On n'est pas des moutons

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Trump. « Impensable », puisqu’impensé

Com­ment ne pas en rajou­ter, inuti­le­ment, à ce flot média­tique mon­dial déver­sé à pro­pos de Trump et de son élec­tion ? Car le nom­bril du monde, on le sait bien, se situe aux États-Unis, capi­tale du Capi­tal 1. Qu’un his­trion mil­liar­daire en prenne les gou­vernes, c’est dans « l’ordre des choses ». Dans un cer­tain ordre de cer­taines choses : celles de l’argent-roi en par­ti­cu­lier, de la crois­sance à tout-va, de l’exploitation sans bornes des res­sources natu­relles et des humains entre eux. Le cli­mat pla­né­taire n’est vrai­ment pas bon.

La nou­veau­té, cette fois, c’est que les Cas­sandre de tous poils en sont res­tés sur le cul. Tous médias confon­dus, ana­lystes, pré­vi­sion­nistes, son­deurs n’avaient envi­sa­gé « le pire » que sous l’angle qua­si anec­do­tique, une vision cau­che­mar­desque aus­si­tôt refou­lée, comme pour mieux en conju­rer l’éventualité. C’était impen­sable.

Tel­le­ment impen­sable que cet « ordre des choses » com­man­dait de ne pas y pen­ser. L’impensable résul­tait en effet de l’impensé. Ce fut le pari gagnant de Trump, celui de parier sur le rejet orga­nique du « clan Clin­ton », rejet tri­pal – car vécu au plus pro­fond d’êtres frus­trés éco­no­mi­que­ment, socia­le­ment, cultu­rel­le­ment. Trump va sans doute les « trum­per », puisque c’est un ban­dit poli­tique qui a su les séduire (au sens pre­mier : Détour­ner du vrai, faire tom­ber dans l’erreur) en sachant leur par­ler, avec le lan­gage de la vul­ga­ri­té dans lequel ledit peuple a la fai­blesse de se com­plaire et de se recon­naître.

Et cela, à l’opposé des « élites », les soi-disant sachants, les « qui ne savent rien du tout » de la réa­li­té vécue en dehors des sphères de l’entre-soi. On peut mettre dans ce panier des « ins­truits cons ». 2 Dans cette caté­go­rie, on met­tra notam­ment la « classe » des jour­na­listes et assi­mi­lés. Je mets le mot entre guille­mets car il n’est pas exact, pas juste, en ce sens qu’il dési­gne­rait un ensemble homo­gène ; ce n’est pas le cas, car il faut consi­dé­rer les excep­tions, même si elles sont plu­tôt rares, sur­tout aux Etats-Unis. Par­mi elles, Michael Moore. Il a été l’un des rares à pres­sen­tir la vic­toire de Trump, dès le mois de juillet dans un article sur son site inti­tu­lé « Cinq rai­sons pour les­quelles Trump va gagner » 3.

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Le réa­li­sa­teur 4 pré­voyait notam­ment une sorte de « Brexit de la Cein­ture de rouille », en réfé­rence aux États de la région à l’industrie sinis­trée des Grands Lacs tra­di­tion­nel­le­ment démo­crates et qui pour­tant ont élu des gou­ver­neurs répu­bli­cains depuis 2010. Selon Moore, cet arc est « l’équivalent du centre de l’Angleterre. Ce pay­sage dépri­mant d’usines en décré­pi­tude et de villes en sur­sis est peu­plé de tra­vailleurs et de chô­meurs qui fai­saient autre­fois par­tie de la classe moyenne. Aigris et en colère, ces gens se sont fait duper par la théo­rie des effets de retom­bées de l’ère Rea­gan. Ils ont ensuite été aban­don­nés par les poli­ti­ciens démo­crates qui, mal­gré leurs beaux dis­cours, fri­cotent avec des lob­byistes de Gold­man Sachs prêts à leur signer un beau gros chèque ».

Cette « pro­phé­tie » s’est réa­li­sée mar­di… D’ailleurs ce n’est pas une pro­phé­tie mais la déduc­tion d’une ana­lyse de ter­rain propre à la démarche de Moore. 5

Recon­nais­sons aus­si à un jour­na­liste fran­çais, Ignia­cio Ramo­net (ex-direc­teur du Monde diplo­ma­tique), d’avoir lui aus­si pen­sé l’« impen­sable ». Le 21 sep­tembre, il publiait sur le site Mémoire des luttes, un article sous le titre « Les 7 pro­po­si­tions de Donald Trump que les grands médias nous cachent » 6. Extraits :

« Depuis la crise dévas­ta­trice de 2008 (dont nous ne sommes pas encore sor­tis), plus rien n’est comme avant nulle part. Les citoyens sont pro­fon­dé­ment déçus, désen­chan­tés et déso­rien­tés. La démo­cra­tie elle-même, comme modèle, a per­du une grande part de son attrait et de sa cré­di­bi­li­té.

[…]

« Cette méta­mor­phose atteint aujourd’hui les Etats-Unis, un pays qui a déjà connu, en 2010, une vague popu­liste rava­geuse, incar­née à l’époque par le Tea Par­ty. L’irruption du mil­liar­daire Donald Trump dans la course à la Mai­son Blanche pro­longe cette vague et consti­tue une révo­lu­tion élec­to­rale que nul n’avait su pré­voir. Même si, appa­rem­ment, la vieille bicé­pha­lie entre démo­crates et répu­bli­cains demeure, en réa­li­té la mon­tée d’un can­di­dat aus­si aty­pique que Trump consti­tue un véri­table trem­ble­ment de terre. Son style direct, popu­la­cier, et son mes­sage mani­chéen et réduc­tion­niste, qui sol­li­cite les plus bas ins­tincts de cer­taines caté­go­ries sociales, est fort éloi­gné du ton habi­tuel des poli­ti­ciens amé­ri­cains. Aux yeux des couches les plus déçues de la socié­té, son dis­cours auto­ri­ta­ro-iden­ti­taire pos­sède un carac­tère d’authenticité qua­si inau­gu­ral. Nombre d’électeurs sont, en effet, fort irri­tés par le « poli­ti­que­ment cor­rect » ; ils estiment qu’on ne peut plus dire ce qu’on pense sous peine d’être accu­sé de « raciste ». Ils trouvent que Trump dit tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Et per­çoivent que la « parole libé­rée » de Trump sur les His­pa­niques, les Afro-Amé­ri­cains, les immi­grés et les musul­mans comme un véri­table sou­la­ge­ment.

[…]

« A cet égard, le can­di­dat répu­bli­cain a su inter­pré­ter, mieux que qui­conque, ce qu’on pour­rait appe­ler la « rébel­lion de la base ». Avant tout le monde, il a per­çu la puis­sante frac­ture qui sépare désor­mais, d’un côté les élites poli­tiques, éco­no­miques, intel­lec­tuelles et média­tiques ; et de l’autre côté, la base popu­laire de l’électorat conser­va­teur amé­ri­cain. Son dis­cours anti-Washing­ton, anti-Wall Street, anti-immi­grés et anti-médias séduit notam­ment les élec­teurs blancs peu édu­qués mais aus­si – et c’est très impor­tant –, tous les lais­sés-pour-compte de la glo­ba­li­sa­tion éco­no­mique. »

Ramo­net détaille ensuite les « sept mesures » en ques­tion, que je vous invite à connaître pour mieux com­prendre en quoi les outrances de Trump – mise en avant, en effet, par le média­tisme mou­ton­nier et spec­ta­cu­laire – n’ont pu gom­mer le réa­lisme de ses pro­po­si­tions auprès des plus concer­nés, les lais­sés pour compte du libé­ra­lisme sau­vage et rava­geur.

Mer­cre­di soir au JT de 20 heures sur France 2, Marine Le Pen n’a pas man­qué de tirer son épingle de ce jeu brouillé, devant un jour­na­liste en effet bien for­ma­té selon la pen­sée domi­nante, à l’image du « tout Clin­ton » por­tée par la fan­fare média­tique.

Pour la pré­si­dente du Front natio­nal,  « la démo­cra­tie, c’est pré­ci­sé­ment de res­pec­ter la volon­té du peuple. Et si les peuples réservent autant de sur­prises, der­niè­re­ment, aux élites, c’est parce que les élites sont com­plè­te­ment décon­nec­tées. C’est parce qu’elles refusent de voir et d’entendre ce que les peuples expriment. [… ces peuples] « on les nie, on les méprise, on les moque bien sou­vent. Et ils ne veulent pas qu’une petite mino­ri­té puisse déci­der pour eux ». Tout cela envoyé en toute séré­ni­té, sur la petite musique des « élites et du peuple » façon FN, une musi­quette qui en dit beau­coup sur les enjeux de l’élection de l’an pro­chain.

Notes:

  1. Les bourses du monde se sont « res­sai­sies » en quelques heures…
  2. C’était l’expression de mon père pour dési­gner les poli­ti­ciens et les tech­no­crates ; je la trouve juste, et je suis fier de citer ma source…
  3. http://michaelmoore.com/trumpwillwin/
  4. On lui doit notam­ment Roger et moi (sur la crise dans l’automobile) ou encore Bow­ling for Colum­bine (le culte des armes à feu)
  5. Les médias de masse états-uniens, comme les autres ailleurs, reflètent cette sépa­ra­tion élite/peuple ; autre­ment dit entre ceux qui parlent « du peuple » (les ana­lystes dis­tin­gués se pla­çant en posi­tion haute…), et ceux qui parlent « au peuple » (le plus sou­vent, hélas, les chaînes « popu­laires » – celles des télés-réa­li­té chères à Trump – et les « tabloïds », chantres du diver­tis­se­ment vul­gaire). On retrouve là aus­si le cli­vage entre jour­na­lisme de ter­rain et jour­na­lisme assis. Ce qui me rap­pelle une sen­tence émise par un confrère afri­cain : « Il vaut mieux avoir de la pous­sière sous les semelles que sous les fesses » ! À ce pro­pos, on aura noté que nos médias hexa­go­naux ont dépla­cé des cohortes de jour­na­listes-pro­phètes pour « cou­vrir » l’élection états-unienne. Et, où se sont-ils amas­sés, ces chers jour­na­listes : dans le nom­bril du nom­bril du monde, à Man­hat­tan, par­di ! En avez-vous lu, vu et enten­du depuis le Bronx, ou bien à Detroit (Michi­gan), à Baton Rouge (Loui­siane), à Ama­rillo (Texas) ?… par exemple.
  6. http://www.medelu.org/Les-7-propositions-de-Donald-Trump

Cinéma. « Toni Erdmann », subversif Père Ubu

S’il n’y avait qu’un film à voir ces temps-ci, ce serait bien ce « Toni Erd­mann » (d’autant que je n’en ai pas vu d’autre…) Un film comme aucun autre. Certes, sa fac­ture for­melle est plu­tôt clas­sique : pas besoin de faire des numé­ros de cla­quettes quand le fond l’emporte d’une manière aus­si magis­trale. Au départ, l’histoire ordi­naire d’un père et d’une fille que la vie « moderne » a éloi­gnés, jusqu’à les rendre étran­gers l’un à l’autre. His­toire banale, sauf que les per­son­nages ne le sont pas, banals.

Le père, d’abord et sur­tout, consta­tant l’abîme qui menace sa fille, prise dans l’absurde tour­billon du monde mor­ti­fère du biz­ness, du coa­ching – tout ce bla­bla secré­té par le règne de la mar­chan­dise mon­dia­li­sée. Son ins­tru­ment d’action, à l’efficacité impa­rable – c’est le sujet du film – ce sera la dis­tance cri­tique por­tée par l’humour et, plus encore, par la déri­sion, pla­nètes deve­nues inat­tei­gnables à cette jeune femme froide, réfri­gé­rée, fri­gide. Com­ment peut-elle encore être sa fille, celle-là qui sur­git entre deux avions, pres­sée, absente, l’oreille col­lée au por­table, habillée en croque-mort, en noir et blanc, à la vie grise, vide de sens et de sou­rires ?

De ce nau­frage annon­cé va sur­gir, en sau­ve­teur lou­foque, ce Toni Erd­mann à l’humour déjan­té, lour­dingue, qui fout la honte à cette jeune femme for­ma­tée, taillée (dans son tailleur strict) pour la com­pé­ti­tion entre tueurs affai­ristes – bref, le spec­tacle de l’« actu ». Il débarque donc dans son uni­vers de morgue, armé d’une per­ruque, de fausses dents et jusqu’à un cous­sin-péteur – une pano­plie de Père Ubu pour un com­bat contre l’absurdité. « Je vou­lais savoir si tu avais le temps de vivre un peu » lui dit-il, tan­dis qu’elle n’entend pas, deve­nue sourde à la vie vivante, abs­traite comme de l’art « contem­po­rain », mar­chan­dise elle-même, au ser­vice du monde mar­chand, de la finance qui tue le tra­vail et les hommes.

Mais rien n’est dit expli­ci­te­ment de tout ça : pas de dis­cours ni démons­tra­tions ; tout sur­git ici dans la lumière de l’écran, des per­son­nages, des situa­tions – Éros contre Tha­na­tos, dans l’ordinaire mena­cé des vies déré­glées, mena­cée comme l’humanité tout entière, par ce réchauf­fe­ment qui refroi­dit : en fait un refroi­dis­se­ment géné­ra­li­sé, une gla­cia­tion des rela­tions entre les êtres en repré­sen­ta­tion : le monde rem­pla­cé par son spec­tacle.

Un grand film sub­ver­sif, oui, qui fait tom­ber les masques, dénonce les jeux de sur­face minables, rap­pelle à l’impé­rieuse et pro­fonde urgence de vivre.

Mais atten­tion ! dan­ger : si jamais votre des­tin vous a conduit à œuvrer dans ce monde du coa­ching, du mana­ge­ment, de la lutte des requins contre les sar­dines…

…n’allez sur­tout pas à la ren­contre de ce Toni Erd­mann ! Vous pour­riez ne pas vous en remettre.


♦ Film alle­mand de Maren Ade avec Peter Simo­ni­schek, San­dra Hül­ler (2 h 42). Sur le Web : www.hautetcourt.com/film/fiche/302/toni-erdmann

L’Autrichien Peter Simo­ni­schek (ex-pro­thé­siste den­taire, trop beau pour être vrai) et l’Allemande San­dra Hül­ler y sont géniaux.


Le burkini, accessoire islamique ou glaive contre la laïcité

Dites-donc, les ami(e)s, ça fait deux bons mois que j’ai car­ré­ment déser­té la toile ! Et pas de pro­tes­ta­tions… À sup­po­ser que j’aie pu man­quer à d’aucuns, voi­ci une bonne ration qui devrait vous tenir au corps. Même s’il s’agit d’un sujet indi­geste. Comme l’est l’actu et ce monde si mal en point. Enfin, conso­la­tion : l’Euro de foot, c’est fait. Le Tour, aus­si. De même les JO. Pas­sons enfin à la poli­tique, la bonne, vraie, bien poli­ti­cienne. Voi­ci le temps béni de la mas­ca­rade (pré)électorale. Les jeux ne sont pas faits, mais si quand même, au sens des camem­berts dépas­sés…

Nous sommes début août à Mar­seille. La scène se passe juste avant l’affaire du siècle, dite du bur­ki­ni.

Un couple d’amis (Elle et Lui) et moi-même, nous remon­tons d’une jouis­sive bai­gnade pour rega­gner la Cor­niche et la voi­ture. Jetant un coup d’œil plon­geant sur la plage où nous avons nagé – qui, tenez-vous bien, s’appelle Plage du Pro­phète, tous les Mar­seillais connaissent… – , nous sur­plom­bons du regard deux nageuses côte à côte. L’une en maillot, l’autre entiè­re­ment habillée en noir, bar­bo­tant, accro­chée à une bouée.

Lui (à ma droite) :

– Ah, comme c’est beau et pai­sible ! Ces deux femmes si dif­fé­rentes et qui se baignent ensemble comme ça, sans pro­blèmes…

Je ne dis rien, trou­vant mon pote bien angé­lique dans sa vision du monde. Mais, bon…, depuis que je nage à ses côtés, on a eu connu d’autres tem­pêtes et dis­pu­tailles…

Elle (à ma gauche) :

– Ouais… Peut-être, mais moi, je ne me vois pas à la place de la femme habillée, devant sor­tir de l’eau avec le tis­su tout col­lé, sous ce soleil, avec le sel et le sable sur la peau !…

Moi (entre les deux, mais pen­chant vers Elle) :

– D’accord avec toi ! En plus, je vois tout de même chez cette femme un renon­ce­ment au bien-être, ce qui est dom­mage, mais enfin… Ce qui me contra­rie sur­tout c’est la sou­mis­sion à un ordre moral – reli­gieux en l’occurrence.

Bon. C’était midi pas­sé, il fai­sait faim (et beau), on n’allait tout de même pas se gâcher un pareil moment de vie. On monte dans l’auto et les por­tières se referment sur le débat à peine amor­cé.

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Calanques de Mar­seille, juillet 2016. La mode s’empare du reli­gieux bana­li­sé, mar­chan­di­sé. Un pro­sé­ly­tisme ordi­naire… [Ph. gp]

Depuis, il y a eu ces inter­dic­tions décré­tées par des maires – de quel droit au juste, en ver­tu de quel pou­voir, dans quel but réel, à défaut d’un but avoué ? Quand j’entends des voix de droite et d’extrême droite bran­dir le mot « laï­ci­té », comme ils par­le­raient de culture ou de fra­ter­ni­té… pour un peu je sor­ti­rais mon revol­ver (hep, c’est une image, hein, une réfé­rence… cultu­relle ! 1) Car ils parlent d’une cer­taine laï­ci­té, la leur, qu’ils assor­tissent d inter­dic­tion, de rejet, d’exclusion. Une laï­ci­té cache-sexe, j’ose le dire, d’une atti­tude en gros anti-musul­mane, voire anti-arabe.

Et puis il y eut cette décla­ra­tion de Manuel Valls à pro­pos de ces maires cen­seurs : « Je sou­tiens […] ceux qui ont pris des arrê­tés, s’ils sont moti­vés par la volon­té d’encourager le vivre ensemble, sans arrière-pen­sée poli­tique. » Et c’est qu’il en connaît un rayon, le pre­mier ministre, en matière d’arrière-pensée poli­tique ! Une autre belle occa­sion de se taire. 2

Par­lons-en de l’« arrière-pen­sée poli­tique » ! Puisqu’il n’y a que ça désor­mais en poli­tique, à défaut de pen­sée réelle, pro­fonde, sin­cère, por­teuse de sens et non pas d’intentions cachées et autres coups four­rés. Tan­dis que ces mêmes poli­ti­ciens se gar­ga­risent de Démo­cra­tie et de Répu­blique, avec majus­cules. Ain­si, quoi qu’ils déclarent, ou éructent, s’est selon, et spé­cia­le­ment sur ces registres des inter­fé­rences por­tant sur les reli­gions – en fait sur le seul pro­blé­ma­tique islam –, se trouve enra­ci­né dans l’arrière-monde poli­ti­cien des fameuses « arrière-pen­sées » évo­quées par Valls. On ne sau­rait oublier que la par­tie de poker men­teur en vue de la pré­si­den­tielle de 2017 est for­te­ment enga­gée.

C’est pour­quoi, s’agissant de ces ques­tions dites du « vivre ensemble », la parole poli­tique ne par­vient plus à offrir le moindre cré­dit, à l’exception pos­sible, épou­van­table, des « vierges » de l’extrême droite, encore « jamais essayées » et, à ce titre, exer­çant leur séduc­tion auprès des élec­teurs échau­dés et revan­chards, ou incultes et incons­cients poli­ti­que­ment autant qu’historiquement. D’où les sur­en­chères ver­bales qui se suc­cèdent en cas­cades. Ce sont les mêmes qui pour­raient élire un Trump aux Etats-Unis, ou qui ont déjà voté pour un Orban en Hon­grie, un Pou­tine en Rus­sie, un Erdo­gan en Tur­quie, etc. – sans par­ler des mul­tiples offres popu­listes qui tra­versent l’Europe et tant d’autres pays. 3

La perte de cré­dit des poli­ti­ciens explique en grande par­tie la grande fatigue de la démo­cra­tie : pro­gres­sion des abs­ten­tions et des votes de refus lors des élec­tions ; sus­pi­cion crois­sante à l’égard des élites consi­dé­rées comme… éli­tistes, se regrou­pant et se repro­dui­sant dans l’entre soi des mondes de l’économie, des « déci­deurs » et des médias acca­pa­rés par les finan­ciers. Le tout, avec pour corol­laire la mon­tées des vio­lences urbaines et des inci­vismes ; les replie­ments et affron­te­ments com­mu­nau­ta­ristes ; le sen­ti­ment d’insécurité ; le rejet de l’Autre, la xéno­pho­bie, l‘antisémitisme et le racisme.

Toutes choses qu’on peut essayer de com­prendre et même d’expliquer, sans pour autant les jus­ti­fier – comme l’a hélas pré­ten­du le même Valls déjà cité ici pour la « per­ti­nence » de ses pro­pos. Com­ment vou­loir orga­ni­ser la polis – la cité – si on renonce à en com­prendre les (dys)fonctionnements ?

Ain­si quand on déplore la « bar­ba­rie » d’extrémistes reli­gieux en invo­quant l’« obs­cu­ran­tisme », on n’explique en rien la dérive vers l’extrême vio­lence des sys­tèmes reli­gieux – isla­mistes en l’occurrence 4. Se plaindre de l’obscurité par l’absence de lumière ne fait pas reve­nir la clar­té. C’est ici que je place « mon » Bos­suet, ce bigot éru­dit : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils ché­rissent les causes » 5 … Dieu se marre, moi avec : je ris jaune tout de même. De ma fenêtre, les reli­gions sont une des causes pre­mières des affron­te­ments entre humains, notam­ment en ce qu’elles valident des croyances fra­tri­cides, ou plu­tôt homi­cides et géno­cides ; les­quelles génèrent les injus­tices et les dérè­gle­ments sociaux qui ali­mentent l’autre série des « causes pre­mières » de la vio­lence intra espèce humaine. J’ajoute, l’ayant déjà dit ici, que je consi­dère aus­si le nazisme et le sta­li­nisme sous l’angle des phé­no­mènes reli­gieux.

indigenes-republiqueDe l’autre côté, accu­ser la Répu­blique de tous les maux, jusqu’à vou­loir l’abattre, au nom d’un pas­sé colo­nial inex­piable, qui vau­drait malé­dic­tion éter­nelle aux géné­ra­tions sui­vantes, c’est dénier l’Histoire et enfer­mer l’avenir dans la revanche, la haine et le mal­heur. C’est notam­ment la posi­tion de mou­ve­ments « pyro­manes » comme Les Indi­gènes de la Répu­blique par­lant de « lutte des races sociales » tout en qua­li­fiant ses res­pon­sables de sou­chiens – néo­lo­gisme jouant per­fi­de­ment sur l’homophonie avec sous-chiens et vou­lant en même temps dési­gner les « Fran­çais de souche » chers aux Le Pen.

Ce qui m’amène à évo­quer l’affaire de Sis­co, ce vil­lage du Cap corse qui a vu s’affronter des habi­tants d’origine magh­ré­bine et des Corses… d’origine. Je n’y étais pas, certes, et ne puis que me réfé­rer à ce que j’en ai lu, et en par­ti­cu­lier au rap­port du pro­cu­reur de la Res publicæ – au nom de la Chose publique. Selon lui, donc, les pre­miers se seraient appro­prié une plage pour une fête, « en une sorte de caï­dat » ; ce qui ne fut pas pour plaire aux seconds… Tan­dis que des pho­tos étaient prises, incluant des femmes voi­lées au bain… Cas­tagnes, cinq bles­sés, police, voi­tures incen­diées. Pour résu­mer : une his­toire de ter­ri­toire, de concep­tion socié­tale, de culture.

Le mul­ti­cul­tu­ra­lisme se nour­rit aus­si de bien des naï­ve­tés. Sur­tout, il est vrai, auprès d’une cer­taine gauche d’autant plus volon­tiers accueillante que bien à l’abri des cir­cuits de migra­tion… Les Corses sont des insu­laires [Excu­sez le pléo­nasme…] et, comme tels, his­to­ri­que­ment, ont eu à connaître, à redou­ter, à com­battre les mul­tiples enva­his­seurs, des bar­bares – au sens des Grecs et des Romains : des étran­gers ; en l’occurrence, et notam­ment, ce qu’on appe­lait les Sar­ra­sins et les Otto­mans, autre­ment dit des Arabes et des Turcs. D’où les nom­breuses tours de guet, génoises et autres, qui par­sèment le lit­to­ral corse, comme à Sis­co. Des monu­ments – du latin « ce dont on se sou­vient » – attestent de ce pas­sé dans la dure­té de la pierre autant que dans les mémoires et les men­ta­li­tés – même éty­mo­lo­gie que monu­ment !

Ain­si les Corses demeurent-ils on ne peut plus sour­cilleux de leur ter­ri­toire et, par delà, de leurs par­ti­cu­la­rismes, sou­vent culti­vés à l’excès, jusqu’aux natio­na­lismes divers et ses variantes qui peuvent se tein­ter de xéno­pho­bie et de racisme [Enre­gis­tré après l’affaire de Sis­co, un témoi­gnage affli­geant de haine en atteste ici : https://www.youtube.com/watch?v=rPvKFUt0PH0 ]

En face, d’autres insu­laires, selon leur propre his­toire : « expor­tés » par l’Histoire (il ne s’agit nul­le­ment de nier la réa­li­té et les effets du colo­nia­lisme) et en par­ti­cu­lier les migra­tions éco­no­miques, ain­si deve­nus insu­laires, c’est-à-dire iso­lés de leur propre culture et sur­tout de leur reli­gion. Tan­dis que la récente mon­dia­li­sa­tion, telle une tem­pête pla­né­taire, relance avec vio­lence les « chocs des cultures » – je ne dis pas, exprès « civi­li­sa­tions » 6 Mais c’est un fait que l’intrusion mili­taire de l’Occident dans le monde musul­man, sous la hou­lette des Bush et des néo-conser­va­teurs états-uniens a consti­tué un cata­clysme géo­po­li­tique ne ces­sant de s’amplifier, abor­dant aujourd’hui le rivage corse de Sis­co et qui, si j’ose dire, s’habille désor­mais en bur­ki­ni.

Retour donc au fameux bur­ki­ni avec la posi­tion de la Ligue des Droits de l’Homme qui, dénon­çant le rac­cour­ci par lequel des maires lient le port du bur­ki­ni au ter­ro­risme, ajoute dans son com­mu­ni­qué : « Quel que soit le juge­ment que l’on porte sur le signi­fiant du port de ce vête­ment, rien n’autorise à faire de l’espace public un espace régle­men­té selon cer­tains codes et à igno­rer la liber­té de choix de cha­cun qui doit être res­pec­tée. Après le « bur­ki­ni » quel autre attri­but ves­ti­men­taire, quelle atti­tude, seront trans­for­més en objet de répro­ba­tion au gré des pré­ju­gés de tel ou tel maire ? Ces mani­fes­ta­tions d’autoritarisme […] ren­forcent le sen­ti­ment d’exclusion et contri­buent à légi­ti­mer ceux et celles qui regardent les Fran­çais musul­mans comme un corps étran­ger à la nation. »

Pour la LDDH, certes dans son rôle, il s’agit de mettre en avant et de pré­ser­ver le prin­cipe démo­cra­tique pre­mier, celui de la liber­té : d’aller et venir, de pen­ser, de prier, de dan­ser, de s’habiller, etc. dès lors qu’on n’attente à qui que ce soit et à aucune des liber­tés. C’est aus­si la posi­tion des Femen qui, tout en déplo­rant l’enfermement des femmes dans le vête­ment, entendent défendre le libre choix de cha­cun.

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Les Ira­niens sont de plus en plus nom­breux à poser avec, sur la tête, le voile de leur fian­cée, de leur épouse, de leur mère ou de leur fille ! Nom de code sur les réseaux sociaux : #menin­hi­jab

Le hic vient cepen­dant de ce que le bur­ki­ni n’est pas l’équivalent symé­tri­que­ment inver­sé du biki­ni et qu’on ne peut pas s’en sor­tir avec une for­mule comme « quel que soit le signi­fiant… » ; cette tenue exprime en effet un conte­nu reli­gieux affir­mé, reven­di­qué – ce que n’est pas le biki­ni, qui relève de la mode, ou seule­ment de la mar­chan­dise ves­ti­men­taire. Il est aus­si vrai que le bur­ki­ni a été inven­té et lan­cé par des acteurs de la mode et que son com­merce atteint aujourd’hui des som­mets et que, comme tel, son conte­nu reli­gieux semble tout rela­tif… Ain­si, bur­ki­ni et biki­ni ne pré­sen­te­raient pas qu’une proxi­mi­té lexi­cale, ils par­ta­ge­raient une fonc­tion éro­tique sem­blable par une mise en valeur du corps fémi­nin comme le font le ciné­ma et la pho­to por­no­gra­phiques, pas seule­ment par la nudi­té crue, mais aus­si par le mou­lage des formes sous des vête­ments mouillés. Le pro­blème demeure cepen­dant : il est bien celui de l’intrusion du reli­gieux dans le corps de la femme et dans sa liber­té. Par delà, il pousse le glaive des dji­ha­distes dans le corps si fra­gi­li­sé des démo­cra­ties « mécréantes », inci­tant à des affron­te­ments de type eth­niques et com­mu­nau­taires, met­tant à bas l’idéal du « vivre ensemble », pré­ludes à la guerre civile. Une telle hypo­thèse – celle de l’État isla­mique – peut sem­bler invrai­sem­blable. Elle n’est nul­le­ment écar­tée par les voix par­mi les plus éclai­rées d’intellectuels de culture musul­mane. C’est le cas des écri­vains algé­riens comme Kamel Daoud et Boua­lem San­sal ou comme le Maro­cain Tahar Ben Jel­loun.

À ce stade de l’explication (Valls n’est pas tenu de s’y ran­ger…), quelles solu­tions envi­sa­ger pour désa­mor­cer ce pré­lude à la guerre civile aux noms d’Allah et de Dieu (pour­tant unique selon les mono­théismes – le judaïsme, reli­gion du par­ti­cu­lier eth­nique, demeu­rant en l’occurrence au seuil de la polé­mique, ayant assez à faire avec l’usage public de la kip­pa… ; et le boud­dhisme tota­le­ment en dehors) ?

Pour ma part, non sans mûres réflexions, je serais ten­té d’en appe­ler à la stricte laï­ci­té « à la fran­çaise », selon la loi de 1905, comme solu­tion sus­cep­tible d’apaiser les conflits : pas de signes reli­gieux (disons osten­ta­toires) dans l’espace public. On note­ra à ce sujet que les tolé­rances actuelles des reli­gions par rap­port aux mœurs demeurent rela­tives, récentes et fra­giles – voir la réac­tion du mou­ve­ment Famille pour tous et du cler­gé catho­lique, pour ne par­ler que de la France ! Donc pré­fé­rer la Laï­ci­té pour tous afin que les vaches soient bien gar­dées… Au delà de la bou­tade, il est vrai que le risque demeure pour les femmes musul­manes de se voir exclues tota­le­ment de l’espace public, et des plages en par­ti­cu­lier. À elles alors de se rebel­ler, y com­pris et peut-être d’abord contre leurs domi­na­teurs mâles, obsé­dés sexuels tra­vaillés par un appa­reil reli­gieux datant du VIIIe siècle. À moins qu’elles ne pré­fèrent l’état de ser­vi­tude, lequel rele­vant de la sphère pri­vée, loin de tout pro­sé­ly­tisme au ser­vice d’une néga­tion de la vie et du droit à l’épanouissement de tout indi­vi­du, homme, femme, enfant.

Je recon­nais que l’injonction est facile… Elle a valu et vaut tou­jours pour les femmes qui, dans le monde, sont tout juste par­ve­nues à se libé­rer, ou même par­tiel­le­ment. C’est qu’il leur a fal­lu se battre. Tan­dis que leurs droits dure­ment acquis sont par­fois remis en cause – le plus sou­vent sous la pres­sion reli­gieuse plus ou moins directe. Elles se sont sou­le­vées dans le monde isla­mi­sé et conti­nuent de le faire, en avant-gardes mino­ri­taires, trop sou­vent au prix de leur vie. Il leur arrive même d’être sou­te­nues par des hommes. Comme actuel­le­ment en Iran, avec cette cam­pagne appuyée par des pho­tos où des hommes appa­raissent voi­lés aux côtés de femmes têtes nues. J’ai failli écrire « cha­peau ! »

––––

Com­ment ne pas appré­cier ce billet de Sophia Aram, lun­di sur France inter. Indis­pen­sable, cou­ra­geuse, pétillante Sophia – la sage ico­no­claste. Mais « gro­tesque », cette affaire ? Puisse-t-elle dire vrai !

Notes:

  1. Dans une pièce de Hanns Johst, dra­ma­turge alle­mand nazi, la cita­tion exacte : « Quand j’entends par­ler de culture... je relâche la sécu­ri­té de mon Brow­ning ! »
  2. Par­mi ces maires, celui de Vil­le­neuve-Lou­bet (06), Lion­nel Luca, favo­rable au réta­blis­se­ment de la peine de mort… convain­cu du rôle posi­tif de la colo­ni­sa­tion. Sym­pa.
  3. Et, tiens ! revoi­là le « sar­ko » tout flam­bant-flam­bard, revir­gi­ni­sé à droite toute. Deux de ses idées d’enfer : « Toute occu­pa­tion illi­cite de place sera immé­dia­te­ment empê­chée, et les zadistes seront ren­voyés chez eux. » « En cas de dégâts sur la voie publique à la suite d’une mani­fes­ta­tion à laquelle ils auraient appe­lé, les syn­di­ca­listes devront régler les dom­mages sur leurs propres deniers. »
  4. Quelle reli­gion, dans le fil de l’Histoire, pour­rait se dédoua­ner de tout extré­misme violent ?
  5. Cita­tion attri­buée à Bos­suet, évêque de Meaux (avant Copé), pré­di­ca­teur, 1627-1704.
  6. Je ne sou­haite pas ici débor­der sur la contro­verse autour du livre de Samuel Hun­ting­ton, Le Choc des civi­li­sa­tions, paru en 1997.

Titanic amer 2015 – en avant toute vers la cata !

par Serge Bourguignon*

Pre­nons cet article pour un signe des temps : celui d’un (pos­sible) retour vers les uto­pies. À preuve, cette réfé­rence (ci-des­sous) à l’An 01, de feu Gébé, de la bande d’Hara-Kiri et co-auteur avec Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch, du film du même nom (1973). À preuve, sur­tout, l’objet même de ce rac­cour­ci sti­mu­lant qui donne à (entre)voir le car­go Capi­ta­lisme lan­cé plein cap sur la catas­trophe. En quoi il serait grand temps de repen­ser l’avenir !

Aujourd’hui plus qu’hier, la grande majo­ri­té des habi­tants des pays sur­dé­ve­lop­pés est comme aba­sour­die par une pro­li­fé­ra­tion fan­tas­tique d’absur­di­tés criantes. Le confort mini­mal garan­ti hier encore par l’Etat Pro­vi­dence est désor­mais remis en ques­tion par l’immondialisation de l’économie,  et ce sont les mieux lotis qui expliquent aux moins bien lotis qu’il est temps d’expier la grande dette éco­no­mique par une grande diète sociale.

La liber­té des­po­tique des mou­ve­ments de capi­taux a détruit des sec­teurs entiers de la pro­duc­tion et l’économie mon­diale s’est trans­for­mée en casi­no pla­né­taire. La règle d’or du capi­ta­lisme a tou­jours été, dès la pre­mière moi­tié du XIXe siècle,  la mini­mi­sa­tion des coûts pour un maxi­mum de pro­fits, ce qui impli­quait logi­que­ment les salaires les plus bas pour une pro­duc­ti­vi­té la plus haute pos­sible. Ce sont des  luttes poli­tiques et sociales qui ont contre­car­ré cette ten­dance, en impo­sant des aug­men­ta­tions de salaires et des réduc­tions de la durée du tra­vail, ce qui a créé des mar­chés inté­rieurs énormes et évi­té ain­si au sys­tème d’être noyé dans sa propre pro­duc­tion.

Le capi­ta­lisme ne conduit cer­tai­ne­ment pas natu­rel­le­ment vers un équi­libre, sa vie est plu­tôt une suc­ces­sion inces­sante de phases d’expansion – la fameuse expan­sion éco­no­mique – et de contrac­tion – les non moins fameuses crises éco­no­miques. Les  nou­velles poli­tiques d’interventions de l’Etat dans l’économie, dès 1933 aux Etats-Unis, pour une meilleure répar­ti­tion du pro­duit social ont été rageu­se­ment com­bat­tues par l’establishment capi­ta­liste, ban­caire et aca­dé­mique. Pen­dant long­temps les patrons ont pro­cla­mé qu’on ne pou­vait pas aug­men­ter les salaires et réduire le temps de tra­vail sans entraî­ner la faillite de leur entre­prise et celle de la socié­té tout entière ; et ils ont tou­jours trou­vé des éco­no­mistes pour leur don­ner rai­son. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mon­diale qu’augmentations des salaires et régu­la­tion éta­tique ont été accep­tées par le patro­nat, ce qui a entraî­né la phase la plus longue d’expansion capi­ta­liste : les « Trente Glo­rieuses ».

Dès les années 1980, cet équi­libre entre le capi­tal et le tra­vail a été détruit par une offen­sive néo-libé­rale (That­cher, Rea­gan et, en France, dès 1983, Mit­ter­rand) qui s’est éten­due à toute la pla­nète. Cette contre-révo­lu­tion éco­no­mique a per­mis  un retour insen­sé au « libé­ra­lisme » sau­vage, qui a pro­fi­té aux grandes firmes de l’industrie et de la finance. Par ailleurs, la mons­truo­si­té deve­nue évi­dente des régimes soi-disant com­mu­nistes et réel­le­ment tota­li­taires (ce n’était pas la dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat, mais la dic­ta­ture sur le pro­lé­ta­riat) a dis­cré­di­té pour long­temps l’idée même d’émancipation sociale. L’imaginaire capi­ta­liste a fini par triom­pher.

À trem­per sans ver­gogne dans les eaux gla­cées du cal­cul égoïste, les déci­deurs ont per­du toute luci­di­té. Ils ont ain­si éli­mi­né les quelques garde-fous que 150 ans de luttes avaient réus­si à leur impo­ser. Les firmes trans­na­tio­nales, la spé­cu­la­tion finan­cière et même les mafias au sens strict du terme mettent à sac la pla­nète sans aucune rete­nue. Ici il fau­drait accep­ter de se ser­rer la cein­ture pour être concur­ren­tiels. Les élites  diri­geantes se goinfrent  de manière décom­plexée, tout en expli­quant doc­te­ment à la popu­la­tion médu­sée qu’elle vit  au-des­sus de ses  moyens. Aucune « flexi­bi­li­té » du tra­vail dans nos vieux pays indus­tria­li­sés ne pour­ra résis­ter à la concur­rence de la main-d’œuvre « à bas coût » (comme ils disent) de pays qui contiennent un réser­voir inépui­sable de force de tra­vail. Des cen­taines de mil­lions de pauvres sont mobi­li­sés bru­ta­le­ment dans un pro­ces­sus d’industrialisation  for­ce­née. Et là-bas comme ici, ce sont des hommes que l’on traite comme quan­ti­té négli­geable,  c’est notre Terre patrie et ses habi­tants que l’on épuise tou­jours plus.

Tou­jours plus, tou­jours plus … mais tou­jours plus de quoi ? Plus d’intelligence et de sen­si­bi­li­té dans nos rap­ports sociaux ? Plus de beau­té dans nos vies ?  Non. Le super­flu pro­li­fère, alors que le mini­mum vital n’est même pas tou­jours là, et que l’essentiel manque. Plus de télé­vi­seurs extra-plats, plus d’ordinateurs indi­vi­duels, plus de télé­phones por­tables. C’est avec des hochets qu’on mène les hommes. « Nulle part il n’existe d’adulte, maître de sa vie, et la jeu­nesse, le chan­ge­ment de ce qui existe, n’est aucu­ne­ment la pro­prié­té de ces hommes qui sont main­te­nant jeunes, mais celle du sys­tème éco­no­mique, le dyna­misme du capi­ta­lisme. Ce sont des choses qui règnent et qui sont jeunes ; qui se chassent et se rem­placent elles-mêmes. », écri­vait déjà Guy Debord en 1967 dans La Socié­té du spec­tacle.

un-pas-de-côté

Des­sin de Gébé.

La socié­té libé­rale avan­cée (pour ne pas dire ava­riée…) est en phase de décom­po­si­tion et, comme au temps de la déca­dence de l’Empire romain, Du pain et des jeux est le cre­do abru­tis­sant des immenses foules soli­taires. Tou­te­fois, de belles et bonnes âmes prônent l’adoption d’un déve­lop­pe­ment durable, plus doux pour les humains et leur envi­ron­ne­ment : on ralen­ti­rait  les pro­ces­sus dévas­ta­teurs, on consom­me­rait moins de com­bus­tibles fos­siles, on ferait des éco­no­mies, etc. Mais c’est  un peu comme si l’on conseillait au com­man­dant du Tita­nic de sim­ple­ment réduire la vitesse de son vais­seau pour évi­ter l’iceberg nau­fra­geur, au lieu de lui faire chan­ger de cap.Le des­si­na­teur uto­piste Gébé était beau­coup plus réa­liste quand il écri­vait dans L’An 01, au début des années 1970, cette for­mule pro­vo­cante :« On arrête tout. On réflé­chit. Et c’est pas triste. »Un tel pro­pos peut sem­bler déri­soire, pour ne pas dire révo­lu­tion­naire. Mais tout le reste, toute cette réa­li­té qui se mor­cèle  sous nos yeux, n’est-ce pas  plus déri­soire encore ?Nous avons toute une mul­ti­tude de chaînes à perdre. Des douces et des moins douces…Et nous avons un monde tout sim­ple­ment vivable à recons­truire.Ce sera main­te­nant ou jamais...

* Un simple citoyen, Paris, le 25 mai 2015 onreflechit@yahoo.fr

 • Une pre­mière ver­sion de ce texte est parue le 1er mai 2010 sous le titre « Tita­nic Amer »
sur le Blog de Paul Jorion, consa­cré au déchif­frage de l’actualité éco­no­mique (www.pauljorion.com/blog).

• Pour mieux com­prendre dans quel monde étrange nous vivons, on peut lire La  « ratio­na­li­té » du capi­ta­lisme (dont la pre­mière par­tie de ce texte est libre­ment ins­pi­rée), de Cor­né­lius Cas­to­ria­dis, dis­po­nible en poche dans Figures du pen­sable (1999).

• Le film L’An 01 peut être vu en entier ci-des­sous - tout de suite (1h 24). 


Capitalisme netarchique. Plein de clics, plein de fric

Sur son blog et dans sa revue de presse domi­ni­cale, mon cama­rade Daniel Chaize ne manque pas de décou­per les meilleurs mor­ceaux dans le lard de la bête média­tique. Exemple, extrait de Libé de same­di :

[…] Les capi­ta­listes netar­chiques (Face­book, Google, Ama­zon, …) fonc­tionnent avec 100 % des reve­nus pour les pro­prié­taires et 0 % pour les uti­li­sa­teurs qui cocréent la valeur de la pla­te­forme. C’est de l’hyperexploitation ! Ce sont des modèles para­si­taires : Uber n’investit pas dans le trans­port, ni Airbnb dans l’hôtellerie, ni Google dans les docu­ments, ni You­Tube dans la pro­duc­tion média­tique.

Michel Bau­wens, théo­ri­cien de l’économie col­la­bo­ra­tive, Libé­ra­tion, 21 mars 2015

C’est dit et bien dit. On n’aura moins d’excuses à cli­quer comme ça, ingé­nu­ment et à tour de bras, pour un oui ou un non, pour un rien. Cha­cun de nos clics (à part sur les blogs inno­cents et purs de tout com­merce – et qui enri­chissent au sens noble) finissent en mon­naie son­nante et non tré­bu­chante : pas la moindre hési­ta­tion quand il s’agit d’engrosser les escar­celles déjà débor­dantes des capi­ta­listes netar­chiques – rete­nons l’expression.

C’est ain­si, en effet, que les plus grosses for­tunes mon­diales se sont consti­tuées à par­tir de petits riens, mul­ti­pliés par trois fois rien, ce qui finit par faire beau­coup et même énorme ! C’est là l’application moderne d’un des fon­de­ments de l’accu­mu­la­tion du capi­tal, comme disait le vieux bar­bu : vendre « pas cher » de façon à vendre beau­coup. Pas cher : juste au-des­sus du prix que les pauvres peuvent payer, quitte à s’endetter – les banques, c’est pas pour les chiens. Et l’avantage, avec les pauvres, c’est qu’ils sont nom­breux et se repro­duisent en nombre !

Cette fois, ces netar­chiques font encore plus fort : ils vendent du vent et en tirent des for­tunes. Et, sur­tout, sans don­ner l’impression qu’ils s’empiffrent ! Ni qu’ils nous escroquent puisqu’ils « rendent ser­vice », ces braves gens, en « flui­di­fiant l’économie », qu’ils pompent sans ver­gogne – et sans même payer d’impôts dans les pays d’implantation ! –, rui­nant des sec­teurs entiers dans les­quels les pauvres sur­vi­vaient en trou­vant quelque rai­son d’exister socia­le­ment.

Voyez les taxis, par exemple. Une tech­no­lo­gie exploi­tée par des filous (Uber) a com­men­cé à les rendre obso­lètes, désuets quoi, bons à jeter. Ils avaient un métier (quoi qu’on puisse dire de cer­tains d’entre eux, mar­gou­lins à l’ancienne), une place et une fonc­tion sociales, par­ti­ci­paient à l’économie géné­rale de l’échange. N’importe qui (au chô­mage par exemple) peut désor­mais les rem­pla­cer, au pied levé, et au noir bien sou­vent…

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1984”, film de Michael Rad­ford d’après George Orwell

Ain­si se détruit tout un tis­su, certes non par­fait, mais dont la dis­pa­ri­tion sera dom­ma­geable à l’ensemble de nos socié­tés.

Ain­si naissent les nou­veaux empires, par glis­se­ments insen­sibles dans la déma­té­ria­li­sa­tion des échanges et d’une grande par­tie de la pro­duc­tion mar­chande.

Ain­si s’instaure le nou­vel impé­ria­lisme, que ni Hux­ley ni Orwell n’avaient ima­gi­né dans sa forme, mais qui réa­lise bien le contrôle mon­dial de l’économie sous la tota­li­té (tota­li­taire), ou qua­si tota­li­té, de ses variantes. Avec, comme corol­laire – à moins que ça n’en consti­tue les pré­misses – le contrôle phy­sique et men­tal des indi­vi­dus (déjà bien avan­cé !), le plus sou­vent avec leur consen­te­ment pas­sif – ce qui est le fin du fin dans l’accomplissement de l’aliénation géné­rale.

Mais où sont les labo­ra­toires de la révo­lu­tion qui s’opposera à ce désastre annon­cé ? Les netar­chiques seraient-ils déjà en train de s’en occu­per ?…


« SwissLeaks ». Des milliards d’euros, des milliers de fraudeurs – dont 3.000 Français

HSBC (Hong Kong & Shan­ghai Ban­king Cor­po­ra­tion) est un groupe ban­caire inter­na­tio­nal bri­tan­nique pré­sent dans 84 pays et ter­ri­toires et ras­sem­blant 60 mil­lions de clients. Son siège social est à Londres.

Elle a été fon­dée à Hong Kong par l’Écossais Tho­mas Suther­land pour finan­cer le com­merce dans l’Extrême-Orient en 1865 et, à l’origine, le tra­fic d’opium. Avant de démé­na­ger son siège social à Londres au début des années 1990, elle était basée à Hong Kong. Elle fut un temps le qua­trième groupe ban­caire dans le monde après Citi­group, Bank of Ame­ri­ca et la Banque indus­trielle et com­mer­ciale de Chine.

Mon­trer la face cachée du secret ban­caire en Suisse, un défi a prio­ri autre­ment plus coton que d’aller voir der­rière la lune ! Le Monde et plu­sieurs médias inter­na­tio­naux viennent pour­tant de dévoi­ler cet uni­vers de la fraude et de la richesse plan­quée après avoir eu accès aux don­nées col­lec­tées par un infor­ma­ti­cien, Her­vé Fal­cia­ni, ex-employé de la banque bri­tan­nique HSBC à Genève.

Ces révé­la­tions ébranlent les milieux ban­caires inter­na­tio­naux et mettent en cause de nom­breuses célé­bri­tés des affaires et du show­biz, de l’humoriste fran­çais Gad Elma­leh (celui de la pub télé où il ima­gine « la banque idéale »…) au roi du Maroc Moha­med VI et au roi Abdal­lah II de Jor­da­nie, en pas­sant par l’acteur amé­ri­cain John Mal­ko­vich, le coif­feur Des­sange, le foot­bal­leur Chris­tophe Dugar­ry, le peintre Chris­tian Bol­tans­ki, Arlette Ric­ci, héri­tière de Nina Ric­ci, Ayme­ri de Mon­tes­quiou, séna­teur (UDI) du Gers, Jean-Charles Mar­chia­ni, condam­né dans l’Angolagate, etc.

Bap­ti­sée « Swiss­Leaks », l’opération pro­pose un voyage au cœur de l’évasion fis­cale, met­tant en lumière les ruses uti­li­sées pour dis­si­mu­ler de l’argent non décla­ré. Petite vidéo édu­ca­tive :


Com­prendre la fraude fis­cale de HSBC en 3 min par lemon­de­fr

Pen­dant de nom­breuses années, les infor­ma­tions copiées par Her­vé Fal­cia­ni n’étaient connues que de la jus­tice et de quelques admi­nis­tra­tions fis­cales, même si cer­tains élé­ments avaient fil­tré dans la presse.

Le Monde a eu accès aux don­nées ban­caires de plus de 100 000 clients et a mis les infor­ma­tions à la dis­po­si­tion du Consor­tium des jour­na­listes d’investigation (ICIJ) à Washing­ton, qui les a par­ta­gées avec plus de 50 autres médias inter­na­tio­naux, dont le Guar­dian, au Royaume-Uni, ou la Süd­deutsche Zei­tung, en Alle­magne.

Les don­nées, ana­ly­sées par quelque 154 jour­na­listes, portent sur la période allant de 2005 et 2007. 180,6 mil­liards d’euros auraient ain­si tran­si­té, à Genève, par les comptes HSBC de plus de 100 000 clients et de 20 000 socié­tés off­shore, très pré­ci­sé­ment entre le 9 novembre 2006 et le 31 mars 2007. Plus de 5,7 mil­liards d’euros auraient été dis­si­mu­lés par HSBC Pri­vate Bank dans des para­dis fis­caux pour le compte de ses seuls clients fran­çais, envi­ron 3 000…


Qui a éteint les Lumières ?

par André Gun­thert (*)

Après avoir affron­té d’innombrables trau­ma­tismes, guerres, épi­dé­mies, catas­trophes, la socié­té occi­den­tale paraît aujourd’hui plus paci­fiée qu’elle ne l’a jamais été. D’où vient alors ce sen­ti­ment lar­ge­ment par­ta­gé de l’échec, du déclin ou de l’effondrement (pour reprendre le titre emblé­ma­tique de Jared Dia­mond, Col­lapse, 2005) de ce modèle?

Il serait évi­dem­ment absurde de pen­ser que nous vivons un moment pire que celui du nazisme ou du sta­li­nisme. Même sur un plan ima­gi­naire, la menace du réchauf­fe­ment cli­ma­tique ou de l’épuisement des res­sources natu­relles paraît com­pa­rable à d’autres grandes peurs, comme le mil­lé­na­risme ou l’apocalypse nucléaire.

Il paraît donc utile de mieux cer­ner les sources de nos inquié­tudes. Je sou­li­gnais en 2010 un pro­blème de pro­jec­tion vers le futur. Alors que la socié­té occi­den­tale entre­tient depuis plu­sieurs siècles la mytho­lo­gie du pro­grès, l’incapacité de des­si­ner désor­mais un ave­nir dési­rable au-delà du busi­ness as usual paraît une inquié­tante consé­quence de la “fin de l’histoire” (Fran­cis Fukuya­ma, 1992).

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« Le brouillard idéo­lo­gique propre à dif­fé­rer les chan­ge­ments pro­fonds » Déclin, © F. Pon­thieu, 2013
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Mais ce diag­nos­tic est très incom­plet. Plu­sieurs autres prises de conscience majeures ont jalon­né la période récente, qui semblent remettre en cause rien moins que le para­digme issu des Lumières, auquel on attri­bue la créa­tion d’un sys­tème arti­cu­lant démo­cra­tie repré­sen­ta­tive et capi­ta­lisme libé­ral autour de la rai­son et du débat public (Karl Pola­nyi, La Grande Trans­for­ma­tion, 1944; Jür­gen Haber­mas, L’Espace public, 1962).

Issue notam­ment des tra­vaux de Tho­mas Piket­ty ou de la crise finan­cière de 2008, l’idée s’impose peu à peu que la forme néo­li­bé­rale du capi­ta­lisme a engen­dré une éco­no­mie défi­ni­ti­ve­ment toxique et patho­gène, qui détruit len­te­ment la socié­té, et ne pro­fite qu’à une mino­ri­té de pri­vi­lé­giés.

Il y a aujourd’hui comme une tra­gique iro­nie à voir les poli­tiques cou­rir après le res­sort cas­sé de la crois­sance, alors que nous sommes nom­breux à avoir désor­mais la convic­tion que celle-ci n’est com­pa­tible ni avec une exploi­ta­tion durable des res­sources, ni avec l’épanouissement des capa­ci­tés humaines. La mani­fes­ta­tion la plus criante de ce para­doxe est la des­truc­tion inin­ter­rom­pue du tra­vail, alors que celui-ci consti­tue la prin­ci­pale source de reve­nus mais aus­si de légi­ti­mi­té sociale pour une majo­ri­té de Ter­riens.

Le deuxième constat qui s’affermit est celui de l’impuissance du poli­tique. Une impuis­sance lar­ge­ment consen­tie, voire orga­ni­sée, depuis que le dogme néo­li­bé­ral du trop d’Etat s’est impo­sé sans par­tage. La dicho­to­mie entre les struc­tures du mar­ché, tou­jours plus mon­dia­li­sé, et celles des ins­ti­tu­tions poli­tiques, qui res­tent régio­nales, accen­tue le dés­équi­libre des pou­voirs au pro­fit des forces éco­no­miques, ain­si qu’en témoigne le détour­ne­ment fis­cal, qui en est la consé­quence la plus appa­rente. Le sys­tème de sélec­tion des par­tis, qui favo­rise la nota­bi­li­sa­tion et la pro­fes­sion­na­li­sa­tion du per­son­nel poli­tique, achève de déman­te­ler la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, qui ne pro­duit plus de res­pon­sables capables de maî­tri­ser les enjeux, encore moins de pro­po­ser des solu­tions.

Cette absence de pers­pec­tives est une autre carac­té­ris­tique de la période. Aucun scé­na­rio cohé­rent n’est dis­po­nible pour faire face aux défis du réchauf­fe­ment et de l’épuisement des res­sources natu­relles, de la réforme de l’économie et des ins­ti­tu­tions poli­tiques. Mis à part le pro­jet de reve­nu uni­ver­sel, qui paraît plu­tôt une rus­tine col­lée sur l’échec du capi­ta­lisme, je ne connais pas d’alternative cré­dible au modèle pro­duc­ti­viste. Les pro­jets de VIe Répu­blique ou de modi­fi­ca­tion des moda­li­tés de sélec­tion des repré­sen­tants semblent de simples gad­gets face à la néces­si­té de res­tau­rer un sys­tème indé­pen­dant des lob­bies, sus­cep­tible de garan­tir la défense des inté­rêts col­lec­tifs – ce dont l’échec répé­té des négo­cia­tions à pro­pos du réchauf­fe­ment cli­ma­tique prouve que nous ne sommes plus capables. La faillite de la gauche n’a pas d’autre cause que son inca­pa­ci­té à pro­po­ser des solu­tions à ces maux.

Der­nier point d’une liste déjà longue, la dis­so­lu­tion des inté­rêts com­muns entraîne la frag­men­ta­tion et le retrait dans des logiques com­mu­nau­taires, à par­tir des­quelles il semble de plus en plus dif­fi­cile de recons­truire l’espace public per­du depuis la fin de la sphère bour­geoise (Haber­mas). Les dif­fi­cul­tés maté­rielles ren­voient d’autant plus faci­le­ment cha­cun à ses par­ti­cu­la­rismes qu’aucun pro­jet col­lec­tif n’est là pour recréer du lien.

Pour autant que les Lumières aient effec­ti­ve­ment été consti­tuées par un sys­tème au moins en par­tie vou­lu, plus rien ne sub­siste de cet héri­tage, que des ruines et une pen­sée zom­bie. En atten­dant l’aggior­na­men­to, nous n’écoutons plus que d’une oreille dis­traite les vati­ci­na­tions des poli­tiques et de leurs vas­saux média­tiques.

Au final, même si ces craintes sont pros­pec­tives, elles des­sinent bel et bien un hori­zon catas­tro­phique. Sommes-nous donc voués à l’obscurité? Après avoir éteint la lumière, il nous faut reve­nir aux stades pré­pa­ra­toires des grandes révo­lu­tions de la moder­ni­té. Si l’on consi­dère que les bou­le­ver­se­ments poli­tiques, éco­no­miques et sociaux du XIXe siècle ont été pré­pa­rés par un long tra­vail de réflexion col­lec­tive, l’urgence est celle de l’élaboration de pro­po­si­tions théo­riques de fond, et de leur débat.

(*) André Gun­thertcher­cheur en his­toire cultu­relle et études visuelles (EHESS)

(Article paru dans L’image sociale - 27/12/14 )

Note. J’ai trou­vé ce texte des plus inté­res­sants, pour ain­si dire lumi­neux, à l’image de son titre et au mou­ve­ment des Lumières auquel il se réfère, bien sûr.  Il ne consti­tue nul­le­ment une énième harangue poli­ti­cienne, ni une impré­ca­tion appe­lant au chan­ge­ment magique, sinon mira­cu­leux. Il y a même lieu de quit­ter ces sen­tiers rebat­tus, qui contri­buent à entre­te­nir l’illusion géné­rale, le brouillard idéo­lo­gique propre à dif­fé­rer les chan­ge­ments pro­fonds – en fait, les évo­lu­tions au sens dar­wi­nien, comme fruits de hasards et de néces­si­tés, ce qui jus­ti­fie tout autant le « long tra­vail de réflexion col­lec­tive » néces­saire aux bou­le­ver­se­ments de l’organisation sociale des humains. Ce texte offre aus­si de nom­breux liens ren­voyant à d’autres impor­tantes contri­bu­tions. J’y ajoute deux des miennes, modes­te­ment : Inven­taire avant démo­li­tion ? Le grand dérè­gle­ment de la mai­son Terre ; Sur l’idéologie du « Pro­grès » comme fac­teur de régres­sion Et mes vifs remer­cie­ments à l’auteur pour l’autorisation de repro­duire son article. GP.


Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre

Pour som­brer dans le plus noir des pes­si­mismes, voire dans la dépres­sion, rien de tel que la soi­rée The­ma d’hier soir [28/10/14 ] sur Arte. Au menu, si j’ose dire, la faim et la soif dans le monde avec, en des­sert, les deux der­niers volets sur les six consa­crés au Capi­ta­lisme (avec une capi­tale…) De loin les plus inté­res­sants, en par­ti­cu­lier le tout der­nier consa­cré à l’économiste hon­grois Karl Pola­nyi qui, dès 1944, a poin­té le dan­ger repré­sen­té par une socié­té tota­le­ment menée par l’économie, et non l’inverse. Comme si l’activité humaine, par on ne sait quelle folie, s’était pré­ci­pi­tée dans le gouffre noir du pro­fit mor­ti­fère. Au point que les dés­équi­libres mon­diaux ne semblent avoir jamais atteint un tel niveau ahu­ris­sant, lais­sant dans le plus grand dénue­ment plus de la moi­tié de l’humanité qui, de plus, ne cesse de croître et accrois­sant en même temps les dérè­gle­ment éco­lo­giques, fai­sant sur­gir le spectre d’une dis­pa­ri­tion pos­sible de l’espèce humaine.

on s'enfonce!.Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

« Moi, je crois que c’est le pou­voir, le goût du pou­voir… »

Il se trouve qu’hier éga­le­ment je fai­sais ren­trer du gaz dans ma citerne (l’hiver, en dépit/à cause du réchauf­fe­ment, va finir par se poin­ter…). M. Total est arri­vé avec son gros camion et son livreur.

– Alors, que je lui fais, vous êtes en deuil…

– Ben, c’est que nous, on est des sous-trai­tants, en loca­tion… C’est comme ça pour tout, peut-être même pour les raf­fi­ne­ries, c’est en loca­tion, ça appar­tient à on ne sait qui…

Puis, on évoque la mort du PDG de Total, de Mar­ge­rie, les cir­cons­tances.

– Il faut tou­jours aller vite, plus vite; il fal­lait qu’il rentre tout de suite, sans attendre…

On parle de son salaire…

– C’est pas tant une his­toire de sous, je crois; c’est les hon­neurs – il était plus impor­tant qu’un ministre, vous avez vu, reçu par Pou­tine; peut-être qu’ils se tutoyaient… Moi, je crois que c’est le pou­voir, le goût du pou­voir…

Belle leçon d’analyse poli­tique, venue de « la base » comme on dit par­fois avec condes­cen­dance. Ana­lyse plus sub­tile et plus humaine que celle d’un Gérard Filoche qua­li­fiant de Mar­ge­rie de « suceur de sang »  (un ex par­ti­san de Trots­ky, le suceur de sang des marins de Krons­tadt, peut avoir la mémoire très sélec­tive). Elle aurait pu figu­rer avan­ta­geu­se­ment dans la série d’Arte qui, soit-dit en pas­sant, nous a bien bala­dés avec ses six épi­sodes sou­vent bru­meux et embru­més, à savoir qui de Smith, Ricar­do ou Keynes avait été le plus vision­naire. Au point qu’à l’issue de ces innom­brables enfi­lages d’avis d’experts et autres éco­no­mistes paten­tés on n’y entra­vait plus couic ! Car, enfin, à ques­tion fortes réponses de même : à quoi sert l’économie ? Quelle est sa fina­li­té ? De même pour le capi­ta­lisme. Il fal­lut attendre les paroles simples et fortes de la fille de Pola­nyi pour aller à l’essentiel„ qui rame­nait au début de la soi­rée The­ma  sur la faim et la soir : si l’activité humaine ne sert pas les humains dans la jus­tice et en vue de leur épa­nouis­se­ment, n’y aurait-il pas « comme un défaut » – tout par­ti­cu­liè­re­ment dans la course pro­duc­ti­viste et l’avidité sans limite des pos­sé­dants. L’une et l’autre appa­rais­sant comme liés par un délire névro­tique déve­lop­pé avec la nais­sance du capi­ta­lisme his­to­rique au XiXe siècle jusqu’à sa dérive actuelle, le néo-libé­ra­lisme finan­cier. De même que le chauf­feur-livreur de Total n” « appar­tient » pas à Total – mais sait-il qui est son vrai pro­prié­taire ?… –, qui peut aujourd’hui démê­ler l’écheveau mon­dia­li­sé des mil­liards de mil­liards qui changent de por­te­feuilles à la vitesse de la lumière ? Et que peuvent les « poli­tiques », bal­lot­tés comme marion­nettes dans ce sinistre bal­let réglé à leurs façons par des algo­rithmes « magiques » autant qu’anonymes ?

Évolution ? Inventaire avant démolition ? Le grand dérèglement de la maison Terre.

Évo­lu­tion ? Quelle évo­lu­tion ?

Si nous recon­nais­sons aujourd’hui cette patente réa­li­té d’un dérè­gle­ment mon­dial rele­vant d’un délire névro­tique – c’est-à-dire d’une patho­lo­gie – on ne peut plus rai­son­ner, en rai­son rai­son­nante, d’après les cri­tères du XIXe siècle, et en par­ti­cu­lier le dogme mar­xiste. Com­ment ne pas remettre en ques­tion ce pos­tu­lat selon lequel  l’infrastructure (la pro­duc­tion) déter­mine la super­struc­ture (les idées) ? Ne serait-ce pas plu­tôt l’inverse, dans la mesure pré­ci­sé­ment ou « les idées », si on peut dire, seraient déter­mi­nées par la reli­gion du pro­fit et sa fas­ci­sante irra­tio­na­li­té, avec ses cohortes sub­sé­quentes : pro­duc­ti­visme, crois­sance, sur­con­som­ma­tion, pillage des res­sources,  dés­équi­libres nord-sud, guerres, dérè­gle­ment cli­ma­tique, et cæte­ra ?

À cet égard, ne pour­rait-on espé­rer qu’un éco­no­miste – un éco­no­miste nou­veau –, déve­lop­pant la pen­sée de Pola­nyi, recon­si­dère la bonne ges­tion de notre mai­son com­mune, la Terre, et de sa gou­ver­nance à par­tir de don­nées intrin­sè­que­ment huma­nistes, au béné­fice des humains et du vivant ? Pen­sons, par exemple et en par­ti­cu­lier, à la manière dont un Wil­helm Reich (mort en 1957), bous­cu­lant pour le moins les idéo­lo­gies du mar­xisme et du freu­disme, a pu émettre une ana­lyse des folies mor­ti­fères du nazisme impli­quant les com­plexes et contra­dic­toires dimen­sions des com­por­te­ments humains (Psy­cho­lo­gie de masse du fas­cisme, Payot, 1999).

 

Ils empochent entre 400 et 1 110 années de Smic par an !

Illus­tra­tion avec ce cri d’alarme lan­cé par l’Obser­va­toire des inéga­li­tés dont les remar­quables tra­vaux ne cessent de dénon­cer à par­tir d’études et de don­nées qui, tou­te­fois, ne remontent pas aux causes pre­mières et pro­fondes du dérè­gle­ment humain et de l’économie. Éco­no­mie qui, en effet, par­tage la même éty­mo­lo­gie que éco­lo­gie : du grec oikos (mai­son, habi­tat) et logos (dis­cours, science) ; ou encore, plus géné­ra­le­ment : la science des condi­tions d’existence, ce qui recouvre le champ de l’économie, si on consi­dère le sens du nomos, gérer, admi­nis­trer.

 

Les revenus démesurés des grands patrons et des cadres dirigeants

28 octobre 2014 - Les patrons les mieux rému­né­rés de France touchent entre 400 et 1 110 années de Smic par an. Et encore, sans tenir compte de tous leurs avan­tages.
Le reve­nu annuel d’un grand patron repré­sente de 400 à 1 110 années de Smic, selon les don­nées 2012 publiées par Proxin­vest dans son 15e rap­port La Rému­né­ra­tion des Diri­geants des socié­tés du SBF 120 (novembre 2013). De 4,8 mil­lions d’euros (équi­va­lents à 358 années de Smic) pour Mau­rice Lévy (Publi­cis) à 14,9 mil­lions d’euros (1 112 années de Smic) pour Ber­nard Char­lès, patron de Das­sault Sys­tèmes.
Les reve­nus pris en compte dans cette étude tota­lisent les salaires fixes, variables et/ou excep­tion­nels, les stock-options [1] et les actions gra­tuites. Ils ne com­prennent pas, par contre, cer­tains autres avan­tages comme ceux en nature (voi­tures, loge­ments de fonc­tion par exemple), le com­plé­ment de retraite sur-com­plé­men­taire alloué à cer­tains diri­geants de grandes entre­prises notam­ment. Ces reve­nus demeurent bien supé­rieurs à ce que le talent, l’investissement per­son­nel, la com­pé­tence, le niveau éle­vé de res­pon­sa­bi­li­tés ou la com­pé­ti­tion inter­na­tio­nale peuvent jus­ti­fier. Ils vont bien au-delà de ce qu’un indi­vi­du peut dépen­ser au cours d’une vie pour sa satis­fac­tion per­son­nelle. Ils garan­tissent un niveau de vie hors du com­mun, trans­mis­sible de géné­ra­tion en géné­ra­tion, et per­mettent de se lan­cer dans des stra­té­gies d’investissement per­son­nel (entre­prises, col­lec­tions artis­tiques, fon­da­tions, etc.).
Il faut ajou­ter que ces diri­geants dis­posent aus­si de méca­nismes de pro­tec­tion consi­dé­rables en cas de départ for­cé de l’entreprise résul­tant d’une mésen­tente avec les action­naires, d’erreurs stra­té­giques ou éco­no­miques, etc. Les PDG ne sont pas les seuls à être les mieux rému­né­rés. Des très hauts cadres de cer­taines pro­fes­sions ou des spor­tifs peuvent avoir un reve­nu annuel moyen astro­no­mique : 35 années de Smic pour un spor­tif de haut niveau, 23 années pour un cadre du sec­teur de la finance, 18 années pour un diri­geant d’entreprise sala­rié.
patrons

 

Les très hauts salaires * par pro­fes­sion
Uni­té : euros
  Salaire brut annuel moyen En années de Smic **
Spor­tifs de haut niveau 444 955 35
Cadres des fonc­tions finan­cières 244 878 19
- Dont métiers de la banque 289 913 23
Cadres d’état major 238 674 19
Diri­geants 225 340 18
Autres 210 446 17
Divers cadres 195 349 15
Fonc­tion com­mer­ciale 181 257 14
Fonc­tion tech­nique 180 230 14
* Les 1 % de sala­riés à temps com­plet les mieux rému­né­rés. ** Smic net annuel 2010.
Source : Insee - 2007

Pour en savoir plus :
Les très hauts salaires du sec­teur pri­vé - Insee pre­mière n°1288 - avril 2010.

Notes

[1Droits attri­bués aux sala­riés d’acquérir des actions de leur socié­té sous cer­taines condi­tions, notam­ment avec un rabais, ce qui leur pro­cure une plus-value qua­si cer­taine lors de la revente.

Date de rédac­tion le 28 octobre 2014

© Obser­va­toire des inéga­li­tés


Élections européennes. « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu » pour mériter le Front national ?

Ainsi, le vote fran­çais aux élec­tions euro­péennes se dis­tingue comme une excep­tion. Cha­cun y va de ses expli­ca­tions, les plus cau­sants n’étant pas les élec­teurs FN… Mais des enquêtes socio­lo­giques font res­sor­tir que, pour ces der­niers, la ques­tion des immi­grés reste la plus déter­mi­nante. D’où les réflexions sui­vantes tri­co­tées à par­tir d’un film, que je n’ai cepen­dant pas vu !… En effet, je n’ai pas vu le film à fort suc­cès Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? mais j’aurais dû, et je devrais, pour m’autoriser à en par­ler. J’enfreins la règle après avoir lu à son sujet un très inté­res­sant et pro­fond article trou­vé dans le der­nier Marianne (n° 891 du 16 mai), signé d’Éric Conan et Péri­co Légasse.

Sous le titre « Les tru­cages d’une bluette iden­ti­taire », les auteurs dénoncent une manœuvre « artis­tique », « intel­lec­tuelle » et à coup sûr com­mer­ciale par laquelle se trouve défen­due la thèse du mul­ti­cul­tu­ra­lisme en train de saper notre modèle démo­cra­tique et répu­bli­cain « à la fran­çaise », c’est-à-dire celui de l’intégration par l’assimilation. Le tout sous cou­vert de déri­sion comique, et néan­moins à base de cli­chés pour le coup bien racistes : juifs grippe-sous, Chi­nois fourbes à petites bites, Noirs lubriques à grande queue et pas futés, Arabes « mus­lims » et voleurs…

qu-est-ce-qu-on-a-fait-au-bon-dieu -religion-racisme-lepen-Front national

Légende four­nie avec l’image offi­cielle : « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu, dont Europe 1 est par­te­naire, a dépas­sé la barre des 7.5 mil­lions de spec­ta­teurs. Un score que l’équipe du film a célé­bré digne­ment à Cannes jeu­di soir, après avoir mon­té les marches du Palais des fes­ti­vals. » Tout est dit !

L’entourloupe du film semble s’entortiller autour d’un pos­tu­lat : nous sommes tous racistes, et c’est jus­te­ment pour ça qu’on va bien s’entendre… « Car, com­mentent les auteurs de l’article, il y aurait un équi­libre des racismes comme il y a une équi­libre de la ter­reur dans la dis­sua­sion nucléaire : la géné­ra­li­sa­tion de l’agressivité débou­che­rait sur la paix »…

Le pro­cé­dé se double alors d’une autre faute morale consis­tant à inver­ser la réa­li­té d’aujourd’hui en mépri­sant ceux qui la subissent. Il faut en effet pré­ci­ser que le film se passe en milieu bour­geois où les gendres en ques­tion sont ban­quier, comé­dien, avo­cat, chef d’entreprise… « Ils parlent fran­çais aus­si bien que Fin­kiel­kraut, sont de grands laïcs très cool… » Pas exac­te­ment la socio­lo­gie du « 9-3 » ou des quar­tiers nord de Mar­seille.

C’est là qu’il y a lieu d’affiner l’analyse – ce que font en effet les auteurs de l’article en invo­quant Pierre Bour­dieu (La Misère du monde, 1993) et aus­si Emma­nuel Todd à pro­pos de la ques­tion de l’échange matri­mo­nial, essen­tielle dans tout pro­ces­sus d’intégration. [Voir aus­si, bien sûr, Claude Lévi-Strauss sur ces ques­tions anthro­po­lo­giques.] Or, cet échange, s’enrichissant de la « diver­si­té des peuples » achoppe notam­ment sur le sta­tut de la femme que le film éva­cue tota­le­ment et comme par magie : on n’y voit aucune femme voi­lée ! En occul­tant ain­si cette ques­tion du voile, se trouve aus­si éva­cuée la ques­tion du métis­sage et, avec elle, celle de l’intégration. Com­ment, en effet dénier au voile impo­sé à la femme (ou même « libre­ment consen­ti ») la fonc­tion de l’interdit oppo­sé au jeu exo­game : « Touche pas à la femme voi­lée ! »

Cette atti­tude s’oppose en effet à toute ten­ta­tive d’intégration et vient ain­si ren­for­cer un rejet qu’on aurait tort d’assimiler au seul racisme, bien qu’il puisse aus­si s’en nour­rir, y com­pris dans le sens d’un racisme « anti-Blanc ». Et de noter, avec Todd, que « le taux de mariages mixtes (se réa­li­sant prin­ci­pa­le­ment dans les caté­go­ries popu­laires), s’est effon­dré ces trente der­nières années à cause du ren­fer­me­ment endo­ga­mique d’une immi­gra­tion récente encou­ra­gée à valo­ri­ser et pré­ser­ver sa culture d’origine. On repart se marier au bled. »

(Lire la suite…)


USA-UE. Ne pas se laisser moucher dans le TAFTA

stop-taftaJe relaie ici l’appel du col­lec­tif « Stop TAFTA » qui s’oppose à l’accord de libre-échange débri­dé en cours de négo­cia­tion entre les États-Unis, le Cana­da et l’Union euro­péenne. Voi­ci le texte de cet appel, ain­si que quelques liens qui en dénoncent les mul­tiples et bien réels dan­gers éco­no­miques, sociaux, sani­taires, cultu­rels. Une péti­tion avait déjà cir­cu­lé et aler­té de ces périls en décembre der­nier. [Voir ici : Mon­dia­li­sa­tion. Un appel à péti­tion contre le « par­te­na­riat trans­pa­ci­fique » ]

Le 14 juin 2013, la Com­mis­sion euro­péenne a obte­nu man­dat de la part de tous les États membres pour négo­cier avec les États-Unis le Trans­at­lan­tic Free Trade Area (TAFTA). Cet accord cherche à ins­tau­rer un vaste mar­ché de libre-échange entre l’Union euro­péenne et les États-Unis, allant au-delà des accords de l’OMC.

Ce pro­jet de Grand mar­ché trans­at­lan­tique vise le déman­tè­le­ment des droits de douane res­tants, entre autres dans le sec­teur agri­cole, et plus grave encore, la sup­pres­sion des « bar­rières non tari­faires » qui ampli­fie­rait la concur­rence débri­dée et empê­che­rait la relo­ca­li­sa­tion des acti­vi­tés.

Il condui­rait à un nivel­le­ment par le bas des règles sociales, éco­no­miques, sani­taires, cultu­relles et envi­ron­ne­men­tales, aus­si bien en Europe qu’aux États-Unis. Ain­si, la pro­duc­tion de lait et de viande avec usage d’hormones, la volaille chlo­rée et bien d’autres semences OGM, com­mer­cia­li­sées aux États-Unis, pour­raient arri­ver sur le mar­ché euro­péen. Inver­se­ment, cer­taines régu­la­tions des mar­chés publics et de la finance aux États-Unis pour­raient être mises à bas.

Cet accord serait un moyen pour les mul­ti­na­tio­nales d’éliminer toutes les déci­sions publiques qui consti­tuent des entraves à l’expansion de leurs parts de mar­ché. Nous pen­sons tous que ce pro­jet consacre la domi­na­tion des mul­ti­na­tio­nales euro­péennes comme amé­ri­caines. Pour cer­tains il affirme éga­le­ment la domi­na­tion des États-Unis. À coup sûr, il asser­vi­rait les peuples des deux côtés de l’Atlantique.

stop-taftaCe pro­jet pour­rait intro­duire un méca­nisme d’arbitrage pri­vé « inves­tis­seur-État », qui se sub­sti­tue­rait aux juri­dic­tions exis­tantes. Les inves­tis­seurs pri­vés pour­raient ain­si contour­ner les lois et les déci­sions qui les gêne­raient, per­met­tant par exemple aux pétro­liers d’imposer en France l’exploitation des gaz de schistes et autres hydro­car­bures dits non conven­tion­nels.

Une telle archi­tec­ture juri­dique limi­te­rait les capa­ci­tés déjà faibles des États à main­te­nir des ser­vices publics (édu­ca­tion, san­té, etc.), à pro­té­ger les droits sociaux, à garan­tir la pro­tec­tion sociale, à main­te­nir des acti­vi­tés asso­cia­tives, sociales et cultu­relles pré­ser­vées du mar­ché, à contrô­ler l’activité des mul­ti­na­tio­nales dans le sec­teur extrac­tif ou encore à inves­tir dans des sec­teurs d’intérêt géné­ral comme la tran­si­tion éner­gé­tique. (Lire la suite…)


Scoop. La dernière liaison du Président

« Social-démo­crate », « social-libé­ral » ? Les ana­lystes paten­tés se crêpent le chi­gnon. Pas­sion­nant. Tan­dis que le champ poli­tique se res­treint comme peau de cha­grin devant l’économie frap­pée par les flux conjoints de la mon­dia­li­sa­tion et de la finance. Gou­ver­ner aujourd’hui, c’est d’abord ne pas périr… « Père, garde-toi à l’Est, garde-toi à l’Ouest ! » Mais le dan­ger reste le même sous ses dégui­se­ments pro­téi­formes. Ce sera déjà mira­cu­leux si dans le « social-réa­lisme » le social par­vient à sur­vivre.

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© faber


« Les Juifs » selon Pierre Desproges, un fossé de vingt ans avec Dieudonné

desproges - les-juifs

Des­proges: « On me dit que des Juifs se sont glis­sés dans la salle? » « On ne m’ôtera pas de l’idée que, pen­dant la der­nière guerre mon­diale de nom­breux Juifs ont eu une atti­tude car­ré­ment hos­tile à l’égard du régime nazi. » (dr)

Quand Pierre Des­proges – il y a une ving­taine d’années – s’est com­mis avec son fameux sketch inti­tu­lé « Les Juifs », la France n’en fut nul­le­ment retour­née. Aujourd’hui que Dieu­don­né a mis le feu aux poudres, les meutes anti­sé­mites se lâchent. Elle déversent des tonnes d’immondices sur Day­li­mo­tion qui héberge les sketches de Des­proges. Au point que le site a dû fer­mer le robi­net des com­men­taires.

Que s’est-il pas­sé durant ces deux décen­nies ? À l’évidence, le contexte a chan­gé. Exten­sion des com­mu­nau­ta­rismes, notam­ment reli­gieux ; atten­tats du 11 sep­tembre 2001, guerres d’Afghanistan, du Proche et Moyen Orient ; impasse pales­ti­nienne sur­tout et colo­ni­sa­tion israé­lienne. Autant de faits réels, objec­tifs, pour­tant déniés dans la plu­part des débats actuels autour de ces ques­tions. Ce fut encore le cas hier lors de l’émission de Fré­dé­ric Tad­deï  « Ce soir ou jamais » où, dès le début, le mot « Pales­tine  » déclen­chait  hos­ti­li­té et cli­vage entre les inter­ve­nants.

Certes, Des­proges et Dieu­don­né s’opposent comme le jour et la nuit. Le pre­mier pra­tique une dis­tan­cia­tion humo­ris­tique affir­mée – à condi­tion tou­te­fois d’adhérer à ses codes et à cette dis­tance ; en quoi le risque existe tou­jours. L’autre, à l’inverse, bar­botte dans l’ambiguïté, joue sans cesse dans ses allers-retours entre le pre­mier et le ixième degré. Quand il ne sombre pas car­ré­ment dans l’abjection. Ain­si, dans une telle confu­sion, son public trouve  assez « à boire et à man­ger » pour ne pas s’embarrasser d’un quel­conque dis­tin­guo entre anti­sio­nisme et anti­sé­mi­tisme.

Quoi qu’il en soit, et pour mesu­rer cet écart qui marque pesam­ment deux époques, revoi­ci donc « Les Juifs » par Pierre Des­proges, ver­sion vidéo, ou audio.


Les Juifs par pier­re­des­proges

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Pourquoi l’« affaire Dieudonné » empoisonne notre vivre ensemble

dieudonne-liste-antisioniste-elections

Ce geste, dit de la que­nelle, deve­nu sym­bole de la « Dieu­do­sphère », Dieu­don­né l’exécute dès mai 2009 sur une affiche de la liste « anti­sio­niste » qu’il conduit aux euro­péennes.

L” « affaire Dieu­don­né » est en passe d’empoisonner notre espace du « vivre ensemble ». Cette belle idée – illu­soire ? – montre bien sa fra­gi­li­té face à la bru­ta­li­té des croyances, des cer­ti­tudes et autres convic­tions – ces convic­tions que Nietzsche dénon­çait comme « des enne­mis de la véri­té plus dan­ge­reux que les men­songes. » Anti­sio­niste reven­di­qué, anti­sé­mite mas­qué, Dieu­don­né pro­voque et, tout à la fois, révulse et attire. Ses pro­pos lui valent plus encore de répro­ba­tions morales que de condam­na­tions pénales, tan­dis que ses spec­tacles font salles combles (quand elles ne lui sont pas refu­sées), en dépit d’une omer­ta média­tique dont il fait l’objet. Comme si deux visions du monde s’affrontaient autour de sa per­sonne, de ses pres­ta­tions et de ses fré­quen­ta­tions – Fau­ris­son, Le Pen, Soral, Meys­san, Cha­vez, Ahma­di­ne­jad… Alors pour­quoi ? Ten­ta­tives d’explications autour de quelques ques­tions dont celle-ci, sans réponse, lan­cée à la radio par le direc­teur du Nou­vel Obser­va­teur, Laurent Jof­frin : « Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? »

À cause du petit mou­ton contra­riant qui pré­side aux des­ti­nées de ce blog… je suis ame­né à reve­nir sur ce qu’on peut désor­mais appe­ler « l’affaire Dieu­don­né ». Affaire qui risque d’enfler encore bien davan­tage, ain­si que s’y emploient les poli­ti­ciens et les médias – jusqu’à ce blog… Cepen­dant, petit mou­ton oblige, je vou­drais y reve­nir à contre-cou­rant de la marée domi­nante. Ce qui n’est pas sans risques, tant ce ter­rain s’avère miné à l’extrême – aux extrêmes, pour être plus pré­cis. Donc, ven­dre­di matin, dans le poste (France Culture), j’entends Laurent Jof­frin (du Nou­vel Obs, qui fait sa cou­ver­ture sur qui ?) résu­mer l’affaire à sa façon, selon son habi­tuel ton débon­naire, frap­pé au coin du bon sens et par­fois de la courte vue. Ain­si : « Dieu­don­né, lui, a la haine des Juifs. Pour­quoi ? Comme ça. Qu’est-ce que les Juifs ont fait à Dieu­don­né ? Rien, évi­dem­ment, ils s’en foutent […] Ils ont pro­tes­té quand Dieu­don­né a fait un sketch anti­sé­mite. C’est ça le crime ini­tial. » n-obs-dieudonneOn dira qu’en quatre minutes de chro­nique, on peut à peine plus finas­ser qu’en cent qua­rante signes sur Twit­ter… Pas une rai­son pour sau­ter à pieds joints sur des ques­tions fon­da­men­tales qu’appellent des sujets de socié­té fon­da­men­taux. Et Jof­frin enjambe allé­gre­ment la faille de sa courte pen­sée : « Dieu­don­né, lui, a la haine des Juifs. Pour­quoi ? Comme ça. » Il mini­mise en fait, tout en y recou­rant, l’importance de cet adverbe fon­da­men­tal : pour­quoi ? N’est-ce pas le sel-même du jour­na­lisme et, au delà, de toute soif de com­prendre. Alors : pour­quoi Dieu­don­né a-t-il la haine des Juifs ? Pour­quoi l’antisémitisme ? Qu’est-ce qu’ils lui ont fait, les Juifs ? « Rien, évi­dem­ment » répond Jof­frin. L’évidence, c’est bien le contraire du doute. Dès lors, tirons l’échelle, tout est dit. Et rien n’est dit, puisque rien n’est expli­qué – dé-com­pli­qué. J’aimerais pas­ser un moment avec Dieu­don­né [Article docu­men­té sur Wiki­pe­dia]. Sûre­ment pas pour lui faire la courte-échelle, mais bien pour lui poser quelques « pour­quoi ? ». Des ques­tions qui tour­ne­raient autour de celle-ci, en effet fon­da­men­tale : Qu’est-ce qu’ils vous ont fait les Juifs ? Mais ques­tion que je me gar­de­rais de lui oppo­ser au préa­lable comme une pique pro­vo­cante. Il y a chez Dieu­don­né, bien sûr, « matière à creu­ser » : depuis son enfance, certes, et même depuis sa nais­sance, mère bre­tonne, père came­rou­nais. Un métis, ce cou­sin du métèque. Un frus­tré sans doute, un révol­té, voire un indi­gné, comme tant de jeunes pei­nant à se per­ce­voir comme Fran­çais à part entière, à cause de la dis­cri­mi­na­tion sociale et du racisme. À cause aus­si de l’Histoire et du pas­sé colo­nial dont il a fini par prendre fait et cause. Une prise de conscience qui l’a sans doute fon­dé dans son deve­nir d’humoriste – un rôle qui implique, pour le moins, un regard cri­tique pou­vant aller jusqu’à l’acidité et la méchan­ce­té. De l’ironie à la haine, la voie est par­fois étroite. Puis le suc­cès de scène, l’adulation d’un public séduit, pas tou­jours « édu­qué » car socia­le­ment mar­gi­na­li­sé, récep­tif aux idées courtes, pour­vu qu’elles soient « drôles » ; son alliance pour la scène avec le juif Élie Semoun dans un duo poli­ti­que­ment « équi­li­bré »; leur rup­ture ensuite ; ses déboires liés à ses dérives, puis la radi­ca­li­sa­tion dans laquelle le res­sen­ti­ment tient lieu d’argument idéo­lo­gique, à preuve cet « anti­sio­nisme » dont l’ambivalence d’usage (double dimen­sion : his­to­rique et séman­tique, dans un jeu per­fide mas­quant sa nature anti­sé­mite) per­met d’euphémiser le rejet des Juifs comme fau­teurs uni­ver­sels, cause de tous les maux du monde des reje­tés et sur­tout des frus­trés. D’où le recours à l’antienne du « lob­by juif, » puis à la théo­rie du Com­plot qui per­met d’« expli­quer bien des choses cachées et des mys­tères » et d’alimenter cette filan­dreuse notion de « sys­tème » qu’on retrouve aux extrêmes, gauche et droite, des idéo­lo­gies. (Lire la suite…)


« A Touch of Sin ». Quand la Chine explosera

Chine. A Touch of Sin Un grand film : A Touch of Sin, du Chi­nois Jia Zhanh-Ke – va fal­loir apprendre le man­da­rin, au moins comme l’anglais, à l’à-peu-près. Où l’on com­prend que la Chine aus­si est mal bar­rée, tout comme le monde, et acces­soi­re­ment la France. Pris qu’ils sont dans la fré­né­sie pro­duc­ti­viste et consom­ma­toire, les Chi­nois n’ont mis que quelques décen­nies à sau­ter dans le pré­ci­pice du « Pro­grès ». Mao se déplace en Fal­con pour effec­tuer, mieux et plus vite, le Grand bond en avant dans le capi­ta­lisme de choc. La Chine perd son âme dans la reli­gion du ren­de­ment, du cynisme, de la cor­rup­tion. Donc de la vio­lence de plus en plus sau­vage. C’est le sujet du film. 

Quatre tableaux comme les quatre sai­sons d’un nou­veau cli­mat, ter­ri­fiant. La Chine, désor­mais, pro­duit aus­si des tomates hors-sol, cali­brées et insi­pides ; sa cam­pagne va s’agglutiner aux mons­truo­si­tés urbaines (j’apprends par Télé­ra­ma que six péri­phé­riques entourent Pékin, qui gros­sit chaque année de 250.000 voi­tures !) ; sa jeu­nesse « fout le camp », absor­bée par les modes et les codes occi­den­taux ; le béton bouffe la terre, les pay­sages, les hommes, avi­lis par le pognon et la sexua­li­té mar­chande. De même, les ani­maux souffrent, sont exploi­tés, tor­tu­rés – cette scène ter­rible du che­val four­bu et bat­tu sau­va­ge­ment, qui fait pen­ser à Nietzsche et au Che­val de Turin [Pour­quoi Nietzsche aujourd’hui ?].

Les ultimes et déri­soires résis­tants appa­raissent sur une estrade de comé­diens-forains jouant dans la rue une scène d’opéra tra­di­tion­nel. Évi­dem­ment, si le seul trai­te­ment pos­sible de cette gan­grène est la révolte indi­vi­duelle à coups de fusil, de pis­to­let, de cou­teau, de sui­cide… on ne donne pas cher de l’avenir du monde dit civi­li­sé. Ce Soup­çon de péché bute sur un réa­lisme nour­ri de pes­si­misme. Le Tita­nic d’aujourd’hui est un de ces porte-conte­neurs géants [Voir mon repor­tage de 2006 à bord du « Debus­sy » : Sale temps, mon­dia­li­sa­tion : Et vogue le car­go] que n’effarouchent plus les ice­bergs (ils auront tous fon­du !) et qui, à cha­cune de leurs escales débarquent l’imparable came­lote d’un monde en train de cre­ver la gueule ouverte. Alors, l’espoir…

A-Touch-of-Sin-Stills-Da-Hai-Jiang-Wu-06-Copyright-Xstream-Pictures-Beijing

Un goût de Taran­ti­no made in Chi­na, le mes­sage poli­tique en plus. Le film n’est tou­jours pas sor­ti en Chine… Les DVD y cir­culent pour­tant et la popu­la­ri­té du réa­li­sa­teur y est très forte.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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