On n'est pas des moutons

Alerte !

Tchernobyl. Un nuage, des lambeaux… et le déni français

 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 4 

logo4Début 2002, la  Criirad (Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité) publie un atlas de 200 pages qui révèle de façon détaillée la contamination de la France et d’une partie de l’Europe par les retombées du « nuage » en ses multiples lambeaux. Plus de 3 000 mesures ont été effectuées de 1999 à 2001 par le géologue André Paris sur le territoire français et jusqu’en Ukraine ; les résultats, les analyses et la cartographie ont été rassemblés et édités par le laboratoire de Valence. C’est un acte d’accusation qui dénonce ainsi le scandaleux déni du gouvernement français et des autorités nucléaires de l'époque.

Pour nous en tenir ici à la Corse et à la région Paca, les plus touchées en France, les relevés mesurent des activités surfaciques de césium 137 supérieures à 30 000 Bq/m2. C’est le cas en particulier dans le Mercantour, autour de Digne, de Gap et de Sisteron avec des pointes à 50 000 Bq/m2.

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Paca et Corse. Relevés de la Criirad, 1999, 2000 et 2001. Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

Pour donner une idée de cette contamination, la moyenne des retombées constatées en France à la suite de l'accident était de 4 000 Bq/m2. Le becquerel (Bq) par mètre carré mesure les contaminations de surfaces. L’activité mesure le taux de désintégrations d'une source radioactive, c'est-à-dire le nombre de rayons émis par seconde.

Dans l'instruction d'une plainte déposée en France en 2001 pour « empoisonnement et administration de substances nuisibles » par la Criirad, l'Association française des malades de la thyroïde (AFMT) et des personnes ayant contracté un cancer de la thyroïde, un rapport (notamment co-signé par Georges Charpak) affirme que le SCPRI a fourni des cartes « inexactes dans plusieurs domaines » et « n'a pas restitué toutes les informations qui étaient à sa disposition aux autorités décisionnaires ou au public ». Toutefois, ce rapport reproche au SCPRI une communication fausse mais non pas d'avoir mis en danger la population.

Devant la difficulté d'établir un lien de causalité entre les dissimulations des pouvoirs publics et les maladies de la thyroïde, la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy 1 requalifie pénalement la plainte d'« empoisonnement » en celle plus large de « tromperie aggravée ».

Le 31 mai 2006, Pierre Pellerin est mis en examen pour « infraction au code de la consommation », « tromperie aggravée » et placé sous statut de témoin assisté concernant les délits de « blessures involontaires et atteintes involontaires à l'intégrité de la personne ».

Le procès se termine par un non-lieu le 7 septembre 2011. Le 20 novembre 2012, Pierre Pellerin[Ref] Directeur du SCPRI (Service central de protection contre les rayonnements ionisants). mort en mars 2013 à 89 ans.[/ref] est reconnu innocent des accusations de « tromperie et tromperie aggravée » par la Cour de cassation de Paris qui explique notamment qu'il était « en l'état des connaissances scientifiques actuelles, impossible d'établir un lien de causalité certain entre les pathologies constatées et les retombées du panache radioactif de Tchernobyl ».

Encore aujourd’hui , le débat reste ouvert sur ces pathologies et leurs origines.

Dans la zone de Tchernobyl, beaucoup plus exposée que les régions françaises, une augmentation du nombre d'enfants atteints de cancers provoqués par la catastrophe, estimée à 5 000 cas, a été constatée. Il n'y aurait pas eu d'augmentation des cancers chez les adultes. Le conditionnel reflète le manque de fiabilité des études et statistiques russes.

Le cas des cancers thyroïdiens après Fukushima – Complément d'info pour les sportifs qui souhaitent aller concourir aux JO de 2020 à Tokyo : Kashiwa est à 26 km du centre de Tokyo, à 200 km de la centrale Dai ichi accidentée. Et pourtant, 112 enfants sur 173 diagnostiqués ont des problèmes thyroïdiens à Kashiwa ! Rappelons également ici que les cancers de la thyroïde des enfants de Fukushima sont bien dus à la radioactivité : dans la préfecture de Fukushima, on a détecté une augmentation de quelque 30 fois du nombre de cancers de la thyroïde chez les jeunes âgés de 18 ans et moins en 2011. Le total de jeunes atteints de cancer de la thyroïde est de 127, mais officiellement, cela n'a aucun rapport avec la radioactivité. Cherchez l'erreur ! Note de Pierre Fetet du 10/11/2015, sur le site Fukushima

En France, l'Institut national de veille sanitaire (INVS) exclut une augmentation des cancers de la thyroïde suite aux retombées de Tchernobyl. Toutefois, une thèse de médecine publiée quelques mois après ce rapport, en 2011, établit un lien entre la catastrophe et l'augmentation des cancers diagnostiqués : celle du docteur Sophie Fauconnier, fille du docteur Denis Fauconnier, médecin exerçant en Corse, désormais en retraite. Ce dernier, interrogé en janvier 2015 dans une émission de France Culture, rappelait non sans quelque amertume que, hier comme aujourd’hui, « c'est la politique qui contrôle les données scientifiques ».

Face aux controverses sur les effets sanitaires du nuage radioactif, des faits sont mis en avant :

– Le nombre de cancers de la thyroïde a augmenté en France régulièrement d'environ 7 % en moyenne par an depuis 1975 (soit un quadruplement en 19 ans), sans inflexion particulière en 1986.

– Les cancers de la thyroïde sont très majoritairement féminins et l'évolution de leur nombre suit l'évolution du nombre de cancers du sein.

Deux phénomènes concomitants sont à prendre en compte :

  • l'augmentation du nombre de cancers détectés par l'accroissement de la sensibilité des appareils à ultrasons : le seuil de détection des nodules est passé d'un diamètre de 10 mm à 2 mm ;
  • une évolution dans les comportements féminins de prise d'hormones de substitutions pré- et post- ménopause.

Selon l'étude de l'INVS parue en 2006, les résultats ne vont pas globalement dans le sens d’un éventuel effet de l’accident de Tchernobyl sur les cancers de la thyroïde en France. Toutefois, l'incidence observée des cancers de la thyroïde en Corse est élevée chez l'homme.

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Les quatre zones de contamination post Tchernobyl reconnues quelques années après l'accident par l'Institut de protection et de sûreté nucléaire (IPSN). Il apparaît qu'aucune région française n'a été totalement épargnée.

Le 7 mai 1986, un courrier de l'Organisation mondiale de la santé indique que « des restrictions quant à la consommation immédiate [du] lait peuvent donc demeurer justifiées. »

Le 16 mai, une réunion de crise se tient au ministère de l'Intérieur : du lait de brebis en Corse présente une contamination par l'iode 131 anormalement élevée, d'une activité de plus de 10 000 becquerels par litre. Mais dans la mesure où l'iode 131 a une demi-vie courte (l'activité au bout de deux mois est difficilement détectable), il a été jugé que le bilan de l'activité radioactive sur une année ne serait pas affecté sensiblement, et les autorités n'ont pas pris de mesure particulières. Une note du 16 mai émanant du ministère de l'Intérieur, à l'époque dirigé par Charles Pasqua déclare « Nous avons des chiffres qui ne peuvent pas être diffusés. (…) Accord entre SCPRI et IPSN pour ne pas sortir de chiffres. »

Des indices laissaient penser que pour des personnes qui ont vécu ou vivent encore dans les zones de Corse touchées par les pluies du « nuage de Tchernobyl », existait une augmentation du nombre de plusieurs pathologies de la thyroïde, cancer notamment. Mais le lien avec l’accident de Tchernobyl a été contesté. Personne ne nie que dans le monde le nombre de pathologies de la thyroïde a effectivement augmenté (doublement en Europe) et il y a bien une augmentation significative du risque de cancer de la thyroïde signalée et scientifiquement reconnue dans plusieurs pays. Cependant, cette augmentation d'une part a commencé avant l'accident de Tchernobyl, et d'autre part n'est pas centrée sur les zones où il a plu lors du passage du nuage ; une grande partie du monde non concernée par les pluies lors du passage du nuage est également touchée par l'augmentation des thyroïdites.

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Remarquable BD éditée par l'Association française des malades de la thyroïde (AMFT). Dessin de Ming.

Depuis mars 2001, 400 poursuites ont été engagées en France contre 'X' par l'Association française des malades de la thyroïde, dont 200 en avril 2006. Ces personnes sont affectées par des cancers de la thyroïde ou goitres, et ont accusé le gouvernement français, à cette époque dirigé par le premier ministre Jacques Chirac 2, de ne pas avoir informé correctement la population des risques liés aux retombées radioactives de la catastrophe de Tchernobyl. L'accusation met en relation les mesures de protection de la santé publique dans les pays voisins (avertissement contre la consommation de légumes verts ou de lait par les enfants et les femmes enceintes) avec la contamination relativement importante subie par l'Est de la France et la Corse.

Pour sortir du doute, les membres de l'Assemblée de Corse ont décidé de « faire réaliser par une structure indépendante (…) une enquête épidémiologique sur les retombées en Corse de la catastrophe de Tchernobyl ». Cette nouvelle étude a été conduite par une équipe d'épidémiologistes et statisticiens de l'unité médicale universitaire de Gênes (Italie). Elle est basée sur l’analyse d’environ 14 000 dossiers médicaux.

Les auteurs concluent en 2013 à un risque effectivement plus élevé chez les hommes des pathologies thyroïdiennes dues à l'exposition au nuage. L'augmentation chez eux des cancers de la thyroïde due au facteur Tchernobyl serait de 28,29 %, celle des thyroïdites de 78,28 %, et celle de l'hyperthyroïdisme de 103,21 %. Concernant les femmes, la faiblesse des échantillons statistiques ne permet pas de conclure pour les pathologies hors thyroïdites ; pour ces dernières, l'augmentation due à Tchernobyl est chiffrée à 55,33 %51. Concernant les enfants corses exposés au nuage, l'étude conclut à une augmentation des thyroïdites et adénomes bénins, et à une augmentation statistiquement non significative des leucémies aiguës et des cas d’hypothyroïdisme.

Cette étude, non publiée dans une revue à comité de lecture, a fait l'objet de critiques mettant en avant des faiblesses méthodologiques. La ministre de la Santé, Marisol Touraine rappelle ce facteur de confusion possible, et rejette ces résultats.

La commission nommée par la collectivité territoriale de Corse, qui a commandé cette étude, et sa présidente Josette Risterucci estiment que l’augmentation du risque est maintenant incontestable et souhaite une « reconnaissance officielle du préjudice ».

[Prochain article : L'inavouable bilan humain et économique]

Notes:

  1. Spécialisée dans les dossiers judiciaires de santé publique (affaires du « sang contaminé », de l'hormone de croissance, de l'amiante sur le campus de Jussieu, de la « vache folle » – ainsi que d'autres dossiers sensibles comme celui de la guerre du Golfe et du nuage de Tchernobyl. A, depuis, quitté ses fonctions, déclarant dans un entretien sur France Inter le 12 février 2013 : « Je suis entrée dans la magistrature car je croyais en la Justice. Je vais en sortir, je n'y crois plus. »
  2. Ministres à la manœuvre : François Guillaume, Agriculture ; Michèle Barzach, Santé ; Alain Carignon, Environnement ; Alain Madelin, Industrie ; Charles Pasqua, Intérieur.

Tchernobyl, 28 avril 1986. L’art du mensonge étatique

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 Chro­ni­que de la catas­tro­phe nucléai­re de Tcher­no­byl - 3 

L’alerte qu’une catas­tro­phe nucléai­re avait eu lieu arri­va d’abord par la Suè­de. Le lun­di 28 avril au matin, les employés de la cen­tra­le de Fors­mark emprun­tent les por­ti­ques de contrô­le habi­tuels. Une haus­se anor­ma­le de la radio­ac­ti­vi­té est détec­tée. Le site est immé­dia­te­ment éva­cué. Mais la fui­te ne pro­vient pas de la cen­tra­le. Comp­te tenu des vents et des par­ti­cu­les iden­ti­fiées, il appa­raît que la conta­mi­na­tion pro­vient d’URSS.

Dans l’après-midi, l’AFP confir­me : « Des niveaux de radio­ac­ti­vi­té inha­bi­tuel­le­ment éle­vés ont été appor­tés vers la Scan­di­na­vie par des vents venant d’Union sovié­ti­que ».

Dans la soi­rée, le Krem­lin recon­naît la sur­ve­nue d’un acci­dent dans un réac­teur de la cen­tra­le de Tcher­no­byl, sans en pré­ci­ser la date, l’importance ni les cau­ses. L’opacité de la bureau­cra­tie est tota­le. Mikhaïl Gor­bat­chev n’est infor­mé offi­ciel­le­ment que le 27 avril. Avec l’accord du Polit­bu­ro, il est for­cé de fai­re appel au KGB pour obte­nir des infor­ma­tions. Le rap­port qui lui est trans­mis par­le d’une explo­sion, de la mort de deux hom­mes, de l’arrêt des réac­teurs 1, 2 et 3. Le déni rejoint l’obscurantisme d’un sys­tè­me poli­ti­que en rui­nes.

Le même jour, en Fran­ce, le pro­fes­seur Pier­re Pel­le­rin, direc­teur du SCPRI (Ser­vi­ce cen­tral de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants) 1, fait équi­per des avions d’Air Fran­ce, se diri­geant vers le nord et l’est de l’Europe, de fil­tres per­met­tant, à leur retour, d’analyser et fai­re connaî­tre la com­po­si­tion de cet­te conta­mi­na­tion.

Invi­té du 13 heu­res d’Anten­ne 2, le len­de­main 29 avril, Pier­re Pel­le­rin fait état de ses contacts avec les experts sué­dois, dénon­ce à l’avance le catas­tro­phis­me des médias et tient des pro­pos ras­su­rants : « Même pour les Scan­di­na­ves, la san­té n’est pas mena­cée. » Dans la soi­rée, son adjoint, le pro­fes­seur Chan­teur, répond à une ques­tion du pré­sen­ta­teur : « On pour­ra cer­tai­ne­ment détec­ter dans quel­ques jours le pas­sa­ge des par­ti­cu­les mais, du point de vue de la san­té publi­que, il n’y a aucun ris­que ».

Le mot « nua­ge » va ain­si connaî­tre sa célé­bri­té en Fran­ce. Un nua­ge tou­te­fois invi­si­ble, entraî­nant les émis­sions radio­ac­ti­ves reje­tées pen­dant les jours qui ont sui­vi l’accident. Mélan­gées à l’air chaud de l’incendie du réac­teur, ces rejets ne contien­nent que très peu de vapeur d’eau. Mais les vrais nua­ges vont jouer un rôle impor­tant et néfas­te car, en cre­vant au-des­sus du pana­che, leurs gout­tes d’eau vont entraî­ner plus abon­dam­ment les par­ti­cu­les radio­ac­ti­ves. La conjonc­tion des deux crée des dépôts humi­des géo­gra­phi­que­ment très hété­ro­gè­nes, en taches de léo­pard.

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Ima­ge du bul­le­tin météo d’Antenne 2, le 30 avril.

Dans l’après-midi du 30 avril, une des « bran­ches » du nua­ge est détec­tée par le Labo­ra­toi­re d’écologie mari­ne de Mona­co, avant de l’être dans l’ensemble du Midi de la Fran­ce. Pen­dant la nuit, tan­dis que cet­te bran­che remon­te en direc­tion du nord du pays, sui­vie d’une sta­tion météo à l’autre, une autre bran­che venant plus direc­te­ment de l’est, abor­de aus­si le ter­ri­toi­re à une alti­tu­de dif­fé­ren­te. Mona­co puis le SCPRI en infor­ment l’Agence Fran­ce-Pres­se.

Ce 30 avril, la pré­sen­ta­tri­ce Bri­git­te Simo­net­ta, la bou­che en coeur, annon­ce dans le bul­le­tin météo d’Anten­ne 2 que la Fran­ce est pro­té­gée du « nua­ge » par l’anticyclone des Aço­res et le res­te­ra pen­dant les trois jours sui­vant. Un pan­neau « STOP » vient lour­de­ment appuyer l’image de l’arrêt « à la fron­tiè­re ».

Une polé­mi­que s’ensuit, gros­sie par de nom­breu­ses décla­ra­tions visant plus par­ti­cu­liè­re­ment le Pr Pel­le­rin, bien­tôt cari­ca­tu­ré par cet­te ima­ge du « nua­ge arrê­té à la fron­tiè­re ». Libé­ra­tion affir­me que « les pou­voirs publics ont men­ti en Fran­ce » et que « le pro­fes­seur Pel­le­rin [en] a fait l’aveu ». Ce der­nier, par la sui­te, por­te­ra plain­te pour dif­fa­ma­tion contre dif­fé­rents médias ou per­son­na­li­tés (dont Noël Mamè­re). Il gagne­ra tous les pro­cès en pre­miè­re ins­tan­ce, en appel et en cas­sa­tion. En effet, il n’a pas employé cet­te ima­ge d’arrêt à la fron­tiè­re, même s’il en a induit l’idée. Ain­si, ce télex – ambi­gu – du 1er mai du Pr Pel­le­rin, cité par Noël Mamè­re, au 13 heu­res d’Antenne 2 : « Ce matin, le SCPRI a annon­cé une légè­re haus­se de la radio­ac­ti­vi­té de l’air, non signi­fi­ca­ti­ve pour la san­té publi­que, dans le Sud-Est de la Fran­ce et plus spé­cia­le­ment au-des­sus de Mona­co. »

Vidéo du dépla­ce­ment du nua­ge radio­ac­tif du 26 avril au 9 mai. La Fran­ce est presqu’entièrement tou­chée le 1er mai, le sud-est et la Cor­se plus for­te­ment le 3 mai (docu­ment de l’IRSN, réa­li­sé en 2005, neuf ans après…).

En ces temps recu­lés…, les poli­ti­ciens ne sont pas enco­re entrés dans l’ère de la com­mu­ni­ca­tion, et les minis­tè­res du tout nou­veau gou­ver­ne­ment Chi­rac (pre­miè­re coha­bi­ta­tion) vont se déchar­ger sur ce pro­fes­seur Pel­le­rin, méde­cin expert en radio­pro­tec­tion, pas davan­ta­ge rom­pu aux médias… C’est à lui prin­ci­pa­le­ment qu’incombera la tâche d’ « infor­mer » les Fran­çais des résul­tats des mesu­res de conta­mi­na­tion radio­ac­ti­ve et du niveau de ris­que cou­ru.

Les minis­tres concer­nés, mal coor­don­nés, inter­vien­dront peu par la sui­te, et sou­vent en gros sabots, com­me Alain Made­lin, minis­tre de l’industrie, mobi­li­sé en boni­men­teur ridi­cu­le pour clai­ron­ner l’absence de tout ris­que…

Même son de clo­che de tou­tes parts afin de pré­ve­nir tout mou­ve­ment de pani­que et de pré­ser­ver le com­mer­ce de la sala­de prin­ta­niè­re… Le SCPRI juge tout de sui­te que la conta­mi­na­tion des ali­ments pro­duits en Fran­ce sera trop fai­ble pour poser un vrai pro­blè­me de san­té publi­que et qu’il n’y a pas lieu de pren­dre de mesu­res de pré­cau­tion par­ti­cu­liè­res, sauf sur les pro­duits impor­tés de l’Est de l’Europe…

Pel­le­rin, à nou­veau, ren­ché­rit avec un com­mu­ni­qué selon lequel il fau­drait ima­gi­ner des élé­va­tions de radio­ac­ti­vi­té dix mil­le ou cent mil­le fois plus impor­tan­tes pour que com­men­cent à se poser des pro­blè­mes signi­fi­ca­tifs d’hygiène publi­que. Il pré­ci­se que les pri­ses pré­ven­ti­ves d’iode des­ti­nées à blo­quer le fonc­tion­ne­ment de la thy­roï­de ne sont ni jus­ti­fiées ni oppor­tu­nes. 2

Le gou­ver­ne­ment fran­çais esti­me alors qu’aucune mesu­re par­ti­cu­liè­re de sécu­ri­té n’est néces­sai­re.

C’est dans ce contex­te de men­son­ges et de mani­pu­la­tions de l’opinion que naît, à Valen­ce dans la Drô­me, la Crii­rad, Com­mis­sion de recher­che et d’information indé­pen­dan­tes sur la radio­ac­ti­vi­té. Des scien­ti­fi­ques et des citoyens cri­ti­ques se regrou­pent pour contre­car­rer l’information offi­ciel­le qui tour­ne à la pro­pa­gan­de sovié­ti­que. Ani­mée par Michè­le Riva­si, aujourd’hui dépu­tée euro­péen­ne d’Europe-Écologie-Les Verts, cet­te asso­cia­tion va se poser en contre-pou­voir face aux ins­ti­tu­tions sus­pec­tées de fal­si­fier les faits au pro­fit de l’État et du sys­tè­me nucléai­re.

Vite recon­nue par son sérieux scien­ti­fi­que, ins­tau­rée dès le départ par sa fon­da­tri­ce, la Crii­rad demeu­re une réfé­ren­ce dans l’expertise nucléai­re. Ces résis­tants ne seront pas les seuls, bien sûr, à s’opposer aux manœu­vres men­son­gè­res contrai­res au bien com­mun. Il fau­dra aus­si comp­ter sur des oppo­sants poli­ti­ques, les éco­lo­gis­tes, cer­tes, ain­si que de nom­breu­ses asso­cia­tions et les citoyens conscients des dan­gers liés l’énergie nucléai­re.

Une résis­tan­ce s’est peu à peu ins­tau­rée, qui aura contri­bué au fil des années à bri­der quel­que peu l’ogre affa­mé, à l’amener à ren­dre des comp­tes – pas enco­re à « ren­dre gor­ge », bien qu’une autre catas­tro­phe majeu­re, cel­le de Fuku­shi­ma, l’aura à nou­veau étour­di… Mais la bête, tel le Phé­nix, sait renaî­tre de ses cen­dres. Jusqu’à quand – jusqu’à quelle(s) autre(s) catastrophe(s) ?

Résu­mé en ima­ges de l’accident de Tcher­no­byl (docu­ment IRSN)

[Pro­chain arti­cle : Un nua­ge, des lam­beaux… de consé­quen­ces]

Notes:

  1. Labo­ra­toi­re situé au Vési­net, le SCPRI est suc­ces­si­ve­ment deve­nu l’Office de pro­tec­tion contre les rayon­ne­ments ioni­sants (OPRI) et enfin l’actuel Ins­ti­tut de radio­pro­tec­tion et de sûre­té nucléai­re (IRSN), créé pour assu­rer la sur­veillan­ce dosi­mé­tri­que dans tous les domai­nes d’utilisation des rayon­ne­ments ioni­sants.
  2. À sup­po­ser que cet­te mesu­re ait pu être effec­ti­ve : stocks réels des com­pri­més d’iodure de potas­sium ; mode d’information et de dis­tri­bu­tion. De plus la pri­se doit être effec­ti­ve une demi-heu­re avant la conta­mi­na­tion, au plus tard deux heu­res après. Les dou­tes quant à l’application d’une tel­le mesu­re demeu­rent actuels. Inter­ro­gez à ce sujet votre phar­ma­cien… (le mien n’a pas de ces com­pri­més en sto­ck…)

Publicité bucolique. Quand EDF nous refait le coup de l”« électricité verte »

EDF, qui est dans la pana­de que l’on sait, ten­te crâ­ne­ment de détour­ner l’attention de l’opinion publi­que. Ain­si vient-elle de s’offrir une cam­pa­gne de publi­ci­té dans les quo­ti­diens dou­ble­ment éhon­tée : une plei­ne page à sa pro­pre gloi­re et à cel­le de ses cen­tra­les, cela à la veille du tren­tiè­me anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl – l’élégance même – et sur son thè­me men­son­ger de pré­di­lec­tion, le mythe d’une « élec­tri­ci­té ver­te ». Une pro­vo­ca­tion des plus indé­cen­tes !

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Cli­quer des­sus pour agran­dir, c’est trop beau !

A com­men­cer par l’image idyl­li­que et ver­doyan­te mon­trant une splen­di­de chu­te d’eau émer­geant de la mon­ta­gne et épou­sant avec grâ­ce la for­me de ces splen­di­des tours d’évaporation qui égaient tant nos pay­sa­ges. Trois jolis nua­ges, insou­ciants, mon­tent gaie­ment dans l’azur. C’est frais et buco­li­que. Un vrai chro­mo de calen­drier des pos­tes – d’avant l’invention du nucléai­re et ses catas­tro­phes ! Il man­que tou­te­fois quel­ques biches inno­cen­tes, Cen­drillon et ses sept nains, dont les plus ravis, Hol­lan­de et Macron – mais là, le tableau aurait été gâché.

À sui­vre avec le slo­gan « L’électricité bas car­bo­ne, c’est cen­tra­le ». Oui, cen­tra­le, avec un E. Ah ah ! elle est bon­ne. Et qui dit cen­tra­le, dit cen­tra­les nucléai­res et leurs 58 réac­teurs four­nis­sant 82,2 % de l’électricité pro­dui­te en Fran­ce. 1

À conti­nuer enco­re avec les trois lignes « fine­ment » bara­ti­neu­ses qui, d’un zes­te d’ « éner­gies renou­ve­la­bles » nous ser­vent le plus pétillant des cock­tails, « à 98% sans émis­sion de car­bo­ne ni de gaz à effet de ser­re ». Ce que EDF appel­le « un mix » de nucléai­re et de renou­ve­la­bles, selon la fameu­se recet­te du pâté d’alouette : un che­val pour une alouet­te.

Par­lons-en du nucléai­re « bas car­bo­ne » !

Tou­tes les opé­ra­tions liées au fonc­tion­ne­ment de l’industrie nucléai­re émet­tent des gaz à effet de ser­re : extrac­tion miniè­re et enri­chis­se­ment de l’uranium, construc­tion et déman­tè­le­ment des cen­tra­les, trans­port et « trai­te­ment » des déchets radio­ac­tifs, etc.

Ne pas oublier non plus les dizai­nes de sites ther­mi­ques, dont des cen­tra­les à char­bon, exploi­tées par EDF dans le mon­de, qui en font la 19e entre­pri­se émet­tri­ce de CO2 au niveau mon­dial. 2

Pen­dant ce temps, der­riè­re le décor d’opérette, EDF doit fai­re face à une réa­li­té autre­ment plus âpre (hors capi­lo­ta­de finan­ciè­re) :

•La construc­tion rui­neu­se de l’EPR de Fla­man­vil­le (tri­ple­ment du devis ini­tial), rui­neu­se et sur­tout poten­tiel­le­ment dan­ge­reu­se. Les défauts métal­lur­gi­ques déce­lés dans la cuve du réac­teur – piè­ce maî­tres­se – com­pro­met­tent cet­te ins­tal­la­tion (et d’autres en cours).

La chu­te d’une hau­teur de vingt mètres, le 31 mars 2016, d’un géné­ra­teur de vapeur de 450 ton­nes lors d’une manu­ten­tion – par une entre­pri­se sous-trai­tan­te… – dans un bâti­ment réac­teur de la cen­tra­le de Paluel (Nor­man­die). Pas de vic­ti­mes, heu­reu­se­ment, mais le bâti­ment a été for­te­ment ébran­lé, ce qui va deman­der une éva­lua­tion et une immo­bi­li­sa­tion de plu­sieurs mois des ins­tal­la­tions.

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Chu­te d’un géné­ra­teur de vapeur à Paluel. Moins gla­mour que la pub…

Pour cou­ron­ner le tout, l’Auto­ri­té de sûre­té nucléai­re (ASN) fran­çai­se vient de dénon­cer un fabri­cant de piè­ces métal­li­ques 3 qui, dans une soixan­tai­ne de cas au moins, a four­ni à ses clients com­me Are­va des pro­duits pré­sen­tant des mal­fa­çons, accom­pa­gnés de cer­ti­fi­cats fal­si­fiés. L’ASN a deman­dé à tou­tes les entre­pri­ses du sec­teur de véri­fier les piè­ces qu’elles uti­li­sent en pro­ve­nan­ce de cet­te PME, pour pou­voir stop­per les équi­pe­ments en cas de besoin.

Faux, usa­ge de faux : le Bureau Veri­tas a très vite por­té plain­te, sui­vi en mars par Are­va et le Com­mis­sa­riat à l’énergie ato­mi­que (CEA). Cer­tai­nes piè­ces en cau­se étaient en effet des­ti­nées au réac­teur de recher­che Jules-Horo­witz, qu’Areva construit pour le CEA à Cada­ra­che (Bou­ches-du-Rhô­ne).

Ou quand la réa­li­té rejoint la fic­tion : ce cas recou­pe exac­te­ment le scé­na­rio du film Le Syn­dro­me chi­nois dans lequel un four­nis­seur véreux est à l’origine d’une situa­tion catas­tro­phi­que dans une cen­tra­le nucléai­re. Ce film amé­ri­cain est sor­ti quel­ques jours avant l’accident de Three Miles Island en 1979 (fon­te du réac­teur).

Notes:

  1. Don­née de 2014, por­tée sur les fac­tu­res d’EDF.
  2. On peut, à ce pro­pos, signer la péti­tion lan­cée par le réseau Sor­tir du nucléai­re qui dénon­ce cet­te publi­ci­té men­son­gè­re d’EDF : http://www.sortirdunucleaire.org/CO2-mensonge-EDF#top
  3. SBS, une PME de Boën (Loi­re)

Tchernobyl, 26 avril 1986. Le monstre se déchaîne

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 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 2 

26 avril 1986. 1 h 23. En moins de cinq secondes, le réacteur s’est emballé, dépassant sa puissance jusqu’à cent fois. Il n’était plus contrôlable, les barres de modération de la réaction nucléaire ayant été éjectées. Des explosions successives se produisent, suivies d’une autre, si forte que la dalle de 1 000 tonnes de béton située au-dessus du bâtiment est projetée dans les airs, retombant inclinée sur le cœur du réacteur, qui s'entrouvre alors. Un gigantesque incendie se déclare. Plus de 100 tonnes de combustibles radioactifs entrent en fusion. Un immense faisceau de lumière aux reflets bleuâtres monte du cœur du réacteur, illuminant l'installation dévastée, plongée dans l'obscurité.

Centrale nucléaire de Tchernobyl, Ukraine

« Ceux qui ont mené l'expérience, expliquera par la suite le Pr Vassili Nesterenko  1, se sont lourdement trompés dans leurs calculs. La puissance du réacteur a brusquement baissé à 30 mégawatts, au lieu des 800 mégawatts escomptés. Ils ont alors levé les barres mobiles pour augmenter la puissance. Mais là, à la suite d'un défaut de fabrication, l'eau a rempli l'espace qu'avaient occupé les barres. La puissance est montée en flèche et l'eau est entrée en ébullition. Une radiolyse de l'eau a commencé à se produire, ce qui a provoqué la formation d'un mélange détonant d'oxygène et d'hydrogène. Ces premières petites explosions ont éjecté entièrement les barres mobiles destinées à arrêter le réacteur en cas de panne, le réacteur n'était donc plus contrôlable. En 5 secondes, sa puissance a augmenté de 100 fois ! Les expérimentateurs ont alors essayé d'enfoncer de nouveau les barres, mais trop tard. Une immense explosion s'ensuivit. »

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Quand tout a basculé. [Musée de Tchernobyl]

Historien français, de père russe, Nicolas Werth est un spécialiste de l’histoire de l’Union soviétique. En 2006, dans la revue L’Histoire, à l’occasion du vingtième anniversaire de la catastrophe, il en reconstituait la genèse. Il reliait ainsi les faits au contexte politico-économique du régime soviétique à bout de souffle. Son analyse se nourrit d’un voyage qu’il effectue alors en Ukraine. Voici comment il reconstitue ce qui demeure jusqu’à présent l’accident nucléaire le plus grave de la planète (On évitera l’inutile et sordide comparaison avec Fukushima et ses quatre installations dévastées ; les contextes sont différents et les conséquences également, bien que tout aussi incommensurables.)

« Viktor Petrovitch Brioukhanov [le directeur] est réveillé à 1 h 30 du matin. Pour tenter d'éteindre l'incendie, il fait appel à une simple équipe de pompiers de la ville de Pripyat […]. Le directeur téléphone au ministère de l'Énergie, à Moscou, vers 4 heures du matin. Il se veut rassurant, affirme que " le cœur du réacteur n'est probablement pas endommagé ".

« Avec un équipement dérisoire, sans aucune protection spécifique, quelques dizaines de pompiers s'efforcent de maîtriser l'incendie, comme s'il s'agissait d'un feu ordinaire. Au petit matin, celui-ci est circonscrit. Mais le cœur nucléaire du réacteur endommagé et le graphite continuent de se consumer, dégageant dans l'atmosphère une très forte radioactivité. Les pompiers, gravement irradiés, sont évacués vers l'hôpital local, puis, leur état empirant, acheminés vers Moscou, où la plupart meurent, dans d'atroces souffrances, au cours des jours suivants.

« Ce n'est qu'après l'extinction de l'incendie généré par l'explosion que la direction de la centrale prend enfin conscience de la gravité de la situation : le coeur du réacteur est atteint ! Mais personne, parmi le personnel de la centrale, ingénieurs, techniciens, cadres dirigeants compris, n'a jamais été préparé à faire face à une situation pareille. La panne la plus grave envisagée par les constructeurs était une rupture du système principal de refroidissement !

« Brioukhanov n'ordonne, dans l'immédiat, aucune évacuation. Or, au moment de l'explosion, plus de 200 employés travaillaient à la centrale, et plusieurs centaines d'ouvriers s'affairaient à la construction des cinquième et sixième réacteurs. Dans la matinée du 26 avril, les alentours de la centrale grouillent de pompiers et de militaires appelés en renfort. En ce samedi matin, les habitants de Pripyat vaquent tranquillement à leurs occupations. Près de 900 élèves, âgés de 10 à 17 ans, participent même au "Marathon de la paix" qui, de Pripyat au village de Kopachy, distant de 7 kilomètres à peine du réacteur dévasté, fait le tour de la centrale !

« Entre-temps, à Moscou, une commission gouvernementale est mise sur pied. Quelques-uns de ses membres prennent l'avion pour Tchernobyl. Valeri Legassov, un haut responsable du nucléaire soviétique, témoigne : " En nous approchant de Tchernobyl, dans la soirée du 26 avril, nous fûmes frappés par la couleur du ciel. A une dizaine de kilomètres, une lueur cramoisie dominait les

Tchernobyl explosion

environs. Pourtant, les centrales nucléaires ne rejettent habituellement aucune fumée. Mais ce jour-là, l'installation ressemblait à une usine métallurgique surmontée d'un épais nuage assombrissant la moitié du ciel. Les responsables étaient perdus, paralysés. Ils ne savaient où donner de la tête et n'avaient reçu aucune directive. Les employés des trois autres blocs atomiques de la centrale n'avaient toujours pas quitté leur poste. Personne n'avait pris soin de débrancher la ventilation intérieure et les radioéléments s'étaient répandus à travers toutes les installations de la centrale"

« Le chef de la commission gouvernementale, Boris Chtcherbina, l'un des vice-présidents du Conseil des ministres de l'URSS, arrivé sur place vers 21 heures, décide enfin d'ordonner l'évacuation, à partir du surlendemain, 28 avril, 14 heures, de la population dans un rayon de 30 kilomètres autour de la centrale, et de faire appel à l'armée de l'air pour tenter d'ensevelir le coeur du réacteur nucléaire en fusion sous du sable et d'autres matériaux.

« Il faudra quinze jours à des équipes spécialisées pour étouffer la réaction nucléaire en déversant, depuis des hélicoptères, plusieurs milliers de tonnes de sable, d'argile, de plomb, de bore (qui a la propriété d'absorber les neutrons), de borax et de dolomite. Plus de 1 000 pilotes participèrent à ces opérations menées à bord d'hélicoptères militaires gros porteurs.

[© Tass]

[© Tass]

« Atteindre le coeur du réacteur – un objectif d'une dizaine de mètres de diamètre – depuis une hauteur de 200 mètres était une tâche ardue. Il fallait faire très vite : à cause de la formidable radiation qui se dégageait du réacteur en fusion – 1 500 rems 2 à 200 mètres de hauteur –, les pilotes ne pouvaient pas rester plus de 8 secondes à la verticale du réacteur. Les premiers jours, les deux tiers des largages manquèrent leur cible. En chutant, les gros paquets de sable explosaient sous l'effet de la chaleur. Les jours passant, les ratés se firent plus rares. Le 30 avril, 160 tonnes de sable, mélangé à de l'argile pour former une masse plus compacte, furent ainsi jetées sur le coeur nucléaire en fusion. Les radiations chutèrent brusquement. Mais le lendemain on s'aperçut que le sable avait fondu et que les rejets de radionucléides avaient repris de plus belle.

« On décida alors de déverser d'énormes paquets en grosse toile de parachute contenant des centaines de lingots de plomb, de la dolomite et du bore. Mais une nouvelle menace se profila. Les fondations de la centrale montraient des signes d'affaissement. Il fallait les renforcer pour empêcher le combustible nucléaire fondu de pénétrer massivement dans les sols. Des centaines de mineurs du Donbass furent appelés en renfort pour creuser un boyau de 170 mètres de long jusque sous le réacteur. [Ndlr : Dans le but de prévenir une nouvelle explosion et de protéger la nappe phréatique].

« Le 6 mai, l'émission de radiations chuta fortement, pour atteindre 150 rems. Le combat, néanmoins, n'était pas gagné. Valeri Legassov témoigne : " Le 9 mai, le monstre avait apparemment cessé de respirer, de vivre. Nous nous apprêtions à fêter la fin des opérations, qui coïncidait justement avec le jour anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie. Mais un nouveau foyer s'est déclaré. On ne savait plus ce qu'il fallait faire. On ne savait pas ce que c'était. Cela ressemblait à une masse incandescente composée de sable, d'argile et de tout ce qui avait été jeté sur le réacteur. On se remit au travail et on jeta encore 80 tonnes supplémentaires sur le cratère fumant."

« […] Le général Berdov fit venir 1 200 autobus de Kiev. Les 45 000 habitants de Pripyat furent évacués en premier, dans l'après-midi du 28 avril. Ils ne furent avertis de leur départ que quelques heures plus tôt, par la radio locale. "Ne prenez que le strict nécessaire : de l'argent, vos papiers et un peu de nourriture. Aucun animal domestique. Vous serez vite de retour. Dans deux ou trois jours".

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"Vous serez vite de retour !" [d.r.]

« Dans la soirée, les évacués arrivèrent dans la région rurale de Polesskoie, distante d'à peine une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest. On les "installa" chez les paysans du coin. Tous les bâtiments d'exploitation, granges, hangars, étables, furent réquisitionnés. Nombreux étaient ceux qui souffraient déjà de nausées et de diarrhées, premiers signes d'une forte irradiation. Or, dans ces villages, aucune assistance médicale n'était disponible. Comble de l'absurde : la région de Polesskoie était elle-même fortement contaminée !

« Pour tenter d'éviter que les évacués ne se sauvent, ordre fut donné à chacun de pointer quotidiennement à l'administration locale, comme devaient le faire les déportés sous Staline. Des cordons de police furent déployés sur les routes et les voies ferrées pour intercepter les fuyards. Nonobstant tous les obstacles, des milliers de personnes s'enfuirent pour rejoindre Kiev ou une autre grande ville, amplifiant la rumeur sur la catastrophe qui venait de se produire.

« Dans les premiers jours de mai, l'évacuation s'amplifia : près de 100 000 personnes, habitant dans une zone d'une trentaine de kilomètres autour de la centrale, furent évacuées à leur tour. Pour la plupart, simples kolkhoziens n'ayant jamais quitté leur village, ce déplacement forcé, qui faisait remonter chez les plus âgés les souvenirs du grand exode de l'été 1941, constitua un profond traumatisme.

« Les évacuations se prolongèrent jusqu'au mois d'août, après que les législateurs soviétiques eurent défini quatre "zones de contamination" […]

« Au total, quelque 250 000 personnes furent, en trois mois, évacuées des trois premières zones. En un an, une nouvelle ville, Slavoutitch, à une soixantaine de kilomètres de la centrale, sortit de terre. Fin 1987, elle comptait déjà plus de 30 000 habitants. De nombreux occupants des zones contaminées furent également relogés dans des banlieues de Kiev. Le gouvernement octroya à chaque évacué des indemnités : 4 000 roubles soit un an environ de salaire moyen par adulte et 1 500 roubles par enfant.

[Prochain article : Comme un nuage]

 

Notes:

  1. Vassili Nesterenko, physicien biélorusse, directeur de l'Institut de l'énergie nucléaire de l'Académie des sciences de Biélorussie de 1977 à 1987. Il a cherché à limiter les effets sanitaires de la catastrophe, et aussi à en limiter l'ampleur ; il est intervenu lui-même comme liquidateur pour larguer par hélicoptèredirectement dans le réacteur en fusion des produits de colmatage. Trois des quatre passagers de l’hélicoptère sont morts des suites de l’irradiation. Lui a survécu jusqu’en 2008.
  2. Soit 3 000 fois plus que la dose maximale tolérée en France par an pour une personne. Le rem est une unité de mesure d'équivalent de dose de rayonnement ionisant.

Tchernobyl, 25 avril 1986. Tout va bien à la centrale Lénine

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 Chronique de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl - 1 

Ce 25 avril 1986, un jour comme bien d’autres à la centrale Lénine, ce fleuron du nucléaire soviétique : quatre réacteurs d'une puissance de 1.000 MW et deux autres en construction. Ce devait être la plus puissante centrale nucléaire du bloc communiste. Car nous sommes toujours à l’époque des deux « blocs » ennemis. La fin de l’affrontement est proche. Dans moins de cinq ans c’en sera fini de l’URSS.

Marche arrière. La République socialiste soviétique d'Ukraine fut créée en 1921 et le 30 décembre 1922, l'URSS naissait, regroupant la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et la Transcaucasie. En 1932-1933, le village de Tchernobyl comme tout le reste de l'Ukraine fut odieusement touché par la famine – l'Holodomor –, provoquant de 3 à 7 millions de morts dans tout le pays. Merci Staline, « petit père des peuples ».

tchernobyl-ukraine-mapLa première centrale nucléaire d'Ukraine voit le jour à partir de 1970 sur un affluent du Dniepr, dans les faubourgs de Pripyat, ville nouvelle de 40.000 habitants, près de la frontière entre l'Ukraine et la Biélorussie, à 15 kilomètres de Tchernobyl et 110 au nord de Kiev.

La centrale devait regrouper six réacteurs. La construction des « blocs » 1 et 2 débute en 1971 ; le premier est mis en service en 1977, le second, l’année suivante. Les 3 et 4 sont mis en chantier en 1975 ; leur exploitation commence respectivement en 1981 et 1983. La construction des 5 et 6 sera interrompue par la catastrophe.

En 1985, l’Union soviétique dispose de 46 réacteurs nucléaires, dont une quinzaine de type RBMK 1000 d'une puissance électrique de 1 000 mégawatts chacun. À cette époque, la part du nucléaire en Union soviétique représente environ 10 % de l'électricité produite, et la centrale de Tchernobyl fournit 10 % de l'électricité en Ukraine.

Ladite centrale est alors dirigée par Viktor Petrovitch Brioukhanov, ingénieur en thermodynamique, nommé en 1970 à ce poste pour « son volontarisme militant, sa volonté et sa capacité à dépasser les quotas, dans le respect des règles de sécurité », selon la terminologie en vigueur. C'était ce qu’on appelle un apparatchik.

Le complexe Lénine avait fait l'objet de rapports alarmants dès sa construction. Ainsi, ce rapport confidentiel signé en 1979 par Youri Andropov, patron du KGB devenu ensuite président du Soviet suprême de l'URSS. Il était fait état d'un manque total de respect des normes de construction et des technologies de montage telles que définies dans le cahier des charges.

Ce point servira d’argument après la catastrophe pour dénigrer la technologie soviétique – « rustique-russtoque » – et vanter la supériorité de l’américaine… Cela servait évidemment la politique d’affrontement des blocs, tout en valorisant un « nucléaire sûr ». De la même manière qu’après Fukushima, Anne Lauvergeon (qui dirigeait alors Areva) s’était empressée de vanter – pour le vendre autant que possible – la supériorité prétendue de l’EPR français.

Bibliographie sélective  Ce fameux nuage… Tchernobyl, Jean-Michel Jacquemin, Sang de la terre, 1999  Comme un nuage, 30 ans après Tchernobyl, François Ponthieu, Gérard Ponthieu, Le Condottiere, 2016  Contaminations radioactives : atlas France et Europe, Criirad et André Paris, éd. Yves Michel, 2002  La Comédie atomique, Yves Lenoir, La Découverte, 2016  La Supplication, Svetlana Alexievitch, Lattès, 1998  La vérité sur Tchernobyl, Grigori Medvedev, Albin Michel, 1990  Le nucléaire, une névrose française - Patrick Piro, Les Petits matins, 2012   Maîtriser le nucléaire - Sortir du nucléaire après Fukushima,  Jean-Louis Basdevant, Eyrolles, 2012   Tchernobyl : enquête sur une catastrophe annoncée, Nicolas Werth - L’Histoire - n°308, avril 2006    Vers un Tchernobyl français ?, Eric Ouzounian, Nouveau Monde Editions, 2008   Le Monde  Libération  Sciences & Avenir  

Organismes et sites  AFMT - Association française des malades de la thyroïde  ASN - Autorité de sûreté nucléaire  C’est pour dire [en particulier Tchernobyl. La terreur par le Mensonge, du 25 avril 2006]  Criirad - Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité  Ina – Institut national de l’audiovisuel  IRSN – Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire  La radioactivite.com  Observatoire du nucléaire  Sortir du nucléaire  Wikipédia

Dans les deux cas, on s’empressait de mettre le système nucléaire hors de cause – c’était de la faute à la mauvaise technique (soviétique), à des pannes de pompes suivies d’« actions de conduite inappropriée » (États-Unis – Three Miles Island) et aux éléments déchaînés (Japon).

La « guerre froide », en quelque sorte, se réchauffait au nucléaire. D’un côté, la technologie dangereuse des demeurés communistes, de l’autre la triomphante supériorité de l’empire capitaliste. « RBMK versus Westinghouse/General Electric », le match suprême des poids-lourds atomiques…

Un match nul, en vérité. Et, surtout, un combat éminemment dangereux et mortifère. À y regarder de plus près, deux technocraties s’affrontaient au bord d’un gouffre, dans une même fuite en avant.

À ma gauche, si on peut dire, le système RBMK (du russe Reaktor Bolshoy Moshchnosti Kanalnyi : réacteur de grande puissance à tube de force). Avec ses avantages certains, comme le chargement continu du réacteur en combustible, et ses inconvénients hélas démontrés. Sans entrer dans les détails trop techniques, les faiblesses principales de ce système résident dans la difficulté de contrôle du cœur et dans l'absence d'enceinte de confinement. 1. On y revient dans l’article suivant sur l’accident du 26 avril 1986.

Les réacteurs de Tchernobyl ont été mis progressivement à l'arrêt définitif (le dernier en 2000 seulement), ainsi que les deux réacteurs de la centrale d'Ignalina, en Lituanie. Il reste, à ce jour, 11 réacteurs RBMK en exploitation, tous en Russie et qui ont fait l’objet d’« améliorations de sûreté ».

À ma droite, on peut le dire, le système Westinghouse (à eau sous pression) qui, avec son concurrent General Electric (qui a racheté Alstom en France) domine le nucléaire mondial, aux États-Unis, bien sûr, mais aussi au Japon et en France, dont tous les réacteurs sont sous licence américaine, y compris les EPR français en (aventureuse) construction 2. Passons sur les avantages vantés par ses concepteurs (et utilisateurs), tandis que ses failles ont éclaté au grand jour lors de l’accident à la centrale de Three Miles Island en Pennsylvanie.

28 mars 1979. Les pompes principales d'alimentation en eau du système de refroidissement tombent en panne vers 4 h du matin. Une soupape automatique reste bloquée. Les voyants ne l’indiquent pas. S’ensuit une perte d’étanchéité du circuit d’eau primaire. Le refroidissement du cœur n’est plus assuré, entraînant sa fusion. L’explosion est heureusement évitée et, de ce fait, les rejets à l’extérieur relativement limités – selon les sources officielles. 3

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Les quatre "blocs" de la centrale Lénine. (Ph. Pravda)

Retour à Tchernobyl. Ce 25 avril 1986, une expérimentation a été programmée sur le réacteur n°4. En gros, il s’agit de « voir » si on peut continuer à maîtriser le fonctionnement de la chaudière (en particulier son refroidissement) en cas de panne d’alimentation électrique, cela en recourant à l’électricité résiduelle produite par l’inertie des alternateurs. Car un réacteur, et une centrale en générale, ne peuvent fonctionner que s’ils sont alimentés en électricité ! C’est ainsi. D’où l’importance des groupes électrogènes de secours. Or, ces sales bêtes (entraînées par de puissants moteurs diesel) sont capricieuses : elles vont jusqu’à rechigner au démarrage et, de plus, mettent plus de quarante secondes avant d’atteindre leur plein régime.

L’essai devait avoir lieu dans la journée, mais une panne dans une autre centrale oblige à le différer pour maintenir le réacteur 4 en production. Une obligation fâcheuse pour l’expérience qui préconisait une mise en « repos » préalable de l’installation. De plus, par ce contre-temps, c’est l’équipe de relève qui doit « se coller » à l’exercice, ce qui oblige à une passation des consignes et expose à interprétations.

Comme souvent, un enchaînement malheureux de circonstances va conduire à l’accident.

Réacteur RBMK. Mise en place des éléments combustibles

Réacteur RBMK. Mise en place des barres de contrôle. [©d.r.]

Le cœur de ce type de réacteur est intrinsèquement instable à cause d'un effet dit de « coefficient de vide positif », qui favorise l'emballement de la réaction nucléaire. En d'autres termes, la puissance augmente spontanément et doit sans cesse être régulée par les opérateurs pour éviter la fonte du cœur. Dans les réacteurs américains, et dans les modèles russes modifiés, ce "coefficient de vide" est négatif : l'intensité de la réaction a tendance à chuter d'elle-même sans intervention extérieure.

Autre défaut majeur des RBMK : le délai beaucoup trop long – 20 secondes – nécessaire au fonctionnement de son système d'arrêt d'urgence (la descente des barres de contrôle). Enfin, son cœur de graphite et d'uranium est inflammable à haute température.

Malgré ces faiblesses, c'est bien l’expérimentation risquée et son déroulé qui ont déclenché l'accident. Expérimentation qui n’avait d’ailleurs pas obtenu l’aval de l'organisme spécial (Gosatomnadzor) chargé de superviser tous les aspects de la sûreté nucléaire.

L'équipe passa outre, ayant reçu l'accord du directeur de la centrale, Viktor Petrovitch Brioukhanov. En 1983, c’est lui qui signe « l'acte de mise en exploitation expérimentale » du quatrième réacteur alors même que toutes les vérifications n'avaient pas été achevées. Ce qui lui valut, cette année-là, d’être décoré de l'ordre de l'Amitié des peuples… En 1986, il figurait sur la liste proposée des médaillés de l'Ordre du Travail socialiste à l'occasion de l'inauguration, prévue en octobre, du cinquième réacteur, encore en construction lors de l'explosion...

Au moment de l'expérimentation, Brioukhanov était rentré chez lui. Peut-être dormait-il déjà. Tout comme l'ingénieur en chef, Nikolaï Fomine. C’est donc Anatoli Dyatlov, l'ingénieur en chef adjoint, qui dirige l'équipe d'expérimentateurs. 4

Personne ne se doute que ce 26 avril 1986 à Tchernobyl, ne sera pas un jour comme les autres.

[Prochain article : Le monstre se déchaîne]

Notes:

  1. Cette enveloppe de béton n'empêche pas son explosion (Fukushima), ni des fuites de radioactivité dues au vieillissement, ni sa destruction lors d'un éventuel attentat, notamment aérien
  2. La coentreprise nucléaire entre General Electric et le japonais Hitachi forme l'un des principaux constructeurs nucléaires mondiaux avec le français Areva et l'américano-japonais Westinghouse (groupe Toshiba). GE a ainsi fabriqué trois des réacteurs de Fukushima-Daiichi, dont deux ont été accidentés.
  3. Le 16 mars 1979 – douze jours avant l'accident – sortait aux États-Unis Le Syndrome chinois, film de James Bridges dans lequel un accident dans une centrale manque de provoquer la fusion du cœur qui, en théorie,  risquerait de s'enfoncer jusqu'au centre de la Terre (et non jusqu'en Chine comme le laisserait supposer le titre du film).
  4. En 1987, au terme d'un procès à huis clos, Viktor Brioukhanov, Nikolaï Fomine et Anatoli Diatlov ont été condamné à dix ans de réclusion. Anatoli Diatlov et Iouri Laouchkine, fortement irradiés au moment de l'accident, mourront en détention. L'ingénieur en chef Nikolaï Fomine, lui, perdra la raison. L'ex-directeur vit aujourd'hui à Kiev, où il est simple employé d'une firme.

Le Japon tremble, les Japonais plus encore, hantés par le spectre de Fukushima

L’insoutenable légèreté de la décision atomique

par Céci­le Asa­nu­ma-Bri­ce, cher­cheu­re en socio­lo­gie urbai­ne rat­ta­chée au cen­tre de recher­che de la Mai­son Fran­co Japo­nai­se de Tokyo.

A Kuma­mo­to (pré­fec­tu­re au sud du Japon), secoué par des séis­mes impor­tants depuis le 14 avril, le gou­ver­ne­ment japo­nais joue un bras de fer bien ris­qué avec les élé­ments natu­rels et ceux qui le sont moins. Le choix de main­te­nir en acti­vi­té la cen­tra­le nucléai­re de Sen­dai à 140 km de là, génè­re la colè­re des Japo­nais. Cet­te cen­tra­le, com­po­sée de deux réac­teurs, est la seule à avoir été redé­mar­rée sur le ter­ri­toi­re japo­nais en août 2015, depuis le séis­me accom­pa­gné d’un tsu­na­mi qui avait engen­dré la fon­te des cœurs de trois des six réac­teurs de la cen­tra­le nucléai­re de Fuku­shi­ma Daii­chi en mars 2011.

La cen­tra­le de Sen­dai, bien que construi­te en 1984, aurait été remi­se aux nor­mes après le dra­me nucléai­re du Toho­ku [région du tsu­na­mi de 2011, Ndlr]. Cet­te fois-ci l’enjeu pour le gou­ver­ne­ment japo­nais serait de mon­trer que les nou­vel­les nor­mes sont via­bles et per­met­tent de résis­ter aux plus forts séis­mes, redon­nant un élan à la poli­ti­que de redé­mar­ra­ge des cen­tra­les nucléai­res qui ren­con­tre de for­tes oppo­si­tions dans le pays.

Lire la sui­te sur le blog Fuku­shi­ma, entiè­re­ment dédié à la catas­tro­phe de 2011. 



Cyclisme : le dopage technologique enfin avoué

Ca y est, tout est avoué : voi­ci l’ère du dopa­ge tech­no­lo­gi­que ! Les soup­çons ne man­quaient pas : ces démar­ra­ges ful­gu­rants de cham­pions cyclis­tes dans des mon­tées de cols, que même une moby­let­te n’aurait pas pu ; ces roues qui conti­nuent à tour­ner lors d’une chu­te… Et c’est tout de même moins ris­qué, à tous points de vue, que la piquou­se et autres potions « magi­ques ». Le repor­ta­ge ci-des­sous dévoi­le enfin la face cachée de ce nou­veau dopa­ge. Tan­dis que bibi, sur son VAE (vélo à assis­tan­ce élec­tri­que), ne fait pas mys­tè­re des limi­tes de ses mol­lets…


Cyclis­me : dopa­ge tech­no­lo­gi­que, le nou­veau scan­da­le

Le « pro­grès » ? La tech­no­lo­gie + la fal­si­fi­ca­tion. Qu’il s’agisse de sport ou de finan­ce, l’époque est vrai­ment sen­sass ! À quand la raquet­te de ten­nis à laser et la bal­le-mis­si­le sub­ti­le­ment télé­gui­dée ?



Halte à la dissidence ! Halte aux attentats anti « smartphones » !

Pris sur Twit­ter en plei­ne cri­se d’anormalité, ce dis­si­dent attra­pé au col­let par la vidéo-sur­veillan­ce, sera bien­tôt tra­duit devant le tri­bu­nal de Big Bro­ther. Nul dou­te que cet atten­tat à la smar­ti­tu­de télé­pho­ni­que sera puni avec la sévé­ri­té qui s’impose. Et que cet­te scè­ne déplo­ra­ble ser­ve de leçon aux éven­tuels délin­quants, heu­reu­se­ment de plus en plus rares !

dissident_2016

Aujourd’hui , en Fran­ce, sur un quai de gare… [Ph. d.r.]


Nucléaire. Michel Onfray, trop bavardo-actif

onfray_le_pointMichel Onfray devrait mieux se garder de son ennemi du dedans, ce diablotin qui le pousse à trop se montrer. Ici, la une du Point, là, en vedette chez Ruquier, en parlotes sur les ondes, en maints endroits et sur tous les sujets ou presque, ce qui est bien périlleux. Surtout quand, de surcroît, on s'aventure dans des domaines qui impliquent quelque compétence idoine. Notamment sur le nucléaire. C’est ainsi qu'il se prend une bonne raclée (salutaire ?), infligée par Stéphane Lhomme, directeur de l’Observatoire du nucléaire. Où l'on voit que la philo ne déverrouille pas forcément toutes les portes du savoir.

Michel Onfray explose 
sur le nucléaire

par Stéphane Lhomme, directeur de l'Observatoire du nucléaire

On ne peut que rester sidéré par le texte de Michel Onfray, publié par Le Point 1, par lequel il démontre son ignorance totale de la question du nucléaire... ce qui ne l’empêche pas de prendre ardemment position en faveur de cette énergie. C’est d’ailleurs probablement parce qu’il n’y connaît rien qu’il prend cette position.

Il ne s’agit pas pour nous de contester le libre-arbitre de M. Onfray qui peut bien être favorable à l’atome (tout le monde a le droit de se tromper), mais de rectifier les erreurs les plus importantes qu’il commet en s’exprimant sur cette question. Nous pointons en particulier le texte "Catastrophe de la pensée catastrophiste", publié par Le Point le 22/03/2011, c’est à dire 10 jours après le début de la catastrophe de Fukushima. Voyons cela à travers quelques extraits :

On se rapproche du 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl, tandis qu'on vient de dépasser le 5e de celle de Fukushima. Rappelons que ces accidents majeurs sont toujours en cours ; car on n'efface pas les conséquences de tels désastres nucléaires.

Michel Onfray : "A défaut de pétrole, et dans la perspective de l’épuisement des énergies fossiles comme le charbon, le nucléaire offrait en pleine guerre froide une possibilité d’indépendance nationale en matière d’énergie civile."

Stéphane Lhomme : Michel Onfray ignore donc que, s’il a produit jusqu’à 80% de l’électricité française, le nucléaire n’a jamais couvert plus de 17% de la consommation nationale d’énergie : même poussé à son maximum (jusqu’à devoir brader les surplus à l’exportation), l’atome ne représente qu’une petite part de l’énergie française, loin derrière le pétrole et le gaz et il est donc bien incapable d’assurer une quelconque "indépendance énergétique". Ce n’est d’ailleurs même pas le cas de ces 17% puisque la totalité de l’uranium (le combustible des centrales) est importée… ce que M. Onfray reconnaît pas ailleurs :

Michel Onfray : "Revers de la médaille : l’indépendance de la France se payait tout de même d’une politique africaine cynique et machiavélienne."

SL : On s’étonnera de la curieuse indulgence que Onfray accorde à la "politique africaine cynique et machiavélienne" : pour le philosophe hédoniste, tout serait donc bon pour nourrir nos belles centrales nucléaires ? Le pillage et la contamination du Niger, l’assèchement des nappes phréatiques locales, le déplacement de populations ancestrales, la militarisation de la région : simple "revers de la médaille" ?

On s’étonnera encore plus de voir le philosophe mêler allègrement cette prétendue "indépendance" et la dite politique africaine : s’il y a "indépendance" de la France, comment peut-elle passer par l’Afrique ? A ce compte, la France est "indépendante" pour sa consommation de pétrole puisqu’elle entretient de bonnes relations avec la dictature d’Arabie Saoudite. Mais le festival continue :

Michel Onfray : "On ne trouve pas d’uranium dans le Cantal ou la Corrèze..."

SL : Mais si, bien sûr, il y a de l’uranium en France, y compris dans le Cantal et en Corrèze ! Areva (à l’époque la Cogema) a exploité dans le pays des centaines de mines d’uranium, ce qui fait d’ailleurs que le territoire est encore largement contaminé  2. Et si 100% de l’uranium est désormais importé (pillé), c’est que la population française ne tolèrerait plus aujourd’hui cette activité et ses nuisances dramatiques.

Essayez donc de rouvrir une mine d’uranium quelque part en France et vous verrez immédiatement les riverains se mobiliser avec la dernière énergie, à commencer par les pronucléaires (qui connaissent mieux que personne, eux, les ravages qu’ils nient le reste du temps). Alors, on continue tranquillement de piller le Niger, où les manifestations anti-Areva sont réprimées sans état d’âme 3, sans jamais faire la Une des médias en France, et sans émouvoir le philosophe pronucléaire qui continue à s’enfoncer :

Michel Onfray : "Le photovoltaïque, la biomasse, l’éolien, l’hydraulique fonctionnent en appoint mais ne suffisent pas à répondre à la totalité du considérable besoin d’énergie de nos civilisations."

SL : Les énergies renouvelables seraient donc bien sympathiques, mais tellement faibles comparées à ce cher atome. Il suffit pourtant de se reporter aux données les plus officielles, par exemple l’édition 2013 (la dernière en date) de Key World Energy Statistics (publié par l’Agence internationale de l’énergie), en consultation libre 4 : on constate alors que, en 2011 (il faut deux ans pour recueillir les données exactes), les énergies renouvelables produisaient 20,3% de l’électricité mondiale, le nucléaire n’étant qu’à 11,7%, une part en déclin continu depuis 2001 - c’est à dire bien avant Fukushima - quand l’atome avait atteint son maximum : 17%.

Or c’est précisément en 2011 qu’a commencé la catastrophe nucléaire au Japon, avec la fermeture des 54 réacteurs du pays, suivie de la fermeture définitive de 8 réacteurs en Allemagne, mais aussi dernièrement de 5 réacteurs aux USA (du fait du coût trop élevé de l’électricité nucléaire) : aujourd’hui, la part du nucléaire dans l’électricité mondiale est passée sous les 10%. Les énergies renouvelables font donc plus du double.

La réalité est encore plus édifiante lorsqu’on regarde l’ensemble des énergies et non plus la seule électricité : le nucléaire couvre moins de 2% de la consommation mondiale d’énergie quand les renouvelables (principalement hydroélectricité et biomasse) sont à plus de 13%. On pourra certes se désoler de ce que le trio pétrole-gaz-charbon représente 85% du total mais, s’il existe une alternative, elle vient bien des renouvelables, dont la part augmente continuellement, et certainement pas du nucléaire dont la part est infime et en déclin.

S’il est une énergie "d’appoint", comme dit Michel Onfray, c’est donc bien le nucléaire, qui réussit cependant l’exploit de causer des problèmes gigantesques (catastrophe, déchets radioactifs, prolifération à des fins militaires, etc.) en échange d’une contribution négligeable à l’énergie mondiale.

N.B. : il ne s’agit pas de discuter ici des tares respectives des différentes énergies (si tant est que celles des renouvelables puissent être comparées à celles, effroyables, de l’atome), il s’agit de montrer que le raisonnement du philosophe s’appuie sur des données totalement fausses, et même inverses à la réalité (comme si "le réel n’avait pas lieu"...), ce qui ne lui permet évidemment pas d’aboutir à des conclusions lumineuses.

Michel Onfray : "Qui oserait aujourd’hui inviter à vivre sans électricité ?"

SL : Il est triste de voir le philosophe se laisser aller à des arguments si éculés que même les communicants d’EDF ou d’Areva n’y ont plus recours. Ainsi, sans nucléaire, point d’électricité ? Il suffit de se reporter au point précédent pour constater l’absurdité de cette remarque. Mais il y a pire encore :

Michel Onfray : "Avec la catastrophe japonaise, la tentation est grande de renoncer à la raison. Les images télévisées montrent le cataclysme en boucle…". Le philosophe stigmatise les irresponsables selon lesquels "Il suffit dès lors d’arrêter tout de suite les centrales et de se mettre aux énergies renouvelables demain matin".

SL : Ainsi, face à l’explosion d’une centrale nucléaire censée résister à tout, les Japonais étant présentés jusqu’alors comme les maîtres de la construction antisismique, la "raison" serait de rejeter toute mise en cause de cette façon de produire de l’électricité ! Notons cependant que les Japonais ont "cédé à l’émotion" de façon parfaitement "irrationnelle" en fermant leurs 54 réacteurs nucléaires (non pas en un jour mais en un an : un bon exemple pour la France et ses 58 réacteurs).

Il est vrai que, comme Onfray, le premier ministre ultranationaliste Shinzo Abe choisit la prétendue "raison" en exigeant la remise en service de certaines centrales. Mais la population (la raison populaire ?) s’y oppose frontalement : peut-être ne tient-elle pas, de façon tout à fait "irrationnelle", à être à nouveau irradiée ?

Michel Onfray : "Or il nous faut penser en dehors des émotions. La catastrophe fait partie du monde (…) Ce qui a lieu au Japon relève d’abord de la catastrophe naturelle". RAPPEL : " Tchernobyl procède (…) de l’impéritie industrielle et bureaucratique soviétique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel." (Fééries anatomiques, 2003)

SL : Cet argumentaire est vieux comme le nucléaire, usé jusqu’à la corde, et pour tout dire profondément ridicule : "Tchernobyl c’est la faute aux Soviétiques, Fukushima, c’est la faute au tsunami". Le nucléaire et ses promoteurs n’y sont jamais pour rien ! Toutefois, probablement conscient de la faiblesse du raisonnement, Onfray invente le concept de catastrophe "naturelle"… mais quand même un peu à cause des hommes :

Michel Onfray : "Les Japonais ont fait prendre des risques considérables à l’humanité et à la planète. (…) Si l’on bâtit 17 centrales nucléaires, pour un total de 55 réacteurs, dans un pays quotidiennement sujet aux secousses sismiques, il faut bien que cette catastrophe naturelle inévitable soit amplifiée par la catastrophe culturelle évitable qu’est la multiplication de ces bombes atomiques japonaises potentielles..."

SL : Voilà qui fait penser à Sarkozy assurant qu’une catastrophe nucléaire ne pouvait se produire à la centrale de Fessenheim, l’Alsace étant à l’abri des tsunamis. Or il existe de multiples causes possibles pour aboutir à une catastrophe nucléaire, qu’il s’agisse de facteurs naturels (séismes, tsunamis, inondations, etc.) ou humains (erreur de conception, de maintenance, d’exploitation, etc.).

Il est en réalité parfaitement injustifié d’attribuer tous les torts aux seuls Japonais, l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) ayant régulièrement validé les mesures de sûreté face à tous les risques, y compris celui du tsunami. Ce fut d’ailleurs le cas après un violent séisme qui, en juillet 2007, avait préfiguré Fukushima en mettant à mal la plus grande centrale nucléaire du monde, celle de Kashiwasaki : c’est hélas un haut dirigeant de l’Autorité de sûreté française qui avait alors dirigé une mission de l’AIEA et décrété que les centrales japonaises pouvaient continuer à fonctionner sans risque 5

Il tout aussi vain d’attribuer Fukushima à la Nature : ce sont bien des humains qui ont fait tous les calculs et sont arrivés à la conclusion que les centrales résisteraient à un séisme et/ou un tsunami. Les humains sont faillibles par essence, ils se mettent toujours en danger quoi qu’ils fassent. Ce n’est certes pas une raison pour ne rien faire, mais c’est assurément une bonne raison pour se passer des centrales nucléaires (et des bombes atomiques) qui représentent un danger ultime. Or Onfray entonne le doux refrain susurré depuis 40 ans par la CGT-énergie :

Michel Onfray : "Ici, comme ailleurs, il est temps que, comme avec la diplomatie et la politique étrangère qui échappent au pouvoir du peuple, les élites rendent des comptes aux citoyens. Le nucléaire ne doit pas être remis en question dans son être mais dans son fonctionnement : il doit cesser d’être un reliquat monarchique pour devenir une affaire républicaine."

SL : Il suffirait donc que les citoyens et les salariés de l’atome s’emparent de l’industrie nucléaire, et celle-ci deviendrait miraculeusement "sûre". C’est à nouveau oublier que l’être humain est par nature faillible, mais c’est aussi oublier que la population n’a en grande majorité aucune intention de se transformer en exploitant nucléaire ! Les malheureux qui n’ont pas accès à l’électricité sont souvent instrumentalisés par les atomistes, lesquels accusent les antinucléaires de vouloir maintenir des milliards de gens dans la misère. Mais les pauvres aussi savent se renseigner et s’organiser et, s’ils veulent bien l’électricité, ils rejettent celle issue de l’atome : il n’y a qu’à voir les manifestations antinucléaires ultra-massives en Inde, tant contre un projet de centrale russe que contre celui du français Areva 6.

Conclusion :

Michel Onfray : "L’énergie nucléaire n’a jamais causé aucun mort : Hiroshima et Nagasaki, puis Tchernobyl procèdent du délire militaire américain, puis de l’impéritie industrielle et bureaucratique soviétique, en aucun cas du nucléaire civil en tant que tel." (Féeries anatomiques, 2003)

SL : On retrouve ici exactement le même genre d’arguments que ceux de la tristement célèbre National Rifle Association (le puissant lobby des armes à feu aux USA) qui assure que pistolets et fusils ne tuent personne, la faute étant exclusivement celle des gens qui appuient sur les gâchettes. C’est d’ailleurs formellement exact, formellement mais stupidement car c’est de ainsi que se multiplient les crimes de masse jusque dans les écoles américaines. Pour revenir à nos moutons, on pourra accorder à Michel Onfray, s’il y tient vraiment, que le nucléaire n’a tué personne : ce sont donc les gens qui exploitent le nucléaire qui tuent. Nous voilà bien avancés.

Mais notre propos n’est pas de rivaliser avec Michel Onfray : si jamais il lit cette modeste mise au point, peut-être acceptera-t-il de se renseigner un peu sur l’atome et sa part dans l’électricité mondiale, l’uranium et ses mines en France et au Niger, les centrales et leur prétendue "acceptation" par la population qui n’a pas forcément la chance de fréquenter l’Université populaire de Caen mais qui parvient néanmoins à s’informer et à penser collectivement.

Stéphane Lhomme 
Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
28 août 2014

(Et grand merci à l'auteur !)

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gau­che, ce gou­ver­ne­ment ne recu­le devant aucun sacri­fi­ce. Ce matin au réveil, j’apprends dans le pos­te qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel auto­ri­se la publi­ci­té sur les ondes de Radio Fran­ce !

Le tout-pognon aura enco­re sévi, empor­tant sur son pas­sa­ge les res­tes d’éthique auquel on croyait enco­re pou­voir s’accrocher. Tu croyais, naïf, que les radios du ser­vi­ce public te met­taient à l’abri des saillies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Maca­che ! Finies les débi­li­tés limi­tées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueu­ler. On est pas­sé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libé­ral, l’indécence com­mu­ne et la vul­ga­ri­té mar­chan­de ! Les enzy­mes glou­tons sont de retour, et les bagno­les à tout-va, les chaus­sée-au-moi­ne, les jus­tin-bri­doux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchan­te­res­ses, la vie faci­le, enfin !

Man­que tout de même à ce gou­ver­ne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un minis­tre à la hau­teur. Je ne vois que Ségué­la. Un Ségué­la, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa conne­rie.

Nous res­te­ra à fer­mer le pos­te. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

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Solidarité. Le politicien, le patron… et le boulanger

Tel poli­ti­cien se sert dans la gamel­le com­mu­ne de « sa » vil­le, Saint-Quen­tin : Xavier Ber­trand s’octroie une aug­men­ta­tion de salai­re de 4.000 euros. Tel cow­boy d’entreprise, ayant redres­sé les comp­tes d’icelle moyen­nant l’un des plus gros plans sociaux des der­niè­res années : pré­si­dent du direc­toi­re de Peu­geot-Citroën, Car­los Tava­res, a gagné 5,24 mil­lions d’euros en 2015, soit près du dou­ble de l’année pré­cé­den­te.
Une tel­le indé­cen­ce, c’est la « nuée qui por­te l’orage » : Jau­rès, au secours ! Au secours Orwell, oppo­sant à cet­te goin­fre­rie névro­ti­que des pos­sé­dants ce qu’il appe­lait la décen­ce com­mu­ne. Au secours Mon­tai­gne qui, au XVIe siè­cle déjà, aler­tait en ces ter­mes :

« J’ai vu en mon temps cent arti­sans, cent labou­reurs, plus sages et plus heu­reux que des rec­teurs de l’université : c’est aux pre­miers que j’aimerais mieux res­sem­bler […] Il ne faut guè­re plus de fonc­tions, de règles et de lois pour vivre dans notre com­mu­nau­té [humai­ne] qu’il n’en faut eux grues et aux four­mis dans la leur. Et bien qu’elles en aient moins, nous voyons que, sans ins­truc­tion, elles s’y condui­sent très sage­ment. Si l’homme était sage, il esti­me­rait véri­ta­ble­ment cha­que cho­se selon qu’elle serait la plus uti­le et la plus appro­priée à sa vie. » [Les Essais, II, 12 Apo­lo­gie de Ray­mond Sebon, Gal­li­mard].

Illus­tra­tion en ce XXIe siè­cle, avec cet échan­tillon pré­cieux de soli­da­ri­té humai­ne. Oui, cent fois, j’aimerais mieux être ce bou­lan­ger que l’un ou l’autre de ces vam­pi­res inas­sou­vis !

A Dole, dans le Jura, un arti­san bou­lan­ger a déci­dé de céder son entre­pri­se au sans-abri qui lui a sau­vé la vie après une intoxi­ca­tion au monoxy­de de car­bo­ne fin 2015. Depuis plus de trois mois, Michel Fla­mant, bou­lan­ger de 62 ans, apprend le métier à Jérô­me, sans-abri de 37 ans.

Épilogue malheureux de l’histoire…

La bel­le his­toi­re du bou­lan­ger de Dole ne connaî­tra pas de fin heu­reu­se. « Je l’ai viré », expli­que sans amba­ges Michel Fla­mant, confir­mant une infor­ma­tion du jour­nal Le Pro­grès.

« Il a été très très mal­po­li avec une jour­na­lis­te », ajou­te le bou­lan­ger, fai­sant état de pro­pos insul­tants et miso­gy­nes.

Le bou­lan­ger a mis un ter­me au contrat après que son employé eut, au télé­pho­ne, trai­té une jour­na­lis­te de « putain ».

« Une fois qu’il a rac­cro­ché, je lui ai expli­qué que l’on ne par­le pas com­me ça à une fem­me. Il a com­men­cé à s’en pren­dre à moi, à m’insulter, alors je lui ai dit de pren­dre sa vali­se », racon­te Michel Fla­mant.

« Il était saoul com­me un cochon et il avait fumé. Il m’a expli­qué que la pres­sion des jour­na­lis­tes était trop for­te. Mais ça n’excuse pas tout, et je l’avais déjà mis en gar­de », ajou­te le bou­lan­ger.


« Pas de ça chez nous ! » Quand les bourgeois du XVIe parisien puent du bec

En sou­le­vant le cou­ver­cle de la sou­piè­re de por­ce­lai­ne, on a décou­vert un pot de cham­bre et ses relents. C’était lun­di 14 mars au soir, la mai­rie de Paris orga­ni­sait une réunion publi­que d’information sur le cen­tre d’hébergement d’urgence devant être ins­tal­lé d’ici l’été en lisiè­re du bois de Bou­lo­gne, – “à deux pas de l’hippodrome d’Auteuil, du musée Mar­mot­tan et des jar­dins du Rane­lagh”, pré­ci­se judi­cieu­se­ment Le Figa­ro.

Alors que les débats auraient dû se tenir pen­dant deux heu­res entre les habi­tants mécon­tents et les repré­sen­tants de la vil­le de Paris, ils ont dû être écour­tés au bout de 15 minu­tes pour cau­se de débor­de­ments. Quand la bour­geoi­sie du XVIe sort de ses gonds, elle se révè­le dans sa nue cru­di­té.

C’est d’abord au pré­fet de Paris, Sophie Bro­cas, que les “révol­tés” s’en pren­nent. Et en ter­mes par­ti­cu­liè­re­ment châ­tiés. Échan­tillons : “Escroc”, ”fils de pute”, “men­teur”, “col­la­bo”, “sta­li­nien”, ”ven­du”, “salo­pard”, “salo­pe”, “Sophie Bro­cas caca ! » …

Accla­mé par la fou­le en furie, Clau­de Goas­guen, mai­re d’arrondissement LR et prin­ci­pal élu local oppo­sé au pro­jet, a rehaus­sé le niveau sur le mode sédi­tieux, encou­ra­geant ses par­ti­sans à “dyna­mi­ter” la pis­ci­ne ins­tal­lée à proxi­mi­té du futur cen­tre d’hébergement, pré­ci­sant Ne vous gênez pas, mais ne vous fai­tes pas repé­rer ».

Pour com­men­ter pareil évé­ne­ment, Fran­ce Inter a invi­té à son micro la « socio­lo­gue des riches », Moni­que Pin­çon-Char­lot, qui a assis­té à cet­te réunion et n’en revient pas, elle qui en a pour­tant remué du beau lin­ge. Cet­te fois, pour l’effet camé­léon, elle avait même revê­tu un petit man­teau de four­ru­re… syn­thé­ti­que… Voi­ci son récit, gran­dio­se !

Petit flo­ri­lè­ge com­plé­men­tai­re ici.


Le Bonheur selon Bouygues

C’est loin Demain ? Pour Bouy­gues Immo­bi­lier, c’est déjà la réa­li­té – au moins vir­tuel­le. Voi­ci le « pit­ch » de la vidéo ci-des­sous (datée de 2014) :

Le blog Demain La Vil­le vous pré­sen­te la vil­le de demain. Vil­le dura­ble, connec­tée et intel­li­gen­te, tel­les sont les inno­va­tions urbai­nes qui per­met­tront d’améliorer la qua­li­té de vie dans la vil­le du futur. Ren­dre une vil­le har­mo­nieu­se et agréa­ble à vivre où la qua­li­té de l’air sera pri­mor­dia­le avec la construc­tion de bâti­ments verts, tel­les seront les pré­oc­cu­pa­tions majeu­res de la vil­le de demain.

Magni­fi­que, n’est-ce pas ? Orwell s’en retour­ne dans sa tom­be.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

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