On n'est pas des moutons

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Anémone et Le Monde, improbable rencontre

Par Daniel SchneidermannArrêt sur Images]

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L’article du Monde

C’est un dur métier, journaliste. Il faut imaginer Sandrine Blanchard, du Monde.Elle a décroché le gros lot : une interview d’Anémone. 1 Joie de l’intervieweuse. C’est d’ailleurs sa phrase d’attaque : «Je me faisais une joie de rencontrer Anémone». L’Anémone du «Père Noël est une ordure». L’Anémone du «Grand chemin». Gonflée de joie, toute pleine de souvenirs de rigolade, Sandrine Blanchard arrive au rendez-vous. Et démarre le film-catastrophe. D’abord, le rendez-vous est fixé «dans un bar d’hôtel impersonnel, comme il y en a des centaines à Paris, coincé entre la rue de Rivoli et le Forum des Halles». C’est vrai, quoi. Elle n’aurait pas pu, Anémone, donner rendez-vous au Ritz, comme tout le monde ? C’est comme cette «maison perdue dans le Poitou», où la comédienne s’est retirée. Le Poitou ! A-t-on idée ? Saint-Trop et Saint Barth, c’est pour les chiens ?

Et tout s’enchaîne. «Les cheveux gris, courts et clairsemés, des lunettes rondes qui lui mangent un visage émacié, Anémone est plongée dans le dernier livre de Naomi Klein, Dire non ne suffit plus (Actes Sud, 224 p., 20,80 euros). Elle paraît fatiguée». C’est sûr, la lecture de Naomi Klein, ça doit fatiguer. Alors qu’il existe tant de livres rigolos, qui donnent la pêche ! «Elle nous annonce qu’elle n’a qu’une petite heure à nous consacrer, après, elle se«casse». Mais le photographe doit arriver dans une heure… Ça l’«emmerde», les photos. Elle n’est pas maquillée et ne se maquillera pas». Une seule petite heure ? Quelle mesquinerie. C’est pourtant un tel plaisir, de passer une heure au maquillage chaque matin, de revisiter Le père Noël pour la 1739e fois, de livrer pour la nième fois les mêmes anecdotes sur Lhermitte et Jugnot, et de sourire niaisement pour le nième photographe !

Bref, elle a tout faux, Anémone. Ni sympa, ni souriante, ni maquillée, ni positive. Si au moins, comme une bonne alter qui se respecte, elle était décemment révoltée, si elle militait pour les pandas ou le tri sélectif, Sandrine Blanchard pourrait lui pardonner. Mais même pas ! «Tatie Danielle de la fin du monde», elle n’a même plus le bon goût de se révolter ou de militer : «C’est frappé au coin du bon sens : on ne peut pas rêver d’une croissance infinie de la population et de la consommation individuelle sur une planète qui n’est pas en expansion. […] C’est trop tard, toutes les études convergent. Il y a cinquante ans, on aurait pu faire autrement. Maintenant, démerdez-vous. Ça va finir avec de grands bûchers. On n’arrivera plus à enterrer les gens tellement ils mourront vite.» A travers la mise en scène par Sandrine Blanchard de ses déceptions en chaîne, on lit en creux toutes les injonctions inconscientes de la Machine aux comédiens médiatisables. En attendant, on assiste à la confrontation d’un être humain authentique et d’une petite soldate, qui n’y est plus habituée. Extraordinaire duo. Je serais patron de salle, je saurais ce qui me reste à faire.

Le «Neuf -Quinze»,  billet quotidien de Daniel Schneidermann, est un régal de finesse caustique. Le fondateur d’Arrêt sur images y poursuit, avec son équipe, une salutaire réflexion critique sur les médias. On peut, et doit, si possible, s’abonner au billet (gratuit) et au site (4 euros par mois).

Merci d’avoir autorisé « C’est pour dire » à reprendre cet article.

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Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écrivain et journaliste algérien, Kamel Daoud s’est imposé, parmi d’autres trop rares dans le monde musulman, par son indépendance de jugement, la finesse de ses analyses et de son écriture. Tandis que nos médias se lamentent sans fin sur les abominations de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflexions sur leurs causes plutôt que sur leurs seuls effets. On ne saurait certes dénier les dimensions dramatiques des attentats. Mais leur mise en spectacle médiatique, l’étalage des témoignages multiples, les déclarations outrées ou va-t’en guerre, les recueillements et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stratégie publicitaire de terreur visée par l’État islamique ? En dénonçant l’Arabie saoudite comme « un Daesh qui a réussi », Kamel Daoud va précisément à contrecourant du dolorisme ambiant qui masque une géopolitique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schizophrène, absurde, meurtrière et sans fin. [GP]

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«L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi»

Par Kamel Daoud

Une pensée pour Barcelone. Mais après la compassion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte contre le terrorisme, l’Occident mène la guerre contre l’un tout en serrant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Arabie saoudite tout en oubliant que ce royaume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui produit, rend légitime, répand, prêche et défend le wahhabisme, islamisme ultra-puritain dont se nourrit Daesh.

Le wahhabisme, radicalisme messianique né au XVIIIe siècle, a l’idée de restaurer un califat fantasmé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puritanisme né dans le massacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien surréaliste à la femme, une interdiction pour les non-musulmans d’entrer dans le territoire sacré, une loi religieuse rigoriste, et puis aussi un rapport maladif à l’image et à la représentation et donc l’art, ainsi que le corps, la nudité et la liberté. L’Arabie saoudite est un Daesh qui a réussi.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frappant : on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le principal mécène idéologique de la culture islamiste. Les nouvelles générations extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées djihadistes. Elles ont été biberonnées par la Fatwa Valley, espèce de Vatican islamiste avec une vaste industrie produisant théologiens, lois religieuses, livres et politiques éditoriales et médiatiques agressives.

Vifs remerciements à Omar Louzi, directeur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volontiers autorisé la diffusion de cet article sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se présente comme un site d’information généraliste, concernant le monde amazigh (relatif au peuple berbère et à sa langue) : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Canaries, Mauritanie, … et la diaspora amazigh en Amérique du Nord et en Europe… Un site participatif, indépendant, qui donne la parole à tous les Amazighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, politique, culture. Le site se veut progressiste, humaniste, ouvert et tolérant.

On pourrait contrecarrer : Mais l’Arabie saoudite n’est-elle pas elle-même une cible potentielle de Daesh ? Si, mais insister sur ce point serait négliger le poids des liens entre la famille régnante et le clergé religieux qui assure sa stabilité — et aussi, de plus en plus, sa précarité. Le piège est total pour cette famille royale fragilisée par des règles de succession accentuant le renouvellement et qui se raccroche donc à une alliance ancestrale entre roi et prêcheur. Le clergé saoudien produit l’islamisme qui menace le pays mais qui assure aussi la légitimité du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musulman pour comprendre l’immense pouvoir de transformation des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses maillons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La culture islamiste est aujourd’hui généralisée dans beaucoup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mauritanie. On y retrouve des milliers de journaux et des chaines de télévision islamistes (comme Echourouk et Iqra), ainsi que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tradition et des vêtements à la fois dans l’espace public, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils considèrent comme contaminée.

Il faut lire certains journaux islamistes et leurs réactions aux attaques de Paris. On y parle de l’Occident comme site de « pays impies » ; les attentats sont la conséquence d’attaques contre l’Islam ; les musulmans et les arabes sont devenus les ennemis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la question palestinienne, le viol de l’Irak et le souvenir du trauma colonial pour emballer les masses avec un discours messianique. Alors que ce discours impose son signifiant aux espaces sociaux, en haut, les pouvoirs politiques présentent leurs condoléances à la France et dénoncent un crime contre l’humanité. Une situation de schizophrénie totale, parallèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saoudite.

Ceci laisse sceptique sur les déclarations tonitruantes des démocraties occidentales quant à la nécessité de lutter contre le terrorisme. Cette soi-disant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une culture avant d’être une milice, comment empêcher les générations futures de basculer dans le djihadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fatwa Valley, de ses clergés, de sa culture et de son immense industrie éditoriale ?

Guérir le mal serait donc simple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saoudite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Orient. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équilibre illusoire : On dénonce le djihadisme comme le mal du siècle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le soutient. Cela permet de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aussi un père : l’Arabie saoudite et son industrie idéologique. Si l’intervention occidentale a donné des raisons aux désespérés dans le monde arabe, le royaume saoudien leur a donné croyances et convictions. Si on ne comprend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des djihadistes mais ils renaîtront dans de prochaines générations, et nourris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Maître Eolas. La République à 35 euros (l’Anarchie n’est pas en prime…)

Informé par un ami 1 d’un billet de blog au titre alléchant : « La République vaut-elle plus que 35 euros ? », je tombe sur le fameux blog de « Maître Éolas », Journal d’un avocat — Instantanés de la justice et du droit.

La République. Ange-Louis Janet (18151872) © Musée Carnavalet

LEolas en question semble être désormais le plus connu des avocats anonymes… Ne voulant pas mêler liberté de jugement et affaires professionnelles, il s’abrite derrière ce pseudonyme, lequel nous dit Wikipédia, vient du mot gaélique irlandais eolas qui signifie « connaissance, information. » Que voilà une bonne référence ! Aussi n’est-il pas étonnant que cet homme de droit s’en prenne si souvent à la presse, grande pécheresse dans son propre domaine. D’où cet exergue, qui rejoint mon credo : « Qui aime bien châtie bien. Et la presse, je l’aime très fort. » Pour le coup, Eolas s’en prend à un édito de L’Opinion. 2

Voici les faits, remontant à 2016, tels que repris de la plume (alerte et à l’occasion cinglante) d’Eolas :

« Sébastien X. est l’heureux propriétaire d’un lot dans le Lot, sur lequel se trouve une maison d’habitation et un garage. On y accède par un portail donnant sur la voie publique, par lequel une automobile peut passer afin de rejoindre le garage. Le trottoir devant cet accès est abaissé, formant ce que l’on appelle une entrée carrossable et plus couramment un bateau.

« Un jour, mû par la flemme ou peut-être parce qu’il ne comptait pas rester longtemps chez lui, peu importe, Sébastien X. a garé sa voiture devant l’accès à sa propriété, au niveau du bateau. “Que diable, a-t-il dû se dire, je ne gêne pas puisque seul moi ai vocation à utiliser cet accès. Or en me garant ainsi, je manifeste de façon univoque que je n’ai nulle intention d’user de ce dit passage”. Oui, Sébastien X. s’exprime dans un langage soutenu, ai-je décidé.

« Fatalitas. Un agent de police passant par là voit la chose, et la voit d’un mauvais œil ; sans désemparer, il dresse procès-verbal d’une contravention de 4e classe prévue par l’article R.41710 du code de la route : stationnement gênant la circulation. Sébastien X., fort marri, décide de contester l’amende qui le frappe, fort injustement selon lui. »

Il s’ensuit que le Sébastien X. dépose une requête, à laquelle le juge de proximité de Cahors fait droit et le relaxe, au motif “qu’il n’est pas contesté que l’entrée carrossable devant laquelle était stationné le véhicule de M. X. est celle de l’immeuble lui appartenant qui constitue son domicile et dessert son garage, et que le stationnement de ce véhicule, sur le bord droit de la chaussée, ne gêne pas le passage des piétons, le trottoir étant laissé libre, mais, le cas échéant, seulement celui des véhicules entrant ou sortant de l’immeuble riverain par son entrée carrossable, c’est à dire uniquement les véhicules autorisés à emprunter ce passage par le prévenu ou lui appartenant”.

Mais voilà-t-il pas que le représentant du ministère public, « fin juriste » selon Eolas, dépose un pourvoi en cassation. Et la cour, en effet, a cassé. Ledit jugement s’est trouvé annulé.

Alors, se demande goulument l’avocat : « Pourquoi la cour de cassation a-t-elle mis à l’amende ce jugement ? Pour deux séries de motif dont chacun à lui seul justifiait la cassation. »

À partir de là, puisque je ne vais pas recopier la longue autant qu’argumentée et passionnante plaidoirie de l’avocat, je vous invite à la lire directement ici.

Pour ma part, non juriste, je m’en tiendrai à quelques réflexions sur ce qu’on appelle « l’État de droit » et qui pose des questions essentielles, non seulement sur la République et la démocratie mais plus généralement sur l’état de la société, donc sur les comportements individualistes ou communautaristes.

L’usage de l’automobile et, en général, de tous les engins à moteur, dévoile le reflet hideux des comportements humains – à l’humanité relative, spécialement dans les villes, en dehors de toute urbanité… C’est en quoi cet article de Maître Eolas revêt son importance politique, voire idéologique et philosophique. Il pose en effet – depuis son titre, « La République vaut-elle plus que 35 euros ? » –  la question du bien commun, censé être codifié et conforté par la Loi. Cette Loi (avec majuscule) si souvent bafouée, par des hors-la-loi dont notre société a bien du mal à endiguer les flots : manque de prisons, qui débordent, de juges, de policiers. On manque plus encore, avant tout, d’esprit civique – ce que George Orwell, sous l’expression décence commune, définissait comme « ce sens commun qui nous avertit qu’il y a des choses qui ne se font pas ».

Non, ça ne se fait pas, enfin ça ne devrait pas se faire de :

– Se foutre du code de la route, spécialement des limitations de vitesse et mettre ainsi des vies en danger ; causer un boucan infernal avec son engin à moteur ; jeter les ordures n’importe où ; incendier poubelles et voitures ; insulter quiconque par des propos agressifs et racistes 3 ; barrer des rues pour empêcher l’accès de la police dans des « territoires perdus de la République » 4 Liste non exhaustive !

Mais ça ne devrait se faire non plus que :

– Près de la moitié des richesses mondiales soit entre les mains des 1 % les plus riches, tandis que 99 % de la population mondiale se partagent l’autre moitié, tandis que 7 personnes sur 10 vivent dans un pays où les inégalités se sont creusées ces 30 dernières années. (Rapport Oxfam, 2014).

– … Et que les riches continuent à s’enrichir et les pauvres à s’appauvrir…

L’État de droit, certes, implique la primauté du droit sur le pouvoir politique, de sorte que gouvernants et gouvernés, doivent obéir à la loi, tous étant ainsi égaux en droit. En droit. Pour le reste : on comptera sur les talents, la chance, et surtout la « bonne fortune »… Rien à voir avec le degré de démocratie d’un régime ! Où serait alors le « monde commun » entre les nouvelles élites de l’industrie, du commerce, de la banque, des arts, du sport et de la politique ? – cette nouvelle aristocratie, à l’hérédité financière et aux revenus éhontés, injurieux.

État de droit, ou État de travers ? Par delà le désordre économique facteur de misère 5, c’est l’ordre symbolique du monde – celui de la justice et du bien-être par le « progrès » tant vanté – qui se trouve gravement atteint et accentue le ressentiment général et la malveillance des laissés pour compte. Tandis que les démagogues de tous poils se rengorgent sous de grandes envolées égalitaristes, accusant l’État et ses « élites », dénonçant les démons, les complots, le « système ». Ce qui revient à désengager le citoyen de sa propre responsabilité – ce qui, il est vrai, postule sa liberté.

À ce stade, on ne peut ignorer l’autre responsabilité, celle des gouvernements, dont elle questionne leur forme et leur légitimité. Cette notion de l’État de droit, si elle fonde la République en tant que démocratie théorique, se voit confrontée à l’État tout court. Certains courants anarchistes y ont vu et continuent à y voir le mal absolu. D’autres, plus philosophiques que dogmatiques, ont su poser les principes de fond. Ainsi Proudhon quand il écrit : « La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire de la nécessité », ou encore « L’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir ». Ou Élisée Reclus : « L’anarchie est la plus haute expression de l’ordre. »

Au fond, on n’est pas loin de l’affaire du stationnement illégal si finement analysé par Maitre Eolas. Partant d’une amende à 35 euros, dénoncée par un journaliste surfeur et démagogue 6, on en arrive à embrasser la complexité d’un tout historique et philosophique, dont les fondations datent de l’Antiquité grecque et romaine, tandis que l’édifice entier demeure sous échafaudages, plus ou moins (in)stable, selon le rapport incertain entre bâtisseurs et démolisseurs – ce qui constitue l’Histoire.

Notes:

  1. Merci Daniel !
  2. Média économique d’inspiration libérale, pro-business, européenne.
  3. Roulant à vélo dans les quartiers Nord de Marseille, je me suis fait traiter de « sale pédé » et menacer de cassage de gueule par un Noir haineux [c’est un fait] en bagnole, vociférant parce qu’empêché de me passer dessus dans une rue étroite !
  4. Je parle de ce que je connais : à Marseille, quartiers Nord encore, cité de la Castellane pour être précis : des guetteurs au service de trafiquants de drogue sont postés en permanence et une rue (au moins) est obstruée par des blocs de pierre et des chariots de supermarché. Lire sur ces questions La Fabrique du monstre, une enquête à Marseille de Philippe Pujol, sur ce qu’il appelle « les malfaçons de la République française » (Ed. Les Arênes)
  5. Voir L’économie, cette mythologie déguisée en « science »
  6. Le titre de son article taclé par Eolas : « Stationnement interdit » ou Kafka au volant. La chute du papier est évidemment du même tonneau libéraliste : « Il y a, finalement, plutôt de quoi en pleurer de rage. Que disait Pompidou, déjà ? Ah oui : « Arrêtez donc d’emmerder les Français ! »

    Et vive l’anarchie ! – au mauvais sens du mot, évidemment.


« Ça sent le bouchon »

« Ça sent le bouchon » a osé la journaliste sur France Inter ce matin pour lancer le marronnier estival. Et d’enfiler les clichés sur les dangers de la déshydratation, les redoutables micro-trottoirs (sur autoroutes…) et, donc, les puissantes pensées des chevaliers à quatre roues. Il est revenu, l’heureux temps des bouchons, ces « hirondelles » qui annoncent l’été caniculaire. Ce rituel journalistique est aussi vieux que les hordes automobiles. C’est aussi un marqueur de société. Ainsi cette archive de l’Ina datée du 1er juillet… 1968, sobrement intitulée « Arrivée des touristes sur la Nationale 7 : trafic automobile et plages de la région », extraite de Provence Actualités, Office national de radiodiffusion télévision française,  Marseille. Où la niaiserie du propos atteste bien que la révolution de Mai-68 a vécu.


Grand jour : le solstice d’hiver et les dix ans de « C’est pour dire »

C’est pareil chaque année mais pas toujours le même jour (le 21 ou le 22)  et jamais à la même heure. Ainsi, pour 2014, ça se passe aujourd’hui dimanche 21, à 23 h 03 mn 01 s. À partir de cet instant le jour aura atteint sa plus courte durée. Il ne pourra plus que rallonger… C’est ce qu’on appelle le solstice d’hiver. Et vive la renais­sance du Soleil Invaincu (Sol Invic­tus) ! – qui, rappelons-le, exprime le sens païen de Noël.

Pour le reste, rien ne change et tout change. Ou tout change pour que rien ne change. Déjà l’an dernier, je devisais sur l’événement. L’an prochain itou, du moins je l’espère… Sans jurer de rien, vu que, selon ce cher Montaigne «Tous les jours vont à la mort, le der­nier y arrive».

le-numéro-dix-avec-le-ruban-signifie-le-dixième-anniversaire-40234269Un événement astral qui est passé inaperçu ; pourtant, il ne s’est produit qu’une fois en une décennie ! Le 13 décembre 2004, en effet, paraissait sur lemonde.fr le premier article de « C’est pour dire », d’emblée avec un dessin du grand Faber. Le propos se voulait alors tourné vers une approche critique des pratiques journalistiques ; il s’est élargi, comme on sait, car à force de taper sur le même clou…

Le compteur de « C’est pour dire » totalise 1 392 articles, et encore, sans celui-là ! On parlait jadis des pisse-copie. L’expression est passée de mode, alors que la chose a atteint un niveau d’énurésie jamais égalé dans l’ère post-gutenbergienne. Est-ce grave, docteur ? Ou bien salutaire ?  Je pencherais plutôt pour un signe de santé.

Plus de mille autres articles alors ? Hum !… Le rendez-vous de 2024 n’est pas garanti (voir le même Michel de Montaigne).


Le journalisme est (parfois) un sport de combat

Ouais, les reporters de guerre, les photographes en gilets pare-balles, ils paient comme on dit un lourd tribut à l’information. Certes. Mais il est d’autres terrains (presque) aussi dangereux, ainsi qu’en témoignent ces deux vidéos d’archives journalistico-pugilistiques…

6 mars 1959 – Au cours de la retransmission du combat de catch opposant l«Homme masqué» [alias Gil Voiney] à Roger Delaporte, un match commenté avec verve par Roger Couderc, le journaliste est pris à parti par Roger Delaporte, à la descente du ring.

Emission : Catch — 
Office national de radiodiffusion télévision française — réalisateur
 Pierre Badel — commentateur
 Roger Couderc — Document Ina

 

5 mars 1976 – Sur le plateau de l’émission «Apostrophes», Mohamed Ali s’emporte contre l’ancien secrétaire de Sartre, Jean Cau, invité de l’émission, qui n’en mène pas large. «S’il y’a quelqu’un que je n’aime pas, c’est vous (il le pointe du doigt). Oh je vois quelque chose que je n’aime pas du tout… je sais que vous êtes suffisamment malin pour ne pas taper sur Mohamed Ali» ! Voilà un boxeur qui ne manquait ni de punch ni de flair.

Emission : Apostrophes — 
Antenne 2 — réalisateur
 Jean Cazenave — producteur
 Bernard Pivot - Document Ina


Le progrès d’avant-hier : la voiture électrique (1942)

Ce film archivé par l’INA date du 26 avril 1968. Mais la nouveauté qu’il montre date de 1942. Il s’agit de «l’Œuf électrique» mis au point par Paul Arzens, l’ingénieur de la SNCF, «père» des locomotrices électriques «BB». Outre quelques propos du même Arzens, ces «Actualités» interrogent aussi le préfet de police Maurice Grimaud qui, dans le mois suivant du Joli Mai, va connaître une célébrité à laquelle il est loin de s’attendre ici. Quoi qu’il en soit, les deux visionnaires nous prédisent l’avenir radieux du «tout électrique» – et branché au nucléaire pour quelques rayonnantes décennies.

En plus de la musiquette bien datée qui accompagne gaiement ce petit film, on découvre que la presse pré-soixante-huitarde a déjà pris goût au redoutable micro-trottoir, ce degré zéro du journalisme, désormais triomphant dans nos médias.

Comme disait Alexandre Vialatte, pris dans un embouteillage : «On n’arrête pas le progrès, il s’arrête tout seul».

  • Emission «Panorama»,
    Office national de radiodiffusion télévision française (ORTF)
    Journalistes : Michel Le Paire ; Bernard Corre ;
    Participants : Paul Arzens ; Maurice Grimaud.

Document Institut national de l’audiovisuel


« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 3/4 – Croqué par Jules Renard

jean-jauresIls étaient contemporains, se rencontraient et s’appréciaient, fréquentant ces mêmes « salons », lieux de disputation intellectuelle à l’image des salons des Lumières, qui précédèrent la Révolution. Voici le portrait que Jules Renard brosse de Jean Jaurès dans son Journal (22 décembre 1902)

« Jaurès. L’air, un peu, d’un ours aimable. Le cou court, juste de quoi mettre une petite cravate de collégien de province. Des yeux mobiles. Beaucoup de pères de famille de quarante-cinq ans lui ressemblent, vous savez, ces papas auxquels leur grande fille dit familièrement : « Boutonne ta redingote, papa. Papa, tu devrais remonter un peu tes bretelles, je t’assure. »

Arrive, en petit chapeau melon, le col du pardessus relevé.

Une affectation de simplicité, une simplicité de citoyen qui commence bien son discours par « Citoyens et citoyennes », mais qui s’oublie quelquefois, dans le feu de la parole, jusqu’à dire : « Messieurs ».

Des gestes courts — Jaurès n’a pas les bras longs –, mais très utiles. Le doigt souvent en l’air montre l’idéal. Les poings pleins d’idées vont se choquer quelquefois, le bras tout entier écarte des choses, ou décrit la parabole du balai. Jaurès marche parfois une main dans la poche, tire un mouchoir et s’en essuie les lèvres.

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Jules Renard (18641910). Il faudrait lui dire : « Au fond, vous n’êtes pas un vrai socialiste ; vous êtes l’homme de génie du socialisme. »

(Je ne l’ai entendu qu’une fois. Ceci n’est donc qu’une note.)

Le début lent, des mots séparés par de grands vides. On a peur : n’est-ce que cela ? Tout à coup, une grande vague sonore et gonflée, qui menace avant de retomber doucement. Il a une dizaine de vagues de cette ampleur. C’est le plus beau. C’est très beau.

Ce n’est pas la tirade comme l’est une strophe de cinq ou six beaux vers dits par un grand acteur. Il y a cette différence qu’on n’est pas sûr que Jaurès les sache, et qu’on a peur que le dernier n’arrive pas. Le mot « suspendu » a toute sa force à son propos. On l’est vraiment, avec la crainte de la chute où Jaurès… nous ferait mal.

Entre ces grandes vagues, des préparations, des zones où le public se repose, où le voisin peut regarder le voisin, dont un monsieur peut profiter pour se rappeler un rendez-vous et pour sortir.

Il parle deux heures, et boit une goutte d’eau.

Quelquefois — rarement — la période est manquée, s’arrête court, et les applaudissements s’éteignent tout de suite, comme ceux d’une claque.

Il cite le grand nom de Bossuet. Je le soupçonne, quel que soit son sujet, de toujours trouver le moyen de citer ce grand nom.

Ce qu’il dit ne m’intéresse pas toujours. Il dit de belles choses, et il a raison de les dire, mais peut-être que je les connais, ou que je ne suis plus assez peuple, mais, soudain, une belle formule comme celle-ci :

– Quand nous exposons notre doctrine, on objecte qu’elle n’est pas pratique : on ne dit plus qu’elle n’est pas juste.

Ou, encore :

– Le prolétarien n’oubliera pas l’humanité, car le prolétarien la porte en lui-même. Il ne possède rien, que son titre d’homme. Avec lui et en lui, c’est le titre d’homme qui triomphera.

Une voix qui va jusqu’aux dernières oreilles, mais qui reste agréable, une voix claire, très étendue, un peu aiguë, une voix, non de tonnerre, mais de feux de salve.

Une gueule, mais le coup de gueule reste distingué.

Le seul don qui soit enviable. Sans fatigue, il se sert de tous les mots lourds qui sont comme les moellons de sa phrase, et qui écorcheraient, tombant d’une plume, les doigts et le papier de l’écrivain.

Quelquefois, un mot mal employé dit le contraire de ce qu’il veut dire, mais le mouvement — le fameux mouvement cher aux hommes de théâtre — laisse le mot impropre et emporte le sens avec lui.

Très peu de ses phrases pourraient être écrites telles quelles ; mais, si l’oeil est un tain, l’oreille est un entonnoir.

Une idée large, et indiscutable, le soutient : c’est comme l’épine dorsale de son discours. Exemple : le progrès de la justice dans l’humanité n’est pas le résultat de forces aveugles, mais d’un effort conscient, d’une idée toujours plus haute, vers un idéal toujours plus élevé. »

»> La suite 4/4 ci-dessous 


« 31 juillet 1914, Jaurès est arrivé tard à L’Humanité… » 4/4 – Son fameux discours sur le courage (Albi, 1903)

jean-jaurèsC’est un discours prononcé en 1903 devant les élèves du lycée d ‘Albi dans lequel il a fait ses débuts comme enseignant, 32 ans plus tôt, après avoir obtenu l’agrégation de philosophie. Jaurès brosse à cette occasion un premier bilan de sa vie, évoque « l’insensible fuite des jours… », une réflexion sur le temps qui passe ; la confiance dans l’avenir, dans la mémoire, mais aussi sa fidélité à son passé, son angoisse devant les risques de guerre, la montée des périls (un de ses premiers grands discours sur ce thème), sa défense non pas de l’utopie de la paix mais du réalisme de la paix.

Jaurès privilégie l’action et la volonté des hommes et vante le courage dont il fait un des ressorts de son discours et de sa vie. Jaurès expose sa philosophie personnelle, faite de lucidité et de désintéressement ; c’est dans cet éloge du courage qu’il prononce sa formule célèbre : « Le courage, c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ».

Extraits sur le thème du courage.

[…]

L’humanité est maudite, si pour faire preuve de courage elle est condamnée à tuer éternellement.

■ Le courage, c’est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces ; c’est de garder dans les lassitudes inévitables l’habitude du travail et de l’action.

■ Le courage dans le désordre infini de la vie qui nous sollicite de toutes parts, c’est de choisir un métier et de le bien faire, quel qu’il soit ; c’est de ne pas se rebuter du détail minutieux ou monotone ; c’est de devenir, autant qu’on le peut, un technicien accompli ; c’est d’accepter et de comprendre cette loi de la spécialisation du travail qui est la condition de l’action utile, et cependant de ménager à son regard, à son esprit, quelques échappées vers le vaste monde et des perspectives plus étendues.

La cause des Arméniens

« Voilà dix-huit ans que l’Europe avait inséré dans le traité de Berlin (13 juillet 1878) l’engagement solennel de protéger la sécurité, la vie, l’honneur des Arméniens […] que l’Europe devrait demander des conptes annuels et exercer un contrôle annuel sur les réformes et sur les garanties introduites par le sultan dans ses relations avec ses sujets d’Asie Mineure. Où sont ces comptes? sont ces contrôles?

[…] Devant tout ce sang versé, devant ces abominations et ces sauvageries, devant cette violation de la parole de la France et du droit humain, pas un cri n’est sorti de vos bouches, pas une parole n’est sortie de vos consciences, et vous avez assisté, muets et, par conséquent, complices, à l’extermination complète … »

Jean Jaurès, discours du 3 novembre 1896 à la Chambre.

Ces paroles rendent assourdissant la parole feutrée de nos actuels «socialistes» à propos du martyre des Palestiniens.

■ Le courage, c’est d’être tout ensemble, et quel que soit le métier, un praticien et un philosophe.

■ Le courage, c’est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l’approfondir, de l’établir et de la coordonner cependant à la vie générale.

■ Le courage, c’est de surveiller exactement sa machine à filer ou à tisser pour qu’aucun fil ne se casse, et de préparer cependant un ordre social plus vaste et plus fraternel où la machine sera la servante commune des travailleurs libérés.

■ Le courage, c’est d’accepter les conditions nouvelles que la vie fait à la science et à l’art, d’accueillir, d’explorer la complexité presque infinie des faits et des détails, et cependant d’éclairer cette réalité énorme et confuse par des idées générales, de l’organiser et de la soulever par la beauté sacrée des formes et des rythmes.

■ Le courage, c’est de dominer ses propres fautes, d’en souffrir mais de ne pas être accablé et de continuer son chemin.

■ Le courage, c’est d’aimer la vie et de regarder la mort d’un regard tranquille ; c’est d’aller à l’idéal et de comprendre le réel ; c’est d’agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l’univers profond, ni s’il lui réserve une récompense.

■ Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. »

Jean JAURÈS, Extrait du Discours à la Jeunesse, Albi 1903

L’intégralité du discours ici.

jean-jaurès

Jean Jaurès © Archives nationales


Dieudonné vs Patrick Cohen. Quand fascisme et journalisme voguent sur le même bateau

Dieudonné est un facho. Un facho qui s’affiche sans vergogne et comme il y en a de plus en plus. Ses propos antisémites sur le journaliste de France Inter, Patrick Cohen, sont accablants et sans appel : « Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu’il ait le temps de faire sa valise. Moi, tu vois, quand je l’entends parler, Patrick Cohen, j’me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage. »

Mais en cherchant à dépasser l’indignation sans frais, on peut tout de même se demander pourquoi ce Dieudonné s’en prend-il ainsi à ce Cohen-là, à ce Patrick de la radio publique.

Alain Pontvert, un lecteur du Monde (20/12/2013), déplace quelque peu l’angle de vision dans ces termes :

« Patrick Cohen un journaliste irréprochable et exempt de tout esprit partisan ou communautariste ??? C’est une blague ??? Lisez Schneidermann puisque l’article ne le met même pas en lien : les gens que le «service public» vu par Patrick Cohen ne doit pas inviter car «ils ont contrevenu à un dogme» (lequel?) ».

Voilà ce que raconte Daniel Schneidermann dans Libération (17/03/13) : « Cela se passe au micro de l’émission C’est à vous (France 5). Chroniqueur de cette émission, Patrick Cohen reçoit son collègue Frédéric Taddeï, animateur de Ce soir ou jamais, qui vient d’être transférée de France 3 à France 2. Et Cohen ne va pas le rater, Taddeï. A présent qu’il est passé sur France 2, chaîne amiral, Taddeï continuera-t-il d’inviter les maudits, comme il le faisait à l’abri de la (relative) confidentialité de France 3 ? «Vous invitez des gens que l’on n’entend pas ailleurs, mais aussi des gens que les autres médias n’ont pas forcément envie d’entendre, que vous êtes le seul à inviter.» Et Cohen cite quatre noms : Tariq Ramadan, Dieudonné, Alain Soral et Marc-Edouard Nabe. Un théologien, un humoriste, un publiciste inclassable, un écrivain : voici la liste des proscrits, des interdits, des bannis, dressée pour la première fois, tranquillement, sur un plateau de télé convivial et sympathique. Instant de vérité. »

Le débat s’engage alors, ainsi que poursuit Schneidermann :

« Cohen : «Moi, j’ai pas envie d’inviter Tariq Ramadan.» Taddeï : «Libre à vous. Pour moi, y a pas de liste noire, des gens que je refuse a priori d’inviter parce que je ne les aime pas. Le service public, c’est pas à moi.» «On a une responsabilité. Par exemple de ne pas propager les thèses complotistes, de ne pas donner la parole à des cerveaux malades. S’il y a des gens qui pensent que les chambres à gaz n’ont pas existé.» […] «Si je dis «j’ai des doutes sur le fait que Lee Harvey Oswald ait été le seul tireur de l’assassinat de Kennedy à Dallas», vous m’arrêtez ?»«Évidemment pas.»«Quelle différence ? Tout ce qui n’est pas défendu est autorisé. Je m’interdis de censurer qui que ce soit, à partir du moment où il respecte la loi.»

Voyons même la vidéo de l’émission en question :

  (Lire la suite…)


Document. Dumayet et Desgraupes, Pierre-s angulaires du scoop rimbaldien

Ce 25 novembre 1954, surgissant de la brume ardennaise, chaussés de leurs bottes de caoutchouc, affrontant bravement la gadoue, Pierre Dumayet et Pierre Desgraupes ont fleuré miam-miam le scoop d’enfer.

Clope au bec, gabardine de flic, les Roux-Combaluzier du journalisme lettré, allure madrée et fière d’épagneul picard en approche du gibier, sont venus (exprès de Paris, avec toute une équipe technique) interviewer Monsieur Fricotot, contemporain d’Arthur Rimbaud.  Le paysan, en casquette, un peu endimanché dirait-on, a été posé au pied de sa charrue, bâton à la main. Par la gauche, Madame Fricotot vient se ranger dans le champ, façon Angelus de Millet. « Bonjour Madame ». Mais c’est à Monsieur qu’on cause. Ça tourne. On branche le micro. Les questions fusent (ils s’y mettent à deux). Quant aux réponses, elles valent leurs 2 min 42 s de journalisme à haute intensité documentaire…

« Bon, ben, j’crois qu’on vous a demandé à peu près tout… Au revoir Monsieur, R’voir madame… »

––

Archive de l’Ina.

MOTS CLÉS de l’Ina : journaliste paysan Rimbaud Arthur vie rurale champ boue botte Témoignage


Adresse aux jeunes peut-être futurs journalistes et autres rêveurs romanesques

Jeunes peut-être futurs journalistes, postulants ou apprentis des si nombreux lieux de formation, rêveurs romanesques qui s’identifient à la pimpante grande reporter et redresseuse de torts des films hollywoodiens et des séries télé, …

… il est encore temps de bien questionner votre vocation et pour cela, …

…plus encore, de vous imprégner de la réalité d’aujourd’hui du métier d’informer.

Ce n’est pas l’ancien de la profession qui lance sa prophétie de vieux schnok,

c’est que les conditions d’exercice dudit métier ont tellement changé, à l’image de la planète mondialisée et de l’information dématérialisée.

Et si en prime vous fantasmez sur les héros «des grands conflits qui font les grands reporters»,

lisez en priorité le témoignage d’une jeune et courageuse pigiste italienne, Francesca Borri, que sa présence sur le front de la guerre civile en Syrie a littéralement transformée – tout autant d’ailleurs que l’indifférence plus ou moins chargée de mépris opposée par ses confrères. Et aussi par le public.

Son article a été publié le 1er juillet 2013, sur le site de la ‘Columbia Journalism Review’, Il est repris sur le site du Nouvel Obs sous le titre

« Lettre d’une pigiste perdue dans l’enfer syrien ».

Là non plus, on ne pourra pas dire « je ne savais pas ».

 

• Voir aussi :

BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !


BONNE NOUVELLE. Les journaux sont foutus, vive les journalistes !

par John MacGregor, chercheur au département Sociologie des médias du MIT

Cet article a été publié à l’origine sur CINQsurCINQ.net, mon site professionnel désormais fermé pour cause de retraite. Il a ensuite été mis en ligne le le 07/12/2004 sur ce blog, c’est pour dire.com. Je lui redonne ici une nouvelle actualité, un peu à la manière dont les médias audio-visuels, à la faveur de l’été, pratiquent la rediffusion. 

En presque dix ans, l’analyse a gardé de sa pertinence et d’une certaine justesse d’anticipation. Ainsi en ce qui concerne l’apparition sur internet de plusieurs sites d’information dont, jusqu’à présent, seul Mediapart semble avoir trouvé le modèle journalistique et économique.

Cette décennie aura vu la dégradation générale de l’économie de la presse d’information et, parallèlement, l’accélération de la dématérialisation des supports au profit d’internet et des outils «nomades». Parmi ceux-ci, les smartphones ont pris la première place non seulement en tant que support d’information, mais dans le processus même de production d’information.. Les «réseaux sociaux»  sont ainsi devenus des médias à part entière – moins le professionnalisme des journalistes (notion d’ailleurs toute relative, on le sait, et l’article ci-dessous évoque largement cet aspect). Facebook et Twitter notamment devancent désormais les médias traditionnels dans la «course» aux nouvelles; bien plus, ils les squeezent littéralement dans le rôle dévolu à l’information dans les processus historiques (révolutions arabes, révoltes turque et brésilienne en particulier).

C’est peut-être sur le plan technique que l’article de «MacGregor» se trouve le plus dépassé, quoique de manière très relative : ainsi le support en plastique électronique n’a pas été généralisé, étant pour le moment supplanté par les tablettes ; ainsi, les centres d’impression délocalisés des journaux n’ont-ils pas vu le jour : la pression énergétique n’étant sans doute pas encore assez convaincante et les camions continuent à rouler à tout va ; surtout, le processus accéléré de la dématérialisation par le numérique est en passe de faire sauter cette étape et avec elle une partie importante de l’économie du papier d’impression.

Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, on ne peut que constater amèrement – aux exceptions près, certes notables mais minoritaires – un affaiblissement du journalisme actif – positivement critique – au détriment d’une industrie du retraitement d’informations de secondes mains («experts», agents de com’, lobbyistes, et jusqu’aux réseaux sociaux !) On voit ainsi prospérer dans les médias de masse cette «information blanche» que déplore MacGregor, et qui s’autoalimente à l’intérieur d’un système clos. Une « information » qui se nie, autant dire une désinformation à base de mimétisme, voire de consanguinité menaçant l’espèce journalistique par excès de clichés, « marronniers », micro-trottoirs, pipolisation, généralisations, approximations, inculture, tics et fautes de langue, non recoupements, non contextualisation… 

Le bon côté de ce triste constat, c’est, comme se plaisent à dire les manageurs, qu’il y a «des marges de progression».

Lire l’article


L’Équipe à genoux devant le client Roi

« Journalisme sportif » : un oxymore. C’est-à-dire l’alliance incongrue de deux éléments aussi opposés que l’huile et l’eau. Summum du genre atteint par L’Équipe qui, au lendemain du match PSG-OM, n’a pas craint d’accommoder son lectorat en ménageant la chèvre PSG et le chou OM (c’est une image, hein !). Et voilà le tableau, selon l’édition, parisienne ou marseillaise :

Imaginons L'Huma publiant une édition de droite…

Imaginons L’Huma publiant une édition de droite…

Comme le note Daniel Schneiderman (Arrêt sur images), les hebdos aussi « sont coutumiers des couvertures régionalisées. «Le vrai pouvoir à Montpellier», «Strasbourg demain», «les dix qui font Le Havre», «ceux qui comptent à Vierzon»: en couverture du Point ou de L’Express, ça en jette au lectorat local, supposé flatté que la presse parisienne, du haut de Sa Parisianitude, s’intéresse à lui. »

Le mérite de L’Équipe, si on peut dire, c’est de mettre carrément les pieds dans le plat de la démagogie clientéliste ou, vulgairement parlant, du léchage-de-cul.

On dira qu’après tout, ce n’est jamais là que l’application à la presse sportive d’un bon principe de marchandisage : plaire au client, qui est Roi.

Où l’on voit bien aussi qu’il y a lieu de distinguer entre crise des médias et crise du journalisme, et ne pas réduire la réflexion à l’opposition toile contre papier.

 

Post scriptum, dans la foulée et en version «couvrez ces épaules que je ne saurais voir» :

Oscars: Une agence de presse iranienne recouvre les épaules de Michelle Obama

 


Olivier Voisin. Le photographe mort à la guerre

Photo AFP

Photo AFP

Olivier Voisin photographiait la Syrie en guerre. Il en est mort, à 38 ans, atteint par des éclats d’obus. Je viens de lire son dernier courriel [ci-dessous], adressé à une amie. Très beau et émouvant témoignage, parce que lucide aussi. Lui non plus n’était pas obligé d’y aller. Justement, il y était. Pourquoi ? Quelle nécessité l’avait poussé là, au triste milieu de la folie humaine ? Le savait-il lui-même ? au delà d’un « destin », de la nécessité de croûter (à pas bien cher, quand on y pense, au prix de la peau du reporter), puis rendu addict à l’adrénaline, cette drogue auto-produite par un corps menacé de mort.

Dans la presse, le statut d’indépendant – free lance –, vue de l’extérieur, se paie de beaucoup d’illusions. On y est libre que selon la langueur de la chaîne qui rattache au marché de l’information, cyniquement formulé par le slogan de Paris-Match : «le poids mots, le choc des photos». Une formule aujourd’hui ramenée au pas grand chose de cette inflation par laquelle  la nouvelle s’est réduite au potin, l’information au tout-spectacle.

Un ami photographe d’Olivier Voisin, Antoine Vitkine, rappelle cette réalité, écrivant à son propos :

« Indépendant, il devait sans cesse fournir des photos aux agences pour pouvoir vivre de son métier. Cette pression économique le tenaillait. Il prenait des photos magnifiques, qui souvent n’intéressaient pas les agences, pas assez «news» sans doute, et qu’il ne cherchait guère à faire connaître, happé qu’il était par les conflits qu’il couvrait, pensant déjà à son prochain reportage. »

Voici donc le texte du courriel envoyé par Olivier Voisin à une amie italienne, Mimosa Martini, la veille du jour où il a été blessé. Celle-ci l’a rendu public sur Facebook. Comme écrit de son côté Antoine Vitkine, « ce texte doit être lu. Il est passionnant, bouleversant, il lui ressemble et il témoigne de l’horreur, de l’impasse du conflit syrien. Il raconte aussi ce qu’est la vie d’un photographe de guerre indépendant, et plus encore, il raconte l’homme qu’était Olivier Voisin. »

 On peut voir certaines de ses photos sur son site web.

Syrie, 20 février 2013

Enfin j’ai réussi par passer! Après m’être fait refusé le passage à la frontière par les autorités turques, il a fallu passer la frontière illégalement de nouveau. Un passage pas très loin mais à travers le no man’s land avec quelques mines à gauche et droite et le paiement de 3 soldats. Me voilà tout seul à passer par le lit d’une rivière avec à peu prêt deux kilomètres à faire tout en se cachant pour ne pas se faire remarquer par les miradores. Putain, j’ai eu la trouille de me faire pincer et de faire le mauvais pas. Et puis d’un coup le copain syrien qui m’attend et que je retrouve comme une libération. Le sac et surtout les appareils photos faisaient à la fin 10000kg sur les épaules.

La Voiture est là avec les mecs de la section de combat que je rejoins au nord de la ville de Hamah, deux heures de route nous attendent et on arrive tous feux éteints pour ne pas se faire voir. Les mecs m’accueillent formidablement bien ! et sont impressionnés par le passage tout seul de la frontière plus tôt.

Les premiers tirs d’artillerie se font entendre au loin. J’apprends que les forces loyalistes tiennent plus de 25 km au nord de Hamah et que la ligne de front est représentée plutôt par les démarcations entre alawites et sunnites. Alors les forces d’Assad bombardent à l’aveugle et ils restent très puissants. Par chance les avions n’attaquent plus tant le temps est pourri!

Les conditions de vie ici sont plus que précaires. C’est un peu dure. La bonne nouvelle, je pense que je vais perdre un peu de ventre mais au retour je vais avoir besoin de 10 douches pour redevenir un peu présentable!

Aujourd’hui je suis tombé sur des familles qui viennent de Hamah et qui ont perdues leur maison. Ils vivent sous terre ou dans des grottes. Ils ont tout perdu. Du coup ça relativise de suite les conditions de vie que j’ai au sein de cette compagnie.

Je fais les photos et je suis même pas sûr que l’afp les prennent.

Il fait très froid la nuit. Heureusement que je me suis acheté un collant de femme en Turquie du coup c’est pour moi un peu plus supportable.

L’artillerie tire toutes les 20 minutes à peu prêt et le sol tremble souvent.

Le problème j’ai la sensation qu’ils tirent à l’aveugle et ont quand même des canons assez puissants pour couvrir une vingtaine de kilomètres.

Il y a peu de combats directs. Les mecs ont besoin d’à peu prêt 20000 us $ pour tenir en munitions entre 2 à 4 heures de baston. Du coup ils se battent peu. Ils font rien du coup la journée. Je me demande comment ils peuvent gagner cette guerre. Ca confirme ce que je sentais. La guerre va durer très longtemps. Alors le chef du chef vient parfois en rajouter une couche, apporte un mouton pour manger, les mecs vont alors couper du bois dans la forêt aux alentours. Il apporte aussi des cartouches entières de cigarettes et le soir fait prier tout son monde ! Certains sont très jeunes. Ils ont perdu déjà une vingtaines de leurs camarades, d’autres sont blessés mais sont quand même présents et je pense surtout à Abou Ziad, qui a perdu un oeil et c’est lui qui confectionne les roquettes maison pour les balancer durant les combats. Il est brave et courageux. Toujours devant, toujours le premier à tout, pour aider, pour couper le bois, donner des cigarettes, se lever. Avec quelques mots d’arabes on essaie de se parler. Evidemment les discussions tournent souvent sur la religion mais eux ne se considèrent pas salafistes. Entre nous si c’était le cas je serais plus vivant. J’aime être avec lui. Quand les autres me demandent des trucs -évidemment avec le matériel apporté- c’est toujours lui qui les «disputent» et de me foutre la paix!

(Lire la suite…)


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

    • Twitter — Gazouiller

    • Énigme

      Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

      Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

    • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

      La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
      (Claude Lévi-Strauss)

    • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

      Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
    • «Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl»

      Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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      Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
    • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

      L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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      Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

      La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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