On n'est pas des moutons

Notules & Griffures

Manhattan-​Concombre. Il y a légume et légume

Libé­ra­tion, mer­credi 1÷06÷11

Leçon de français: le concombre est un gros légume et « DSK » une grosse légume. Bizar­re­rie et sens de la nuance : les deux se disent, c’est du bon fran­çais bien de chez nous. Le ou la, légume est du genre mixte, bisexué, y com­pris pour le phal­lique concombre.

Fran­çais cor­rect, soit, mais poli­ti­que­ment ? Le cucur­bi­ta­cée espa­gnol, rap­pe­lons les faits, s’est bien vite retrouvé menotté devant toutes les télés d’Allemagne et d’ailleurs, sans même avoir été « pré­sumé ». Et per­sonne pour cla­mer la fameuse pré­su­mée inno­cence de ce pauvre légume si inof­fen­sif d’allure. Per­sonne pour pré­tendre que « ça ne lui res­semble pas ». C’est vrai, quoi, a-​t-​il une tête de tueur ? De vio­leur peut-​être mais de tueur ! Car cette fois, si aucune domes­tique n’a été trous­sée (par lui), il y a bien eu morts d’hommes (une quin­zaine !) L’accusation était autre­ment plus grave alors ?

En fait, une fois de plus, nous nous trou­vons bien devant un cas d’injustice fla­grante autant que révol­tante. Pour ce qui est des légumes,en par­ti­cu­lier, il y a bien deux poids deux mesures selon qu’on en est « un » ou « une ». À Man­hat­tan, on sait que la grosse légume a les moyens, et même au delà. Qu’avec ce qu’il faut d’avocats, même sans concombre, on en fera des salades. Le petit légume à tête de femme de ménage, lui, n’aura qu’à bien s’accrocher. Mais à quoi ?


DSK. Drôle d’affaire, drôle de monde

L’Affaire. Évi­tons la satu­ra­tion, soit. Tout de même quelques grains de sel…

D’un côté cette Amé­rique puri­taine, rigo­riste, impla­cable : riches ou pauvres égaux devant la jus­tice… Jusqu’à un cer­tain point, faut rien exa­gé­rer, et vive le libé­ra­lisme le plus sau­vage ! Devenu la vic­time, l’inculpé peut à nou­veau faire valoir sa « valeur ». 100 mil­lions de dol­lars par ci, 500 par là ; un appar­te­ment de cir­cons­tances en plein Man­hat­tan – res­ter dans la Cité des hommes –, amé­nagé en consé­quence, selon la requête de cette jus­tice rede­ve­nue du jour au len­de­main si com­pré­hen­sive, humaine. Ouf, vive l’Amérique !

De l’autre, donc, cette Amé­rique autre et tout à fait elle-​même – « In Dol’ we trust » –, pour qui la femme de ménage reprend sa place « nor­male », c’est-à-dire tout en bas de cette ver­ti­gi­neuse échelle qui gratte-​le-​ciel des possédants.

Selon que vous serez riche ou misé­rable – La Fon­taine, avec ses pots de fer et de terre, veille au grain de l’injustice fon­cière d’une société fon­ciè­re­ment inégalitaire.

Côté hexa­gone res­treint (média­tique), la parole domi­nante acca­pa­rée par le clan. L’émission de Puja­das en a fourni la cari­ca­ture hier soir (19÷5÷11) jusqu’à l’indécence : ce milieu auto­risé s’est auto­risé une fois de plus. Ils volent tous au secours de l’ami, ce qui serait louable en luci­dité, donc en décence. Ce fut l’inverse. Jusqu’à voir un Badin­ter se décon­si­dé­rer (à mes yeux tout au moins, par un tel manque de recul) dans son pos­tu­lat d’innocence de l’Ami, défini au pas­sage par l’affreux F-​O Gis­bert comme celui qui aide­rait même l’assassin en y allant de la pelle pour dis­si­mu­ler le cadavre…

Tan­dis que Manuel Valls, l’œil noir, mitraillait à tout va sur l’air de l’indignation (va-​t-​il prendre le relais de son ami poli­tique ?). Tan­dis que le débat s’engouffrait dans le « tout le monde savait-​personne n’a rien dit »… Ce qui reve­nait à vali­der la vrai­sem­blance de l’affaire et des chefs d’accusation.

Le fait que DSK soit consi­déré un dérangé sexuel notoire a jusqu’à pré­sent amusé la gale­rie, ali­menté les vannes les plus gra­ve­leuses, forcé ses nom­breuses vic­times au silence hon­teux. Et cela conti­nue aujourd’hui sous un registre à peine feutré :

Jean-​François Kahn, sur France Culture :
« Je suis cer­tain, enfin pra­ti­que­ment cer­tain, qu’il n’y a pas eu une ten­ta­tive vio­lente de viol, je ne crois pas, ça, je connais le per­son­nage, je ne le pense pas. Qu’il y ait eu une impru­dence on peut pas le… (rire gour­mand), j’sais pas com­ment dire, un trous­sage […] un trous­sage, euh, de domes­tique, enfin, j’veux dire, ce qui est pas bien. Mais, voilà, c’est une impres­sion. » [Pro­pos regret­tés ensuite par l’auteur].
Jack Lang, sur France 2:
« Ne pas libé­rer, alors qu’il n’y a pas mort d’homme, ne pas libé­rer quelqu’un qui verse une cau­tion impor­tante, ça ne se fait pra­ti­que­ment jamais. »
En effet, pour une brou­tille pareille !
► Pour BHL, DSK n’est pas un jus­ti­ciable comme un autre :
« J’en veux, ce matin, au juge amé­ri­cain qui, en le livrant à la foule des chas­seurs d’images qui atten­daient devant le com­mis­sa­riat de Har­lem, a fait sem­blant de pen­ser qu’il était un jus­ti­ciable comme un autre. »

Et puis il y a ce « dîner en ville » chez Ardis­son, qui fai­sait même rire la pre­mière inté­res­sée, Tris­tane Banon – qui fait à nou­veau par­ler d’elle et pour­rait être citée à témoi­gner au pro­cès de New York –se pré­sen­tant alors, à la télé en 2007, comme une des proies de DSK :


Une drôle d’affaire, vrai­ment, à l’image même de notre monde à la dérive : un drôle de monde. Quoi qu’il en sera de ses abou­tis­se­ments, elle aura tout de même per­mis de recen­trer un peu, espé­rons, les enjeux poli­tiques actuels au PS sur le fond. PS comme parti socia­liste ? Comme poli­tique sociale ?


Histoire de basse-​cour

L’hypocrite: « Allez savoir ce qui, aujourd’hui, m’a fait pen­ser à La Fon­taine »… Mais c’est une fable…

La Per­drix et les Coqs

La Fontaine, Livre X - Fable 7

Photo gp 2011

Parmi de cer­tains coqs inci­vils, peu galants,
Tou­jours en noise, et tur­bu­lents,
Une per­drix était nour­rie.
Son sexe et l’hospitalité,
De la part de ces coqs, peuple à l’amour porté,
Lui fai­saient espé­rer beau­coup d’hon­nê­teté:
Ils feraient les hon­neurs de la ména­ge­rie.
Ce peuple cepen­dant, fort sou­vent en furie,
Pour la dame étran­gère ayant peu de res­pect,
Lui don­nait fort sou­vent d’horribles coups de bec.
D’abord elle en fut affli­gée ;
Mais, sitôt qu’elle eût vu cette troupe enra­gée
S’entre-battre elle même et se per­cer les flancs ;
Elle se consola. « Ce sont leurs moeurs, dit-​elle ;
Ne les accu­sons point, plai­gnons plu­tôt ces gens :
Jupi­ter sur un seul modèle
N’a pas formé tous les esprits ;
Il est des natu­rels de coqs et de per­drix.
S’il dépen­dait de moi, je pas­se­rais ma vie
En plus hon­nête com­pa­gnie.
Le maître de ces lieux en ordonne autre­ment ;
Il nous prend avec des ton­nelles,
Nous loge avec des coqs, et nous coupe les ailes :
C’est de l’homme qu’il faut se plaindre seulement. »

– – –

Parmi de cer­tains coqs : parmi cer­tains coqs. Il n’est plus pos­sible aujourd’hui d’employer le « de » devant un adjec­tif indéfini.

Inci­vils : qui manquent de courtoisie.

Noise : bagarre, que­relle. Ne s’emploie plus guère que dans les expres­sions « cher­cher noise à quelqu’un » ou « cher­cher des noises à quelqu ’un ».

Hon­nê­teté : res­pect, avantages.

Ton­nelles: Les chas­seurs rou­laient devant eux de grands ton­neaux munis de filets dans les­quels venaient se prendre les perdrix.

[Notes de http://​www​.lafon​taine​.net ]


« Fête du travail », et quoi encore ?

Déjà, fêter le tra­vail c’est plus que dis­cu­table. Oui, on pour­rait en effet dis­cu­ter du tra­vail en ques­tion : quel tra­vail ? Quelle créa­ti­vité ? Quel épa­nouis­se­ment ? Quelle libé­ra­tion ? Ou, dans l’autre sens : Quel non-​travail ? (sans-​emplois, exclus en tous genres). Quel abru­tis­se­ment, quel épui­se­ment phy­sique, quelle exploi­ta­tion, quelle alié­na­tion ? Voir Orange et mou­rir… Ou plu­tôt relire l’irremplaçable Droit à la paresse (télé­char­geable), de Paul Lafargue, (1883) – et par ailleurs gendre de Marx… Sous le titre « Un dogme désas­treux », son pam­phlet démarre ainsi, je m’en régale toujours :

« Une étrange folie pos­sède les classes ouvrières des nations où règne la civi­li­sa­tion capi­ta­liste. Cette folie trame à sa suite des misères indi­vi­duelles et sociales qui, depuis deux siècles, tor­turent la triste huma­nité. Cette folie est l’amour du tra­vail, la pas­sion mori­bonde du tra­vail, pous­sée jusqu’à l’épuise­ment des forces vitales de l’individu et de sa pro­gé­ni­ture. Au lieu de réagir contre cette aber­ra­tion men­tale, les prêtres, les éco­no­mistes, les mora­listes, ont sacro-​sanctifié le tra­vail. Hommes aveugles et bor­nés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu ; hommes faibles et mépri­sables, ils ont voulu réha­bi­li­ter ce que leur Dieu avait mau­dit. Moi, qui ne pro­fesse d’être chré­tien, éco­nome et moral, j’en appelle de leur juge­ment à celui de leur Dieu ; des pré­di­ca­tions de leur morale reli­gieuse, éco­no­mique, libre-​penseuse, aux épou­van­tables consé­quences du tra­vail dans la société capitaliste. »

Pétain a le dessous…

Bon, ne gâchons pas tota­le­ment la « fête »… Mais tout de même, tom­ber un dimanche cette année, c’est une pro­vo­ca­tion ! Ce « joli mai » s’annonce donc pourri. Déjà qu’avril a affolé les météos : la grêle a ravagé le vignoble de Sau­ternes, t’as qu’à voir !, ainsi que les pom­miers en flo­rai­son dans la val­lée du Rhône et les Alpes de Haute-​Provence. Les fraises aussi en ont pris un coup. Même le muguet a subi les affres du réchauf­fe­ment ! Les muguet­tistes s’en sont plaint ; ils ont dû plan­quer les clo­chettes pré­ma­tu­rées dans des fri­gos. Au fait, saluons au pas­sage, le grand homme par qui cette aimable tra­di­tion a pu être réac­ti­vée et en somme natu­ra­li­sée : Pétain lui-​même, le jour de sa fête, la saint-​Philippe, en 1941. On a vu à quel point ça nous a porté bon­heur. Bref, à y regar­der de plus près„ ce muguet est tout de même bien chargé : sym­bo­lique du renou­veau prin­ta­nier, tra­di­tion plus ou moins odo­rante remon­tant à Charles IX, super­sti­tion des temps rep­ti­liens, fas­cisme pétai­niste, capi­tu­la­tion de l’églan­tine rouge qui annon­çait le Temps des cerises… Ainsi se forgent les cultures. En offrande ici : mon muguet vir­tuel qui se fait luti­ner par une anar­chiste coc­ci­nelle… Ren­ver­sant, non ? [ Cli­quer des­sus gen­ti­ment].

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Le Temps des cerises, Jean-​Baptiste Clé­ment - Marc Oge­ret


Alors, les yeux de Liz : violets, émeraude, bleus ?

Post scrip­tum. Ah ben, à en croire Libé du jour, ils ne sont pas rouges non plus…

Dans le même « JT » de 20 heures, hier, Liz Tay­lor a été célé­brée pour la beauté de ses yeux suc­ces­si­ve­ment qua­li­fiés vio­lets, éme­raude, puis bleus. Éblouis, sub­ju­gués, aveu­glés nos égre­neurs de nou­velles ! Une photo en noir et blanc s’impose donc pour tran­cher ce si déli­cat et fon­da­men­tal point d’actualité et même d’Histoire. Celle d’Hollywood comme temple de la mytho­lo­gie spec­ta­cu­laire, celle qui brouille la hié­rar­chie des valeurs en s’imposant comme valeur pre­mière : la vedette, la star, l’idole, l’Argent-roi, le sen­ti­men­ta­lisme exhibé, l’exhibition « sacra­li­sée », la beauté inju­riant la misère – bref, toute l’injustice du monde, la magni­fi­cence outran­cière du pipole qui gou­verne ce monde. Une étoile s’éteint, l’univers vacille.



Monde cruel. Sarkozy fait ses adieux au Colonel Muammar « Qaddafi »

Vous avez vu comme il a vite dégainé, notre Shé­rif agité : plus vite que son ombre. Même que Juppé, en mis­sion euro­péenne, en a été esto­ma­qué – fal­lait encais­ser ça, pour le super-​ministre tout neuf, se faire à ce point squee­zer. L’était pas au cou­rant, dis ; avait l’air tota­le­ment dans les choux (de Bruxelles). Le conseil spé­cial euro­péen, pareil : sur le cul tout autant que Cathe­rine (Ash­ton) et Angela (Mer­kel) qui, pour­tant, en ont déjà soupé des caprices de l’époux de Mme Bruni.

Ainsi vient-​Il, sans crier gare, de se ran­ger auprès du Conseil natio­nal de tran­si­tion (repré­senté par l’ancien ministre de la jus­tice de Kadhafi !) et de se clai­ron­ner prêt à en découdre avec le maître en sur­sis de Tri­poli. Trois jours avant, fal­lait sur­tout pas par­ler d’intervention ou quoi que ce soit ! Le tout sous la ban­nière va-​t-​en guerre de BHL, qui se fai­sait si rare ces temps-​ci. La géo-​politique est vrai­ment un monde de brutes et de traîtres.

Car la Libye, c’est pas cette Tuni­sie tout juste bonne à épon­ger du tou­riste et de la ministre en goguette. La Libye, c’est y a bon pétrole et affaires miro­bo­lantes (7 mil­liards de com­mandes, ouais…). Certes, ça pue encore pas mal le Kadhafi ava­rié mais notre zébu­lon n’a pas hésité davan­tage pour chan­ger de camp et mar­quer ses nou­veaux ter­ri­toires d’intérêts.

L’autre allumé des sables était encore fré­quen­table en 2007, mais cette fois, non, on le jette, trop moisi. À pro­pos, j’ai véri­fié sur le site www​.ely​see​.fr – essayez voir –, a pu’ Kadhafi en photo avec son hôte ély­séen, pas davan­tage de « Qad­dafi », ainsi qu’il avait été ortho­gra­phié, à l’arabe, et qu’il appa­rais­sait encore il y a peu, his­toire de brouiller les pistes… Mais là, non, plus rien du Guide de la Révo­lu­tion sinon le pro­gramme de la visite en juillet 2007 de la délé­ga­tion (Kouch­ner en tête) qui pré­para la venue pari­sienne du Bédouin en décembre et encore dans les mémoires… Mais j’ai mes archives perso.

Enfin, bon, voilà qui augure bien-​mal des pro­chains som­mets euro­péens et de la marche des vingt-​sept vers la diplo­ma­tie à une voix. A pro­pos de voix, c’est bien le cas, autant ratis­ser de ce côté-​là pour faire oublier les fias­cos diplo­ma­tiques des der­niers mois et ten­ter de reprendre quelques points dans l’opinion lepe­ni­sée. Ça sent tout de même les car­touches foireuses…


Juppé, le cumulard qui s’égalomane à lui-​même

Sarko n°2 menacé du dedans : le « Droit dans ses bottes » risque en effet de ne plus pou­voir les reti­rer pour cause d’enflures déme­su­rées des che­villes. Comme dirait l’humoriste qué­bé­cois Sol« je méga­lo­mane à moi-​même  ». Bref, le Monde entier n’a qu’à bien se tenir ! Et nous autres, apai­sés, rou­piller sous nos épaisses couettes.


Il y a 30 ans, l’Espagne échappait à une nouvelle tentative fasciste

Il y a trente ans aujourd’hui, le 23 février 1981, une ten­ta­tive de coup d’État faillit faire replon­ger l’Espagne dans les affres du franquisme.

A 18h30 ce jour-​là, le colo­nel de la Garde civile, Anto­nio Tejero Molina, fait irrup­tion à la tri­bune du Palais du congrès où sont réunis les dépu­tés espa­gnols pour élire le nou­veau chef du gou­ver­ne­ment. Tejero menace le pré­sident de l’Assemblée avec un revol­ver posé sur sa tempe. La scène est retrans­mise en direct à la télé­vi­sion. Les put­schistes veulent tout bon­ne­ment mettre fin à la démo­cra­tie. A Valence, le capi­taine Milans del Bossch a déjà sorti les tanks. A 1h15 du matin, le roi Juan Car­los ras­sure les Espa­gnols dans un dis­cours télé­visé. Il désap­prouve le coup d’État et en réfère à la consti­tu­tion. Un cabi­net de crise se met en contact avec les rebelles et obtient leur red­di­tion le 24 à midi.

Tejero sera condamné à 30 ans de pri­son. Incar­céré à la pri­son d’Alcalá de Henares, il béné­fi­cia d’un régime ouvert dès 1993, et fut libéré sous le régime de la liberté condi­tion­nelle en 1996. Depuis, il par­tage son temps entre Madrid et sa pro­vince natale de Málaga, où il contri­bue épi­so­di­que­ment à un quo­ti­dien local, Melilla Hoy.

Ce putsch dit du « 23 F. » fut la der­nière ten­ta­tive de coup d’état d’une armée qui en deux siècles avait tenté près de deux cents sou­lè­ve­ments… Le 23 février 1981, vit aussi s’affirmer la figure du roi Juan-​Carlos, plus sub­til et fin poli­tique qu’on pou­vait alors le redou­ter – il avait été adoubé par Franco. C’est en par­tie grâce à lui que la démo­cra­tie espa­gnole, qui avait déjà un cadre ins­ti­tu­tion­nel voté en décembre 1978, fut non seule­ment sau­vée, mais naquit dans sa forme actuelle. Comme quoi la démo­cra­tie demeure tou­jours une idée fra­gile, qui demande les plus grandes attentions.


France-​Égypte. En langue diplo « Casse-​toi, pauvre con ! » = Dégage, le prof’ !

Écran de « BFM-​TV ». Visage flouté par mes soins, même si ce n’est pas le cas ailleurs…

Un citoyen fran­çais ne dit pas de gros mots en public et les écrit encore moins. Sur­tout sur une pan­carte dans une manif, place de la révo­lu­tion au Caire, par exemple. Et que, de sur­croît, le gros mot consti­tue un emprunt – non auto­risé (est-​il déposé, au fait ?) – au pré­sident de la Répu­blique. Pour une telle faute, ce pro­fes­seur du lycée fran­çais du Caire a été rapa­trié par le Quai d’Orsay, vous savez, le minis­tère d’Alliot-Marie qui, elle, sait cau­ser comme il faut, à un dic­ta­teur par exemple, his­toire de lui remon­ter le moral en des temps aussi éprou­vants, de lui pro­po­ser un coup de savoir-​faire bien de chez nous, de le remer­cier pour son sens de l’accueil et l’infinie obli­geance de ses rela­tions.Un fonc­tion­naire, sauf ministre, ne peut que la bou­cler face à un évé­ne­ment his­to­rique dont lui à le sens d’en mesu­rer la portée.

Donc, mardi 1er février, jour de la mani­fes­ta­tion « du mil­lion » en Égypte, ce pro­fes­seur au lycée fran­çais du Caire se pré­pare à aller suivre le ras­sem­ble­ment prévu sur la place Tah­rir. « Alexandre [c’est ainsi que le désigne Télé­rama, qui a révélé l’affaire] est marié à une Égyp­tienne, il a deux enfants, il connaît l’Egypte et le régime liber­ti­cide de Mou­ba­rak comme sa poche.

« Membre de l’Association démo­cra­tique des Fran­çais à l’étranger (ADFE), Alexandre n’est pas insen­sible aux thèses des révo­lu­tion­naires égyp­tiens. Dans les pré­cé­dentes mani­fes­ta­tions, il a vu les slo­gans qui fai­saient réfé­rence à la révo­lu­tion tuni­sienne, les « Dégage Mou­ba­rak ! », en fran­çais dans le texte. Il décide de concoc­ter sa propre pan­carte et écrit sur son pan­neau ces quatre fameux mots pré­si­den­tiels : « Casse-​toi pauvre con ! »

« Dès le ven­dredi qui suit son audace, le pro­fes­seur est convo­qué par l’ambassade. Il doit être puni. Il faut faire un exemple, décou­ra­ger les vel­léi­tés pro-​révolutionnaires des autres expa­triés. Alexandre est rapa­trié à Paris dès le samedi matin, « pour sa sécu­rité ». En France, il est menacé de rétro­gra­da­tion. Il s’en sort avec un blâme.

Le Quai d’Orsay lui a d’abord fait com­prendre qu’il pour­rait ren­trer en Egypte et retrou­ver sa famille l’été pro­chain, après son départ à la retraite. Mou­ba­rak ayant quitté le pou­voir, il pour­rait ren­trer plus tôt. »

Le 2 février, j’apprends en écou­tant France Culture qu’un géo­graphe fran­çais du CNRS a été prié de ne pas cau­ser dans le poste… Il s’agissait d’une émis­sion scien­ti­fique autour du thème : «  Les ter­ri­toires de la révo­lu­tion au Caire et en Egypte ».

J’adore quand on conti­nue à acco­ler au mot France le cli­ché de « pays des droits de l’homme ».


  • « L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances » Ber­trand Russell
  • Non à la propagande d’AREVA !

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  • Fin de bestiaire

    Mou­tons, orangs-​outangs, canards… Dans mon bes­tiaire, on devrait aussi croi­ser la cohorte des humains cré­dules cou­rant après leurs propres sor­nettes… Suf­fit de regar­der autour de soi. Et de se regarder…

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