On n'est pas des moutons

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L’économie, cette mythologie déguisée en “science”

Enfin, des pro­pos sur l’économie qui soula­gent ! Non pas des paroles de messie mais, au con­traire, de quoi nous désen­gluer des dogmes assénés par les Lenglet, Attali, Ceux et autres prêcheurs du libéral­isme sal­va­teur. France Inter a eu la bonne idée d’inviter 1 à son micro un écon­o­miste « autre » : Éloi Lau­rent, enseignant à l’IEP de Paris et à Stan­ford, aux Etats-Unis – grand bien soit fait à ses étu­di­ants ! –, auteur de Nou­velles mytholo­gies économiques 2 dans lequel, en effet, il présente l’économie comme une mytholo­gie, lieu où se con­cen­tre le catéchisme néolibéral des­tiné à faire oubli­er les final­ités essen­tielles de l’activité humaine, à savoir le bien-être général et les équili­bres écologiques.

Je ne suis nulle­ment écon­o­miste, ni par cul­ture et moins encore par goût. C’est aus­si en quoi réside ma méfi­ance envers la « chose économique » et sa pré­ten­tion à se pré­val­oir du statut de « sci­ence ». Cette auto-qual­i­fi­ca­tion m’a tou­jours fait rigol­er. Autant que pour ce qui est de la poli­tique, pareille­ment auto-élevée – selon le même effet récur­sif – à hau­teur de « sci­ence ». On par­le ain­si de « sci­ences économiques » – au pluriel de majesté, s’il vous plaît –, et de « sci­ences poli­tiques ». Pour cette dernière espèce, a même été créée une École libre des sci­ences poli­tiques (1872), par la suite surnom­mée « Sci­ences Po » dev­enue une mar­que en 1988, déposée par la Fon­da­tion Nationale des sci­ences poli­tiques [sic]. Voilà com­ment un cer­tain savoir, tout à fait empirique, amal­ga­mant des bribes de soci­olo­gie et de sta­tis­tiques, s’est hissé par elle-même, à un rang pré­ten­du­ment sci­en­tifique.

Dans les deux cas, ce sont ces pseu­do-sci­ences 3 qui pré­ten­dent nous gou­vern­er et, tant qu’on y est, diriger le monde entier. En fait, dans ce domaine de la gou­ver­nance mon­di­ale, c’est l’économie qui tient large­ment le haut du pavé. S’il n’existe pas de Poli­tique mon­di­ale, il y a bien une Banque mon­di­ale. Quand les « Grands » se réu­nis­sent, que ce soit à Davos (Suisse…) ou lors de leurs mess­es régulières tenues par le Groupe des vingt, le fameux « G20 » (ou même 21), il s’agit d’arranger les affaires des pays les plus rich­es, représen­tant 85 % du com­merce mon­di­al, les deux tiers de la pop­u­la­tion du globe et plus de 90 % du pro­duit mon­di­al brut (somme des PIB de tous les pays du monde).

Con­cer­nant les Prix Nobel, on notera que celui de la Paix n’est nulle­ment le pen­dant poli­tique du Nobel de l’Économie. L’histoire de ce dernier est d’ailleurs très par­lante : À l’origine a été créé le Prix de la Banque de Suède en sci­ences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, bien­tôt surnom­mé « prix Nobel d’économie », qui récom­pense chaque année, depuis 1969, une ou plusieurs per­son­nes pour leur « con­tri­bu­tion excep­tion­nelle dans le domaine des  sci­ences économiques ». À not­er que c’est le seul prix géré par la Fon­da­tion Nobel non issu du tes­ta­ment d’Alfred Nobel. L’idée de ce nou­veau « prix Nobel » vient de Per Åsbrink, gou­verneur de la Banque de Suède, l’une des plus anci­ennes ban­ques cen­trales du monde. Soutenu par les milieux d’affaires, Åsbrink s’oppose au gou­verne­ment social-démoc­rate  – qui entendait utilis­er les fonds pour favoris­er l’emploi et le loge­ment –, et pré­conise de s’orienter vers la lutte con­tre l’inflation. Le but caché était de sus­citer un intérêt médi­a­tique et ain­si d’accroitre l’influence de ces milieux d’affaires au détri­ment des idées sociales-démoc­rates. 4

Les dif­férences appar­entes entre poli­tique et économie dis­simu­lent une égale pré­ten­tion « holis­tique ». Cepen­dant, si la poli­tique pré­tend gou­vern­er (de gou­ver­nail), c’est bien l’économie qui tient les rênes, c’est-à-dire les cor­dons de la Bourse. D’où un sem­blant de ten­sion entre les deux domaines, une forme de con­cur­rence pou­vant faire illu­sion, spé­ciale­ment en démoc­ra­tie libérale.

Et plus spé­ciale­ment encore en libéral­isme « avancé » qui place à la barre un habile agent de la grande finance – suiv­ez mon regard.

Éloi Lau­rent frappe juste en rap­pelant les final­ités de l’activité humaine : bien-être pour l’homme, réc­on­cil­ié avec la nature. En quoi il s’accorde à l’étymologie com­mune aux deux mots, économie et écolo­gie : du grec oikos « mai­son, habi­tat », et de nomos, l’usage ou la loi, et logos, sci­ence, dis­cours.

Le reste, c’est de la poli­tique, jeu de com­bi­naisons au prof­it d’une minorité.

Notes:

  1. Le « 7–9 » du 7/7/17. Il a aus­si été maintes fois invité par France Cul­ture.
  2. Ed.Les Liens qui Libèrent
  3. On dis­tingue les sci­ences « dures », ou exactes, (math­é­ma­tiques, physique, chimie, biolo­gie, géolo­gie, etc.) des sci­ences humaines ou « douces » (soci­olo­gie, psy­cholo­gie, philoso­phie, etc.)
  4. Source Wikipé­dia


Trump. « Impensable », puisqu’impensé

Com­ment ne pas en rajouter, inutile­ment, à ce flot médi­a­tique mon­di­al déver­sé à pro­pos de Trump et de son élec­tion ? Car le nom­bril du monde, on le sait bien, se situe aux États-Unis, cap­i­tale du Cap­i­tal 1. Qu’un histri­on mil­liar­daire en prenne les gou­vernes, c’est dans « l’ordre des choses ». Dans un cer­tain ordre de cer­taines choses : celles de l’argent-roi en par­ti­c­uli­er, de la crois­sance à tout-va, de l’exploitation sans bornes des ressources naturelles et des humains entre eux. Le cli­mat plané­taire n’est vrai­ment pas bon.

La nou­veauté, cette fois, c’est que les Cas­san­dre de tous poils en sont restés sur le cul. Tous médias con­fon­dus, ana­lystes, prévi­sion­nistes, son­deurs n’avaient envis­agé « le pire » que sous l’angle qua­si anec­do­tique, une vision cauchemardesque aus­sitôt refoulée, comme pour mieux en con­jur­er l’éventualité. C’était impens­able.

Telle­ment impens­able que cet « ordre des choses » com­mandait de ne pas y penser. L’impensable résul­tait en effet de l’impensé. Ce fut le pari gag­nant de Trump, celui de pari­er sur le rejet organique du « clan Clin­ton », rejet tri­pal – car vécu au plus pro­fond d’êtres frus­trés économique­ment, sociale­ment, cul­turelle­ment. Trump va sans doute les « trumper », puisque c’est un ban­dit poli­tique qui a su les séduire (au sens pre­mier : Détourn­er du vrai, faire tomber dans l’erreur) en sachant leur par­ler, avec le lan­gage de la vul­gar­ité dans lequel led­it peu­ple a la faib­lesse de se com­plaire et de se recon­naître.

Et cela, à l’opposé des « élites », les soi-dis­ant sachants, les « qui ne savent rien du tout » de la réal­ité vécue en dehors des sphères de l’entre-soi. On peut met­tre dans ce panier des « instru­its cons ». 2 Dans cette caté­gorie, on met­tra notam­ment la « classe » des jour­nal­istes et assim­ilés. Je mets le mot entre guillemets car il n’est pas exact, pas juste, en ce sens qu’il désign­erait un ensem­ble homogène ; ce n’est pas le cas, car il faut con­sid­ér­er les excep­tions, même si elles sont plutôt rares, surtout aux Etats-Unis. Par­mi elles, Michael Moore. Il a été l’un des rares à pressen­tir la vic­toire de Trump, dès le mois de juil­let dans un arti­cle sur son site inti­t­ulé « Cinq raisons pour lesquelles Trump va gag­n­er » 3.

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Le réal­isa­teur 4 prévoy­ait notam­ment une sorte de « Brex­it de la Cein­ture de rouille », en référence aux États de la région à l’industrie sin­istrée des Grands Lacs tra­di­tion­nelle­ment démoc­rates et qui pour­tant ont élu des gou­verneurs répub­li­cains depuis 2010. Selon Moore, cet arc est « l’équivalent du cen­tre de l’Angleterre. Ce paysage dép­ri­mant d’usines en décrépi­tude et de villes en sur­sis est peu­plé de tra­vailleurs et de chômeurs qui fai­saient autre­fois par­tie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont fait duper par la théorie des effets de retombées de l’ère Rea­gan. Ils ont ensuite été aban­don­nés par les politi­ciens démoc­rates qui, mal­gré leurs beaux dis­cours, frico­tent avec des lob­by­istes de Gold­man Sachs prêts à leur sign­er un beau gros chèque ».

Cette « prophétie » s’est réal­isée mar­di… D’ailleurs ce n’est pas une prophétie mais la déduc­tion d’une analyse de ter­rain pro­pre à la démarche de Moore. 5

Recon­nais­sons aus­si à un jour­nal­iste français, Ignia­cio Ramon­et (ex-directeur du Monde diplo­ma­tique), d’avoir lui aus­si pen­sé l’« impens­able ». Le 21 sep­tem­bre, il pub­li­ait sur le site Mémoire des luttes, un arti­cle sous le titre « Les 7 propo­si­tions de Don­ald Trump que les grands médias nous cachent » 6. Extraits :

« Depuis la crise dévas­ta­trice de 2008 (dont nous ne sommes pas encore sor­tis), plus rien n’est comme avant nulle part. Les citoyens sont pro­fondé­ment déçus, désen­chan­tés et désori­en­tés. La démoc­ra­tie elle-même, comme mod­èle, a per­du une grande part de son attrait et de sa crédi­bil­ité.

[…]

« Cette méta­mor­phose atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà con­nu, en 2010, une vague pop­uliste ravageuse, incar­née à l’époque par le Tea Par­ty. L’irruption du mil­liar­daire Don­ald Trump dans la course à la Mai­son Blanche pro­longe cette vague et con­stitue une révo­lu­tion élec­torale que nul n’avait su prévoir. Même si, apparem­ment, la vieille bicéphalie entre démoc­rates et répub­li­cains demeure, en réal­ité la mon­tée d’un can­di­dat aus­si atyp­ique que Trump con­stitue un véri­ta­ble trem­ble­ment de terre. Son style direct, pop­u­lac­i­er, et son mes­sage manichéen et réduc­tion­niste, qui sol­licite les plus bas instincts de cer­taines caté­gories sociales, est fort éloigné du ton habituel des politi­ciens améri­cains. Aux yeux des couch­es les plus déçues de la société, son dis­cours autori­taro-iden­ti­taire pos­sède un car­ac­tère d’authenticité qua­si inau­gur­al. Nom­bre d’électeurs sont, en effet, fort irrités par le « poli­tique­ment cor­rect » ; ils esti­ment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pense sous peine d’être accusé de « raciste ». Ils trou­vent que Trump dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Et perçoivent que la « parole libérée » de Trump sur les His­paniques, les Afro-Améri­cains, les immi­grés et les musul­mans comme un véri­ta­ble soulage­ment.

[…]

« A cet égard, le can­di­dat répub­li­cain a su inter­préter, mieux que quiconque, ce qu’on pour­rait appel­er la « rébel­lion de la base ». Avant tout le monde, il a perçu la puis­sante frac­ture qui sépare désor­mais, d’un côté les élites poli­tiques, économiques, intel­lectuelles et médi­a­tiques ; et de l’autre côté, la base pop­u­laire de l’électorat con­ser­va­teur améri­cain. Son dis­cours anti-Wash­ing­ton, anti-Wall Street, anti-immi­grés et anti-médias séduit notam­ment les électeurs blancs peu éduqués mais aus­si – et c’est très impor­tant –, tous les lais­sés-pour-compte de la glob­al­i­sa­tion économique. »

Ramon­et détaille ensuite les « sept mesures » en ques­tion, que je vous invite à con­naître pour mieux com­pren­dre en quoi les out­rances de Trump – mise en avant, en effet, par le médi­atisme mou­ton­nier et spec­tac­u­laire – n’ont pu gom­mer le réal­isme de ses propo­si­tions auprès des plus con­cernés, les lais­sés pour compte du libéral­isme sauvage et ravageur.

Mer­cre­di soir au JT de 20 heures sur France 2, Marine Le Pen n’a pas man­qué de tir­er son épin­gle de ce jeu brouil­lé, devant un jour­nal­iste en effet bien for­maté selon la pen­sée dom­i­nante, à l’image du « tout Clin­ton » portée par la fan­fare médi­a­tique.

Pour la prési­dente du Front nation­al, “la démoc­ra­tie, c’est pré­cisé­ment de respecter la volon­té du peu­ple. Et si les peu­ples réser­vent autant de sur­pris­es, dernière­ment, aux élites, c’est parce que les élites sont com­plète­ment décon­nec­tées. C’est parce qu’elles refusent de voir et d’entendre ce que les peu­ples expri­ment. [… ces peu­ples] « on les nie, on les méprise, on les moque bien sou­vent. Et ils ne veu­lent pas qu’une petite minorité puisse décider pour eux ». Tout cela envoyé en toute sérénité, sur la petite musique des « élites et du peu­ple » façon FN, une musi­quette qui en dit beau­coup sur les enjeux de l’élection de l’an prochain.

Notes:

  1. Les bours­es du monde se sont “res­saisies” en quelques heures…
  2. C’était l’expression de mon père pour désign­er les politi­ciens et les tech­nocrates ; je la trou­ve juste, et je suis fier de citer ma source…
  3. http://michaelmoore.com/trumpwillwin/
  4. On lui doit notam­ment Roger et moi (sur la crise dans l’automobile) ou encore Bowl­ing for Columbine (le culte des armes à feu)
  5. Les médias de masse états-uniens, comme les autres ailleurs, reflè­tent cette sépa­ra­tion élite/peuple ; autrement dit entre ceux qui par­lent « du peu­ple » (les ana­lystes dis­tin­gués se plaçant en posi­tion haute…), et ceux qui par­lent « au peu­ple » (le plus sou­vent, hélas, les chaînes « pop­u­laires » – celles des télés-réal­ité chères à Trump – et les « tabloïds », chantres du diver­tisse­ment vul­gaire). On retrou­ve là aus­si le cli­vage entre jour­nal­isme de ter­rain et jour­nal­isme assis. Ce qui me rap­pelle une sen­tence émise par un con­frère africain : « Il vaut mieux avoir de la pous­sière sous les semelles que sous les fess­es » ! À ce pro­pos, on aura noté que nos médias hexag­o­naux ont déplacé des cohort­es de jour­nal­istes-prophètes pour « cou­vrir » l’élection états-uni­enne. Et, où se sont-ils amassés, ces chers jour­nal­istes : dans le nom­bril du nom­bril du monde, à Man­hat­tan, par­di ! En avez-vous lu, vu et enten­du depuis le Bronx, ou bien à Detroit (Michi­gan), à Baton Rouge (Louisiane), à Amar­il­lo (Texas) ?… par exem­ple.
  6. http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

Cinéma. “Toni Erdmann”, subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce “Toni Erd­mann” (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film comme aucun autre. Certes, sa fac­ture formelle est plutôt clas­sique : pas besoin de faire des numéros de cla­que­ttes quand le fond l’emporte d’une manière aus­si magis­trale. Au départ, l’histoire ordi­naire d’un père et d’une fille que la vie « mod­erne » a éloignés, jusqu’à les ren­dre étrangers l’un à l’autre. His­toire banale, sauf que les per­son­nages ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et surtout, con­statant l’abîme qui men­ace sa fille, prise dans l’absurde tour­bil­lon du monde mor­tifère du biz­ness, du coach­ing – tout ce blabla secrété par le règne de la marchan­dise mon­di­al­isée. Son instru­ment d’action, à l’efficacité impa­ra­ble – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tance cri­tique portée par l’humour et, plus encore, par la déri­sion, planètes dev­enues inat­teignables à cette jeune femme froide, réfrigérée, frigide. Com­ment peut-elle encore être sa fille, celle-là qui sur­git entre deux avions, pressée, absente, l’oreille col­lée au portable, habil­lée en croque-mort, en noir et blanc, à la vie grise, vide de sens et de sourires ?

De ce naufrage annon­cé va sur­gir, en sauveteur loufoque, ce Toni Erd­mann à l’humour déjan­té, lour­dingue, qui fout la honte à cette jeune femme for­matée, tail­lée (dans son tailleur strict) pour la com­péti­tion entre tueurs affairistes – bref, le spec­ta­cle de l’« actu ». Il débar­que donc dans son univers de morgue, armé d’une per­ruque, de fauss­es dents et jusqu’à un coussin-péteur – une panoplie de Père Ubu pour un com­bat con­tre l’absurdité. « Je voulais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, dev­enue sourde à la vie vivante, abstraite comme de l’art « con­tem­po­rain », marchan­dise elle-même, au ser­vice du monde marc­hand, de la finance qui tue le tra­vail et les hommes.

Mais rien n’est dit explicite­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démon­stra­tions ; tout sur­git ici dans la lumière de l’écran, des per­son­nages, des sit­u­a­tions – Éros con­tre Thanatos, dans l’ordinaire men­acé des vies déréglées, men­acée comme l’humanité tout entière, par ce réchauf­fe­ment qui refroid­it : en fait un refroidisse­ment général­isé, une glacia­tion des rela­tions entre les êtres en représen­ta­tion : le monde rem­placé par son spec­ta­cle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tomber les masques, dénonce les jeux de sur­face minables, rap­pelle à l’impérieuse et pro­fonde urgence de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a con­duit à œuvr­er dans ce monde du coach­ing, du man­age­ment, de la lutte des requins con­tre les sar­dines…

…n’allez surtout pas à la ren­con­tre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remet­tre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simonis­chek, San­dra Hüller (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simonis­chek (ex-pro­thé­siste den­taire, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hüller y sont géni­aux.


Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai car­ré­ment déserté la toile ! Et pas de protes­ta­tions… À sup­pos­er que j’aie pu man­quer à d’aucuns, voici une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indi­geste. Comme l’est l’actu et ce monde si mal en point. Enfin, con­so­la­tion : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aus­si. De même les JO. Pas­sons enfin à la poli­tique, la bonne, vraie, bien politi­ci­enne. Voici le temps béni de la mas­ca­rade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camem­berts dépassés…

Nous sommes début août à Mar­seille. La scène se passe juste avant l’affaire du siè­cle, dite du burki­ni.

Un cou­ple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remon­tons d’une jouis­sive baig­nade pour regag­n­er la Cor­niche et la voiture. Jetant un coup d’œil plongeant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Prophète, tous les Mar­seil­lais con­nais­sent… – , nous sur­plom­bons du regard deux nageuses côte à côte. L’une en mail­lot, l’autre entière­ment habil­lée en noir, bar­b­otant, accrochée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et pais­i­ble ! Ces deux femmes si dif­férentes et qui se baig­nent ensem­ble comme ça, sans prob­lèmes…

Je ne dis rien, trou­vant mon pote bien angélique dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu con­nu d’autres tem­pêtes et dis­putailles…

Elle (à ma gauche) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habil­lée, devant sor­tir de l’eau avec le tis­su tout col­lé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais pen­chant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renon­ce­ment au bien-être, ce qui est dom­mage, mais enfin… Ce qui me con­trarie surtout c’est la soumis­sion à un ordre moral – religieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi passé, il fai­sait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâch­er un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les por­tières se refer­ment sur le débat à peine amor­cé.

burkini

Calan­ques de Mar­seille, juil­let 2016. La mode s’empare du religieux banal­isé, marchan­disé. Un prosé­lytisme ordi­naire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces inter­dic­tions décrétées par des maires – de quel droit au juste, en ver­tu de quel pou­voir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite brandir le mot « laïc­ité », comme ils par­leraient de cul­ture ou de fra­ter­nité… pour un peu je sor­ti­rais mon revolver (hep, c’est une image, hein, une référence… cul­turelle ! 1) Car ils par­lent d’une cer­taine laïc­ité, la leur, qu’ils assor­tis­sent d inter­dic­tion, de rejet, d’exclusion. Une laïc­ité cache-sexe, j’ose le dire, d’une atti­tude en gros anti-musul­mane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette déc­la­ra­tion de Manuel Valls à pro­pos de ces maires censeurs : « Je sou­tiens […] ceux qui ont pris des arrêtés, s’ils sont motivés par la volon­té d’encourager le vivre ensem­ble, sans arrière-pen­sée poli­tique. » Et c’est qu’il en con­naît un ray­on, le pre­mier min­istre, en matière d’arrière-pensée poli­tique ! Une autre belle occa­sion de se taire. 2

Par­lons-en de l’« arrière-pen­sée poli­tique » ! Puisqu’il n’y a que ça désor­mais en poli­tique, à défaut de pen­sée réelle, pro­fonde, sincère, por­teuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups four­rés. Tan­dis que ces mêmes politi­ciens se gar­garisent de Démoc­ra­tie et de République, avec majus­cules. Ain­si, quoi qu’ils déclar­ent, ou éructent, s’est selon, et spé­ciale­ment sur ces reg­istres des inter­férences por­tant sur les reli­gions – en fait sur le seul prob­lé­ma­tique islam –, se trou­ve enrac­iné dans l’arrière-monde politi­cien des fameuses « arrière-pen­sées » évo­quées par Valls. On ne saurait oubli­er que la par­tie de pok­er menteur en vue de la prési­den­tielle de 2017 est forte­ment engagée.

C’est pourquoi, s’agissant de ces ques­tions dites du « vivre ensem­ble », la parole poli­tique ne parvient plus à offrir le moin­dre crédit, à l’exception pos­si­ble, épou­vantable, des « vierges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exerçant leur séduc­tion auprès des électeurs échaudés et revan­chards, ou incultes et incon­scients poli­tique­ment autant qu’historiquement. D’où les surenchères ver­bales qui se suc­cè­dent en cas­cades. Ce sont les mêmes qui pour­raient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hon­grie, un Pou­tine en Russie, un Erdo­gan en Turquie, etc. – sans par­ler des mul­ti­ples offres pop­ulistes qui tra­versent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de crédit des politi­ciens explique en grande par­tie la grande fatigue de la démoc­ra­tie : pro­gres­sion des absten­tions et des votes de refus lors des élec­tions ; sus­pi­cion crois­sante à l’égard des élites con­sid­érées comme… éli­tistes, se regroupant et se repro­duisant dans l’entre soi des mon­des de l’économie, des « décideurs » et des médias acca­parés par les financiers. Le tout, avec pour corol­laire la mon­tées des vio­lences urbaines et des incivismes ; les repliements et affron­te­ments com­mu­nau­taristes ; le sen­ti­ment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xéno­pho­bie, l‘antisémitisme et le racisme.

Toutes choses qu’on peut essay­er de com­pren­dre et même d’expliquer, sans pour autant les jus­ti­fi­er – comme l’a hélas pré­ten­du le même Valls déjà cité ici pour la « per­ti­nence » de ses pro­pos. Com­ment vouloir organ­is­er la polis – la cité – si on renonce à en com­pren­dre les (dys)fonctionnements ?

Ain­si quand on déplore la « bar­barie » d’extrémistes religieux en invo­quant l’« obscu­ran­tisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême vio­lence des sys­tèmes religieux – islamistes en l’occurrence 4. Se plain­dre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas revenir la clarté. C’est ici que je place « mon » Bossuet, ce big­ot éru­dit : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chéris­sent les caus­es » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenêtre, les reli­gions sont une des caus­es pre­mières des affron­te­ments entre humains, notam­ment en ce qu’elles vali­dent des croy­ances frat­ri­cides, ou plutôt homi­cides et géno­cides ; lesquelles génèrent les injus­tices et les dérè­gle­ments soci­aux qui ali­mentent l’autre série des « caus­es pre­mières » de la vio­lence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je con­sid­ère aus­si le nazisme et le stal­in­isme sous l’angle des phénomènes religieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accuser la République de tous les maux, jusqu’à vouloir l’abattre, au nom d’un passé colo­nial inex­pi­able, qui vaudrait malé­dic­tion éter­nelle aux généra­tions suiv­antes, c’est dénier l’Histoire et enfer­mer l’avenir dans la revanche, la haine et le mal­heur. C’est notam­ment la posi­tion de mou­ve­ments « pyro­manes » comme Les Indigènes de la République par­lant de « lutte des races sociales » tout en qual­i­fi­ant ses respon­s­ables de souch­iens – néol­o­gisme jouant per­fide­ment sur l’homophonie avec sous-chiens et voulant en même temps désign­er les « Français de souche » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évo­quer l’affaire de Sis­co, ce vil­lage du Cap corse qui a vu s’affronter des habi­tants d’origine maghrébine et des Cors­es… d’origine. Je n’y étais pas, certes, et ne puis que me référ­er à ce que j’en ai lu, et en par­ti­c­uli­er au rap­port du pro­cureur de la Res pub­licæ – au nom de la Chose publique. Selon lui, donc, les pre­miers se seraient appro­prié une plage pour une fête, « en une sorte de caï­dat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux sec­onds… Tan­dis que des pho­tos étaient pris­es, inclu­ant des femmes voilées au bain… Castagnes, cinq blessés, police, voitures incendiées. Pour résumer : une his­toire de ter­ri­toire, de con­cep­tion socié­tale, de cul­ture.

Le mul­ti­cul­tur­al­isme se nour­rit aus­si de bien des naïvetés. Surtout, il est vrai, auprès d’une cer­taine gauche d’autant plus volon­tiers accueil­lante que bien à l’abri des cir­cuits de migra­tion… Les Cors­es sont des insu­laires [Excusez le pléonasme…] et, comme tels, his­torique­ment, ont eu à con­naître, à red­outer, à com­bat­tre les mul­ti­ples envahisseurs, des bar­bares – au sens des Grecs et des Romains : des étrangers ; en l’occurrence, et notam­ment, ce qu’on appelait les Sar­rasins et les Ottomans, autrement dit des Arabes et des Turcs. D’où les nom­breuses tours de guet, génois­es et autres, qui parsè­ment le lit­toral corse, comme à Sis­co. Des mon­u­ments – du latin « ce dont on se sou­vient » – attes­tent de ce passé dans la dureté de la pierre autant que dans les mémoires et les men­tal­ités – même éty­molo­gie que mon­u­ment !

Ain­si les Cors­es demeurent-ils on ne peut plus sour­cilleux de leur ter­ri­toire et, par delà, de leurs par­tic­u­lar­ismes, sou­vent cul­tivés à l’excès, jusqu’aux nation­al­ismes divers et ses vari­antes qui peu­vent se tein­ter de xéno­pho­bie et de racisme [Enreg­istré après l’affaire de Sis­co, un témoignage affligeant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insu­laires, selon leur pro­pre his­toire : « exportés » par l’Histoire (il ne s’agit nulle­ment de nier la réal­ité et les effets du colo­nial­isme) et en par­ti­c­uli­er les migra­tions économiques, ain­si devenus insu­laires, c’est-à-dire isolés de leur pro­pre cul­ture et surtout de leur reli­gion. Tan­dis que la récente mon­di­al­i­sa­tion, telle une tem­pête plané­taire, relance avec vio­lence les « chocs des cul­tures » – je ne dis pas, exprès « civil­i­sa­tions » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion mil­i­taire de l’Occident dans le monde musul­man, sous la houlette des Bush et des néo-con­ser­va­teurs états-uniens a con­sti­tué un cat­a­clysme géopoli­tique ne ces­sant de s’amplifier, abor­dant aujourd’hui le rivage corse de Sis­co et qui, si j’ose dire, s’habille désor­mais en burki­ni.

Retour donc au fameux burki­ni avec la posi­tion de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénonçant le rac­cour­ci par lequel des maires lient le port du burki­ni au ter­ror­isme, ajoute dans son com­mu­niqué : « Quel que soit le juge­ment que l’on porte sur le sig­nifi­ant du port de ce vête­ment, rien n’autorise à faire de l’espace pub­lic un espace régle­men­té selon cer­tains codes et à ignor­er la lib­erté de choix de cha­cun qui doit être respec­tée. Après le « burki­ni » quel autre attrib­ut ves­ti­men­taire, quelle atti­tude, seront trans­for­més en objet de répro­ba­tion au gré des préjugés de tel ou tel maire ? Ces man­i­fes­ta­tions d’autoritarisme […] ren­for­cent le sen­ti­ment d’exclusion et con­tribuent à légitimer ceux et celles qui regar­dent les Français musul­mans comme un corps étranger à la nation. »

Pour la LDDH, certes dans son rôle, il s’agit de met­tre en avant et de préserv­er le principe démoc­ra­tique pre­mier, celui de la lib­erté : d’aller et venir, de penser, de prier, de danser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des lib­ertés. C’est aus­si la posi­tion des Femen qui, tout en déplo­rant l’enfermement des femmes dans le vête­ment, enten­dent défendre le libre choix de cha­cun.

iran-hommes-voilés

Les Iraniens sont de plus en plus nom­breux à pos­er avec, sur la tête, le voile de leur fiancée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux soci­aux : #menin­hi­jab

Le hic vient cepen­dant de ce que le burki­ni n’est pas l’équivalent symétrique­ment inver­sé du biki­ni et qu’on ne peut pas s’en sor­tir avec une for­mule comme « quel que soit le sig­nifi­ant… » ; cette tenue exprime en effet un con­tenu religieux affir­mé, revendiqué – ce que n’est pas le biki­ni, qui relève de la mode, ou seule­ment de la marchan­dise ves­ti­men­taire. Il est aus­si vrai que le burki­ni a été inven­té et lancé par des acteurs de la mode et que son com­merce atteint aujourd’hui des som­mets et que, comme tel, son con­tenu religieux sem­ble tout relatif… Ain­si, burki­ni et biki­ni ne présen­teraient pas qu’une prox­im­ité lex­i­cale, ils partageraient une fonc­tion éro­tique sem­blable par une mise en valeur du corps féminin comme le font le ciné­ma et la pho­to pornographiques, pas seule­ment par la nudité crue, mais aus­si par le moulage des formes sous des vête­ments mouil­lés. Le prob­lème demeure cepen­dant : il est bien celui de l’intrusion du religieux dans le corps de la femme et dans sa lib­erté. Par delà, il pousse le glaive des dji­hadistes dans le corps si frag­ilisé des démoc­ra­ties “mécréantes”, inci­tant à des affron­te­ments de type eth­niques et com­mu­nau­taires, met­tant à bas l’idéal du “vivre ensem­ble”, préludes à la guerre civile. Une telle hypothèse – celle de l’État islamique – peut sem­bler invraisem­blable. Elle n’est nulle­ment écartée par les voix par­mi les plus éclairées d’intellectuels de cul­ture musul­mane. C’est le cas des écrivains algériens comme Kamel Daoud et Boualem Sansal ou comme le Maro­cain Tahar Ben Jel­loun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ranger…), quelles solu­tions envis­ager pour désamorcer ce prélude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pour­tant unique selon les monothéismes – le judaïsme, reli­gion du par­ti­c­uli­er eth­nique, demeu­rant en l’occurrence au seuil de la polémique, ayant assez à faire avec l’usage pub­lic de la kip­pa… ; et le boud­dhisme totale­ment en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflex­ions, je serais ten­té d’en appel­er à la stricte laïc­ité « à la française », selon la loi de 1905, comme solu­tion sus­cep­ti­ble d’apaiser les con­flits : pas de signes religieux (dis­ons osten­ta­toires) dans l’espace pub­lic. On notera à ce sujet que les tolérances actuelles des reli­gions par rap­port aux mœurs demeurent rel­a­tives, récentes et frag­iles – voir la réac­tion du mou­ve­ment Famille pour tous et du clergé catholique, pour ne par­ler que de la France ! Donc préfér­er la Laïc­ité pour tous afin que les vach­es soient bien gardées… Au delà de la boutade, il est vrai que le risque demeure pour les femmes musul­manes de se voir exclues totale­ment de l’espace pub­lic, et des plages en par­ti­c­uli­er. À elles alors de se rebeller, y com­pris et peut-être d’abord con­tre leurs dom­i­na­teurs mâles, obsédés sex­uels tra­vail­lés par un appareil religieux datant du VIIIe siè­cle. À moins qu’elles ne préfèrent l’état de servi­tude, lequel rel­e­vant de la sphère privée, loin de tout prosé­lytisme au ser­vice d’une néga­tion de la vie et du droit à l’épanouissement de tout indi­vidu, homme, femme, enfant.

Je recon­nais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut tou­jours pour les femmes qui, dans le monde, sont tout juste par­v­enues à se libér­er, ou même par­tielle­ment. C’est qu’il leur a fal­lu se bat­tre. Tan­dis que leurs droits dure­ment acquis sont par­fois remis en cause – le plus sou­vent sous la pres­sion religieuse plus ou moins directe. Elles se sont soulevées dans le monde islamisé et con­tin­u­ent de le faire, en avant-gardes minori­taires, trop sou­vent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être soutenues par des hommes. Comme actuelle­ment en Iran, avec cette cam­pagne appuyée par des pho­tos où des hommes appa­rais­sent voilés aux côtés de femmes têtes nues. J’ai fail­li écrire « cha­peau ! »

––––

Com­ment ne pas appréci­er ce bil­let de Sophia Aram, lun­di sur France inter. Indis­pens­able, courageuse, pétil­lante Sophia – la sage icon­o­claste. Mais “grotesque”, cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dra­maturge alle­mand nazi, la cita­tion exacte : « Quand j’entends par­ler de cul­ture… je relâche la sécu­rité de mon Brown­ing ! »
  2. Par­mi ces maires, celui de Vil­leneuve-Lou­bet (06), Lion­nel Luca, favor­able au rétab­lisse­ment de la peine de mort… con­va­in­cu du rôle posi­tif de la coloni­sa­tion. Sym­pa.
  3. Et, tiens ! revoilà le « sarko » tout flam­bant-flam­bard, revir­gin­isé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occu­pa­tion illicite de place sera immé­di­ate­ment empêchée, et les zadistes seront ren­voyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publique à la suite d’une man­i­fes­ta­tion à laque­lle ils auraient appelé, les syn­di­cal­istes devront régler les dom­mages sur leurs pro­pres deniers. »
  4. Quelle reli­gion, dans le fil de l’Histoire, pour­rait se dédouan­er de tout extrémisme vio­lent ?
  5. Cita­tion attribuée à Bossuet, évêque de Meaux (avant Copé), prédi­ca­teur, 1627–1704.
  6. Je ne souhaite pas ici débor­der sur la con­tro­verse autour du livre de Samuel Hunt­ing­ton, Le Choc des civil­i­sa­tions, paru en 1997.

Titanic amer 2015 – en avant toute vers la cata !

par Serge Bourguignon*

Prenons cet arti­cle pour un signe des temps : celui d’un (pos­si­ble) retour vers les utopies. À preuve, cette référence (ci-dessous) à l’An 01, de feu Gébé, de la bande d’Hara-Kiri et co-auteur avec Jacques Doil­lon, Alain Resnais et Jean Rouch, du film du même nom (1973). À preuve, surtout, l’objet même de ce rac­cour­ci stim­u­lant qui donne à (entre)voir le car­go Cap­i­tal­isme lancé plein cap sur la cat­a­stro­phe. En quoi il serait grand temps de repenser l’avenir !

Aujourd’hui plus qu’hier, la grande majorité des habi­tants des pays sur­dévelop­pés est comme aba­sour­die par une pro­liféra­tion fan­tas­tique d’absur­dités cri­antes. Le con­fort min­i­mal garan­ti hier encore par l’Etat Prov­i­dence est désor­mais remis en ques­tion par l’immondialisation de l’économie,  et ce sont les mieux lotis qui expliquent aux moins bien lotis qu’il est temps d’expier la grande dette économique par une grande diète sociale.

La lib­erté despo­tique des mou­ve­ments de cap­i­taux a détru­it des secteurs entiers de la pro­duc­tion et l’économie mon­di­ale s’est trans­for­mée en casi­no plané­taire. La règle d’or du cap­i­tal­isme a tou­jours été, dès la pre­mière moitié du XIXe siè­cle,  la min­imi­sa­tion des coûts pour un max­i­mum de prof­its, ce qui impli­quait logique­ment les salaires les plus bas pour une pro­duc­tiv­ité la plus haute pos­si­ble. Ce sont des  luttes poli­tiques et sociales qui ont con­tre­car­ré cette ten­dance, en imposant des aug­men­ta­tions de salaires et des réduc­tions de la durée du tra­vail, ce qui a créé des marchés intérieurs énormes et évité ain­si au sys­tème d’être noyé dans sa pro­pre pro­duc­tion.

Le cap­i­tal­isme ne con­duit cer­taine­ment pas naturelle­ment vers un équili­bre, sa vie est plutôt une suc­ces­sion inces­sante de phas­es d’expansion – la fameuse expan­sion économique – et de con­trac­tion – les non moins fameuses crises économiques. Les  nou­velles poli­tiques d’interventions de l’Etat dans l’économie, dès 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure répar­ti­tion du pro­duit social ont été rageuse­ment com­bat­tues par l’establishment cap­i­tal­iste, ban­caire et académique. Pen­dant longtemps les patrons ont proclamé qu’on ne pou­vait pas aug­menter les salaires et réduire le temps de tra­vail sans entraîn­er la fail­lite de leur entre­prise et celle de la société tout entière ; et ils ont tou­jours trou­vé des écon­o­mistes pour leur don­ner rai­son. Ce n’est qu’après la Sec­onde Guerre mon­di­ale qu’augmentations des salaires et régu­la­tion éta­tique ont été accep­tées par le patronat, ce qui a entraîné la phase la plus longue d’expansion cap­i­tal­iste : les « Trente Glo­rieuses ».

Dès les années 1980, cet équili­bre entre le cap­i­tal et le tra­vail a été détru­it par une offen­sive néo-libérale (Thatch­er, Rea­gan et, en France, dès 1983, Mit­ter­rand) qui s’est éten­due à toute la planète. Cette con­tre-révo­lu­tion économique a per­mis  un retour insen­sé au « libéral­isme » sauvage, qui a prof­ité aux grandes firmes de l’industrie et de la finance. Par ailleurs, la mon­stru­osité dev­enue évi­dente des régimes soi-dis­ant com­mu­nistes et réelle­ment total­i­taires (ce n’était pas la dic­tature du pro­lé­tari­at, mais la dic­tature sur le pro­lé­tari­at) a dis­crédité pour longtemps l’idée même d’émancipation sociale. L’imaginaire cap­i­tal­iste a fini par tri­om­pher.

À trem­per sans ver­gogne dans les eaux glacées du cal­cul égoïste, les décideurs ont per­du toute lucid­ité. Ils ont ain­si élim­iné les quelques garde-fous que 150 ans de luttes avaient réus­si à leur impos­er. Les firmes transna­tionales, la spécu­la­tion finan­cière et même les mafias au sens strict du terme met­tent à sac la planète sans aucune retenue. Ici il faudrait accepter de se ser­rer la cein­ture pour être con­cur­ren­tiels. Les élites  dirigeantes se goin­frent  de manière décom­plexée, tout en expli­quant docte­ment à la pop­u­la­tion médusée qu’elle vit  au-dessus de ses  moyens. Aucune « flex­i­bil­ité » du tra­vail dans nos vieux pays indus­tri­al­isés ne pour­ra résis­ter à la con­cur­rence de la main-d’œuvre « à bas coût » (comme ils dis­ent) de pays qui con­ti­en­nent un réser­voir inépuis­able de force de tra­vail. Des cen­taines de mil­lions de pau­vres sont mobil­isés bru­tale­ment dans un proces­sus d’industrialisation  forcenée. Et là-bas comme ici, ce sont des hommes que l’on traite comme quan­tité nég­lige­able,  c’est notre Terre patrie et ses habi­tants que l’on épuise tou­jours plus.

Tou­jours plus, tou­jours plus … mais tou­jours plus de quoi ? Plus d’intelligence et de sen­si­bil­ité dans nos rap­ports soci­aux ? Plus de beauté dans nos vies ?  Non. Le super­flu pro­lifère, alors que le min­i­mum vital n’est même pas tou­jours là, et que l’essentiel manque. Plus de téléviseurs extra-plats, plus d’ordinateurs indi­vidu­els, plus de télé­phones porta­bles. C’est avec des hochets qu’on mène les hommes. « Nulle part il n’existe d’adulte, maître de sa vie, et la jeunesse, le change­ment de ce qui existe, n’est aucune­ment la pro­priété de ces hommes qui sont main­tenant jeunes, mais celle du sys­tème économique, le dynamisme du cap­i­tal­isme. Ce sont des choses qui règ­nent et qui sont jeunes ; qui se chas­sent et se rem­pla­cent elles-mêmes. », écrivait déjà Guy Debord en 1967 dans La Société du spec­ta­cle.

un-pas-de-côté

Dessin de Gébé.

La société libérale avancée (pour ne pas dire avar­iée…) est en phase de décom­po­si­tion et, comme au temps de la déca­dence de l’Empire romain, Du pain et des jeux est le cre­do abrutis­sant des immenses foules soli­taires. Toute­fois, de belles et bonnes âmes prô­nent l’adoption d’un développe­ment durable, plus doux pour les humains et leur envi­ron­nement : on ralen­ti­rait  les proces­sus dévas­ta­teurs, on con­som­merait moins de com­bustibles fos­siles, on ferait des économies, etc. Mais c’est  un peu comme si l’on con­seil­lait au com­man­dant du Titan­ic de sim­ple­ment réduire la vitesse de son vais­seau pour éviter l’iceberg naufrageur, au lieu de lui faire chang­er de cap.Le dessi­na­teur utopiste Gébé était beau­coup plus réal­iste quand il écrivait dans L’An 01, au début des années 1970, cette for­mule provo­cante :« On arrête tout. On réflé­chit. Et c’est pas triste. »Un tel pro­pos peut sem­bler dérisoire, pour ne pas dire révo­lu­tion­naire. Mais tout le reste, toute cette réal­ité qui se mor­cèle  sous nos yeux, n’est-ce pas  plus dérisoire encore ?Nous avons toute une mul­ti­tude de chaînes à per­dre. Des douces et des moins douces…Et nous avons un monde tout sim­ple­ment viv­able à recon­stru­ire.Ce sera main­tenant ou jamais…

* Un sim­ple citoyen, Paris, le 25 mai 2015 onreflechit@yahoo.fr

 • Une pre­mière ver­sion de ce texte est parue le 1er mai 2010 sous le titre “Titan­ic Amer”
sur le Blog de Paul Jori­on, con­sacré au déchiffrage de l’actualité économique (www.pauljorion.com/blog).

• Pour mieux com­pren­dre dans quel monde étrange nous vivons, on peut lire La  “ratio­nal­ité” du cap­i­tal­isme (dont la pre­mière par­tie de ce texte est libre­ment inspirée), de Cornélius Cas­to­ri­adis, disponible en poche dans Fig­ures du pens­able (1999).

• Le film L’An 01 peut être vu en entier ci-dessous — tout de suite (1h 24). 


Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de presse domini­cale, mon cama­rade Daniel Chaize ne manque pas de découper les meilleurs morceaux dans le lard de la bête médi­a­tique. Exem­ple, extrait de Libé de same­di :

[…] Les cap­i­tal­istes netarchiques (Face­book, Google, Ama­zon, …) fonc­tion­nent avec 100 % des revenus pour les pro­prié­taires et 0 % pour les util­isa­teurs qui cocréent la valeur de la plate­forme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des mod­èles par­a­sitaires : Uber n’investit pas dans le trans­port, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les doc­u­ments, ni YouTube dans la pro­duc­tion médi­a­tique.

Michel Bauwens, théoricien de l’économie col­lab­o­ra­tive, Libéra­tion, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cli­quer comme ça, ingénu­ment et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Cha­cun de nos clics (à part sur les blogs inno­cents et purs de tout com­merce – et qui enrichissent au sens noble) finis­sent en mon­naie son­nante et non trébuchante : pas la moin­dre hési­ta­tion quand il s’agit d’engrosser les escar­celles déjà débor­dantes des cap­i­tal­istes netarchiques – retenons l’expression.

C’est ain­si, en effet, que les plus gross­es for­tunes mon­di­ales se sont con­sti­tuées à par­tir de petits riens, mul­ti­pliés par trois fois rien, ce qui finit par faire beau­coup et même énorme ! C’est là l’application mod­erne d’un des fonde­ments de l’accu­mu­la­tion du cap­i­tal, comme dis­ait le vieux bar­bu : ven­dre « pas cher » de façon à ven­dre beau­coup. Pas cher : juste au-dessus du prix que les pau­vres peu­vent pay­er, quitte à s’endetter – les ban­ques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pau­vres, c’est qu’ils sont nom­breux et se repro­duisent en nom­bre !

Cette fois, ces netarchiques font encore plus fort : ils vendent du vent et en tirent des for­tunes. Et, surtout, sans don­ner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escro­quent puisqu’ils « ren­dent ser­vice », ces braves gens, en « flu­id­i­fi­ant l’économie », qu’ils pom­pent sans ver­gogne – et sans même pay­er d’impôts dans les pays d’implantation ! –, ruinant des secteurs entiers dans lesquels les pau­vres sur­vivaient en trou­vant quelque rai­son d’exister sociale­ment.

Voyez les taxis, par exem­ple. Une tech­nolo­gie exploitée par des filous (Uber) a com­mencé à les ren­dre obsolètes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un méti­er (quoi qu’on puisse dire de cer­tains d’entre eux, mar­goulins à l’ancienne), une place et une fonc­tion sociales, par­tic­i­paient à l’économie générale de l’échange. N’importe qui (au chô­mage par exem­ple) peut désor­mais les rem­plac­er, au pied levé, et au noir bien sou­vent…

1984-orwell

1984”, film de Michael Rad­ford d’après George Orwell

Ain­si se détru­it tout un tis­su, certes non par­fait, mais dont la dis­pari­tion sera dom­mage­able à l’ensemble de nos sociétés.

Ain­si nais­sent les nou­veaux empires, par glisse­ments insen­si­bles dans la dématéri­al­i­sa­tion des échanges et d’une grande par­tie de la pro­duc­tion marchande.

Ain­si s’instaure le nou­v­el impéri­al­isme, que ni Hux­ley ni Orwell n’avaient imag­iné dans sa forme, mais qui réalise bien le con­trôle mon­di­al de l’économie sous la total­ité (total­i­taire), ou qua­si total­ité, de ses vari­antes. Avec, comme corol­laire – à moins que ça n’en con­stitue les prémiss­es – le con­trôle physique et men­tal des indi­vidus (déjà bien avancé !), le plus sou­vent avec leur con­sen­te­ment pas­sif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation générale.

Mais où sont les lab­o­ra­toires de la révo­lu­tion qui s’opposera à ce désas­tre annon­cé ? Les netarchiques seraient-ils déjà en train de s’en occu­per ?…


SwissLeaks”. Des milliards d’euros, des milliers de fraudeurs – dont 3.000 Français

HSBC (Hong Kong & Shang­hai Bank­ing Cor­po­ra­tion) est un groupe ban­caire inter­na­tion­al bri­tan­nique présent dans 84 pays et ter­ri­toires et rassem­blant 60 mil­lions de clients. Son siège social est à Lon­dres.

Elle a été fondée à Hong Kong par l’Écossais Thomas Suther­land pour financer le com­merce dans l’Extrême-Orient en 1865 et, à l’origine, le traf­ic d’opi­um. Avant de démé­nag­er son siège social à Lon­dres au début des années 1990, elle était basée à Hong Kong. Elle fut un temps le qua­trième groupe ban­caire dans le monde après Cit­i­group, Bank of Amer­i­ca et la Banque indus­trielle et com­mer­ciale de Chine.

Mon­tr­er la face cachée du secret ban­caire en Suisse, un défi a pri­ori autrement plus coton que d’aller voir der­rière la lune ! Le Monde et plusieurs médias inter­na­tionaux vien­nent pour­tant de dévoil­er cet univers de la fraude et de la richesse plan­quée après avoir eu accès aux don­nées col­lec­tées par un infor­mati­cien, Hervé Fal­ciani, ex-employé de la banque bri­tan­nique HSBC à Genève.

Ces révéla­tions ébran­lent les milieux ban­caires inter­na­tionaux et met­tent en cause de nom­breuses célébrités des affaires et du show­biz, de l’humoriste français Gad Elmaleh (celui de la pub télé où il imag­ine « la banque idéale »…) au roi du Maroc Mohamed VI et au roi Abdal­lah II de Jor­danie, en pas­sant par l’acteur améri­cain John Malkovich, le coif­feur Dessange, le foot­balleur Christophe Dugar­ry, le pein­tre Chris­t­ian Boltan­s­ki, Arlette Ric­ci, héri­tière de Nina Ric­ci, Aymeri de Mon­tesquiou, séna­teur (UDI) du Gers, Jean-Charles Marchi­ani, con­damné dans l’Angolagate, etc.

Bap­tisée « SwissLeaks », l’opération pro­pose un voy­age au cœur de l’évasion fis­cale, met­tant en lumière les rus­es util­isées pour dis­simuler de l’argent non déclaré. Petite vidéo éduca­tive :


Com­pren­dre la fraude fis­cale de HSBC en 3 min par lemon­de­fr

Pen­dant de nom­breuses années, les infor­ma­tions copiées par Hervé Fal­ciani n’étaient con­nues que de la jus­tice et de quelques admin­is­tra­tions fis­cales, même si cer­tains élé­ments avaient fil­tré dans la presse.

Le Monde a eu accès aux don­nées ban­caires de plus de 100 000 clients et a mis les infor­ma­tions à la dis­po­si­tion du Con­sor­tium des jour­nal­istes d’investigation (ICIJ) à Wash­ing­ton, qui les a partagées avec plus de 50 autres médias inter­na­tionaux, dont le Guardian, au Roy­aume-Uni, ou la Süd­deutsche Zeitung, en Alle­magne.

Les don­nées, analysées par quelque 154 jour­nal­istes, por­tent sur la péri­ode allant de 2005 et 2007. 180,6 mil­liards d’euros auraient ain­si tran­sité, à Genève, par les comptes HSBC de plus de 100 000 clients et de 20 000 sociétés off­shore, très pré­cisé­ment entre le 9 novem­bre 2006 et le 31 mars 2007. Plus de 5,7 mil­liards d’euros auraient été dis­simulés par HSBC Pri­vate Bank dans des par­adis fis­caux pour le compte de ses seuls clients français, env­i­ron 3 000…


Qui a éteint les Lumières ?

par André Gun­thert (*)

Après avoir affron­té d’innombrables trau­ma­tismes, guer­res, épidémies, cat­a­stro­phes, la société occi­den­tale paraît aujourd’hui plus paci­fiée qu’elle ne l’a jamais été. D’où vient alors ce sen­ti­ment large­ment partagé de l’échec, du déclin ou de l’effondrement (pour repren­dre le titre emblé­ma­tique de Jared Dia­mond, Col­lapse, 2005) de ce mod­èle?

Il serait évidem­ment absurde de penser que nous vivons un moment pire que celui du nazisme ou du stal­in­isme. Même sur un plan imag­i­naire, la men­ace du réchauf­fe­ment cli­ma­tique ou de l’épuisement des ressources naturelles paraît com­pa­ra­ble à d’autres grandes peurs, comme le mil­lé­nar­isme ou l’apocalypse nucléaire.

Il paraît donc utile de mieux cern­er les sources de nos inquié­tudes. Je soulig­nais en 2010 un prob­lème de pro­jec­tion vers le futur. Alors que la société occi­den­tale entre­tient depuis plusieurs siè­cles la mytholo­gie du pro­grès, l’incapacité de dessin­er désor­mais un avenir désir­able au-delà du busi­ness as usu­al paraît une inquié­tante con­séquence de la “fin de l’histoire” (Fran­cis Fukuya­ma, 1992).

Déclin- F Ponthieu-Lumieres-dok-images

Le brouil­lard idéologique pro­pre à dif­fér­er les change­ments pro­fonds” Déclin, © F. Pon­thieu, 2013
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Mais ce diag­nos­tic est très incom­plet. Plusieurs autres pris­es de con­science majeures ont jalon­né la péri­ode récente, qui sem­blent remet­tre en cause rien moins que le par­a­digme issu des Lumières, auquel on attribue la créa­tion d’un sys­tème artic­u­lant démoc­ra­tie représen­ta­tive et cap­i­tal­isme libéral autour de la rai­son et du débat pub­lic (Karl Polanyi, La Grande Trans­for­ma­tion, 1944; Jür­gen Haber­mas, L’Espace pub­lic, 1962).

Issue notam­ment des travaux de Thomas Piket­ty ou de la crise finan­cière de 2008, l’idée s’impose peu à peu que la forme néolibérale du cap­i­tal­isme a engen­dré une économie défini­tive­ment tox­ique et pathogène, qui détru­it lente­ment la société, et ne prof­ite qu’à une minorité de priv­ilégiés.

Il y a aujourd’hui comme une trag­ique ironie à voir les poli­tiques courir après le ressort cassé de la crois­sance, alors que nous sommes nom­breux à avoir désor­mais la con­vic­tion que celle-ci n’est com­pat­i­ble ni avec une exploita­tion durable des ressources, ni avec l’épanouissement des capac­ités humaines. La man­i­fes­ta­tion la plus cri­ante de ce para­doxe est la destruc­tion inin­ter­rompue du tra­vail, alors que celui-ci con­stitue la prin­ci­pale source de revenus mais aus­si de légitim­ité sociale pour une majorité de Ter­riens.

Le deux­ième con­stat qui s’affermit est celui de l’impuissance du poli­tique. Une impuis­sance large­ment con­sen­tie, voire organ­isée, depuis que le dogme néolibéral du trop d’Etat s’est imposé sans partage. La dichotomie entre les struc­tures du marché, tou­jours plus mon­di­al­isé, et celles des insti­tu­tions poli­tiques, qui restent régionales, accentue le déséquili­bre des pou­voirs au prof­it des forces économiques, ain­si qu’en témoigne le détourne­ment fis­cal, qui en est la con­séquence la plus appar­ente. Le sys­tème de sélec­tion des par­tis, qui favorise la nota­bil­i­sa­tion et la pro­fes­sion­nal­i­sa­tion du per­son­nel poli­tique, achève de déman­tel­er la démoc­ra­tie représen­ta­tive, qui ne pro­duit plus de respon­s­ables capa­bles de maîtris­er les enjeux, encore moins de pro­pos­er des solu­tions.

Cette absence de per­spec­tives est une autre car­ac­téris­tique de la péri­ode. Aucun scé­nario cohérent n’est disponible pour faire face aux défis du réchauf­fe­ment et de l’épuisement des ressources naturelles, de la réforme de l’économie et des insti­tu­tions poli­tiques. Mis à part le pro­jet de revenu uni­versel, qui paraît plutôt une rus­tine col­lée sur l’échec du cap­i­tal­isme, je ne con­nais pas d’alternative crédi­ble au mod­èle pro­duc­tiviste. Les pro­jets de VIe République ou de mod­i­fi­ca­tion des modal­ités de sélec­tion des représen­tants sem­blent de sim­ples gad­gets face à la néces­sité de restau­r­er un sys­tème indépen­dant des lob­bies, sus­cep­ti­ble de garan­tir la défense des intérêts col­lec­tifs – ce dont l’échec répété des négo­ci­a­tions à pro­pos du réchauf­fe­ment cli­ma­tique prou­ve que nous ne sommes plus capa­bles. La fail­lite de la gauche n’a pas d’autre cause que son inca­pac­ité à pro­pos­er des solu­tions à ces maux.

Dernier point d’une liste déjà longue, la dis­so­lu­tion des intérêts com­muns entraîne la frag­men­ta­tion et le retrait dans des logiques com­mu­nau­taires, à par­tir desquelles il sem­ble de plus en plus dif­fi­cile de recon­stru­ire l’espace pub­lic per­du depuis la fin de la sphère bour­geoise (Haber­mas). Les dif­fi­cultés matérielles ren­voient d’autant plus facile­ment cha­cun à ses par­tic­u­lar­ismes qu’aucun pro­jet col­lec­tif n’est là pour recréer du lien.

Pour autant que les Lumières aient effec­tive­ment été con­sti­tuées par un sys­tème au moins en par­tie voulu, plus rien ne sub­siste de cet héritage, que des ruines et une pen­sée zom­bie. En atten­dant l’aggior­na­men­to, nous n’écoutons plus que d’une oreille dis­traite les vati­c­i­na­tions des poli­tiques et de leurs vas­saux médi­a­tiques.

Au final, même si ces craintes sont prospec­tives, elles dessi­nent bel et bien un hori­zon cat­a­strophique. Sommes-nous donc voués à l’obscurité? Après avoir éteint la lumière, il nous faut revenir aux stades pré­para­toires des grandes révo­lu­tions de la moder­nité. Si l’on con­sid­ère que les boule­verse­ments poli­tiques, économiques et soci­aux du XIXe siè­cle ont été pré­parés par un long tra­vail de réflex­ion col­lec­tive, l’urgence est celle de l’élaboration de propo­si­tions théoriques de fond, et de leur débat.

(*) André Gun­thertchercheur en his­toire cul­turelle et études visuelles (EHESS)

(Arti­cle paru dans L’image sociale — 27/12/14 )

Note. J’ai trou­vé ce texte des plus intéres­sants, pour ain­si dire lumineux, à l’image de son titre et au mou­ve­ment des Lumières auquel il se réfère, bien sûr.  Il ne con­stitue nulle­ment une énième harangue politi­ci­enne, ni une impré­ca­tion appelant au change­ment mag­ique, sinon mirac­uleux. Il y a même lieu de quit­ter ces sen­tiers rebat­tus, qui con­tribuent à entretenir l’illusion générale, le brouil­lard idéologique pro­pre à dif­fér­er les change­ments pro­fonds – en fait, les évo­lu­tions au sens dar­winien, comme fruits de hasards et de néces­sités, ce qui jus­ti­fie tout autant le “long tra­vail de réflex­ion col­lec­tive” néces­saire aux boule­verse­ments de l’organisation sociale des humains. Ce texte offre aus­si de nom­breux liens ren­voy­ant à d’autres impor­tantes con­tri­bu­tions. J’y ajoute deux des miennes, mod­este­ment : Inven­taire avant démo­li­tion ? Le grand dérè­gle­ment de la mai­son Terre ; Sur l’idéologie du « Pro­grès » comme fac­teur de régres­sion Et mes vifs remer­ciements à l’auteur pour l’autorisation de repro­duire son arti­cle. GP.


Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre

Pour som­br­er dans le plus noir des pes­simismes, voire dans la dépres­sion, rien de tel que la soirée The­ma d’hier soir [28/10/14 ] sur Arte. Au menu, si j’ose dire, la faim et la soif dans le monde avec, en dessert, les deux derniers volets sur les six con­sacrés au Cap­i­tal­isme (avec une cap­i­tale…) De loin les plus intéres­sants, en par­ti­c­uli­er le tout dernier con­sacré à l’économiste hon­grois Karl Polanyi qui, dès 1944, a pointé le dan­ger représen­té par une société totale­ment menée par l’économie, et non l’inverse. Comme si l’activité humaine, par on ne sait quelle folie, s’était pré­cip­itée dans le gouf­fre noir du prof­it mor­tifère. Au point que les déséquili­bres mon­di­aux ne sem­blent avoir jamais atteint un tel niveau ahuris­sant, lais­sant dans le plus grand dénue­ment plus de la moitié de l’humanité qui, de plus, ne cesse de croître et accrois­sant en même temps les dérè­gle­ment écologiques, faisant sur­gir le spec­tre d’une dis­pari­tion pos­si­ble de l’espèce humaine.

on s'enfonce!.Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

Moi, je crois que c’est le pou­voir, le goût du pou­voir…”

Il se trou­ve qu’hier égale­ment je fai­sais ren­tr­er du gaz dans ma citerne (l’hiver, en dépit/à cause du réchauf­fe­ment, va finir par se point­er…). M. Total est arrivé avec son gros camion et son livreur.

– Alors, que je lui fais, vous êtes en deuil…

– Ben, c’est que nous, on est des sous-trai­tants, en loca­tion… C’est comme ça pour tout, peut-être même pour les raf­finer­ies, c’est en loca­tion, ça appar­tient à on ne sait qui…

Puis, on évoque la mort du PDG de Total, de Marg­erie, les cir­con­stances.

– Il faut tou­jours aller vite, plus vite; il fal­lait qu’il ren­tre tout de suite, sans atten­dre…

On par­le de son salaire…

– C’est pas tant une his­toire de sous, je crois; c’est les hon­neurs – il était plus impor­tant qu’un min­istre, vous avez vu, reçu par Pou­tine; peut-être qu’ils se tutoy­aient… Moi, je crois que c’est le pou­voir, le goût du pou­voir…

Belle leçon d’analyse poli­tique, venue de “la base” comme on dit par­fois avec con­de­scen­dance. Analyse plus sub­tile et plus humaine que celle d’un Gérard Filoche qual­i­fi­ant de Marg­erie de “suceur de sang” (un ex par­ti­san de Trot­sky, le suceur de sang des marins de Kro­n­stadt, peut avoir la mémoire très sélec­tive). Elle aurait pu fig­ur­er avan­tageuse­ment dans la série d’Arte qui, soit-dit en pas­sant, nous a bien bal­adés avec ses six épisodes sou­vent brumeux et embrumés, à savoir qui de Smith, Ricar­do ou Keynes avait été le plus vision­naire. Au point qu’à l’issue de ces innom­brables enfi­lages d’avis d’experts et autres écon­o­mistes paten­tés on n’y entra­vait plus couic ! Car, enfin, à ques­tion fortes répons­es de même : à quoi sert l’économie ? Quelle est sa final­ité ? De même pour le cap­i­tal­isme. Il fal­lut atten­dre les paroles sim­ples et fortes de la fille de Polanyi pour aller à l’essentiel„ qui rame­nait au début de la soirée The­ma  sur la faim et la soir : si l’activité humaine ne sert pas les humains dans la jus­tice et en vue de leur épanouisse­ment, n’y aurait-il pas “comme un défaut” – tout par­ti­c­ulière­ment dans la course pro­duc­tiviste et l’avidité sans lim­ite des pos­sé­dants. L’une et l’autre appa­rais­sant comme liés par un délire névro­tique dévelop­pé avec la nais­sance du cap­i­tal­isme his­torique au XiXe siè­cle jusqu’à sa dérive actuelle, le néo-libéral­isme financier. De même que le chauf­feur-livreur de Total n’ “appar­tient” pas à Total – mais sait-il qui est son vrai pro­prié­taire ?… –, qui peut aujourd’hui démêler l’écheveau mon­di­al­isé des mil­liards de mil­liards qui changent de porte­feuilles à la vitesse de la lumière ? Et que peu­vent les “poli­tiques”, bal­lot­tés comme mar­i­on­nettes dans ce sin­istre bal­let réglé à leurs façons par des algo­rithmes “mag­iques” autant qu’anonymes ?

Évolution ? Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

Évo­lu­tion ? Quelle évo­lu­tion ?

Si nous recon­nais­sons aujourd’hui cette patente réal­ité d’un dérè­gle­ment mon­di­al rel­e­vant d’un délire névro­tique – c’est-à-dire d’une patholo­gie – on ne peut plus raison­ner, en rai­son raison­nante, d’après les critères du XIXe siè­cle, et en par­ti­c­uli­er le dogme marx­iste. Com­ment ne pas remet­tre en ques­tion ce pos­tu­lat selon lequel  l’infrastructure (la pro­duc­tion) déter­mine la super­struc­ture (les idées) ? Ne serait-ce pas plutôt l’inverse, dans la mesure pré­cisé­ment ou “les idées”, si on peut dire, seraient déter­minées par la reli­gion du prof­it et sa fas­cisante irra­tional­ité, avec ses cohort­es sub­séquentes : pro­duc­tivisme, crois­sance, sur­con­som­ma­tion, pil­lage des ressources,  déséquili­bres nord-sud, guer­res, dérè­gle­ment cli­ma­tique, et cætera ?

À cet égard, ne pour­rait-on espér­er qu’un écon­o­miste – un écon­o­miste nou­veau –, dévelop­pant la pen­sée de Polanyi, recon­sid­ère la bonne ges­tion de notre mai­son com­mune, la Terre, et de sa gou­ver­nance à par­tir de don­nées intrin­sèque­ment human­istes, au béné­fice des humains et du vivant ? Pen­sons, par exem­ple et en par­ti­c­uli­er, à la manière dont un Wil­helm Reich (mort en 1957), bous­cu­lant pour le moins les idéolo­gies du marx­isme et du freud­isme, a pu émet­tre une analyse des folies mor­tifères du nazisme impli­quant les com­plex­es et con­tra­dic­toires dimen­sions des com­porte­ments humains (Psy­cholo­gie de masse du fas­cisme, Pay­ot, 1999).

 

Ils empochent entre 400 et 1 110 années de Smic par an !

Illus­tra­tion avec ce cri d’alarme lancé par l’Obser­va­toire des iné­gal­ités dont les remar­quables travaux ne cessent de dénon­cer à par­tir d’études et de don­nées qui, toute­fois, ne remon­tent pas aux caus­es pre­mières et pro­fondes du dérè­gle­ment humain et de l’économie. Économie qui, en effet, partage la même éty­molo­gie que écolo­gie : du grec oikos (mai­son, habi­tat) et logos (dis­cours, sci­ence) ; ou encore, plus générale­ment : la sci­ence des con­di­tions d’existence, ce qui recou­vre le champ de l’économie, si on con­sid­ère le sens du nomos, gér­er, admin­istr­er.

 

Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants

28 octo­bre 2014 — Les patrons les mieux rémunérés de France touchent entre 400 et 1 110 années de Smic par an. Et encore, sans tenir compte de tous leurs avan­tages.
Le revenu annuel d’un grand patron représente de 400 à 1 110 années de Smic, selon les don­nées 2012 pub­liées par Prox­in­vest dans son 15e rap­port La Rémunéra­tion des Dirigeants des sociétés du SBF 120 (novem­bre 2013). De 4,8 mil­lions d’euros (équiv­a­lents à 358 années de Smic) pour Mau­rice Lévy (Pub­li­cis) à 14,9 mil­lions d’euros (1 112 années de Smic) pour Bernard Char­lès, patron de Das­sault Sys­tèmes.
Les revenus pris en compte dans cette étude totalisent les salaires fix­es, vari­ables et/ou excep­tion­nels, les stock-options [1] et les actions gra­tu­ites. Ils ne com­pren­nent pas, par con­tre, cer­tains autres avan­tages comme ceux en nature (voitures, loge­ments de fonc­tion par exem­ple), le com­plé­ment de retraite sur-com­plé­men­taire alloué à cer­tains dirigeants de grandes entre­pris­es notam­ment. Ces revenus demeurent bien supérieurs à ce que le tal­ent, l’investissement per­son­nel, la com­pé­tence, le niveau élevé de respon­s­abil­ités ou la com­péti­tion inter­na­tionale peu­vent jus­ti­fi­er. Ils vont bien au-delà de ce qu’un indi­vidu peut dépenser au cours d’une vie pour sa sat­is­fac­tion per­son­nelle. Ils garan­tis­sent un niveau de vie hors du com­mun, trans­mis­si­ble de généra­tion en généra­tion, et per­me­t­tent de se lancer dans des straté­gies d’investissement per­son­nel (entre­pris­es, col­lec­tions artis­tiques, fon­da­tions, etc.).
Il faut ajouter que ces dirigeants dis­posent aus­si de mécan­ismes de pro­tec­tion con­sid­érables en cas de départ for­cé de l’entreprise résul­tant d’une mésen­tente avec les action­naires, d’erreurs stratégiques ou économiques, etc. Les PDG ne sont pas les seuls à être les mieux rémunérés. Des très hauts cadres de cer­taines pro­fes­sions ou des sportifs peu­vent avoir un revenu annuel moyen astronomique : 35 années de Smic pour un sportif de haut niveau, 23 années pour un cadre du secteur de la finance, 18 années pour un dirigeant d’entreprise salarié.
patrons

 

Les très hauts salaires * par pro­fes­sion
Unité : euros
  Salaire brut annuel moyen En années de Smic **
Sportifs de haut niveau 444 955 35
Cadres des fonc­tions finan­cières 244 878 19
- Dont métiers de la banque 289 913 23
Cadres d’état major 238 674 19
Dirigeants 225 340 18
Autres 210 446 17
Divers cadres 195 349 15
Fonc­tion com­mer­ciale 181 257 14
Fonc­tion tech­nique 180 230 14
* Les 1 % de salariés à temps com­plet les mieux rémunérés. ** Smic net annuel 2010.
Source : Insee — 2007

Pour en savoir plus :
Les très hauts salaires du secteur privé — Insee pre­mière n°1288 — avril 2010.

Notes

[1Droits attribués aux salariés d’acquérir des actions de leur société sous cer­taines con­di­tions, notam­ment avec un rabais, ce qui leur pro­cure une plus-val­ue qua­si cer­taine lors de la revente.

Date de rédac­tion le 28 octo­bre 2014

© Obser­va­toire des iné­gal­ités


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote français aux élec­tions européennes se dis­tingue comme une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les électeurs FN… Mais des enquêtes soci­ologiques font ressor­tir que, pour ces derniers, la ques­tion des immi­grés reste la plus déter­mi­nante. D’où les réflex­ions suiv­antes tri­cotées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très intéres­sant et pro­fond arti­cle trou­vé dans le dernier Mar­i­anne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légasse.

Sous le titre « Les trucages d’une bluette iden­ti­taire », les auteurs dénon­cent une manœu­vre « artis­tique », « intel­lectuelle » et à coup sûr com­mer­ciale par laque­lle se trou­ve défendue la thèse du mul­ti­cul­tur­al­isme en train de saper notre mod­èle démoc­ra­tique et répub­li­cain « à la française », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comique, et néan­moins à base de clichés pour le coup bien racistes : juifs grippe-sous, Chi­nois fourbes à petites bites, Noirs lubriques à grande queue et pas futés, Arabes « mus­lims » et voleurs…

qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu -religion-racisme-lepen-Front national

Légende fournie avec l’image offi­cielle : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Europe 1 est parte­naire, a dépassé la barre des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un score que l’équipe du film a célébré digne­ment à Cannes jeu­di soir, après avoir mon­té les march­es du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film sem­ble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous sommes tous racistes, et c’est juste­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­mentent les auteurs de l’article, il y aurait un équili­bre des racismes comme il y a une équili­bre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléaire : la général­i­sa­tion de l’agressivité déboucherait sur la paix »…

Le procédé se dou­ble alors d’une autre faute morale con­sis­tant à invers­er la réal­ité d’aujourd’hui en méprisant ceux qui la subis­sent. Il faut en effet pré­cis­er que le film se passe en milieu bour­geois où les gen­dres en ques­tion sont ban­quier, comé­di­en, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils par­lent français aus­si bien que Finkielkraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exacte­ment la soci­olo­gie du « 9–3 » ou des quartiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pierre Bour­dieu (La Mis­ère du monde, 1993) et aus­si Emmanuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange mat­ri­mo­ni­al, essen­tielle dans tout proces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Claude Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­pologiques.] Or, cet échange, s’enrichissant de la « diver­sité des peu­ples » achoppe notam­ment sur le statut de la femme que le film évac­ue totale­ment et comme par magie : on n’y voit aucune femme voilée ! En occul­tant ain­si cette ques­tion du voile, se trou­ve aus­si évac­uée la ques­tion du métis­sage et, avec elle, celle de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voile imposé à la femme (ou même « libre­ment con­sen­ti ») la fonc­tion de l’interdit opposé au jeu exogame : « Touche pas à la femme voilée ! »

Cette atti­tude s’oppose en effet à toute ten­ta­tive d’intégration et vient ain­si ren­forcer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racisme, bien qu’il puisse aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racisme “anti-Blanc”. Et de not­er, avec Todd, que « le taux de mariages mixtes (se réal­isant prin­ci­pale­ment dans les caté­gories pop­u­laires), s’est effon­dré ces trente dernières années à cause du ren­fer­me­ment endogamique d’une immi­gra­tion récente encour­agée à val­oris­er et préserv­er sa cul­ture d’origine. On repart se mari­er au bled. »

(Lire la suite…)


USA-UE. Ne pas se laisser moucher dans le TAFTA

stop-taftaJe relaie ici l’appel du col­lec­tif “Stop TAFTA” qui s’oppose à l’accord de libre-échange débridé en cours de négo­ci­a­tion entre les États-Unis, le Cana­da et l’Union européenne. Voici le texte de cet appel, ain­si que quelques liens qui en dénon­cent les mul­ti­ples et bien réels dan­gers économiques, soci­aux, san­i­taires, cul­turels. Une péti­tion avait déjà cir­culé et alerté de ces périls en décem­bre dernier. [Voir ici : Mon­di­al­i­sa­tion. Un appel à péti­tion con­tre le « parte­nar­i­at transpaci­fique » ]

Le 14 juin 2013, la Com­mis­sion européenne a obtenu man­dat de la part de tous les États mem­bres pour négoci­er avec les États-Unis le Transat­lantic Free Trade Area (TAFTA). Cet accord cherche à instau­r­er un vaste marché de libre-échange entre l’Union européenne et les États-Unis, allant au-delà des accords de l’OMC.

Ce pro­jet de Grand marché transat­lan­tique vise le déman­tèle­ment des droits de douane restants, entre autres dans le secteur agri­cole, et plus grave encore, la sup­pres­sion des « bar­rières non tar­i­faires » qui ampli­fierait la con­cur­rence débridée et empêcherait la relo­cal­i­sa­tion des activ­ités.

Il con­duirait à un niv­elle­ment par le bas des règles sociales, économiques, san­i­taires, cul­turelles et envi­ron­nemen­tales, aus­si bien en Europe qu’aux États-Unis. Ain­si, la pro­duc­tion de lait et de viande avec usage d’hormones, la volaille chlorée et bien d’autres semences OGM, com­mer­cial­isées aux États-Unis, pour­raient arriv­er sur le marché européen. Inverse­ment, cer­taines régu­la­tions des marchés publics et de la finance aux États-Unis pour­raient être mis­es à bas.

Cet accord serait un moyen pour les multi­na­tionales d’éliminer toutes les déci­sions publiques qui con­stituent des entrav­es à l’expansion de leurs parts de marché. Nous pen­sons tous que ce pro­jet con­sacre la dom­i­na­tion des multi­na­tionales européennes comme améri­caines. Pour cer­tains il affirme égale­ment la dom­i­na­tion des États-Unis. À coup sûr, il asservi­rait les peu­ples des deux côtés de l’Atlantique.

stop-taftaCe pro­jet pour­rait intro­duire un mécan­isme d’arbitrage privé « investis­seur-État », qui se sub­stituerait aux juri­dic­tions exis­tantes. Les investis­seurs privés pour­raient ain­si con­tourn­er les lois et les déci­sions qui les gên­eraient, per­me­t­tant par exem­ple aux pétroliers d’imposer en France l’exploitation des gaz de schistes et autres hydro­car­bu­res dits non con­ven­tion­nels.

Une telle archi­tec­ture juridique lim­it­erait les capac­ités déjà faibles des États à main­tenir des ser­vices publics (édu­ca­tion, san­té, etc.), à pro­téger les droits soci­aux, à garan­tir la pro­tec­tion sociale, à main­tenir des activ­ités asso­cia­tives, sociales et cul­turelles préservées du marché, à con­trôler l’activité des multi­na­tionales dans le secteur extrac­t­if ou encore à inve­stir dans des secteurs d’intérêt général comme la tran­si­tion énergé­tique. (Lire la suite…)


Scoop. La dernière liaison du Président

Social-démoc­rate”, “social-libéral” ? Les ana­lystes paten­tés se crêpent le chignon. Pas­sion­nant. Tan­dis que le champ poli­tique se restreint comme peau de cha­grin devant l’économie frap­pée par les flux con­joints de la mon­di­al­i­sa­tion et de la finance. Gou­vern­er aujourd’hui, c’est d’abord ne pas périr… « Père, garde-toi à l’Est, garde-toi à l’Ouest ! » Mais le dan­ger reste le même sous ses déguise­ments pro­téi­formes. Ce sera déjà mirac­uleux si dans le « social-réal­isme » le social parvient à sur­vivre.

mondialisation- finance

© faber


Les Juifs” selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

Desprog­es: “On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la salle?” “On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la dernière guerre mon­di­ale de nom­breux Juifs ont eu une atti­tude car­ré­ment hos­tile à l’égard du régime nazi.”

Quand Pierre Desprog­es – il y a une ving­taine d’années – s’est com­mis avec son fameux sketch inti­t­ulé “Les Juifs”, la France n’en fut nulle­ment retournée. Aujourd’hui que Dieudon­né a mis le feu aux poudres, les meutes anti­sémites se lâchent. Elle déversent des tonnes d’immondices sur Daylimo­tion qui héberge les sketch­es de Desprog­es. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­taires.

Que s’est-il passé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le con­texte a changé. Exten­sion des com­mu­nau­tarismes, notam­ment religieux ; atten­tats du 11 sep­tem­bre 2001, guer­res d’Afghanistan, du Proche et Moyen Ori­ent ; impasse pales­tini­enne surtout et coloni­sa­tion israéli­enne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut encore le cas hier lors de l’émission de Frédéric Tad­deï  “Ce soir ou jamais” où, dès le début, le mot “Pales­tine” déclen­chait  hos­til­ité et cli­vage entre les inter­venants.

Certes, Desprog­es et Dieudon­né s’opposent comme le jour et la nuit. Le pre­mier pra­tique une dis­tan­ci­a­tion humoris­tique affir­mée – à con­di­tion toute­fois d’adhérer à ses codes et à cette dis­tance ; en quoi le risque existe tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­botte dans l’ambiguïté, joue sans cesse dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixième degré. Quand il ne som­bre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une telle con­fu­sion, son pub­lic trou­ve  assez « à boire et à manger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­conque dis­tin­guo entre anti­sion­isme et anti­sémitisme.

Quoi qu’il en soit, et pour mesur­er cet écart qui mar­que pesam­ment deux épo­ques, revoici donc “Les Juifs” par Pierre Desprog­es, ver­sion vidéo, ou audio.


Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

dieudonne-liste-antisioniste-elections

Ce geste, dit de la quenelle, devenu sym­bole de la “Dieu­dosphère”, Dieudon­né l’exécute dès mai 2009 sur une affiche de la liste “anti­sion­iste” qu’il con­duit aux européennes.

L’ “affaire Dieudon­né” est en passe d’empoisonner notre espace du “vivre ensem­ble”. Cette belle idée – illu­soire ? – mon­tre bien sa fragilité face à la bru­tal­ité des croy­ances, des cer­ti­tudes et autres con­vic­tions – ces con­vic­tions que Niet­zsche dénonçait comme “des enne­mis de la vérité plus dan­gereux que les men­songes. » Anti­sion­iste revendiqué, anti­sémite masqué, Dieudon­né provoque et, tout à la fois, révulse et attire. Ses pro­pos lui valent plus encore de répro­ba­tions morales que de con­damna­tions pénales, tan­dis que ses spec­ta­cles font salles combles (quand elles ne lui sont pas refusées), en dépit d’une omer­ta médi­a­tique dont il fait l’objet. Comme si deux visions du monde s’affrontaient autour de sa per­son­ne, de ses presta­tions et de ses fréquen­ta­tions – Fau­ris­son, Le Pen, Soral, Meyssan, Chavez, Ahmadine­jad… Alors pourquoi ? Ten­ta­tives d’explications autour de quelques ques­tions dont celle-ci, sans réponse, lancée à la radio par le directeur du Nou­v­el Obser­va­teur, Lau­rent Jof­frin : “Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudon­né ?”

À cause du petit mou­ton con­trari­ant qui pré­side aux des­tinées de ce blog… je suis amené à revenir sur ce qu’on peut désor­mais appel­er « l’affaire Dieudon­né ». Affaire qui risque d’enfler encore bien davan­tage, ain­si que s’y emploient les politi­ciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cepen­dant, petit mou­ton oblige, je voudrais y revenir à con­tre-courant de la marée dom­i­nante. Ce qui n’est pas sans risques, tant ce ter­rain s’avère miné à l’extrême – aux extrêmes, pour être plus pré­cis. Donc, ven­dre­di matin, dans le poste (France Cul­ture), j’entends Lau­rent Jof­frin (du Nou­v­el Obs, qui fait sa cou­ver­ture sur qui ?) résumer l’affaire à sa façon, selon son habituel ton débon­naire, frap­pé au coin du bon sens et par­fois de la courte vue. Ain­si : « Dieudon­né, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieudon­né ? Rien, évidem­ment, ils s’en foutent […] Ils ont protesté quand Dieudon­né a fait un sketch anti­sémite. C’est ça le crime ini­tial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en qua­tre min­utes de chronique, on peut à peine plus finass­er qu’en cent quar­ante signes sur Twit­ter… Pas une rai­son pour sauter à pieds joints sur des ques­tions fon­da­men­tales qu’appellent des sujets de société fon­da­men­taux. Et Jof­frin enjambe allé­gre­ment la faille de sa courte pen­sée : « Dieudon­né, lui, a la haine des Juifs. Pourquoi ? Comme ça. » Il min­imise en fait, tout en y recourant, l’importance de cet adverbe fon­da­men­tal : pourquoi ? N’est-ce pas le sel-même du jour­nal­isme et, au delà, de toute soif de com­pren­dre. Alors : pourquoi Dieudon­né a-t-il la haine des Juifs ? Pourquoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évidem­ment » répond Jof­frin. L’évidence, c’est bien le con­traire du doute. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puisque rien n’est expliqué – dé-com­pliqué. J’aimerais pass­er un moment avec Dieudon­né [Arti­cle doc­u­men­té sur Wikipedia]. Sûre­ment pas pour lui faire la courte-échelle, mais bien pour lui pos­er quelques « pourquoi ? ». Des ques­tions qui tourn­eraient autour de celle-ci, en effet fon­da­men­tale : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais ques­tion que je me garderais de lui oppos­er au préal­able comme une pique provo­cante. Il y a chez Dieudon­né, bien sûr, « matière à creuser » : depuis son enfance, certes, et même depuis sa nais­sance, mère bre­tonne, père camer­ounais. Un métis, ce cousin du métèque. Un frus­tré sans doute, un révolté, voire un indigné, comme tant de jeunes peinant à se percevoir comme Français à part entière, à cause de la dis­crim­i­na­tion sociale et du racisme. À cause aus­si de l’Histoire et du passé colo­nial dont il a fini par pren­dre fait et cause. Une prise de con­science qui l’a sans doute fondé dans son devenir d’humoriste – un rôle qui implique, pour le moins, un regard cri­tique pou­vant aller jusqu’à l’acidité et la méchanceté. De l’ironie à la haine, la voie est par­fois étroite. Puis le suc­cès de scène, l’adulation d’un pub­lic séduit, pas tou­jours « éduqué » car sociale­ment mar­gin­al­isé, récep­tif aux idées cour­tes, pourvu qu’elles soient « drôles » ; son alliance pour la scène avec le juif Élie Semoun dans un duo poli­tique­ment « équili­bré »; leur rup­ture ensuite ; ses déboires liés à ses dérives, puis la rad­i­cal­i­sa­tion dans laque­lle le ressen­ti­ment tient lieu d’argument idéologique, à preuve cet « anti­sion­isme » dont l’ambivalence d’usage (dou­ble dimen­sion : his­torique et séman­tique, dans un jeu per­fide masquant sa nature anti­sémite) per­met d’euphémiser le rejet des Juifs comme fau­teurs uni­versels, cause de tous les maux du monde des rejetés et surtout des frus­trés. D’où le recours à l’antienne du « lob­by juif, » puis à la théorie du Com­plot qui per­met d’« expli­quer bien des choses cachées et des mys­tères » et d’alimenter cette filan­dreuse notion de « sys­tème » qu’on retrou­ve aux extrêmes, gauche et droite, des idéolo­gies. (Lire la suite…)


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

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