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Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écrivain et jour­nal­iste algérien, Kamel Daoud s’est imposé, par­mi d’autres trop rares dans le monde musul­man, par son indépen­dance de juge­ment, la finesse de ses analy­ses et de son écri­t­ure. Tan­dis que nos médias se lamentent sans fin sur les abom­i­na­tions de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflex­ions sur leurs caus­es plutôt que sur leurs seuls effets. On ne saurait certes dénier les dimen­sions dra­ma­tiques des atten­tats. Mais leur mise en spec­ta­cle médi­a­tique, l’étalage des témoignages mul­ti­ples, les déc­la­ra­tions out­rées ou va-t’en guerre, les recueille­ments et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stratégie pub­lic­i­taire de ter­reur visée par l’État islamique ? En dénonçant l’Arabie saou­dite comme « un Daesh qui a réus­si », Kamel Daoud va pré­cisé­ment à con­tre­courant du dolorisme ambiant qui masque une géopoli­tique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schiz­o­phrène, absurde, meur­trière et sans fin. [GP]

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L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réus­si”

Par Kamel Daoud

Une pen­sée pour Barcelone. Mais après la com­pas­sion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte con­tre le ter­ror­isme, l’Occident mène la guerre con­tre l’un tout en ser­rant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Ara­bie saou­dite tout en oubliant que ce roy­aume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui pro­duit, rend légitime, répand, prêche et défend le wah­habisme, islamisme ultra-puri­tain dont se nour­rit Daesh.

Le wah­habisme, rad­i­cal­isme mes­sian­ique né au XVIIIe siè­cle, a l’idée de restau­r­er un cal­i­fat fan­tas­mé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puri­tanisme né dans le mas­sacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien sur­réal­iste à la femme, une inter­dic­tion pour les non-musul­mans d’entrer dans le ter­ri­toire sacré, une loi religieuse rig­oriste, et puis aus­si un rap­port mal­adif à l’image et à la représen­ta­tion et donc l’art, ain­si que le corps, la nudité et la lib­erté. L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réus­si.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frap­pant : on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le prin­ci­pal mécène idéologique de la cul­ture islamiste. Les nou­velles généra­tions extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées dji­hadistes. Elles ont été biberon­nées par la Fat­wa Val­ley, espèce de Vat­i­can islamiste avec une vaste indus­trie pro­duisant théolo­giens, lois religieuses, livres et poli­tiques édi­to­ri­ales et médi­a­tiques agres­sives.

Vifs remer­ciements à Omar Louzi, directeur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volon­tiers autorisé la dif­fu­sion de cet arti­cle sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se présente comme un site d’information général­iste, con­cer­nant le monde amazigh (relatif au peu­ple berbère et à sa langue) : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Canaries, Mau­ri­tanie, … et la dias­po­ra amazigh en Amérique du Nord et en Europe… Un site par­tic­i­patif, indépen­dant, qui donne la parole à tous les Amazighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, poli­tique, cul­ture. Le site se veut pro­gres­siste, human­iste, ouvert et tolérant.

On pour­rait con­tre­car­rer : Mais l’Arabie saou­dite n’est-elle pas elle-même une cible poten­tielle de Daesh ? Si, mais insis­ter sur ce point serait nég­liger le poids des liens entre la famille rég­nante et le clergé religieux qui assure sa sta­bil­ité — et aus­si, de plus en plus, sa pré­car­ité. Le piège est total pour cette famille royale frag­ilisée par des règles de suc­ces­sion accen­tu­ant le renou­velle­ment et qui se rac­croche donc à une alliance ances­trale entre roi et prêcheur. Le clergé saou­di­en pro­duit l’islamisme qui men­ace le pays mais qui assure aus­si la légitim­ité du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musul­man pour com­pren­dre l’immense pou­voir de trans­for­ma­tion des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses mail­lons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La cul­ture islamiste est aujourd’hui général­isée dans beau­coup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mau­ri­tanie. On y retrou­ve des mil­liers de jour­naux et des chaines de télévi­sion islamistes (comme Echourouk et Iqra), ain­si que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tra­di­tion et des vête­ments à la fois dans l’espace pub­lic, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils con­sid­èrent comme con­t­a­m­inée.

Il faut lire cer­tains jour­naux islamistes et leurs réac­tions aux attaques de Paris. On y par­le de l’Occident comme site de « pays imp­ies » ; les atten­tats sont la con­séquence d’attaques con­tre l’Islam ; les musul­mans et les arabes sont devenus les enne­mis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la ques­tion pales­tini­enne, le viol de l’Irak et le sou­venir du trau­ma colo­nial pour emballer les mass­es avec un dis­cours mes­sian­ique. Alors que ce dis­cours impose son sig­nifi­ant aux espaces soci­aux, en haut, les pou­voirs poli­tiques présen­tent leurs con­doléances à la France et dénon­cent un crime con­tre l’humanité. Une sit­u­a­tion de schiz­o­phrénie totale, par­al­lèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saou­dite.

Ceci laisse scep­tique sur les déc­la­ra­tions toni­tru­antes des démoc­ra­ties occi­den­tales quant à la néces­sité de lut­ter con­tre le ter­ror­isme. Cette soi-dis­ant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une cul­ture avant d’être une mil­ice, com­ment empêch­er les généra­tions futures de bas­culer dans le dji­hadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fat­wa Val­ley, de ses clergés, de sa cul­ture et de son immense indus­trie édi­to­ri­ale ?

Guérir le mal serait donc sim­ple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saou­dite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Ori­ent. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équili­bre illu­soire : On dénonce le dji­hadisme comme le mal du siè­cle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le sou­tient. Cela per­met de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aus­si un père : l’Arabie saou­dite et son indus­trie idéologique. Si l’intervention occi­den­tale a don­né des raisons aux dés­espérés dans le monde arabe, le roy­aume saou­di­en leur a don­né croy­ances et con­vic­tions. Si on ne com­prend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des dji­hadistes mais ils renaîtront dans de prochaines généra­tions, et nour­ris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Faber, trait international

Les habitués de C’est pour dire con­nais­sent les tal­entueux dessins de mon ami André Faber. Il était déjà con­nu aus­si des lecteurs de Cour­ri­er inter­na­tion­al mais cette fois le spé­cial été, sup­plé­ment au numéro de la semaine, est entière­ment illus­tré par lui et son trait inim­itable. Belle et juste con­sécra­tion. Alleluia !


Les Actualités” de 1946. “C’était Noël quand même…”

En ces temps-là, l’actualité pas­sait par les écrans de ciné­ma. Avec l’impayable ton pleur­nichard du spiqueur et son prêche à deux balles, “Les Actu­al­ités” impo­sait en dix min­utes une vision du monde pour le moins étriquée. Au menu, pour ce 25 décem­bre 1946 : Saut à ski au trem­plin de See­grube dans le Tyrol autrichien, catch salle Wagram, mort de Paul Langevin, inno­va­tion : le cais­son chirur­gi­cal, étude des rayons cos­miques, retour des bag­nards de Cayenne à l’île de Ré, fouilles à Carthage, ves­tiges de la civil­i­sa­tion aztèque au Mex­ique, images de Noël 1946, Boxe : match Cer­dan con­tre Char­ron… (privé d’images). On ne craig­nait pas le mélange des gen­res dans une hiérar­chie des sujets plus que rel­a­tive. C’était il y a soix­ante-dix ans. Pas de quoi être nos­tal­gique. [© Doc­u­ment Ina]


Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

Col­laro chez les ploucs”. Reportage sur un cou­ple d’agriculteurs de Condé-sur-Seulles, dans le Cal­va­dos. Lui a échoué au per­mis de con­duire. Elle est à la remorque… Et Stéphane Col­laro – qui serre la main du mon­sieur mais pas celle de la dame… – d’y aller de sa dém­a­gogie d’amuseur pub­lic et de son mépris des gens sim­ples de la cam­pagne. Alors, pourquoi pub­li­er à nou­veau ? Parce que  ce mépris vaut anthro­polo­gie, tant pour les observés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poilant, tout en témoignant d’une époque et d’une forme de télévi­sion (Antenne 2, émis­sion La Lorgnette, 2 avril 1978. © Archives Ina).

Dans un autre reg­istre, mais proche, revoyons cet autre morceau d’anthologie : Dumayet et Des­grau­pes, Pierre-s angu­laires du scoop rim­bal­dien 

Comme quoi la “télé-réal­ité”, dès ses orig­ines, c’est d’abord la réal­ité de la télé.


Ciao Siné ! Il n’a pas voulu finir aux Invalides, ni au Panthéon…

siné1Siné, exit. Déjà, faut être con pour mourir, lui qui aurait préféré crev­er. Faut être encore plus con, dans son cas, pour caner le matin de l’Ascension. À moins qu’il ait opté in fine pour la ligne directe. Enfin, c’est son affaire. On ne sait quand auront lieu ses obsèques nationales. Plutôt que les Invalides ou le Pan­théon, il s’était réservé un coin à Mont­martre – à quel cimetière (celui du haut ou l’autre sous le pont Caulain­court) ? Il y aura une fan­fare au moins, comme à la Nou­velle-Orléans ? Une fan­fare de jazz, espérons, lui qui en était. Oui, l’anar aimait Nina Simone, Ray Charles, Dizzy Gille­spie, Count Basie, Bil­lie Hol­i­day… le free aus­si, Coltrane, Pharoah Sanders, Archie Shepp… Il était aus­si du bas­tringue gauchiste ; s’était fait embobin­er par Cas­tro, mais avait vite com­pris et en était revenu ; avait fréquen­té Mal­com X dont il dis­ait qu’il n’était ni croy­ant ni musul­man 1 ; son grand pote Cavan­na, il le trou­vait trop non-vio­lent ; sauf pour ce qui était de bouf­fer du curé, tous cultes con­fon­dus – c’était son sport favori, à égal­ité avec l’anti-militarisme ; de quoi ori­en­ter toute une vie de dessineu-grande-gueule au coup de cray­on assas­sin ; de quoi en lancer des anathèmes défini­tifs, et des “font chi­er”, et des doigts d’honneur grand comme des cac­tus géants, de celui en bronze qui va désor­mais mon­ter la garde sur ses cen­dres. Ciao Siné !

Notes:

  1. Dans un intéres­sant entre­tien avec Julien Le Gros dans “The Dis­si­dent” (http://the-dissident.eu/8126/sine-jattends-toujours-la-revolution/), il pré­ci­sait que Mal­com X a été tué alors qu’il s’apprêtait à faire son com­ing out sur ce point…

Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gou­verne­ment ne recule devant aucun sac­ri­fice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel autorise la pub­lic­ité sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, empor­tant sur son pas­sage les restes d’éthique auquel on croy­ait encore pou­voir s’accrocher. Tu croy­ais, naïf, que les radios du ser­vice pub­lic te met­taient à l’abri des sail­lies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débil­ités lim­itées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueuler. On est passé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libéral, l’indécence com­mune et la vul­gar­ité marchande ! Les enzymes glou­tons sont de retour, et les bag­noles à tout-va, les chaussée-au-moine, les justin-bridoux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchanter­ess­es, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gou­verne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un min­istre à la hau­teur. Je ne vois que Séguéla. Un Séguéla, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa con­ner­ie.

Nous restera à fer­mer le poste. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

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De la mort, de la célébrité, de l’actualité et des atrocités

Un mort par jour. Rec­ti­fi­catif : un mort célèbre par jour. Pré­ci­sion : un mort médi­a­tique­ment célébré. Affine­ment : un mort prélevé dans la Société du Spec­ta­cle. Développe­ment.

Le hasard – ici heureuse et infail­li­ble coïn­ci­dence – a fait que mon ami Robert Blondin ait, out­re-Atlan­tique, cousu au même moment quelques pro­fondes réflex­ions autour de la mort, de la célébrité et des trompettes de la renom­mée fustigées par le lumineux Brassens. Dou­ble occa­sion de « mourir moins bête », comme le clame un grinçant feuil­leton quo­ti­di­en sur Arte, se ter­mi­nant invari­able­ment par : « …oui, mais bon, vous mour­rez quand même ! »

Résumons, par ordre chronologique de décès (liste très pro­vi­soire) : Delpech Michel (chanteur), Bley Paul (pianiste de jazz), Tur­cat André (pilote d’avion), Hunter Long John (blues­man), Gal­abru Michel (comé­di­en), Boulez Pierre (musi­cien), Pam­pani­ni Syl­vana (actrice ital­i­enne), Armen­dros Choco­late (trompet­tiste cubain), Peu­geot Roland (indus­triel), Cour­règes André (styl­iste de mode), Reid Patrick (rug­by­man irlandais), Clay Otis (chanteur de soul état­sunien), Bowie David (chanteur bri­tan­nique), Angélil René (agent artis­tique québé­cois), Desruis­seaux Pierre (écrivain québé­cois), Tournier Michel (écrivain), Alaoui Leïla (pho­tographe fran­co-maro­caine), Sco­la Ettore (cinéaste), Charles-Roux Edmonde (écrivaine, jour­nal­iste)…

J’ai, exprès, mis les noms de famille en tête, comme sur les mon­u­ments aux morts et comme on les appelle à chaque célébra­tion de mas­sacres.

Ne pas man­quer non plus de citer Allen Woody quand, ayant énuméré les morts suc­ces­sives de Jésus, Marx, Mao, il ajoute, gogue­nard : « …Et moi-même, je ne me sens pas très bien… »

Liste ouverte, lim­itée à la sphère cul­tureuse ou presque, fran­co-cen­trée – bien qu’il y ait là dedans des sportifs, un pilote, des Cana­di­ens, un indus­triel, un Cubain, une fran­co-Maro­caine…

Le plus mar­rant, si j’ose dire, c’est la liste com­plète établie et tenue au jour le jour sur Wikipedia. Vaut le détour, c’est ici.

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Le Monde aus­si, “la” référence…

Où l’on voit que le degré de célébrité relève de fac­teurs mul­ti­ples, surtout cul­turels et marchands. Ce qui définit bien la notion de « spec­ta­cle » – même si on ne l’étend pas à la cri­tique de la société selon Debord Guy (mort lui aus­si – en 1994).

Où l’on voit qu’il y a un degré de plus entre pop­u­lar­ité et pipo­lar­ité, cette dernière ten­dant à devenir la seule vraie échelle de « valeurs », propul­sée en cela par la machine médi­a­tique à fab­ri­quer de l’idole selon des recettes aus­si fluc­tu­antes que les cours de la bourse. Fluc­tu­a­tions qui n’altèrent en rien la solid­ité du Cap­i­tal­isme, au con­traire. Tout comme la célébra­tion des morts célèbres assurent les valeurs des célébrités (pro­vi­soire­ment) vivantes. Ain­si ce flux mor­bide se trou­ve-t-il pieuse­ment entretenu. Il fait par­tie du fond de com­merce des gazettes et autres rédac­tions nécrologiques, voire nécrophiliques.

Ain­si Le Monde – pour ne citer que lui – ren­ferme dans son fri­go quelque 300 notices prêtes à démouler après réchauffage à l’actualité. Mais c’est sans doute l’Agence France Presse qui détient la plus gar­nie des cham­bres froides – mod­èle Rungis (gros et demi-gros). Par­tant de là, la célébra­tion mor­tu­aire vivra sa vie, si l’on peut dire, au gré de l’« actu », selon qu’elle sera, ce jour-là, maigri­chonne ou pléthorique ; ou selon le degré de pipo­lar­ité.

Ain­si un Michel Delpech a-t-il « béné­fi­cié » de 20 min­utes en ouver­ture du JT de 20 heures de France 2 ! Boulez un peu plus de cinq, et en fin de jour­nal. Bley ? Même pas mort, selon la même chaîne. Gal­abru, ah le bon client que voilà ! Bien moins cepen­dant que Bowie – record absolu, tous sup­ports, sur plusieurs jours (prévoir des « résur­rec­tions » type Michael Jack­son).

Tels sont aujourd’hui les rites mod­ernes qui entourent la mort, cette don­née du vivant, sans laque­lle la vie, en effet, serait bien fade et nos médias plus encore…

22-mort« Je vis cette faucheuse. Elle était dans son champ. / Elle allait à grands pas moisson­nant et fauchant, / Noir squelette lais­sant pass­er le cré­pus­cule. / Dans l’ombre où l’on dirait que tout trem­ble et recule, / L’homme suiv­ait des yeux les lueurs de la faux » – Vic­tor Hugo, Les Con­tem­pla­tions

 Où l’on voit enfin que ladite célébrité recou­vre la froide – c’est bien le mot – réal­ité de la mort : « La mor­tal­ité dans le monde cor­re­spond à 1,9 décès à chaque sec­onde sur Terre, soit 158 857 décès par jour, soit près de 59 mil­lions de décès chaque année. » C’est beau­coup, mais inférieur au nom­bre de nais­sances. Ce qu’on peut regret­ter en ter­mes stricte­ment démo­graphiques et en par­ti­c­uli­er sous l’angle malthusien… Compt­abil­ité dévelop­pée ici, c’est amu­sant…

« Tout ça » pour en venir à quoi ? À cette quête de l’immortalité qui sem­ble avoir saisi l’animal humain depuis la nuit des temps. Cette nuit qui l’effraie tant ; pour (ou con­tre) laque­lle l’homo erec­tus s’est redressé, jusqu’à ten­ter de devenir sapi­ens – du moins par moments, selon les lieux et les cir­con­stances…

Pour ce faire, il aura érigé des totems, bramé des incan­ta­tions, bricolé des rites, des mythes, des cultes et par dessus le marché des reli­gions avec des dieux, des saints, des curés de tous ordres et obé­di­ences se dis­putant leur Dieu pour­tant devenu unique. Il aura bran­di des textes « sacrés » aux fables infan­til­isantes et, aus­si, nour­ri les arts les plus sub­limes, en même temps que les bûch­ers et innom­brables sup­plices ; puis lancé des hordes de guer­ri­ers, tous bar­bares récipro­ques et égale­ment fana­tiques, semeurs de mort, assas­sins de vie. Dans cette pro­fonde nuit auront sur­gi, sub­limes éclairs isolés ou spo­radiques, les torch­es vac­il­lantes et fières des Lumières.

Nous en sommes là, si incer­tains. « Tout ça » au nom de l’Amour, sans doute et avec tant de doutes quant à l’avenir de cet homo habilis, si doué pour la souf­france et le mas­sacre. Amen.



« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bou­chon » a osé la jour­nal­iste sur France Inter ce matin pour lancer le mar­ronnier esti­val. Et d’enfiler les clichés sur les dan­gers de la déshy­drata­tion, les red­outa­bles micro-trot­toirs (sur autoroutes…) et, donc, les puis­santes pen­sées des cheva­liers à qua­tre roues. Il est revenu, l’heureux temps des bou­chons, ces « hiron­delles » qui annon­cent l’été canic­u­laire. Ce rit­uel jour­nal­is­tique est aus­si vieux que les hordes auto­mo­biles. C’est aus­si un mar­queur de société. Ain­si cette archive de l’Ina datée du 1er juil­let… 1968, sobre­ment inti­t­ulée « Arrivée des touristes sur la Nationale 7 : traf­ic auto­mo­bile et plages de la région », extraite de Provence Actu­al­ités, Office nation­al de radiod­if­fu­sion télévi­sion française,  Mar­seille. Où la niais­erie du pro­pos atteste bien que la révo­lu­tion de Mai-68 a vécu.


En langue des médias, liberté se dit laïcité

Un dimanche matin, celui d’un dimanche d’« après ». Plus tout à fait comme « avant ». Après mes ablu­tions, le café et toute la procé­dure de démar­rage du lamb­da qui s’est couché tard pour cause de chaos mon­di­al, j’allume mon ordi resté en mode télé de la veille. Et voilà que je tombe (France 2) sur trois las­cars en cra­vates devisant, peinards, sur l’étymologie des prénoms musul­mans en langue arabe. C’est l’émission « Islam » : fort intéres­sante. Je suis sur le ser­vice pub­lic de la télé. Vont suiv­re « La Source de vie », émis­sion des juifs, puis « Présence protes­tante », puis « Le Jour du Seigneur ». Et, enfin, Nagui reprend les rênes avec « Tout le monde veut pren­dre sa place »… (Je n’ose voir là-dedans une hiérar­chie cal­culée…)

Donc, pas de pain, mais du religieux et du reli-jeux… Facile ? Peut-être mais quand même un chouïa pro­fond. Dans les deux cas, il s’agit de reli­er, autant que pos­si­ble, selon des niveaux de croy­ances bien séparés de la pen­sée cri­tique, en strates, en couch­es sédi­men­taires. Je veux dire qu’entre « tout ça », ça ne relie pas beau­coup… Cha­cun restant dans ses référents ancrés au plus pro­fond de soi, depuis l’inculcation parentale, selon qu’on sera né à Karachi, Niamey, Los Ange­les, Mar­seille, Paris XVIe ou Gen­nevil­liers.

Entre-temps j’ai allumé le poste (France Cul­ture, ma radio préférée, de loin !). Et là, dimanche oblige, vont se suc­céder : Chré­tiens d’Orient, Ser­vice protes­tant, La Chronique sci­ence (trois min­utes…), Tal­mudiques, Divers aspects de la pen­sée con­tem­po­raine : aujourd’hui la Grande loge de France (ça peut aus­si être le Grand ori­ent, la Libre pen­sée, etc., selon le tour de « garde »). Et, bien sûr, la Messe.

On est tou­jours sur le ser­vice pub­lic des médias d’un pays laïc et je trou­ve ça plutôt bien, même si, on le devine, toutes les innom­brables chapelles, obé­di­ences et autres ten­dances font la queue devant le bureau de la pro­gram­ma­tion de Radio France pour qué­man­der leurs parts de prêche.

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– Main­tenant, je voudrais vous pos­er la ques­tion que doivent se pos­er tous nos spec­ta­teurs : Com­ment votre con­cept onirique à ten­dance kafkaïenne coex­iste-t-il avec la vision sublogique que vous vous faites de l’existence intrin­sèque ? [© Sem­pé]

Je trou­ve ça plutôt bien, et qu’on nous foute la paix ! Surtout dans la mesure où – pour par­ler pré­cisé­ment de France Cul­ture – le reste des pro­grammes est essen­tielle­ment ori­en­té sur la cul­ture, au sens plein – inclu­ant à l’occasion les reli­gions –, et tout le champ des con­nais­sances : philosophiques, his­toriques, anthro­pologiques, soci­ologiques –sci­en­tifiques en général, sans oubli­er l’information (les Matins avec Marc Voinchet, 6 h 30 – 9 h, sont exem­plaires).

Je me dis qu’une telle radio s’inscrit dans l’« excep­tion cul­turelle » française et qu’elle est pré­cisé­ment un pro­duit de notre laïc­ité. Et je note aus­si un autre effet, tout récent celui-là car lié aux atten­tats du 7 jan­vi­er, et en par­ti­c­uli­er le pre­mier con­tre Char­lie Heb­do. Il ne s’agit nulle­ment de min­imiser celui con­tre les juifs du mag­a­sin cash­er, évidem­ment, mais seule­ment d’en rester au fait de la lib­erté d’expression et de car­i­ca­ture. Je trou­ve, en effet, que le ton des médias a mon­té d’un cran dans l’expression même de cette lib­erté, du moins dans une cer­taine vigueur de lan­gage, voire une verdeur – ce qui con­stitue un signe man­i­feste et sup­plé­men­taire de libéra­tion.

Encore un effort ! Et pourvu que ça dure.


Humanités”… Tout un programme sur France 5

Inti­t­uler  Human­ités un nou­veau pro­gramme de doc­u­men­taires, c’est une idée promet­teuse de France 5. Beau titre et générique superbe dû à Célia Riv­ière, sur des illus­tra­tions de Théo Guig­nard et une musique de Sacha Galper­ine. Tout un pro­gramme, en effet. “Si votre plumage se rap­porte à…”


Charlie Hebdo”. Tenter de vivre

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Lau­rent Souris­seau, alias Riss, va repren­dre les rênes de “Char­lie Heb­do”.

Hier soir mar­di, au jour­nal télé, appari­tion de Riss comme un sur­vivant, qu’il est, de la tuerie de Char­lie Heb­do. Regard ter­ri­ble­ment mar­qué, lui qui a vécu l’horreur, en a réchap­pé sans trop savoir com­ment ; mais abat­tu quand même, mar­qué, touché par cette vio­lence abso­lutiste qui l’a atteint et meur­tri. Un regard si triste der­rière des paroles empreintes de sérénité et peut-être aus­si d’un grand scep­ti­cisme sur l’humanité. Le mot de Valéry, plus que jamais : « Le vent se lève, il faut ten­ter de vivre ».

Ce mer­cre­di matin, sur France Cul­ture, la hau­teur de vue d’un Pierre Nora sur les événe­ments et ses suites pos­si­bles, par­lant en his­to­rien de l’émergence de la « con­science de soi »,  de la révo­lu­tion de « 36 », et celle de « 68 » qui ont changé l’Histoire. Et main­tenant ? Main­tenant que, « dans les quartiers » le mot « rai­son » s’apparente à la dom­i­na­tion – ce mot issu des Lumières, appar­en­té « à la classe qui sait, et qu’on récuse par déf­i­ni­tion ». Tan­dis qu’à cette jeunesse délais­sée, sans avenir, “en face on pro­pose une cause, une aven­ture, l’ivresse des armes, une cama­raderie : le roman­tisme de la jeunesse, une fra­ter­nité et le par­adis au bout après le sac­ri­fice… » Alors, la tâche sera rude !

Il ne s’agira pas de se pay­er de mots en dénonçant un « apartheid ter­ri­to­r­i­al, social, eth­nique » dans les quartiers français. Ce qui est un début. De même que déblo­quer 700 mil­lions d’euros est une manière de faire face à l’urgence du dan­ger, tan­dis que de traiter les caus­es pro­fondes ayant con­duit aux drames pren­dra au moins une ou deux dizaines d’années.

Sans tomber dans la dém­a­gogie, ni vouloir tout mélanger, remar­quons cepen­dant que bien des décen­nies d’injustice sociale, dans notre pays comme dans le monde en général, n’ont jamais con­duit à décréter un état d’urgence human­i­taire ! Et on relève à chaque hiv­er, dans les rues, à même les trot­toirs et selon le froid, des dizaines de morts.

Cette année encore, dans la riche sta­tion helvète de Davos, les « grands » du monde vont devis­er grave­ment sur l’état de l’économie mon­di­ale et « se pencher » sur la con­jonc­ture et ce fait révoltant révélé par un rap­port de l’ONG Oxfam :

Les 85 per­son­nes les plus rich­es du monde pos­sè­dent autant que la moitié la plus pau­vre de la pop­u­la­tion, soit 3,5 mil­liards de per­son­nes.

Y a-t-il vio­lence plus révoltante et, de ce fait, plus généra­trice des désor­dres mon­di­aux ? Oui, la tâche sera rude !


 

Pascal Blan­chard, his­to­rien et auteur de La France arabo-ori­en­tale était mar­di l’invité de Claire Ser­va­jean dans le jour­nal de 13 heures de France Inter. Il revient sur ce terme “d’Apartheid” util­isé par Manuel Valls pour par­ler de la sit­u­a­tion sociale en France. Son analyse mérite d’être (ré)entendue.


Pas­cal Blan­chard : “Employ­er des mots comme apartheid…


 

Choqués par un reportage “sur le quarti­er de Coulibaly” paru dans le Figaro le 15 jan­vi­er 2015, des étu­di­ants en jour­nal­isme d’Ile-de-France ont pub­lié une vidéo dans laque­lle ils dis­ent refuser l”idéologie et les préjugés”. Les Reporters Citoyens ont choisi de réa­gir avec des mots. La TéléLi­bre, l’EMI et Alter­mon­des, parte­naires du pro­jet de for­ma­tion aux métiers du jour­nal­isme et de l’image ont décidé de pub­li­er et de soutenir leur tri­bune.


 Réac­tion de Reporters Citoyens à un reportage du Figaro


Poussée d’athéisme dans le monde arabe et dans l’islam

Depuis l’instauration du “cal­i­fat islamique”, les langues com­men­cent à se déli­er dans le monde arabe. Les cri­tiques ne visent plus seule­ment les “mau­vais­es inter­pré­ta­tions de la reli­gion”, mais la reli­gion elle-même. Dans le monde, des voix – certes rares – s’élèvent aus­si par­mi la dias­po­ra musul­mane pour s’opposer à l’oppression islamique.

wafa sultanC’est le cas depuis plusieurs années de Wafa Sul­tan, psy­chi­a­tre améri­cano-syri­enne, exilée aux États-Unis, et qui s’exprime avec courage et véhé­mence sur les télévi­sions – dont Al Jazeera…  « C’est pour dire » a dif­fusé en 2007 deux de ses vidéos [ICI] et []. Celles-ci, rap­portées à l’actualité, pren­nent tout leur sens, notam­ment quand cette femme – men­acée, faut-il-le dire ? – souligne avec force com­bi­en, selon elle, il est impor­tant de faire bar­rage au ter­ror­isme religieux. Les pro­pos de Wafa Sul­tan, et en par­ti­c­uli­er les vidéos qui la mon­trent, ont été détournés par d’autres fana­tiques, anti-islamiques en général et à l’occasion anti-Arabes et anti­sémites – autant dire d’horribles racistes, dont de bien fran­chouil­lards ! (Voir le générique de fin d’une  des deux vidéos en lien ci-dessus).

En France, des athées ont lancé un Con­seil des ex-musul­mans de France. Leur man­i­feste remonte à 2003. L’Obs a aus­si pub­lié en 2013 le texte de Sami Bat­tikh, un jeune vidéaste lib­er­taire d’origine musul­mane. Sous le titre para­dox­al Athée, voici pourquoi je défends désor­mais la pra­tique de l’islam, l’auteur expose sa moti­va­tion antiraciste et jus­ti­fie ain­si sa sol­i­dar­ité avec les musul­mans. Il  se réfère à Han­nah Arendt et à sa réflex­ion autour de la banal­ité du mal et de l’acceptation pas­sive d’une idéolo­gie. “Un demi-siè­cle après la pub­li­ca­tion de Eich­mann à Jérusalem, s’indigne l’auteur de l’article, notre société n’a jamais été si proche de cette époque som­bre et nauséabonde.”
Les réseaux dits soci­aux dif­fusent par ailleurs de nom­breux tweets d’ex-muslims” apos­tats, notam­ment des États-Unis.
En octo­bre dernier, Omar Youssef Suleiman, a pub­lié sur le site libanais indépen­dant Raseef22 (Trottoir22) un arti­cle évo­quant les poussées de l’athéisme dans le monde arabe. Bouil­lon­nement qu’il com­pare à celui qui a précédé la Révo­lu­tion française…  En voici des extraits :
Dans le monde arabe, on pou­vait certes cri­ti­quer les per­son­nes chargées de la reli­gion, mais cri­ti­quer la reli­gion musul­mane elle-même pou­vait coûter la vie à celui qui s’y risquait, ou du moins le jeter en prison. Le mot d’ordre “l’islam est la solu­tion” a été scan­dé durant toute l’ère mod­erne comme une réponse toute faite à toutes les ques­tions en sus­pens et à tous les prob­lèmes com­plex­es du monde musul­man.
 Ammar Mohammed Raseef22

Raseef22 a pub­lié un reportage sur ce jeune Yéménite de 11 ans, Ammar Mohammed

Mais la créa­tion de l’Etat islamique par Daech et la nom­i­na­tion d’un “cal­ife ayant autorité sur tous les musul­mans”soulèvent de nom­breuses ques­tions. Elles met­tent en doute le texte lui-même [les fonde­ments de la reli­gion] et pas seule­ment son inter­pré­ta­tion, l’idée même d’une solu­tion religieuse aux prob­lèmes du monde musul­man. Car, au-delà de l’aspect ter­ror­iste du mou­ve­ment Daech, sa procla­ma­tion du cal­i­fat ne peut être con­sid­érée que comme la con­créti­sa­tion des reven­di­ca­tions de tous les par­tis et groupes islamistes, à com­mencer par [l’Egyptien fon­da­teur des Frères musul­mans], Has­san Al-Ban­na, au début du XXe siè­cle. Au cours de ces trois dernières années, il y a eu autant de vio­lences con­fes­sion­nelles en Syrie, en Irak et en Egypte qu’au cours des cent années précé­dentes dans tout le Moyen-Ori­ent.

Cela provoque un désen­chante­ment chez les jeunes Arabes, non seule­ment vis-à-vis des mou­ve­ments islamistes, mais aus­si vis-à-vis de tout l’héritage religieux. Ain­si, en réac­tion au rad­i­cal­isme religieux, une vague d’athéisme se propage désor­mais dans la région. L’affirmation selon laque­lle “l’islam est la solu­tion” com­mence à appa­raître de plus en plus claire­ment comme une illu­sion. Cela ouvre le débat et per­met de tir­er les leçons des erreurs com­mis­es ces dernières années.

Peu à peu, les intel­lectuels du monde musul­man s’affranchissent des phras­es implicites, cessent de tourn­er autour du pot et de mas­quer leurs pro­pos par la rhé­torique pro­pre à la langue arabe qu’avaient employée les cri­tiques [musul­mans] du XXe siè­cle, notam­ment en Egypte : du [romanci­er] Taha Hus­sein à [l’universitaire déclaré apo­s­tat] Nasr Hamed Abou Zayd.

Car la mise en doute du texte a une longue his­toire dans le monde musul­man. Elle s’est dévelop­pée là où dom­i­nait un pou­voir religieux et en par­al­lèle là où l’extrémisme s’amplifiait au sein de la société. [ L’écrivain arabe des VII­Ie-IXe siè­cles] Al-Jahiz et [l’écrivain per­san con­sid­éré comme le père de la lit­téra­ture arabe en prose au VII­Ie siè­cle] Ibn Al-Muqaf­fa avaient déjà exprimé des cri­tiques implicites de la reli­gion. C’est sur leur héritage que s’appuie la désacral­i­sa­tion actuelle des con­cepts religieux et des fig­ures his­toriques, relayée par les réseaux soci­aux, lieu de lib­erté pour s’exprimer et débat­tre.

Le bouil­lon­nement actuel du monde arabe est à com­par­er à celui de la Révo­lu­tion française. Celle-ci avait com­mencé par le rejet du statu quo. Au départ, elle était dirigée con­tre Marie-Antoinette et, à la fin, elle aboutit à la chute des instances religieuses et à la procla­ma­tion de la République. Ce à quoi nous assis­tons dans le monde musul­man est un mou­ve­ment de fond pour chang­er de cadre intel­lectuel, et pas sim­ple­ment de prési­dent. Et pour cela des années de lutte seront néces­saires.

Omar Youssef Suleiman
Pub­lié le 3 octo­bre 2014 dans Aseef22 (extraits) Bey­routh

Aseef22 entend cou­vrir les infor­ma­tions poli­tiques, économiques, sociales et cul­turelles des 22 pays arabes. Fondé en août 2013, il s’adresse aux 360 mil­lions d’Arabes.


Ajout du 25/1/15, dans L’Obs.com, sur la dif­fi­culté d’être athée en Egypte.

Les Egyptiens pensent toujours que les athées ont besoin d’une aide médicale


La typo, art du caractère, secret de la police

Les typogra­phies ne vien­nent pas de nulle part: inspirées par un mou­ve­ment cul­turel ou artis­tique, aspirées par l’Histoire, con­traintes par des besoins, et mar­quées par le prag­ma­tisme et la fan­taisie de leurs créa­teurs. C’est ce que racon­te Sacrés Car­ac­tères, une remar­quable web­série imag­inée par Thomas Sipp, pro­duite par Les Films d’Ici et Radio France, et mise en ligne sur le site de France Cul­ture.

En douze épisodes d’à peine trois min­utes, la web­série racon­te la nais­sance, l’histoire et la postérité des typos Auri­ol, Bodoni, Hel­veti­ca ou encore Times New Roman, à l’aide d’une ani­ma­tion futée. Et d’une voix-off effi­cace, lue par Chiara Mas­troian­ni: «Chaque typogra­phie fonc­tionne comme une voix, avec son pro­pre tim­bre, son reg­istre, et ses inflex­ions».


Sacrés car­ac­tères — Mis­tral par francecul­ture

Sacrés Car­ac­tères mon­tre à quel point leur créa­tion est liée aux inno­va­tions: au développe­ment de l’imprimerie (Times New Roman), de l’informatique (Com­ic Sans), de la presse (Bodoni), de l’édition (Auri­ol) ou de la pub­lic­ité et la com­mu­ni­ca­tion de masse (Coop­er Black).

Les typogra­phies dis­ent beau­coup de leur péri­ode de con­cep­tion. Futu­ra par exem­ple, née de l’avant-garde alle­mande du début du XXe siè­cle, voulait «créer l’écriture de son temps». Mise au plac­ard par les nazis, qui la jugeaient «bolchévique» et lui préféraient les car­ac­tères goth­iques, elle fit un grand retour après-guerre pour devenir la typo favorite de la pub­lic­ité du monde entier.

Ou la Suisse Hel­veti­ca, autre police pour pub­ards, influ­encée par le Bauhaus. Elle est donc la «typo objec­tive, hégé­monique», décrit la web­série, qui racon­te l’expérience d’un graphiste qui a ten­té de pass­er une journée sans Hel­veti­ca — il a dû se con­tenter de manger une pomme et de boire de l’eau du robi­net. Impos­si­ble de pren­dre les trans­ports, fumer une clope, ou même de s’habiller: Hel­veti­ca est partout.

Omniprésentes sur papi­er ou sur écran, dans l’art, les enseignes des mag­a­sins ou sur les pan­neaux de sig­nal­i­sa­tion, démod­ées puis recy­clées, les typogra­phies répon­dent sou­vent à des com­man­des. Ain­si Gotham, issu des let­trages de vieilles bou­tiques et d’abri-bus new-yorkais, a été remise au goût du jour pour devenir la typo de GQ lors d’une nou­velle for­mule, puis la police de car­ac­tères offi­cielle de la cam­pagne d’Obama.

Hon­nie par de nom­breux inter­nautes, util­isée à tort et à tra­vers pen­dant des années, la fameuse Com­ic Sans a été créée au milieu des années 90 pour être la typo de Rover, le chien de Microsoft, qui jusque-là par­lait en Times New Roman (un comble !). Elle est une réin­ter­pré­ta­tion des car­ac­tères des comics améri­cains.

Quant au Mis­tral, son nom l’indique, il est porté par un souf­fle provençal et même mar­seil­lais, depuis la fonderie Olive en emprun­tant la Nationale 7.

[Avec Libé, L’Obs et France Cul­ture]


Le progrès d’avant-hier : la voiture électrique (1942)

Ce film archivé par l’INA date du 26 avril 1968. Mais la nou­veauté qu’il mon­tre date de 1942. Il s’agit de “l’Œuf élec­trique” mis au point par Paul Arzens, l’ingénieur de la SNCF, “père” des loco­motri­ces élec­triques “BB”. Out­re quelques pro­pos du même Arzens, ces “Actu­al­ités” inter­ro­gent aus­si le préfet de police Mau­rice Gri­maud qui, dans le mois suiv­ant du Joli Mai, va con­naître une célébrité à laque­lle il est loin de s’attendre ici. Quoi qu’il en soit, les deux vision­naires nous prédis­ent l’avenir radieux du “tout élec­trique” – et branché au nucléaire pour quelques ray­on­nantes décen­nies.

En plus de la musi­quette bien datée qui accom­pa­gne gaiement ce petit film, on décou­vre que la presse pré-soix­ante-huitarde a déjà pris goût au red­outable micro-trot­toir, ce degré zéro du jour­nal­isme, désor­mais tri­om­phant dans nos médias.

Comme dis­ait Alexan­dre Vialat­te, pris dans un embouteil­lage : “On n’arrête pas le pro­grès, il s’arrête tout seul”.

  • Emis­sion “Panora­ma”,
    Office nation­al de radiod­if­fu­sion télévi­sion française (ORTF)
    Jour­nal­istes : Michel Le Paire ; Bernard Corre ;
    Par­tic­i­pants : Paul Arzens ; Mau­rice Gri­maud.

Doc­u­ment Insti­tut nation­al de l’audiovisuel


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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