesse au mou­ve­ment de la vie libre ?

Qui a déni­gré la femme, l’a rabais­sée et conti­nue à le faire en la jetant dans des cachots, sous le voile, ou dans les arrière-mondes ?

Extraits :

Le Nou­veau Tes­ta­ment. (1 Cor 11, 3) :  « Le Christ est le chef de tout homme, l’homme est le chef de la femme, et Dieu le chef du Christ ».

(1 Tim 2, 12-14) :  « Je ne per­mets pas à la femme d’enseigner, ni de faire la loi à l’homme, qu’elle se tienne tran­quille. C’est Adam en effet qui fut for­mé le pre­mier, Eve ensuite. Et ce n’est pas Adam qui se lais­sa séduire, mais la femme qui séduite, a déso­béi. ».

Le Coran. (II, 228) :  « Les maris sont supé­rieurs à leurs femmes ». (IV, 38) :  « Les hommes sont supé­rieurs aux femmes à cause des qua­li­tés par les­quelles Dieu a éle­vé ceux-là au des­sus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter les femmes. Les femmes ver­tueuses sont obéis­santes et soumises. »

L’Ancien tes­ta­ment. (Genèse 3, 16) :  « Le Sei­gneur dit ensuite à la femme: « Je ren­drai tes gros­sesses pénibles, tu souf­fri­ras pour mettre au monde tes enfants. Tu te sen­ti­ras atti­rée par ton mari, mais il domi­ne­ra sur toi » ».

La Torah :  « Sois béni, Sei­gneur notre Dieu, Roi de l’Univers, qui ne m’as pas fait femme », une des prières que tout bon juif doit pro­non­cer chaque matin.

Et je m’arrêterai ici aux portes du boud­dhisme, de l’hindouisme et d’autres reli­gions, mono ou poly­théistes qui, sans excep­tions, placent la femme au second rang.

Pour finir sur ce cha­pitre sans fin, je rap­pel­le­rai à quels points de récents sou­bre­sauts de nos socié­tés dites éclai­rées ont été – plu­tôt plus que moins – « ins­pi­rées » par ces pré­ceptes reli­gieux qui sont deve­nus notre fond culturel.

On ne pour­rait les renier, mais autant en être conscient ; qu’il s’agisse des confron­ta­tions autour des notions de famille (« pour tous » ou pas), de genres sexuels (oppo­si­tions Nature/culture, la nature étant éle­vée à hau­teur divine) ; qu’il s’agisse tout autant de la mar­chan­di­sa­tion des attraits fémi­nins, en par­ti­cu­lier par la publi­ci­té raco­lant sur la voie média­tique ; qu’il s’agisse de tout ce jeu social aus­si com­plexe qu’ambigu entre séduc­tion et conquête, entre fri­vo­li­té et vio­lence. Autant de consi­dé­ra­tions – non de jus­ti­fi­ca­tions – per­met­tant d’expliquer cette double com­po­sante de l’animal humain face à ses pro­grammes internes, bio­lo­giques et cultu­rels : se repro­duire, per­pé­tuer l’espèce et s’élever jusqu’à « faire socié­té ». Il n’est pas dit qu’il y arrive jamais !


Dix cas de sexisme en poli­tique par libe­zap

Voi­là pour­quoi je ne « jet­te­rai pas la pierre » (Bible) à Denis B.

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Notes:

  1. Concept notam­ment déve­lop­pé par Wil­helm Reich dans ses ana­lyses des struc­tures carac­té­rielles de l’humain refou­lé
  2.  « Le monde n’est qu’une bran­loire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse. » (Mon­taigne, Essais, III)
  3. Tableau qui fut un temps la pro­prié­té de Jacques Lacan.
  4. On ne peut alors que pen­ser à Bos­suet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils ché­rissent les causes. »
  5. Que l’homme ne soit pas le sum­mum de la créa­tion de Dieu, voi­là ce que les reli­gions n’ont tou­jours pas par­don­né à Dar­win et sa théo­rie de l’évolution.

L’Alberta en flammes. Fracture hydraulique, fracture écologique

Les catas­trophes suc­cèdent aux catas­trophes. On s’y « fait », on s’habitue à tout. Voyez l’Alberta, au Cana­da. Ça fait de belles images avec des flammes « grandes comme des immeubles ». Voyez cet exode, 100 000 per­sonnes, comme en 40. Des armées de pom­piers recu­lant devant l’ennemi. Et ces forêts par­ties en fumée, quinze, vingt fois plus grandes que Paris ! La télé se lamente, les com­men­ta­teurs déplorent, les bras bal­lants, à cours de super­la­tifs. La fatalité.

On implore la pluie. On brû­le­rait… des cierges. Et que nous dit-on de plus, sinon des pro­pos pétai­nistes : pac­ti­ser pour ne pas capi­tu­ler. Le Feu comme le Diable. Ah oui, un diable ex machi­na, sur­gi de nulle part ou des élé­ments déchaî­nés, des folies de Dame Nature ?

L’Alberta, région de la ruée vers l’or noir, ver­sion schistes bitu­meux. On y vient traire cette vieille vache érein­tée, sur­nom­mée Terre, qui garde de beaux restes, si on détourne les yeux de cer­tains lieux comme ceux-là. À peine recon­naît-on que « c’est la faute au cli­mat », comme si les humains avides n’y étaient pour rien. Et la « frac­tu­ra­tion hydrau­lique », c’est juste une fan­tai­sie esthé­tique, une aimable chi­rur­gie béné­fique… Oui, béné­fique, tout est là, en dol­lars « verts », en pro­fits insa­tiables, à engrais­ser l’obèse Dow Jones.

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Nan­cy Hus­ton : « Fort McMur­ray est une ville ter­ri­fiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle. »

Tan­dis que s’assèchent les nappes phréa­tiques pom­pées à mort sous tout un État grand comme la France ; que la terre aus­si s’assoiffe, devient brû­lante et s’enflamme. Tan­dis que les com­pa­gnies pétro­lières, en exploi­tant les immenses réserves de sables bitu­mi­neux, rasent les forêts, pol­luent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un ter­ri­toire gou­ver­né par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.

Un témoi­gnage à ne pas man­quer, celui de l’écrivaine cana­dienne Nan­cy Hus­ton que publie l’excellent site Repor­terre : En Alber­ta, « l’avènement d’une huma­ni­té... inhumaine »

À lire aussi :

• Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nan­cy Hus­ton, Nao­mi Klein, Meli­na Labou­can-Mas­si­mo, Rudy Wiebe, Lux Edi­teur, 112 pages, 12,00 €

• L’incendie de l’Alberta, para­bole de l’époque, édi­to de Her­vé Kempf.

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Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mou­rir, lui qui aurait pré­fé­ré cre­ver. Faut être encore plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne directe. Enfin, c’est son affaire. On ne sait quand auront lieu ses obsèques natio­nales. Plu­tôt que les Inva­lides ou le Pan­théon, il s’était réser­vé un coin à Mont­martre – à quel cime­tière (celui du haut ou l’autre sous le pont Cau­lain­court) ? Il y aura une fan­fare au moins, comme à la Nou­velle-Orléans ? Une fan­fare de jazz, espé­rons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simone, Ray Charles, Diz­zy Gil­les­pie, Count Basie, Billie Holi­day… le free aus­si, Col­trane, Pha­roah San­ders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­tringue gau­chiste ; s’était fait embo­bi­ner par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était reve­nu ; avait fré­quen­té Mal­com X dont il disait qu’il n’était ni croyant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-violent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes confon­dus – c’était son sport favo­ri, à éga­li­té avec l’anti-militarisme ; de quoi orien­ter toute une vie de des­si­neu-grande-gueule au coup de crayon assas­sin ; de quoi en lan­cer des ana­thèmes défi­ni­tifs, et des « font chier », et des doigts d’honneur grand comme des cac­tus géants, de celui en bronze qui va désor­mais mon­ter la garde sur ses cendres. Ciao Siné !

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Notes:

  1. Dans un inté­res­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans « The Dis­si­dent » (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à faire son coming out sur ce point…

« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume muni­ci­pal, Georges Mothron, maire Les Répu­bli­cains d’Argenteuil, décide si ses conci­toyens peuvent ou non aller voir un film au ciné­ma – et même deux.

Voici l’affaire, résu­mée par Le Figa­ro [30/04/2016] :

« Le ciné­ma Le Figuier blanc a dû annu­ler il y a quelques jours la pro­jec­tion de deux films en rai­son d’une demande expresse du maire de la ville du Val-d’Oise, qui crai­gnait que leurs sujets «mettent le feu aux poudres» dans la commune.

 G. Mothron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «chan­ger l’image de la ville» […] le bou­le­vard Lénine et l’avenue Mar­cel Cachin sont rebap­ti­sés res­pec­ti­ve­ment bou­le­vard du géné­ral Leclerc et ave­nue Mau­rice Utrillo.
• Le 6 août 2007, un arrê­té muni­ci­pal inter­di­sant la men­di­ci­té dans le centre-ville d’Argenteuil est asso­cié à la consigne aux agents de la voi­rie de dif­fu­ser du mal­odore, un répul­sif nau­séa­bond, dans les lieux fré­quen­tés par les sans-abris. La cam­pagne de presse natio­nale qui s’ensuit et des contro­verses sur la réno­va­tion urbaine en cours lui coûtent la mai­rie qui revient au socia­liste Phi­lippe Dou­cet aux élec­tions 2008. Lors des élec­tions muni­ci­pales de 2014, il reprend la mai­rie d’Argenteuil face au maire sor­tant. [Wiki­pé­dia]

« […] La salle, asso­ciée à un centre cultu­rel, a eu la curieuse sur­prise de rece­voir la semaine der­nière un cour­rier […] dans lequel l’élu deman­dait la dépro­gram­ma­tion de deux films : La Socio­logue et l’ourson, d’Étienne Chaillou et Mathias The­ry, et 3000 nuits, de Mari Masri.

« Le pre­mier, sor­ti le 6 avril, est un docu­men­taire qui revient sur les débats autour du mariage homo­sexuel en sui­vant la socio­logue Irène Thé­ry et en met­tant en scène, sur un mode péda­go­gique et ludique, des peluches et des jouets pour évo­quer cer­taines ques­tions et recons­ti­tuer des moments fami­liaux. Le second, dif­fu­sé depuis l’an der­nier dans plu­sieurs fes­ti­vals, raconte l’histoire de Layal, une jeune Pales­tienne incar­cé­rée dans une pri­son israé­lienne, où elle donne nais­sance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la com­mune sont sujets à la polé­mique, d’où leur inter­dic­tion. Dans les colonnes du Pari­sien, il explique que sa déci­sion est «moti­vée par le fait qu’en ces temps trou­blés, des sujets tels que ceux-là peuvent rapi­de­ment mettre le feu aux poudres dans une ville comme Argen­teuil». « Dans un sou­ci d’apaisement [...]la ville a pré­fé­ré jouer la sécu­ri­té en ne dif­fu­sant pas ces films, évi­tant ain­si des réac­tions éven­tuel­le­ment véhé­mentes de cer­tains», ajoute-t-il. Mais l’exigence de l’édile a sur­tout pro­vo­qué une volée de bois vers à l’encontre de la mai­rie d’Argenteuil. »

L’association Argen­teuil Soli­da­ri­té Pales­tine (ASP), qui pro­gram­mait 3000 nuits a dénon­cé « la cen­sure du maire qui, en octobre der­nier, avait déjà inter­dit une expo­si­tion sur l’immigration.»

L’Association pour la défense du ciné­ma indé­pen­dant (ADCI) d’Argenteuil, dénonce « un refus idéo­lo­gique de réflexion sur des ques­tions qui se posent dans le contexte actuel ».

De son côté, la Scam, Socié­té civile des auteurs mul­ti­mé­dia, publie un com­mu­ni­qué sur cet acte de cen­sure. Extraits :

« Les 102.000 habi­tants d’Argenteuil seraient-ils plus décé­ré­brés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Cer­tai­ne­ment pas, mais c’est ain­si que le maire, Georges Mothron, consi­dère les habi­tants en les jugeant inca­pables de regar­der serei­ne­ment un docu­men­taire de socié­té où les per­son­nages prin­ci­paux sont des peluches. Un docu­men­taire qui fait réflé­chir sur pour­quoi la socié­té fran­çaise s’est déchi­rée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Mothron le fera-t-il sai­sir dans les rayon­nages ? Quand le film sera dif­fu­sé à la télé­vi­sion, Georges Mothron fera-t-il cou­per les antennes du dif­fu­seur sur sa ville ?
« En ces temps trou­blés », Georges Mothron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps trou­blés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui apportent de la pen­sée dans les réflexes pav­lo­viens de repli sur soi de telle ou telle communauté.
« La Scam sou­tient la mani­fes­ta­tion orga­ni­sée le 7 mai à 15 heures devant la mai­rie d’Argenteuil pour exi­ger la repro­gram­ma­tion des films et rap­pe­ler au maire, Georges Mothron, que le suf­frage uni­ver­sel ne lui confie pas pour autant un droit à déci­der ce que ses conci­toyens peuvent choi­sir d’aller voir au cinéma. »

Pour ma part, me réfé­rant à la loi sur le non-cumul des man­dats, je rap­pelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumu­ler sa fonc­tion de magis­trat muni­ci­pal avec celles de pro­gram­ma­teur-cen­seur de ciné­ma et de direc­teur des consciences. Non mais.

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Tchernobyl. L’inavouable bilan humain et économique

 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 5 

logo55Le bilan humain et éco­no­mique de la catas­trophe de Tcher­no­byl est qua­si impos­sible à réa­li­ser. L’accident résulte en grande par­tie de la faillite d’un régime basé sur le secret ; un sys­tème à l’agonie qui s’est pro­lon­gé cinq ans après l’accident, puis qui a tra­ver­sé une période des plus trou­blées, pour abou­tir fina­le­ment à des sys­tème de gou­ver­ne­ment plus ou moins para-maf­fieux – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Bié­lo­rus­sie ou de la Rus­sie. Dans de tels sys­tèmes cor­rom­pus, les lob­bies nucléaires ont eu beau jeu de main­te­nir leur emprise sur ce sec­teur mili­ta­ro-indus­triel – comme au « bon vieux temps » de l’URSS.

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Vic­toire ! Une ban­de­role appo­sée sur le réac­teur éven­tré pro­clame que « le peuple sovié­tique est plus fort que l’atome » tan­dis qu’un dra­peau rouge est fixé au som­met de la tour d’aération de la cen­trale à l’issue des tra­vaux de déblaie­ment. [Tass]

Les vic­times n’ont pas été comp­ta­bi­li­sées, elles ne figurent sur aucun registre offi­ciel. Éta­blir un bilan non tru­qué des vic­times directes et indi­rectes, des malades et de leur degré d’affection demeure donc impos­sible. De même pour ce qui est du coût social lié à l’abandon de domi­ciles et de ter­ri­toires, aux familles phy­si­que­ment, psy­cho­lo­gi­que­ment, émo­tion­nel­le­ment anéan­ties. À jamais. Car rien de tels drames n’est répa­rable. Seules des esti­ma­tions peuvent être ten­tées, plus ou moins fon­dées, plus ou moins catas­tro­phistes ou, au contraire, sciem­ment minimisées.

Concer­nant le nombre de morts, les chiffres de l’AIEA (Agence inter­na­tio­nale de l’énergie ato­mique) sont plus que dou­teux ; cet orga­nisme, rat­ta­ché à l’ONU, est en effet lié au lob­by nucléaire inter­na­tio­nal qu’il finance notoi­re­ment. 1 Il faut aus­si savoir que l’OMS (Orga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té) lui est inféo­dée, ce qui rend éga­le­ment sus­pectes toutes ses études sur le domaine nucléaire.…

À défaut d’autres études cré­dibles, consi­dé­rons celles de l’AIEA pour ce qu’elles sont : des indi­ca­tions à prendre avec la plus grande pru­dence. Ain­si, de 2003 à 2005, l’AIEA a réa­li­sé une étude d’où il res­sort que sur le mil­lier de tra­vailleurs for­te­ment conta­mi­nés lors de leurs inter­ven­tions durant la catas­trophe, « seule­ment » une tren­taine sont morts direc­te­ment. Quant aux liqui­da­teurs, l’AIEA pré­tend qu’ils ont été expo­sés à des doses rela­ti­ve­ment faibles, « pas beau­coup plus éle­vées que le niveau natu­rel de radia­tion.  »…

S’agissant des 5 mil­lions d’habitants qui ont été expo­sés à de « faibles doses », l’étude recon­naît un nombre très éle­vé des can­cers de la tyroïde chez les enfants – 4.000 direc­te­ment impu­tables à la catas­trophe. L’Agence admet tou­te­fois que la mor­ta­li­té liée aux can­cers pour­rait s’accroître de quelques pour-cents et entraî­ner « plu­sieurs mil­liers  » de décès par­mi les liqui­da­teurs, les habi­tants de la zone éva­cuée et les rési­dents de la zone la plus touchée,

Tchernobyl-radioactivite

Sans légende… [dr]

Ce bilan offi­ciel est for­te­ment contes­té par cer­tains cher­cheurs. En 2010, l’Académie des sciences de New York a publié un dos­sier à par­tir de tra­vaux menés par des cher­cheurs de la région de Tcher­no­byl. Ils contestent for­te­ment l’étude de l’AIEA, aus­si bien s’agissant du nombre de per­sonnes affec­tées que de l’importance des retom­bées radio­ac­tives. Ain­si, il y aurait eu en réa­li­té 830.000 liqui­da­teurs et 125.000 d’entre eux seraient morts. Quant aux décès dus à la dis­per­sion des élé­ments radio­ac­tifs, il pour­rait s’élever au niveau mon­dial à près d’un mil­lion au cours des 20 ans ayant sui­vi la catas­trophe. Cette esti­ma­tion semble cepen­dant invrai­sem­blable – on l’espère.

Green­peace a aus­si publié un rap­port réa­li­sé par 60 scien­ti­fiques de Bié­lo­rus­sie, d’Ukraine et de Rus­sie. Le docu­ment pré­cise que « les don­nées les plus récentes indiquent que [dans ces trois pays] l’accident a cau­sé une sur­mor­ta­li­té esti­mée à 200 000 décès entre 1990 et 2004. »

On le voit, les écarts éva­lua­tifs sont à l’image des enjeux qui s’affrontent autour de ce type de catas­trophes. Des diver­gences sem­blables appa­raissent éga­le­ment au Japon entre oppo­sants (la majo­ri­té de la popu­la­tion) et par­ti­sans du nucléaire (gou­ver­nants et industriels).

Quant au coût éco­no­mique, il est plus objec­ti­vable que le coût humain à pro­pre­ment par­ler ; même si l’un et l’autre ne devraient pas être dis­so­ciés.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Le n° de mars com­prend un inté­res­sant dos­sier sur le nucléaire.

Plu­sieurs esti­ma­tions ont été réa­li­sées, abou­tis­sant à des mon­tants situés entre 700 et 1 000 mil­liards de dol­lars US – entre 600 et 900 mil­lions d’euros. 2

Un des der­niers rap­ports émane de Green Cross Inter­na­tio­nal. 3 Il prend en compte :
– les coûts directs : dégâts cau­sés à la cen­trale elle-même et dans ses envi­rons, perte de mar­chan­dises et effets immé­diats sur la santé ;
– les coûts indi­rects : retrait de la popu­la­tion de la zone conta­mi­née et consé­quences socié­tales liées à la vie des per­sonnes expo­sées aux radia­tions ain­si que leurs enfants.

La Bié­lo­rus­sie estime à 235 mil­liards d’USD les coûts engen­drés par les dom­mages subis pour les années 1986 à 2015 et à 240 mil­liards d’USD pour l’Ukraine. Ces mon­tants n’incluent pas les coûts liés à la sécu­ri­té, l’assainissement et la main­te­nance de la cen­trale désor­mais arrê­tée ain­si que les coûts actuels pour la mise en place du nou­veau sar­co­phage ; ceux-ci sont pris en charge par les gou­ver­ne­ments des nations concer­nées, sou­te­nus par l’Union Euro­péenne, les États-Unis et d’autres pays. Pour les habi­tants ayant dû quit­ter leur mai­son, des fonds (dont le mon­tant n’est pas connu) ont été déblo­qués, des pro­grammes sociaux et des aides médi­cales mis en place. Mais cha­cun a sans doute essuyé bien plus de pertes dues à l’effondrement de l’économie et subi des séquelles sani­taires et psy­cho­lo­giques impos­sibles à chiffrer.

Le nucléaire pour la bombe
Ne pas perdre de vue que le nucléaire dit « civil » est d’origine mili­taire et le reste d’ailleurs, tant qu’il ser­vi­ra à four­nir le plu­to­nium des­ti­né à fabri­quer les bombes ato­miques. Rap­pe­lons aus­si que le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique (CEA) 4 fut créé par De Gaulle à la Libé­ra­tion, avec mis­sion de pour­suivre des recherches scien­ti­fiques et tech­niques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la science (notam­ment les appli­ca­tions médi­cales), de l’industrie (élec­tri­ci­té) et de la défense nationale.

De son côté Mikhaïl Gor­bat­chev, der­nier diri­geant de l’Union sovié­tique, et aujourd’hui pré­sident de la Croix verte inter­na­tio­nale (Green Cross) a connu son « che­min de Damas » en 1986 : « C’est la catas­trophe de Tcher­no­byl qui m’a vrai­ment ouvert les yeux : elle a mon­tré quelles pou­vaient être les ter­ribles consé­quences du nucléaire, même en dehors d’un usage mili­taire. Cela per­met­tait d’imaginer plus clai­re­ment ce qui pour­rait se pas­ser après l’explosion d’une bombe nucléaire. Selon les experts scien­ti­fiques, un mis­sile nucléaire tel que le SS-18 repré­sente l’équivalent d’une cen­taine de Tcher­no­byl. » (Tcher­no­byl, le début de la fin de l’Union sovié­tique, tri­bune dans Le Figa­ro, 26/04/2006)

Par com­pa­rai­son, l’accident de Fuku­shi­ma, com­pre­nant la décon­ta­mi­na­tion et le dédom­ma­ge­ment des vic­times, pour­rait n’atteindre « que » 100 mil­liards d’euros. Ce mon­tant émane de l’exploitant Tep­co et date de 2013 ; il relève de l’hypothèse basse et ne com­prend pas les charges liées au déman­tè­le­ment des quatre réac­teurs rava­gés. Ces opé­ra­tions dure­ront autour de qua­rante ans et néces­si­te­ront le déve­lop­pe­ment de nou­velles tech­niques ain­si que la for­ma­tion de mil­liers de techniciens.

Et en France ? L’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IRSN) a pré­sen­té en 2013 à Cada­rache (Bouches-du-Rhône), une « étude choc » sur l’impact éco­no­mique d’un acci­dent nucléaire en France.

Un  » acci­dent majeur « , du type de ceux de Tcher­no­byl ou de Fuku­shi­ma, sur un réac­teur stan­dard de 900 méga­watts coû­te­rait au pays la somme astro­no­mique de 430 mil­liards d’euros. Plus de 20 % de son pro­duit inté­rieur brut (PIB).

La perte du réac­teur lui-même ne repré­sente que 2 % de la fac­ture. Près de 40 % sont impu­tables aux consé­quences radio­lo­giques : ter­ri­toires conta­mi­nés sur 1 500 km2, éva­cua­tion de 100 000 per­sonnes. Aux consé­quences sani­taires s’ajoutent les pertes sèches pour l’agriculture. Dans une même pro­por­tion inter­viennent les  » coûts d’image  » : chute du tou­risme mon­dial dont la France est la pre­mière des­ti­na­tion, boy­cot­tage des pro­duits alimentaires.

Le choc dans l’opinion serait tel que l’hypothèse  » la plus pro­bable  » est une réduc­tion de dix ans de la durée d’exploitation de toutes les cen­trales, ce qui obli­ge­rait à recou­rir, à marche for­cée, à d’autres éner­gies : le gaz d’abord, puis les renou­ve­lables. Au-delà des fron­tières,  » l’Europe occi­den­tale serait affec­tée par une catas­trophe d’une telle ampleur « .

Les dom­mages sont d’un tout autre ordre de gran­deur que ceux du nau­frage de l’Eri­ka en 1999, ou de l’explosion de l’usine AZF de Tou­louse en 2001, éva­lués « seule­ment » à 2 mil­liards d’euros. 5

Ces chiffres pour­raient dou­bler en fonc­tion des condi­tions météo­ro­lo­giques, des vents pous­sant plus ou moins loin les panaches radio­ac­tifs, ou de la den­si­té de popu­la­tion. Un acci­dent grave à la cen­trale de Dam­pierre (Loi­ret) ne for­ce­rait à éva­cuer que 34 000 per­sonnes, alors qu’à celle du Bugey (Ain), il ferait 163 000 « réfu­giés radiologiques « .

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Record mon­dial d’installations nucléaires par habitant.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sor­tir du nucléaire.

Pour tem­pé­rer ce tableau apo­ca­lyp­tique, l’IRSN sort la ren­gaine connue du « risque zéro [qui] n’existe pas » et met en avant « les pro­ba­bi­li­tés très faibles de tels évé­ne­ments. 1 sur 10 000 par an pour un acci­dent grave, 1 sur 100 000 par an pour un acci­dent majeur. »

Pour avoir par­ti­ci­pé, dans les années 1960, au sein du Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mique, à l’élaboration des pre­mières cen­trales fran­çaises, Ber­nard Laponche ne par­tage pas du tout cet « opti­misme ». Pour ce phy­si­cien, le nucléaire ne repré­sente pas seule­ment une menace ter­ri­fiante, pour nous et pour les géné­ra­tions qui sui­vront ; il condamne notre pays à rater le train de l’indispensable révo­lu­tion énergétique.

« Il est urgent, clame Ber­nard Laponche, de choi­sir une civi­li­sa­tion éner­gé­tique qui ne menace pas la vie » 6. Selon lui – entre autres spé­cia­listes reve­nus de leurs illu­sions – les acci­dents qui se sont réel­le­ment pro­duits (cinq réac­teurs déjà détruits : un à Three Miles Island, un à Tcher­no­byl, et trois à Fuku­shi­ma) sur quatre cent cin­quante réac­teurs dans le monde, obligent à revoir cette pro­ba­bi­li­té théo­rique des experts. « La réa­li­té de ce qui a été consta­té, estime-t-il, est trois cents fois supé­rieure à ces savants cal­culs. Il y a donc une forte pro­ba­bi­li­té d’un acci­dent nucléaire majeur en Europe. »

[Fin de l’interminable feuille­ton…] 7

 

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Notes:

  1. En par­ti­cu­lier au Japon depuis la catas­trophe de 2011. À noter que le Saint-Siège (Vati­can) est membre de l’AIEA ! (Liai­son directe Enfer-Para­dis ?…)
  2. Le direc­teur de Green­peace France, Pas­cal Hus­ting, chiffre le coût total de la catas­trophe à 1 000 mil­liards de dol­lars US.
  3. Croix verte inter­na­tio­nale, est une orga­ni­sa­tion non gou­ver­ne­men­tale inter­na­tio­nale à but envi­ron­ne­men­tal, fon­dée en 1993 à Kyō­to. Mikhaïl Gor­bat­chev, der­nier diri­geant de l’URSS, en est le fon­da­teur et l’actuel pré­sident.
  4. … « et aux éner­gies alter­na­tives », ain­si que Sar­ko­zy en eut déci­dé, en 2009.
  5. Au delà des coûts, un acci­dent nucléaire ne sau­rait être com­pa­ré à un acci­dent indus­triel dont les effets, même rava­geurs, cessent avec leur répa­ra­tion.
  6. Entre­tien, Télé­ra­ma, 18/06/2011.
  7. Une biblio­gra­phie se trouve avec le pre­mier article de la série.

Tchernobyl. Un nuage, des lambeaux… et le déni français

 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 4 

logo4Début 2002, la  Crii­rad (Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té) publie un atlas de 200 pages qui révèle de façon détaillée la conta­mi­na­tion de la France et d’une par­tie de l’Europe par les retom­bées du « nuage » en ses mul­tiples lam­beaux. Plus de 3 000 mesures ont été effec­tuées de 1999 à 2001 par le géo­logue André Paris sur le ter­ri­toire fran­çais et jusqu’en Ukraine ; les résul­tats, les ana­lyses et la car­to­gra­phie ont été ras­sem­blés et édi­tés par le labo­ra­toire de Valence. C’est un acte d’accusation qui dénonce ain­si le scan­da­leux déni du gou­ver­ne­ment fran­çais et des auto­ri­tés nucléaires de l’époque.

Pour nous en tenir ici à la Corse et à la région Paca, les plus tou­chées en France, les rele­vés mesurent des acti­vi­tés sur­fa­ciques de césium 137 supé­rieures à 30 000 Bq/m2. C’est le cas en par­ti­cu­lier dans le Mer­can­tour, autour de Digne, de Gap et de Sis­te­ron avec des pointes à 50 000 Bq/m2.

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Paca et Corse. Rele­vés de la Crii­rad, 1999, 2000 et 2001. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.

Pour don­ner une idée de cette conta­mi­na­tion, la moyenne des retom­bées consta­tées en France à la suite de l’accident était de 4 000 Bq/m2. Le bec­que­rel (Bq) par mètre car­ré mesure les conta­mi­na­tions de sur­faces. L’activité mesure le taux de dés­in­té­gra­tions d’une source radio­ac­tive, c’est-à-dire le nombre de rayons émis par seconde.

Dans l’instruction d’une plainte dépo­sée en France en 2001 pour « empoi­son­ne­ment et admi­nis­tra­tion de sub­stances nui­sibles » par la Crii­rad, l’Association fran­çaise des malades de la thy­roïde (AFMT) et des per­sonnes ayant contrac­té un can­cer de la thy­roïde, un rap­port (notam­ment co-signé par Georges Char­pak) affirme que le SCPRI a four­ni des cartes « inexactes dans plu­sieurs domaines » et « n’a pas res­ti­tué toutes les infor­ma­tions qui étaient à sa dis­po­si­tion aux auto­ri­tés déci­sion­naires ou au public ». Tou­te­fois, ce rap­port reproche au SCPRI une com­mu­ni­ca­tion fausse mais non pas d’avoir mis en dan­ger la population.

Devant la dif­fi­cul­té d’établir un lien de cau­sa­li­té entre les dis­si­mu­la­tions des pou­voirs publics et les mala­dies de la thy­roïde, la juge Marie-Odile Ber­tel­la-Gef­froy 1 requa­li­fie péna­le­ment la plainte d”« empoi­son­ne­ment » en celle plus large de « trom­pe­rie aggravée ».

Le 31 mai 2006, Pierre Pel­le­rin est mis en exa­men pour « infrac­tion au code de la consom­ma­tion », « trom­pe­rie aggra­vée » et pla­cé sous sta­tut de témoin assis­té concer­nant les délits de « bles­sures invo­lon­taires et atteintes invo­lon­taires à l’intégrité de la personne ».

Le pro­cès se ter­mine par un non-lieu le 7 sep­tembre 2011. Le 20 novembre 2012, Pierre Pellerin[Ref] Direc­teur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants). mort en mars 2013 à 89 ans.[/ref] est recon­nu inno­cent des accu­sa­tions de « trom­pe­rie et trom­pe­rie aggra­vée » par la Cour de cas­sa­tion de Paris qui explique notam­ment qu’il était « en l’état des connais­sances scien­ti­fiques actuelles, impos­sible d’établir un lien de cau­sa­li­té cer­tain entre les patho­lo­gies consta­tées et les retom­bées du panache radio­ac­tif de Tchernobyl ».

Encore aujourd’hui , le débat reste ouvert sur ces patho­lo­gies et leurs origines.

Dans la zone de Tcher­no­byl, beau­coup plus expo­sée que les régions fran­çaises, une aug­men­ta­tion du nombre d’enfants atteints de can­cers pro­vo­qués par la catas­trophe, esti­mée à 5 000 cas, a été consta­tée. Il n’y aurait pas eu d’augmentation des can­cers chez les adultes. Le condi­tion­nel reflète le manque de fia­bi­li­té des études et sta­tis­tiques russes.

Le cas des can­cers thy­roï­diens après Fuku­shi­ma – Com­plé­ment d’info pour les spor­tifs qui sou­haitent aller concou­rir aux JO de 2020 à Tokyo : Kashi­wa est à 26 km du centre de Tokyo, à 200 km de la cen­trale Dai ichi acci­den­tée. Et pour­tant, 112 enfants sur 173 diag­nos­ti­qués ont des pro­blèmes thy­roï­diens à Kashi­wa ! Rap­pe­lons éga­le­ment ici que les can­cers de la thy­roïde des enfants de Fuku­shi­ma sont bien dus à la radio­ac­ti­vi­té : dans la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma, on a détec­té une aug­men­ta­tion de quelque 30 fois du nombre de can­cers de la thy­roïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Le total de jeunes atteints de can­cer de la thy­roïde est de 127, mais offi­ciel­le­ment, cela n’a aucun rap­port avec la radio­ac­ti­vi­té. Cher­chez l’erreur ! Note de Pierre Fetet du 10/11/2015, sur le site Fuku­shi­ma

En France, l’Institut natio­nal de veille sani­taire (INVS) exclut une aug­men­ta­tion des can­cers de la thy­roïde suite aux retom­bées de Tcher­no­byl. Tou­te­fois, une thèse de méde­cine publiée quelques mois après ce rap­port, en 2011, éta­blit un lien entre la catas­trophe et l’augmentation des can­cers diag­nos­ti­qués : celle du doc­teur Sophie Fau­con­nier, fille du doc­teur Denis Fau­con­nier, méde­cin exer­çant en Corse, désor­mais en retraite. Ce der­nier, inter­ro­gé en jan­vier 2015 dans une émis­sion de France Culture, rap­pe­lait non sans quelque amer­tume que, hier comme aujourd’hui, « c’est la poli­tique qui contrôle les don­nées scientifiques ».

Face aux contro­verses sur les effets sani­taires du nuage radio­ac­tif, des faits sont mis en avant :

– Le nombre de can­cers de la thy­roïde a aug­men­té en France régu­liè­re­ment d’environ 7 % en moyenne par an depuis 1975 (soit un qua­dru­ple­ment en 19 ans), sans inflexion par­ti­cu­lière en 1986.

– Les can­cers de la thy­roïde sont très majo­ri­tai­re­ment fémi­nins et l’évolution de leur nombre suit l’évolution du nombre de can­cers du sein.

Deux phé­no­mènes conco­mi­tants sont à prendre en compte :

  • l’augmentation du nombre de can­cers détec­tés par l’accrois­se­ment de la sen­si­bi­li­té des appa­reils à ultra­sons : le seuil de détec­tion des nodules est pas­sé d’un dia­mètre de 10 mm à 2 mm ;
  • une évo­lu­tion dans les com­por­te­ments fémi­nins de prise d’hormones de sub­sti­tu­tions pré- et post- ménopause.

Selon l’étude de l’INVS parue en 2006, les résul­tats ne vont pas glo­ba­le­ment dans le sens d’un éven­tuel effet de l’accident de Tcher­no­byl sur les can­cers de la thy­roïde en France. Tou­te­fois, l’incidence obser­vée des can­cers de la thy­roïde en Corse est éle­vée chez l’homme.

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Les quatre zones de conta­mi­na­tion post Tcher­no­byl recon­nues quelques années après l’accident par l’Institut de pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IPSN). Il appa­raît qu’aucune région fran­çaise n’a été tota­le­ment épargnée.

Le 7 mai 1986, un cour­rier de l’Organisation mon­diale de la san­té indique que « des res­tric­tions quant à la consom­ma­tion immé­diate [du] lait peuvent donc demeu­rer justifiées. »

Le 16 mai, une réunion de crise se tient au minis­tère de l’Intérieur : du lait de bre­bis en Corse pré­sente une conta­mi­na­tion par l’iode 131 anor­ma­le­ment éle­vée, d’une acti­vi­té de plus de 10 000 bec­que­rels par litre. Mais dans la mesure où l’iode 131 a une demi-vie courte (l’activité au bout de deux mois est dif­fi­ci­le­ment détec­table), il a été jugé que le bilan de l’activité radio­ac­tive sur une année ne serait pas affec­té sen­si­ble­ment, et les auto­ri­tés n’ont pas pris de mesure par­ti­cu­lières. Une note du 16 mai éma­nant du minis­tère de l’Intérieur, à l’époque diri­gé par Charles Pas­qua déclare « Nous avons des chiffres qui ne peuvent pas être dif­fu­sés. (…) Accord entre SCPRI et IPSN pour ne pas sor­tir de chiffres. »

Des indices lais­saient pen­ser que pour des per­sonnes qui ont vécu ou vivent encore dans les zones de Corse tou­chées par les pluies du « nuage de Tcher­no­byl », exis­tait une aug­men­ta­tion du nombre de plu­sieurs patho­lo­gies de la thy­roïde, can­cer notam­ment. Mais le lien avec l’accident de Tcher­no­byl a été contes­té. Per­sonne ne nie que dans le monde le nombre de patho­lo­gies de la thy­roïde a effec­ti­ve­ment aug­men­té (dou­ble­ment en Europe) et il y a bien une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive du risque de can­cer de la thy­roïde signa­lée et scien­ti­fi­que­ment recon­nue dans plu­sieurs pays. Cepen­dant, cette aug­men­ta­tion d’une part a com­men­cé avant l’accident de Tcher­no­byl, et d’autre part n’est pas cen­trée sur les zones où il a plu lors du pas­sage du nuage ; une grande par­tie du monde non concer­née par les pluies lors du pas­sage du nuage est éga­le­ment tou­chée par l’augmentation des thyroïdites.

Tchernobyl - nuage-sans-fin

Remar­quable BD édi­tée par l’Asso­cia­tion fran­çaise des malades de la thy­roïde (AMFT). Des­sin de Ming.

Depuis mars 2001, 400 pour­suites ont été enga­gées en France contre “X” par l’Asso­cia­tion fran­çaise des malades de la thy­roïde, dont 200 en avril 2006. Ces per­sonnes sont affec­tées par des can­cers de la thy­roïde ou goitres, et ont accu­sé le gou­ver­ne­ment fran­çais, à cette époque diri­gé par le pre­mier ministre Jacques Chi­rac 2, de ne pas avoir infor­mé cor­rec­te­ment la popu­la­tion des risques liés aux retom­bées radio­ac­tives de la catas­trophe de Tcher­no­byl. L’accusation met en rela­tion les mesures de pro­tec­tion de la san­té publique dans les pays voi­sins (aver­tis­se­ment contre la consom­ma­tion de légumes verts ou de lait par les enfants et les femmes enceintes) avec la conta­mi­na­tion rela­ti­ve­ment impor­tante subie par l’Est de la France et la Corse.

Pour sor­tir du doute, les membres de l’Assem­blée de Corse ont déci­dé de « faire réa­li­ser par une struc­ture indé­pen­dante (…) une enquête épi­dé­mio­lo­gique sur les retom­bées en Corse de la catas­trophe de Tcher­no­byl ». Cette nou­velle étude a été conduite par une équipe d’épidémiologistes et sta­tis­ti­ciens de l’unité médi­cale uni­ver­si­taire de Gênes (Ita­lie). Elle est basée sur l’analyse d’environ 14 000 dos­siers médicaux.

Les auteurs concluent en 2013 à un risque effec­ti­ve­ment plus éle­vé chez les hommes des patho­lo­gies thy­roï­diennes dues à l’exposition au nuage. L’augmentation chez eux des can­cers de la thy­roïde due au fac­teur Tcher­no­byl serait de 28,29 %, celle des thy­roï­dites de 78,28 %, et celle de l’hyperthyroïdisme de 103,21 %. Concer­nant les femmes, la fai­blesse des échan­tillons sta­tis­tiques ne per­met pas de conclure pour les patho­lo­gies hors thy­roï­dites ; pour ces der­nières, l’augmentation due à Tcher­no­byl est chif­frée à 55,33 %51. Concer­nant les enfants corses expo­sés au nuage, l’étude conclut à une aug­men­ta­tion des thy­roï­dites et adé­nomes bénins, et à une aug­men­ta­tion sta­tis­ti­que­ment non signi­fi­ca­tive des leu­cé­mies aiguës et des cas d’hypothyroïdisme.

Cette étude, non publiée dans une revue à comi­té de lec­ture, a fait l’objet de cri­tiques met­tant en avant des fai­blesses métho­do­lo­giques. La ministre de la San­té, Mari­sol Tou­raine rap­pelle ce fac­teur de confu­sion pos­sible, et rejette ces résultats.

La com­mis­sion nom­mée par la col­lec­ti­vi­té ter­ri­to­riale de Corse, qui a com­man­dé cette étude, et sa pré­si­dente Josette Ris­te­ruc­ci estiment que l’augmentation du risque est main­te­nant incon­tes­table et sou­haite une « recon­nais­sance offi­cielle du préjudice ».

[Pro­chain article : L’inavouable bilan humain et éco­no­mique]

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Notes:

  1. Spé­cia­li­sée dans les dos­siers judi­ciaires de san­té publique (affaires du « sang conta­mi­né », de l’hormone de crois­sance, de l’amiante sur le cam­pus de Jus­sieu, de la « vache folle » – ain­si que d’autres dos­siers sen­sibles comme celui de la guerre du Golfe et du nuage de Tcher­no­byl. A, depuis, quit­té ses fonc­tions, décla­rant dans un entre­tien sur France Inter le 12 février 2013 : « Je suis entrée dans la magis­tra­ture car je croyais en la Jus­tice. Je vais en sor­tir, je n’y crois plus. »
  2. Ministres à la manœuvre : Fran­çois Guillaume, Agri­cul­ture ; Michèle Bar­zach, San­té ; Alain Cari­gnon, Envi­ron­ne­ment ; Alain Made­lin, Indus­trie ; Charles Pas­qua, Inté­rieur.

Tchernobyl, 28 avril 1986. L’art du mensonge étatique

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 Chro­nique de la catas­trophe nucléaire de Tcher­no­byl - 3 

L’alerte qu’une catas­trophe nucléaire avait eu lieu arri­va d’abord par la Suède. Le lun­di 28 avril au matin, les employés de la cen­trale de Fors­mark empruntent les por­tiques de contrôle habi­tuels. Une hausse anor­male de la radio­ac­ti­vi­té est détec­tée. Le site est immé­dia­te­ment éva­cué. Mais la fuite ne pro­vient pas de la cen­trale. Compte tenu des vents et des par­ti­cules iden­ti­fiées, il appa­raît que la conta­mi­na­tion pro­vient d’URSS.

Dans l’après-midi, l’AFP confirme : « Des niveaux de radio­ac­ti­vi­té inha­bi­tuel­le­ment éle­vés ont été appor­tés vers la Scan­di­na­vie par des vents venant d’Union soviétique ».

Dans la soi­rée, le Krem­lin recon­naît la sur­ve­nue d’un acci­dent dans un réac­teur de la cen­trale de Tcher­no­byl, sans en pré­ci­ser la date, l’importance ni les causes. L’opacité de la bureau­cra­tie est totale. Mikhaïl Gor­bat­chev n’est infor­mé offi­ciel­le­ment que le 27 avril. Avec l’accord du Polit­bu­ro, il est for­cé de faire appel au KGB pour obte­nir des infor­ma­tions. Le rap­port qui lui est trans­mis parle d’une explo­sion, de la mort de deux hommes, de l’arrêt des réac­teurs 1, 2 et 3. Le déni rejoint l’obscurantisme d’un sys­tème poli­tique en ruines.

Le même jour, en France, le pro­fes­seur Pierre Pel­le­rin, direc­teur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants) 1, fait équi­per des avions d’Air France, se diri­geant vers le nord et l’est de l’Europe, de filtres per­met­tant, à leur retour, d’analyser et faire connaître la com­po­si­tion de cette contamination.

Invi­té du 13 heures d’Antenne 2, le len­de­main 29 avril, Pierre Pel­le­rin fait état de ses contacts avec les experts sué­dois, dénonce à l’avance le catas­tro­phisme des médias et tient des pro­pos ras­su­rants : « Même pour les Scan­di­naves, la san­té n’est pas mena­cée. » Dans la soi­rée, son adjoint, le pro­fes­seur Chan­teur, répond à une ques­tion du pré­sen­ta­teur : « On pour­ra cer­tai­ne­ment détec­ter dans quelques jours le pas­sage des par­ti­cules mais, du point de vue de la san­té publique, il n’y a aucun risque ».

Le mot « nuage » va ain­si connaître sa célé­bri­té en France. Un nuage tou­te­fois invi­sible, entraî­nant les émis­sions radio­ac­tives reje­tées pen­dant les jours qui ont sui­vi l’accident. Mélan­gées à l’air chaud de l’incendie du réac­teur, ces rejets ne contiennent que très peu de vapeur d’eau. Mais les vrais nuages vont jouer un rôle impor­tant et néfaste car, en cre­vant au-des­sus du panache, leurs gouttes d’eau vont entraî­ner plus abon­dam­ment les par­ti­cules radio­ac­tives. La conjonc­tion des deux crée des dépôts humides géo­gra­phi­que­ment très hété­ro­gènes, en taches de léopard.

meteo- Tchernobyl

Image du bul­le­tin météo d’Antenne 2, le 30 avril.

Dans l’après-midi du 30 avril, une des « branches » du nuage est détec­tée par le Labo­ra­toire d’écologie marine de Mona­co, avant de l’être dans l’ensemble du Midi de la France. Pen­dant la nuit, tan­dis que cette branche remonte en direc­tion du nord du pays, sui­vie d’une sta­tion météo à l’autre, une autre branche venant plus direc­te­ment de l’est, aborde aus­si le ter­ri­toire à une alti­tude dif­fé­rente. Mona­co puis le SCPRI en informent l’Agence France-Presse.

Ce 30 avril, la pré­sen­ta­trice Bri­gitte Simo­net­ta, la bouche en coeur, annonce dans le bul­le­tin météo d’Antenne 2 que la France est pro­té­gée du « nuage » par l’anticyclone des Açores et le res­te­ra pen­dant les trois jours sui­vant. Un pan­neau « STOP » vient lour­de­ment appuyer l’image de l’arrêt « à la frontière ».

Une polé­mique s’ensuit, gros­sie par de nom­breuses décla­ra­tions visant plus par­ti­cu­liè­re­ment le Pr Pel­le­rin, bien­tôt cari­ca­tu­ré par cette image du « nuage arrê­té à la fron­tière ». Libé­ra­tion affirme que « les pou­voirs publics ont men­ti en France » et que « le pro­fes­seur Pel­le­rin [en] a fait l’aveu ». Ce der­nier, par la suite, por­te­ra plainte pour dif­fa­ma­tion contre dif­fé­rents médias ou per­son­na­li­tés (dont Noël Mamère). Il gagne­ra tous les pro­cès en pre­mière ins­tance, en appel et en cas­sa­tion. En effet, il n’a pas employé cette image d’arrêt à la fron­tière, même s’il en a induit l’idée. Ain­si, ce télex – ambi­gu – du 1er mai du Pr Pel­le­rin, cité par Noël Mamère, au 13 heures d’Antenne 2 : « Ce matin, le SCPRI a annon­cé une légère hausse de la radio­ac­ti­vi­té de l’air, non signi­fi­ca­tive pour la san­té publique, dans le Sud-Est de la France et plus spé­cia­le­ment au-des­sus de Monaco. »

Vidéo du dépla­ce­ment du nuage radio­ac­tif du 26 avril au 9 mai. La France est presqu’entièrement tou­chée le 1er mai, le sud-est et la Corse plus for­te­ment le 3 mai (docu­ment de l’IRSN, réa­li­sé en 2005, neuf ans après…).

En ces temps recu­lés…, les poli­ti­ciens ne sont pas encore entrés dans l’ère de la com­mu­ni­ca­tion, et les minis­tères du tout nou­veau gou­ver­ne­ment Chi­rac (pre­mière coha­bi­ta­tion) vont se déchar­ger sur ce pro­fes­seur Pel­le­rin, méde­cin expert en radio­pro­tec­tion, pas davan­tage rom­pu aux médias… C’est à lui prin­ci­pa­le­ment qu’incombera la tâche d’ « infor­mer » les Fran­çais des résul­tats des mesures de conta­mi­na­tion radio­ac­tive et du niveau de risque couru.

Les ministres concer­nés, mal coor­don­nés, inter­vien­dront peu par la suite, et sou­vent en gros sabots, comme Alain Made­lin, ministre de l’industrie, mobi­li­sé en boni­men­teur ridi­cule pour clai­ron­ner l’absence de tout risque…

Même son de cloche de toutes parts afin de pré­ve­nir tout mou­ve­ment de panique et de pré­ser­ver le com­merce de la salade prin­ta­nière… Le SCPRI juge tout de suite que la conta­mi­na­tion des ali­ments pro­duits en France sera trop faible pour poser un vrai pro­blème de san­té publique et qu’il n’y a pas lieu de prendre de mesures de pré­cau­tion par­ti­cu­lières, sauf sur les pro­duits impor­tés de l’Est de l’Europe…

Pel­le­rin, à nou­veau, ren­ché­rit avec un com­mu­ni­qué selon lequel il fau­drait ima­gi­ner des élé­va­tions de radio­ac­ti­vi­té dix mille ou cent mille fois plus impor­tantes pour que com­mencent à se poser des pro­blèmes signi­fi­ca­tifs d’hygiène publique. Il pré­cise que les prises pré­ven­tives d’iode des­ti­nées à blo­quer le fonc­tion­ne­ment de la thy­roïde ne sont ni jus­ti­fiées ni oppor­tunes. 2

Le gou­ver­ne­ment fran­çais estime alors qu’aucune mesure par­ti­cu­lière de sécu­ri­té n’est nécessaire.

C’est dans ce contexte de men­songes et de mani­pu­la­tions de l’opinion que naît, à Valence dans la Drôme, la Crii­rad, Com­mis­sion de recherche et d’information indé­pen­dantes sur la radio­ac­ti­vi­té. Des scien­ti­fiques et des citoyens cri­tiques se regroupent pour contre­car­rer l’information offi­cielle qui tourne à la pro­pa­gande sovié­tique. Ani­mée par Michèle Riva­si, aujourd’hui dépu­tée euro­péenne d’Europe-Écologie-Les Verts, cette asso­cia­tion va se poser en contre-pou­voir face aux ins­ti­tu­tions sus­pec­tées de fal­si­fier les faits au pro­fit de l’État et du sys­tème nucléaire.

Vite recon­nue par son sérieux scien­ti­fique, ins­tau­rée dès le départ par sa fon­da­trice, la Crii­rad demeure une réfé­rence dans l’expertise nucléaire. Ces résis­tants ne seront pas les seuls, bien sûr, à s’opposer aux manœuvres men­son­gères contraires au bien com­mun. Il fau­dra aus­si comp­ter sur des oppo­sants poli­tiques, les éco­lo­gistes, certes, ain­si que de nom­breuses asso­cia­tions et les citoyens conscients des dan­gers liés l’énergie nucléaire.

Une résis­tance s’est peu à peu ins­tau­rée, qui aura contri­bué au fil des années à bri­der quelque peu l’ogre affa­mé, à l’amener à rendre des comptes – pas encore à « rendre gorge », bien qu’une autre catas­trophe majeure, celle de Fuku­shi­ma, l’aura à nou­veau étour­di… Mais la bête, tel le Phé­nix, sait renaître de ses cendres. Jusqu’à quand – jusqu’à quelle(s) autre(s) catastrophe(s) ?

Résu­mé en images de l’accident de Tcher­no­byl (docu­ment IRSN)

[Pro­chain article : Un nuage, des lam­beaux… de consé­quences]

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Notes:

  1. Labo­ra­toire situé au Vési­net, le SCPRI est suc­ces­si­ve­ment deve­nu l’Office de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants (OPRI) et enfin l’actuel Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléaire (IRSN), créé pour assu­rer la sur­veillance dosi­mé­trique dans tous les domaines d’utilisation des rayon­ne­ments ioni­sants.
  2. À sup­po­ser que cette mesure ait pu être effec­tive : stocks réels des com­pri­més d’iodure de potas­sium ; mode d’information et de dis­tri­bu­tion. De plus la prise doit être effec­tive une demi-heure avant la conta­mi­na­tion, au plus tard deux heures après. Les doutes quant à l’application d’une telle mesure demeurent actuels. Inter­ro­gez à ce sujet votre phar­ma­cien… (le mien n’a pas de ces com­pri­més en stock…)

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sexpol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse postale !) 

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl). 
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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