On n'est pas des moutons

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De Socrate à Lidl, Free et autres Macron, un peu de philosophie politique à l’usage improbable de nos gérants

C’est un peu comme une urticaire : ça me démange de partout… sans savoir au juste d’où ça vient. Je par­le de cette « actu », drogue jour­nal­is­tique à haute accou­tu­mance. S’en défaire, une gageure. Sor­tie par la porte, la revoilà par la moin­dre lucarne, fac­teur de stress, de manque. Que faire ? comme dis­ait l’autre. Sen­ti­ment d’impuissance con­tre désir d’agir. Com­ment ? Alors je cause, je me cause, je cause ici en écrivant, comme dans un jour­nal, un autre, pas celui du méti­er d’informer – enfin d’essayer. Don­ner une forme à cette réal­ité du monde qui sem­ble s’effilocher par tous les bouts. Pour par­o­di­er Nougaro, « est-ce moi qui vac­ille, ou la terre qui trem­ble ? » Le fait est que j’ai bien du mal à pren­dre ladite « actu » par un bout, sans être rat­trapé par un autre ; sans don­ner dans la dis­per­sion… Je con­nais un type qui a écrit L’Homme dis­per­sé, un roman doc­u­men­té. À l’image de notre monde, au bord de l’éclatement.

Les opti­mistes espèrent, ils croient : on trou­vera des solu­tions, c’est le sens du pro­grès : la tech­nolo­gie, ses mir­a­cles, la Lune, Mars. L’Homme s’en sor­ti­ra, trop génial. Les pes­simistes analy­sent, pensent : c’est cuit pour le bipède sapi­ens (mal)pensant, l’homo faber (mal)faisant ; il s’est mis la corde au cou, celle de l’eco­nom­i­cus. Gloire au « plus », encore « plus », tou­jours « plus ».

Ils auront trait la vache Terre jusqu’à sa dernière goutte de « plus » ; elle, elle s’en remet­tra, depuis le temps qu’elle s’accommode des cat­a­clysmes – dont elle naquit. Mais ses habi­tants, locataires arro­gants, vils prof­i­teurs, exploiteurs éhon­tés, fiers imbé­ciles. Ils ont oublié, ou jamais su, qu’ils ne fai­saient que pass­er ici-bas, sus­pendus au viager d’une vie brève, aléa­toire. À ce sujet, « vu à la télé » l’enquête de Cash inves­ti­ga­tion (France 2) sur les esclavagistes mod­ernes à l’œuvre chez Lidl et Free, deux casseurs de prix de la bouffe et du télé­phone. Rois de la « petite marge », ils font galér­er leurs salariés, mal­traités comme des bêtes de somme, méprisés, ser­mon­nés, engueulés, usés et finale­ment jetés comme des déchets à la poubelle de Pôle emploi, aux frais de la col­lec­tiv­ité. On con­naît la musique : « Pri­va­tis­er les béné­fices, mutu­alis­er les pertes », ren­gaine cap­i­tal­iste. Marx n’y pour­ra rien, tout juste fig­u­rant de ciné­ma (un film vient de sor­tir sur le père du Man­i­feste com­mu­niste ; signe des temps dés­espérés car nos­tal­giques).

Retour à l’envoyeur.

Ils sont là, les pro­lé­taires d’aujourd’hui, comme dit à sa façon Xavier Niel, le mul­ti­mil­liar­daire patron de Free : « Les salariés dans les cen­tres d’appels, ce sont les ouvri­ers du XXIe siè­cle. C’est le pire des jobs. » Au moins sait-il de quoi il par­le. Mais il n’a pas voulu par­ler dans le poste ; pas davan­tage sa chargée de com’ – le comble ! –, lais­sant la corvée à un chef de rég­i­ment bien emmerdé, prob­a­ble­ment aus­si faux derche qu’intraitable « man­ag­er ». Tous ces pio­ns néfastes ne jurent que par le « manag’mint », ont été biberon­nés aux mêmes évangiles pro­duc­tivistes. Comme l’autre de chez Lidl, qui aura dû en tuer des comme lui avant de recevoir l’onction du pou­voir par la schlague. Il est là comme un mioche pris les doigts dans la con­fiote, minable rouage d’une machine à « faire du cash », en rêvant que d’autres machines élim­i­nent totale­ment les tra­vailleurs – pour­tant déjà robo­t­isés. Ah, que vien­nent enfin les temps bénis de la robo­t­i­sa­tion totale, total­i­taire ! « 1984 » en vrai et en pire.

Certes, cha­cun peut tou­jours aller chez Lidl ou chez Free – entre autres exploiteurs de choc – pour gag­n­er trois euros six sous. À quel prix ? Ils ne pour­ront plus ignor­er ce que recou­vre la ques­tion – enfin si, ils pour­ront tou­jours se voil­er la face. 1

À ce pro­pos, et dans la rubrique « ONPLG », On n’arrête pas le pro­grès 2, les femmes saou­di­ennes vont être autorisées par leurs princes à con­duire. Elles vont pou­voir pren­dre le volant – mais restent astreintes au voile inté­gral. L’inverse eut été plus libéra­teur. Cha­cun ses hiérar­chies de valeurs.

Le procès de Socrate

Le procès de Socrate. Sur les 501 juges, 280 votent en faveur de la con­damna­tion, 221 de l’acquittement.

Juste­ment, côté valeurs, com­ment ne pas saluer les qua­tre émis­sions, cette semaine, des Chemins de la philoso­phie (France Cul­ture) con­sacrés à Socrate, spé­ciale­ment à son procès et à sa mort ? La con­damna­tion du philosophe grec (470–399 avant notre ère) demeure un sujet de dis­cus­sion à la fois philosophique et poli­tique. Adèle Van Reeth, l’animatrice des Chemins, mène au mieux l’« instruc­tion » à par­tir des chefs d’accusation ain­si libel­lés : « Socrate enfreint la loi, parce qu’il ne recon­naît pas les dieux que recon­naît la cité, et qu’il intro­duit d’autres divinités nou­velles ; et il enfreint la loi aus­si parce qu’il cor­rompt la jeunesse. Peine req­uise : la mort. »

Si le débat garde toute son actu­al­ité, c’est parce qu’il pose de nom­breuses ques­tions con­cer­nant le droit et la loi, la citoyen­neté et la démoc­ra­tie, la lib­erté et la philoso­phie – tout comme la reli­gion et le libre-arbi­tre. De ces qua­tre heures pas­sion­nantes, il appa­raît, pour le dire vite et vul­gaire­ment, que Socrate fut un emmerdeur suprême, un gêneur poli­tique qui claquait le bec aus­si bien à ceux qui pré­tendaient savoir qu’aux sophistes, embobineurs filoux, aux politi­ciens, poètes, gens de méti­er ren­voyés à leur igno­rance – comme la sienne pro­pre… Socrate sait… qu’il ne sait rien. Ce qui est impie ! En effet, ne pas savoir revient à ne rien croire, pas même les dieux !

Autre ques­tion, et non des moin­dres, posée par Socrate et sa con­damna­tion : celle de la démoc­ra­tie. Le philosophe était très cri­tique à son sujet ; il lui reprochait notam­ment de faire la part belle aux opin­ions, et ain­si de figer l’examen des faits et l’exercice de la pen­sée libre. 3  Sa philoso­phie poli­tique se situ­ait entre mépris de la majorité et amour des lois, y com­pris celles qui le con­damnaient : plutôt subir l’injustice que la com­met­tre…

Socrate Athènes

Socrate, devant l’Académie, Athènes © gp

Reste la « cor­rup­tion de la jeunesse »… Con­cerne-t-elle l’enseignement du maître – lui qui se dis­ait n’avoir jamais été maître de qui que ce soit, qui enseignait en déam­bu­lant, pro­fes­sant le « Con­nais-toi toi-même » 4 car le savoir est en soi, passe par soi-même, et la sagesse se trans­met par l’échange, la dis­cus­sion. On avança aus­si ses atti­rances pour les beaux jeunes gens, lui, le laideron… Pédophilie socra­tique ? en des temps où la pédérastie effarouchait peu, sem­ble-t-il… Il est plus prob­a­ble que la per­ver­sion en ques­tion por­tait d’abord sur le con­tenu sub­ver­sif de l’enseignement. 5

Voilà qui nous emmène loin de Lidl et Free… Loin ? Que nen­ni ! Socrate rap­pelle au sens de la vie qui, de nos jours, se trou­ve acca­paré par les oblig­a­tions de la survie. Se tuer à gag­n­er sa vie – for­mu­la­tion anci­enne (mai 68…) du « burn out ». Plus-plus-plus : subir les indé­centes pubs, sur les radios publiques, qui font cha­toy­er les charmes du pro­duc­tivisme, le priv­ilège de « vivre les samedis comme des lundis » ! Le tra­vail renoue plus que jamais avec son orig­ine latine : tri­pal­i­um, engin de tor­ture à trois pieux… L’économie vul­gaire com­mande. Les pos­sé­dants et affairistes télé­com­man­dent les gou­ver­nants – qui n’en sont plus depuis si longtemps, depuis 1983, pour en rester à nos hori­zons, quand Mit­ter­rand s’est con­ver­ti à la reli­gion libéral­iste.

Gou­vern­er sup­pose un gou­ver­nail, un cap, des direc­tions, des idées, et tant qu’à faire des idéaux. Nos rameurs de la finance et du biz­ness ne sont plus que de sin­istres gérants, tout comme ceux de Lidl et de Free, qu’ils vénèrent et imi­tent jusque dans leur arro­gance inculte. De petits bou­tiquiers der­rière leur caisse enreg­istreuse, ten­ant un pays comme une épicerie. La San­té, com­bi­en ? Ah ? trop cher ! On rabiote. L’impôt sur la for­tune ? Trop élevé, inci­tant à l’évasion fis­cale ? On va arranger ça. La for­mule mag­ique reste inchangée : les pau­vres ne sont pas rich­es, mais ils sont si nom­breux que leur pren­dre un peu, rien qu’un peu, ça rap­porte beau­coup beau­coup.

Je par­lais, au début de ma dérive, du partage binaire entre opti­mistes et pes­simistes. Reste les réal­istes, ou ceux qui s’essaient à don­ner du sens au réel, tel qu’ils le perçoivent. Exer­ci­ce très insta­ble d’équilibriste. Casse-gueule ! Arrê­tons là pour aujourd’hui.

Notes:

  1. On peut revoir l’émission ici.
  2. En taxi, pris dans un embouteil­lage, l’écrivain Alexan­dre Vialat­te, s’entendant dire par son voisin la sen­ten­cieuse phrase, lui réplique : « Non, il s’arrête tout seul ».
  3. Pléonasme aurait iro­nisé Jules Renard, comme dans son Jour­nal : « Libre penseur. Penseur suf­fi­rait. »
  4. Pro­longé par Niet­zsche : « Deviens ce que tu es ».
  5. « Mélé­tos, tu m’accuses de per­ver­tir la jeunesse. Sans doute nous savons ce qui con­stitue la per­ver­sité des jeunes gens. Nomme-s-en, si tu con­nais, qui, pieux d’abord, sages, économes, mod­érés, tem­pérants, laborieux, soient devenus par mes leçons, imp­ies, vio­lents, amis du luxe, adon­nés au vin, efféminés ; qui enfin se soient livrés à quelque pas­sion hon­teuse.

    – Oui, repar­tit Mélé­tos, j’en con­nais que tu as décidés à suiv­re tes avis plutôt que ceux de leur père, de leur mère.

    – J’avoue, répli­qua Socrate, qu’ils ont suivi les avis que je leur don­nais sur l’instruction morale de la jeunesse. C’est ain­si que pour la san­té nous suiv­ons les con­seils des médecins plutôt que ceux de nos par­ents. Vous-mêmes Athéniens, dans les élec­tions de généraux, ne préférez-vous pas à vos pères, à vos frères, à vous-mêmes, les citoyens jugés les plus habiles dans la pro­fes­sion des armes ?

    – Tel est l’usage, repar­tit Mété­los ; et le bien général le demande.

    – Mais, ajou­ta Socrate, toi Mété­los, qui vois que dans tout le reste les plus habiles obti­en­nent préférence et con­sid­éra­tion, explique com­ment tu peux sol­liciter la mort de Socrate, pré­cisé­ment parce qu’on le juge habile dans une par­tie essen­tielle, l’art de for­mer l’esprit. »

    XénophonApolo­gie de Socrate, pp.726–727


Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Infor­mé par un ami 1 d’un bil­let de blog au titre alléchant : « La République vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Jour­nal d’un avo­cat — Instan­ta­nés de la jus­tice et du droit.

La République. Ange-Louis Janet (1815–1872) © Musée Car­navalet

LEolas en ques­tion sem­ble être désor­mais le plus con­nu des avo­cats anonymes… Ne voulant pas mêler lib­erté de juge­ment et affaires pro­fes­sion­nelles, il s’abrite der­rière ce pseu­do­nyme, lequel nous dit Wikipé­dia, vient du mot gaélique irlandais eolas qui sig­ni­fie « con­nais­sance, infor­ma­tion. » Que voilà une bonne référence ! Aus­si n’est-il pas éton­nant que cet homme de droit s’en prenne si sou­vent à la presse, grande pécher­esse dans son pro­pre domaine. D’où cet exer­gue, qui rejoint mon cre­do : « Qui aime bien châtie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édi­to de L’Opinion. 2

Voici les faits, remon­tant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cinglante) d’Eolas :

« Sébastien X. est l’heureux pro­prié­taire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trou­ve une mai­son d’habitation et un garage. On y accède par un por­tail don­nant sur la voie publique, par lequel une auto­mo­bile peut pass­er afin de rejoin­dre le garage. Le trot­toir devant cet accès est abais­sé, for­mant ce que l’on appelle une entrée car­ross­able et plus couram­ment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comp­tait pas rester longtemps chez lui, peu importe, Sébastien X. a garé sa voiture devant l’accès à sa pro­priété, au niveau du bateau. “Que dia­ble, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai voca­tion à utilis­er cet accès. Or en me garant ain­si, je man­i­feste de façon uni­voque que je n’ai nulle inten­tion d’user de ce dit pas­sage”. Oui, Sébastien X. s’exprime dans un lan­gage soutenu, ai-je décidé.

« Fatal­i­tas. Un agent de police pas­sant par là voit la chose, et la voit d’un mau­vais œil ; sans désem­par­er, il dresse procès-ver­bal d’une con­tra­ven­tion de 4e classe prévue par l’article R.417–10 du code de la route : sta­tion­nement gênant la cir­cu­la­tion. Sébastien X., fort mar­ri, décide de con­tester l’amende qui le frappe, fort injuste­ment selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébastien X. dépose une requête, à laque­lle le juge de prox­im­ité de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas con­testé que l’entrée car­ross­able devant laque­lle était sta­tion­né le véhicule de M. X. est celle de l’immeuble lui appar­tenant qui con­stitue son domi­cile et dessert son garage, et que le sta­tion­nement de ce véhicule, sur le bord droit de la chaussée, ne gêne pas le pas­sage des pié­tons, le trot­toir étant lais­sé libre, mais, le cas échéant, seule­ment celui des véhicules entrant ou sor­tant de l’immeuble riverain par son entrée car­ross­able, c’est à dire unique­ment les véhicules autorisés à emprunter ce pas­sage par le prévenu ou lui appar­tenant”.

Mais voilà-t-il pas que le représen­tant du min­istère pub­lic, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pour­voi en cas­sa­tion. Et la cour, en effet, a cassé. Led­it juge­ment s’est trou­vé annulé.

Alors, se demande goulu­ment l’avocat : « Pourquoi la cour de cas­sa­tion a-t-elle mis à l’amende ce juge­ment ? Pour deux séries de motif dont cha­cun à lui seul jus­ti­fi­ait la cas­sa­tion. »

À par­tir de là, puisque je ne vais pas recopi­er la longue autant qu’argumentée et pas­sion­nante plaidoirie de l’avocat, je vous invite à la lire directe­ment ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tiendrai à quelques réflex­ions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des ques­tions essen­tielles, non seule­ment sur la République et la démoc­ra­tie mais plus générale­ment sur l’état de la société, donc sur les com­porte­ments indi­vid­u­al­istes ou com­mu­nau­taristes.

L’usage de l’automobile et, en général, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des com­porte­ments humains – à l’humanité rel­a­tive, spé­ciale­ment dans les villes, en dehors de toute urban­ité… C’est en quoi cet arti­cle de Maître Eolas revêt son impor­tance poli­tique, voire idéologique et philosophique. Il pose en effet – depuis son titre, « La République vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la ques­tion du bien com­mun, cen­sé être cod­i­fié et con­forté par la Loi. Cette Loi (avec majus­cule) si sou­vent bafouée, par des hors-la-loi dont notre société a bien du mal à endiguer les flots : manque de pris­ons, qui débor­dent, de juges, de policiers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence com­mune, définis­sait comme « ce sens com­mun qui nous aver­tit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de :

– Se foutre du code de la route, spé­ciale­ment des lim­i­ta­tions de vitesse et met­tre ain­si des vies en dan­ger ; causer un bou­can infer­nal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incendi­er poubelles et voitures ; insul­ter quiconque par des pro­pos agres­sifs et racistes 3 ; bar­rer des rues pour empêch­er l’accès de la police dans des « ter­ri­toires per­dus de la République » 4 Liste non exhaus­tive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moitié des richess­es mon­di­ales soit entre les mains des 1 % les plus rich­es, tan­dis que 99 % de la pop­u­la­tion mon­di­ale se parta­gent l’autre moitié, tan­dis que 7 per­son­nes sur 10 vivent dans un pays où les iné­gal­ités se sont creusées ces 30 dernières années. (Rap­port Oxfam, 2014).

– … Et que les rich­es con­tin­u­ent à s’enrichir et les pau­vres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la pri­mauté du droit sur le pou­voir poli­tique, de sorte que gou­ver­nants et gou­vernés, doivent obéir à la loi, tous étant ain­si égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comptera sur les tal­ents, la chance, et surtout la « bonne for­tune »… Rien à voir avec le degré de démoc­ra­tie d’un régime ! Où serait alors le « monde com­mun » entre les nou­velles élites de l’industrie, du com­merce, de la banque, des arts, du sport et de la poli­tique ? – cette nou­velle aris­to­cratie, à l’hérédité finan­cière et aux revenus éhon­tés, injurieux.

État de droit, ou État de tra­vers ? Par delà le désor­dre économique fac­teur de mis­ère 5, c’est l’ordre sym­bol­ique du monde – celui de la jus­tice et du bien-être par le « pro­grès » tant van­té – qui se trou­ve grave­ment atteint et accentue le ressen­ti­ment général et la malveil­lance des lais­sés pour compte. Tan­dis que les dém­a­gogues de tous poils se ren­gor­gent sous de grandes envolées égal­i­taristes, accu­sant l’État et ses « élites », dénonçant les démons, les com­plots, le « sys­tème ». Ce qui revient à désen­gager le citoyen de sa pro­pre respon­s­abil­ité – ce qui, il est vrai, pos­tule sa lib­erté.

À ce stade, on ne peut ignor­er l’autre respon­s­abil­ité, celle des gou­verne­ments, dont elle ques­tionne leur forme et leur légitim­ité. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la République en tant que démoc­ra­tie théorique, se voit con­fron­tée à l’État tout court. Cer­tains courants anar­chistes y ont vu et con­tin­u­ent à y voir le mal absolu. D’autres, plus philosophiques que dog­ma­tiques, ont su pos­er les principes de fond. Ain­si Proud­hon quand il écrit : « La lib­erté est anar­chie, parce qu’elle n’admet pas le gou­verne­ment de la volon­té, mais seule­ment l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la néces­sité », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pou­voir ». Ou Élisée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expres­sion de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du sta­tion­nement illé­gal si fine­ment analysé par Maitre Eolas. Par­tant d’une amende à 35 euros, dénon­cée par un jour­nal­iste sur­feur et dém­a­gogue 6, on en arrive à embrass­er la com­plex­ité d’un tout his­torique et philosophique, dont les fon­da­tions datent de l’Antiquité grecque et romaine, tan­dis que l’édifice entier demeure sous échafaudages, plus ou moins (in)stable, selon le rap­port incer­tain entre bâtis­seurs et démolis­seurs – ce qui con­stitue l’Histoire.

Notes:

  1. Mer­ci Daniel !
  2. Média économique d’inspiration libérale, pro-busi­ness, européenne.
  3. Roulant à vélo dans les quartiers Nord de Mar­seille, je me suis fait traiter de « sale pédé » et men­ac­er de cas­sage de gueule par un Noir haineux [c’est un fait] en bag­nole, vocif­érant parce qu’empêché de me pass­er dessus dans une rue étroite !
  4. Je par­le de ce que je con­nais : à Mar­seille, quartiers Nord encore, cité de la Castel­lane pour être pré­cis : des guet­teurs au ser­vice de trafi­quants de drogue sont postés en per­ma­nence et une rue (au moins) est obstruée par des blocs de pierre et des char­i­ots de super­marché. Lire sur ces ques­tions La Fab­rique du mon­stre, une enquête à Mar­seille de Philippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les mal­façons de la République française » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mytholo­gie déguisée en « sci­ence »
  6. Le titre de son arti­cle taclé par Eolas : « Sta­tion­nement inter­dit » ou Kaf­ka au volant. La chute du papi­er est évidem­ment du même ton­neau libéral­iste : « Il y a, finale­ment, plutôt de quoi en pleur­er de rage. Que dis­ait Pom­pi­dou, déjà ? Ah oui : « Arrêtez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mau­vais sens du mot, évidem­ment.




Président. « Dieu est avec nous » : pourvu qu’il ne nous oublie pas !

macron-président-faber

© faber — 2017

Le jeune homme bien élevé s’est élevé au som­met. Il lui a fal­lu un beau culot, une con­fi­ance en soi con­fi­nant à un état supérieur, à une qua­si-mys­tique. Ce regard bleu et droit recèle de l’élan, une foi, pour ne pas dire une cer­taine tran­scen­dance, ingré­di­ents indis­pens­ables à tout con­quérant du pou­voir. Ver­tu vir­ile, donc plutôt mâle, qui sied moins aux dames – l’Histoire en témoigne, jusqu’à ses rares excep­tions. Dans cette caté­gorie restreinte, son opposante en aura sans doute trop démon­tré dans sa mâl­i­tude, là où elle n’a pas su / pu jouer dans une finesse plutôt accolée à la fémini­tude. Nous sommes là, pour une part, dans les stéréo­types du genre – mais pour une part seule­ment, sinon qu’en serait-il de nos pré­cieuses dif­férences femme / homme et de « celles-zé-ceux » du nou­v­el élu ?

Certes, je préfère avoir ici tail­lé ce por­trait que celui de sa con­cur­rente (qui a bien propul­sé son adver­saire en tant que repous­soir…) Nous n’en sommes pas quittes pour autant : dix mil­lions d’électeurs ont voté pour l’extrême-droite ! Cette banal­i­sa­tion « du mal » recou­vre le délabre­ment d’un “sys­tème” igno­rant les iné­gal­ités cri­antes et nour­ris­sant les extrêmes. Le cri ne serait-il donc pas encore assez puis­sant qu’il faille atten­dre le prochain coup ? Pour m’en tenir à ma zone géo­graphique, en PACA et en Corse, l’extrême-droite a recueil­li la plu­part du temps un vote sur deux ! Même à Vit­rolles où ils avaient pour­tant déjà « essayé » les Mégret (1995), avec le désas­tre qui s’ensuivit ! Et mal­gré – ou à cause – les deux man­da­tures social­istes suiv­antes… Tel est le défi, prob­a­ble­ment ultime, qu’aura à relever le nou­veau prési­dent : redonner un con­tenu à ce qu’on appelle encore la République – en marche, ou en phase ter­mi­nale.

Il l’a donc rem­porté, ce valeureux guer­ri­er, ambitieux, volon­tariste et vain­queur. Ne le sures­ti­mons certes pas, sans pour autant nier cette farouche puis­sance de com­bat­tant, quelque chose de niet­zschéen chez ce gosse de nan­tis, nan­ti lui-même de cette volon­té de puis­sance rarement fournie avec la « cuiller d’argent » de la nais­sance – et qui fait les chefs autant que les tyrans.

Le beau gosse, de sur­croît, a aus­si con­nu la grâce de la Prov­i­dence, ça ne s’invente pas : ain­si s’appelle ce bahut catho joux­tant la Cité sco­laire d’Amiens, lycée pub­lic où j’ai passé mon bachot. Nous ne risquions donc pas de nous crois­er, indépen­dam­ment de nos âges respec­tifs : les grilles de cette mai­son jésui­t­ique en pierre de taille tenaient her­mé­tique­ment de murs de class­es.

Le nou­v­el élu, jamais autrement élu, et cepen­dant élu « des dieux » : celui du catholi­cisme « prov­i­den­tiel », depuis le col­lège même ; celui du protes­tantisme du philosophe Paul Ricœur auprès duquel il dit d’être frot­té ; celui, plus matéri­al­iste, de l’héritage famil­ial – par­ents médecins qui lui offriront au Tou­quet la vil­la du cou­ple (estimée à 1,4 mil­lions d’euros, financée égale­ment par Brigitte, l’épouse et héri­tière des renom­més choco­latiers amiénois).

Catho, pro­to, friqué… Le jeune homme a beau être héri­ti­er – on ne choisit pas ses orig­ines – il a aus­si du tal­ent, qua­trième pili­er de son édi­fi­ca­tion. D’abord de l’entregent – c’est-à-dire cette forme appliquée de la séduc­tion –, qui propulse notre Rasti­gnac picard vers les tem­ples du pou­voir : Sci­ences Po’ 1, l’ENA, à défaut de Nor­mal Sup’ où il a buté par deux fois. Ces for­mal­ités accom­plies, il n’est pas bien dif­fi­cile de frap­per aux portes des ban­ques et, tant qu’à faire, chez celle de Roth­schild, la plus emblé­ma­tique, voire car­i­cat­u­rale : frac, haut de forme et cig­a­re…

Pour le « reste », quelques coups de pis­ton – Minc, Attali, Hol­lande, etc. – et hop ! voilà com­ment se fab­rique, ou se révèle, un « Imanou El » qui en hébreu veut dire « dieu avec nous » – tant qu’à faire.

Notes:

  1. Comme pour l’économie, hiss­er la poli­tique au rang de sci­ence m’a tou­jours fait mar­rer !


Présidentielles. Pour Elzéard Bouffier, l’homme et ses arbres

L’Ange blanc, le Bour­reau de Béthune et Roger Coud­erc en mon­sieur Loy­al… Image plus que jau­nie de la télé en noir & blanc. En couleur, sur écran plat et dans l’apparat des stu­dios pom­peux des grands moments vides, très peu pour moi. Devant l’affligeante par­tie de catch, j’ai tenu un quart d’heure, ques­tion de san­té. De plus courageux m’ont résumé l’affaire, et ce matin, avec ma dose de radio, j’ai com­pris que j’en savais assez pour me dire que je n’avais rien per­du, surtout pas mon temps.

J’ai aus­si cru com­pren­dre que, sur le ring politi­co-télévi­suel, l’une pra­ti­quait en effet le catch – coups bas et appels à la vin­dicte de la salle (le Peu­ple !) ; tan­dis que l’autre s’essayait plutôt à la boxe, dite française en l’occurrence, donc sans exclure les coups de tatane. En gros, le com­bat était pipé, comme prévis­i­ble. D’un côté, un dogue qui jouait son va-tout dans la provoc, la hargne et les lita­nies men­songères ; de l’autre, un prési­den­tiable se devant de la jouer plus fin. Ce ne lui fut pas bien dif­fi­cile, au vu de la grossière charge opposée. De ce seul point de vue on ne peut déclar­er le match nul, encore moins arch­in­ul. Car la forme aura par­lé, l’emportant sur le fond. C’est presque tou­jours le pro­pre des com­bats télévisés, portés à ren­forcer la bina­rité des com­porte­ments et des idées (quand il y en a) et, finale­ment, à sacr­er le manichéisme comme seule mode de pen­sée.

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Un ni-ni non ambigu…

Par­tant de là, sans besoin d’en rajouter sur le spec­ta­cle lui-même, il sem­ble qu’« on » ne soit pas plus avancé après qu’avant. Et aus­si que le ni-ni ne représente en rien un troisième plateau à la bal­ance binaire. L’enjeu demeure, sauf à con­sid­ér­er que « les jeux » sont faits. Il en fut ain­si, il y a peu, entre une naïve arrivée et un fada dan­gereux qui, depuis, sème le souk sur toute la planète. Car la dém­a­gogie peut « pay­er », surtout en mon­naie de singe (en dol­lars comme en « nou­veaux » francs).

Mais enfin : même si, hier soir, je me suis abstenu en fuyant l’affligeante joute dém­a­gogique, je me retrou­ve bien rat­trapé le matin-même par l’évidence : faire l’autruche n’a jamais écarté le dan­ger.

Mon vieux pote Elzéard Bouffi­er 1, dor­mait hier soir du som­meil du juste ; il n’a d’ailleurs pas la télé. Il s’est levé au petit matin, pour arpen­ter son pays, avec son sac de glands, sa barre de fer… Tan­dis que la veille, des pos­tu­lants à gou­vern­er la France, sinon le monde, n’ont pas même eu une parole pour évo­quer le désas­tre écologique qui boule­verse la planète, men­ace l’humanité entière ! Elzéard, ce matin, comme hier et demain, plante ses chênes, ses hêtres et bouleaux. J’ai écrit ici que je voterai pour lui. Pour lui, en effet, je voterai. Au nom de l’Anarchie généreuse et comme dis­ait un autre grand viveur, l’écrivain roumain Panaït Istrati : Pour avoir aimé la terre.

> Cadeau de Giono, le plus beau mes­sage à l’humanité (pdf) : Giono-L_Homme_qui_­plan­tait_des_ar­bres

Notes:

  1. Lire ici, et .

Macron ou Le Pen ? Entre deux maux, il faut choisir le moindre 

Par Serge Bourguignon, simple citoyen
onreflechit@yahoo.fr

Je suis effaré par tous ces gens, y com­pris des gens que j’aime et j’estime, qui croient dur comme fer que Macron et Le Pen, c’est pareil. Et je suis encore plus effaré par ceux pour qui Macron, c’est pire que Le Pen ! Aurait-on atteint le degré zéro de la con­science poli­tique ?

La soupe néolibérale, je ne la goûte guère. Elle détraque tou­jours plus notre bonne vieille Terre et ses habi­tants, en par­ti­c­uli­er nous autres les z’humains. Il n’est pas inutile de le rap­pel­er. Mais j’aime encore moins la soupe FHaine, qui me fait vom­ir et qui hélas ! ren­con­tre telle­ment d’écho aujourd’hui dans notre France : la can­di­date néo­fas­ciste (j’ai bien dit néo) a obtenu bien plus de voix que son père en 2002. Si la façade a été rénovée pour être plus “présentable”, la réal­ité empirique­ment observ­able n’est pas belle à voir. Ce par­ti reste un ramas­sis de pétain­istes et le soi-dis­ant gaulliste Philip­pot y est minori­taire. La ges­tion des munic­i­pal­ités FN est inquié­tante, il y a beau­coup de témoignages à ce sujet pour qui veut savoir. Et n’oublions pas que l’amère Le Pen a par­ticipé au bal de l’extrême droite européenne le 27 jan­vi­er 2012, jour du 67e anniver­saire de la libéra­tion du camp de con­cen­tra­tion d’Auschwitz !…

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© Ph. Reuters. Cli­quer pour agrandir

Le Monde –28.01.2012
C’était son premier bal à Vienne, mais aussi l’occasion de resserrer ses contacts avec d’autres dirigeants de l’extrême droite européenne. La candidate du Front national à l’élection présidentielle française, Marine Le Pen, était l’hôte de marque, vendredi 27 janvier dans l’ancien palais impérial de la Hofburg, du fringant Heinz-Christian Strache, chef du Parti de la liberté (FPÖ), qui affiche son ambition de devenir chancelier d’Autriche. Avant de valser avec les étudiants “combattants”, adeptes de duels virils au sabre, la présidente du FN, en longue robe noire, a dû attendre que les forces de police aient éloigné des milliers de manifestants décidés à perturber la soirée. […]
Le bal des corporations estudiantines à Vienne est toujours un événement controversé. Principal réservoir de cadres du FPÖ, les Burschenschaften (de Bursch, jeune homme) comptent environ 4 000 membres, engagés leur vie durant dans des fraternités dont les noms – Aldania, Vandalia, Gothia, Silesia – cultivent une germanité mythique. L’une d’entre elles, Olympia, est considérée comme proche du néonazisme. […]
Cette année, les polémiques étaient d’autant plus vives que l’organisation du bal coïncidait avec le 67e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz.

Le FN aujourd’hui se présente comme le défenseur du peu­ple français con­tre la tech­nocra­tique Union européenne. Ce qui plaît dans ce dis­cours anti-UE, c’est qu’il offre un bouc-émis­saire facile aux électeurs, leur évi­tant par là-même la fatigue de penser à des prob­lèmes com­plex­es qui ne peu­vent se résoudre d’un coup de baguette mag­ique.  Il y a plein d’inconvénients à être dans l’UE, mais il y a aus­si quelques avan­tages. Et si l’on en sor­tait, il y aurait certes quelques avan­tages, mais quand même pas mal d’inconvénients. Mais pour séduire le bon peu­ple, on sim­pli­fie les choses, on lui fait miroi­ter des solu­tions mir­a­cles.

Ce que ne font jamais  les idéo­logues (qu’ils soient anti- ou pro-UE, d’ailleurs), et ceux qui boivent leurs paroles, c’est la part des choses. Or la réal­ité est tou­jours mul­ti­ple et con­tra­dic­toire : la con­tra­dic­tion est l’essence même du vivant. Mais nous vivons à l’époque de l’ordinateur roi et de la pen­sée binaire, et dans le cirque élec­toral la réal­ité est très sou­vent gom­mée d’un effet de manche, sans jamais être appréhendée dans sa com­plex­ité.

Com­ment ne pas voir qu’il sera plus facile de s’opposer à Macron prési­dent qu’à Le Pen ? C’est la soi-dis­ant proche du peu­ple Le Pen qui demandait l’interdiction des man­i­fs pen­dant le mou­ve­ment d’opposition à la loi tra­vail, et non pas le ban­quier Macron. Il serait donc sage de choisir le moins nocif.

Citoyennes, citoyens, encore un effort pour être réelle­ment répub­li­cains !

Rap­pel : Res pub­li­ca sig­ni­fie la chose publique, qui appar­tient à tous.

S.B. (29 avril 2017)
onreflechit@yahoo.fr




Présidentielles. On n’a pas fini de rigoler (jaune)

J’ai même édité un tim­bre. Rien n’y a fait ! Un méti­er…

Je cède : tant de com­men­taires, analy­ses, sup­pu­ta­tions, etc. déver­sés depuis des mois… Et rien sur ma can­di­da­ture, son échec, mon dés­espoir, mon dépit ! À dés­espér­er de la mer­diacratie. Ce néol­o­gisme-valise syn­thé­tise à mer­veille le dégoût politi­cien à l’encontre de la presse dans son ensem­ble – à l’exception toute­fois du Figaro et de Valeurs actuelles. Il réu­nit aus­si dans un même haut-le-cœur, Le Pen et Mélen­chon, out­rance et amer­tume, triste alliance de con­traires.

C’est en fait sous la pres­sion de mes innom­brables fans 1 que je reprends ma plume délais­sée sur ce blog depuis deux mois ! D’autres tâch­es m’avaient acca­paré ; et puis, eh oui ! je n’ai pas réu­ni mes 500 sig­na­tures, pas même cinq… N’est pas Chem­i­nade qui veut, ni Poutou, ni Arthaud, etc. Ni dieu, ni césar, ni tri­bun. Ain­si en étais-je resté à lInsoumis « qui ne plan­tait rien », en tout cas qui s’est plan­té, à pas grand-chose, il est vrai – à deux points de Le Pen. À quoi cela tient-il, une foirade en poli­tique ? À un mot de trop, un déra­page ver­bal et fatal. Pour lui, son Alliance boli­vari­enne, au moment même où son cama­rade vénézuélien met­tait Cara­cas à feu et à sang. Il a eu beau ten­ter de rat­trap­er l’affaire avec un vague truc com­mer­cial guyano-antil­lais, ben non, le coup était bien par­ti. Pour le Marcheur, une ivresse de trop, celle du pou­voir qui monte à la tête d’un Rasti­gnac si pressé, qui va devoir mâch­er de la Rotonde comme l’autre avant lui avait dû bouf­fer du Fouquet’s pen­dant cinq ans.

À ce niveau, un trait de finesse s’impose. Dessin de Charb, Char­lie Heb­do, 2016.

C’est dire si je compte m’obstiner à vot­er pour Elzéard Bouffi­er, qui plan­tait des arbres. 2 Rap­pel : mon can­di­dat (à défaut de ma pro­pre can­di­da­ture…) est par­rainé par un cer­tain Jean Giono, un fada de Manosque, Alpes de Haute-Provence. Ce même Giono que led­it Mélen­chon a insulté à la télévi­sion, en direct, quand le comé­di­en Philippe Tor­re­ton avait cru bon, éco­lo et généreux de lui offrir L’Homme qui plan­tait des arbres, dudit Giono : « [Un livre] fon­da­men­tale­ment immoral ! », avait tout aus­sitôt lancé Mélen­chon. Quelle immoral­ité, bigre ? Celle de « cette his­toire […] écrite pen­dant la guerre, et quand on lutte con­tre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se bat­tre ! » 3

Quoi qu’il en soit, les électeurs de Manosque, mag­nanimes ou indo­lents, n’en ont pas voulu au don­neur de leçon va-t’en guerre : ils l’ont placé en tête à 22,5% des bul­letins… Pour qui voteront-ils le 7 mai si leur préféré s’obstine dans le ni-ni ? Car, lorsqu’on lutte con­tre « le fas­cisme », est-il bien moral de ne pas s’engager, hein ? Or, voilà le “Tri­bun du peu­ple” soudain muet, mouché sur sa droite extrême, en appelant à la vox populi/dei de ses 450 000 afi­ciona­dos.

Sans légende, et désor­mais légendaire.

Je rap­pelais en note, dans mon arti­cle précé­dent que, jusqu’à l’avènement d’Hitler, le Par­ti com­mu­niste alle­mand avait pour cible pri­or­i­taire le Par­ti social-démoc­rate ! Et on sait que l’Histoire peut bégay­er – même si je ne saurais con­fon­dre lep­enisme et nazisme. Les anathèmes sim­plistes et out­ranciers con­tre le Front nation­al n’ont plus de prise ; ils sont même devenus con­tre-pro­duc­tifs en niant une réal­ité (certes acca­blante et déplorable) encore véri­fiée par ces élec­tions : le FN est con­fir­mé comme pre­mier par­ti « ouvri­er » – plus pré­cisé­ment ceux des lais­sés pour compte, ceux que « les élites » ignorent ou méprisent, ceux que « le sys­tème » con­damne, tout comme les « euro­crates » brux­el­lois et les « hordes d’immigrés ». Sous les out­rances ver­beuses et le ric­tus car­nassier de la can­di­date, il y a « du vrai » qui atteint un citoyen sur cinq (et plus encore dans quinze jours…). Et elle tape juste, la fron­tiste, en filant droit à Rungis saluer comme Sarkozy « la France qui se lève tôt », à l’encontre de celle des couche-tard de la Rotonde… 4

Quant à l’effondrement de Hamon, il sonne certes le glas du PS, mais aus­si d’un pro­gramme écol­o­giste et utopiste. Dans cette France des 35–40 heures, on ne doit pas oser désacralis­er la valeur tra­vail. 5 Ain­si ont voté les 387 citoyens de Fes­sen­heim autour de leur vieille, dan­gereuse et nourri­cière cen­trale : les nucléaristes y font le plein, Fil­lon en tête, suivi de Macron, Le Pen et même Dupont-Aig­nant – Mélen­chon et Hamon recueil­lant moins de 50 voix…

À pro­pos de Dupont-Aig­nant, ren­dons lui grâce, avec ses petits 5 pour cent, de nous avoir à la fois épargnés la Le Pen en tête de gon­do­le 6, et sauvés du spec­tre Fil­lon. Lequel,  avec « son air de curé qui a piqué dans les troncs » 7, n’était pas si loin du podi­um… On se con­sole de peu. Mais on n’a pas fini de rigol­er (jaune) car revoilà Sarko et sa bande d’embusqués prêts à dégain­er pour le troisième tour. Le pire n’est jamais cer­tain, dit-on par pré­cau­tion.

Notes:

  1. Eh eh, le Jo !
  2. À moins, une fois de plus, d’un péril avéré…
  3. Voir mon papi­er sur le sujet.
  4. C’est au lende­main de ce pre­mier tour que les pro­duc­teurs de “vian­des racées” lan­cent une saig­nante cam­pagne de pub dans les médias… avec ce slo­gan fleu­rant sa terre pétain­iste : “Ini­tiez-vous aux plaisirs racés”. Si la notion de race s’applique aux vach­es, pourquoi plus aux hommes ?
  5. Surtout en impro­visant bien laborieuse­ment, c’est le cas de le dire, sur la ques­tion du revenu uni­versel” !
  6. Il va se faire par­don­ner vite fait!
  7. Dézin­guage en règle lancé sur France Inter par Char­line Van­hoe­nack­er, du « com­plot médi­a­tique ».



Mélenchon, l’homme qui ne plantait rien (ou qui plantait tout)

Jean-Luc-Melenchon

[Ph. Ger­hard Val­ck, 2015, domaine pub­lic]

De la mélasse prési­den­tielle, que pour­rait-il sor­tir de bon ? Qu’ajouter à cette triste ques­tion ? « C’est pour dire » n’avait donc rien à dire sur ce chapitre. Sauf  à le con­sid­ér­er sous la plume inspirée d’Eugène Pot­ti­er écrivant L’Internationale : « Il n’est pas de sauveurs suprêmes / Ni Dieu, ni César, ni Tri­bun ». L’air est aujourd’hui plutôt éven­té, mais le mes­sage reste d’une navrante actu­al­ité. Ain­si m’est-il revenu l’autre soir (23/2/17) à la télé en regar­dant le spec­ta­cle mon­té autour de Jean-Luc Mélen­chon. 1

Mélen­chon, ce soir-là, n’a pas craint de se présen­ter comme « un tri­bun » et même comme « le tri­bun du peu­ple ». Oui : « Je suis le tri­bun du peu­ple », a-t-il renchéri, mod­este… On sait l’homme porté à l’admiration de lui-même, qu’il clone à l’occasion par holo­gramme inter­posé, réus­sis­sant ain­si l’admirable syn­thèse du Spec­ta­cle à la fois politi­cien & tech­nologique. « Miroir, mon beau miroir… », cette si vieille fas­ci­na­tion égo­cen­trique… De nos jours – à l’ère du tout médi­a­tique – la con­quête et l’exercice du pou­voir passent par la mise en spec­ta­cle du geste et de la parole, surtout de la parole. Il est sig­ni­fi­catif et cocasse que cette émis­sion de France 2 s’intitule Des Paroles et des Actes

Tan­dis que la poli­tique se résume au Verbe, à l’effet de tri­bune (pour tri­buns…), un gou­verne­ment peut se restrein­dre à un seul min­istère, celui de la Parole. Cette pra­tique est, elle aus­si, vieille comme le monde poli­tique ; elle remonte même à la rhé­torique des Anciens, qui l’avaient élevée au rang du dis­cours philosophique. Dis­ons qu’aujourd’hui, seul le dis­cours a sub­sisté. Enfin, surtout le dis­cours, par­fois quelques idées. Aucun politi­cien n’y échappe, surtout pas les can­di­dats à la prési­dence. Il peut être intéres­sant, voire distrayant, de lire entre les lignes des ver­biages élec­toraux, d’en décrypter aus­si les non-dits, à l’occasion exprimés par le corps – atti­tudes, gestes, tonal­ités.

À cet égard, la par­lure de Hol­lande ponc­tuée, et même truf­fée de « euh… », s’avère tout à fait révéla­trice de sa gou­ver­nance à base d’hésitations, de doutes peut-être et de renon­ce­ments. 2 Celle de Mélen­chon, elle, si elle ne manque pas de souf­fle, respire peu et ne s’autorise aucun silence. Pas de place pour le doute ou le ques­tion­nement dans cette parole péremp­toire, défini­tive. Un pro­pos sou­vent abrupt, cas­sant, dont son auteur prend par­fois con­science ; alors, il tente de se repren­dre par une pirou­ette, comme dans l’émission de jeu­di : « Eh, on peut plaisan­ter, je suis mérid­ion­al… il y a du Pag­nol en moi ! » Ouais… Et du Giono aus­si ?

Car Mélen­chon doit se prou­ver en human­iste  3, ce qui ne lui sem­ble donc pas si naturel… Voilà qu’arrive l’« invité sur­prise » – tou­jours dans la même émis­sion –, le comé­di­en Philippe Tor­re­ton  4 Or, il a apporté, pour l’offrir à Mélen­chon, le livre de Jean Giono, L’Homme qui plan­tait des arbres. « [Un livre] fon­da­men­tale­ment immoral ! », lance tout aus­sitôt Mélen­chon. Éton­nement du comé­di­en, qui s’explique néan­moins sur le sens de ce choix lié à l’urgence écologique, en lit un pas­sage et se lève pour l’offrir au politi­cien du jour, que l’on relance : alors, quelle immoral­ité ? « L’immoralité, lance Mélen­chon, vient du fait que cette his­toire est écrite pen­dant la guerre, et que quand on lutte con­tre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se bat­tre ! »

L’ancien mil­i­taire – non : mil­i­tant trot­skyste, dirigeant de l’OCI (Organ­i­sa­tion com­mu­niste inter­na­tion­al­iste) de Besançon (1972–79 selon Wikipé­dia), a lâché sa leçon de morale, celle du politi­cien pro­fes­sion­nel qu’il n’a cessé d’être – puisque c’est un « méti­er ». Et ain­si de repren­dre, en les sous-enten­dant, les accu­sa­tions vichystes et col­lab­o­ra­tionnistes à l’encontre de Giono. Lequel avait pris le fusil à baïon­nette, enfin celui qu’on lui avait mis d’office dans les mains, dès jan­vi­er 1915, pour ses vingt ans, direc­tion la Somme, Ver­dun, le Chemin des dames, où il n’est « que » gazé alors qu’il y perd son meilleur ami et tant d’autres. Choqué par l’horreur de la guerre, les mas­sacres, la bar­barie, l’atrocité de ce qu’il a vécu dans cet enfer, il devient un paci­fiste con­va­in­cu. Jusques et y com­pris la sec­onde grande bar­barie. En 1939, s’étant présen­té au cen­tre de mobil­i­sa­tion, il est arrêté et détenu deux mois pour cause de paci­fisme (Il avait signé le tract « Paix immé­di­ate » lancé par l’anarchiste Louis Lecoin). Durant la guerre, il con­tin­ue à écrire et pub­lie des arti­cles dans des jour­naux liés au régime de Vichy. A la Libéra­tion, il est arrêté, mais relâché cinq mois plus tard sans avoir été inculpé. 5

J’en reviens à notre sujet, sans m’en être vrai­ment éloigné, je crois. En refu­sant de con­sid­ér­er pour ce qu’il est, le mes­sage pro­fond – écol­o­giste avant la let­tre, human­iste et uni­versel – de L’Homme qui plan­tait des arbres, pour plac­er sa parole moral­isatrice, le patron de La France insoumise s’érige en Fouquier-Tinville du Tri­bunal révo­lu­tion­naire. Il tranche. Il se pose en garant du « pur et dur », lui que les guer­res ont heureuse­ment épargné, qui n’a pas eu à résis­ter – l’arme à la main –, ni même à s’insoumettre. Lui qui, certes, con­nut les tranchées du Par­ti social­iste durant 32 ans (1976–2008) et, tour à tour, les affres du con­seiller général de Massy (1998–2004), du séna­teur de l’Essonne (2004–2010), du min­istre sous Chirac-Jospin (2000–2002), du prési­dent du Par­ti de gauche (2009–2014), du député européen depuis 2009. Que de com­bats héroïques, à mains nues cette fois ! (Quelle belle retraite en per­spec­tive aus­si, non ?)

Il en a usé de la dialec­tique, de la stratégie, de la tac­tique ! Il en a mâché de la parole ver­bale ! Tout ça pour rabaiss­er le débat poli­tique à un cal­cul politi­cien minable. Pour­tant, il l’assure :

– « À mon âge, je fais pas une car­rière ; je veux pas gâch­er, détru­ire ; j’ai de la haine pour per­son­ne ; il faut con­va­in­cre ! J’ai jamais été mélen­chon­iste ! [sic]

– Alors vous seriez prêt à vous retir­er devant Benoît Hamon ?

Pourquoi pas lui ? J’ai 65 ans, je veux pas dilapi­der ! [re-sic]»

Alors Tor­re­ton, devenu pâle, sem­ble jeter l’éponge. Non pas tant qu’il se soit dégon­flé, comme il a été dit, de lui pos­er LA ques­tion pour laque­lle il avait été l’« invité sur­prise ». Non, on dirait plutôt qu’il com­prend alors que c’est cuit, que Mélen­chon ne démor­dra pas, que sa « voca­tion », son « méti­er » c’est de s’opposer, de baign­er dans ce marig­ot où il se com­plaît, où son égo enfle avec délice. Un demi-siè­cle de « méti­er » n’empêche pas, à l’évidence, de s’agripper à une puérile dialec­tique de cour d’école.

Et dès le lende­main de l’émission, il pré­tendait sans ambages ne pas se sou­venir d’avoir par­lé de rap­proche­ment avec le can­di­dat social­iste. « J’ai dit ça hier soir ? Je ne m’en rap­pelle pas ! » a-t-il assuré. À la sor­tie d’un déje­uner avec le secré­taire nation­al du PCF, Pierre Lau­rent, il a rejeté l’idée d’un rassem­ble­ment : « Ça n’a pas de sens aujourd’hui. De quoi par­le-t-on ? Benoît Hamon dit qu’il pro­pose sa can­di­da­ture. Moi aus­si. Si vous voulez que le pro­gramme s’applique, la meilleure des garanties, c’est moi ! » Ain­si, pour lui, la ques­tion d’un ral­liement ne se pose même pas. « Non, faut pas rêver, ça n’aura pas lieu. D’ailleurs, per­son­ne ne le pro­posait », a-t-il asséné.

Le trot­skyste est revenu au galop : « Faut pas compter sur nous pour aller faire l’appoint d’une force poli­tique qui a du mal à remon­ter sur le cheval ». Aurait-il donc choisi « objec­tive­ment » l’option Marine Le Pen ? 6 Ira-t-il ain­si jusqu’à refuser toute col­lab­o­ra­tion avec ce qui reste de la social-démoc­ra­tie, sous enten­du avec Benoît Hamon, puisqu’investi par le Par­ti social­iste ? Ou encore, estime-t-il que Macron va l’emporter, que l’affaire est pliée et que sa planche de salut, par con­séquent, réside encore et tou­jours dans les délices de l’éternelle oppo­si­tion, dans un hors-sol en quelque sorte, à l’abri de toute impureté, de tout com­pro­mis.

Comme si la démoc­ra­tie ce n’était pas l’art sub­til des arrange­ments accept­a­bles par le plus grand nom­bre – jamais par tous, évidem­ment. Comme si la vie même ne rel­e­vait pas en per­ma­nence de ses com­bi­naisons com­plex­es, ni blanch­es ni noires. La pre­mière – la démoc­ra­tie – se compte en siè­cles, par­fois seule­ment en années ; quelques semaines peu­vent suf­fire à l’anéantir. La vie, elle, remonte à des mil­lions d’années ; elle reste à la mer­ci de la bêtise des humains.

Si je vote, ce sera pour Elzéard Bouffi­er, qui plan­tait des arbres.


En prime, le très beau film d’animation d’après le réc­it de Jean Giono, dit par Philippe Noiret, réal­isé par Frédéric Back (1924–2013), Cana­da 1987. L’Homme qui plan­tait des arbres a rem­porté l’Oscar du meilleur court métrage décerné par l’Academy of Motion Pic­ture Arts and Sci­ences de Los Ange­les, aux États-Unis, le 11 avril 1988.

Notes:

  1. Je dis bien spec­ta­cle, au sens de Guy Debord et sa Société du spec­ta­cle (1967); c’est-à-dire au sens de la sépa­ra­tion entre réal­ité et idéolo­gie, entre la vie et sa représen­ta­tion. Dans ce sens la société est dev­enue « une immense accu­mu­la­tion de spec­ta­cles », pro­longe­ment de l’« immense accu­mu­la­tion de marchan­dis­es » énon­cée par Marx dans Le Cap­i­tal. Au « fétichisme de la marchan­dise » (et des finances), puis à celui du Spec­ta­cle, il y aurait lieu aujourd’hui d’ajouter, à la façon d’un Jacques Ellul, le fétichisme tech­nologique.
  2. Sur cette adéqua­tion idéale « paroles/actes », voir ici mon arti­cle de 2014 sur Jau­rès.
  3. Droit-de-l’hommiste”, il est sans doute, car cela relève encore de la parole poli­tique, dif­férente du sens de l’humain. Je me garde d’aborder ici le chapitre de ses tro­pismes lati­nos envers Chavez et les Cas­tro – sans par­ler de Pou­tine.
  4. De gauche, écol­o­giste, il tient actuelle­ment le rôle-titre dans La résistible Ascen­sion d’Arturo Ui, de Brecht – que j’ai vue et appré­ciée il y a peu à Mar­seille ; pièce ô com­bi­en actuelle sur le fas­cisme présen­té en l’occurrence comme « résistible »… espérons !
  5. Dès 1934, Giono avait affir­mé un paci­fisme inté­gral ancré en pro­fondeur dans ses sou­venirs d’atrocités de la Grande Guerre. Le titre de son arti­cle paci­fiste pub­lié dans la revue Europe en novem­bre 1934 « Je ne peux pas oubli­er » atteste de cette empreinte indélé­bile de la guerre dont il refuse toute légiti­ma­tion, même au nom de l’antifascisme. Il affirme dans « Refus d’obéissance », en 1937, que si un con­flit éclate, il n’obéira pas à l’ordre de mobil­i­sa­tion.
  6. Rap­pel : Jusqu’à l’avènement d’Hitler, l’objectif prin­ci­pal du Par­ti com­mu­niste alle­mand demeu­rait la destruc­tion du Par­ti social-démoc­rate. Voir à ce sujet Sans patrie ni fron­tières, de Jan Valtin, implaca­ble témoignage d’un marin alle­mand sur le stal­in­isme en action. Ed. J-C Lat­tès, 1975.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

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