On n'est pas des moutons

Mot-clé: écologie

L’économie, cette mythologie déguisée en “science”

Enfin, des pro­pos sur l’économie qui soula­gent ! Non pas des paroles de messie mais, au con­traire, de quoi nous désen­gluer des dogmes assénés par les Lenglet, Attali, Ceux et autres prêcheurs du libéral­isme sal­va­teur. France Inter a eu la bonne idée d’inviter 1 à son micro un écon­o­miste « autre » : Éloi Lau­rent, enseignant à l’IEP de Paris et à Stan­ford, aux Etats-Unis – grand bien soit fait à ses étu­di­ants ! –, auteur de Nou­velles mytholo­gies économiques 2 dans lequel, en effet, il présente l’économie comme une mytholo­gie, lieu où se con­cen­tre le catéchisme néolibéral des­tiné à faire oubli­er les final­ités essen­tielles de l’activité humaine, à savoir le bien-être général et les équili­bres écologiques.

Je ne suis nulle­ment écon­o­miste, ni par cul­ture et moins encore par goût. C’est aus­si en quoi réside ma méfi­ance envers la « chose économique » et sa pré­ten­tion à se pré­val­oir du statut de « sci­ence ». Cette auto-qual­i­fi­ca­tion m’a tou­jours fait rigol­er. Autant que pour ce qui est de la poli­tique, pareille­ment auto-élevée – selon le même effet récur­sif – à hau­teur de « sci­ence ». On par­le ain­si de « sci­ences économiques » – au pluriel de majesté, s’il vous plaît –, et de « sci­ences poli­tiques ». Pour cette dernière espèce, a même été créée une École libre des sci­ences poli­tiques (1872), par la suite surnom­mée « Sci­ences Po » dev­enue une mar­que en 1988, déposée par la Fon­da­tion Nationale des sci­ences poli­tiques [sic]. Voilà com­ment un cer­tain savoir, tout à fait empirique, amal­ga­mant des bribes de soci­olo­gie et de sta­tis­tiques, s’est hissé par elle-même, à un rang pré­ten­du­ment sci­en­tifique.

Dans les deux cas, ce sont ces pseu­do-sci­ences 3 qui pré­ten­dent nous gou­vern­er et, tant qu’on y est, diriger le monde entier. En fait, dans ce domaine de la gou­ver­nance mon­di­ale, c’est l’économie qui tient large­ment le haut du pavé. S’il n’existe pas de Poli­tique mon­di­ale, il y a bien une Banque mon­di­ale. Quand les « Grands » se réu­nis­sent, que ce soit à Davos (Suisse…) ou lors de leurs mess­es régulières tenues par le Groupe des vingt, le fameux « G20 » (ou même 21), il s’agit d’arranger les affaires des pays les plus rich­es, représen­tant 85 % du com­merce mon­di­al, les deux tiers de la pop­u­la­tion du globe et plus de 90 % du pro­duit mon­di­al brut (somme des PIB de tous les pays du monde).

Con­cer­nant les Prix Nobel, on notera que celui de la Paix n’est nulle­ment le pen­dant poli­tique du Nobel de l’Économie. L’histoire de ce dernier est d’ailleurs très par­lante : À l’origine a été créé le Prix de la Banque de Suède en sci­ences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, bien­tôt surnom­mé « prix Nobel d’économie », qui récom­pense chaque année, depuis 1969, une ou plusieurs per­son­nes pour leur « con­tri­bu­tion excep­tion­nelle dans le domaine des  sci­ences économiques ». À not­er que c’est le seul prix géré par la Fon­da­tion Nobel non issu du tes­ta­ment d’Alfred Nobel. L’idée de ce nou­veau « prix Nobel » vient de Per Åsbrink, gou­verneur de la Banque de Suède, l’une des plus anci­ennes ban­ques cen­trales du monde. Soutenu par les milieux d’affaires, Åsbrink s’oppose au gou­verne­ment social-démoc­rate  – qui entendait utilis­er les fonds pour favoris­er l’emploi et le loge­ment –, et pré­conise de s’orienter vers la lutte con­tre l’inflation. Le but caché était de sus­citer un intérêt médi­a­tique et ain­si d’accroitre l’influence de ces milieux d’affaires au détri­ment des idées sociales-démoc­rates. 4

Les dif­férences appar­entes entre poli­tique et économie dis­simu­lent une égale pré­ten­tion « holis­tique ». Cepen­dant, si la poli­tique pré­tend gou­vern­er (de gou­ver­nail), c’est bien l’économie qui tient les rênes, c’est-à-dire les cor­dons de la Bourse. D’où un sem­blant de ten­sion entre les deux domaines, une forme de con­cur­rence pou­vant faire illu­sion, spé­ciale­ment en démoc­ra­tie libérale.

Et plus spé­ciale­ment encore en libéral­isme « avancé » qui place à la barre un habile agent de la grande finance – suiv­ez mon regard.

Éloi Lau­rent frappe juste en rap­pelant les final­ités de l’activité humaine : bien-être pour l’homme, réc­on­cil­ié avec la nature. En quoi il s’accorde à l’étymologie com­mune aux deux mots, économie et écolo­gie : du grec oikos « mai­son, habi­tat », et de nomos, l’usage ou la loi, et logos, sci­ence, dis­cours.

Le reste, c’est de la poli­tique, jeu de com­bi­naisons au prof­it d’une minorité.

Notes:

  1. Le « 7–9 » du 7/7/17. Il a aus­si été maintes fois invité par France Cul­ture.
  2. Ed.Les Liens qui Libèrent
  3. On dis­tingue les sci­ences « dures », ou exactes, (math­é­ma­tiques, physique, chimie, biolo­gie, géolo­gie, etc.) des sci­ences humaines ou « douces » (soci­olo­gie, psy­cholo­gie, philoso­phie, etc.)
  4. Source Wikipé­dia

Interdire la corrida, “grand pas pour l’humanité”

La cor­ri­da est une abom­i­na­tion, une indig­nité et, comme telle, une déqual­i­fi­ca­tion de ses pra­ti­quants – acteurs comme spec­ta­teurs – dans le genre humain. S’il en fal­lait encore une preuve, celle-ci ne suf­fi­rait donc pas encore ?

La “tra­di­tion” ne saurait con­stituer un quel­conque argu­ment de jus­ti­fi­ca­tion d’une telle boucherie à ciel ouvert. Un tel “argu­ment” serait du même ordre que celui jus­ti­fi­ant la muti­la­tion sex­uelle des fil­lettes par l’excision.

La con­di­tion et la place de l’animal dans nos sociétés occi­den­tales font l’objet d’une mise en avant nou­velle et impor­tante, amenant les opin­ions publiques à man­i­fester une oppo­si­tion de plus en plus résolue à toutes formes de mal­trai­tance. C’est évidem­ment la cas pour les ani­maux d’élevage, leurs con­di­tions de vie et de mort, en par­ti­c­uli­er dans le règne du ren­de­ment pro­duc­tif et, pire, encore, dans les abat­toirs. Ces mou­ve­ments d’opinions rejoignent des remis­es en cause des modes ali­men­taires liés à une agri­cul­ture indus­trielle et aux désor­dres écologiques et san­i­taires qui s’ensuivent.

Les spec­ta­cles de cor­ri­da, impli­quant la mise à mort des tau­reaux dans un “com­bat” aus­si iné­gal que cou­ru d’avance – sauf acci­dents, rares – doivent provo­quer autant d’indignation et de protes­ta­tion que les pra­tiques détesta­bles dénon­cées dans les abat­toirs. Leur inter­dic­tion mar­querait un autre “grand pas pour l’humanité”.



Un peu d’air, de senteurs, de hauteur…

La BBC a demandé au réal­isa­teur de doc­u­men­taires Jack John­ston d’aller filmer le print­emps au Japon avec son drone. Et qui dit print­emps au Japon, dit cerisiers en fleurs. Pourvu qu’on aille vers le Temps des ceris­es ! [Passez en plein écran : on s’y croirait !]


Présidentielles. Pour Elzéard Bouffier, l’homme et ses arbres

L’Ange blanc, le Bour­reau de Béthune et Roger Coud­erc en mon­sieur Loy­al… Image plus que jau­nie de la télé en noir & blanc. En couleur, sur écran plat et dans l’apparat des stu­dios pom­peux des grands moments vides, très peu pour moi. Devant l’affligeante par­tie de catch, j’ai tenu un quart d’heure, ques­tion de san­té. De plus courageux m’ont résumé l’affaire, et ce matin, avec ma dose de radio, j’ai com­pris que j’en savais assez pour me dire que je n’avais rien per­du, surtout pas mon temps.

J’ai aus­si cru com­pren­dre que, sur le ring politi­co-télévi­suel, l’une pra­ti­quait en effet le catch – coups bas et appels à la vin­dicte de la salle (le Peu­ple !) ; tan­dis que l’autre s’essayait plutôt à la boxe, dite française en l’occurrence, donc sans exclure les coups de tatane. En gros, le com­bat était pipé, comme prévis­i­ble. D’un côté, un dogue qui jouait son va-tout dans la provoc, la hargne et les lita­nies men­songères ; de l’autre, un prési­den­tiable se devant de la jouer plus fin. Ce ne lui fut pas bien dif­fi­cile, au vu de la grossière charge opposée. De ce seul point de vue on ne peut déclar­er le match nul, encore moins arch­in­ul. Car la forme aura par­lé, l’emportant sur le fond. C’est presque tou­jours le pro­pre des com­bats télévisés, portés à ren­forcer la bina­rité des com­porte­ments et des idées (quand il y en a) et, finale­ment, à sacr­er le manichéisme comme seule mode de pen­sée.

canard-ni-ni

Un ni-ni non ambigu…

Par­tant de là, sans besoin d’en rajouter sur le spec­ta­cle lui-même, il sem­ble qu’« on » ne soit pas plus avancé après qu’avant. Et aus­si que le ni-ni ne représente en rien un troisième plateau à la bal­ance binaire. L’enjeu demeure, sauf à con­sid­ér­er que « les jeux » sont faits. Il en fut ain­si, il y a peu, entre une naïve arrivée et un fada dan­gereux qui, depuis, sème le souk sur toute la planète. Car la dém­a­gogie peut « pay­er », surtout en mon­naie de singe (en dol­lars comme en « nou­veaux » francs).

Mais enfin : même si, hier soir, je me suis abstenu en fuyant l’affligeante joute dém­a­gogique, je me retrou­ve bien rat­trapé le matin-même par l’évidence : faire l’autruche n’a jamais écarté le dan­ger.

Mon vieux pote Elzéard Bouffi­er 1, dor­mait hier soir du som­meil du juste ; il n’a d’ailleurs pas la télé. Il s’est levé au petit matin, pour arpen­ter son pays, avec son sac de glands, sa barre de fer… Tan­dis que la veille, des pos­tu­lants à gou­vern­er la France, sinon le monde, n’ont pas même eu une parole pour évo­quer le désas­tre écologique qui boule­verse la planète, men­ace l’humanité entière ! Elzéard, ce matin, comme hier et demain, plante ses chênes, ses hêtres et bouleaux. J’ai écrit ici que je voterai pour lui. Pour lui, en effet, je voterai. Au nom de l’Anarchie généreuse et comme dis­ait un autre grand viveur, l’écrivain roumain Panaït Istrati : Pour avoir aimé la terre.

> Cadeau de Giono, le plus beau mes­sage à l’humanité (pdf) : Giono-L_Homme_qui_­plan­tait_des_ar­bres

Notes:

  1. Lire ici, et .

Mélenchon, l’homme qui ne plantait rien (ou qui plantait tout)

Jean-Luc-Melenchon

[Ph. Ger­hard Val­ck, 2015, domaine pub­lic]

De la mélasse prési­den­tielle, que pour­rait-il sor­tir de bon ? Qu’ajouter à cette triste ques­tion ? « C’est pour dire » n’avait donc rien à dire sur ce chapitre. Sauf  à le con­sid­ér­er sous la plume inspirée d’Eugène Pot­ti­er écrivant L’Internationale : « Il n’est pas de sauveurs suprêmes / Ni Dieu, ni César, ni Tri­bun ». L’air est aujourd’hui plutôt éven­té, mais le mes­sage reste d’une navrante actu­al­ité. Ain­si m’est-il revenu l’autre soir (23/2/17) à la télé en regar­dant le spec­ta­cle mon­té autour de Jean-Luc Mélen­chon. 1

Mélen­chon, ce soir-là, n’a pas craint de se présen­ter comme « un tri­bun » et même comme « le tri­bun du peu­ple ». Oui : « Je suis le tri­bun du peu­ple », a-t-il renchéri, mod­este… On sait l’homme porté à l’admiration de lui-même, qu’il clone à l’occasion par holo­gramme inter­posé, réus­sis­sant ain­si l’admirable syn­thèse du Spec­ta­cle à la fois politi­cien & tech­nologique. « Miroir, mon beau miroir… », cette si vieille fas­ci­na­tion égo­cen­trique… De nos jours – à l’ère du tout médi­a­tique – la con­quête et l’exercice du pou­voir passent par la mise en spec­ta­cle du geste et de la parole, surtout de la parole. Il est sig­ni­fi­catif et cocasse que cette émis­sion de France 2 s’intitule Des Paroles et des Actes

Tan­dis que la poli­tique se résume au Verbe, à l’effet de tri­bune (pour tri­buns…), un gou­verne­ment peut se restrein­dre à un seul min­istère, celui de la Parole. Cette pra­tique est, elle aus­si, vieille comme le monde poli­tique ; elle remonte même à la rhé­torique des Anciens, qui l’avaient élevée au rang du dis­cours philosophique. Dis­ons qu’aujourd’hui, seul le dis­cours a sub­sisté. Enfin, surtout le dis­cours, par­fois quelques idées. Aucun politi­cien n’y échappe, surtout pas les can­di­dats à la prési­dence. Il peut être intéres­sant, voire distrayant, de lire entre les lignes des ver­biages élec­toraux, d’en décrypter aus­si les non-dits, à l’occasion exprimés par le corps – atti­tudes, gestes, tonal­ités.

À cet égard, la par­lure de Hol­lande ponc­tuée, et même truf­fée de « euh… », s’avère tout à fait révéla­trice de sa gou­ver­nance à base d’hésitations, de doutes peut-être et de renon­ce­ments. 2 Celle de Mélen­chon, elle, si elle ne manque pas de souf­fle, respire peu et ne s’autorise aucun silence. Pas de place pour le doute ou le ques­tion­nement dans cette parole péremp­toire, défini­tive. Un pro­pos sou­vent abrupt, cas­sant, dont son auteur prend par­fois con­science ; alors, il tente de se repren­dre par une pirou­ette, comme dans l’émission de jeu­di : « Eh, on peut plaisan­ter, je suis mérid­ion­al… il y a du Pag­nol en moi ! » Ouais… Et du Giono aus­si ?

Car Mélen­chon doit se prou­ver en human­iste  3, ce qui ne lui sem­ble donc pas si naturel… Voilà qu’arrive l’« invité sur­prise » – tou­jours dans la même émis­sion –, le comé­di­en Philippe Tor­re­ton  4 Or, il a apporté, pour l’offrir à Mélen­chon, le livre de Jean Giono, L’Homme qui plan­tait des arbres. « [Un livre] fon­da­men­tale­ment immoral ! », lance tout aus­sitôt Mélen­chon. Éton­nement du comé­di­en, qui s’explique néan­moins sur le sens de ce choix lié à l’urgence écologique, en lit un pas­sage et se lève pour l’offrir au politi­cien du jour, que l’on relance : alors, quelle immoral­ité ? « L’immoralité, lance Mélen­chon, vient du fait que cette his­toire est écrite pen­dant la guerre, et que quand on lutte con­tre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se bat­tre ! »

L’ancien mil­i­taire – non : mil­i­tant trot­skyste, dirigeant de l’OCI (Organ­i­sa­tion com­mu­niste inter­na­tion­al­iste) de Besançon (1972–79 selon Wikipé­dia), a lâché sa leçon de morale, celle du politi­cien pro­fes­sion­nel qu’il n’a cessé d’être – puisque c’est un « méti­er ». Et ain­si de repren­dre, en les sous-enten­dant, les accu­sa­tions vichystes et col­lab­o­ra­tionnistes à l’encontre de Giono. Lequel avait pris le fusil à baïon­nette, enfin celui qu’on lui avait mis d’office dans les mains, dès jan­vi­er 1915, pour ses vingt ans, direc­tion la Somme, Ver­dun, le Chemin des dames, où il n’est « que » gazé alors qu’il y perd son meilleur ami et tant d’autres. Choqué par l’horreur de la guerre, les mas­sacres, la bar­barie, l’atrocité de ce qu’il a vécu dans cet enfer, il devient un paci­fiste con­va­in­cu. Jusques et y com­pris la sec­onde grande bar­barie. En 1939, s’étant présen­té au cen­tre de mobil­i­sa­tion, il est arrêté et détenu deux mois pour cause de paci­fisme (Il avait signé le tract « Paix immé­di­ate » lancé par l’anarchiste Louis Lecoin). Durant la guerre, il con­tin­ue à écrire et pub­lie des arti­cles dans des jour­naux liés au régime de Vichy. A la Libéra­tion, il est arrêté, mais relâché cinq mois plus tard sans avoir été inculpé. 5

J’en reviens à notre sujet, sans m’en être vrai­ment éloigné, je crois. En refu­sant de con­sid­ér­er pour ce qu’il est, le mes­sage pro­fond – écol­o­giste avant la let­tre, human­iste et uni­versel – de L’Homme qui plan­tait des arbres, pour plac­er sa parole moral­isatrice, le patron de La France insoumise s’érige en Fouquier-Tinville du Tri­bunal révo­lu­tion­naire. Il tranche. Il se pose en garant du « pur et dur », lui que les guer­res ont heureuse­ment épargné, qui n’a pas eu à résis­ter – l’arme à la main –, ni même à s’insoumettre. Lui qui, certes, con­nut les tranchées du Par­ti social­iste durant 32 ans (1976–2008) et, tour à tour, les affres du con­seiller général de Massy (1998–2004), du séna­teur de l’Essonne (2004–2010), du min­istre sous Chirac-Jospin (2000–2002), du prési­dent du Par­ti de gauche (2009–2014), du député européen depuis 2009. Que de com­bats héroïques, à mains nues cette fois ! (Quelle belle retraite en per­spec­tive aus­si, non ?)

Il en a usé de la dialec­tique, de la stratégie, de la tac­tique ! Il en a mâché de la parole ver­bale ! Tout ça pour rabaiss­er le débat poli­tique à un cal­cul politi­cien minable. Pour­tant, il l’assure :

– « À mon âge, je fais pas une car­rière ; je veux pas gâch­er, détru­ire ; j’ai de la haine pour per­son­ne ; il faut con­va­in­cre ! J’ai jamais été mélen­chon­iste ! [sic]

– Alors vous seriez prêt à vous retir­er devant Benoît Hamon ?

Pourquoi pas lui ? J’ai 65 ans, je veux pas dilapi­der ! [re-sic]»

Alors Tor­re­ton, devenu pâle, sem­ble jeter l’éponge. Non pas tant qu’il se soit dégon­flé, comme il a été dit, de lui pos­er LA ques­tion pour laque­lle il avait été l’« invité sur­prise ». Non, on dirait plutôt qu’il com­prend alors que c’est cuit, que Mélen­chon ne démor­dra pas, que sa « voca­tion », son « méti­er » c’est de s’opposer, de baign­er dans ce marig­ot où il se com­plaît, où son égo enfle avec délice. Un demi-siè­cle de « méti­er » n’empêche pas, à l’évidence, de s’agripper à une puérile dialec­tique de cour d’école.

Et dès le lende­main de l’émission, il pré­tendait sans ambages ne pas se sou­venir d’avoir par­lé de rap­proche­ment avec le can­di­dat social­iste. « J’ai dit ça hier soir ? Je ne m’en rap­pelle pas ! » a-t-il assuré. À la sor­tie d’un déje­uner avec le secré­taire nation­al du PCF, Pierre Lau­rent, il a rejeté l’idée d’un rassem­ble­ment : « Ça n’a pas de sens aujourd’hui. De quoi par­le-t-on ? Benoît Hamon dit qu’il pro­pose sa can­di­da­ture. Moi aus­si. Si vous voulez que le pro­gramme s’applique, la meilleure des garanties, c’est moi ! » Ain­si, pour lui, la ques­tion d’un ral­liement ne se pose même pas. « Non, faut pas rêver, ça n’aura pas lieu. D’ailleurs, per­son­ne ne le pro­posait », a-t-il asséné.

Le trot­skyste est revenu au galop : « Faut pas compter sur nous pour aller faire l’appoint d’une force poli­tique qui a du mal à remon­ter sur le cheval ». Aurait-il donc choisi « objec­tive­ment » l’option Marine Le Pen ? 6 Ira-t-il ain­si jusqu’à refuser toute col­lab­o­ra­tion avec ce qui reste de la social-démoc­ra­tie, sous enten­du avec Benoît Hamon, puisqu’investi par le Par­ti social­iste ? Ou encore, estime-t-il que Macron va l’emporter, que l’affaire est pliée et que sa planche de salut, par con­séquent, réside encore et tou­jours dans les délices de l’éternelle oppo­si­tion, dans un hors-sol en quelque sorte, à l’abri de toute impureté, de tout com­pro­mis.

Comme si la démoc­ra­tie ce n’était pas l’art sub­til des arrange­ments accept­a­bles par le plus grand nom­bre – jamais par tous, évidem­ment. Comme si la vie même ne rel­e­vait pas en per­ma­nence de ses com­bi­naisons com­plex­es, ni blanch­es ni noires. La pre­mière – la démoc­ra­tie – se compte en siè­cles, par­fois seule­ment en années ; quelques semaines peu­vent suf­fire à l’anéantir. La vie, elle, remonte à des mil­lions d’années ; elle reste à la mer­ci de la bêtise des humains.

Si je vote, ce sera pour Elzéard Bouffi­er, qui plan­tait des arbres.


En prime, le très beau film d’animation d’après le réc­it de Jean Giono, dit par Philippe Noiret, réal­isé par Frédéric Back (1924–2013), Cana­da 1987. L’Homme qui plan­tait des arbres a rem­porté l’Oscar du meilleur court métrage décerné par l’Academy of Motion Pic­ture Arts and Sci­ences de Los Ange­les, aux États-Unis, le 11 avril 1988.

Notes:

  1. Je dis bien spec­ta­cle, au sens de Guy Debord et sa Société du spec­ta­cle (1967); c’est-à-dire au sens de la sépa­ra­tion entre réal­ité et idéolo­gie, entre la vie et sa représen­ta­tion. Dans ce sens la société est dev­enue « une immense accu­mu­la­tion de spec­ta­cles », pro­longe­ment de l’« immense accu­mu­la­tion de marchan­dis­es » énon­cée par Marx dans Le Cap­i­tal. Au « fétichisme de la marchan­dise » (et des finances), puis à celui du Spec­ta­cle, il y aurait lieu aujourd’hui d’ajouter, à la façon d’un Jacques Ellul, le fétichisme tech­nologique.
  2. Sur cette adéqua­tion idéale « paroles/actes », voir ici mon arti­cle de 2014 sur Jau­rès.
  3. Droit-de-l’hommiste”, il est sans doute, car cela relève encore de la parole poli­tique, dif­férente du sens de l’humain. Je me garde d’aborder ici le chapitre de ses tro­pismes lati­nos envers Chavez et les Cas­tro – sans par­ler de Pou­tine.
  4. De gauche, écol­o­giste, il tient actuelle­ment le rôle-titre dans La résistible Ascen­sion d’Arturo Ui, de Brecht – que j’ai vue et appré­ciée il y a peu à Mar­seille ; pièce ô com­bi­en actuelle sur le fas­cisme présen­té en l’occurrence comme « résistible »… espérons !
  5. Dès 1934, Giono avait affir­mé un paci­fisme inté­gral ancré en pro­fondeur dans ses sou­venirs d’atrocités de la Grande Guerre. Le titre de son arti­cle paci­fiste pub­lié dans la revue Europe en novem­bre 1934 « Je ne peux pas oubli­er » atteste de cette empreinte indélé­bile de la guerre dont il refuse toute légiti­ma­tion, même au nom de l’antifascisme. Il affirme dans « Refus d’obéissance », en 1937, que si un con­flit éclate, il n’obéira pas à l’ordre de mobil­i­sa­tion.
  6. Rap­pel : Jusqu’à l’avènement d’Hitler, l’objectif prin­ci­pal du Par­ti com­mu­niste alle­mand demeu­rait la destruc­tion du Par­ti social-démoc­rate. Voir à ce sujet Sans patrie ni fron­tières, de Jan Valtin, implaca­ble témoignage d’un marin alle­mand sur le stal­in­isme en action. Ed. J-C Lat­tès, 1975.

Qui a dit « Je suis Haïti » ? Personne

Ce monde a le tour­nis. Ce monde donne le tour­nis. Et on ne sait plus où tourn­er la tête : la Syrie, l’Irak, la Libye, la Pales­tine, la Soma­lie, le Yémen et tous ces lieux de con­flits sans fin, incom­préhen­si­bles à la plu­part d’entre nous, à défaut de pou­voir les expli­quer. À ce sin­istre tableau géopoli­tique, il faut désor­mais ajouter celui des dérè­gle­ments cli­ma­tiques qui risquent d’égaler bien­tôt ceux de la folie des hommes – d’ailleurs ils en relèvent aus­si. C’est sans doute le cas de l’ouragan Matthew qui s’est déchaîné sur une par­tie des Caraïbes, dévas­tant en par­ti­c­uli­er Haïti où il a causé près de 1.000 morts et semé la déso­la­tion.

Quelles sont les con­séquences du réchauf­fe­ment cli­ma­tique sur les cyclones ?

Fab­rice Chau­vin, chercheur au Cen­tre nation­al de recherch­es météorologiques : – Selon les mod­èles sci­en­tifiques les plus pré­cis, le nom­bre glob­al de cyclones dans le cli­mat futur devrait être sta­ble, voire en légère baisse. Mais dans le même temps, on s’attend à une hausse des cyclones les plus intens­es, qui s’explique notam­ment par l’augmentation des tem­péra­tures des océans. On va aller vers des phénomènes plus puis­sants, asso­ciés à des pluies plus intens­es, d’environ 20 % supérieures. [Le Monde, 07/10/2016]

Haïti. Un autre mal­heur a frap­pé cette île tant de fois meur­trie – y com­pris par les dic­tatures suc­ces­sives –, c’est celui de l’indifférence. Car les « obser­va­teurs » n’avaient d’yeux que pour les États-Unis. « Seraient-ils touchés eux aus­si par cette même tem­pête ? » Seule cette ques­tion comp­tait. Rien ou presque pour les vic­times haï­ti­ennes. Pas même un « Je suis Haïti »…

C’est pour alert­er le monde sur cette sol­i­dar­ité à géométrie vari­able que Miguel Vil­lal­ba Sánchez, un artiste espag­nol, a réal­isé ce dessin :

haiti-matthew-sanchez

« Per­son­ne n’est Haïti », en effet.

« Je suis Char­lie, je suis Orlan­do, je suis Paris, je suis Brux­elles »… Mais pas de « Je suis Haïti »… Pourquoi ? Pays trop petit, trop loin, trop noir, trop pau­vre, trop…

Ce pays (situé sur la même île que la République Domini­caine), qui a quand même per­du 900 per­son­nes dans l’ouragan Matthew, n’a pas sus­cité d’émotion en pro­por­tion de son drame. Tous les regards médi­a­tiques étaient braqués vers Mia­mi. En chercher les caus­es revient à ques­tion­ner l’état du monde, la géo-poli­tique, l’injustice, les con­flits, le cli­mat… On en revient au point de départ.

haiti-unicef

Cette pho­to de l’Unicef résume tout. Con­tre l’indifférence, on peut adress­er un donhttps://don.unicef.fr/urgences/ 


Japon. L’élection d’un gouverneur rebat les cartes du nucléaire

En prove­nance du Japon, la nou­velle n’a pas ému nos médias : la région où se trou­ve la plus puis­sante cen­trale atom­ique du monde, Kashi­waza­ki-Kari­wa (sept réac­teurs), va désor­mais être dirigée par un gou­verneur anti­nu­cléaire. Ce qui rebat les cartes de l’énergie atom­ique – pas seule­ment au Japon.

Ryuichi Yoneya­ma, 49 ans, a en effet rem­porté, hier dimanche, les élec­tions dans la pré­fec­ture de Niiga­ta (nord-ouest du Japon). L’autorisation du gou­verneur étant req­uise pour la remise en ser­vice des réac­teurs arrêtés depuis Fukushi­ma, cette nou­velle donne con­stitue un coup dur pour Tep­co, l’exploitant qui espérait sauver ses finances en relançant ces sept réac­teurs, les seuls lui restant après l’arrêt des deux cen­trales de Fukushi­ma, suite à la cat­a­stro­phe de mars 2011. Dès ce lun­di, le cours de Tep­co a dévis­sé de 8 % à la bourse de Tokyo (la plus forte chute du Nikkei : -7,89% à 385 yens).

La cen­trale de Kashi­wasa­ki avait été sérieuse­ment bous­culée par un impor­tant séisme en juil­let 2007 qui avait provo­qué un incendie et des fuites d’eau radioac­tive. Depuis, alors que la cen­trale est tou­jours à l’arrêt, huit incendies se sont déclarés dans les dif­férentes unités [Source : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les autorités ont don­né le feu vert en févri­er 2009 pour le redé­mar­rage (désor­mais com­pro­mis) de l’unité n°7.

japon_nucleaire

La cen­trale nucléaire de Kashi­wasa­ki a frôlé le désas­tre lors du séisme du 16 juil­let 2007 qui a provo­qué un incendie et des fuites d’eau radioac­tive pré­fig­u­rant la cat­a­stro­phe de Fukushi­ma moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agence inter­na­tionale pour l’énergie atom­ique (AIEA) avait alors dépêché une mis­sion dirigée par le Français Philippe Jamet, haut dirigeant de l’Autorité de sûreté nucléaire française (ASN). Le rap­port pub­lié s’était con­tenté de quelques recom­man­da­tions anodines, assur­ant que les cen­trales japon­ais­es pou­vaient résis­ter à tout événe­ment sis­mique ou cli­ma­tique. La cat­a­stro­phe de Fukushi­ma a dra­ma­tique­ment rabais­sé le caquet de nos arro­gants experts. 1

Aujourd’hui, trois seule­ment des 54 réac­teurs nucléaires japon­ais sont en ser­vice mais le gou­verne­ment de l’ultranationaliste (et ultra pronu­cléaire) Shin­zo Abe use de toutes les pres­sions pour essay­er d’obtenir la redé­mar­rage d’autres réac­teurs, mal­gré l’opposition de la pop­u­la­tion.

Ces réou­ver­tures sont con­tre­car­rées par des déci­sions de jus­tice ou par le veto de cer­tains gou­verneurs régionaux. Voilà pourquoi l’élection de Ryuichi Yoneya­ma à la tête de la région de Niiga­ta est un coup ter­ri­ble porté aux pro­jets fous des pronu­cléaires (et au cours en bourse de Tep­co) : ce courageux nou­veau gou­verneur va refuser la remise en ser­vice des sept réac­teurs de Kashi­wasa­ki.

Sous peu, les trois réac­teurs japon­ais en ser­vice devront s’arrêter pour main­te­nance et, comme ce fut déjà le cas pen­dant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonc­tion­nera à nou­veau avec 0% de nucléaire. Si 130 mil­lions de Japon­ais peu­vent vivre sans nucléaire, com­ment pré­ten­dre encore que c’est “impos­si­ble” pour deux fois moins de Français ? 2

Notons encore que cette élec­tion et ses con­séquences con­stituent une mau­vaise nou­velle pour les nucléaristes français – entre autres – et en par­ti­c­uli­er pour EDF et Are­va qui mis­ent sur le retour de la droite au pou­voir pour relancer leur offen­sive sur le marché mon­di­al de l’énergie, y com­pris en France, bien enten­du !

C’est vraisem­blable­ment pour cette rai­son de prospec­tive poli­tique (pour ne pas dire de prob­a­bil­ité) qu’EDF s’est engagée, dans un con­trat fran­co-chi­nois, à livr­er à Hink­ley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans déra­page du cal­en­dri­er et des coûts – deux réac­teurs nucléaires EPR de 1 650 mégawatts cha­cun pour un devis de près de 22 mil­liards d’euros. Cela, alors que les chantiers EPR en cours dérapent sur les coûts et les délais, et que les finances de l’entreprise française sont au plus bas.

Notes:

  1. On peut pren­dre la mesure de cette arro­gance lors d’un débat télévisé de « C dans l’air » dif­fusé sur la Cinq en 2007, peu après le séisme qui avait sec­oué la cen­trale de Kashi­wasa­ki. Débat auquel par­tic­i­pait Stéphane Lhomme, de l’Obser­va­toire du Nucléaire, pré­con­isant la fer­me­ture d’urgence d’au moins 20 réac­teurs au Japon si l’on voulait éviter un nou­veau Tch­er­nobyl. Aver­tisse­ment bien sûr non pris en compte. À peine qua­tre ans plus tard, c’était Fukushi­ma.
  2. Bien sûr, c’est là qu’on ressort le con­tre argu­ment de l’effet cli­ma­tique (tant nié par les mêmes avant son évi­dence) provo­qué par les éner­gies fos­siles. Tan­dis que le “tout nucléaire” a freiné le développe­ment, en France notam­ment, des éner­gies alter­na­tives renou­ve­lables.

Boues rouges en Méditerranée. Déjà Alain Bombard, en 1964 !

calanques-alteo-boues-rouges

Avant de se jeter dans la mer, la con­duite a par­cou­ru 50 km depuis l’usine Alteo de Gar­danne.

Les opposants au rejet de boues rouges par l’usine Alteo de Gar­danne dans le parc nation­al des Calan­ques se rassem­blent ce week­end à Cas­sis. Une his­toire vieille de plus d’un demi-siè­cle ! Dès 1964, Alain Bom­bard dénonçait ce scan­dale lors d’un rassem­ble­ment d’opposants à Cas­sis. Deux ans après, il enfonçait le “clou” dans ce doc­u­ment de l’Ina où il s’en pre­nait aus­si au mépris du principe de pré­cau­tion. Cinquante deux ans après, moyen­nant quelques acco­mode­ments “cos­mé­tiques”, l’industriel Alteo con­tin­ue à pol­luer grave­ment la Méditer­ranée. Avec la béné­dic­tion du gou­verne­ment et la résig­na­tion de la min­istre de l’Environnement.

 

1964-boues-rouges-alain-bombard

1964. Alain Bom­bard à Cas­sis. [Ph. Le Gabi­an déchaîné]

calanques-alteo-boues-rouges

26 sep­tem­bre, 500 opposants devant la pré­fec­ture à Mar­seille [Ph. Felizat]

• Une pétition a déjà recueilli près de 350 000 signatures. On peut la signer ici.


EPR, Bayer-Monsanto, Alteo, Sarko… N’en jetez plus !

Il y a des jours… Des jours où le ciel s’assombrit au plus noir : relance de l’EPR fran­co-chi­nois en Grande-Bre­tagne ;  mariage mon­strueux de Bay­er et de Mon­san­to – Mon­sieur Pes­ti­cide avec Madame OGM, bon­jour la descen­dance ! Alteo et ses boues rouges en Méditer­ranée. Et en prime, le péril Sarko en hausse sondag­ière, sur les traces de Trump (il avait bien singé son ami Bush) et son néga­tion­nisme cli­ma­tique…

L’affaire Alteo est loin d’être jouée !  L’usine de Gar­danne est l’objet d’une mise en demeure de la pré­fec­ture des Bouch­es-du-Rhône, suite à un con­trôle inopiné de l’Agence de l’eau. Celle-ci a en effet détec­té des efflu­ents hors normes dans les rejets actuels en mer. Un comité de suivi doit tranch­er ce 26 sep­tem­bre.

Restons-en à la « Grande nou­velle ! », la «  nou­velle extra­or­di­naire! ». Ils n’en peu­vent plus, côté français, d’exulter : la dirigeante bri­tan­nique, There­sa May, vient de valid­er « sous con­di­tions » le pro­jet d’EDF de con­stru­ire deux réac­teurs nucléaires EPR à Hinck­ley Point, dans le sud de la Grande-Bre­tagne. Reste, il est vrai, à con­naître les­dites « con­di­tions » de la « per­fide Albion ». On ver­ra plus tard. Ne boudons pas la joie « exul­tante », donc, du secré­taire d’État à l’industrie qui va jusqu’à évo­quer « un nou­veau départ » pour la fil­ière nucléaire française ; Hol­lande n’est pas en reste, et même son de cloche, c’est le mot, du patron d’EDF qui joue là, cepen­dant, l’avenir financier de sa boîte suren­det­tée et acces­soire­ment l’avenir de ses salariés.

Le sujet est clairon­né sur les télés et radios, sans grand dis­cerne­ment comme d’habitude, c’est-à-dire sans rap­pel­er la ques­tion de fond du nucléaire, sous ses mul­ti­ples aspects :

sa dan­gerosité extrême, éprou­vée lors de deux cat­a­stro­phes majeures (Tch­er­nobyl et Fukushi­ma)– et plusieurs autres acci­dents plus ou moins minorés (Threee Miles Island aux Etats-Unis, 1979), ou dis­simulés (cat­a­stro­phe du com­plexe nucléaire Maïak, une usine de retraite­ment de com­bustible en Union sovié­tique, 1957, l’un des plus graves acci­dents nucléaires jamais con­nus).

sa nociv­ité poten­tielle liée aux risques tech­nologiques, sis­miques, ter­ror­istes ; ain­si qu’à la ques­tion des déchets radioac­t­ifs sans solu­tion accept­able ; sans oubli­er les risques san­i­taires et écologiques liés à l’extraction de l’uranium et au traite­ment du com­bustible usagé (La Hague, entre autres) ;

son coût exor­bi­tant, dès lors que sont pris en compte les coûts réels d’exploitation, des inci­dents et acci­dents, de la san­té des pop­u­la­tions, des économies locales ruinées (Ukraine, Biélorussie, pré­fec­ture de Fukushi­ma-Daïchi) , du traite­ment des déchets, du déman­tèle­ment si com­plexe des cen­trales en fin d’exploitation ;

ses incer­ti­tudes tech­nologiques spé­ci­fiques aux réac­teurs EPR en con­struc­tion prob­lé­ma­tique – Fin­lande, Fla­manville et Chine –, tou­jours retardés, selon des bud­gets sans cess­es réé­val­ués.

Cocori­co ! L’annonce est portée sur le ton tri­om­phal, glo­ri­fi­ant l’ « excel­lence française » et les retombées promis­es avec des emplois par mil­liers ! Certes.

Mais les éner­gies renou­ve­lables, ne devraient-elles pas créer aus­si des mil­liers d’emplois – de la recherche à la pro­duc­tion ? Selon des critères autrement écologiques et éthiques que ceux du nucléaire – rap­pelons en pas­sant que l’extraction et le traite­ment ini­tial de l’uranium (com­bustible fos­sile, lim­ité lui aus­si), sont très émet­teurs de gaz à effet de serre (engins miniers gigan­tesques ; trans­port du min­erai jusqu’aux usines loin­taines, comme à Pier­re­lat­te dans la Drôme.

Évidem­ment, la « ques­tion de l’emploi » demeure un élé­ment déter­mi­nant ; au point de blo­quer toute dis­cus­sion réelle, c’est-à-dire de fond, hon­nête, qui évite le piège du « chan­tage à l’emploi ».

alteo-gardanne

L’usine Alteo de Gar­danne (Bouch­es-du-Rhône) ©alteo

« L’écologie, c’est bien beau, mais ça ne donne pas du boulot ! » : paroles d’un anonyme de Gar­danne inter­rogé par la télé sur l’affaire des boues rouges pro­duites par l’usine Alteo 1. Argu­ment bien com­préhen­si­ble, qui oppose une néces­sité immé­di­ate à une autre, dif­férée dans le temps et autrement essen­tielle, cepen­dant : celle des déséquili­bres biologiques qui men­a­cent la vie marine et, par delà, humaine.

Cette semaine aus­si, sur le même reg­istre, on a vu les syn­di­cal­istes de Fes­sen­heim man­i­fester pour leur emploi men­acé par la fer­me­ture annon­cée de la cen­trale nucléaire. Des cégétistes, en l’occurrence, vont ain­si jusqu’à dénon­cer « une inco­hérence » dans la volon­té poli­tique de vouloir main­tenir l’emploi chez Alstom à Belfort tout en « détru­isant » ceux de Fes­sen­heim. Ce pro­pos passe totale­ment à la trappe l’enjeu écologique lié à une cen­trale nucléaire ayant dépassé la lim­ite de sa durée de vie. On com­pare deux sit­u­a­tions incom­pa­ra­bles, de même qu’on oppose ain­si une logique locale « court-ter­miste » à des enjeux por­tant sur l’avenir de l’espèce humaine. On pointe là un gouf­fre d’incompréhension fon­da­men­tale opposant le temps d’une vie d’homme à celui de l’espèce humaine.

Con­cer­nant pré­cisé­ment l’affaire des boues rouges et des efflu­ents tox­iques rejetés dans la Méditer­ranée, il y aurait cepen­dant une solu­tion tech­nique avérée présen­tée depuis plusieurs mois à Alteo. Mais la « logique » finan­cière sem­ble s’opposer à cette solu­tion. L’élimination totale des déchets tox­iques implique en effet un coût que les action­naires du fond d’investissement état­sunien dont dépend Alteo refusent par principe – c’est-à-dire par intérêt ! Même oppo­si­tion symétrique, là encore, entre intérêts indi­vidu­els immé­di­ats et intérêts rel­e­vant du bien com­mun et de la con­science écologique glob­ale.

On se trou­ve pré­cisé­ment dans l’enjeu exprimé par le « penser glob­al — agir local », selon la for­mule de Jacques Ellul 2, reprise et portée à son tour par René Dubos 3. C’est là une dual­ité de ten­sions, que recou­vrent bien nos actuels erre­ments de Ter­riens mal en point. En fait, on peut affirmer sans trop s’avancer que le « penser glob­al » de la plu­part de nos con­tem­po­rains se lim­ite à l’« agir local ». Autrement dit, de la pen­sée de lil­lipu­tiens ne voy­ant guère au-delà de leur bout de nez court-ter­miste. Et encore ! Car il n’y par­fois pas de pen­sée du tout, une preuve :

 

goudes_2016

La non-con­science écologique, ou l’inconscience de l’homo “peu” sapi­ens men­ace l’humanité entière. [Ph. gp]

Un tel out­rage à la beauté du monde (voir l’arrière plan : Mar­seille, plage des Goudes) me rend tris­te­ment pes­simiste sur l’avenir de l’humanité. Ici, ce n’est pour­tant qu’un for­fait d’allure mineure, ordi­naire – cepen­dant à haute portée sym­bol­ique – aux côtés des agres­sions et des pol­lu­tions majeures : mers et océans à l’état de poubelles, agri­cul­ture chim­ique, éle­vages indus­triels, déforesta­tion, déser­ti­fi­ca­tion, sur­con­som­ma­tion-sur­dé­jec­tions, atmo­sphère sat­urée par les gaz à effet de serre ; dérè­gle­ment cli­ma­tique, fonte des glaces et mon­tée des eaux… Un désas­tre ample­ment amor­cé – sans même par­ler des folies guer­rières et ter­ror­istes. Et j’en passe.

Ain­si à Gar­danne, ville dou­ble­ment rouge : rougie par les pous­sières d’alumine qui la recou­vre, et rougie par quar­ante ans de munic­i­pal­ité com­mu­niste et à ce titre asservie à la crois­sance et à son indus­trie, fût-elle dévas­ta­trice de l’environnement naturel et de la san­té humaine. Il en va de même ici comme à Fes­sen­heim et pour toute l’industrie nucléaire, soutenue depuis tou­jours par les com­mu­nistes et la CGT, tout autant que par les social­istes et toute la classe poli­tique et syn­di­cal­iste, à l’exception des écol­o­gistes, bien enten­du, et d’EELV en par­ti­c­uli­er.

Notes:

  1. L’ancienne usine Pechiney de Gar­danne, créée en 1893, appar­tient depuis 2012 au fonds d’investissement H.I.G Cap­i­tal basé à Mia­mi. Alteo se présente comme le « pre­mier pro­duc­teur mon­di­al d’alumines de spé­cial­ité ». Alteo Gar­danne emploie 400 salariés et 250 sous-trai­tants
  2. Pro­fesseur d’histoire du droit, soci­o­logue, théolo­gien protes­tant, 1912–1994. Penseur du sys­tème tech­ni­cien, ses idées sont notam­ment dévelop­pées en France par l’association Tech­nol­o­gos
  3. Agronome, biol­o­giste, 1901–1982 Auteur de nom­breux ouvrages, dont Cour­ti­sons la terre (1980) et Les Célébra­tions de la vie (1982)

Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les mon­tic­ules de boues rouges rejetées par l’usine d’alumine Alteo de Gar­danne, qui recou­vrent les fonds marins du Parc nation­al des calan­ques (Bouch­es-du-Rhône), inquiè­tent les spé­cial­istes, mais aus­si les défenseurs de l’environnement.

boues-rouges-calanques-marseille

Les déchets liés à la fab­ri­ca­tion de l’alumine sont rejetés en mer par un tuyau long de 50 km. Des mil­lions de tonnes de “boues rouges” con­tenant métaux lourds, élé­ments radioac­t­ifs et arsenic sont accu­mulés au fond de la Méditer­ranée, dans le Parc nation­al des Calan­ques. [Tha­las­sa-F3]

La min­istre de l’Environnement, Ségolène Roy­al, inter­rogée sur le rejet de ces déchets en mer, a imputé à son Pre­mier min­istre l’absence de lutte con­tre ce fléau : elle assure avoir voulu les inter­dire, mais que “Manuel Valls a décidé le con­traire”. “C’est inad­mis­si­ble”, assène la min­istre devant la caméra de “Tha­las­sa”, dif­fusé ven­dre­di 2 sep­tem­bre sur France 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a autorisé en décem­bre la société Alteo à pour­suiv­re l’exploitation de ses usines sur le site de Gar­danne et à rejeter en mer, pen­dant six ans, les efflu­ents aque­ux résul­tant de la pro­duc­tion d’alumine. La déci­sion avait pour­tant été aus­sitôt dénon­cée par Ségolène Roy­al, rap­pelle Le Monde.

La déci­sion d’interdire ces déchets incombe au chef du gou­verne­ment, affirme Ségolène Roy­al : [Manuel Valls] a pris cette déci­sion. Il a don­né l’ordre au préfet, donc le préfet a don­né l’autorisation. Je ne peux pas don­ner un con­tre-ordre”, ajoute-t-elle.

[Source : Fran­ce­in­fo, 30/8/16]


L’Alberta en flammes. Fracture hydraulique, fracture écologique

Les cat­a­stro­phes suc­cè­dent aux cat­a­stro­phes. On s’y « fait », on s’habitue à tout. Voyez l’Alberta, au Cana­da. Ça fait de belles images avec des flammes « grandes comme des immeubles ». Voyez cet exode, 100 000 per­son­nes, comme en 40. Des armées de pom­piers rec­u­lant devant l’ennemi. Et ces forêts par­ties en fumée, quinze, vingt fois plus grandes que Paris ! La télé se lamente, les com­men­ta­teurs déplorent, les bras bal­lants, à cours de super­lat­ifs. La fatal­ité.

On implore la pluie. On brûlerait… des cierges. Et que nous dit-on de plus, sinon des pro­pos pétain­istes : pactis­er pour ne pas capit­uler. Le Feu comme le Dia­ble. Ah oui, un dia­ble ex machi­na, sur­gi de nulle part ou des élé­ments déchaînés, des folies de Dame Nature ?

L’Alberta, région de la ruée vers l’or noir, ver­sion schistes bitumeux. On y vient traire cette vieille vache érein­tée, surnom­mée Terre, qui garde de beaux restes, si on détourne les yeux de cer­tains lieux comme ceux-là. À peine recon­naît-on que « c’est la faute au cli­mat », comme si les humains avides n’y étaient pour rien. Et la « frac­tura­tion hydraulique », c’est juste une fan­taisie esthé­tique, une aimable chirurgie béné­fique… Oui, béné­fique, tout est là, en dol­lars « verts », en prof­its insa­tiables, à engraiss­er l’obèse Dow Jones.

nancy-huston-alberta

Nan­cy Hus­ton : “Fort McMur­ray est une ville ter­ri­fi­ante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du XIXe ou au début du XXe siè­cle.”

Tan­dis que s’assèchent les nappes phréa­tiques pom­pées à mort sous tout un État grand comme la France ; que la terre aus­si s’assoiffe, devient brûlante et s’enflamme. Tan­dis que les com­pag­nies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitu­mineux, rasent les forêts, pol­lu­ent les sols, détru­isent la faune et la flo­re. C’est un ter­ri­toire gou­verné par le pét­role et l’argent au mépris de la nature, des peu­ples. Au mépris de l’humanité.

Un témoignage à ne pas man­quer, celui de l’écrivaine cana­di­enne Nan­cy Hus­ton que pub­lie l’excellent site Reporterre : En Alber­ta, « l’avènement d’une human­ité… inhu­maine »

À lire aus­si :

• Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nan­cy Hus­ton, Nao­mi Klein, Meli­na Labou­can-Mas­si­mo, Rudy Wiebe, Lux Edi­teur, 112 pages, 12,00 €

• L’incendie de l’Alberta, parabole de l’époque, édi­to de Hervé Kempf.


Tchernobyl. L’inavouable bilan humain et économique

 Chronique de la cat­a­stro­phe nucléaire de Tch­er­nobyl — 5 

logo55Le bilan humain et économique de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl est qua­si impos­si­ble à réalis­er. L’accident résulte en grande par­tie de la fail­lite d’un régime basé sur le secret ; un sys­tème à l’agonie qui s’est pro­longé cinq ans après l’accident, puis qui a tra­ver­sé une péri­ode des plus trou­blées, pour aboutir finale­ment à des sys­tème de gou­verne­ment plus ou moins para-maffieux – qu’il s’agisse de l’Ukraine, de la Biélorussie ou de la Russie. Dans de tels sys­tèmes cor­rom­pus, les lob­bies nucléaires ont eu beau jeu de main­tenir leur emprise sur ce secteur mil­i­taro-indus­triel – comme au « bon vieux temps » de l’URSS.

Victoire ! Une banderole apposée sur le réacteur éventré proclame que "le peuple soviétique est plus fort que l'atome" tandis qu'un drapeau rouge est fixé au sommet de la tour d'aération de la centrale à l'issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Vic­toire ! Une ban­de­role apposée sur le réac­teur éven­tré proclame que “le peu­ple sovié­tique est plus fort que l’atome” tan­dis qu’un dra­peau rouge est fixé au som­met de la tour d’aération de la cen­trale à l’issue des travaux de déblaiement. [Tass]

Les vic­times n’ont pas été compt­abil­isées, elles ne fig­urent sur aucun reg­istre offi­ciel. Établir un bilan non truqué des vic­times directes et indi­rectes, des malades et de leur degré d’affection demeure donc impos­si­ble. De même pour ce qui est du coût social lié à l’abandon de domi­ciles et de ter­ri­toires, aux familles physique­ment, psy­chologique­ment, émo­tion­nelle­ment anéanties. À jamais. Car rien de tels drames n’est répara­ble. Seules des esti­ma­tions peu­vent être ten­tées, plus ou moins fondées, plus ou moins cat­a­strophistes ou, au con­traire, sci­em­ment min­imisées.

Con­cer­nant le nom­bre de morts, les chiffres de l’AIEA (Agence inter­na­tionale de l’énergie atom­ique) sont plus que dou­teux ; cet organ­isme, rat­taché à l’ONU, est en effet lié au lob­by nucléaire inter­na­tion­al qu’il finance notoire­ment. 1 Il faut aus­si savoir que l’OMS (Organ­i­sa­tion mon­di­ale de la san­té) lui est inféodée, ce qui rend égale­ment sus­pectes toutes ses études sur le domaine nucléaire.…

À défaut d’autres études crédi­bles, con­sid­érons celles de l’AIEA pour ce qu’elles sont : des indi­ca­tions à pren­dre avec la plus grande pru­dence. Ain­si, de 2003 à 2005, l’AIEA a réal­isé une étude d’où il ressort que sur le mil­li­er de tra­vailleurs forte­ment con­t­a­m­inés lors de leurs inter­ven­tions durant la cat­a­stro­phe, « seule­ment » une trentaine sont morts directe­ment. Quant aux liq­ui­da­teurs, l’AIEA pré­tend qu’ils ont été exposés à des dos­es rel­a­tive­ment faibles, “pas beau­coup plus élevées que le niveau naturel de radi­a­tion.”…

S’agissant des 5 mil­lions d’habitants qui ont été exposés à de « faibles dos­es », l’étude recon­naît un nom­bre très élevé des can­cers de la tyroïde chez les enfants – 4.000 directe­ment imputa­bles à la cat­a­stro­phe. L’Agence admet toute­fois que la mor­tal­ité liée aux can­cers pour­rait s’accroître de quelques pour-cents et entraîn­er “plusieurs mil­liers” de décès par­mi les liq­ui­da­teurs, les habi­tants de la zone évac­uée et les rési­dents de la zone la plus touchée,

Tchernobyl-radioactivite

Sans légende… [dr]

Ce bilan offi­ciel est forte­ment con­testé par cer­tains chercheurs. En 2010, l’Académie des sci­ences de New York a pub­lié un dossier à par­tir de travaux menés par des chercheurs de la région de Tch­er­nobyl. Ils con­tes­tent forte­ment l’étude de l’AIEA, aus­si bien s’agissant du nom­bre de per­son­nes affec­tées que de l’importance des retombées radioac­tives. Ain­si, il y aurait eu en réal­ité 830.000 liq­ui­da­teurs et 125.000 d’entre eux seraient morts. Quant aux décès dus à la dis­per­sion des élé­ments radioac­t­ifs, il pour­rait s’élever au niveau mon­di­al à près d’un mil­lion au cours des 20 ans ayant suivi la cat­a­stro­phe. Cette esti­ma­tion sem­ble cepen­dant invraisem­blable – on l’espère.

Green­peace a aus­si pub­lié un rap­port réal­isé par 60 sci­en­tifiques de Biélorussie, d’Ukraine et de Russie. Le doc­u­ment pré­cise que “les don­nées les plus récentes indiquent que [dans ces trois pays] l’accident a causé une sur­mor­tal­ité estimée à 200 000 décès entre 1990 et 2004.”

On le voit, les écarts éval­u­at­ifs sont à l’image des enjeux qui s’affrontent autour de ce type de cat­a­stro­phes. Des diver­gences sem­blables appa­rais­sent égale­ment au Japon entre opposants (la majorité de la pop­u­la­tion) et par­ti­sans du nucléaire (gou­ver­nants et indus­triels).

Quant au coût économique, il est plus objec­tivable que le coût humain à pro­pre­ment par­ler ; même si l’un et l’autre ne devraient pas être dis­so­ciés.

Le n° de mars comprend un intéressant dossier sur le nucléaire.

Le n° de mars com­prend un intéres­sant dossier sur le nucléaire.

Plusieurs esti­ma­tions ont été réal­isées, aboutis­sant à des mon­tants situés entre 700 et 1 000 mil­liards de dol­lars US – entre 600 et 900 mil­lions d’euros. 2

Un des derniers rap­ports émane de Green Cross Inter­na­tion­al. 3 Il prend en compte :
– les coûts directs : dégâts causés à la cen­trale elle-même et dans ses envi­rons, perte de marchan­dis­es et effets immé­di­ats sur la san­té ;
– les coûts indi­rects : retrait de la pop­u­la­tion de la zone con­t­a­m­inée et con­séquences socié­tales liées à la vie des per­son­nes exposées aux radi­a­tions ain­si que leurs enfants.

La Biélorussie estime à 235 mil­liards d’USD les coûts engen­drés par les dom­mages subis pour les années 1986 à 2015 et à 240 mil­liards d’USD pour l’Ukraine. Ces mon­tants n’incluent pas les coûts liés à la sécu­rité, l’assainissement et la main­te­nance de la cen­trale désor­mais arrêtée ain­si que les coûts actuels pour la mise en place du nou­veau sar­cophage ; ceux-ci sont pris en charge par les gou­verne­ments des nations con­cernées, soutenus par l’Union Européenne, les États-Unis et d’autres pays. Pour les habi­tants ayant dû quit­ter leur mai­son, des fonds (dont le mon­tant n’est pas con­nu) ont été déblo­qués, des pro­grammes soci­aux et des aides médi­cales mis en place. Mais cha­cun a sans doute essuyé bien plus de pertes dues à l’effondrement de l’économie et subi des séquelles san­i­taires et psy­chologiques impos­si­bles à chiffr­er.

Le nucléaire pour la bombe
Ne pas per­dre de vue que le nucléaire dit « civ­il » est d’origine mil­i­taire et le reste d’ailleurs, tant qu’il servi­ra à fournir le plu­to­ni­um des­tiné à fab­ri­quer les bombes atom­iques. Rap­pelons aus­si que le Com­mis­sari­at à l’énergie atom­ique (CEA) 4 fut créé par De Gaulle à la Libéra­tion, avec mis­sion de pour­suiv­re des recherch­es sci­en­tifiques et tech­niques en vue de l’utilisation de l’énergie nucléaire dans les domaines de la sci­ence (notam­ment les appli­ca­tions médi­cales), de l’industrie (élec­tric­ité) et de la défense nationale.

De son côté Mikhaïl Gor­batchev, dernier dirigeant de l’Union sovié­tique, et aujourd’hui prési­dent de la Croix verte inter­na­tionale (Green Cross) a con­nu son « chemin de Damas » en 1986 : « C’est la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl qui m’a vrai­ment ouvert les yeux : elle a mon­tré quelles pou­vaient être les ter­ri­bles con­séquences du nucléaire, même en dehors d’un usage mil­i­taire. Cela per­me­t­tait d’imaginer plus claire­ment ce qui pour­rait se pass­er après l’explosion d’une bombe nucléaire. Selon les experts sci­en­tifiques, un mis­sile nucléaire tel que le SS-18 représente l’équivalent d’une cen­taine de Tch­er­nobyl. » (Tch­er­nobyl, le début de la fin de l’Union sovié­tique, tri­bune dans Le Figaro, 26/04/2006)

Par com­para­i­son, l’accident de Fukushi­ma, com­prenant la décon­t­a­m­i­na­tion et le dédom­mage­ment des vic­times, pour­rait n’atteindre “que” 100 mil­liards d’euros. Ce mon­tant émane de l’exploitant Tep­co et date de 2013 ; il relève de l’hypothèse basse et ne com­prend pas les charges liées au déman­tèle­ment des qua­tre réac­teurs rav­agés. Ces opéra­tions dureront autour de quar­ante ans et néces­siteront le développe­ment de nou­velles tech­niques ain­si que la for­ma­tion de mil­liers de tech­ni­ciens.

Et en France ? L’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire (IRSN) a présen­té en 2013 à Cadarache (Bouch­es-du-Rhône), une “étude choc” sur l’impact économique d’un acci­dent nucléaire en France.

Un ” acci­dent majeur “, du type de ceux de Tch­er­nobyl ou de Fukushi­ma, sur un réac­teur stan­dard de 900 mégawatts coûterait au pays la somme astronomique de 430 mil­liards d’euros. Plus de 20 % de son pro­duit intérieur brut (PIB).

La perte du réac­teur lui-même ne représente que 2 % de la fac­ture. Près de 40 % sont imputa­bles aux con­séquences radi­ologiques : ter­ri­toires con­t­a­m­inés sur 1 500 km2, évac­u­a­tion de 100 000 per­son­nes. Aux con­séquences san­i­taires s’ajoutent les pertes sèch­es pour l’agriculture. Dans une même pro­por­tion inter­vi­en­nent les ” coûts d’image ” : chute du tourisme mon­di­al dont la France est la pre­mière des­ti­na­tion, boy­cottage des pro­duits ali­men­taires.

Le choc dans l’opinion serait tel que l’hypothèse ” la plus prob­a­ble ” est une réduc­tion de dix ans de la durée d’exploitation de toutes les cen­trales, ce qui oblig­erait à recourir, à marche for­cée, à d’autres éner­gies : le gaz d’abord, puis les renou­ve­lables. Au-delà des fron­tières, ” l’Europe occi­den­tale serait affec­tée par une cat­a­stro­phe d’une telle ampleur “.

Les dom­mages sont d’un tout autre ordre de grandeur que ceux du naufrage de l’Eri­ka en 1999, ou de l’explosion de l’usine AZF de Toulouse en 2001, éval­ués « seule­ment » à 2 mil­liards d’euros. 5

Ces chiffres pour­raient dou­bler en fonc­tion des con­di­tions météorologiques, des vents pous­sant plus ou moins loin les panach­es radioac­t­ifs, ou de la den­sité de pop­u­la­tion. Un acci­dent grave à la cen­trale de Dampierre (Loiret) ne forcerait à évac­uer que 34 000 per­son­nes, alors qu’à celle du Bugey (Ain), il ferait 163 000 “réfugiés radi­ologiques “.

Record mondial d'installations nucléaires par habitant.

Record mon­di­al d’installations nucléaires par habi­tant.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sortir du nucléaire.

Encore dix ans de plus ? Doc. Sor­tir du nucléaire.

Pour tem­pér­er ce tableau apoc­a­lyp­tique, l’IRSN sort la ren­gaine con­nue du « risque zéro [qui] n’existe pas » et met en avant « les prob­a­bil­ités très faibles de tels événe­ments. 1 sur 10 000 par an pour un acci­dent grave, 1 sur 100 000 par an pour un acci­dent majeur. ”

Pour avoir par­ticipé, dans les années 1960, au sein du Com­mis­sari­at à l’énergie atom­ique, à l’élaboration des pre­mières cen­trales français­es, Bernard Laponche ne partage pas du tout cet « opti­misme ». Pour ce physi­cien, le nucléaire ne représente pas seule­ment une men­ace ter­ri­fi­ante, pour nous et pour les généra­tions qui suiv­ront ; il con­damne notre pays à rater le train de l’indispensable révo­lu­tion énergé­tique.

« Il est urgent, clame Bernard Laponche, de choisir une civil­i­sa­tion énergé­tique qui ne men­ace pas la vie » 6. Selon lui – entre autres spé­cial­istes revenus de leurs illu­sions – les acci­dents qui se sont réelle­ment pro­duits (cinq réac­teurs déjà détru­its : un à Three Miles Island, un à Tch­er­nobyl, et trois à Fukushi­ma) sur qua­tre cent cinquante réac­teurs dans le monde, oblig­ent à revoir cette prob­a­bil­ité théorique des experts. « La réal­ité de ce qui a été con­staté, estime-t-il, est trois cents fois supérieure à ces savants cal­culs. Il y a donc une forte prob­a­bil­ité d’un acci­dent nucléaire majeur en Europe.”

[Fin de l’interminable feuil­leton…] 7

 

Notes:

  1. En par­ti­c­uli­er au Japon depuis la cat­a­stro­phe de 2011. À not­er que le Saint-Siège (Vat­i­can) est mem­bre de l’AIEA ! (Liai­son directe Enfer-Par­adis ?…)
  2. Le directeur de Green­peace France, Pas­cal Hus­ting, chiffre le coût total de la cat­a­stro­phe à 1 000 mil­liards de dol­lars US.
  3. Croix verte inter­na­tionale, est une organ­i­sa­tion non gou­verne­men­tale inter­na­tionale à but envi­ron­nemen­tal, fondée en 1993 à Kyō­to. Mikhaïl Gor­batchev, dernier dirigeant de l’URSS, en est le fon­da­teur et l’actuel prési­dent.
  4. … « et aux éner­gies alter­na­tives », ain­si que Sarkozy en eut décidé, en 2009.
  5. Au delà des coûts, un acci­dent nucléaire ne saurait être com­paré à un acci­dent indus­triel dont les effets, même ravageurs, cessent avec leur répa­ra­tion.
  6. Entre­tien, Téléra­ma, 18/06/2011.
  7. Une bib­li­ogra­phie se trou­ve avec le pre­mier arti­cle de la série.

Tchernobyl. Un nuage, des lambeaux… et le déni français

 Chronique de la cat­a­stro­phe nucléaire de Tch­er­nobyl — 4 

logo4Début 2002, la  Cri­irad (Com­mis­sion de recherche et d’information indépen­dantes sur la radioac­tiv­ité) pub­lie un atlas de 200 pages qui révèle de façon détail­lée la con­t­a­m­i­na­tion de la France et d’une par­tie de l’Europe par les retombées du « nuage » en ses mul­ti­ples lam­beaux. Plus de 3 000 mesures ont été effec­tuées de 1999 à 2001 par le géo­logue André Paris sur le ter­ri­toire français et jusqu’en Ukraine ; les résul­tats, les analy­ses et la car­togra­phie ont été rassem­blés et édités par le lab­o­ra­toire de Valence. C’est un acte d’accusation qui dénonce ain­si le scan­daleux déni du gou­verne­ment français et des autorités nucléaires de l’époque.

Pour nous en tenir ici à la Corse et à la région Paca, les plus touchées en France, les relevés mesurent des activ­ités sur­faciques de cési­um 137 supérieures à 30 000 Bq/m2. C’est le cas en par­ti­c­uli­er dans le Mer­can­tour, autour de Digne, de Gap et de Sis­teron avec des pointes à 50 000 Bq/m2.

criirad- Tchernobyl

Paca et Corse. Relevés de la Cri­irad, 1999, 2000 et 2001. Cli­quer sur l’image pour l’agrandir.

Pour don­ner une idée de cette con­t­a­m­i­na­tion, la moyenne des retombées con­statées en France à la suite de l’accident était de 4 000 Bq/m2. Le bec­quer­el (Bq) par mètre car­ré mesure les con­t­a­m­i­na­tions de sur­faces. L’activité mesure le taux de dés­in­té­gra­tions d’une source radioac­tive, c’est-à-dire le nom­bre de rayons émis par sec­onde.

Dans l’instruction d’une plainte déposée en France en 2001 pour « empoi­son­nement et admin­is­tra­tion de sub­stances nuis­i­bles » par la Cri­irad, l’Association française des malades de la thy­roïde (AFMT) et des per­son­nes ayant con­trac­té un can­cer de la thy­roïde, un rap­port (notam­ment co-signé par Georges Charpak) affirme que le SCPRI a fourni des cartes « inex­actes dans plusieurs domaines » et « n’a pas resti­tué toutes les infor­ma­tions qui étaient à sa dis­po­si­tion aux autorités déci­sion­naires ou au pub­lic ». Toute­fois, ce rap­port reproche au SCPRI une com­mu­ni­ca­tion fausse mais non pas d’avoir mis en dan­ger la pop­u­la­tion.

Devant la dif­fi­culté d’établir un lien de causal­ité entre les dis­sim­u­la­tions des pou­voirs publics et les mal­adies de la thy­roïde, la juge Marie-Odile Bertel­la-Gef­froy 1 requal­i­fie pénale­ment la plainte d’« empoi­son­nement » en celle plus large de « tromperie aggravée ».

Le 31 mai 2006, Pierre Pel­lerin est mis en exa­m­en pour « infrac­tion au code de la con­som­ma­tion », « tromperie aggravée » et placé sous statut de témoin assisté con­cer­nant les dél­its de « blessures involon­taires et atteintes involon­taires à l’intégrité de la per­son­ne ».

Le procès se ter­mine par un non-lieu le 7 sep­tem­bre 2011. Le 20 novem­bre 2012, Pierre Pellerin[Ref] Directeur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion con­tre les ray­on­nements ion­isants). mort en mars 2013 à 89 ans.[/ref] est recon­nu inno­cent des accu­sa­tions de « tromperie et tromperie aggravée » par la Cour de cas­sa­tion de Paris qui explique notam­ment qu’il était « en l’état des con­nais­sances sci­en­tifiques actuelles, impos­si­ble d’établir un lien de causal­ité cer­tain entre les patholo­gies con­statées et les retombées du panache radioac­t­if de Tch­er­nobyl ».

Encore aujourd’hui , le débat reste ouvert sur ces patholo­gies et leurs orig­ines.

Dans la zone de Tch­er­nobyl, beau­coup plus exposée que les régions français­es, une aug­men­ta­tion du nom­bre d’enfants atteints de can­cers provo­qués par la cat­a­stro­phe, estimée à 5 000 cas, a été con­statée. Il n’y aurait pas eu d’augmentation des can­cers chez les adultes. Le con­di­tion­nel reflète le manque de fia­bil­ité des études et sta­tis­tiques russ­es.

Le cas des can­cers thy­roï­di­ens après Fukushi­ma – Com­plé­ment d’info pour les sportifs qui souhait­ent aller con­courir aux JO de 2020 à Tokyo : Kashi­wa est à 26 km du cen­tre de Tokyo, à 200 km de la cen­trale Dai ichi acci­den­tée. Et pour­tant, 112 enfants sur 173 diag­nos­tiqués ont des prob­lèmes thy­roï­di­ens à Kashi­wa ! Rap­pelons égale­ment ici que les can­cers de la thy­roïde des enfants de Fukushi­ma sont bien dus à la radioac­tiv­ité : dans la pré­fec­ture de Fukushi­ma, on a détec­té une aug­men­ta­tion de quelque 30 fois du nom­bre de can­cers de la thy­roïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Le total de jeunes atteints de can­cer de la thy­roïde est de 127, mais offi­cielle­ment, cela n’a aucun rap­port avec la radioac­tiv­ité. Cherchez l’erreur ! Note de Pierre Fetet du 10/11/2015, sur le site Fukushi­ma

En France, l’Institut nation­al de veille san­i­taire (INVS) exclut une aug­men­ta­tion des can­cers de la thy­roïde suite aux retombées de Tch­er­nobyl. Toute­fois, une thèse de médecine pub­liée quelques mois après ce rap­port, en 2011, établit un lien entre la cat­a­stro­phe et l’augmentation des can­cers diag­nos­tiqués : celle du doc­teur Sophie Fau­con­nier, fille du doc­teur Denis Fau­con­nier, médecin exerçant en Corse, désor­mais en retraite. Ce dernier, inter­rogé en jan­vi­er 2015 dans une émis­sion de France Cul­ture, rap­pelait non sans quelque amer­tume que, hier comme aujourd’hui, « c’est la poli­tique qui con­trôle les don­nées sci­en­tifiques ».

Face aux con­tro­ver­s­es sur les effets san­i­taires du nuage radioac­t­if, des faits sont mis en avant :

– Le nom­bre de can­cers de la thy­roïde a aug­men­té en France régulière­ment d’environ 7 % en moyenne par an depuis 1975 (soit un quadru­ple­ment en 19 ans), sans inflex­ion par­ti­c­ulière en 1986.

– Les can­cers de la thy­roïde sont très majori­taire­ment féminins et l’évolution de leur nom­bre suit l’évolution du nom­bre de can­cers du sein.

Deux phénomènes con­comi­tants sont à pren­dre en compte :

  • l’augmentation du nom­bre de can­cers détec­tés par l’accroisse­ment de la sen­si­bil­ité des appareils à ultra­sons : le seuil de détec­tion des nod­ules est passé d’un diamètre de 10 mm à 2 mm ;
  • une évo­lu­tion dans les com­porte­ments féminins de prise d’hormones de sub­sti­tu­tions pré- et post- ménopause.

Selon l’étude de l’INVS parue en 2006, les résul­tats ne vont pas glob­ale­ment dans le sens d’un éventuel effet de l’accident de Tch­er­nobyl sur les can­cers de la thy­roïde en France. Toute­fois, l’incidence observée des can­cers de la thy­roïde en Corse est élevée chez l’homme.

ipsn-tchernobyl

Les qua­tre zones de con­t­a­m­i­na­tion post Tch­er­nobyl recon­nues quelques années après l’accident par l’Institut de pro­tec­tion et de sûreté nucléaire (IPSN). Il appa­raît qu’aucune région française n’a été totale­ment épargnée.

Le 7 mai 1986, un cour­ri­er de l’Organisation mon­di­ale de la san­té indique que « des restric­tions quant à la con­som­ma­tion immé­di­ate [du] lait peu­vent donc demeur­er jus­ti­fiées. »

Le 16 mai, une réu­nion de crise se tient au min­istère de l’Intérieur : du lait de bre­bis en Corse présente une con­t­a­m­i­na­tion par l’iode 131 anor­male­ment élevée, d’une activ­ité de plus de 10 000 bec­querels par litre. Mais dans la mesure où l’iode 131 a une demi-vie courte (l’activité au bout de deux mois est dif­fi­cile­ment détectable), il a été jugé que le bilan de l’activité radioac­tive sur une année ne serait pas affec­té sen­si­ble­ment, et les autorités n’ont pas pris de mesure par­ti­c­ulières. Une note du 16 mai émanant du min­istère de l’Intérieur, à l’époque dirigé par Charles Pasqua déclare « Nous avons des chiffres qui ne peu­vent pas être dif­fusés. (…) Accord entre SCPRI et IPSN pour ne pas sor­tir de chiffres. »

Des indices lais­saient penser que pour des per­son­nes qui ont vécu ou vivent encore dans les zones de Corse touchées par les pluies du « nuage de Tch­er­nobyl », exis­tait une aug­men­ta­tion du nom­bre de plusieurs patholo­gies de la thy­roïde, can­cer notam­ment. Mais le lien avec l’accident de Tch­er­nobyl a été con­testé. Per­son­ne ne nie que dans le monde le nom­bre de patholo­gies de la thy­roïde a effec­tive­ment aug­men­té (dou­ble­ment en Europe) et il y a bien une aug­men­ta­tion sig­ni­fica­tive du risque de can­cer de la thy­roïde sig­nalée et sci­en­tifique­ment recon­nue dans plusieurs pays. Cepen­dant, cette aug­men­ta­tion d’une part a com­mencé avant l’accident de Tch­er­nobyl, et d’autre part n’est pas cen­trée sur les zones où il a plu lors du pas­sage du nuage ; une grande par­tie du monde non con­cernée par les pluies lors du pas­sage du nuage est égale­ment touchée par l’augmentation des thy­roïdites.

Tchernobyl - nuage-sans-fin

Remar­quable BD éditée par l’Asso­ci­a­tion française des malades de la thy­roïde (AMFT). Dessin de Ming.

Depuis mars 2001, 400 pour­suites ont été engagées en France con­tre ‘X’ par l’Asso­ci­a­tion française des malades de la thy­roïde, dont 200 en avril 2006. Ces per­son­nes sont affec­tées par des can­cers de la thy­roïde ou goitres, et ont accusé le gou­verne­ment français, à cette époque dirigé par le pre­mier min­istre Jacques Chirac 2, de ne pas avoir infor­mé cor­recte­ment la pop­u­la­tion des risques liés aux retombées radioac­tives de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl. L’accusation met en rela­tion les mesures de pro­tec­tion de la san­té publique dans les pays voisins (aver­tisse­ment con­tre la con­som­ma­tion de légumes verts ou de lait par les enfants et les femmes enceintes) avec la con­t­a­m­i­na­tion rel­a­tive­ment impor­tante subie par l’Est de la France et la Corse.

Pour sor­tir du doute, les mem­bres de l’Assem­blée de Corse ont décidé de « faire réalis­er par une struc­ture indépen­dante (…) une enquête épidémi­ologique sur les retombées en Corse de la cat­a­stro­phe de Tch­er­nobyl ». Cette nou­velle étude a été con­duite par une équipe d’épidémiologistes et sta­tis­ti­ciens de l’unité médi­cale uni­ver­si­taire de Gênes (Ital­ie). Elle est basée sur l’analyse d’environ 14 000 dossiers médi­caux.

Les auteurs con­clu­ent en 2013 à un risque effec­tive­ment plus élevé chez les hommes des patholo­gies thy­roï­di­ennes dues à l’exposition au nuage. L’augmentation chez eux des can­cers de la thy­roïde due au fac­teur Tch­er­nobyl serait de 28,29 %, celle des thy­roïdites de 78,28 %, et celle de l’hyperthyroïdisme de 103,21 %. Con­cer­nant les femmes, la faib­lesse des échan­til­lons sta­tis­tiques ne per­met pas de con­clure pour les patholo­gies hors thy­roïdites ; pour ces dernières, l’augmentation due à Tch­er­nobyl est chiffrée à 55,33 %51. Con­cer­nant les enfants cors­es exposés au nuage, l’étude con­clut à une aug­men­ta­tion des thy­roïdites et adénomes bénins, et à une aug­men­ta­tion sta­tis­tique­ment non sig­ni­fica­tive des leucémies aiguës et des cas d’hypothyroïdisme.

Cette étude, non pub­liée dans une revue à comité de lec­ture, a fait l’objet de cri­tiques met­tant en avant des faib­less­es méthodologiques. La min­istre de la San­té, Marisol Touraine rap­pelle ce fac­teur de con­fu­sion pos­si­ble, et rejette ces résul­tats.

La com­mis­sion nom­mée par la col­lec­tiv­ité ter­ri­to­ri­ale de Corse, qui a com­mandé cette étude, et sa prési­dente Josette Ris­teruc­ci esti­ment que l’augmentation du risque est main­tenant incon­testable et souhaite une « recon­nais­sance offi­cielle du préju­dice ».

[Prochain arti­cle : L’inavouable bilan humain et économique]

Notes:

  1. Spé­cial­isée dans les dossiers judi­ci­aires de san­té publique (affaires du « sang con­t­a­m­iné », de l’hormone de crois­sance, de l’amiante sur le cam­pus de Jussieu, de la « vache folle » – ain­si que d’autres dossiers sen­si­bles comme celui de la guerre du Golfe et du nuage de Tch­er­nobyl. A, depuis, quit­té ses fonc­tions, déclarant dans un entre­tien sur France Inter le 12 févri­er 2013 : « Je suis entrée dans la mag­i­s­tra­ture car je croy­ais en la Jus­tice. Je vais en sor­tir, je n’y crois plus. »
  2. Min­istres à la manœu­vre : François Guil­laume, Agri­cul­ture ; Michèle Barzach, San­té ; Alain Carignon, Envi­ron­nement ; Alain Madelin, Indus­trie ; Charles Pasqua, Intérieur.

Tchernobyl, 28 avril 1986. L’art du mensonge étatique

logo3

 Chronique de la cat­a­stro­phe nucléaire de Tch­er­nobyl — 3 

L’alerte qu’une cat­a­stro­phe nucléaire avait eu lieu arri­va d’abord par la Suède. Le lun­di 28 avril au matin, les employés de la cen­trale de Fors­mark emprun­tent les por­tiques de con­trôle habituels. Une hausse anor­male de la radioac­tiv­ité est détec­tée. Le site est immé­di­ate­ment évac­ué. Mais la fuite ne provient pas de la cen­trale. Compte tenu des vents et des par­tic­ules iden­ti­fiées, il appa­raît que la con­t­a­m­i­na­tion provient d’URSS.

Dans l’après-midi, l’AFP con­firme : « Des niveaux de radioac­tiv­ité inhab­ituelle­ment élevés ont été apportés vers la Scan­di­navie par des vents venant d’Union sovié­tique ».

Dans la soirée, le Krem­lin recon­naît la sur­v­enue d’un acci­dent dans un réac­teur de la cen­trale de Tch­er­nobyl, sans en pré­cis­er la date, l’importance ni les caus­es. L’opacité de la bureau­cratie est totale. Mikhaïl Gor­batchev n’est infor­mé offi­cielle­ment que le 27 avril. Avec l’accord du Polit­buro, il est for­cé de faire appel au KGB pour obtenir des infor­ma­tions. Le rap­port qui lui est trans­mis par­le d’une explo­sion, de la mort de deux hommes, de l’arrêt des réac­teurs 1, 2 et 3. Le déni rejoint l’obscurantisme d’un sys­tème poli­tique en ruines.

Le même jour, en France, le pro­fesseur Pierre Pel­lerin, directeur du SCPRI (Ser­vice cen­tral de pro­tec­tion con­tre les ray­on­nements ion­isants) 1, fait équiper des avions d’Air France, se dirigeant vers le nord et l’est de l’Europe, de fil­tres per­me­t­tant, à leur retour, d’analyser et faire con­naître la com­po­si­tion de cette con­t­a­m­i­na­tion.

Invité du 13 heures d’Antenne 2, le lende­main 29 avril, Pierre Pel­lerin fait état de ses con­tacts avec les experts sué­dois, dénonce à l’avance le cat­a­strophisme des médias et tient des pro­pos ras­sur­ants : « Même pour les Scan­di­naves, la san­té n’est pas men­acée. » Dans la soirée, son adjoint, le pro­fesseur Chanteur, répond à une ques­tion du présen­ta­teur : « On pour­ra cer­taine­ment détecter dans quelques jours le pas­sage des par­tic­ules mais, du point de vue de la san­té publique, il n’y a aucun risque ».

Le mot « nuage » va ain­si con­naître sa célébrité en France. Un nuage toute­fois invis­i­ble, entraî­nant les émis­sions radioac­tives rejetées pen­dant les jours qui ont suivi l’accident. Mélangées à l’air chaud de l’incendie du réac­teur, ces rejets ne con­ti­en­nent que très peu de vapeur d’eau. Mais les vrais nuages vont jouer un rôle impor­tant et néfaste car, en crevant au-dessus du panache, leurs gouttes d’eau vont entraîn­er plus abon­dam­ment les par­tic­ules radioac­tives. La con­jonc­tion des deux crée des dépôts humides géo­graphique­ment très hétérogènes, en tach­es de léopard.

meteo- Tchernobyl

Image du bul­letin météo d’Antenne 2, le 30 avril.

Dans l’après-midi du 30 avril, une des « branch­es » du nuage est détec­tée par le Lab­o­ra­toire d’écologie marine de Mona­co, avant de l’être dans l’ensemble du Midi de la France. Pen­dant la nuit, tan­dis que cette branche remonte en direc­tion du nord du pays, suiv­ie d’une sta­tion météo à l’autre, une autre branche venant plus directe­ment de l’est, abor­de aus­si le ter­ri­toire à une alti­tude dif­férente. Mona­co puis le SCPRI en infor­ment l’Agence France-Presse.

Ce 30 avril, la présen­ta­trice Brigitte Simon­et­ta, la bouche en coeur, annonce dans le bul­letin météo d’Antenne 2 que la France est pro­tégée du « nuage » par l’anticyclone des Açores et le restera pen­dant les trois jours suiv­ant. Un pan­neau « STOP » vient lour­de­ment appuy­er l’image de l’arrêt « à la fron­tière ».

Une polémique s’ensuit, grossie par de nom­breuses déc­la­ra­tions visant plus par­ti­c­ulière­ment le Pr Pel­lerin, bien­tôt car­i­caturé par cette image du « nuage arrêté à la fron­tière ». Libéra­tion affirme que « les pou­voirs publics ont men­ti en France » et que « le pro­fesseur Pel­lerin [en] a fait l’aveu ». Ce dernier, par la suite, portera plainte pour diffama­tion con­tre dif­férents médias ou per­son­nal­ités (dont Noël Mamère). Il gag­n­era tous les procès en pre­mière instance, en appel et en cas­sa­tion. En effet, il n’a pas employé cette image d’arrêt à la fron­tière, même s’il en a induit l’idée. Ain­si, ce télex – ambigu – du 1er mai du Pr Pel­lerin, cité par Noël Mamère, au 13 heures d’Antenne 2 : « Ce matin, le SCPRI a annon­cé une légère hausse de la radioac­tiv­ité de l’air, non sig­ni­fica­tive pour la san­té publique, dans le Sud-Est de la France et plus spé­ciale­ment au-dessus de Mona­co. »

Vidéo du déplace­ment du nuage radioac­t­if du 26 avril au 9 mai. La France est presqu’entièrement touchée le 1er mai, le sud-est et la Corse plus forte­ment le 3 mai (doc­u­ment de l’IRSN, réal­isé en 2005, neuf ans après…).

En ces temps reculés…, les politi­ciens ne sont pas encore entrés dans l’ère de la com­mu­ni­ca­tion, et les min­istères du tout nou­veau gou­verne­ment Chirac (pre­mière cohab­i­ta­tion) vont se décharg­er sur ce pro­fesseur Pel­lerin, médecin expert en radio­pro­tec­tion, pas davan­tage rompu aux médias… C’est à lui prin­ci­pale­ment qu’incombera la tâche d’ “informer” les Français des résul­tats des mesures de con­t­a­m­i­na­tion radioac­tive et du niveau de risque cou­ru.

Les min­istres con­cernés, mal coor­don­nés, inter­vien­dront peu par la suite, et sou­vent en gros sabots, comme Alain Madelin, min­istre de l’industrie, mobil­isé en bon­i­menteur ridicule pour clairon­ner l’absence de tout risque…

Même son de cloche de toutes parts afin de prévenir tout mou­ve­ment de panique et de préserv­er le com­merce de la salade print­anière… Le SCPRI juge tout de suite que la con­t­a­m­i­na­tion des ali­ments pro­duits en France sera trop faible pour pos­er un vrai prob­lème de san­té publique et qu’il n’y a pas lieu de pren­dre de mesures de pré­cau­tion par­ti­c­ulières, sauf sur les pro­duits importés de l’Est de l’Europe…

Pel­lerin, à nou­veau, renchérit avec un com­mu­niqué selon lequel il faudrait imag­in­er des élé­va­tions de radioac­tiv­ité dix mille ou cent mille fois plus impor­tantes pour que com­men­cent à se pos­er des prob­lèmes sig­ni­fi­cat­ifs d’hygiène publique. Il pré­cise que les pris­es préven­tives d’iode des­tinées à blo­quer le fonc­tion­nement de la thy­roïde ne sont ni jus­ti­fiées ni oppor­tunes. 2

Le gou­verne­ment français estime alors qu’aucune mesure par­ti­c­ulière de sécu­rité n’est néces­saire.

C’est dans ce con­texte de men­songes et de manip­u­la­tions de l’opinion que naît, à Valence dans la Drôme, la Cri­irad, Com­mis­sion de recherche et d’information indépen­dantes sur la radioac­tiv­ité. Des sci­en­tifiques et des citoyens cri­tiques se regroupent pour con­tre­car­rer l’information offi­cielle qui tourne à la pro­pa­gande sovié­tique. Ani­mée par Michèle Rivasi, aujourd’hui députée européenne d’Europe-Écologie-Les Verts, cette asso­ci­a­tion va se pos­er en con­tre-pou­voir face aux insti­tu­tions sus­pec­tées de fal­si­fi­er les faits au prof­it de l’État et du sys­tème nucléaire.

Vite recon­nue par son sérieux sci­en­tifique, instau­rée dès le départ par sa fon­da­trice, la Cri­irad demeure une référence dans l’expertise nucléaire. Ces résis­tants ne seront pas les seuls, bien sûr, à s’opposer aux manœu­vres men­songères con­traires au bien com­mun. Il fau­dra aus­si compter sur des opposants poli­tiques, les écol­o­gistes, certes, ain­si que de nom­breuses asso­ci­a­tions et les citoyens con­scients des dan­gers liés l’énergie nucléaire.

Une résis­tance s’est peu à peu instau­rée, qui aura con­tribué au fil des années à brid­er quelque peu l’ogre affamé, à l’amener à ren­dre des comptes – pas encore à « ren­dre gorge », bien qu’une autre cat­a­stro­phe majeure, celle de Fukushi­ma, l’aura à nou­veau étour­di… Mais la bête, tel le Phénix, sait renaître de ses cen­dres. Jusqu’à quand – jusqu’à quelle(s) autre(s) catastrophe(s) ?

Résumé en images de l’accident de Tch­er­nobyl (doc­u­ment IRSN)

[Prochain arti­cle : Un nuage, des lam­beaux… de con­séquences]

Notes:

  1. Lab­o­ra­toire situé au Vésinet, le SCPRI est suc­ces­sive­ment devenu l’Office de pro­tec­tion con­tre les ray­on­nements ion­isants (OPRI) et enfin l’actuel Insti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire (IRSN), créé pour assur­er la sur­veil­lance dosimétrique dans tous les domaines d’utilisation des ray­on­nements ion­isants.
  2. À sup­pos­er que cette mesure ait pu être effec­tive : stocks réels des com­primés d’iodure de potas­si­um ; mode d’information et de dis­tri­b­u­tion. De plus la prise doit être effec­tive une demi-heure avant la con­t­a­m­i­na­tion, au plus tard deux heures après. Les doutes quant à l’application d’une telle mesure demeurent actuels. Inter­ro­gez à ce sujet votre phar­ma­cien… (le mien n’a pas de ces com­primés en stock…)

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

  • Catégories d’articles

  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

  • Calendrier

    novembre 2017
    lunmarmerjeuvensamdim
    « Oct  
     12345
    6789101112
    13141516171819
    20212223242526
    27282930 
    Copyright © 1996-2017 C’est pour dire. Tous droits réservés – sauf selon la license Creative Commons.
    iDream theme by Templates Next | Turbiné par WordPress