On n'est pas des moutons

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Iran : Dieu sur la sellette

Par Laurent Joffrin, directeur de Libération

Comme à plein d’autres connectés, le directeur de Libé m’envoie chaque jour sa « lettre politique ». J’aime bien la lire, la trouvant le plus souvent aussi pertinente que bien troussée. Ce 3 janvier donc, tandis que Le Monde, à sa une, faisait mumuse avec Macron, Laurent Joffrin traitait de la situation en Iran en un raccourci géopolitique qui ne manque pas de nous interpeller. Il y aborde en effet la question si fondamentale de la laïcité, et cela au moment où le même Macron (celui du Monde) reçoit le dictateur turc et, surtout, ayant reçu la veille les représentants des religions établies, nous refait le coup de la « laïcité ouverte ». Joffrin remet à sa façon les églises à leur plus juste place et, plus généralement, Dieu à la sienne.

Iran : Dieu sur la sellette

Il est une leçon éclatante de la crise iranienne qu’on ne tire guère, mais qui se voit pourtant comme le turban sur la tête d’un mollah : les ravages qu’exerce la religion dès qu’on la mélange avec la politique. On parle souvent de l’Iran en enfilant les perles : « un grand pays », « héritier d’une civilisation plusieurs fois millénaire », « acteur incontournable de la région », etc., toutes choses vraies qui ne nous apprennent rien sur la situation du pays. L’Iran d’aujourd’hui est d’abord une théocratie. Ce pays de culture et de créativité vit sous la férule de religieux obscurantistes qui maintiennent la société dans les rets d’une dictature minutieuse. Les mollahs contrôlent non seulement l’Etat, les finances, l’armée, mais aussi la presse, les écrans, la vie quotidienne et même les tenues vestimentaires. Le jeu politique se limite à l’affrontement des factions chiites, dont certaines sont plus ouvertes que d’autres, mais qui se rejoignent pour conserver les bases du régime existant.

Les protestations en cours, d’apparence économique ou sociale, visent en fait le cœur du système. On conteste les dépenses occasionnées par une politique étrangère fondée sur le soutien permanent aux alliés religieusement proches, le Hezbollah, ou bien le pouvoir alaouite en Syrie. On met en cause les subventions massives accordées aux associations religieuses. On s’indigne de la gestion désastreuse des « banques islamiques ». On dénonce la corruption de l’establishment religieux qui détourne à grands seaux l’argent public au profit d’une mince couche de dignitaires. Au sommet de l’appareil répressif, les « gardiens de la révolution », troupe d’élite héritière du khomeinisme pur et dur, restent les principaux garants de la dictature, soucieux avant tout de réprimer toute aspiration populaire à un peu plus de liberté.

Cet impérialisme du spirituel est un mal du siècle qui commence. On le retrouve évidemment dans les monarchies du golfe, tout aussi totalitaires, ou dans la folle entreprise terroriste des minorités islamistes. Mais aussi, sous une forme heureusement plus bénigne, dans certaines démocraties. L’alliance de Trump avec la faction évangélique aggrave sa politique. L’influence politique des religieux en Israël bloque tout espoir de paix avec les Palestiniens. Le pouvoir de l’orthodoxie en Grèce ralentit les réformes sociales et conforte en Russie la démocrature poutinienne. Bref, Dieu, personne privée, se mêle de plus en plus de ce qui ne le regarde pas, à savoir l’organisation de la cité. Le sécularisme dans les régimes de droit, ou la laïcité en France, reste l’un des biens les plus précieux pour tous ceux qui sont attachés à la liberté.

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Repris ici un jour après sa publication, j’ose espérer que Laurent Joffrin ne m’en voudra pas de cet innocent piratage…


« L’émission politique ». Comment peut-on être mélenchoniste ?

Ah ! ah ! monsieur est mélenchoniste ? C’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être mélenchoniste ? » J’ai tout de suite pensé à Montesquieu et ses Lettres persanes. Je venais de voir, atterré, (en repasse, car jeudi soir je me sentais mieux avec des amis que devant la télé) le passage de « L’émission politique » [France 2] dont l’invité était Jean-Luc Mélenchon – le « tribun du peuple » comme il s’est autoproclamé 1 Voyez ou revoyez ce passage consacré au Vénézuela. Bien sûr, les plus intégristes, comme leur maître, vont me reprocher ce choix. Ce fut la défense par l’attaque de l’Insoumis. Mais voyons cet extrait d’une dizaine de minutes :

Cette séquence étant montrée et vue, je repose ma question : « Comment peut-on être mélenchoniste ? » Dites-moi, mes amis mélenchonistes (car j’en ai encore), comment pourriez-vous justifier : l’agressivité, la mauvaise foi, la fixité idéologique (pléonasme), la malhonnêteté intellectuelle, la goujaterie 2 ? Je ne veux pas m’étendre à analyser ce qui me semble sauter aux yeux d’un spectateur normalement attentif et de bonne foi. J’exclus donc à l’avance les dévôts de la France insoumise, venus à l’émission faire la claque à leur idole tels des fans du showbiz. À l’image de l’auteur de ce tweet :

✔@thomas_guenole « J’apprends à l’instant que «l’historienne» face à @JLMelenchon sur le #Venezuela est en fait une ex-banquière macroniste. A @France2tv: en résumé, vous devriez avoir honte. 23:4830 nov. 2017 »

Réaction typique de rejet de toute discussion, du procès d’intention, des pratiques staliniennes et leurs avatars castristes et chavistes. Mélenchon a ainsi tenté la diversion vers l’Arabie saoudite. Il lui faut, en effet, mobiliser bien des contrefeux pour justifier ses affinités passées ou actuelles avec les Poutine, Ahmadinejad et autres autocrates chinois. Tous ces bienfaiteurs de l’humanité. Tandis que l’Insoumis en chef désigne son ennemi suprême, cause de tous les maux de la Terre, l’impérialisme américain. Comme Georges Marchais dans les années 80, en moins drôle – c’est dire.

Notes:

  1. Voir Mélenchon, l’homme qui ne plantait rien (ou qui plantait tout). Voir aussi sur « C’est pour dire » en tapant « Mélenchon » dans la case de recherche.
  2. Doublée de mépris lorsqu’il tourne ostensiblement le dos à son interlocutrice – « je rangeais mes papiers » !

De Socrate à Lidl, Free et autres Macron, un peu de philosophie politique à l’usage improbable de nos gérants

C’est un peu comme une urticaire : ça me démange de partout… sans savoir au juste d’où ça vient. Je parle de cette « actu », drogue journalistique à haute accoutumance. S’en défaire, une gageure. Sortie par la porte, la revoilà par la moindre lucarne, facteur de stress, de manque. Que faire ? comme disait l’autre. Sentiment d’impuissance contre désir d’agir. Comment ? Alors je cause, je me cause, je cause ici en écrivant, comme dans un journal, un autre, pas celui du métier d’informer – enfin d’essayer. Donner une forme à cette réalité du monde qui semble s’effilocher par tous les bouts. Pour parodier Nougaro, « est-ce moi qui vacille, ou la terre qui tremble ? » Le fait est que j’ai bien du mal à prendre ladite « actu » par un bout, sans être rattrapé par un autre ; sans donner dans la dispersion… Je connais un type qui a écrit L’Homme dispersé, un roman documenté. À l’image de notre monde, au bord de l’éclatement.

Les optimistes espèrent, ils croient : on trouvera des solutions, c’est le sens du progrès : la technologie, ses miracles, la Lune, Mars. L’Homme s’en sortira, trop génial. Les pessimistes analysent, pensent : c’est cuit pour le bipède sapiens (mal)pensant, l’homo faber (mal)faisant ; il s’est mis la corde au cou, celle de l’economicus. Gloire au « plus », encore « plus », toujours « plus ».

Ils auront trait la vache Terre jusqu’à sa dernière goutte de « plus » ; elle, elle s’en remettra, depuis le temps qu’elle s’accommode des cataclysmes – dont elle naquit. Mais ses habitants, locataires arrogants, vils profiteurs, exploiteurs éhontés, fiers imbéciles. Ils ont oublié, ou jamais su, qu’ils ne faisaient que passer ici-bas, suspendus au viager d’une vie brève, aléatoire. À ce sujet, « vu à la télé » l’enquête de Cash investigation (France 2) sur les esclavagistes modernes à l’œuvre chez Lidl et Free, deux casseurs de prix de la bouffe et du téléphone. Rois de la « petite marge », ils font galérer leurs salariés, maltraités comme des bêtes de somme, méprisés, sermonnés, engueulés, usés et finalement jetés comme des déchets à la poubelle de Pôle emploi, aux frais de la collectivité. On connaît la musique : « Privatiser les bénéfices, mutualiser les pertes », rengaine capitaliste. Marx n’y pourra rien, tout juste figurant de cinéma (un film vient de sortir sur le père du Manifeste communiste ; signe des temps désespérés car nostalgiques).

Retour à l’envoyeur.

Ils sont là, les prolétaires d’aujourd’hui, comme dit à sa façon Xavier Niel, le multimilliardaire patron de Free : « Les salariés dans les centres d’appels, ce sont les ouvriers du XXIe siècle. C’est le pire des jobs. » Au moins sait-il de quoi il parle. Mais il n’a pas voulu parler dans le poste ; pas davantage sa chargée de com’ – le comble ! –, laissant la corvée à un chef de régiment bien emmerdé, probablement aussi faux derche qu’intraitable « manager ». Tous ces pions néfastes ne jurent que par le « manag’mint », ont été biberonnés aux mêmes évangiles productivistes. Comme l’autre de chez Lidl, qui aura dû en tuer des comme lui avant de recevoir l’onction du pouvoir par la schlague. Il est là comme un mioche pris les doigts dans la confiote, minable rouage d’une machine à « faire du cash », en rêvant que d’autres machines éliminent totalement les travailleurs – pourtant déjà robotisés. Ah, que viennent enfin les temps bénis de la robotisation totale, totalitaire ! « 1984 » en vrai et en pire.

Certes, chacun peut toujours aller chez Lidl ou chez Free – entre autres exploiteurs de choc – pour gagner trois euros six sous. À quel prix ? Ils ne pourront plus ignorer ce que recouvre la question – enfin si, ils pourront toujours se voiler la face. 1

À ce propos, et dans la rubrique « ONPLG », On n’arrête pas le progrès 2, les femmes saoudiennes vont être autorisées par leurs princes à conduire. Elles vont pouvoir prendre le volant – mais restent astreintes au voile intégral. L’inverse eut été plus libérateur. Chacun ses hiérarchies de valeurs.

Le procès de Socrate

Le procès de Socrate. Sur les 501 juges, 280 votent en faveur de la condamnation, 221 de l’acquittement.

Justement, côté valeurs, comment ne pas saluer les quatre émissions, cette semaine, des Chemins de la philosophie (France Culture) consacrés à Socrate, spécialement à son procès et à sa mort ? La condamnation du philosophe grec (470399 avant notre ère) demeure un sujet de discussion à la fois philosophique et politique. Adèle Van Reeth, l’animatrice des Chemins, mène au mieux l’« instruction » à partir des chefs d’accusation ainsi libellés : « Socrate enfreint la loi, parce qu’il ne reconnaît pas les dieux que reconnaît la cité, et qu’il introduit d’autres divinités nouvelles ; et il enfreint la loi aussi parce qu’il corrompt la jeunesse. Peine requise : la mort. »

Si le débat garde toute son actualité, c’est parce qu’il pose de nombreuses questions concernant le droit et la loi, la citoyenneté et la démocratie, la liberté et la philosophie – tout comme la religion et le libre-arbitre. De ces quatre heures passionnantes, il apparaît, pour le dire vite et vulgairement, que Socrate fut un emmerdeur suprême, un gêneur politique qui claquait le bec aussi bien à ceux qui prétendaient savoir qu’aux sophistes, embobineurs filoux, aux politiciens, poètes, gens de métier renvoyés à leur ignorance – comme la sienne propre… Socrate sait… qu’il ne sait rien. Ce qui est impie ! En effet, ne pas savoir revient à ne rien croire, pas même les dieux !

Autre question, et non des moindres, posée par Socrate et sa condamnation : celle de la démocratie. Le philosophe était très critique à son sujet ; il lui reprochait notamment de faire la part belle aux opinions, et ainsi de figer l’examen des faits et l’exercice de la pensée libre. 3  Sa philosophie politique se situait entre mépris de la majorité et amour des lois, y compris celles qui le condamnaient : plutôt subir l’injustice que la commettre…

Socrate Athènes

Socrate, devant l’Académie, Athènes © gp

Reste la « corruption de la jeunesse »… Concerne-t-elle l’enseignement du maître – lui qui se disait n’avoir jamais été maître de qui que ce soit, qui enseignait en déambulant, professant le « Connais-toi toi-même » 4 car le savoir est en soi, passe par soi-même, et la sagesse se transmet par l’échange, la discussion. On avança aussi ses attirances pour les beaux jeunes gens, lui, le laideron… Pédophilie socratique ? en des temps où la pédérastie effarouchait peu, semble-t-il… Il est plus probable que la perversion en question portait d’abord sur le contenu subversif de l’enseignement. 5

Voilà qui nous emmène loin de Lidl et Free… Loin ? Que nenni ! Socrate rappelle au sens de la vie qui, de nos jours, se trouve accaparé par les obligations de la survie. Se tuer à gagner sa vie – formulation ancienne (mai 68…) du « burn out ». Plus-plus-plus : subir les indécentes pubs, sur les radios publiques, qui font chatoyer les charmes du productivisme, le privilège de « vivre les samedis comme des lundis » ! Le travail renoue plus que jamais avec son origine latine : tripalium, engin de torture à trois pieux… L’économie vulgaire commande. Les possédants et affairistes télécommandent les gouvernants – qui n’en sont plus depuis si longtemps, depuis 1983, pour en rester à nos horizons, quand Mitterrand s’est converti à la religion libéraliste.

Gouverner suppose un gouvernail, un cap, des directions, des idées, et tant qu’à faire des idéaux. Nos rameurs de la finance et du bizness ne sont plus que de sinistres gérants, tout comme ceux de Lidl et de Free, qu’ils vénèrent et imitent jusque dans leur arrogance inculte. De petits boutiquiers derrière leur caisse enregistreuse, tenant un pays comme une épicerie. La Santé, combien ? Ah ? trop cher ! On rabiote. L’impôt sur la fortune ? Trop élevé, incitant à l’évasion fiscale ? On va arranger ça. La formule magique reste inchangée : les pauvres ne sont pas riches, mais ils sont si nombreux que leur prendre un peu, rien qu’un peu, ça rapporte beaucoup beaucoup.

Je parlais, au début de ma dérive, du partage binaire entre optimistes et pessimistes. Reste les réalistes, ou ceux qui s’essaient à donner du sens au réel, tel qu’ils le perçoivent. Exercice très instable d’équilibriste. Casse-gueule ! Arrêtons là pour aujourd’hui.

Notes:

  1. On peut revoir l’émission ici.
  2. En taxi, pris dans un embouteillage, l’écrivain Alexandre Vialatte, s’entendant dire par son voisin la sentencieuse phrase, lui réplique : « Non, il s’arrête tout seul ».
  3. Pléonasme aurait ironisé Jules Renard, comme dans son Journal : « Libre penseur. Penseur suffirait. »
  4. Prolongé par Nietzsche : « Deviens ce que tu es ».
  5. « Mélétos, tu m’accuses de pervertir la jeunesse. Sans doute nous savons ce qui constitue la perversité des jeunes gens. Nomme-s-en, si tu connais, qui, pieux d’abord, sages, économes, modérés, tempérants, laborieux, soient devenus par mes leçons, impies, violents, amis du luxe, adonnés au vin, efféminés ; qui enfin se soient livrés à quelque passion honteuse.

    – Oui, repartit Mélétos, j’en connais que tu as décidés à suivre tes avis plutôt que ceux de leur père, de leur mère.

    – J’avoue, répliqua Socrate, qu’ils ont suivi les avis que je leur donnais sur l’instruction morale de la jeunesse. C’est ainsi que pour la santé nous suivons les conseils des médecins plutôt que ceux de nos parents. Vous-mêmes Athéniens, dans les élections de généraux, ne préférez-vous pas à vos pères, à vos frères, à vous-mêmes, les citoyens jugés les plus habiles dans la profession des armes ?

    – Tel est l’usage, repartit Métélos ; et le bien général le demande.

    – Mais, ajouta Socrate, toi Métélos, qui vois que dans tout le reste les plus habiles obtiennent préférence et considération, explique comment tu peux solliciter la mort de Socrate, précisément parce qu’on le juge habile dans une partie essentielle, l’art de former l’esprit. »

    XénophonApologie de Socrate, pp.726727


Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Informé par un ami 1 d’un billet de blog au titre alléchant : « La République vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Journal d’un avocat — Instantanés de la justice et du droit.

La République. Ange-Louis Janet (18151872) © Musée Carnavalet

LEolas en question semble être désormais le plus connu des avocats anonymes… Ne voulant pas mêler liberté de jugement et affaires professionnelles, il s’abrite derrière ce pseudonyme, lequel nous dit Wikipédia, vient du mot gaélique irlandais eolas qui signifie « connaissance, information. » Que voilà une bonne référence ! Aussi n’est-il pas étonnant que cet homme de droit s’en prenne si souvent à la presse, grande pécheresse dans son propre domaine. D’où cet exergue, qui rejoint mon credo : « Qui aime bien châtie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édito de L’Opinion. 2

Voici les faits, remontant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cinglante) d’Eolas :

« Sébastien X. est l’heureux propriétaire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trouve une maison d’habitation et un garage. On y accède par un portail donnant sur la voie publique, par lequel une automobile peut passer afin de rejoindre le garage. Le trottoir devant cet accès est abaissé, formant ce que l’on appelle une entrée carrossable et plus couramment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comptait pas rester longtemps chez lui, peu importe, Sébastien X. a garé sa voiture devant l’accès à sa propriété, au niveau du bateau. “Que diable, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai vocation à utiliser cet accès. Or en me garant ainsi, je manifeste de façon univoque que je n’ai nulle intention d’user de ce dit passage”. Oui, Sébastien X. s’exprime dans un langage soutenu, ai-je décidé.

« Fatalitas. Un agent de police passant par là voit la chose, et la voit d’un mauvais œil ; sans désemparer, il dresse procès-verbal d’une contravention de 4e classe prévue par l’article R.41710 du code de la route : stationnement gênant la circulation. Sébastien X., fort marri, décide de contester l’amende qui le frappe, fort injustement selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébastien X. dépose une requête, à laquelle le juge de proximité de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas contesté que l’entrée carrossable devant laquelle était stationné le véhicule de M. X. est celle de l’immeuble lui appartenant qui constitue son domicile et dessert son garage, et que le stationnement de ce véhicule, sur le bord droit de la chaussée, ne gêne pas le passage des piétons, le trottoir étant laissé libre, mais, le cas échéant, seulement celui des véhicules entrant ou sortant de l’immeuble riverain par son entrée carrossable, c’est à dire uniquement les véhicules autorisés à emprunter ce passage par le prévenu ou lui appartenant”.

Mais voilà-t-il pas que le représentant du ministère public, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pourvoi en cassation. Et la cour, en effet, a cassé. Ledit jugement s’est trouvé annulé.

Alors, se demande goulument l’avocat : « Pourquoi la cour de cassation a-t-elle mis à l’amende ce jugement ? Pour deux séries de motif dont chacun à lui seul justifiait la cassation. »

À partir de là, puisque je ne vais pas recopier la longue autant qu’argumentée et passionnante plaidoirie de l’avocat, je vous invite à la lire directement ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tiendrai à quelques réflexions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des questions essentielles, non seulement sur la République et la démocratie mais plus généralement sur l’état de la société, donc sur les comportements individualistes ou communautaristes.

L’usage de l’automobile et, en général, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des comportements humains – à l’humanité relative, spécialement dans les villes, en dehors de toute urbanité… C’est en quoi cet article de Maître Eolas revêt son importance politique, voire idéologique et philosophique. Il pose en effet – depuis son titre, « La République vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la question du bien commun, censé être codifié et conforté par la Loi. Cette Loi (avec majuscule) si souvent bafouée, par des hors-la-loi dont notre société a bien du mal à endiguer les flots : manque de prisons, qui débordent, de juges, de policiers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence commune, définissait comme « ce sens commun qui nous avertit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de :

– Se foutre du code de la route, spécialement des limitations de vitesse et mettre ainsi des vies en danger ; causer un boucan infernal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incendier poubelles et voitures ; insulter quiconque par des propos agressifs et racistes 3 ; barrer des rues pour empêcher l’accès de la police dans des « territoires perdus de la République » 4 Liste non exhaustive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moitié des richesses mondiales soit entre les mains des 1 % les plus riches, tandis que 99 % de la population mondiale se partagent l’autre moitié, tandis que 7 personnes sur 10 vivent dans un pays où les inégalités se sont creusées ces 30 dernières années. (Rapport Oxfam, 2014).

– … Et que les riches continuent à s’enrichir et les pauvres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la primauté du droit sur le pouvoir politique, de sorte que gouvernants et gouvernés, doivent obéir à la loi, tous étant ainsi égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comptera sur les talents, la chance, et surtout la « bonne fortune »… Rien à voir avec le degré de démocratie d’un régime ! Où serait alors le « monde commun » entre les nouvelles élites de l’industrie, du commerce, de la banque, des arts, du sport et de la politique ? – cette nouvelle aristocratie, à l’hérédité financière et aux revenus éhontés, injurieux.

État de droit, ou État de travers ? Par delà le désordre économique facteur de misère 5, c’est l’ordre symbolique du monde – celui de la justice et du bien-être par le « progrès » tant vanté – qui se trouve gravement atteint et accentue le ressentiment général et la malveillance des laissés pour compte. Tandis que les démagogues de tous poils se rengorgent sous de grandes envolées égalitaristes, accusant l’État et ses « élites », dénonçant les démons, les complots, le « système ». Ce qui revient à désengager le citoyen de sa propre responsabilité – ce qui, il est vrai, postule sa liberté.

À ce stade, on ne peut ignorer l’autre responsabilité, celle des gouvernements, dont elle questionne leur forme et leur légitimité. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la République en tant que démocratie théorique, se voit confrontée à l’État tout court. Certains courants anarchistes y ont vu et continuent à y voir le mal absolu. D’autres, plus philosophiques que dogmatiques, ont su poser les principes de fond. Ainsi Proudhon quand il écrit : « La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Ou Élisée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du stationnement illégal si finement analysé par Maitre Eolas. Partant d’une amende à 35 euros, dénoncée par un journaliste surfeur et démagogue 6, on en arrive à embrasser la complexité d’un tout historique et philosophique, dont les fondations datent de l’Antiquité grecque et romaine, tandis que l’édifice entier demeure sous échafaudages, plus ou moins (in)stable, selon le rapport incertain entre bâtisseurs et démolisseurs – ce qui constitue l’Histoire.

Notes:

  1. Merci Daniel !
  2. Média économique d’inspiration libérale, pro-business, européenne.
  3. Roulant à vélo dans les quartiers Nord de Marseille, je me suis fait traiter de « sale pédé » et menacer de cassage de gueule par un Noir haineux [c’est un fait] en bagnole, vociférant parce qu’empêché de me passer dessus dans une rue étroite !
  4. Je parle de ce que je connais : à Marseille, quartiers Nord encore, cité de la Castellane pour être précis : des guetteurs au service de trafiquants de drogue sont postés en permanence et une rue (au moins) est obstruée par des blocs de pierre et des chariots de supermarché. Lire sur ces questions La Fabrique du monstre, une enquête à Marseille de Philippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les malfaçons de la République française » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mythologie déguisée en « science »
  6. Le titre de son article taclé par Eolas : « Stationnement interdit » ou Kafka au volant. La chute du papier est évidemment du même tonneau libéraliste : « Il y a, finalement, plutôt de quoi en pleurer de rage. Que disait Pompidou, déjà ? Ah oui : « Arrêtez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mauvais sens du mot, évidemment.




Président. « Dieu est avec nous » : pourvu qu’il ne nous oublie pas !

macron-président-faber

© faber — 2017

Le jeune homme bien élevé s’est élevé au sommet. Il lui a fallu un beau culot, une confiance en soi confinant à un état supérieur, à une quasi-mystique. Ce regard bleu et droit recèle de l’élan, une foi, pour ne pas dire une certaine transcendance, ingrédients indispensables à tout conquérant du pouvoir. Vertu virile, donc plutôt mâle, qui sied moins aux dames – l’Histoire en témoigne, jusqu’à ses rares exceptions. Dans cette catégorie restreinte, son opposante en aura sans doute trop démontré dans sa mâlitude, là où elle n’a pas su / pu jouer dans une finesse plutôt accolée à la féminitude. Nous sommes là, pour une part, dans les stéréotypes du genre – mais pour une part seulement, sinon qu’en serait-il de nos précieuses différences femme / homme et de « celles-zé-ceux » du nouvel élu ?

Certes, je préfère avoir ici taillé ce portrait que celui de sa concurrente (qui a bien propulsé son adversaire en tant que repoussoir…) Nous n’en sommes pas quittes pour autant : dix millions d’électeurs ont voté pour l’extrême-droite ! Cette banalisation « du mal » recouvre le délabrement d’un «système» ignorant les inégalités criantes et nourrissant les extrêmes. Le cri ne serait-il donc pas encore assez puissant qu’il faille attendre le prochain coup ? Pour m’en tenir à ma zone géographique, en PACA et en Corse, l’extrême-droite a recueilli la plupart du temps un vote sur deux ! Même à Vitrolles où ils avaient pourtant déjà « essayé » les Mégret (1995), avec le désastre qui s’ensuivit ! Et malgré – ou à cause – les deux mandatures socialistes suivantes… Tel est le défi, probablement ultime, qu’aura à relever le nouveau président : redonner un contenu à ce qu’on appelle encore la République – en marche, ou en phase terminale.

Il l’a donc remporté, ce valeureux guerrier, ambitieux, volontariste et vainqueur. Ne le surestimons certes pas, sans pour autant nier cette farouche puissance de combattant, quelque chose de nietzschéen chez ce gosse de nantis, nanti lui-même de cette volonté de puissance rarement fournie avec la « cuiller d’argent » de la naissance – et qui fait les chefs autant que les tyrans.

Le beau gosse, de surcroît, a aussi connu la grâce de la Providence, ça ne s’invente pas : ainsi s’appelle ce bahut catho jouxtant la Cité scolaire d’Amiens, lycée public où j’ai passé mon bachot. Nous ne risquions donc pas de nous croiser, indépendamment de nos âges respectifs : les grilles de cette maison jésuitique en pierre de taille tenaient hermétiquement de murs de classes.

Le nouvel élu, jamais autrement élu, et cependant élu « des dieux » : celui du catholicisme « providentiel », depuis le collège même ; celui du protestantisme du philosophe Paul Ricœur auprès duquel il dit d’être frotté ; celui, plus matérialiste, de l’héritage familial – parents médecins qui lui offriront au Touquet la villa du couple (estimée à 1,4 millions d’euros, financée également par Brigitte, l’épouse et héritière des renommés chocolatiers amiénois).

Catho, proto, friqué… Le jeune homme a beau être héritier – on ne choisit pas ses origines – il a aussi du talent, quatrième pilier de son édification. D’abord de l’entregent – c’est-à-dire cette forme appliquée de la séduction –, qui propulse notre Rastignac picard vers les temples du pouvoir : Sciences Po’ 1, l’ENA, à défaut de Normal Sup’ où il a buté par deux fois. Ces formalités accomplies, il n’est pas bien difficile de frapper aux portes des banques et, tant qu’à faire, chez celle de Rothschild, la plus emblématique, voire caricaturale : frac, haut de forme et cigare…

Pour le « reste », quelques coups de piston – Minc, Attali, Hollande, etc. – et hop ! voilà comment se fabrique, ou se révèle, un « Imanou El » qui en hébreu veut dire « dieu avec nous » – tant qu’à faire.

Notes:

  1. Comme pour l’économie, hisser la politique au rang de science m’a toujours fait marrer !


Présidentielles. Pour Elzéard Bouffier, l’homme et ses arbres

L’Ange blanc, le Bourreau de Béthune et Roger Couderc en monsieur Loyal… Image plus que jaunie de la télé en noir & blanc. En couleur, sur écran plat et dans l’apparat des studios pompeux des grands moments vides, très peu pour moi. Devant l’affligeante partie de catch, j’ai tenu un quart d’heure, question de santé. De plus courageux m’ont résumé l’affaire, et ce matin, avec ma dose de radio, j’ai compris que j’en savais assez pour me dire que je n’avais rien perdu, surtout pas mon temps.

J’ai aussi cru comprendre que, sur le ring politico-télévisuel, l’une pratiquait en effet le catch – coups bas et appels à la vindicte de la salle (le Peuple !) ; tandis que l’autre s’essayait plutôt à la boxe, dite française en l’occurrence, donc sans exclure les coups de tatane. En gros, le combat était pipé, comme prévisible. D’un côté, un dogue qui jouait son va-tout dans la provoc, la hargne et les litanies mensongères ; de l’autre, un présidentiable se devant de la jouer plus fin. Ce ne lui fut pas bien difficile, au vu de la grossière charge opposée. De ce seul point de vue on ne peut déclarer le match nul, encore moins archinul. Car la forme aura parlé, l’emportant sur le fond. C’est presque toujours le propre des combats télévisés, portés à renforcer la binarité des comportements et des idées (quand il y en a) et, finalement, à sacrer le manichéisme comme seule mode de pensée.

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Un ni-ni non ambigu…

Partant de là, sans besoin d’en rajouter sur le spectacle lui-même, il semble qu’« on » ne soit pas plus avancé après qu’avant. Et aussi que le ni-ni ne représente en rien un troisième plateau à la balance binaire. L’enjeu demeure, sauf à considérer que « les jeux » sont faits. Il en fut ainsi, il y a peu, entre une naïve arrivée et un fada dangereux qui, depuis, sème le souk sur toute la planète. Car la démagogie peut « payer », surtout en monnaie de singe (en dollars comme en « nouveaux » francs).

Mais enfin : même si, hier soir, je me suis abstenu en fuyant l’affligeante joute démagogique, je me retrouve bien rattrapé le matin-même par l’évidence : faire l’autruche n’a jamais écarté le danger.

Mon vieux pote Elzéard Bouffier 1, dormait hier soir du sommeil du juste ; il n’a d’ailleurs pas la télé. Il s’est levé au petit matin, pour arpenter son pays, avec son sac de glands, sa barre de fer… Tandis que la veille, des postulants à gouverner la France, sinon le monde, n’ont pas même eu une parole pour évoquer le désastre écologique qui bouleverse la planète, menace l’humanité entière ! Elzéard, ce matin, comme hier et demain, plante ses chênes, ses hêtres et bouleaux. J’ai écrit ici que je voterai pour lui. Pour lui, en effet, je voterai. Au nom de l’Anarchie généreuse et comme disait un autre grand viveur, l’écrivain roumain Panaït Istrati : Pour avoir aimé la terre.

> Cadeau de Giono, le plus beau message à l’humanité (pdf) : Giono-L_Homme_qui_plantait_des_arbres

Notes:

  1. Lire ici, et .

Macron ou Le Pen ? Entre deux maux, il faut choisir le moindre 

Par Serge Bourguignon, simple citoyen
onreflechit@yahoo.fr

Je suis effaré par tous ces gens, y compris des gens que j’aime et j’estime, qui croient dur comme fer que Macron et Le Pen, c’est pareil. Et je suis encore plus effaré par ceux pour qui Macron, c’est pire que Le Pen ! Aurait-on atteint le degré zéro de la conscience politique ?

La soupe néolibérale, je ne la goûte guère. Elle détraque toujours plus notre bonne vieille Terre et ses habitants, en particulier nous autres les z’humains. Il n’est pas inutile de le rappeler. Mais j’aime encore moins la soupe FHaine, qui me fait vomir et qui hélas ! rencontre tellement d’écho aujourd’hui dans notre France : la candidate néofasciste (j’ai bien dit néo) a obtenu bien plus de voix que son père en 2002. Si la façade a été rénovée pour être plus «présentable», la réalité empiriquement observable n’est pas belle à voir. Ce parti reste un ramassis de pétainistes et le soi-disant gaulliste Philippot y est minoritaire. La gestion des municipalités FN est inquiétante, il y a beaucoup de témoignages à ce sujet pour qui veut savoir. Et n’oublions pas que l’amère Le Pen a participé au bal de l’extrême droite européenne le 27 janvier 2012, jour du 67e anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz !…

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© Ph. Reuters. Cliquer pour agrandir

Le Monde28.01.2012
C’était son premier bal à Vienne, mais aussi l’occasion de resserrer ses contacts avec d’autres dirigeants de l’extrême droite européenne. La candidate du Front national à l’élection présidentielle française, Marine Le Pen, était l’hôte de marque, vendredi 27 janvier dans l’ancien palais impérial de la Hofburg, du fringant Heinz-Christian Strache, chef du Parti de la liberté (FPÖ), qui affiche son ambition de devenir chancelier d’Autriche. Avant de valser avec les étudiants «combattants», adeptes de duels virils au sabre, la présidente du FN, en longue robe noire, a dû attendre que les forces de police aient éloigné des milliers de manifestants décidés à perturber la soirée. […]
Le bal des corporations estudiantines à Vienne est toujours un événement controversé. Principal réservoir de cadres du FPÖ, les Burschenschaften (de Bursch, jeune homme) comptent environ 4 000 membres, engagés leur vie durant dans des fraternités dont les noms – Aldania, Vandalia, Gothia, Silesia – cultivent une germanité mythique. L’une d’entre elles, Olympia, est considérée comme proche du néonazisme. […]
Cette année, les polémiques étaient d’autant plus vives que l’organisation du bal coïncidait avec le 67e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz.

Le FN aujourd’hui se présente comme le défenseur du peuple français contre la technocratique Union européenne. Ce qui plaît dans ce discours anti-UE, c’est qu’il offre un bouc-émissaire facile aux électeurs, leur évitant par là-même la fatigue de penser à des problèmes complexes qui ne peuvent se résoudre d’un coup de baguette magique.  Il y a plein d’inconvénients à être dans l’UE, mais il y a aussi quelques avantages. Et si l’on en sortait, il y aurait certes quelques avantages, mais quand même pas mal d’inconvénients. Mais pour séduire le bon peuple, on simplifie les choses, on lui fait miroiter des solutions miracles.

Ce que ne font jamais  les idéologues (qu’ils soient anti- ou pro-UE, d’ailleurs), et ceux qui boivent leurs paroles, c’est la part des choses. Or la réalité est toujours multiple et contradictoire : la contradiction est l’essence même du vivant. Mais nous vivons à l’époque de l’ordinateur roi et de la pensée binaire, et dans le cirque électoral la réalité est très souvent gommée d’un effet de manche, sans jamais être appréhendée dans sa complexité.

Comment ne pas voir qu’il sera plus facile de s’opposer à Macron président qu’à Le Pen ? C’est la soi-disant proche du peuple Le Pen qui demandait l’interdiction des manifs pendant le mouvement d’opposition à la loi travail, et non pas le banquier Macron. Il serait donc sage de choisir le moins nocif.

Citoyennes, citoyens, encore un effort pour être réellement républicains !

Rappel : Res publica signifie la chose publique, qui appartient à tous.

S.B. (29 avril 2017)
onreflechit@yahoo.fr




Présidentielles. On n’a pas fini de rigoler (jaune)

J’ai même édité un timbre. Rien n’y a fait ! Un métier…

Je cède : tant de commentaires, analyses, supputations, etc. déversés depuis des mois… Et rien sur ma candidature, son échec, mon désespoir, mon dépit ! À désespérer de la merdiacratie. Ce néologisme-valise synthétise à merveille le dégoût politicien à l’encontre de la presse dans son ensemble – à l’exception toutefois du Figaro et de Valeurs actuelles. Il réunit aussi dans un même haut-le-cœur, Le Pen et Mélenchon, outrance et amertume, triste alliance de contraires.

C’est en fait sous la pression de mes innombrables fans 1 que je reprends ma plume délaissée sur ce blog depuis deux mois ! D’autres tâches m’avaient accaparé ; et puis, eh oui ! je n’ai pas réuni mes 500 signatures, pas même cinq… N’est pas Cheminade qui veut, ni Poutou, ni Arthaud, etc. Ni dieu, ni césar, ni tribun. Ainsi en étais-je resté à lInsoumis « qui ne plantait rien », en tout cas qui s’est planté, à pas grand-chose, il est vrai – à deux points de Le Pen. À quoi cela tient-il, une foirade en politique ? À un mot de trop, un dérapage verbal et fatal. Pour lui, son Alliance bolivarienne, au moment même où son camarade vénézuélien mettait Caracas à feu et à sang. Il a eu beau tenter de rattraper l’affaire avec un vague truc commercial guyano-antillais, ben non, le coup était bien parti. Pour le Marcheur, une ivresse de trop, celle du pouvoir qui monte à la tête d’un Rastignac si pressé, qui va devoir mâcher de la Rotonde comme l’autre avant lui avait dû bouffer du Fouquet’s pendant cinq ans.

À ce niveau, un trait de finesse s’impose. Dessin de Charb, Charlie Hebdo, 2016.

C’est dire si je compte m’obstiner à voter pour Elzéard Bouffier, qui plantait des arbres. 2 Rappel : mon candidat (à défaut de ma propre candidature…) est parrainé par un certain Jean Giono, un fada de Manosque, Alpes de Haute-Provence. Ce même Giono que ledit Mélenchon a insulté à la télévision, en direct, quand le comédien Philippe Torreton avait cru bon, écolo et généreux de lui offrir L’Homme qui plantait des arbres, dudit Giono : « [Un livre] fondamentalement immoral ! », avait tout aussitôt lancé Mélenchon. Quelle immoralité, bigre ? Celle de « cette histoire […] écrite pendant la guerre, et quand on lutte contre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se battre ! » 3

Quoi qu’il en soit, les électeurs de Manosque, magnanimes ou indolents, n’en ont pas voulu au donneur de leçon va-t’en guerre : ils l’ont placé en tête à 22,5% des bulletins… Pour qui voteront-ils le 7 mai si leur préféré s’obstine dans le ni-ni ? Car, lorsqu’on lutte contre « le fascisme », est-il bien moral de ne pas s’engager, hein ? Or, voilà le «Tribun du peuple» soudain muet, mouché sur sa droite extrême, en appelant à la vox populi/dei de ses 450 000 aficionados.

Sans légende, et désormais légendaire.

Je rappelais en note, dans mon article précédent que, jusqu’à l’avènement d’Hitler, le Parti communiste allemand avait pour cible prioritaire le Parti social-démocrate ! Et on sait que l’Histoire peut bégayer – même si je ne saurais confondre lepenisme et nazisme. Les anathèmes simplistes et outranciers contre le Front national n’ont plus de prise ; ils sont même devenus contre-productifs en niant une réalité (certes accablante et déplorable) encore vérifiée par ces élections : le FN est confirmé comme premier parti « ouvrier » – plus précisément ceux des laissés pour compte, ceux que « les élites » ignorent ou méprisent, ceux que « le système » condamne, tout comme les « eurocrates » bruxellois et les « hordes d’immigrés ». Sous les outrances verbeuses et le rictus carnassier de la candidate, il y a « du vrai » qui atteint un citoyen sur cinq (et plus encore dans quinze jours…). Et elle tape juste, la frontiste, en filant droit à Rungis saluer comme Sarkozy « la France qui se lève tôt », à l’encontre de celle des couche-tard de la Rotonde… 4

Quant à l’effondrement de Hamon, il sonne certes le glas du PS, mais aussi d’un programme écologiste et utopiste. Dans cette France des 3540 heures, on ne doit pas oser désacraliser la valeur travail. 5 Ainsi ont voté les 387 citoyens de Fessenheim autour de leur vieille, dangereuse et nourricière centrale : les nucléaristes y font le plein, Fillon en tête, suivi de Macron, Le Pen et même Dupont-Aignant – Mélenchon et Hamon recueillant moins de 50 voix…

À propos de Dupont-Aignant, rendons lui grâce, avec ses petits 5 pour cent, de nous avoir à la fois épargnés la Le Pen en tête de gondole 6, et sauvés du spectre Fillon. Lequel,  avec « son air de curé qui a piqué dans les troncs » 7, n’était pas si loin du podium… On se console de peu. Mais on n’a pas fini de rigoler (jaune) car revoilà Sarko et sa bande d’embusqués prêts à dégainer pour le troisième tour. Le pire n’est jamais certain, dit-on par précaution.

Notes:

  1. Eh eh, le Jo !
  2. À moins, une fois de plus, d’un péril avéré…
  3. Voir mon papier sur le sujet.
  4. C’est au lendemain de ce premier tour que les producteurs de «viandes racées» lancent une saignante campagne de pub dans les médias… avec ce slogan fleurant sa terre pétainiste : «Initiez-vous aux plaisirs racés». Si la notion de race s’applique aux vaches, pourquoi plus aux hommes ?
  5. Surtout en improvisant bien laborieusement, c’est le cas de le dire, sur la question du revenu universel» !
  6. Il va se faire pardonner vite fait!
  7. Dézinguage en règle lancé sur France Inter par Charline Vanhoenacker, du « complot médiatique ».



  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

    • montaigne

      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

    • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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