On n'est pas des moutons

Mot-clé: intégrismes

Syrie. Guerre et paix, l’éternel conflit des hommes

La paix entre États, comme la paix civile, sont d’universels sym­boles de la paix du coeur. Ils en sont aus­si les effets.(Che­va­lier-Gheer­brant, Dic­tion­naire des sym­boles)

La ter­rible ago­nie d’Alep et de sa popu­la­tion touche l’humanité entière. Ou, du moins, devrait-elle la tou­cher – ce qui chan­ge­rait peut-être la face du monde. Mais son atro­ci­té ren­voie à ses causes, sou­vent incom­pré­hen­sibles. Des paral­lèles sont ten­tées avec l’Histoire récente : cer­tains voient en Syrie une guerre civile sem­blable à la guerre d’Espagne (1936-1939) qui fut le pré­lude au deuxième conflit mon­dial. Issa Goraieb, édi­to­ria­liste au quo­ti­dien fran­co­phone de Bey­routh, L’Orient-Le Jour, ten­tait ce rap­pro­che­ment l’an der­nier :

« Les avions et pilotes russes dépê­chés à l’aide d’un Bachar el-Assad en mau­vaise pos­ture ne sont autres, en effet, que la légion Condor qu’offrait Hit­ler au dic­ta­teur Fran­cis­co Fran­co. À l’époque, l’Italien Mus­so­li­ni se char­geait, lui, d’expédier des com­bat­tants ; c’est bien ce que font aujourd’hui en Syrie les Ira­niens et leurs sup­plé­tifs du Hez­bol­lah, qui s’apprêteraient à lan­cer une offen­sive ter­restre majeure pour conso­li­der la Syrie utile de Bachar. Quant aux bri­gades inter­na­tio­nales, for­mées de volon­taires venant de divers points de la pla­nète pour prê­ter main-forte aux répu­bli­cains espa­gnols, c’est évi­dem­ment Daech qui en décline actuel­le­ment une réédi­tion des plus sul­fu­reuses. » [L’Orient-Le Jour, 03/10/2015]

« Sul­fu­reuse », c’est peu dire, sinon mal­adroit. De son côté, Jean-Pierre Filiu, ana­lyste de l’islam contem­po­rain, insiste aus­si sur ce paral­lèle his­to­rique, mar­quant bien une dif­fé­rence tran­chée :  «Si la Syrie est notre guerre d’Espagne, ce n’est pas du fait d’une assi­mi­la­tion fal­la­cieuse des dji­ha­distes aux bri­ga­distes, mais bien en rai­son de la non-inter­ven­tion occi­den­tale». [Media­part, 7/08/2016] Encore fal­lait-il le rap­pe­ler et le sou­li­gner : s’engager pour un idéal de libé­ra­tion poli­tique dif­fère fon­ciè­re­ment du renon­ce­ment dans le fana­tisme et l’asservissement reli­gieux.

Pour Ziyad Makhoul, lui aus­si édi­to­ria­liste à L’Orient-Le Jour : « Ce n’est plus une ten­dance, ou un glis­se­ment pro­gres­sif. C’est une nou­velle réa­li­té. Le monde régresse à une vitesse insen­sée, que ce soit à cause des vicis­si­tudes de la glo­ba­li­sa­tion, de la tri­ba­li­sa­tion des esprits, ou de la résur­rec­tion de l’hyperreligieux. Ce monde qui est encore le nôtre s’obscurcit, se recro­que­ville dans ses pho­bies (de la lumière, de l’autre...) et se cal­feutre dans une bar­ba­rie (et une reven­di­ca­tion et une bana­li­sa­tion de cette bar­ba­rie) fon­ciè­re­ment moyen­âgeuse. » [15/12/16]

« Moyen­âgeuse »…  pas­sons sur cet ana­chro­nisme mal­heu­reux (l’histoire du Moyen Âge exige la nuance… his­to­rique). Mais soit, il y a de l’irrationnel dans la folie guer­rière des hommes à l’humanité rela­tive… D’où vient, en effet, cette tare frap­pant l’homo pour­tant sapiens – ain­si le décrit-on – inca­pable d’instaurer la paix comme mode de rela­tion entre ses congé­nères ? Cet espèce-là, bien dif­fé­ren­ciée des autres espèces ani­males en ce qu’elle est si capable de détruire ses sem­blables, et sans doute aus­si de s’autodétruire. J’entendais, dans le poste ce matin, Jean-Claude Car­rière s’interroger sur le sujet et pré­ci­sé­ment sur la Paix, avec majus­cule 1. Car l’Histoire (grand H) et toutes les his­toires, presque toutes, qui nour­rissent notam­ment la lit­té­ra­ture, le ciné­ma, les arts…, s’abreuvent à la guerre. On y voit sans doute un effet du poi­son violent qui tour­ne­boule les hommes, les mâles : la tes­to­sté­rone. Peu les femmes-femelles qui en fabriquent bien moins, ou qui le trans­forment mieux, en amour par exemple – sauf excep­tions, bien enten­du, dans les champs de com­pé­ti­tion de pou­voir, poli­tique et autres. Ce qui se tra­duit, soit dit en pas­sant, par des pri­sons peu­plées d’hommes à 90 pour cent…

Le même Jean-Claude Car­rière rele­vait aus­si que l’empire romain avait éta­bli la paix pen­dant plu­sieurs décen­nies sur l’ensemble de son immense domaine. « Pour­quoi ? Il accueillait toutes les croyances.  » 2 C’est bien l’objectif de la laï­ci­té – du moins dans le strict esprit de la loi fran­çaise de 1905. On peut y voir une réplique poli­tique et posi­tive à la folie humaine, vers son édi­fi­ca­tion et sa longue marche vers la Paix. On en est loin, pour en reve­nir à la guerre en Syrie. Pou­tine a su mon­trer et démon­trer « qu’il en a » [de la tes­to­sté­rone…], en quoi il est sou­te­nu et admi­ré par d’autres [qui en ont aus­si !], comme Jean-Luc Mélen­chon, pour ne par­ler que de lui.

Des nuances inté­res­santes, du point de vue poli­ti­co-diplo­ma­tique, ont été appor­tées hier soir [15/12/16] sur France 2 qui consa­crait une longue soi­rée à Vla­di­mir Pou­tine « des ori­gines à nos jours ». Nuan­cée, donc, l’analyse de l’ancien ministre des Affaires étran­gère, Hubert Védrine, fai­sant res­sor­tir l’inconséquence mépri­sante des « Occi­den­taux » face à la Rus­sie post-sovié­tique, en quête de recon­nais­sance inter­na­tio­nale – ce que l’Europe lui a refu­sé ! D’où, aus­si, les pous­sées de l’hormone en ques­tion… grande four­nis­seuse de guerres et de morts.


Jean-Claude Car­rière : « Je vou­drais bien que... par fran­cein­ter

Notes:

  1. Il vient de publier La Paix (Ed. Odile Jacob)
  2. Du même Ziyad Makhoul (L’Orient-Le Jour), cette note :  » Jacques Le Goff savait que l’Occident médié­val était né sur les ruines du monde romain, qu’il y avait trou­vé appui et han­di­cap à la fois, que Rome a été sa nour­ri­ture et sa para­ly­sie. Ce qui naî­tra des ruines et des cadavres d’Alep(-Est) risque d’être infi­ni­ment moins fas­ci­nant. Ter­ri­ble­ment plus mor­tel. »

Islamisme. Une insulte contre la foi et tout bascule dans le fanatisme (re-publication)

En juillet 2012, un extrait de 14 minutes d’une vidéo anti-islam titrée L’Innocence des musul­mans était pos­tée sur You­Tube, met­tant le feu aux poudres isla­mistes. Dès le 11 sep­tembre, des attaques furent menées, notam­ment, contre des mis­sions diplo­ma­tiques états-uniennes. Furent ain­si prises d’assaut l’ambassade des États-Unis en Égypte et le consu­lat à Ben­gha­zi (Libye) où l’on déplo­ra quatre morts, dont l’ambassadeur.

Inno­cence of Mus­lims, pro­duite en 2012, fut alors attri­buée à un cer­tain Nakou­la Bas­se­ley Nakou­la, un copte égyp­tien rési­dant en Cali­for­nie, sous le pseu­do­nyme de « Sam Bacile ». Selon lui, il s’agissait de dénon­cer les hypo­cri­sies de l’islam en met­tant en scène des pas­sages de la vie de Maho­met…

À cette occa­sion, une de plus, j’avais publié un article sur lequel je viens de retom­ber et qui me semble tou­jours assez actuel, hélas, pour le publier à nou­veau.

Hier une vidéo, aujourd’hui un habille­ment. Et tou­jours les déchaî­ne­ments fana­tiques, des affron­te­ments, des vio­lences, des morts.

Il a donc suf­fi d’une vidéo de dix minutes pour rani­mer la flamme du fana­tisme isla­miste. Cette actua­li­té atter­rante et celle des vingt ans pas­sés le montrent : des trois reli­gions révé­lées, l’islam est aujourd’hui la plus contro­ver­sée, voire reje­tée 1. Tan­dis que la judaïque et la chré­tienne, tapies dans l’ombre tapa­geuse de leur concur­rente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peuvent se don­ner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas man­qué d’être les pires dans leurs époques his­to­riques flam­boyantes, et qu’elles ne sont tou­jours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétro­grades et répres­sifs. 2

Préa­lable : par­ler « reli­gions » ici c’est consi­dé­rer les appa­reils, et non pas leurs adeptes, ni leurs vic­times plus ou moins consen­tantes. C’est donc par­ler des cler­gés, des dogmes et des cohortes acti­vistes et pro­sé­lytes. On en dirait autant des idéo­lo­gies, dont les pires – fas­cistes et nazies –, construites comme des reli­gions, ont enta­ché l’Histoire selon des sché­mas simi­laires. Donc, dis­tin­guer les « humbles pécheurs » consen­tants, ou mys­ti­fiés par leurs « libé­ra­teurs », tout comme on ne confon­dra pas ces mili­tants aux grands cœurs abu­sés par les Sta­line, Hit­ler et autres tyrans de tous les temps.

Par­lons donc de l’islam poli­tique, mis en exhi­bi­tion dra­ma­tique sur la scène pla­né­taire, vou­lant en quelque sorte se prou­ver aux yeux du monde. Aus­si recourt-il à la vio­lence spec­ta­cu­laire, celle-là même qui le rend chaque jour plus haïs­sable et le ren­force du même coup dans sa propre et vin­di­ca­tive déses­pé­rance. Et ain­si appa­raît-il à la fois comme cause et consé­quence de son propre enfer­me­ment dans ce cercle vicieux.

Que recouvre l’islamisme, sinon peut-être la souf­france de cette frac­tion de l’humanité qui se trouve mar­gi­na­li­sée, par la faute de cet « Occi­dent » cor­rom­pu et « infi­dèle » ? C’est en tout cas le mes­sage que tente de faire pas­ser auprès du mil­liard et plus de musul­mans répar­tis sur la pla­nète, les plus acti­vistes et dji­ha­distes de leurs meneurs, trop heu­reux de déchar­ger ain­si sur ce bouc émis­saire leur propre part de res­pon­sa­bi­li­té quant à leur mise en marge de la « moder­ni­té ». Moder­ni­té à laquelle ils aspirent cepen­dant en par­tie – ou tout au moins une part impor­tante de la jeu­nesse musul­mane. D’où cette puis­sante ten­sion interne entre inté­grisme mor­ti­fère et désir d’affranchissement des contraintes obs­cu­ran­tistes, entre géron­to­crates inté­gristes et jeu­nesses reven­di­ca­tives. D’où cette pres­sion de « cocotte minute » et ces mani­fes­ta­tions col­lec­tives sans les­quelles les socié­tés musul­manes ris­que­raient l’implosion. D’où, plus avant, les « prin­temps arabes » et leurs nor­ma­li­sa­tions poli­tiques suc­ces­sives – à l’exception notable de la Tuni­sie.

Un nou­vel épi­sode de pous­sées clé­ri­cales d’intégrisme se pro­duit donc aujourd’hui avec la pro­mo­tion d’une vidéo déni­grant l’islam dif­fu­sée sur la toile mon­diale et attri­buée à un auteur israé­lo-amé­ri­cain – ou à des sources indé­fi­nies 3. Pré­texte à rani­mer – si tant est qu’elle se soit assou­pie – la flamme des fana­tiques tou­jours à l’affût.

On pour­rait épi­lo­guer sur ces condi­tion­ne­ments rep­ti­liens (je parle des cer­veaux, pas des per­sonnes…) qui se déchaînent avec la plus extrême vio­lence à la moindre pro­vo­ca­tion du genre. De tout récents ouvrages et articles ont ravi­vé le débat, notam­ment depuis la nou­velle fièvre érup­tive qui a sai­si les sys­tèmes mono­théistes à par­tir de son foyer le plus sen­sible, à savoir le Moyen Orient. De là et, par­tant, de la sous-région, depuis des siècles et des siècles, au nom de leur Dieu, juifs, chré­tiens, musul­mans – et leurs sous-divi­sions pro­phé­tiques et sec­taires – ont essai­mé sur l’ensemble de la pla­nète, ins­tal­lé des comp­toirs et des états-majors, lan­cé escouades et armées entières, tor­tu­ré et mas­sa­cré des êtres humains par mil­lions, au mépris de la vie hic et nunc, main­te­nant et ici-bas sur cette Terre, elle aus­si mar­ty­ri­sée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypo­thé­tique, pros­cri­vant à cha­cun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de sur­croît, pour le bien de l’entière huma­ni­té.

Va pour les croyances, qu’on ne dis­cu­te­ra pas ici… Mais qu’en est-il de ces sys­tèmes sécu­liers pro­li­fé­rant sur les plus noirs obs­cu­ran­tismes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guerres reli­gieuses l’ont repla­cé en leur centre ; ce qui per­met aux deux autres de se revir­gi­ni­ser sur l’air de la modé­ra­tion. Parce que l’islamisme « modé­ré » – voir en Tuni­sie, Libye, Égypte ; en Iran, Iraq, Afgha­nis­tan, Pakis­tan, etc. – n’est jamais qu’un oxy­more auquel judaïsme et chris­tia­nisme adhèrent obsé­quieu­se­ment, par « cha­ri­té bien com­prise » en direc­tion de leur propre « modé­ra­tion », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le pas­sé lourd d’atrocités. Pas­sé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au pro­fit des mytho­lo­gies mono­théistes, les affa­bu­la­tions entre­te­nues autour des mes­sies et pro­phètes, dont les « bio­gra­phies » incer­taines, polies par le temps autant que mani­pu­lées, per­mettent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seule­ment sur leur réa­li­té exis­ten­tielle, mais sur­tout sur les inter­pré­ta­tions dont ces figures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Maho­met tel que dépeint ici ou là – c’est selon évi­dem­ment – comme ignare, voleur, mani­pu­la­teur, cupide et ama­teur de fillettes ? Pas plus réel que sa divi­ni­sa­tion, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur propre réa­li­té, selon des contes infan­tiles psal­mo­diés et fai­sant appel à la plus totale cré­du­li­té.

Mais, admet­tons que les hommes aient créé leurs dieux par néces­si­té, celle de com­bler leurs angoisses exis­ten­tielles, de pan­ser leurs misères, leurs ver­tiges face à l’univers et devant l’inconnu des len­de­mains et d’après la mort. Admet­tons cela et regar­dons l’humanité dans la pers­pec­tive de son deve­nir et de son évo­lu­tion – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se mon­ter sur la pointe des pieds pour ten­ter de voir « par des­sus » ce qui abaisse, s’élever dans la condi­tion d’humains dési­rant, par­lant, connais­sant, com­pre­nant, aimant.

Alors, ces reli­gions d’ « amour », ont-elles appor­té la paix, la vie libre et joyeuse, la jus­tice, la connais­sance ? Et la tolé­rance ? Ou ont-elles alié­né hommes et femmes – sur­tout les femmes… –, mal­trai­té les enfants, mépri­sé les ani­maux ; incul­qué la culpa­bi­li­té et la sou­mis­sion ; atta­qué la phi­lo­so­phie et la science ; colo­ni­sé la culture et impré­gné jusqu’au lan­gage ; jeté des inter­dits sur la sexua­li­té et les mœurs (contra­cep­tion, avor­te­ment, mariage et même l’alimentation) ; com­man­dé à la poli­tique et aux puis­sants…

Torah, Bible, Évan­giles, Coran – com­ment admettre que ces écrits, et a for­tio­ri un seul, puisse conte­nir et expri­mer LA véri­té ? Par quels renon­ce­ments l’humain a-t-il che­mi­né pour fina­le­ment dis­soudre sa ratio­na­li­té et son juge­ment ? Mys­tère de la croyance… Soit ! encore une fois pas­sons sur ce cha­pitre de l’insondable ! Mais, tout de même, la reli­gion comme sys­tème sécu­lier, comme ordre ecclé­sial, avec ses cohortes, ses palais, ses for­te­resses spi­ri­tuelles et tem­po­relles… Son his­toire mar­quée en pro­fon­deur par la vio­lence : croi­sades, Inqui­si­tion (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fan­tômes de Goya, de Milos For­man… ; une his­toire de tout juste deux siècles !), guerres reli­gieuses, Saint-Bar­thé­le­my, les bûchers, et aus­si les colo­ni­sa­tions, eth­no­cides, sou­tiens aux fas­cismes… Ça c’est pour le judéo-chris­tia­nisme.

Côté isla­misme, qui dit se dis­pen­ser de cler­gé, son emprise ne s’en trouve que plus entiè­re­ment diluée dans les socié­tés, d’où l’impossible laï­cisme des isla­mistes, se vou­draient-ils « modé­rés ». Et que pen­ser de cette vio­lence endé­mique deve­nue syno­nyme d’islam, jusque dans nos contrées d’immigration où d’autres extré­mismes en nour­rissent leurs fonds de com­merce natio­na­listes ? Sans doute un héri­tage du Coran lui-même et de Maho­met pré­sen­té dans son his­toire comme le « Maître de la ven­geance » et celui qui anéan­tit les mécréants… Voir sur ce cha­pitre les nom­breuses sou­rates invo­quant l’anéantissement des juifs, chré­tiens et infi­dèles – tan­dis que, plus loin, d’autres ver­sets pro­mulguent une « sen­tence d’amitié » – contra­dic­tion ou signe oppor­tu­niste de « tolé­rance » ? Voir en réponse les fat­was de condam­na­tion à mort – dont celles de Sal­man Rush­die par Kho­mei­ny (avec mise à prix rehaus­sée des jours-ci ! 4) et de Tas­li­ma Nas­reen qui a dû s’exiler de son pays, le Ben­gla­desh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amster­dam, poi­gnar­dé puis ache­vé de huit balles et égor­gé en pleine rue ; dans un docu­men­taire, il venait de dénon­cer le trai­te­ment réser­vé aux femmes dans l’islam.[Le voir ci-des­sous.] 5

Même double lan­gage chez le dieu juif Yah­vé pour jus­ti­fier…l’extermination de cer­tains peuples de Pales­tine (dont les Cana­néens…) Cela en ver­tu du fait que les juifs seraient « le peuple élu de Dieu », dont le pre­mier com­man­de­ment est « Tu ne tue­ras pas » ! Ce fan­tasme juif ali­mente en les légi­ti­mant le colo­nia­lisme et ce qui s’ensuit en Pales­tine et l’affrontement des théo­cra­ties. Affron­te­ment éga­le­ment par affi­dés inter­po­sés et leurs États ou orga­ni­sa­tions ter­ro­ristes : Bush contre Al Quaï­da, Tsa­hal contre le Hez­bol­lah, « kami­kazes » contre popu­la­tion civile. Vio­lences innom­mables, guerres sans fin.

Quant au film « blas­phé­ma­toire » qui agite de plus belle les fana­tiques isla­mistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés, semblent en contes­ter la légi­ti­mi­té du fait qu’il serait bri­co­lé, mal fice­lé, « pas pro »… Comme s’il s’agissait d’une ques­tion d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses com­man­di­taires, il fait bien appa­raître par les répliques qu’il pro­voque le niveau de fana­tisme impré­gnant les pays musul­mans. Ce qui s’était déjà pro­duit avec les cari­ca­tures danoises de Maho­met, dont cer­tains avaient, de même, contes­té la qua­li­té artis­tique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il repré­sen­tait les visages de l’Inquisition, était-ce bien esthé­tique ? 6

La ques­tion ne porte aucu­ne­ment sur la nature du « sacri­lège » mais sur la dis­pro­por­tion de la réplique engen­drée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses col­la­bo­ra­teurs en Libye, vic­times sacri­fi­cielles et à ce titre tota­le­ment ins­crites dans un pro­ces­sus d’expiation reli­gieuse !

Et plus près de nous, que dire des pro­vo­ca­tions menées à Paris devant l’ambassade amé­ri­caine ? Et aus­si à La Cour­neuve, lors de la fête de l’Huma où Caro­line Fou­rest a été cha­hu­tée, mena­cée, insul­tée et empê­chée de débattre – entre autres sur ces ques­tions d’intégrisme qui font les choux gras du Front natio­nal !

Comme quoi, pour résu­mer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –consti­tue un crime plus grave que de s’en prendre à un être vivant.

17 sep­tembre 2012

Notes:

  1. En dehors du monde musul­man, évi­dem­ment… Bien que des oppo­si­tions plus ou moins décla­rées appa­raissent ça et là dans l’islam.
  2. Même si on met un peu à part le judaïsme : cette reli­gion sans visée pla­né­taire directe retrouve tou­te­fois le chris­tia­nisme – ne dit-on pas le judéo-chris­tia­nisme ? – et l’islamisme dans cette même volon­té de péné­trer jusque dans les têtes et les ventres de cha­cun. En ce sens, celles qui se pré­sentent comme les « meilleures » par­viennent bien à être les pires dans leurs manœuvres per­ma­nentes d’aliénation. De même que leur « modé­ra­tion » demeure rela­tive à leur stra­té­gie hégé­mo­nique.
  3. Sources qui demeurent encore floues quatre ans après.
  4. 2012
  5. Dans ma ver­sion de sep­tembre 2012, j’avais man­qué, à tort, d’évoquer le cas de Ayaan Hir­si Ali, femme poli­tique et écri­vaine néer­lan­do-soma­lienne connue pour son mili­tan­tisme contre l’excision et ses prises de posi­tion sur la reli­gion musul­mane. Elle fut mena­cée de mort par Moham­med Bouye­ri, assas­sin du cinéaste Theo van Gogh, notam­ment à la suite de sa par­ti­ci­pa­tion au court-métrage du réa­li­sa­teur qui dénon­çait les vio­lences faites aux femmes dans les pays musul­mans.
  6. Le Guer­ni­ca de Picas­so n’est pas non plus une œuvre esthé­tique !

Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai car­ré­ment déser­té la toile ! Et pas de pro­tes­ta­tions… À sup­po­ser que j’aie pu man­quer à d’aucuns, voi­ci une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indi­geste. Comme l’est l’actu et ce monde si mal en point. Enfin, conso­la­tion : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aus­si. De même les JO. Pas­sons enfin à la poli­tique, la bonne, vraie, bien poli­ti­cienne. Voi­ci le temps béni de la mas­ca­rade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camem­berts dépas­sés…

Nous sommes début août à Mar­seille. La scène se passe juste avant l’affaire du siècle, dite du bur­ki­ni.

Un couple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remon­tons d’une jouis­sive bai­gnade pour rega­gner la Cor­niche et la voi­ture. Jetant un coup d’œil plon­geant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Pro­phète, tous les Mar­seillais connaissent… – , nous sur­plom­bons du regard deux nageuses côte à côte. L’une en maillot, l’autre entiè­re­ment habillée en noir, bar­bo­tant, accro­chée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et pai­sible ! Ces deux femmes si dif­fé­rentes et qui se baignent ensemble comme ça, sans pro­blèmes…

Je ne dis rien, trou­vant mon pote bien angé­lique dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu connu d’autres tem­pêtes et dis­pu­tailles…

Elle (à ma gauche) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habillée, devant sor­tir de l’eau avec le tis­su tout col­lé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais pen­chant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renon­ce­ment au bien-être, ce qui est dom­mage, mais enfin… Ce qui me contra­rie sur­tout c’est la sou­mis­sion à un ordre moral – reli­gieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi pas­sé, il fai­sait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâcher un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les por­tières se referment sur le débat à peine amor­cé.

burkini

Calanques de Mar­seille, juillet 2016. La mode s’empare du reli­gieux bana­li­sé, mar­chan­di­sé. Un pro­sé­ly­tisme ordi­naire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces inter­dic­tions décré­tées par des maires – de quel droit au juste, en ver­tu de quel pou­voir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite bran­dir le mot « laï­ci­té », comme ils par­le­raient de culture ou de fra­ter­ni­té… pour un peu je sor­ti­rais mon revol­ver (hep, c’est une image, hein, une réfé­rence… cultu­relle ! 1) Car ils parlent d’une cer­taine laï­ci­té, la leur, qu’ils assor­tissent d inter­dic­tion, de rejet, d’exclusion. Une laï­ci­té cache-sexe, j’ose le dire, d’une atti­tude en gros anti-musul­mane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette décla­ra­tion de Manuel Valls à pro­pos de ces maires cen­seurs : « Je sou­tiens […] ceux qui ont pris des arrê­tés, s’ils sont moti­vés par la volon­té d’encourager le vivre ensemble, sans arrière-pen­sée poli­tique. » Et c’est qu’il en connaît un rayon, le pre­mier ministre, en matière d’arrière-pensée poli­tique ! Une autre belle occa­sion de se taire. 2

Par­lons-en de l’« arrière-pen­sée poli­tique » ! Puisqu’il n’y a que ça désor­mais en poli­tique, à défaut de pen­sée réelle, pro­fonde, sin­cère, por­teuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups four­rés. Tan­dis que ces mêmes poli­ti­ciens se gar­ga­risent de Démo­cra­tie et de Répu­blique, avec majus­cules. Ain­si, quoi qu’ils déclarent, ou éructent, s’est selon, et spé­cia­le­ment sur ces registres des inter­fé­rences por­tant sur les reli­gions – en fait sur le seul pro­blé­ma­tique islam –, se trouve enra­ci­né dans l’arrière-monde poli­ti­cien des fameuses « arrière-pen­sées » évo­quées par Valls. On ne sau­rait oublier que la par­tie de poker men­teur en vue de la pré­si­den­tielle de 2017 est for­te­ment enga­gée.

C’est pour­quoi, s’agissant de ces ques­tions dites du « vivre ensemble », la parole poli­tique ne par­vient plus à offrir le moindre cré­dit, à l’exception pos­sible, épou­van­table, des « vierges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exer­çant leur séduc­tion auprès des élec­teurs échau­dés et revan­chards, ou incultes et incons­cients poli­ti­que­ment autant qu’historiquement. D’où les sur­en­chères ver­bales qui se suc­cèdent en cas­cades. Ce sont les mêmes qui pour­raient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hon­grie, un Pou­tine en Rus­sie, un Erdo­gan en Tur­quie, etc. – sans par­ler des mul­tiples offres popu­listes qui tra­versent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de cré­dit des poli­ti­ciens explique en grande par­tie la grande fatigue de la démo­cra­tie : pro­gres­sion des abs­ten­tions et des votes de refus lors des élec­tions ; sus­pi­cion crois­sante à l’égard des élites consi­dé­rées comme… éli­tistes, se regrou­pant et se repro­dui­sant dans l’entre soi des mondes de l’économie, des « déci­deurs » et des médias acca­pa­rés par les finan­ciers. Le tout, avec pour corol­laire la mon­tées des vio­lences urbaines et des inci­vismes ; les replie­ments et affron­te­ments com­mu­nau­ta­ristes ; le sen­ti­ment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xéno­pho­bie, l‘antisémitisme et le racisme.

Toutes choses qu’on peut essayer de com­prendre et même d’expliquer, sans pour autant les jus­ti­fier – comme l’a hélas pré­ten­du le même Valls déjà cité ici pour la « per­ti­nence » de ses pro­pos. Com­ment vou­loir orga­ni­ser la polis – la cité – si on renonce à en com­prendre les (dys)fonctionnements ?

Ain­si quand on déplore la « bar­ba­rie » d’extrémistes reli­gieux en invo­quant l’« obs­cu­ran­tisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême vio­lence des sys­tèmes reli­gieux – isla­mistes en l’occurrence 4. Se plaindre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas reve­nir la clar­té. C’est ici que je place « mon » Bos­suet, ce bigot éru­dit : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils ché­rissent les causes » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenêtre, les reli­gions sont une des causes pre­mières des affron­te­ments entre humains, notam­ment en ce qu’elles valident des croyances fra­tri­cides, ou plu­tôt homi­cides et géno­cides ; les­quelles génèrent les injus­tices et les dérè­gle­ments sociaux qui ali­mentent l’autre série des « causes pre­mières » de la vio­lence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je consi­dère aus­si le nazisme et le sta­li­nisme sous l’angle des phé­no­mènes reli­gieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accu­ser la Répu­blique de tous les maux, jusqu’à vou­loir l’abattre, au nom d’un pas­sé colo­nial inex­piable, qui vau­drait malé­dic­tion éter­nelle aux géné­ra­tions sui­vantes, c’est dénier l’Histoire et enfer­mer l’avenir dans la revanche, la haine et le mal­heur. C’est notam­ment la posi­tion de mou­ve­ments « pyro­manes » comme Les Indi­gènes de la Répu­blique par­lant de « lutte des races sociales » tout en qua­li­fiant ses res­pon­sables de sou­chiens – néo­lo­gisme jouant per­fi­de­ment sur l’homophonie avec sous-chiens et vou­lant en même temps dési­gner les « Fran­çais de souche » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évo­quer l’affaire de Sis­co, ce vil­lage du Cap corse qui a vu s’affronter des habi­tants d’origine magh­ré­bine et des Corses… d’origine. Je n’y étais pas, certes, et ne puis que me réfé­rer à ce que j’en ai lu, et en par­ti­cu­lier au rap­port du pro­cu­reur de la Res publicæ – au nom de la Chose publique. Selon lui, donc, les pre­miers se seraient appro­prié une plage pour une fête, « en une sorte de caï­dat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux seconds… Tan­dis que des pho­tos étaient prises, incluant des femmes voi­lées au bain… Cas­tagnes, cinq bles­sés, police, voi­tures incen­diées. Pour résu­mer : une his­toire de ter­ri­toire, de concep­tion socié­tale, de culture.

Le mul­ti­cul­tu­ra­lisme se nour­rit aus­si de bien des naï­ve­tés. Sur­tout, il est vrai, auprès d’une cer­taine gauche d’autant plus volon­tiers accueillante que bien à l’abri des cir­cuits de migra­tion… Les Corses sont des insu­laires [Excu­sez le pléo­nasme…] et, comme tels, his­to­ri­que­ment, ont eu à connaître, à redou­ter, à com­battre les mul­tiples enva­his­seurs, des bar­bares – au sens des Grecs et des Romains : des étran­gers ; en l’occurrence, et notam­ment, ce qu’on appe­lait les Sar­ra­sins et les Otto­mans, autre­ment dit des Arabes et des Turcs. D’où les nom­breuses tours de guet, génoises et autres, qui par­sèment le lit­to­ral corse, comme à Sis­co. Des monu­ments – du latin « ce dont on se sou­vient » – attestent de ce pas­sé dans la dure­té de la pierre autant que dans les mémoires et les men­ta­li­tés – même éty­mo­lo­gie que monu­ment !

Ain­si les Corses demeurent-ils on ne peut plus sour­cilleux de leur ter­ri­toire et, par delà, de leurs par­ti­cu­la­rismes, sou­vent culti­vés à l’excès, jusqu’aux natio­na­lismes divers et ses variantes qui peuvent se tein­ter de xéno­pho­bie et de racisme [Enre­gis­tré après l’affaire de Sis­co, un témoi­gnage affli­geant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insu­laires, selon leur propre his­toire : « expor­tés » par l’Histoire (il ne s’agit nul­le­ment de nier la réa­li­té et les effets du colo­nia­lisme) et en par­ti­cu­lier les migra­tions éco­no­miques, ain­si deve­nus insu­laires, c’est-à-dire iso­lés de leur propre culture et sur­tout de leur reli­gion. Tan­dis que la récente mon­dia­li­sa­tion, telle une tem­pête pla­né­taire, relance avec vio­lence les « chocs des cultures » – je ne dis pas, exprès « civi­li­sa­tions » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion mili­taire de l’Occident dans le monde musul­man, sous la hou­lette des Bush et des néo-conser­va­teurs états-uniens a consti­tué un cata­clysme géo­po­li­tique ne ces­sant de s’amplifier, abor­dant aujourd’hui le rivage corse de Sis­co et qui, si j’ose dire, s’habille désor­mais en bur­ki­ni.

Retour donc au fameux bur­ki­ni avec la posi­tion de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénon­çant le rac­cour­ci par lequel des maires lient le port du bur­ki­ni au ter­ro­risme, ajoute dans son com­mu­ni­qué : « Quel que soit le juge­ment que l’on porte sur le signi­fiant du port de ce vête­ment, rien n’autorise à faire de l’espace public un espace régle­men­té selon cer­tains codes et à igno­rer la liber­té de choix de cha­cun qui doit être res­pec­tée. Après le « bur­ki­ni » quel autre attri­but ves­ti­men­taire, quelle atti­tude, seront trans­for­més en objet de répro­ba­tion au gré des pré­ju­gés de tel ou tel maire ? Ces mani­fes­ta­tions d’autoritarisme […] ren­forcent le sen­ti­ment d’exclusion et contri­buent à légi­ti­mer ceux et celles qui regardent les Fran­çais musul­mans comme un corps étran­ger à la nation. »

Pour la LDDH, certes dans son rôle, il s’agit de mettre en avant et de pré­ser­ver le prin­cipe démo­cra­tique pre­mier, celui de la liber­té : d’aller et venir, de pen­ser, de prier, de dan­ser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des liber­tés. C’est aus­si la posi­tion des Femen qui, tout en déplo­rant l’enfermement des femmes dans le vête­ment, entendent défendre le libre choix de cha­cun.

iran-hommes-voilés

Les Ira­niens sont de plus en plus nom­breux à poser avec, sur la tête, le voile de leur fian­cée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux sociaux : #menin­hi­jab

Le hic vient cepen­dant de ce que le bur­ki­ni n’est pas l’équivalent symé­tri­que­ment inver­sé du biki­ni et qu’on ne peut pas s’en sor­tir avec une for­mule comme « quel que soit le signi­fiant… » ; cette tenue exprime en effet un conte­nu reli­gieux affir­mé, reven­di­qué – ce que n’est pas le biki­ni, qui relève de la mode, ou seule­ment de la mar­chan­dise ves­ti­men­taire. Il est aus­si vrai que le bur­ki­ni a été inven­té et lan­cé par des acteurs de la mode et que son com­merce atteint aujourd’hui des som­mets et que, comme tel, son conte­nu reli­gieux semble tout rela­tif… Ain­si, bur­ki­ni et biki­ni ne pré­sen­te­raient pas qu’une proxi­mi­té lexi­cale, ils par­ta­ge­raient une fonc­tion éro­tique sem­blable par une mise en valeur du corps fémi­nin comme le font le ciné­ma et la pho­to por­no­gra­phiques, pas seule­ment par la nudi­té crue, mais aus­si par le mou­lage des formes sous des vête­ments mouillés. Le pro­blème demeure cepen­dant : il est bien celui de l’intrusion du reli­gieux dans le corps de la femme et dans sa liber­té. Par delà, il pousse le glaive des dji­ha­distes dans le corps si fra­gi­li­sé des démo­cra­ties « mécréantes », inci­tant à des affron­te­ments de type eth­niques et com­mu­nau­taires, met­tant à bas l’idéal du « vivre ensemble », pré­ludes à la guerre civile. Une telle hypo­thèse – celle de l’État isla­mique – peut sem­bler invrai­sem­blable. Elle n’est nul­le­ment écar­tée par les voix par­mi les plus éclai­rées d’intellectuels de culture musul­mane. C’est le cas des écri­vains algé­riens comme Kamel Daoud et Boua­lem San­sal ou comme le Maro­cain Tahar Ben Jel­loun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ran­ger…), quelles solu­tions envi­sa­ger pour désa­mor­cer ce pré­lude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pour­tant unique selon les mono­théismes – le judaïsme, reli­gion du par­ti­cu­lier eth­nique, demeu­rant en l’occurrence au seuil de la polé­mique, ayant assez à faire avec l’usage public de la kip­pa… ; et le boud­dhisme tota­le­ment en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflexions, je serais ten­té d’en appe­ler à la stricte laï­ci­té « à la fran­çaise », selon la loi de 1905, comme solu­tion sus­cep­tible d’apaiser les conflits : pas de signes reli­gieux (disons osten­ta­toires) dans l’espace public. On note­ra à ce sujet que les tolé­rances actuelles des reli­gions par rap­port aux mœurs demeurent rela­tives, récentes et fra­giles – voir la réac­tion du mou­ve­ment Famille pour tous et du cler­gé catho­lique, pour ne par­ler que de la France ! Donc pré­fé­rer la Laï­ci­té pour tous afin que les vaches soient bien gar­dées… Au delà de la bou­tade, il est vrai que le risque demeure pour les femmes musul­manes de se voir exclues tota­le­ment de l’espace public, et des plages en par­ti­cu­lier. À elles alors de se rebel­ler, y com­pris et peut-être d’abord contre leurs domi­na­teurs mâles, obsé­dés sexuels tra­vaillés par un appa­reil reli­gieux datant du VIIIe siècle. À moins qu’elles ne pré­fèrent l’état de ser­vi­tude, lequel rele­vant de la sphère pri­vée, loin de tout pro­sé­ly­tisme au ser­vice d’une néga­tion de la vie et du droit à l’épanouissement de tout indi­vi­du, homme, femme, enfant.

Je recon­nais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut tou­jours pour les femmes qui, dans le monde, sont tout juste par­ve­nues à se libé­rer, ou même par­tiel­le­ment. C’est qu’il leur a fal­lu se battre. Tan­dis que leurs droits dure­ment acquis sont par­fois remis en cause – le plus sou­vent sous la pres­sion reli­gieuse plus ou moins directe. Elles se sont sou­le­vées dans le monde isla­mi­sé et conti­nuent de le faire, en avant-gardes mino­ri­taires, trop sou­vent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être sou­te­nues par des hommes. Comme actuel­le­ment en Iran, avec cette cam­pagne appuyée par des pho­tos où des hommes appa­raissent voi­lés aux côtés de femmes têtes nues. J’ai failli écrire « cha­peau ! »

––––

Com­ment ne pas appré­cier ce billet de Sophia Aram, lun­di sur France inter. Indis­pen­sable, cou­ra­geuse, pétillante Sophia – la sage ico­no­claste. Mais « gro­tesque », cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dra­ma­turge alle­mand nazi, la cita­tion exacte : « Quand j’entends par­ler de culture... je relâche la sécu­ri­té de mon Brow­ning ! »
  2. Par­mi ces maires, celui de Vil­le­neuve-Lou­bet (06), Lion­nel Luca, favo­rable au réta­blis­se­ment de la peine de mort… convain­cu du rôle posi­tif de la colo­ni­sa­tion. Sym­pa.
  3. Et, tiens ! revoi­là le « sar­ko » tout flam­bant-flam­bard, revir­gi­ni­sé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occu­pa­tion illi­cite de place sera immé­dia­te­ment empê­chée, et les zadistes seront ren­voyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publique à la suite d’une mani­fes­ta­tion à laquelle ils auraient appe­lé, les syn­di­ca­listes devront régler les dom­mages sur leurs propres deniers. »
  4. Quelle reli­gion, dans le fil de l’Histoire, pour­rait se dédoua­ner de tout extré­misme violent ?
  5. Cita­tion attri­buée à Bos­suet, évêque de Meaux (avant Copé), pré­di­ca­teur, 1627-1704.
  6. Je ne sou­haite pas ici débor­der sur la contro­verse autour du livre de Samuel Hun­ting­ton, Le Choc des civi­li­sa­tions, paru en 1997.

Cologne, suite. L’écrivain algérien Kamel Daoud  « fatwatisé » par des intellectuels français

Une deuxième fat­wa vient de frap­per l’écrivain et jour­na­liste algé­rien Kamel Daoud [voir ici et ], à pro­pos de son ana­lyse des vio­lences sexuelles du Nou­vel an à Cologne. Cette nou­velle condam­na­tion émane d’une sorte de secte laïque ras­sem­blant une poi­gnée d’« intel­lec­tuels auto­pro­cla­més » à qui Le Monde a prê­té ses colonnes.

Les signa­taires du « Col­lec­tif  »Nou­red­dine Ama­ra (his­to­rien), Joel Bei­nin (his­to­rien), Hou­da Ben Hamou­da (his­to­rienne), Benoît Chal­land (socio­logue), Joce­lyne Dakh­lia (his­to­rienne), Sonia Dayan-Herz­brun (socio­logue), Muriam Haleh Davis (his­to­rienne), Giu­lia Fab­bia­no (anthro­po­logue), Dar­cie Fon­taine (his­to­rienne), David Theo Gold­berg (phi­lo­sophe), Ghas­san Hage (anthro­po­logue), Laleh Kha­li­li (anthro­po­logue), Tris­tan Leper­lier (socio­logue), Nadia Mar­zou­ki (poli­tiste), Pas­cal Méno­ret (anthro­po­logue), Sté­pha­nie Poues­sel (anthro­po­logue), Eli­za­beth Shak­man Hurd (poli­tiste), Tho­mas Serres (poli­tiste), Seif Sou­da­ni (jour­na­liste).

Dans l’édition du 12 février, sous le titre « Les fan­tasmes de Kamel Daoud », ce « col­lec­tif » lan­çait son ana­thème, excluant de son cénacle « cet huma­niste auto­pro­cla­mé ». Le mépris de l’expression dévoi­lait, dès les pre­mières lignes de la sen­tence, l’intention mal­veillante des juges. Les lignes sui­vantes confir­maient une condam­na­tion sans appel : « Tout en décla­rant vou­loir décons­truire les cari­ca­tures pro­mues par  » la droite et l’extrême droite « , l’auteur recycle les cli­chés orien­ta­listes les plus écu­lés, de l’islam reli­gion de mort cher à Ernest Renan (1823-1892) à la psy­cho­lo­gie des foules arabes de Gus­tave Le Bon (1841-1931). »

Que veulent donc dire, ces socio­lo­gi­sants ensou­ta­nés, par leur atten­du si tran­chant ? 1) Que Daoud rejoint « la droite et l’extrême droite »… 2) …puisqu’il « recycle les cli­chés orien­ta­listes les plus écu­lés, de l’islam reli­gion de mort »… 3) cli­chés anciens « chers » à Renan et Le Bon… 4)… ces vieille­ries datées (dates à l’appui) et donc obso­lètes… 5)… tan­dis que leur « socio­lo­gie » à eux, hein !

Nos inqui­si­teurs reprochent au jour­na­liste algé­rien d’essen­tia­li­ser « le monde d’Allah », qu’il rédui­rait à un espace res­treint (le sien, décrit ain­si avec condes­cen­dance : « Cer­tai­ne­ment mar­qué par son expé­rience durant la guerre civile algé­rienne (1992-1999) [C’est moi qui sou­ligne, et même deux fois, s’agissant du mot expé­rience, si déli­ca­te­ment choi­si] Daoud ne s’embarrasse pas de nuances et fait des isla­mistes les pro­mo­teurs de cette logique de mort. »), selon une « approche cultu­ra­liste ». En cela, ils rejoignent les posi­tions de l’essayiste amé­ri­ca­no-pales­ti­nien Edward Saïd pour qui l’Orient serait une fabri­ca­tion de l’Occident post-colo­nia­liste. Comme si les cultures n’existaient pas, jusqu’à leurs dif­fé­rences ; de même pour les civi­li­sa­tions, y com­pris la musul­mane, bien enten­du.

"Que se cache donc derrière le mysticisme des fascistes, ce mysticisme qui fascinait les masses ?" W. Reich

« Que se cache donc der­rière le mys­ti­cisme des fas­cistes, ce mys­ti­cisme qui fas­ci­nait les masses ? » W. Reich

À ce pro­pos, reve­nons aux com­pères Renan et Le Bon, en effet contem­po­rains et nul­le­ment arrié­rés comme le sous-entendent nos néo-aya­tol­lahs. Je garde les meilleurs sou­ve­nirs de leur fré­quen­ta­tion dans mes années « sex­po­liennes » – sexo-poli­tiques et rei­chiennes –, lorsque l’orthodoxie mar­xiste se trou­va fort ébran­lée, à par­tir de Mai 68 et bien au-delà. Pour un peu je reli­rais cette Vie de Jésus, d’Ernest Renan, dont Reich s’était notam­ment ins­pi­ré pour écrire Le Meurtre du Christ ; de même, s’agissant de Psy­cho­lo­gie des foules, de Gus­tave Le Bon, dont on retrouve de nom­breuses traces dans Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme du même Wil­helm Reich. Les agres­sions de Cologne peuvent être ana­ly­sées selon les cri­tères rei­chiens du refou­le­ment sexuel et des cui­rasses carac­té­rielle et cor­po­relle pro­pices aux enrô­le­ments dans les idéo­lo­gies fas­cistes et mys­tiques. Ces cri­tères – avan­cés à sa manière par Kamel Daoud – ne sont pas uniques et ne sau­raient nier les réa­li­tés « objec­tives » des condi­tions de vie – elles se ren­forcent mutuel­le­ment. Tan­dis que les accu­sa­teurs de Daoud semblent igno­rer ces com­po­santes psy­cho-sexuelles et affec­tives.

Trai­té comme un arrié­ré, Daoud est ain­si accu­sé de psy­cho­lo­gi­ser les vio­lences sexuelles de Cologne, et d’« effa­cer les condi­tions sociales, poli­tiques et éco­no­miques qui favo­risent ces actes ». Lamen­table retour­ne­ment du pro­pos – selon une argu­men­ta­tion qui pour­rait se retour­ner avec per­ti­nence !

Enfin, le jour­na­liste algé­rien se trouve taxé d’isla­mo­pho­bie… Accu­sa­tion défi­ni­tive qui, en fait, à relire ces com­pères, se situe à l’origine de leur attaque. Ce « sport de com­bat » désor­mais à la mode, inter­dit toute cri­tique de fond et clôt tout débat d’idées.

Le « double fat­wa­ti­sé » pour­ra cepen­dant trou­ver quelque récon­fort dans des articles de sou­tien. Ain­si, celui de Michel Guer­rin dans Le Monde du 27 février. Le jour­na­liste rap­pelle que Kamel Daoud a déci­dé d’arrêter le jour­na­lisme pour se consa­crer à la lit­té­ra­ture. « Il ne change pas de posi­tion mais d’instrument. » « Ce retrait, pour­suit-il, est une défaite. Pas la sienne. Celle du débat. Il vit en Algé­rie, il est sous le coup d’une fat­wa depuis 2014, et cela donne de la chair à ses convic­tions. Du reste, sa vision de l’islam est pas­sion­nante, hors normes, car elle divise la gauche, les fémi­nistes, les intel­lec­tuels. Une grande par­tie de la socio­lo­gie est contre lui mais des intel­lec­tuels afri­cains saluent son cou­rage, Libé­ra­tion l’a défen­du, L’Obs aus­si, où Jean Daniel retrouve en lui “toutes les grandes voix fémi­nistes his­to­riques”. […] Ain­si va la confré­rie des socio­logues, qui a le nez rivé sur ses sta­tis­tiques sans prendre en compte “la chair du réel”, écrit Aude Lan­ce­lin sur le site de L’Obs, le 18 février. »

Ain­si, cette remar­quable tri­bune de la roman­cière fran­co-tuni­sienne Faw­zia Zoua­ri, dans Libé­ra­tion du 28 février, rétor­quant aux accu­sa­teurs :

« Voi­là com­ment on se fait les alliés des isla­mistes sous cou­vert de phi­lo­so­pher… Voi­là com­ment on réduit au silence l’une des voix dont le monde musul­man a le plus besoin. »

 


Faw­zia Zoua­ri : « Il faut dire qu’il y a un... par fran­cein­ter


Kamel Daoud et les agressions de Cologne. Le « porno-islamisme » s’en prend à la femme autant qu’à la vie

Pour­quoi les isla­mistes détestent-ils autant les femmes ? Pour­quoi refusent-ils qu’elles prennent le volant, portent des jupes courtes, aiment libre­ment  ? Autant de ques­tions qui inter­pellent et dérangent l’islam des extrêmes et, par delà, l’islam en lui-même ain­si que les autres reli­gions mono­théistes. Le jour­na­liste-écri­vain algé­rien Kamel Daoud est l’un des tout pre­miers et trop rares intel­lec­tuels du monde musul­man à affron­ter de face ces ques­tions esqui­vées par les reli­gions – sans doute parce qu’elles leur sont consti­tu­tives. Aujourd’hui, à pro­pos des agres­sions sexuelles de femmes fin décembre à Cologne, il accuse le « por­no-isla­misme » et inter­pelle le regard de l’Occident por­té sur l’ « immi­gré », cet « autre », condam­né autant à la répro­ba­tion qu’à l’incompréhension.

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons

Kamel Daoud, 2015 © Claude Truong-Ngoc / Wiki­me­dia Com­mons

S’inter­ro­ger vala­ble­ment sur l’islam conduit à décryp­ter les méca­nismes de haine à l’œuvre dans les dis­cours reli­gieux. Ce qui, par ces temps de fana­tisme assas­sin, ne va pas sans risques. Sur­tout si on touche aux fon­da­men­taux. Ain­si, le 3 décembre 2014 dans l’émission de Laurent Ruquier On n’est pas cou­ché sur France 2, Kamel Daoud déclare à pro­pos de son rap­port à l’islam :

« Je per­siste à le croire : si on ne tranche pas dans le monde dit arabe la ques­tion de Dieu, on ne va pas réha­bi­li­ter l’homme, on ne va pas avan­cer. La ques­tion reli­gieuse devient vitale dans le monde arabe. Il faut qu’on la tranche, il faut qu’on la réflé­chisse pour pou­voir avan­cer. »

Quelques jours plus tard, Daoud est frap­pé d’une fat­wa par un imam sala­fiste, appe­lant à son exé­cu­tion « pour apos­ta­sie et héré­sie ». Depuis, le jour­na­liste, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, est pla­cé sous pro­tec­tion poli­cière, avec toutes les contraintes qui s’ensuivent – Sal­man Rush­die, depuis la Grande-Bre­tagne, en sait quelque chose…

En juin der­nier, dans un entre­tien à L’Humanité (2/06/15), Kamel Daoud insis­tait sur la ques­tion de la place – si on peut dire – de la femme dans l’islam :

«Le rap­port à la femme est le nœud gor­dien, en Algé­rie et ailleurs. Nous ne pou­vons pas avan­cer sans gué­rir ce rap­port trouble à l’imaginaire, à la mater­ni­té, à l’amour, au désir, au corps et à la vie entière. Les isla­mistes sont obsé­dés par le corps des femmes, ils le voilent car il les ter­ri­fie. Pour eux, la vie est une perte de temps avant l’éternité. Or, qui repré­sente la per­pé­tua­tion de la vie ? La femme, le désir. Donc autant les tuer. J’appelle cela le por­no-isla­misme. Ils sont contre la por­no­gra­phie et com­plè­te­ment por­no­graphes dans leur tête. (…) Quand les hommes bougent, c’est une émeute. Quand les femmes sont pré­sentes, c’est une révo­lu­tion. Libé­rez la femme et vous aurez la liber­té.  »

Ces jours-ci, dans un article publié en Ita­lie dans le quo­ti­dien La Repub­bli­ca et repris par Le Monde (31/01/16), Kamel Daoud revient à nou­veau sur la ques­tion de la femme en islam, cette fois sous l’actualité brû­lante des évé­ne­ments de la saint-Syl­vestre à Cologne. Il pousse son ana­lyse sous l’angle des « jeux de fan­tasmes des Occi­den­taux », « jeu d’images que l’Occidental se fait de l’« autre », le réfu­gié-immi­gré : angé­lisme, ter­reur, réac­ti­va­tion des peurs d’invasions bar­bares anciennes et base du binôme bar­bare-civi­li­sé. Des immi­grés accueillis s’attaquent à « nos » femmes, les agressent et les violent. »

meursaultsJour­na­liste et essayiste algé­rien, chro­ni­queur au Quo­ti­dien d’Oran, Kamel Daoud est notam­ment l’auteur de Meur­sault, contre-enquête (Actes Sud, 2014), Prix Gon­court du pre­mier roman. Il s’agit d’une sorte de contre­point à L’Étranger de Camus. Phi­lippe Ber­ling en a tiré une pièce, Meur­saults, jouée jusqu’au 6 février au Théâtre des Ber­nar­dines à Mar­seille.

Daoud ne cherche pas d’excuses aux agres­seurs mais s’essaie à com­prendre, à expli­quer – ce qui ne sau­rait plaire à Valls ! Donc, il rejette cette « naï­ve­té », cet angé­lisme pro­je­té sur le migrant par le regard occi­den­tal, qui « voit, dans le réfu­gié, son sta­tut, pas sa culture […] On voit le sur­vi­vant et on oublie que le réfu­gié vient d’un piège cultu­rel que résume sur­tout son rap­port à Dieu et à la femme. »

Il pour­suit : « Le réfu­gié est-il donc « sau­vage » ? Non. Juste dif­fé­rent, et il ne suf­fit pas d’accueillir en don­nant des papiers et un foyer col­lec­tif pour s’acquitter. Il faut offrir l’asile au corps mais aus­si convaincre l’âme de chan­ger. L’Autre vient de ce vaste uni­vers dou­lou­reux et affreux que sont la misère sexuelle dans le monde ara­bo-musul­man, le rap­port malade à la femme, au corps et au désir. L’accueillir n’est pas le gué­rir. »

Daoud refor­mule sa « thèse » :

« Le rap­port à la femme est le nœud gor­dien, le second dans le monde d’Allah [après la ques­tion de Dieu, Ndlr]. La femme est niée, refu­sée, tuée, voi­lée, enfer­mée ou pos­sé­dée. Cela dénote un rap­port trouble à l’imaginaire, au désir de vivre, à la créa­tion et à la liber­té. La femme est le reflet de la vie que l’on ne veut pas admettre. Elle est l’incarnation du désir néces­saire et est donc cou­pable d’un crime affreux : la vie. » « L’islamiste n’aime pas la vie. Pour lui, il s’agit d’une perte de temps avant l’éternité, d’une ten­ta­tion, d’une fécon­da­tion inutile, d’un éloi­gne­ment de Dieu et du ciel et d’un retard sur le ren­dez-vous de l’éternité. La vie est le pro­duit d’une déso­béis­sance et cette déso­béis­sance est le pro­duit d’une femme. »

Certes, une telle ana­lyse, par sa finesse et sa per­ti­nence, ne risque pas d’être enten­due par les fronts bas de l’extrême-droite – et pas seule­ment par eux. Ni chez les fana­tiques reli­gieux, bien sûr ; peut-être pas non plus chez ceux que l’on dit « modé­rés », tant la fron­tière peut être mince des uns aux autres. Alors, à qui s’adresse Daoud ? – et avec quelles chances d’être enten­du ? – quand il parle – naï­ve­ment ? – de « convaincre l’âme de chan­ger »… et quand il sou­ligne que « le sexe est la plus grande misère dans le « monde d’Allah » ?

Et de reve­nir sur« ce por­no-isla­misme dont font dis­cours les prê­cheurs isla­mistes pour recru­ter leurs « fidèles » :

« Des­crip­tions d’un para­dis plus proche du bor­del que de la récom­pense pour gens pieux, fan­tasme des vierges pour les kami­kazes, chasse aux corps dans les espaces publics, puri­ta­nisme des dic­ta­tures, voile et bur­ka. L’islamisme est un atten­tat contre le désir. Et ce désir ira, par­fois, explo­ser en terre d’Occident, là où la liber­té est si inso­lente. Car « chez nous », il n’a d’issue qu’après la mort et le juge­ment der­nier. Un sur­sis qui fabrique du vivant un zom­bie, ou un kami­kaze qui rêve de confondre la mort et l’orgasme, ou un frus­tré qui rêve d’aller en Europe pour échap­per, dans l’errance, au piège social de sa lâche­té : je veux connaître une femme mais je refuse que ma sœur connaisse l’amour avec un homme. »

Et, pour finir : « Retour à la ques­tion de fond : Cologne est-il le signe qu’il faut fer­mer les portes ou fer­mer les yeux ? Ni l’une ni l’autre solu­tion. Fer­mer les portes condui­ra, un jour ou l’autre, à tirer par les fenêtres, et cela est un crime contre l’humanité.

« Mais fer­mer les yeux sur le long tra­vail d’accueil et d’aide, et ce que cela signi­fie comme tra­vail sur soi et sur les autres, est aus­si un angé­lisme qui va tuer. Les réfu­giés et les immi­grés ne sont pas réduc­tibles à la mino­ri­té d’une délin­quance, mais cela pose le pro­blème des « valeurs » à par­ta­ger, à impo­ser, à défendre et à faire com­prendre. Cela pose le pro­blème de la res­pon­sa­bi­li­té après l’accueil et qu’il faut assu­mer. »

Où l’on voit que la « guerre » ne sau­rait conduire à la paix dans les cœurs… Dans ce pro­ces­sus his­to­rique mil­lé­naire par­cou­ru de reli­gions et de vio­lence, de conquêtes et de domi­na­tion, de refou­le­ments sexuels, de néga­tion de la femme et de la vie, de haines et de res­sen­ti­ments remâ­chés… de quel endroit de la pla­nète pour­ra bien sur­gir la sagesse humaine ?



Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tom­ber, hier, sur l’article que j’ai consa­cré au jour­na­liste polo­nais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bou­quins fameux, Impe­rium – sur l’empire sovié­tique finis­sant, une suite de repor­tages à sa façon –, j’y rele­vais ça :

« Trois fléaux menacent le monde. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racisme. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pestes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le der­nier numé­ro du men­suel L’Histoire (thème : New­ton, les Lumières et la révo­lu­tion scien­ti­fique : excellent autant qu’actuel), un lec­teur revient sur le pré­cé­dent numé­ro (novembre) consa­cré aux com­mu­nistes et titré « Pour­quoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des réponses peuvent être avan­cées. Mais ce lec­teur conti­nue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nombre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­prendre pour­quoi ils sont res­té com­mu­nistes ». Et d’égrener le cha­pe­let des hor­reurs sta­li­niennes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Confère le troi­sième fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux.

Même si les causes et les effets dif­fé­rent dans les nuances, nazisme, sta­li­nisme et dji­ha­disme relèvent du tronc com­mun de « la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. » Les consé­quences aus­si convergent dans la vio­lence la plus mor­ti­fère condui­sant les peuples cré­dules aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­tiques para-reli­gieux. Ain­si les fon­da­men­ta­listes du libé­ra­lisme ultra, les ado­ra­teurs du Mar­ché et de sa Main invi­sible, celle qui agit « en douce », par délé­ga­tion, sans se mon­trer au grand jour, et n’en conduit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­tices, guerres, misère.

Ain­si les néga­tion­nistes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illustres pré­dé­ces­seurs face aux géno­cides nazis, choi­sissent la catas­trophe plu­tôt que de renon­cer à leurs cultes consom­ma­toires. Cultes innom­brables aux­quels d’ajoutent la plus crasse imbé­cil­li­té telle que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (France 2) exhi­bant de fameux spé­ci­mens du genre : ceux qui, aux Etats-Unis, tra­fiquent leurs die­sel mons­trueux pour qu’il éructent les plus épaisses fumées noires… (J’avais publié une vidéo sur ces éner­gu­mènes, mais elle a été désac­ti­vée, je ne sais pour­quoi… Des dizaines de vidéos paradent sur la toile – taper « coal rol­ling » et déses­pé­rer du genre humain…)

Après eux le déluge. Sur le même mode, en somme, par lequel un tiers des élec­teurs du « pays des Droits de l’Homme » – et pata­ti et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cisme pré­sen­table, juste « pour essayer », puisque les autres leur paraissent usés – ce qui n’est pas faux, certes !

Mais enfin, quelle défaite annon­cée ! Défaite de la pen­sée, des convic­tions, des valeurs. De sou­bre­sauts en cahots, en culbutes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégayer, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sissent.

tas-urgences

Où allons-nous ? « Ça déborde » de par­tout ; de gauche et de droite„ extrê­me­ment. [Ph. d.r.]


Attentats de Paris. Que de morts, que de drames !

Même encore incom­plète, qu’elle semble inter­mi­nable, la liste des vic­times des atten­tats de ce ven­dre­di noir ! Que de drames sou­dain sur­gis dans les familles, chez les proches !… Et que de souf­frances sous les bles­sures, les muti­la­tions ! Fal­lait-il y ajou­ter l’outrage infli­gé, hier à l’Assemblée natio­nale, par les poli­ti­cards et leurs ges­ti­cu­la­tions imbé­ciles, indé­centes, outra­geantes, atter­rantes ? Cette liste des morts de ven­dre­di ne peut que leur faire honte. Une honte qui ne conso­le­ra de rien, ni des peines, ni des dou­leurs.

attentats-Paris

Mar­seille , lun­di midi. [Ph. gp]

Guillaume Bar­reau Decherf, 43 ans, était jour­na­liste aux Inrocks. Pas­sion­né de Hard Rock, il était diplô­mé de l’école de jour­na­lisme ESJ Lille. Il avait débu­té à Libé­ra­tion et tra­vaillé pour le maga­zineRol­ling Stone. Il avait récem­ment écrit au sujet du nou­vel album du groupe Eagles of Death Metal, qui se pro­dui­sait au Bata­clan le soir du mas­sacre.. Père de deux filles, il est né à Bar-le-Duc (Meuse) et a gran­di dans l’Essonne, comme le rap­porte lEst Répu­bli­cain. Ses confrères et anciens cama­rades de l’Ecole de jour­na­lisme ESJ de Lille se sou­viennent de sa dou­ceur sous une allure de «métal­leux», de sa pas­sion pour la musique et de son sens de la for­mule qui fai­sait sou­vent mouche. Il a per­du la vie au Bata­clan.

Maca­théo Ludo­vic Boum­bas, 40 ans, dit «Ludo», 40 ans, est mort à La Belle Equipe, bis­trot du XIe arron­dis­se­ment où il fêtait l’anniversaire d’une amie. «Il a vou­lu pro­té­ger une amie, Chloé, en se met­tant sur elle. Il s’est pris une rafale», a dit son frère à l’AFP. D’origine congo­laise, Ludo était ingé­nieur chez le trans­por­teur FedEx.

Alban Denuit, 32 ans, ori­gi­naire du Lot-et-Garonne, à Mar­mande, ce plas­ti­cien était expo­sé à la gale­rie bor­de­laise Epo­nyme. Diplô­mé de l’École natio­nale des Beaux-Arts de Paris, il ensei­gnait à l’université Bor­deaux 3. Selon Sud Ouest, il avait obte­nu l’été der­nier son doc­to­rat d’arts plas­tiques avec féli­ci­ta­tions du jury. Il est décé­dé au Bata­clan.

Romain Didier, 32 ans, était ori­gi­naire du Ber­ry. Il vivait non loin du lieu du drame, comme le rap­porte le Jour­nal du Centre. A Paris, il avait sui­vi des cours d’art dra­ma­tique à l’école Jean Péri­mo­ny et avait occu­pé entre 2009 et 2013 le poste de mana­ger du Lit­tle Temple Bar, un bar du VIe arron­dis­se­ment de Paris. Il a été tué rue de Cha­ronne, dans le XIe arron­dis­se­ment de Paris, alors qu’il était avec son amie, Lamia Mon­de­guer, elle aus­si décé­dée.

Lamia Mon­de­guer, 30 ans, a été tuée rue de Cha­ronne alors qu’elle se trou­vait avec son com­pa­gnon, Romain Didier. La jeune femme, diplô­mée de l’université Paris VII et de l’Ecole supé­rieure d’études ciné­ma­to­gra­phiques tra­vaillait pour l’agence artis­tique Noma Talents.

Cédric Mau­duit, 41 ans, était ori­gi­naire de Lion-sur-Mer (Cal­va­dos). Il tra­vaillait au Conseil dépar­te­men­tal du Cal­va­dos, où il était direc­teur de la Moder­ni­sa­tion du dépar­te­ment, comme le rap­porte le site inter­net du dépar­te­ment. Il assis­tait au concert avec 5 amis, dont une autre vic­time, David Per­chi­rin. Son frère a lan­cé un appel sur les réseaux sociaux pour faire venir les Rol­ling Stones ou David Bowie, des artistes qu’il admi­rait, à son enter­re­ment.

Romain Feuillade, 31 ans, était sur la ter­rasse de La Belle équipe lorsqu’il est tom­bé sous les balles des assaillants. Le jeune homme, marié, était ori­gi­naire de Gil­ly-sur-Isère (Savoie) et s’était ins­tal­lé à Paris pour deve­nir comé­dien. Il tenait un res­tau­rant dans le XIe arron­dis­se­ment, Les Cent kilos, avec un asso­cié. «C’était un gar­çon d’une pro­fonde gen­tillesse, doté d’un puis­sant sens de l’humour. Sou­riant, géné­reux, humble, bien­veillant. Un exemple d’homme, le meilleur. Un ami dévoué», a témoi­gné l’un de ses amis dans Libé­ra­tion

Véro­nique Geof­froy de Bour­gies, 54 ans, était une ex-man­ne­quin et ancienne jour­na­liste duFiga­ro Madame et Vogue Homme. Elle avait fon­dé jemesensbien.fr, un blog sur lequel elle pos­tait quo­ti­dien­ne­ment des billets “bonne humeur”. Elle avait adop­té il y a deux ans une petite fille, Mélis­sa et un petit gar­çon, Die­go. Amou­reuse de Mada­gas­car, elle y avait créé en 2004 une asso­cia­tion, Zaza­ke­ly Sam­ba­tra (“enfants heu­reux”) . Elle a été abat­tue à la ter­rasse de La Belle équipe. Son mari, pho­to­graphe, était en dépla­ce­ment à Shan­ghaï pen­dant les atten­tats.

Mathieu Hoche, 38 ans, était tech­ni­cien cadreur pour la chaîne France 24. “Il était jeune, il avait un enfant de 6 ans”, a twit­té sa col­lègue Rose­lyne Febvre sur Twit­ter. «Un gar­çon ado­rable, dis­cret, bos­seur, pro­fes­sion­nel», évoque le direc­teur de la chaîne Marc Sai­ka­li.

Tho­mas Ayad, 34 ans, ori­gi­naire d’Amiens, était pro­duc­teur pour la mai­son de disque Mer­cu­ry Records, un label qui dépend du groupe Uni­ver­sal et s’occupait notam­ment du mar­ke­ting d’Eagles of Death Metal. Tué au Bata­clan, il assis­tait au concert avec deux col­lègues. Lucian Grainge, PDG d’Universal Music Group, a ren­du hom­mage à Tho­mas Ayad dans une lettre publiée par le Los Angeles Times. Pas­sion­né de hockey sur gazon, son ancien club a orga­ni­sé un ras­sem­ble­ment d’hommage dimanche. «Il est mort presque tout de suite, au Bata­clan, alors qu’il était en train de par­ler avec un gar­çon de Nous Pro­duc­tions (le tour­neur du concert, ndlr), qui lui a été bles­sé. (...) Franc, hon­nête, c’était un ami fidèle, on pou­vait comp­ter sur lui», a racon­té à Libé­ra­tion l’un de ses amis.

Marie Mos­ser, 24 ans, ori­gi­naire de Nan­cy et ancienne employée de la mai­son de disque Mer­cu­ry Records, elle col­la­bo­rait avec le site inter­net Cele­bri­ties in Paris, qui a confir­mé son décès. Cette spé­cia­liste en Com­mu­ni­ca­tion et mar­ke­ting digi­tal est l’une des vic­time de l’attentat du Bata­clan.

Quen­tin Bou­len­ger, 29 ans, était ori­gi­naire de Reims et habi­tait dans le 17e arron­dis­se­ment de Paris, selon l’Union. Il est décé­dé au Bata­clan. Diplô­mé de l’école de com­merce Audien­cia de Nantes (Loire-Atlan­tique), ce jeune marié s’était ins­tal­lé dans le XVIIe arron­dis­se­ment de Paris et tra­vaillait comme res­pon­sable digi­tal inter­na­tio­nal au sein du groupe de cos­mé­tiques L’Oréal.

Valen­tin Ribet, 26 ans, était avo­cat d’affaires au bar­reau de Paris depuis l’année der­nière. Il tra­vaillait au cabi­net Hogan Lovells, qui a confir­mé sa dis­pa­ri­tion. Le jeune homme avait étu­dié à Lon­don School of Eco­no­mics, après avoir obte­nu son diplôme à la Sor­bonne. Il est décé­dé au Bata­clan, où il était avec son amie Eva, bles­sée, opé­rée et dont les jours ne sont plus en dan­ger.

Dja­mi­la Houd, 41 ans, et ori­gi­naire de Dreux, a été tuée sur la ter­rasse de La Belle Équipe, rue de Cha­ronne. Fille de Har­kis, issue «d’une des grandes familles drouaises», comme le rap­porte l’Écho Répu­bli­cain, Pro­prié­taire de la bras­se­rie pari­sienne le Café des anges, à Bas­tille, Dja­mi­la Houd vivait à Paris.

Fabrice Dubois, 46 ans, marié et père de deux enfants âgés de 11 et 13 ans, était rédac­teur concep­teur chez Publi­cis Conseil. Il habi­tait à Médan, dans les Yve­lines. Il est décé­dé au Bata­clan. Sa sœur a confir­mé sa mort à Paris Match.

Fran­çois-Xavier Pré­vost, 29 ans, ori­gi­naire de Lam­ber­sart, dans le Nord-Pas-de-Calais, était pas­sion­né de ten­nis. Il tra­vaillait dans la publi­ci­té à Lille, comme le rap­porte l’AFP. Selon La Voix du Nord, il assis­tait au concert du Bata­clan avec deux amis. «We miss you FX», une page Face­book dédiée au jeune homme a été créée par ses proches. «L’amour de ma vie, à jamais», a écrit sa com­pagne sur la page Face­book créée pour lui rendre hom­mage.

Mathias Dymars­ki, 22 ans et Marie Lausch, 23 ans, sont tous les deux décé­dés lors de l’attentat du Bata­clan. Ces Mosel­lans étaient ensemble depuis 5 ans, et avaient emmé­na­gé en sep­tembre der­nier dans un appar­te­ment pari­sien, selon Le Répu­bli­cain Lor­rain. La jeune femme, diplô­mée de l’école de com­merce de Reims, venait de ter­mi­ner une mis­sion pour un groupe de cos­mé­tiques. Mathias, ingé­nieur tra­vaux, allait fêter ses 23 ans le 6 décembre pro­chain.

Pierre Inno­cen­ti, 40 ans, que tout le monde appe­lait “Pier­ro”, avait repris le res­tau­rant ita­lien fami­lial Livio, une ins­ti­tu­tion à Neuilly-sur-Seine. Il avait pos­té sur sa page Face­book, quelques minutes avant le début du concert, une pho­to de l’affiche du groupe de rock. «Pierre était un énorme bos­seur, mais c’était aus­si un bon vivant, il aimait faire la fête. C’était aus­si un homme de valeurs», raconte Arash Deram­barsh, un ami de Pierre Inno­cen­ti et élu de Cour­be­voie.

Sté­phane Alber­ti­ni, cou­sin de Pierre Inno­cen­ti, était le copro­prié­taire du res­tau­rant Livio.

Mat­thieu Giroud, 39 ans, était ori­gi­naire de Jar­rie, dans la région de Gre­noble. Géo­graphe, spé­cia­liste de la gen­tri­fi­ca­tion, il était maître de confé­rence à l’Université Blaise Pas­cal de Cler­mont-Fer­rand entre 2008 et 2012, avant de rejoindre le CNRS et l’Université Paris Est Marne la Val­lée. Il était le père d’un petit gar­çon de 3 ans et sa com­pagne, Auré­lie, est enceinte d’une petite fille. Qua­li­fié par un membre de sa famille d” «impi­toya­ble­ment paci­fiste», Mat­thieu Giroud «aimait le rock, le whis­ky japo­nais, le foot, les BD et regar­der des séries avec son Auré­lie. Plus que tout il aimait ses amis - nom­breux. Ses amis de Jar­rie et ses amis de Paris. Ses amis vivant en pro­vince et ses amis vivant à l’étranger», a écrit sur Face­book Fabienne Sil­vestre-Ber­ton­ci­ni, sa belle soeur. Mat­thieu Giroud est décé­dé au Bata­clan.

Auré­lie de Per­et­ti, 33 ans, info­gra­phiste de for­ma­tion, recon­ver­tie dans la res­tau­ra­tion, était ori­gi­naire de Saint-Tro­pez. Elle était venue à Paris avec son amie Élo­die Pier­rat pour assis­ter au concert du Bata­clan, où elle est décé­dée. Élo­die Pier­rat demeure en soins inten­sifs.

Quen­tin Mou­rier, 29 ans, tué au Bata­clan, était archi­tecte aux Ver­gers Urbains. Il est décrit comme quelqu’un «plein de res­sources, d’énergie, d’initiatives, d’engagement» sur le site inter­net de cette asso­cia­tion qui milite pour la végé­ta­li­sa­tion. Il habi­tait dans la capi­tale mais était ori­gi­naire de Rouf­fach (Haut-Rhin), selon les Der­nières Nou­velles d’Alsace. Il avait étu­dié à l’Ecole natio­nale supé­rieure d’architecture de Ver­sailles.

Élo­die Breuil, 23 ans, était étu­diante en desi­gn à l’école de Condé, dans le XVème arron­dis­se­ment de la capi­tale. Elle est décé­dée au Bata­clan alors qu’elle assis­tait au concert avec un groupe d’amis. Elle avait par­ti­ci­pé à la marche de la Répu­blique en jan­vier der­nier, avec sa mère. «Tout ce que vous pou­vez faire, c’est infor­mer le monde entier de ces hor­ribles choses que nous nous infli­geons les uns aux autres», a décla­ré son frère Alexis à un jour­na­liste de Time, alors qu’on venait de lui confir­mer le décès de la jeune fille aux yeux bleus.

Fan­ny Minot, 29 ans, était mon­teuse pour Le Sup­plé­ment de Canal +. «Une fan de rock», selon l’une de ses col­lègues contac­tée par l’AFP.

Nico­las Clas­seau, 40 ans, était le direc­teur de l’IUT Marne la val­lée. Il assis­tait au concert avec sa com­pagne, tou­jours hos­pi­ta­li­sée. Gui­ta­riste ama­teur, le qua­dra­gé­naire vivait à Bagno­let (Seine-Saint-Denis) avec ses trois enfants, de 15, 11 et 6 ans.

Nick Alexan­der, 36 ans, bri­tan­nique de Col­ches­ter, ven­dait des pro­duits à l’effigie du groupe Eagles of Death Metal lorsqu’il a été tué au Bata­clan. «Nick est mort en fai­sant le tra­vail qu’il aimait et nous sommes récon­for­tés de voir à quel point il était aimé par ses amis à tra­vers le monde», a écrit sa famille dans un com­mu­ni­qué. «Dors bien, mon doux prince, Nick Alexan­der... #fuck­ter­ro­rism #iwillal­way­slo­veyou #Bata­clan», a publié sur Twit­ter sa com­pagne Poli­na Buck­ley, avec une pho­to d’eux deux.

Hali­ma Ben Kha­li­fa Saa­di, 35 ans, était ori­gi­naire de Men­zel Bour­gui­ba (Tuni­sie), près de Bizerte. Cette jeune femme à la cri­nière de lionne était mariée à un Séné­ga­lais, Ada­ma Ndiaye, et vivait à Dakar. Sa famille est ins­tal­lée au Creu­sot (Saône-et-Loire), où son père est arri­vé en 1970 pour tra­vailler dans le bâti­ment. Mère de deux jeunes gar­çons, elle était à Paris, au res­tau­rant «La Belle équipe», pour fêter l’anniversaire d’une amie.

Hod­da Ben Kha­li­fa Saa­di, 34 ans, était à Paris avec sa sœur aînée Hali­ma pour fêter un anni­ver­saire.

Maxime Bouf­fard, 26 ans, ori­gi­naire du Coux (Dor­dogne), est mort au Bata­clan. Titu­laire d’un BTS en audio­vi­suel à Biar­ritz (Pyré­nées-Atlan­tiques), il habi­tait depuis quatre ans à Paris, où il réa­li­sait des clips vidéo -récem­ment pour le groupe Le Der­nier Métro - et des films publi­ci­taires. «C’était un ama­teur de rug­by, de vin et de bonne bouffe. C’était un pilier dans sa famille et dans son groupe d’amis», a racon­té un ami à l’AFP. Fan de rock, il avait par­ta­gé sur son pro­fil Face­book en juillet une cri­tique élo­gieuse du nou­vel album d’Eagles Of Death Metal.

Nico­las Cati­nat, 37 ans, a été tué au Bata­clan, alors qu’il se trou­vait dans la fosse. Habi­tant à Domont, dans le Val-d’Oise, il a cher­ché à pro­té­ger ses amis en se pla­çant en bou­clier humain.

Pré­ci­lia Cor­reia, 35 ans, Por­tu­gaise, était employée par la mai­son de disques Mer­cu­ry Music. Elle est morte au Bata­clan. «Pour ceux qui se rap­pellent de moi après le pri­maire, j’aimais plus faire mes devoirs cela ne m’a pas empê­cher de res­ter à l’école jusqu’à plus de 25 ans...», raconte sur son pro­fil Copains d’Avant cette jeune femme brune qui a étu­dié les langues étran­gères et la pho­to­gra­phie.

Asta Dia­kite, cou­sine du joueur de l’équipe de France de foot­ball Las­sa­na Diar­ra, qui était en train de jouer sur la pelouse du Stade de France lorsque les explo­sions ont eu lieu. La jeune femme, décrite comme une musul­mane pra­ti­quante, est morte dans la fusillade de la rue Bichat, où elle était sor­tie faire des courses. «Elle a don­né sa vie pour sau­ver celle de son neveu qui était avec elle», a écrit sur Face­book sa cou­sine. «Elle a été pour moi un repère, un sou­tien, une grande soeur», a témoi­gné le joueur de l’OM dans un mes­sage pos­té sur les réseaux sociaux.

Manuel Cola­co Dias, 63 ans, un Por­tu­gais fan de foot qui vivait depuis 45 ans à Paris, a péri alors qu’il se trou­vait à l’extérieur du Stade de France.

Elsa Del­place, 35 ans, était venue au concert des Eagles of Death Metal avec sa mère et son fils de 5 ans, qui les aurait vu mou­rir mais qui a sur­vé­cu. La jeune femme était for­ma­trice dans un centre de for­ma­tion d’apprentis pari­sien. La grand-mère, Patri­cia San Mar­tin, 61 ans, était fonc­tion­naire à la mai­rie de Sevran et nièce d’un ambas­sa­deur chi­lien.

Elif Dogan, 26 ans, Belge d’origine turque, tra­vaillait dans une socié­té d’informatique en Bel­gique. Ins­tal­lée à Paris depuis quatre mois, tout près du Bata­clan, elle est décé­dée dans la salle de spec­tacles sous les balles des ter­ro­ristes, comme son com­pa­gnon Mil­ko Jozic. «On se disait que notre fille vivait dans un endroit sûr. On crai­gnait des actions en Tur­quie et c’est dans une des plus grandes métro­poles du monde qu’on l’a per­due», a déplo­ré son père Kemal Dogan, retour­né vivre en Tur­quie il y a quelques mois.

Romain Dunet, 25 ans, un grand fan de musique, de uku­lele et de chant, est mort au Bata­clan. Ensei­gnant d’anglais dans un ensemble sco­laire pari­sien, il était éga­le­ment membre d’un groupe de musique. Ses proches ont ouvert une page d’hommage sur Face­book, «pour témoi­gner de son intel­li­gence et de sa gen­tillesse, de son enga­ge­ment dans ses pas­sions et de son dévoue­ment pour ses élèves».

Tho­mas Duper­ron, 30 ans, un Pari­sien ori­gi­naire d’Alençon s’occupait de la com­mu­ni­ca­tion de la salle de concert pari­sienne La Maro­qui­ne­rie. Spec­ta­teur du Bata­clan, il est mort dimanche à l’hôpital de Per­cy-Cla­mart où il avait été trans­por­té. «Nos pen­sées vont à sa famille, à ses proches ain­si qu’aux équipes de La Maro­qui­ne­rie», a pos­té sur son site inter­net l’Ecole d’art et de culture (EAC), dont il était sor­ti diplô­mé en 2010.

Gre­go­ry Fosse, 28 ans, habi­tant de Gam­bais (Yve­lines). Gré­go­ry était pro­gram­ma­teur musi­cal pour la chaîne D17. Un hom­mage lui sera ren­du lun­di, à l’initiative du conseil muni­ci­pal de la com­mune de Gam­bais.

Juan Alber­to Gonzàles Gar­ri­do, 29 ans, ingé­nieur espa­gnol , tra­vaillait pour EDF. Ori­gi­naire de Gre­nade, en Anda­lou­sie, il vivait à Paris avec son épouse Ange­li­na Rei­na, 33 ans. Pré­sente à ses côtés au Bata­clan ven­dre­di soir, cette der­nière a vu son époux tom­ber au sol avant de perdre sa trace, selon le quo­ti­dien El Pais.

Cédric Gomet, 30 ans, ori­gi­naire de Fou­che­rans dans le Jura et rési­dant à Paris, tra­vaillait pour TVMonde. Il se trou­vait au Bata­clan avec l’un de ses amis, Cédric, lui-même bles­sé par balles à la jambe au cours de l’assaut.

Nohe­mi Gon­za­lez, 23 ans, de natio­na­li­té mexi­caine et amé­ri­caine, se trou­vait à la ter­rasse du Petit Cam­bodge en com­pa­gnie d’une amie. Étu­diante en troi­sième année à l’université d’État de Long Beach en Cali­for­nie, elle se trou­vait à Paris dans le cadre d’un semestre d’échange uni­ver­si­taire à l’école de desi­gn Strate de Sèvres. Décrite par son petit ami comme «la plus douce des jeunes femmes», elle devait ren­trer aux États-Unis le mois pro­chain.

Raphael H, 28 ans, est né à Gar­misch-Par­ten­kir­chen en Bavière. Archi­tecte, il avait été embau­ché dans le cabi­net de Ren­zo Pia­no à Paris. Ven­dre­di soir, il était allé dîner au Petit Cam­bodge avec deux col­lègues, un Irlan­dais et un Mexi­cain. Ils ont aus­si été bles­sés lors de l’attaque.

Thier­ry Har­douin, 36 ans, sous-bri­ga­dier au dépôt de Bobi­gny, devait pas­ser la soi­rée à Paris au res­tau­rant la Belle Équipe, rue de Cha­ronne, pour célé­brer l’anniversaire de sa com­pagne. «Bon vivant», «homme joyeux et pro­fes­sion­nel», «Thier­ry avait affaire au quo­ti­dien à des gens dan­ge­reux. On savait qu’il fal­lait tou­jours res­ter sur le qui-vive» confie un de ses proches au quo­ti­dien Le Pari­sien. Thier­ry Har­douin était père de deux enfants.

Pierre-Antoine Hen­ry, 36 ans, ingé­nieur de pro­fes­sion, était ori­gi­naire de la région pari­sienne, comme le rap­porte Ouest France. Il tra­vaillait dans les sys­tèmes de com­mu­ni­ca­tion. Pierre-Antoine est décé­dé dans la salle du Bata­clan. «Le pre­mier mot qui me vient à l’esprit quand je pense pense à lui, c’est sa gen­tillesse», a inidi­qué à l’AFP l’un de ses proches.

Marion Lief­frig-Petard, était étu­diante en 1e année du mas­ter fran­co-ita­lien de musi­co­lo­gie de la Sor­bonne. Musi­cienne, pas­sion­née par les voyages musi­caux en Médi­ter­ra­née, elle venait de ren­trer d’une année d’Erasmus à Bar­ce­lone et s’apprêtait à effec­tuer sa deuxième année de Mas­ter à Palerme. Elle fait par­tie des vic­times. Bar­thé­lé­my Jobert, Pré­sident de Paris-Sor­bonne lui a ren­du hom­mage.

Anna Lief­frig-Petard, 27 ans, gra­phiste. Elle a été tuée alors qu’elle dînait à la ter­rasse du Petit Cam­bodge avec sa soeur Marion, décé­dée éga­le­ment, a indi­qué à l’AFP le maire de Chailles (Loir-et-Cher), Yves Cros­nier-Cour­tin, où leurs parents tiennent une bou­che­rie. «Elle était venue retrou­ver sa soeur ce week-end-là et elles avaient envoyé un mes­sage à leurs parents pour leur dire que la vie était belle, qu’elles étaient contentes de se retrou­ver».

Suzon Gar­rigues, 21 ans, était étu­diante en troi­sième année de Licence de lettres modernes appli­quées à la Sor­bonne, a elle aus­si dis­pa­ru au Bata­clan. Bar­thé­lé­my Jobert, Pré­sident de Paris-Sor­bonne lui a éga­le­ment ren­du hom­mage: «Elle laisse à ses cama­rades le sou­ve­nir de la plus géné­reuse, la plus altruiste, la plus drôle des amies, et aus­si d’une incon­di­tion­nelle et fidèle admi­ra­trice de Zola».

Moha­med Amine Ibnol­mo­ba­rak, Maro­cain, 28 ans, archi­tecte enca­drant à l’Ecole natio­nale supé­rieure d’architecture Paris-Mala­quais, ce pas­sion­né de nata­tion était «enga­gé, intel­lec­tuel, créa­tif», selon l’un de ses anciens pro­fes­seurs inter­ro­gé par Libé­ra­tion. Il a été tué alors qu’il se trou­vait au bar Le Carillon avec sa femme, qu’il avait épou­sée cet été. Cette der­nière, gra­ve­ment bles­sée, «a subi trois opé­ra­tions chi­rur­gi­cales» mais «ses jours ne seraient plus en dan­ger», a confié un proche à l’AFP.

Mil­ko Jozik, 47 ans, de natio­na­li­té belge. Cet ingé­nieur sou­riant, père d’une jeune femme de 22 ans, habi­tait avec sa nou­velle com­pagne Elif Dogan, éga­le­ment de natio­na­li­té belge, elle aus­si décé­dée, dans la rue du Bata­clan où ils s’étaient ins­tal­lés il y a quatre mois. «Je me dis sim­ple­ment que le monde est com­plè­te­ment pour­ri. C’est sur­tout pour ma fille que c’est dur, on se sent pau­mées», a confié son ex-épouse au quo­ti­dien belge La Der­nière Heure.

Hya­cinthe Koma, 37 ans, ser­veur au res­tau­rant Les Chics Types, dans le 19e arron­dis­se­ment, il par­ti­ci­pait à une soi­rée d’anniversaire au res­tau­rant La Belle Équipe rue de Cha­ronne. «Il avait beau­coup d’amis», selon sa petite sœur Amy. L’un d’entre eux a lan­cé une cagnotte sur le site Leet­chi pour aider sa famille à finan­cer les obsèques.

Guillaume Le Dramp, 33 ans, figure du quar­tier, buvait un verre en ter­rasse au bar La Belle Equipe quand il a été tué. Ori­gi­naire de Cher­bourg, il avait fait ses études à Caen avant d’aller à Parme (Ita­lie) puis à Paris, où il tra­vaillait dans un res­tau­rant der­rière la place des Vosges. Décrit comme «char­meur, cha­leu­reux, un vrai gen­til, avec un humour dévas­ta­teur» par l’un de ses proches à l’AFP, il était ten­té de retour­ner vivre en Ita­lie et pré­pa­rait le concours de pro­fes­seur des écoles.

Chris­tophe Lel­louche, 33 ans, tué au Bata­clan. Il était sup­por­ter de l’OM, gui­ta­riste et com­po­si­teur du groupe Oli­ver et fan de Metal­li­ca, selon un de ses amis inter­ro­gé par Libé­ra­tion.

Yan­nick Min­vielle, 39 ans, tra­vaillait dans la publi­ci­té et chan­tait dans un groupe de rock. Il est mort au Bata­clan.

Jus­tine Mou­lin, 20 ans, une pari­sienne ori­gi­naire d’Asnières (Hauts-de-Seine), était étu­diante en Mas­ter à SKEMA Busi­ness School, qui lui a ren­du hom­mage sur son site inter­net.

Vic­tor Muñoz, 25 ans, est mort à La Belle Équipe, rue de Cha­ronne. Il était le fils d’un élu du XIe arron­dis­se­ment. Il venait d’être diplô­mé de l’ESG Mana­ge­ment School, une école supé­rieure de com­merce à Paris.

Ber­trand Navar­ret, 37 ans. Selon la Dépêche du midi, il avait gran­di à Tarbes, où son père est notaire, et vivait à Cap­bre­ton, sur la côte lan­daise. Il était par­ti à Paris pour pas­ser quelques jours dans la capi­tale et assis­ter au concert au Bata­clan.

David Per­chi­rin. Après avoir été jour­na­liste, il était deve­nu récem­ment pro­fes­seur des écoles et ensei­gnait depuis sep­tembre 2014 en Seine-Saint-Denis. Ce qua­ran­te­naire est mort au Bata­clan aux côtés de son ami Cédric Mau­duit, ren­con­tré à Sciences Po Rennes. «Bons vivants, débor­dants d’énergie, enthou­siastes indé­fec­tibles, le ciment de leur ami­tié a tou­jours été leur pas­sion du rock’n roll», selon l’hommage ren­du par l’association des anciens élèves de l’établissement.

Manu Per­ez, âgé d’une tren­taine d’années, direc­teur artis­tique chez Poly­dor. Ce père de famille a pos­té sur Face­book quelques minutes avant sa mort une vidéo prise dans la fosse du Bata­clan, inti­tu­lée «Il y a ceux qui y sont et qui ne sont pas». Sa mémoire a été saluée sur Twit­ter par plu­sieurs artistes dont il s’était occu­pé.

Caro­line Pre­nat, 24 ans,ori­gi­naire de Lyon, était gra­phiste. Elle était diplô­mée de l’École de Condé de Nan­cy et avait étu­dié à l’École d’arts appli­qués de Bel­le­cour, selon Lyon Capi­tale. Elle est décé­dée lors de la tue­rie du Bata­clan.

Armelle Pumir-Anti­ce­vic, 46 ans, est morte au Bata­clan, où elle se trou­vait avec son mari, Joseph. «Armelle m’a dit: «Viens, on court». On n’était pas loin de la porte de sor­tie. Armelle était der­rière moi, on a fon­cé. Elle est tom­bée. J’ai cru qu’elle avait tré­bu­ché sur un cadavre. Je l’ai ramas­sée, je la por­tais. Mais en arri­vant près de la porte, un flic m’a tiré par le bras, j’ai dû la lâcher. Putain. Je n’ai jamais revu Armelle», avait-il racon­té dimanche à Libé­ra­tion. Chef de fabri­ca­tion, mère de famille, cette Pari­sienne était aus­si atta­chée aux Pyré­nées-Orien­tales, où elle pos­sé­dait une mai­son.

Mat­thieu de Ror­thais, 32 ans, est mort dans l’attaque du Bata­clan. Son père et sa soeur lui ont ren­du hom­mage sur Face­book, cette der­nière saluant la mémoire de son grand frère, «la plus belle étoile du ciel».

Raphaël Ruiz, 37 ans, mort au Bata­clan. Il était «pas­sion­né de musique, de ciné­ma, de BD et de tant d’autres choses» selon l’association des anciens de Sciences Po Gre­noble. «C’était un ami hors pair, un homme atta­chant et pas­sion­nant, et un grand éclat de rire avec les enfants». Il tra­vaillait depuis 10 ans chez Ubi­qus, où il était «una­ni­me­ment appré­cié pour son pro­fes­sion­na­lisme, son dévoue­ment et son immense gen­tillesse».

Made­leine Sadin, 30 ans,qui vivait à Paris, est morte au Bata­clan. Décrite comme «vivante, aimante et curieuse» par ses proches à l’AFP, elle était pro­fes­seur de Fran­çais dans un col­lège de l’Essonne. Son cou­sin, Simon Cas­te­ran, jour­na­liste tou­lou­sain, a publié, sur son bloglessermonsdulundi.com, une lettre adres­sée à Daech et titrée «Oui, je suis un per­vers et un ido­lâtre».

Khei­red­dine Sah­bi, 29 ans, sur­nom­mé «Didine», ce vio­lo­niste de natio­na­li­té algé­rienne ren­trait chez lui ven­dre­di après une soi­rée avec des amis lorsqu’il a été tué. Après des études de sciences, il s’était tour­né vers la musique et étu­diait depuis un an à Paris. Il était étu­diant en mas­ter d’ethnomusicologie à la Sor­bonne. Bar­thé­lé­my Jobert, Pré­sident de Paris-Sor­bonne, lui a ren­du hom­mage. «Il habi­tait un quar­tier péri­phé­rique d’Alger, où la situa­tion était très ten­due» et «avait sur­vé­cu à dix ans de ter­ro­risme», à témoi­gné à l’AFP un de ses cou­sins. Son corps devrait être rapa­trié en Algé­rie.

Lola Salines, 29 ans, était édi­trice chez Gründ, char­gé des ouvrages Jeu­nesse. Cette pas­sion­née de rock et de metal a notam­ment édi­té l’Encyclo des Filles, paru en 2013, un manuel de réfé­rence pour les ado­les­centes. Pas­sion­née de rol­ler der­by, la jeune femme fai­sait par­tie du club la Bou­che­rie de Paris, l’équipe de la capi­tale. Elle por­tait sur les pistes le nom de «Josie Ozz­bourne». Son père, Georges, l’a cher­chée toute la nuit de ven­dre­di à same­di, pour fina­le­ment annon­cer son décès same­di matin, sur Twit­ter.

Hugo Sar­rade, 23 ans, débu­tait son week end à Paris par ce concert au Bata­clan, avant de rejoindre son père en région pari­sienne. Étu­diant en intel­li­gence arti­fi­cielle à Mont­pel­lier, Hugo était per­sua­dé que «l’obscurantisme est notre pire enne­mi», selon son père, inter­ro­gé par le quo­ti­dienMidi Libre.

Vale­ria Sole­sin, 28 ans, est morte au Bata­clan, après avoir été prise en otage avec son fian­cé et deux proches. Cette Ita­lienne ori­gi­naire de Venise, doc­to­rante en démo­gra­phie, vivait depuis quatre ans à Paris. «Elle nous man­que­ra et je pense, au vu de son par­cours, qu’elle man­que­ra aus­si à l’Italie», a décla­ré sa mère aux médias ita­liens. «Elle était le visage sou­riant et le cer­veau brillant de la jeune com­mu­nau­té ita­lienne à Paris», a témoi­gné un proche à l’AFP.

Ariane Theiller, 24 ans, était au Bata­clan avec des amis lorsqu’elle a été abat­tue. Ori­gi­naire du Nord, elle s’était ins­tal­lée à Paris. Après des études de Lettres à Orléans et à Stras­bourg, elle avait effec­tué un stage chez Urban Comics. Elle était assis­tante de rédac­tion chez Rus­ti­ca depuis le mois de juin der­nier. Ses col­lègues lui ont ren­du hom­mage sur Face­book: «Pour sa dis­cré­tion, sa dou­ceur sans miè­vre­rie et la gen­tillesse natu­relle qui éma­nait d’elle, nous l’avions tout de suite adop­tée, comme une des nôtres, une enfant de notre clan. Chère Ariane, au minois can­dide, tu avais amé­na­gé ton bureau pour regar­der en face les autres et l’avenir qui pour toi s’annonçait radieux. Mais le livre que tu rêvais d’écrire s’est refer­mé trop vite».

Éric Tho­mé, pho­to­graphe et gra­phiste pari­sien, âgé d’une qua­ran­taine d’années, pas­sion­né de musique, est mort au Bata­clan.

Luis Felipe Zschoche Valle, 33 ans, Chi­lien, habi­tait depuis huit ans avec sa femme à Paris, où il tra­vaillait comme musi­cien, selon les auto­ri­tés chi­liennes.

Oli­vier Ver­na­dal, 44 ans, natif du Puy-de-Dôme, était contrô­leur des impôts à Paris. Il vivait à deux pas de la salle de concert du Bata­clan, a confié son père au quo­ti­dien La Mon­tagne. Il est l’une des vic­times de la tue­rie du Bata­clan.

Ciprian Cal­ciu, 31 ans et Lacra­mioa­ra Pop, 29 ans, un couple de Rou­mains et parents d’un enfant âgé de 18 mois. Ils ont tous les deux été tués au cours de la tue­rie du bar La Belle Équipe, selon Reu­ters.

Michel­li Gil Jai­mez, 27 ans, Mexi­caine ori­gi­naire de la ville de Vera­cruz, elle rési­dait à Paris, selonEl Pais. La jeune femme, qui s’était fian­cée le 26 octobre avec son petit ami, étu­diait sur le cam­pus pari­sien de l’EM Lyon. Elle est l’une des vic­times de la fusillade du bar La Belle Équipe. «Je t’aime mon amour. Repose en paix», a publié sur Face­book son com­pa­gnon ita­lien, Filo. La famille de Michel­li est arri­vée à Paris afin de s’occuper du rapa­trie­ment de sa dépouille. «Michel­li était une jeune fille char­mante, c’était une jeune fille très heu­reuse, sociable, tra­vailleuse et douée», a confié son cou­sin Félix José Gil Her­re­ra aux médias mexi­cains.

Maud Ser­rault, 37 ans, ancienne étu­diante du Cel­sa à Neuilly-sur-Seine, était direc­trice du Mar­ke­ting et du e-com­merce de la chaîne hôte­lière Best Wes­tern France depuis près de trois ans. Elle s’était mariée récem­ment, comme l’a confié sa cou­sine Caro­line Pal­lut à Reu­ters. Elle est décé­dée au cours de la tue­rie du Bata­clan.

Sébas­tien Proi­sy, 38 ans, né à Valen­ciennes (Nord), habi­tait à Noi­sy-le-Grand, en Seine-Saint-Denis, auprès de sa maman. Ce Fran­co Bul­gare était «un étu­diant brillant, bour­sier, plein de mérite et pas­sion­né de géo­po­li­tique», raconte Viviane, l’une de ses meilleures amies, ren­con­trée sur les bancs de l’université Pan­théon-Assas. «Il avait un sens de l’humour de malade men­tal». Après avoir tra­vaillé à la Com­mis­sion euro­péenne, Sébas­tien Proi­sy a créé sa propre start up, «qui mar­chait bien». Il dînait au Petit Cam­bodge, avec un col­lègue et un client, au moment de la fusillade. L’un d’entre eux a éga­le­ment été bles­sé lors de l’attaque.

Natha­lie Jar­din, 31 ans, ori­gi­naire de Marcq-en-Barœul, et régis­seuse lumière au Bata­clan depuis 2011, tra­vaillait ven­dre­di 13 novembre der­nier à la salle de concert. Elle était char­gée d’accueillir les membres du groupe cali­for­nien Eagles of Death Metal, selon La Voix du Nord. Son père, Patrick Jar­din, était sans nou­velle de sa fille depuis ven­dre­di et avait inter­pel­lé le Pre­mier ministre Manuel Valls, lorsque celui-ci a salué les forces de police Gare du Nord, dimanche 15 novembre der­nier, à Paris. Le décès de la jeune femme a été confir­mé dimanche 15 novembre, deux jours après l’attentat.

Richard Ram­mant, 53 ans, ori­gi­naire du Lot, mais rési­dant à Paris, il était le père de deux filles. Ce pas­sion­né de musique et de moto était béné­vole au Cahors Blues Fes­ti­val, comme le rap­porte La Dépêche. Il assis­tait au concert du Bata­clan avec sa femme, Marie Do, bles­sée aux jambes, mais qui a sur­vé­cu. Son club de bikers prône «le res­pect, la fra­ter­ni­té et la soli­da­ri­té comme un mode de vie», selon son site inter­net.

Lucie Die­trich, une gra­phiste, diplô­mée en 2013 de l’école mul­ti­mé­dia IESA, à Paris, a été tuée au cours de la fusillade de la rue de la Fon­taine au Roi. La jeune femme habi­tait à une rue du lieu du drame, a écrit sur Ins­ta­gram Emma­nuel Die­trich, son grand frère, en com­men­taire d’une pho­to de famille. En mémoire de sa sœur cadette, il a créé une montre, repro­duite 13 fois, pour cha­cun des membres de la famille Die­trich. Marc-Fran­çois Mignot-Mahon, le pré­sident de Stu­dia­lis, un réseau d’écoles auquel appar­tient l’IESA, lui a ren­du hom­mage dans un com­mu­ni­qué.

Thi­bault Rousse Lacor­daire, 37 ans, habi­tant de Neuilly-sur-Seine, était Pari­sien de nais­sance, selon Jérôme Bru­cker, un ami d’enfance. Il est l’une des vic­times de la fusillade du Bata­clan. «Une gen­tillesse sans pareil» le qua­li­fiait un de ses proches.

Gilles Leclerc, 32 ans, est mort au Bata­clan, a annon­cé sa tante lun­di en début de soi­rée, après trois jours d’incertitudes. Le jeune homme, fleu­riste dans la bou­tique de sa mère, à Saint-Leu-la-Forêt (Val-d’Oise), au nord de Paris. Quelques minutes avant le concert, le jeune homme bar­bu, fan de rock, de tatouages et des Etats-Unis, avait publié un sel­fie sur les réseaux sociaux: il y appa­rais­sait, avec sa com­pagne, Marianne, une bière à la main, devant la scène, depuis la fosse qui com­men­çait à se rem­plir. Lorsque les pre­miers tirs ont fusé, il a pro­je­té son amie par terre qui, en ram­pant, est par­ve­nue à s’enfuir.

Antoine Mary, 34 ans, déve­lop­peur infor­ma­tique. Déve­lop­peur pour des sites inter­net, ce jeune homme ori­gi­naire de Caen (Cal­va­dos) était sor­ti au Bata­clan en com­pa­gnie de son ami Ferey, réa­li­sa­teur, mon­teur et pho­to­graphe, lui aus­si décé­dé. «Aujourd’hui nous pleu­rons l’un des nôtres. Ton esprit libre, ta belle humeur. Antoine, nous ne t’oublierons pas», a twee­té pour annon­cer son décès l’agence de publi­ci­té Mil­ky, où il avait tra­vaillé avant de se mettre à son compte.

Ger­main Ferey, 36 ans. Ori­gi­naire de Vienne-en-Bes­sin (Cal­va­dos), il avait bifur­qué tar­di­ve­ment vers l’Ecole supé­rieure de réa­li­sa­tion audio­vi­suelle (ESRA), après des études de Lettres étran­gères et d’administration éco­no­mique et sociale et même un emploi dans le milieu ban­caire. A son compte depuis 2011 après avoir tra­vaillé dans des entre­prises de post-pro­duc­tion audio­vi­suelle, il était réa­li­sa­teur et mon­teur, et aus­si pho­to­graphe, ins­tal­lé à Paris. Il est mort au Bata­clan, où il s’était ren­du avec son ami Antoine Mary, une autre vic­time. «On a du mal à ima­gi­ner que ce soit pos­sible», a confié au quo­ti­dien Ouest France Rémi Fran­çoise, le maire de Vienne-en-Bes­sin, où résident tou­jours ses parents.

Jean-Jacques Amiot, 68 ans, était au Bata­clan lorsqu’il s’est fait tuer. Fan de rock, fami­lier des salles de concert, ce Pari­sien père de deux filles et deux fois grand-père était à la tête d’une entre­prise de séri­gra­phie et tra­vaillait régu­liè­re­ment pour les artistes, les musi­ciens, ou les des­si­na­teurs. «C’était un homme doux», a rap­pe­lé son frère dans Le Télé­gramme.

Bap­tiste Che­vreau, 24 ans, est tom­bé sous les balles au Bata­clan. Jeune gui­ta­riste, pas­sion­né de musique, il était le petit-fils de la chan­teuse Anne Syl­vestre. Après une enfance pas­sée à Ton­nerre (Yonne), il s’était ins­tal­lé à Paris il y a cinq ans.

Marion Jouan­neau, 24 ans. «C’était une jeune femme très, très douce», dit d’elle une proche. Son com­pa­gnon, un kiné­si­thé­ra­peute qui a réus­si à échap­per au mas­sacre, a mul­ti­plié les avis de recherche pen­dant le week-end, pos­tant et repos­tant sur les réseaux sociaux un sou­riant por­trait d’une jeune femme aux che­veux blonds cen­drés. Il a fini par annon­cer sur Twit­ter lun­di: «Marion est morte». Ils habi­taient Chartres (Eure-et-Loir).

Vincent Detoc, 38 ans, est mort au Bata­clan. Cet archi­tecte, père de deux enfants de 7 et 9 ans, était un fan de musique, gui­ta­riste ama­teur.

Chris­tophe Foul­tier, 39 ans, est mort au Bata­clan. Ce direc­teur artis­tique, père de deux enfants, pas­sion­né de rock, est décrit comme «simple, hon­nête et sin­cère» par ses amis sur Face­book.

Raphaël Hilz, 28 ans. Né en Bavière, en Alle­magne, il était archi­tecte et avait été embau­ché dans le cabi­net de Ren­zo Pia­no à Paris. Ven­dre­di soir, il était allé dîner au Petit Cam­bodge avec deux col­lègues, bles­sés lors de l’attaque.

Stel­la Ver­ry, 37 ans, dînait au Petit Cam­bodge, rue Bichat, lorsque les balles ont fusé. Méde­cin géné­ra­liste, elle avait récem­ment ouvert un cabi­net dans le XIXe arron­dis­se­ment de Paris, tout en étant méde­cin régu­la­teur du Samu.

Chloé Bois­si­not, 25 ans, ori­gi­naire de Châ­teau-Lar­cher dans la Vienne selon La Nou­velle Répu­blique. Elle et son petit ami Nico­las, bles­sé, étaient en train de dîner au res­tau­rant Le Petit Cam­bodge lorsque les assaillants ont ouvert le feu.

Emma­nuel Bon­net, 47 ans, habi­tant de la Cha­pelle-en-Ser­val (Oise). Ce père de famille était ven­dre­di au Bata­clan avec l’un de ses enfants. «Le fils a réus­si à quit­ter la salle, il ne trou­vait pas son père mais était per­sua­dé qu’il s’était lui aus­si échap­pé», a racon­té le maire de la com­mune Daniel Dray au Cour­rier Picard. Employé de la RATP, il avait par­ta­gé la veille du concert sur sa page Face­book un lien du groupe «Les athées en action» citant Jacques Pré­vert avec une pho­to du poète: «La théo­lo­gie c’est simple comme dieu et dieu font trois.»

Anne Cor­net, 29 ans. Ori­gi­naire de Houd­lé­mont (Meurthe-et-Moselle), la jeune femme a été tuée au Bata­clan avec son mari Pierre-Yves Guyo­mard, avec lequel elle rési­dait à Saint-Ger­main-en-Laye (Yve­lines), selon Le Répu­bli­cain Lor­rain.

Mayeul Gau­bert, 30 ans, juriste. Ori­gi­naire de Saône-et-Loire, il tra­vaillait depuis cinq ans pour l’organisme de for­ma­tion conti­nue Cegos, où il était décrit comme «drôle, dis­cret, effi­cace, très pro­fes­sion­nel». Il est mort des suites de ses bles­sures au Bata­clan. Sa page Face­book affi­chait en por­trait «Je suis Char­lie».

Pierre-Yves Guyo­mard, ingé­nieur du son et pro­fes­seur en sono­ri­sa­tion à l’Institut supé­rieur des tech­niques du son (ISTS) à Paris. Il a été tué au Bata­clan avec sa femme Anne Cor­net. «Il était l’un des meilleurs ensei­gnants que j’ai jamais eus et il avait beau­coup à par­ta­ger avec ses étu­diants et à leur don­ner», a écrit sur Face­book un de ses étu­diants.

Oli­vier Hau­du­coeur, 44 ans, ban­quier. Diplô­mé de l’Ecole natio­nale supé­rieure d’Ingénieurs de Caen, il tra­vaillait depuis 2006 au sein du groupe BNP Pari­bas. Ce cou­reur ama­teur était depuis un an employé de la socié­té fran­çaise de loca­tion auto­mo­bile longue durée Arval, filiale du groupe ban­caire. Il est mort au Bata­clan.

Renaud Le Guen, 29 ans, a été tué au Bata­clan où il se trou­vait avec sa com­pagne, res­ca­pée. «Renaud était quelqu’un de très culti­vé et doux. Tout le monde l’aimait. C’était un mec bien», a témoi­gné au quo­ti­dien Libé­ra­tion celle qu’il devait épou­ser l’année pro­chaine et qu’il avait ren­con­trée à 17 ans. «Il aimait le jazz, le rock, la pho­to, être avec sa famille et ses amis», a-t-elle racon­té. Il tra­vaillait dans un garage pour poids lourds près de la gare d’Evry-Courcouronnes (Essonne) et habi­tait à Savi­gny-sur-Orge, où il avait gran­di.

Char­lotte Meaud, 30 ans, est morte avec sa soeur jumelle, Emi­lie, sur la ter­rasse du café Le Carillon. Cette char­gée de déve­lop­pe­ment de start-up, pas­sion­née de musique et de sport, habi­tait dans le XXe arron­dis­se­ment de Paris et a gran­di à Aixe-sur-Vienne (Haute-Vienne) et fait ses études à Lyon et à Stras­bourg.

Emi­lie Meaud, 30 ans, tuée avec sa soeur jumelle Char­lotte sur la ter­rasse du Carillon, était archi­tecte à Paris. Ori­gi­naire de Haute-Vienne, elle aimait le rock et les films d’Eric Roh­mer.

Cécile Misse, 32 ans, a été tuée au Bata­clan, aux côtés de son com­pa­gnon, Luis Felipe Zschoche Valle, un musi­cien chi­lien. La jeune femme, ins­tal­lée à Paris depuis 2006, était char­gée de pro­duc­tion au théâtre Jean-Vilar de Sur­esnes, dans l’ouest pari­sien. Elle avait gran­di à Gap (Hautes-Alpes).

Hélène Muyal-Lei­ris, 35 ans, tuée au Bata­clan. Mère d’un petit gar­çon de 17 mois à peine, elle était maquilleuse-coif­feuse à Paris et tra­vaillait dans la mode ou sur des tour­nages. «Vous n’aurez pas ma haine», a écrit lun­di sur Face­book son mari Antoine Lei­ris, qui avait mul­ti­plié les avis de recherche pen­dant le week-end. «Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aus­si belle que lorsqu’elle est par­tie ce ven­dre­di soir, aus­si belle que lorsque j’en suis tom­bé éper­du­ment amou­reux il y a plus de 12 ans.»

«Bien sûr je suis dévas­té par le cha­grin», a recon­nu le jour­na­liste de France Bleu, pas­sion­né de ciné­ma, pour­sui­vant: «Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. (...) Nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit gar­çon vous fera l’affront d’être heu­reux et libre»; a-t-il lan­cé aux assas­sins d’Hélène.

Eric Tho­mé, pho­to­graphe et gra­phiste pari­sien, âgé d’une qua­ran­taine d’années. Ce pas­sion­né de musique, titu­laire d’un BTS en com­mu­ni­ca­tion visuelle, avait expo­sé des pho­tos en juillet aux Ren­contres de la pho­to­gra­phie d’Arles. Selon l’un de ses amis, qui a pos­té un mes­sage sur Face­book, il allait bien­tôt être père.

Fabian Stech, 51 ans, tué au Bata­clan était cri­tique d’art et aus­si ensei­gnant d’allemand dans un lycée pri­vé de Dijon. Né à Ber­lin, il était ins­tal­lé en France depuis 1994 où il était marié à une avo­cate dijon­naise et père de deux enfants.

Claire Sce­sa-Camax, 35 ans, ori­gi­naire d’Avignon, était gra­phiste à Paris depuis 2009, selon leDau­phi­né Libé­ré. Mère de deux enfants, la jeune femme tra­vaillait en free-lance pour le caba­ret pari­sen Cra­zy Horse. Elle était au Bata­clan avec son mari, qui a sur­vé­cu. L’Ecole pro­fes­sion­nelle supé­rieure d’arts gra­phiques de la Ville de Paris (Epsaa), où la jeune femme avait étu­dié, lui a ren­du hom­mage sur Face­book: «Elle aimait le rock. Elle assis­tait au concert des Eagles Of Death Metal au Bata­clan. Elle nous a quit­tés, par­mi tant d’autres.Nous la pleu­rons. Claire était une de nos anciennes étu­diantes, pro­mo 2003 en arts gra­phiques. Le meilleur hom­mage que l’on puisse lui rendre est en images, à tra­vers ses créa­tions».

Julien Galis­son, 32 ans, qui a gran­di à Orvault, en Loire-Atlan­tique, habi­tait à Nantes. Il est l’une des vic­times de l’attaque du Bata­clan. Joseph Par­paillon, le maire d’Orvault, lui a ren­du hom­mage lun­di 16 novembre der­nier, comme le rap­porte Ouest France.

Sven Ale­jan­dro Sil­va Per­ugi­ni, 29 ans, et véné­zué­lien, vivait en Espagne. Il est décé­dé au Bata­clan. « Nous nous sou­ve­nons de son sou­rire, de ses plai­san­te­ries, de son opti­misme et de son cha­risme», a écrit sa mère, Gio­va­ni­na Per­ugi­ni, sur son compte Face­book, ce mar­di 17 novembre.

D’après Le Figa­ro. Liste incom­plète et hélas pro­vi­soire.

 


Attentats de Paris. La mort contre l’Art de vivre

attentats_parisLes atrocités de ces jours funestes, comme à chacun sans doute, m’inspirent des flots de réflexions, entraînent mes pensées vers les profondeurs. L’une d’elles tourne autour d’une expression forte remontée avec les événements : l’art de vivre.

Les ter­ro­ristes, à tra­vers leur rage mor­ti­fère, ont vou­lu s’en prendre à notre mode de vie, à ce que nous vivons au quo­ti­dien. La mor­bi­di­té assas­sine, comme sou­vent par les drames et la mort, vient nous rap­pe­ler que la vie est en effet un art, ou qu’elle devrait l’être en tout cas, autant que pos­sible. Cette véri­té pro­fonde, essen­tielle, exis­ten­tielle nous échappe pour­tant trop sou­vent. Comme si elle s’usait « quand on ne s’en sert pas » – comme bien d’autres choses ! Comme si le fait de vivre s’écornait bête­ment au fil des jours, gan­gre­né par la bana­li­té. Or, il s’agit d’un art qui, comme tel, demande atten­tion de chaque jour, de chaque ins­tant. Cet art, le plus vieux sans doute, est pour­tant le plus gal­vau­dé et aus­si, l’actualité nous le montre, hélas, le plus mena­cé. Un art aus­si vieux que l’homo sapiens. – caté­go­rie abu­sive s’agissant de ces « fous d’Allah » qui n’ont que la mort pour hori­zon indé­pas­sable.

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© André Faber 2015

Au bis­trot, à une ter­rasse ; au ciné, au théâtre ou à un concert ; flâ­ner dans les rues ou dans une expo ; dans un stade ou à la messe… Faire la cour, et l’amour, avec qui et comme on veut. Man­ger un steak-frites, un cous­cous, une sau­cisse ou une salade (bio ou non). Boire un rouge, blanc ou rosé ; un whis­ky (même à la can­nelle, ou au coca) ; ou un thé (à la menthe ou autre). Lire un jour­nal ou un autre ; un polar, un roman coquin ou non, un essai, un pam­phlet ; rire d’une blague, d’un des­sin, d’une cari­ca­ture. Savou­rer la vie, l’honorer dans chaque ins­tant, sans gran­di­lo­quence, voi­là l’art de vivre – du moins « à la fran­çaise », qui n’est heu­reu­se­ment pas le seul ! Car il se décline par­tout où la vie lutte pour elle-même et non pour son contraire, la mort.

L’idée est si ancienne ! Elle remonte notam­ment (sans par­ler ici de la Chine antique) aux civi­li­sa­tions égyp­tienne et sumé­rienne – là où, pré­ci­sé­ment, les « choses » se tordent et se nouent de nos jours ; c’est-à-dire tout autour de cette Méso­po­ta­mie qui a vu naître l’écriture et, par delà, la pen­sée éla­bo­rée. Plus tard, vinrent les phi­lo­sophes grecs et latins, dont la moder­ni­té demeure éblouis­sante. Ils inven­tèrent lit­té­ra­le­ment – à la lettre – l’amour de la sagesse, après les­quels nous cour­rons tou­jours aujourd’hui, en nous essouf­flant ! Pytha­gore, Socrate et leurs foi­son­nantes lignées de pen­seurs et de viveurs. Ceux qui en effet, pré­ci­sé­ment, posèrent la phi­lo­so­phie comme un art de vivre, conden­sé plus tard par le fameux carpe diem emprun­té au poète latin Horace. Oui, urgence quo­ti­dienne : « cueillir le jour » sans dila­pi­der son temps.

On est évi­dem­ment là aux anti­podes de Daesh et de ses arrière-mondes !

J’y oppo­se­rai encore ce cher vieux Mon­taigne et la jeu­nesse de sa pen­sée ; ain­si, par exemple, quand au fil de ses Essais il passe à deux états phi­lo­so­phiques suc­ces­sifs : l’un sur le thème « Vivre c’est apprendre à mou­rir » –  dan­ge­reux slo­gan trop actuel… ; l’autre, plus heu­reu­se­ment tour­né vers la vie : « La mort est bien le bout, non pas le but de la vie ; la vie doit être pour elle-même son but, son des­sein. »

Autre réflexion, abor­dée ici dans un com­men­taire récent :

« Je vou­lais « seule­ment » dire qu’il n’y a pas de « pul­sion de mort » inhé­rente à la nature humaine, et cela il me semble que Wil­helm Reich l’a mon­tré magni­fi­que­ment, et que cette démons­tra­tion, par exemples cli­niques, est au cœur de son ensei­gne­ment, et de tout ce qu’il a appor­té ensuite au Monde. Pour moi cela n’a rien à voir avec une croyance ou non, Wil­helm Reich a rai­son ou il a tort. La « peste émo­tion­nelle » dont il parle, équi­va­lente à peu de chose près au res­sen­ti­ment mis au jour et génia­le­ment ana­lysé par Nietzsche, ne touche pas l’ensemble de l’humanité. […] » (Gérard Bérilley, 14/11/15)

C’est là un des grands points de cli­vage dans le mou­ve­ment psy­cha­na­ly­tique, celui autour de la freu­dienne « pul­sion de mort » que Reich, en effet, fut par­mi les pre­miers à reje­ter. Appli­quée à l’actualité, son objec­tion pour­rait s’exprimer ain­si : tout mor­ti­fères qu’ils soient, ces dji­ha­distes ne sont nul­le­ment mus par une hypo­thé­tique « pul­sion de mort » ; c’est leur inca­pa­ci­té à vivre qui les mène vers la mort ; c’est-à-dire leur impuis­sance à l’abandon au flux du vivant.

On dira que cela ne change en rien l’atrocité de leurs actes. Certes. Mais une telle ana­lyse (ici som­mai­re­ment résu­mée) évite l’impasse de la fata­li­té devant la Mort pul­sion­nelle, condui­sant à des ana­lyses autre­ment com­pré­hen­sives de la réa­li­té. Notam­ment s’agissant de la haine de la femme, créa­ture impure, qu’on ne rêve donc qu’en vierge fan­tas­ma­tique et « para­di­siaque ».

Cette obses­sion de la « pure­té » se retrouve dans les idéo­lo­gies fas­cistes et en par­ti­cu­lière dans le nazisme et sa « pure­té raciale ». Dans Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme, notam­ment, Reich avait ana­ly­sé les com­por­te­ments anti-vie, rigi­di­fiés sous la cui­rasse carac­té­rielle et celle des corps frus­trés. Une sem­blable ana­lyse auprès des dji­ha­distes met­trait au jour, à n’en pas dou­ter, les com­por­te­ments sexuels de vio­leurs et d’impuissants orgas­tiques. Les femmes vic­times de ces phal­lo­pathes « peine à jouir » – sauf à la secousse des kalach’– auront peut-être un jour à témoi­gner dans ce sens.

Com­prendre, certes, se pose comme une néces­si­té qui évite les géné­ra­li­sa­tions, sim­pli­fi­ca­tions, amal­games de toutes sortes. Expli­quer ne four­nit aucune solu­tion clé en main.


Attentats de Paris. Ni prier, ni plier

attentats_paris« Pray for Paris ». De grandes âmes, sans doute, appellent à « prier pour Paris ». Est-ce bien le moment ? Que cha­cun prie ou non selon ses (in)croyances, pour­vu que ce soit dans l’intimité de ses convic­tions. Or, l’injonction se veut publique ; elle s’exprime, dans la langue de Sha­kes­peare – éma­nant donc du monde anglo-saxon qui ignore la laï­ci­té –, selon le mode gra­phique et récu­pé­ra­teur, du « Je suis Char­lie » des atten­tats de jan­vier. La manœuvre empeste plu­tôt de ces « bonnes inten­tions » dont l’enfer est pavé. Plu­tôt que solu­tion, l’incantation reli­gieuse ne relève-t-elle pas pré­ci­sé­ment du pro­blème ? Celui qui jus­te­ment jette une grande par­tie du monde dans les illu­sions de l’au-delà – ce qui s’appelle l’obscurantisme, au nom duquel agissent les assas­sins hal­lu­ci­nés.

Appe­ler à « prier » ren­voie, en symé­trie, dans les arrière-mondes de ces « fous de Dieu » qui par­sèment l’Histoire de leur démence de san­gui­naires. Plus que jamais nous avons besoin d’allumer les lumières, avec et sans majus­cule, celles qui ont besoin du grand air frais de la vie pour nous don­ner à res­pi­rer la liber­té et ce qui s’ensuit : éga­li­té, fra­ter­ni­té, laï­ci­té et joyeu­se­té par consé­quent et de manière indis­so­ciable.

Ni prier, ni plier. Il nous faut être debout et, au nom de l’humanité, nous éle­ver et nous main­te­nir au-des­sus de la sau­va­ge­rie. L’élévation, bien sûr, ne sau­rait exclure le recueille­ment et la spi­ri­tua­li­té, formes laïques de la prière.

minute_silence_marseille

Lun­di 16 novembre sous l’ombrière du Vieux port à Mar­seille. Recueille­ment lors de la minute de silence en mémoire des vic­times des atten­tats de Paris. [Ph. gp]


Un vendredi de noir malheur

Leur vrai dieu, c’est la mort. Ils l’aiment, la servent, la sèment. Venus des arrière-mondes, leurs incursions dans celui des vivants n’a d’autre but que de tuer, détruire, semer la désolation, la souffrance, le malheur partout. Humains ils ne sont pas. Ou inachevés ; infirmes de la pensée, indignes d’être, en dehors de l’humanité. Détruire Palmyre ne leur suffit pas ; la pierre ne saigne pas, ne hurle pas, ne souffre pas. Ils veulent la grande jouissance du mal absolu, du désastre, de la haine qui tue.

Je souffre du grand malheur de ce vendredi noir. Le noir de l’obscurité morbide. « Nous » qui aspirons aux lumières, multiples, multicolores, joyeuses et jouissives ; « nous » dont l’Histoire – bien convulsive – se veut une lutte pour la vie ; la vie vivante, celle qui agrandit le monde. Et le voilà, ce monde, qui se rabougrit sous la terreur assassine ; mais aussi sous l’avidité des possédants, insatiables prédateurs, méprisants de l’Autre, vils profiteurs, en fin de compte aussi mortifères que les terroristes. Ce monde des murs et des barbelés, ce monde de la séparation et de l’injustice galopante, cause du grand dérèglement. Dénoncer ceux-là ne saurait pour autant absoudre la sauvagerie nihiliste. Mais que faire face à une telle négation de la vie ? Quelle espérance nourrir ?


Poussée d’intolérance au Maroc. « Much Loved » interdit, comédienne agressée

Much Loved, du cinéaste maro­cain Nabil Ayouch, est un film remar­quable dont j’aurais dû par­ler ici depuis que je l’ai vu il y a deux mois et qui, heu­reu­se­ment, est tou­jours à l’affiche dans les bonnes salles. Je me décide aujourd’hui pour une rai­son plus que ciné­ma­to­gra­phique : le film est inter­dit au Maroc, ce qui n’est pas sur­pre­nant, mais, sur­tout, l’actrice qui tient le rôle prin­ci­pal, Loub­na Abi­dar – superbe –, a été vio­lem­ment agres­sée le 5 novembre. Elle raconte cela dans une tri­bune adres­sée au Monde [12/11/15 ], expli­quant aus­si pour­quoi elle se voit contrainte de quit­ter son pays.

Maroc Loubna Abidar agressée

Loub­na Abi­dar vio­lem­ment agres­sée à Casa­blan­ca [Ph. dr]

Une fois de plus, c’est la place des femmes dans la socié­té qui se trouve au centre d’une actua­li­té per­ma­nente et à peu près géné­rale dans le monde, même si, bien sûr, les situa­tions sont variables, et donc leur degré de gra­vi­té. N’empêche, cela vaut dans nos socié­tés dites évo­luées. Que l’on songe aux dif­fé­rences de salaires entre hommes et femmes, à fonc­tions égales ; qu’il s’agisse de l’attribution des postes de res­pon­sa­bi­li­té, du har­cè­le­ment sexuel, du machisme « ordi­naire ». On n’entrera même pas ici sur le lamen­table débat autour des notions de genre.

Much Loved qui, comme son titre ne l’indique pas, est un film sur la condi­tion fémi­nine dans un des pays arabes les plus rétro­grades sur la ques­tion – et sur tant d’autres, hélas – tan­dis que cette royau­té d’un autre âge vou­drait se dra­per dans une pré­ten­due moder­ni­té.

Dans son texte, la comé­dienne donne à voir le pro­pos du film, en même temps qu’elle exprime une détresse per­son­nelle, une impla­cable dénon­cia­tion d’un régime d’oppression et l’intolérance d’une socié­té.

Après des petits rôles au théâtre et dans des films com­mer­ciaux, j’ai obte­nu le pre­mier rôle dans le long-métrage Much Loved, de Nabil Ayouch. C’était le plus beau jour de ma vie, car j’allais pou­voir tra­vailler avec un réa­li­sa­teur talen­tueux et inter­na­tio­na­le­ment recon­nu, et parce que j’allais don­ner la parole à toutes celles avec les­quelles j’avais gran­di : ces petites filles des quar­tiers qui n’apprennent ni à lire ni à écrire, mais aux­quelles on dit sans cesse qu’un jour elles ren­con­tre­ront un homme riche qui les emmè­ne­ra loin… Dès 14-15 ans, elles sortent tous les soirs dans le but de le trou­ver. Un jour, elles réa­lisent qu’elles sont deve­nues des pros­ti­tuées.

« Dans ce film, j’ai mis toute mon âme et toute ma force de tra­vail, por­tée par Nabil Ayouch et mes par­te­naires de jeu. Le film a été sélec­tion­né à Cannes. J’y étais, c’était magique. Mais dès le len­de­main de sa pré­sen­ta­tion, un mou­ve­ment de haine a démar­ré au Maroc. Un ministre qui n’avait pas vu le film a déci­dé de l’interdire avant même que la pro­duc­tion ne demande l’autorisation de le dif­fu­ser. Much Loved déran­geait, parce qu’il par­lait de la pros­ti­tu­tion, offi­ciel­le­ment inter­dite au Maroc, parce qu’il don­nait la parole à ces femmes qui ne l’ont jamais. Les auto­ri­tés ont décla­ré que le film don­nait une image dégra­dante de la femme maro­caine, alors que ses héroïnes débordent de vie, de com­ba­ti­vi­té, d’amitié l’une pour l’autre, de rage d’exister.

« Et une cam­pagne de détes­ta­tion s’est répan­due sur les réseaux sociaux et dans la popu­la­tion. Per­sonne n’avait encore vu le film au Maroc, et il était déjà deve­nu le sujet numé­ro un de toutes les dis­cus­sions. La vio­lence aug­men­tait de jour en jour, à l’encontre de Nabil « le juif » (sa mère est une juive tuni­sienne) et à mon encontre. Je déran­geais à mon tour, parce que j’avais le pre­mier rôle, parce que j’en étais fière, et parce que je pre­nais posi­tion ouver­te­ment contre l’hypocrisie par des décla­ra­tions nom­breuses.

Cachée sous une burqa

« Des mes­sages de sou­tien et d’amour, j’en ai reçu des dizaines. Dans les pays d’Europe où le film est sor­ti et a connu un bel accueil (j’ai notam­ment obte­nu le Prix de la meilleure actrice dans les deux fes­ti­vals majeurs de films fran­co­phones, Angou­lême en France et Namur en Bel­gique). Mais sur­tout, et c’était le plus impor­tant pour moi, au Maroc. Par des gens éclai­rés car ils sont nom­breux. Et aus­si par des pros­ti­tuées qui ont enfin osé par­ler à visage décou­vert pour dire qu’elles se recon­nais­saient dans le film.

« Mais rien n’a cal­mé la haine contre moi. Sur Face­book et Twit­ter, mon nom est asso­cié à celui de « sale pute » des mil­liers de fois par jour. Quand une fille se com­porte mal, on lui dit « tu fini­ras comme Abi­dar ». Tous les jours, je lis que je suis la honte des femmes maro­caines. Chaque semaine, je reçois des menaces de mort. J’ai encore des amis et des proches pour me sou­te­nir, mais beau­coup se sont détour­nés de moi. Pen­dant des semaines, je ne suis pas sor­tie de chez moi, ou alors uni­que­ment pour des courses rapides, cachée sous une bur­qa (quel para­doxe, me sen­tir pro­té­gée grâce à une bur­qa…).

« Ces der­niers jours, le temps pas­sant, la ten­sion me sem­blait retom­bée. Alors jeu­di 5 novembre, le soir, je suis allée à Casa­blan­ca à visage décou­vert. J’y ai été agres­sée par trois jeunes hommes. J’étais dans la rue, ils étaient dans leur voi­ture, ils m’ont vue et recon­nue, ils étaient saouls, ils m’ont fait mon­ter dans leur véhi­cule, ils ont rou­lé pen­dant de très longues minutes et pen­dant ce temps ils m’ont frap­pée sur le corps et au visage tout en m’insultant. J’ai eu de la chance, ce n’était « que » des jeunes enivrés qui vou­laient s’amuser… D’autres auraient pu me tuer. La nuit a été ter­rible. Les méde­cins à qui je me suis adres­sée pour les secours et les poli­ciers au com­mis­sa­riat se sont ri de moi, sous mes yeux. Je me suis sen­tie incroya­ble­ment seule… Un chi­rur­gien esthé­tique a quand même accep­té de sau­ver mon visage. Ma han­tise était jus­te­ment d’avoir été défi­gu­rée, de gar­der les traces de cette agres­sion sur mon visage, de ne plus pou­voir faire mon métier…

« Nabil Ayouch était là tout le temps pour me sou­te­nir. J’ai fait des décla­ra­tions de colère que je regrette. Je ne savais plus où j’étais. Alors j’ai déci­dé de quit­ter le Maroc. C’est mon pays, je l’aime, j’y ai ma vie et ma fille, j’ai foi en ses forces vives, mais je ne veux plus vivre dans la peur. On s’attaque à moi pour un rôle que j’ai joué dans un film que les gens n’ont même pas vu. Une cam­pagne de déni­gre­ment légi­ti­mée par une inter­dic­tion de dif­fu­sion du film, ali­men­tée par les conser­va­teurs, nour­rie par les réseaux sociaux si pré­sents aujourd’hui… et qui conti­nue de tour­ner en rond et dans la vio­lence. Au fond, on m’insulte parce que je suis une femme libre. Et il y a une par­tie de la popu­la­tion, au Maroc, que les femmes libres dérangent, que les homo­sexuels dérangent, que les dési­rs de chan­ge­ment dérangent. Ce sont eux que je veux dénon­cer aujourd’hui, et pas seule­ment les trois jeunes qui m’ont agres­sée… »

Loub­na Abi­dar

La bande-annonce de Much Loved.

PS. Des copies du film ont été mises en cir­cu­la­tion au Maroc, dans les­quelles des scènes por­no­gra­phiques ont été ajou­tées pour en dénon­cer l’immoralité !


« C’est l’école qui créé l’islamisme ! » Entretien avec Hamid Zanaz, écrivain algérien

hamid-zanaz

Cré­dit pho­to : Hamid Zanaz

Algé­rien, Hamid Zanaz vit en France depuis une ving­taine d’années. Il n’est retour­né en Algé­rie que tout récem­ment. Écri­vain, tra­duc­teur et jour­na­liste, il publie abon­dam­ment dans des médias arabes, tuni­siens, algé­riens et liba­nais prin­ci­pa­le­ment. Pour lui, il n’y a rien à rete­nir de la reli­gion du pro­phète, islam et isla­misme sont syno­nymes. Para­doxe : malgré les inter­dic­tions et la répres­sion, il se sent plus libre d’écrire dans cer­tains médias ara­bo­phones qu’en France… Ce détrac­teur réso­lu de l’islam explique pour­quoi et nous livre son regard sur le monde arabe et l’Algérie. Pes­si­miste, iro­nique et bon-vivant, il pour­suit son œuvre-com­bat. Son der­nier ouvrage est titré Isla­misme: com­ment l’Occident creuse sa tombe.

Inter­view  par Mireille Val­lette, du site suisse LesObservateurs.ch [avec les vifs remer­cie­ments de C’est pour dire].

• Vous ne vou­lez plus publier d’ouvrages en fran­çais. Pour­quoi ?

– Hamid Zanaz : Ce que je publie dans cer­tains pays arabes, jamais je ne pour­rais l’écrire en France. Même si en prin­cipe tout est inter­dit là-bas, le débat a lieu. Je viens de tra­duire du fran­çais en arabe un livre sur l’origine du monde qui est une vraie gifle à la reli­gion. Ici, on a peur d’être trai­té de raciste. Dans les pays musul­mans, je peux être trai­té de mécréant, jamais de raciste.

• D’autres exemples de ce que vous pou­vez dire là-bas ?

– Je peux écrire qu’il n’y a pas de dif­fé­rence entre islam et isla­misme, ou que le public de Dieu­don­né est for­mé à 80% de racaille isla­mique. Pas en France ou alors seule­ment dans des sites au public limi­té, et au risque d’ennuis judi­caires… Valls, lorsqu’il parle des dji­ha­distes, il fait atten­tion à ne pas dire qu’ils sont musul­mans. C’est ridi­cule ! Je publie en ce moment une série d’articles dans un quo­ti­dien liba­nais ara­bo­phone. Ce sont des inter­views de femmes arabes rebelles, dont Wafa Sul­tan et des femmes encore plus radi­cales. J’en ferai un livre en arabe inti­tu­lé « Ma voix n’est pas une honte », en réfé­rence à Maho­met dans l’un de ses Hadiths.

• Pour vous, la pau­vre­té en est-elle le ter­reau de l’intégrisme ?

– Contrai­re­ment à ce que veulent croire les Occi­den­taux, ce n’est pas la misère et la dis­cri­mi­na­tion qui ont créé l’islamisme, c’est l’école ! C’est la pos­si­bi­li­té de lire. Avant, les reli­gieux trans­met­taient un islam popu­laire, c’est-à-dire mal com­pris. Les gens étaient incons­ciem­ment tra­vaillés par la moder­ni­té, ils y adhé­raient peu à peu. Lorsque l’enseignement a été ara­bi­sé en Algé­rie, les gens et les imams ont pu connaître l’islam savant, « le vrai islam ». Et quand ils l’ont connu, ils sont natu­rel­le­ment deve­nus inté­gristes et ils ont com­men­cé à récla­mer l’application de cet islam, la cha­ria. Mais en fait, une bonne par­tie de la popu­la­tion lit peu, elle dépend sou­vent de quelqu’un qui cite ce qu’il y a dans les textes. En Algé­rie, c’est sur­tout l’Etat qui isla­mise, c’est l’offre qui crée la demande. Je regarde par­fois des émis­sions sur des TV algé­riennes. L’autre jour, je tombe sur des ques­tions-réponses avec un type connu, auto­pro­cla­mé spé­cia­liste de l’islam. Une femme dit : j’ai des pro­blèmes avec mon mari, il fait ceci et cela qui n’est pas juste.Et lui répond : pour plaire à Allah, tu dois suivre tout ce que dit ton mari.

• Pen­sez-vous que la jeu­nesse du monde arabe repré­sente un espoir ?

– Non, la jeu­nesse du monde arabe ne change pas, mis à part une mino­ri­té. L’école fabrique des inté­gristes jour et nuit. J’ai été prof de phi­lo au lycée. Lorsque tu traites de l’Etat par exemple, le pro­gramme t’oblige à faire la liste des méfaits et des avan­tages du capi­ta­lisme et du socia­lisme, puis à faire la syn­thèse et à don­ner la solu­tion : c’est l’Etat isla­mique. Les jeunes ne sont pas fana­ti­sés par inter­net, ils sont d’abord isla­mi­sés dans les mos­quées et les ins­ti­tu­tions de l’Etat. L’Internet, c’est le pas­sage à la pra­tique.

• Mais les pré­ceptes, par exemple rela­tifs à la sexua­li­té, sont extra­or­di­nai­re­ment sévères. La popu­la­tion réus­sit-elle à les res­pec­ter ?

– Non, même s’ils sont pro­gram­més par le logi­ciel isla­mique, les gens ne peuvent pas résis­ter, la vie est plus forte. C’est une vaste hypo­cri­sie. Quand je suis arri­vé en Algé­rie, je suis allé dans un bar où il y avait des femmes et des hommes, où l’on buvait de l’alcool. Mais c’est deve­nu presque clan­des­tin, ces lieux ferment petit à petit… sou­vent sous la pres­sion des habi­tants du quar­tier.

• Com­ment est-ce que le pou­voir se main­tient ?

– Dans ce pays, il y a deux opiums, la reli­gion et l’argent. L’Algérie ne se déve­loppe pas, mais pour gar­der le pou­voir, les auto­ri­tés ont créé une sorte d’Etat-providence. Ils achètent la paix sociale et rap­pellent constam­ment qu’ils ont stop­pé le ter­ro­risme des années 90. Pour l’instant, ça marche. Mais il n’y a pas de pou­voir fort, les Algé­riens se sont tou­jours rebel­lés. En résu­mé, c’est le bor­del !

• Et à votre avis, ce régime peut tenir jusqu’à quand?

Jusqu’à la famine… jusqu’à ce que la manne pétro­lière soit épui­sée ou concur­ren­cée par d’autres formes d’énergie. Le pro­blème de l’islam va se régler quand il n’y aura plus de pétrole. Fran­che­ment, qui écou­te­rait l’Arabie saou­dite ou le Qatar s’ils n’en ’avaient pas?

• En Algé­rie, avez-vous res­sen­ti l’explosion démo­gra­phique ?

– Les bâti­ments enva­hissent tout, on ne cesse de construire. Si ça conti­nue comme ça, dans 50 ans, il n’y aura plus d’espace non-bâti. Il n’y a pas de tra­vail. La pol­lu­tion est ter­rible, les auto­routes déla­brées… C’est le chaos par­tout. Mais j’y ai fait un beau séjour, il y a la famille, la mer…

• Que pen­sez-vous du cas tuni­sien ?

– J’ai tou­jours aimé ce pays, c’est une excep­tion dans le monde arabe. C’est dû à l’apport de Bour­gui­ba, il avait vrai­ment com­pris le dan­ger de l’islam, entre autres dans l’enseignement. L’éducation a bien fonc­tion­né, elle a pro­duit une élite laïque très bien for­mée et sa résis­tance à la pres­sion reli­gieuse est extra­or­di­naire ! Je les admire ! Ces Tuni­siens défendent la laï­ci­té plus et mieux que les Fran­çais et dans un cli­mat hos­tile.


« Il est grand le bonheur des musulmans »

Illus­tra­tion affli­geante du condi­tion­ne­ment reli­gieux infli­gé à des enfants…

Faut-il com­men­ter ?


On ne peut interdire la connerie du maire de Venelles !

Être trai­té pour un can­cer de la bouche n’empêche donc pas de dire des conne­ries. Cela y contri­bue­rait-il même ? Stu­pides ques­tions pour pro­pos débiles tenus par « mon » maire : Robert Char­don, ci-devant UMP (en passe d’exclusion selon NKM – on ver­ra) ou futur FN (non : trop à droite pour Marine Le Pen !).

Robert Chardon, croisé de Venelles.

Robert Char­don, croi­sé de Venelles.

Voilà en tout cas une pub pas bien relui­sante pour ma petite com­mune de Venelles (8.000 habi­tants). Toute la France infor­mée connaît désor­mais l’indécente pro­po­si­tion faite à Sar­ko­zy (cepen­dant ouvert à tout) de ce pre­mier magis­trat à la grande fibre répu­bli­caine : inter­dire l’islam en France. Il y va de l’avenir de la France et plus encore de la foi judéo-chré­tienne.

Dans son élan vers les plus hautes pen­sées, ce va-t-en-guerre (de reli­gion) avance en effet d’audacieuses pro­po­si­tions :

« Je sup­prime la loi de 1905 et pro­clame que la Répu­blique favo­rise la pra­tique de la foi chré­tienne », explique l’élu qui se com­pare à Louis XIV, qui avait révo­qué l’édit de Nantes en 1685.

« Il faut un plan Mar­shall pour le Magh­reb. Il faut aus­si une inter­ven­tion mili­taire en Libye. Il faut éga­le­ment mettre fin au dan­ger que repré­sentent les boat people » [sur Europe 1].

twt chardon

.

Robert Char­don relaie aus­si des mes­sages anti-islam comme « Pro­té­gez-vous, adop­tez un cochon !  » (sur son compte Face­book).

Le plus comique, si on peut dire, c’est que Venelles, à dix kilo­mètres d’Aix-en-Provence, est pro­ba­ble­ment l’une des com­munes les moins « isla­mi­sées » de la région, voire de France ! Pas un « Arabe », pas un « Noir » à l’horizon : rien que des Blancs, bour­geois, judéo-chré­tiens – tout ce qu’il y a de plus propres, nor­maux et vac­ci­nés, dont 56 % ont voté l’an der­nier pour ce saint-homme et ses fan­tasmes de croi­sé.

Inter­dire le culte de l’islam, ça peut même se conce­voir – la preuve. Mais inter­dire la conne­rie – là, on est désar­mé.


Alléluia Obama ! par Faber

Obama-Moïse, Faber

© Faber, 2015

L’heure appro­chant du pot de départ de la Mai­son blanche, son loca­taire élu songe à y lais­ser sa marque. Car l’empreinte semble bien pâli­chonne, tout juste enta­chée de décep­tion. Le pre­mier pré­sident noir des Etats-Unis n’aura donc pas cas­sé la baraque – oui, je sais : usé le cli­che­ton. Pas su, pas pu ? Le voi­ci qui tente un redres­se­ment ultime vers le centre du monde en érup­tion, concen­tré des inté­grismes clé­ri­caux et des vora­ci­tés pétro­lières. Kaboul, Damas, Bag­dad, Sanaa, Le Caire – Avec Téhé­ran et Jeru­sa­lem dans le cra­tère. Qui croit encore au mes­sie ?


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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