On n'est pas des moutons

À bientôt !

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On n’a jamais le temps…

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Grèce, carnet de voyage. 6) Paros. À l’origine d’Aphrodite de Milo

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[Ph. Marie-Lan Nguyen]

Vénus-Aphrodite de Milo, vedette du Louvre. [Ph. Marie-Lan Nguyen]

Iles des Cyclades, Paros, 14 juin 2016. Des chapeaux et casquettes, chemisettes, t-shirts et la panoplie possible de souvenirs et colifichets. Étroite et tout en longueur, la boutique de Nikólaos, sur le port des pêcheurs, s’enfonce dans son obscurité que combat un néon blafard. Comme à Athènes, dans les rues touristiques de Monastiraki, on se croirait dans un bazar, ou dans un souk. La première hypothèse renverrait aux guerres médiques (- Ve siècle) opposant grecs et Mèdes, autre nom des Perses, les actuels Iraniens. La seconde, plus vraisemblable car moins lointaine, serait liée à l’occupation des Ottomans, les Turcs d’aujourd’hui – occupation qui a tout de même duré quatre siècles !

De cette occupation il reste au moins deux abcès de fixation :

L’île de Chypre, coupée en deux, un peu à la manière irlandaise, version orientale. Voilà plus de 40 ans (1974) que les deux communautés, quand elles ne se font pas la guerre, s’observent en chiens de faïence 1 ;

La basilique Sainte-Sophie, fleuron de la chrétienté du temps où Istanbul s’appelait Constantinople, car conçue au IVe par Constantin 1er, successivement basilique chrétienne, mosquée puis musée. En 2012, un groupuscule islamiste et nationaliste violent fait campagne pour que le musée redevienne une mosquée, notamment en organisant une prière musulmane sous la coupole byzantine. Un an après, Erdoğan déclare envisager que cette transformation ait lieu…

Alors, ne « leur » parlez pas de ces « barbares » ! – au sens d’Hérodote : étrangers parlant un langage inconnu. Ou alors, « ils » vous en parleront, par exemple, à propos de l’accord par lequel l’Europe s’est défaussée sur la Turquie d’Erdoğan au sujet de l’accueil des réfugiés – syriens notamment. Je me souviens avoir abordé la question, à l’école d’Architecture d’Athènes, avec Eleftheria 2, évoquant alors le sens grec de l’hospitalité, remontant au moins à Homère et à L’Iliade

croix drapoÀ Athènes encore, mon ami Georgios, m’a fait remarquer que la capitale grecque, malgré la présence assez nombreuse de musulmans, est la seule en Europe à n’abriter aucune mosquée… C’est que l’Église grecque demeure omnipotente, son hyper présence – tant dénoncée au plus fort de la crise grecque – bordurant les limites d’une théocratie. Rappelons à ce sujet que les popes sont salariés de l’État 3 ; que les biens considérables de l’Église échappent en partie à l’impôt ; que dans les écoles, chaque journée démarre par une prière collective avec présence obligatoire (la prière elle-même ne l’est toutefois pas…) ; que chaque église et tout édifice public sont surmontés du drapeau national dont la hampe se termine par une croix… [☞ Photo]

DSCF5136Oui, oui, je suis toujours là, dans mon souk de Paros…, à farfouiller sur l’étagère où s’alignent les petits bustes en faux marbre blanc. Petits bustes mais grands hommes (on parlera des femmes plus loin) de la Grèce antique. J’aimerais y trouver mon vieux pote Épicure 4, en guise de souvenir. Chaussant ses lunettes, Nikólaos vient à ma rescousse. Seuls Hippocrate, Poséidon, Homère, Pythagore répondent à l’appel et aussi Socrate. Va pour Socrate ! un brave type aussi 5.

Sur ces entrefaites, comment ne pas causer politique ? Oui, de l’Europe en particulier, et de Mme Merkel spécialement. L’Allemagne n’a pas la cote ici, ça non ! La France, oui… Ce qui me vaut un rabais de 50 centimes d’euro sur mon buste socratique. Ainsi scellée, l’amitié franco-hellénique, aborde la question des militaires, État dans l’État, et deuxième plaie de la Grèce déplore Nikólaos. Je résume : Tandis qu’ils nous serraient la ceinture, nos politiciens ont continué à acheter des armes, à l’Allemagne et à la France – sous le prétexte classique de la droite grecque qui exploite le « danger » turc ! Troisième plaie du pays : les armateurs richissimes qui, eux non plus, ne paient pas ce qu’ils devraient payer en impôts. Les pavillons de complaisance, c’est une injure à nos vingt pour cent de chômeurs – et plus de la moitié chez les jeunes !

C’est alors qu’une cliente met fin à l’édito du jour.

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Paros est certes une île des Cyclades – on compte 250 îles, îlots et îlots-rochers. Seules 24 sont habitées. Paros s’en distingue, enfin elle s’en distinguait, par son marbre, qui fut le plus réputé de l’Antiquité. D’une blancheur et d’une translucidité incomparables. Il se dit que Napoléon exigea que son tombeau fût en marbre de Paros… – ce dont je me contrefous. Voici pourquoi :

Parlons pour commencer de l’Origine du monde, fameux tableau de Courbet datant de 1866 – 150 ans seulement [que, soit dit en passant, Lacan s’était d’ailleurs payé, enfin que lui avaient payé ses fortunés et névrosés clients]. Eh bien ici, à Paros, nous sommes carrément à l’origine de l’origine… c'est-à-dire à l’origine de Vénus, issue des profondeurs géologiques – en millions d’années. C’est en effet dans le marbre de Paros qu’a été sculptée la Vénus de Milo – 22 siècles…–, ce chef d’œuvre aujourd’hui exposé au Louvre 6, sculpté non pas par Praxitèle comme on l’a cru un temps, mais plutôt par Alexandre d'Antioche.

Je passe sur les détails concernant la découverte de la statue sans bras par un laboureur sur l’île de Milos (on disait « Milo » jadis), puis négociée et vendue plusieurs fois avant d’être donnée au Louvre par Louis XVIII. Née de un ou deux blocs de marbre de Paros, il serait intéressant de reconstituer l’itinéraire de cette sublime statue, sans parler de son modèle – on peut rêver… – et de l’ensemble qui, au demeurant, aurait dû s’appeler l’Aphrodite de Milo, car cette déesse de l’amour appartient pleinement à la Grèce et à sa mythologie.

14062016-DSCF6361Bien sûr, le journaliste de terrain (même en retraite) s’est rendu sur place, d’un coup de scooter… Classées site historique, les carrières de Marathi sont abandonnées depuis le XIXe siècle. Lieu étrange : une vallée aux flancs éventrés, parsemés de quelques bâtiments en ruines et de monceaux de pierrailles, restes de l’exploitation passée. L’entêtant parfum des immortelles imprègne l’air chaud de juin. Pas le moindre guide, personne alentour. Je trouve sans difficulté l’entrée de la première galerie, la plus parlante des trois. Mes photos s’imposent ici pour comprendre mon évocation de l’Origine du monde – le tableau et la chose…  [Voir en tête de l'article, et ci-dessous] Je ne suis pas descendu au-delà de la zone la plus sombre… assimilable à une intrusion dans l’intimité d’Aphrodite… 

Les anciennes marbrières de Paros se trouvent à Marathi, à quelques kilomètres de Parikia, la « capitale » de l’île. Jusqu’au XIXe siècle, on y tirait le fameux marbre parien ou « lychnitis ». Son appellation vient du fait que son tirage était effectué dans des galeries souterraines sous la lumière des lampes à huile (en grec : lychnos).
La transparence de ce marbre est exceptionnelle : la lumière y pénètre jusqu’à 7 centimètres de profondeur (1,5 centimètre pour le marbre dit « pentélique », de la montagne Penteli).
De ce marbre naquit, non seulement la Vénus de Milo, mais aussi l'Hermès de Praxitèle, les korês de l’Acropole, la Victoire de Délos, la Victoire de Samothrace, le temple d’Apollon et le trésor des Sifniens à Delphes, le temple de Zeus à Olympia et le temple d'Apollon à Délos. Plusieurs pièces du Musée Archéologique de Paros sont constituées de ce marbre.
Ces marbrières sont les uniques marbrières souterraines de lychnitis au monde, alors qu’aux carrières à ciel ouvert de la région on tirait de la magnésite.

C’est en remontant de ces profondeurs que je vais faire une de ces belles rencontres qui illuminent le Voyage. M’avançant le long d’un jardinet fleuri d’orchidées sublimes, il vient à ma rencontre, tout sourire, main tendue. Voici Tassos : sculpteur solitaire, il vit et travaille ici entre sa maisonnette et son atelier au grand air.

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Tassos. La belle rencontre.

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Marbre de Paros, roche de lumière.

Lui ne parlant que le grec, et moi pas…, notre échange sera surtout gestuel, rehaussé d’onomatopées, et néanmoins des plus chaleureux. Un rien surréaliste, il me montre en se bidonnant son installation, au sens artistique : un treuil en bois, un coup de manivelle pour remonter une seau empli d’eau imaginaire (tout est sec alentour) ; enfin, un volet peint en bleu ouvrant sur un miroir, un peigne et le mot « Kalimera » (Bonjour). Tassos fait semblant de s’éclabousser le visage, qu’il a tout poudré de blanc ainsi que la moustache. Nous « discutons » un bon moment ; puis il m’indique sur un papier l’entrée de la troisième galerie. À mon retour, nous reprendrons notre parlotte, notamment sur le marbre de Paros ; il me montre ses œuvres sculptées, sa photo en soldat, ses sacs de blé, dont je ne saisis pas la destination… Quand il écarte les bras pour me signifier qu’il vit au paradis, je lui demande de le prendre en photo. Voyez vous-même ! Enfin, il me fait un cadeau – précieux : un morceau de marbre, de cette roche si pure qu’elle laisse passer le soleil. Il me l’emballe avec soin dans un papier blanc sur lequel il écrit son nom.

Rien n’aurait pu me faire plus plaisir que ce cadeau !

(À suivre)

Photos de gp, sauf mention

 

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Notes:

  1. Depuis 1974, la partie nord de l’île, située au-delà de la ligne verte contrôlée par les troupes de l'ONU, est sous occupation militaire turque et en 1983, ce territoire s'est proclamé République turque de Chypre du Nord sans que celui-ci soit reconnu par la communauté internationale, en dehors de la Turquie.
  2. Voir dans Grèce, carnet de voyage. 4) Santorin, considérations au-dessus du volcan
  3. Comme en Alsace-Moselle, depuis Napoléon et le concordat…
  4. Voir : Grèce, carnet de voyage. 5) Paros. Conversation résinée avec Épicure
  5. Je m’y réfère dans tout le carnet, ou presque…
  6. En passant : de quoi sont constitués les musées du monde, et les plus fameux d’entre eux, sinon de « pièces rapportées » ?

Ensablement, par Faber

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© faber 2016

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Benoîte Groult : « Tant qu’on a la curiosité, le désir dans la tête »

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Benoî­te Groult, à la Comé­die du Livre de Mont­pel­lier en 2010. Ph. Esby.

La roman­ciè­re et fémi­nis­te Benoî­te Groult est mor­te hier à 96 ans, lun­di 20 juin, à Hyè­res (Var) où elle rési­dait. Benoî­te Groult fut la pre­miè­re à avoir dénon­cé publi­que­ment les muti­la­tions géni­ta­les fémi­ni­nes dans son livre Ain­si soit-elle, publié en 1975. « Elle est mor­te dans son som­meil com­me elle l’a vou­lu, sans souf­frir », a indi­qué sa fille, Blan­di­ne de Cau­nes.

J’avais eu un grand plai­sir à la ren­con­trer en 1998 – elle avait alors 78 ans – pour un entre­tien sur la sexua­li­té et les vieux, paru l’année d’après dans mon livre écrit avec Roger Dadoun, Vieillir & jouir, Feux sous la cen­dre (Éd. Phé­bus). Livre aujourd’hui épui­sé, ce qui m’autorise à publier ici cet entre­tien.

Éga­le­ment jour­na­lis­te, Benoî­te Groult a notam­ment tra­vaillé à Elle et Marie-Clai­re, et a long­temps était jurée du prix Fémi­na. Elle avait d’abord publié, avec sa sœur Flo­ra, des livres com­me Jour­nal à qua­tre mains (1958). Plu­sieurs best-sel­lers avaient sui­vi, com­me La Part des cho­ses (1972) et plus récem­ment La Tou­che étoi­le (2006).

Un mot la repré­sen­te, qu’elle fait d’ailleurs sien : curio­si­té. Son cre­do, son secret, son élixir. Benoî­te Groult a les yeux mêmes de la curio­si­té,  pim­pan­te qua­li­té qui gar­de l’être debout par­ce que dési­rant. Ce qu’on n’ose plus dire aujourd’hui aux dames – même si on s’autorise désor­mais à deman­der leur âge –, on ne pour­rait s’en empê­cher devant elle : « 78 ans, vrai­ment ? Mais vous ne les fai­tes pas ! » Elle ne s’en excu­se pas, non, sauf en met­tant cet­te chan­ce sur le dos de la géné­ti­que. Enfin, un peu seule­ment, par modes­tie en som­me, alors que son secret plus vrai sans dou­te rési­de dans un art consom­mé de pren­dre la vie : en actri­ce de son deve­nir. Benoî­te n’a pas tou­jours été debout, elle le rap­pel­le en pas­sant ci-après. C’est qu’il a fal­lu batailler, sans jamais bais­ser la gar­de car le renon­ce­ment veille, ce «salaud et con» par­fois dégui­sé en hom­me. En hom­me ? À dis­cu­ter, s’agissant de cet­te sous-varié­té de gyno­pho­bes dont le regard-phal­lus tra­ver­se la fem­me – sur­tout l’étiquetée «vieille» – sans la voir.

Benoî­te Groult : …Avant, 50 ans, c’était vrai­ment le vieil âge. Alors qu’aujourd’hui, les fem­mes qui ont entre 40 et 60 ans, et même plus, on s’y trom­pe ! Tant de cho­se ont chan­gé : les œstro­gè­nes, les hor­mo­nes et même la chi­rur­gie esthé­ti­que.

• La vieilles­se est bien désor­mais une notion rela­ti­ve, mais qui bute quand même sur des réa­li­tés…

– Elle bute sur les mala­dies : rhu­ma­tis­mes, his­toi­res car­dia­ques, etc., L’âge rend plus vul­né­ra­ble. Ce qui n’exclut pas une vie sexuel­le qui puis­se attein­dre la plé­ni­tu­de. Je fais par­tie de la pre­miè­re géné­ra­tion à avoir béné­fi­cié de tout ça, qui prend des œstro­gè­nes depuis déjà 20 ans…

• …Vous avez aus­si bien mili­té dans ce sens !

– Oui. Il ne faut pas oublier que la méno­pau­se, par exem­ple, était enco­re un de ces tabous dont on ne par­lait pas; les trois quarts des méde­cins en Fran­ce disaient : mais lais­sez fai­re la natu­re ! De même pour la contra­cep­tion. La sexua­li­té envi­sa­gée après la méno­pau­se, ça deve­nait quel­que cho­se d’un peu dégoû­tant, obs­cè­ne – pour une fem­me, du moins ! Pour l’homme, la ques­tion de l’âge demeu­rait beau­coup plus floue. Voyez enco­re aujourd’hui un Gre­go­ry Peck qui, à 80 ans, refait une série d’enfants – il en avait déjà sept ou huit – avec une secré­tai­re…

• On cite tou­jours volon­tiers ces cas célè­bres : Cha­plin, Vic­tor Hugo… Il y a beau­coup plus de tolé­ran­ce envers les hom­mes.

– Tou­jours ! On a tolé­ré leurs maî­tres­ses, leurs infi­dé­li­tés, leur liber­té sexuel­le, leur lan­ga­ge cru. Aujourd’hui, les fem­mes entrent, peut-être par la peti­te por­te, mais enfin elles entrent sérieu­se­ment aus­si dans les mêmes liber­tés. Mais on conti­nue à ne pas le dire ! Le livre de Simo­ne de Beau­voir, La Vieilles­se, est tom­bé com­me un pavé dans un silen­ce géné­ral, dans un dégoût ! Il faut dire qu’elle a tou­jours eu le chic pour mon­trer les phé­no­mè­nes phy­sio­lo­gi­ques… – elle ne s’était pas récon­ci­liée avec son corps. Elle décri­vait la vie dans des hos­pi­ces où les fem­mes avaient une deman­de sexuel­le exa­cer­bée, rele­vaient leurs che­mi­ses, se mas­tur­baient en public – bref, son livre était atro­ce. Il n’a pas été lu, d’ailleurs per­son­ne ne vou­lait enten­dre par­ler de la vieilles­se. Aujourd’hui, la vieilles­se a tout de même pris un autre aspect, même s’il y a tou­jours des endroits peu réjouis­sants, des mou­roirs…

• Qu’est-ce donc pour vous que la vieilles­se ?

– Tant que les cinq sens fonc­tion­nent, qu’on peut mar­cher, conti­nuer à fai­re ce qu’on aime : aller à la pêche (j’ai une mai­son en Irlan­de à cau­se de ça, avec des casiers à homards !), exer­cer ce qu’on aime… Évi­dem­ment, je ne fais plus de ski ; il y a des cho­ses aux­quel­les il faut renon­cer, quand ça deman­de une for­ce phy­si­que trop gran­de. Tant que je pour­rai lire… Je com­prends très bien Mon­ther­lant qui s’est sui­ci­dé par­ce qu’il était deve­nu aveu­gle. Pour moi, ce serait l’horreur ! Sour­de, je m’en arran­ge­rais, mais ne plus pou­voir lire, ni regar­der mon jar­din… Donc, il y a bien des cho­ses qui seraient rédhi­bi­toi­res. Je me dirais : je suis vieille, ma vie ne vaut plus la pei­ne d’être vécue. Au fond, la vieilles­se c’est d’abord une ques­tion de san­té.

• Et si la san­té fait défaut, la sexua­li­té aus­si ?

– Non. Je crois qu’il y a des mala­dies qui s’accommodent du désir amou­reux – la tuber­cu­lo­se, par exem­ple. Tant qu’on a la curio­si­té, le désir dans la tête, tout est enco­re pos­si­ble. La curio­si­té main­tient en vie car elle pous­se vers l’amour, le désir de l’autre et de voir com­ment ce sera de fai­re l’amour. L’essentiel, vrai­ment, c’est bien la curio­si­té : si on est curieux de quel­que cho­se, de quelqu’un de nou­veau, de com­ment ça se pas­se autour et avant…, l’envie enco­re de voya­ger, de vivre un prin­temps, de revoir ce prin­temps qui est tou­jours dif­fé­rent… C’est ça qui main­tient en vie, cet­te sor­te d’élan.

• La curio­si­té pas­se aus­si par une rela­tion char­nel­le, non ?

– Pas tou­jours. J’étais en train de lire, à mon avis l’un des plus beaux livres sur un amour qui ne devient jamais char­nel, c’est de Doris Les­sing, Si Vieilles­se pou­vait, les car­nets de Jean­ne Som­mers. Elle racon­te l’histoire d’un coup de fou­dre : une fem­me de 60-65 ans qui, dans  le métro, se coin­ce un talon, tom­be et croi­se le regard d’un hom­me ; il a à peu près le même âge qu’elle; elle le regar­de et c’est le coup de fou­dre com­me quand on a 20 ans ! Et ils se ren­con­trent dans Lon­dres, déjeu­nent au res­tau­rant, vont à la cam­pa­gne ensem­ble. Je ne sais pas pour­quoi ils ne pas­sent jamais au fait… Chez elle, ça ne s’arrange pas, à cau­se d’une peti­te niè­ce… Lui a une fem­me mala­de –  bref, c’est pour moi l’une des plus bel­les his­toi­res d’amour, même s’il n’y a pas tout à fait la solu­tion… Ils en rêvent tous les deux… Je trou­ve que c’est une his­toi­re tou­jours pos­si­ble. Même si on y a un peu peur de mon­trer son corps – ça date tout de même d’une ving­tai­ne d’années…

• Est-ce que ces obs­ta­cles, réels ou ima­gi­nai­res, ne consti­tuent pas aus­si une maniè­re de se pro­té­ger d’un ris­que,  de ce ris­que dû à l’âge peut-être, de décep­tions éven­tuel­les quant au corps, aux for­mes, aux défaillan­ces orga­ni­ques ?

– Sûre­ment. Mais aujourd’hui il y a tel­le­ment de jeu­nes qui sont obè­ses, ou qui ont les seins qui tom­bent à tren­te ans… Fina­le­ment, l’important c’est la façon dont on s’appréhende plu­tôt que la réa­li­té des cho­ses.

• Il fau­drait sans dou­te la confian­ce mutuel­le pour oser cet­te curio­si­té, affron­ter ce désir qui cor­res­pond aus­si à une mise en dan­ger… Et si on ne l’a pas, cet­te confian­ce, la fui­te serait peut-être com­me une maniè­re de salut, de sécu­ri­sa­tion ?

– On ris­que peut-être plus les décep­tions ou les rata­ges, mais après tout c’est aus­si le sort de tou­tes les ten­ta­ti­ves que de ne pas réus­sir à coup sûr.

• Com­ment l’histoire de votre cou­ple avec Paul Gui­mard est-elle aus­si mar­quée par cet­te ques­tion de l’âge et de l’amour ?

– Il y a 45 ans que l’on est ensem­ble ! On s’est marié un peu sous le contrat Sar­tre-de Beau­voir, à savoir que l’autre n’est pas votre pri­son­nier, qu’il regar­de­ra ailleurs. Donc, on a connu des nau­fra­ges, des résur­rec­tions. Ça a été un peu agi­té, mais on avait tel­le­ment de bon­nes rai­sons de vivre ensem­ble – des goûts en com­mun, les mêmes idées poli­ti­ques, éthi­ques, etc. –, qu’on a sur­mon­té les aven­tu­res et les aléas.

• Sans dou­te y a-t-il une dis­tinc­tion à opé­rer avec des cou­ples com­me le vôtre qui pré­sen­tent un côté mer­veilleux du seul fait déjà de ces lon­gues années en com­mun. Le fait qu’il y ait eu du temps est admi­ra­ble en soi…

– Oui, et ça redon­ne une for­me d’amour qui est tout à fait autre cho­se, qui n’est peut-être pas mêlé de sexua­li­té – car la sexua­li­té exi­ge un peu l’excitation de l’inconnu, de nou­veau­té qu’on n’a évi­dem­ment plus avec les années. Et puis aus­si, on a trop vu peut-être de ces moments de mala­die de l’un ou de l’autre… Il y a quel­que cho­se pour la sexua­li­té qui se trou­ve un peu éteint mais rem­pla­cé par cet­te durée, cet­te conni­ven­ce, cet­te com­pli­ci­té…

• …Qui n’est évi­dem­ment pas pos­si­ble quand l’un des deux, le plus sou­vent la fem­me, se retrou­ve seul…

– La soli­tu­de, aujourd’hui, a chan­gé de visa­ge. Il y a cin­quan­te ans, la soli­tu­de c’était à l’image d’une vieille fille aban­don­née, repliée sur elle-même. Aujourd’hui, des fem­mes de 50-60 ans repren­nent quel­que­fois des étu­des; et il y a aus­si les voya­ges en com­mun, tou­tes sor­tes de cho­ses qui font naî­tre des ren­con­tres. Des fem­mes, veu­ves, s’aperçoivent brus­que­ment qu’elles ado­rent le théâ­tre, ou appren­nent une lan­gue… Des riches­ses appa­rais­sent une fois les enfants éle­vés. On peut dire aus­si qu’aujourd’hui l’amitié entre les fem­mes est née, ce qui appor­te aus­si une gran­de riches­se – peut-être même la décou­ver­te qu’on aime les fem­mes, qui sait ? Donc il y a des com­pen­sa­tions. Je pen­se aux vieillards d’il y a 70 ans : il n’y avait pas la télé à la mai­son, les soi­rées devaient être inter­mi­na­bles… De nos jours, on trou­ve beau­coup de clubs, pas seule­ment du troi­siè­me âge, sim­ple­ment des clubs de ren­con­tre, d’écriture, de mise en for­me… Tout ça per­met de rire avec d’autres. Et les fem­mes sont deve­nues des per­son­nes qui connais­sent l’amitié – les hom­mes avaient déjà ça, les anciens bou­lis­tes de je ne sais quoi, les clubs de foot, les anciens com­bat­tants : tou­tes sor­tes de lieux de ren­con­tres entre hom­mes. Main­te­nant, les fem­mes les ont aus­si ! Tout cela exci­te beau­coup les facul­tés spi­ri­tuel­les et le désir.

• On voit de temps à autre des cou­ples de per­son­nes âgées «par­tir ensem­ble» en se don­nant la mort. On pen­se au comé­dien Jean Mer­cu­re et sa fem­me, à Roger Quillot, le mai­re de Cler­mont-Fer­rand, et la sien­ne. Qu’en dites-vous ?

– Je ne serai sans dou­te pas de ces cou­ples-là. En géné­ral, c’est l’homme qui a une gra­ve mala­die et sa fem­me l’accompagne dans la mort. Le plus grand dra­me, c’est celui de Mme Quillot : sur­vi­vre au sui­ci­de. Là, les méde­cins ont très mal agi, elle était à l’article de la mort, il n’y avait qu’à lais­ser fai­re les cho­ses, c’était sa volon­té, elle l’avait dit ! Oui, il y a enco­re cet­te capa­ci­té d’amour total d’une fem­me pour un hom­me. J’ai l’impression, mais ça c’est per­son­nel, qu’on est plus heu­reu­se si on a des amours plus dis­per­sés. Par cer­tains côtés, je peux trou­ver ça mons­trueux de la part de l’homme, cet­te appro­pria­tion dans la mort. Je pen­se à ce vers de l’Affi­che rou­ge, d’Aragon : « Et je te dis de vivre et d’avoir un enfant ». Il faut se dire ça dans un cou­ple, d’une façon ou d’une autre, même si on n’aura plus d’enfants à pro­pre­ment par­ler ; on pour­rait aus­si bien dire : « Et je te dis de vivre et de voir tes enfants ». C’est dif­fi­ci­le à vivre la liber­té réci­pro­que, sûre­ment. On prend des ris­ques, c’est fati­guant ! Tou­tes les liber­tés, au début, ont été une angois­se, com­me cel­le, jus­te­ment, d’avoir ou non un enfant, d’user ou non de cet­te liber­té avant d’arriver à 45 ans, quand brus­que­ment c’est trop tard.

• Le fait d’ « entrer en vieilles­se » peut-il bou­le­ver­ser sa concep­tion de la sexua­li­té ?

– Moi, je ne trou­ve pas. Le dra­me, en réa­li­té, ce n’est pas la vieilles­se, c’est le regard des hom­mes sur la vieilles­se des fem­mes. Par­ce qu’on s’aperçoit qu’ils ne vous regar­dent plus ! Ça c’est ter­ri­ble, ter­ri­ble ! Des gar­çons jeu­nes, jamais ils ne me por­tent une vali­se sur un quai de gare, jamais ! Com­me la poli­tes­se n’existe plus et que la séduc­tion de la dame n’est pas écla­tan­te, ils vous igno­rent tota­le­ment : le regard vous tra­ver­se. 

• N’est-ce pas aus­si le signe inver­se : celui de ne pas vous consi­dé­rer com­me une vieille dame ?

– Non, par­ce que par exem­ple, pour mes filles : l’une est une bru­ne, per­son­ne ne l’aide; l’autre, blon­de assez agui­cheu­se, en mini-jupe, ne traî­ne jamais une vali­se ! Évi­dem­ment la coquet­te­rie est, chez la fille, un signe de la deman­de. Alors, quand on n’a plus les signes, eh bien ils sont d’une vache­rie, d’un mépris ! Pour­tant, les fem­mes, elles, regar­dent les hom­mes vieux ! Elles peu­vent les trou­ver beaux, la preu­ve : elles les épou­sent, elles font des enfants avec eux. La fem­me ne divi­se pas la vie en âges rédhi­bi­toi­res. Par­ce qu’elles s’intéressent beau­coup à l’âme, ça a l’air idiot…, disons à l’esprit, au char­me ; elles sen­tent qu’il les écou­te­ra, qu’il a un talent, autre cho­se que les signes exté­rieurs ; je trou­ve que les fem­mes ont une façon beau­coup plus intel­li­gen­te, et vas­te, et lar­ge, d’aimer. Elles peu­vent aimer un hom­me très laid qui a un char­me inté­rieur. Alors que pour se fai­re aimer quand on est lai­de, alors là, on a beau avoir l’âme admi­ra­ble !… C’est beau­coup plus dif­fi­ci­le et rare. Le plus ter­ri­ble c’est quand on n’a pas autre cho­se, quand on tout misé sur l’amour, tou­te sa vie ; le jour où l’on est trans­pa­rent pour les hom­mes, qu’est-ce qu’on fait ? Effec­ti­ve­ment, il res­te la mas­tur­ba­tion.

• Ou tou­te une gam­me de com­pen­sa­tions…

– Oui…, mais il faut les avoir ! S’il n’est pas trop tard. Tout le mon­de n’est pas Thé­rè­se d’Avila pour subli­mer dans la foi reli­gieu­se…

• …ou la créa­ti­vi­té lit­té­rai­re !

– Bien sûr ! Les hom­mes, c’est très impres­sion­nant, vivent enco­re selon des cri­tè­res d’il y a tren­te ans ou tren­te siè­cles ! C’est-à-dire qu’après 50 ans, il n’y a plus rien à fai­re d’une fem­me, même pas la regar­der ! Même pas lui dire par­don quand on la cogne ! On n’existe plus ! Alors, le tout mêlé à la dure­té de ce temps…

• Votre constat est sévè­re. Diriez-vous quand même qu’il y a une évo­lu­tion ?

– Oui. Il y avait autre­fois… cinq pour cent d’hommes et aujourd’hui peut-être dix ou quin­ze qui sont capa­bles de se dire – com­me dans cet­te piè­ce de Yas­mi­na Reza qui se pas­se dans un train, une ren­con­tre entre un hom­me et une fem­me : « Tiens, je suis là avec cet­te fem­me, elle ne me plaît pas for­mi­da­ble­ment, mais on va par­ler, elle est peut-être inté­res­san­te. » Après, à cha­cun de jouer. Oui, il y en a un peu plus qui font atten­tion…

• Il faut aus­si que la fem­me accep­te, qu’elle ne se dise pas : enco­re un qui va me dra­guer.

– Oui. Mais aujourd’hui les fem­mes sont assez gran­des, elles ont moins cet­te peur d’être dra­guées. Autre­fois, si un hom­me vous adres­sait la paro­le dans la rue, on pre­nait un air pin­cé, on ser­rait les jam­bes… On a une atti­tu­de plus déten­due. C’est le regard des hom­mes qui res­te très impres­sion­nant, très gla­çant.

• Qu’est-ce que ça pro­vo­que en vous ?

– De la ran­cu­ne contre eux ! Je trou­ve que c’est des cons et des salauds : les deux ! C’est bête par­ce qu’il y a sou­vent quel­que cho­se à tirer d’une rela­tion avec quelqu’un, qui que ce soit ! Et c’est vache par­ce qu’ils n’ont pas cet­te gen­tilles­se. Moi, je suis gen­tille avec les vieilles dames ; avec si peu on les illu­mi­ne ! Ils pour­raient le fai­re, ça ne leur coû­te­rait rien, on ne leur deman­de pas de cou­cher avec elles ! Et dans les livres, je n’ai jamais, ces der­niers temps, vu par­ler du sexe des fem­mes avec autant de hai­ne et d’horreur. Com­me si les fem­mes n’étaient que des sacs à mala­dies, à puan­teurs. Dès que la fem­me n’est plus exac­te­ment dans le cré­neau qui le fait ban­der d’avance, c’est la hai­ne qui rem­pla­ce l’attirance. Ça relè­ve d’une gyno­pho­bie éhon­tée, enco­re très sen­si­ble dans beau­coup de romans d’hommes où ils peu­vent racon­ter ce qu’ils veu­lent, com­me si tou­tes ces fem­mes vieilles étaient en man­que d’amour. Les fem­mes sont moins deman­deu­ses que ça ; il s’imaginent qu’on est des gou­les et qu’on vou­drait les vam­pi­ri­ser. Les fem­mes ont déjà bien assez peur d’elles-mêmes !

• On entend dire par­fois que le fémi­nis­me a pres­que fait son temps. Il y a là, pour­tant, sur cet­te ques­tion du vieillis­se­ment et de l’amour, un ter­rain d’action bien réel.

– Moi, je conti­nue à être fémi­nis­te ! Tant que dure­ra cet­te rela­tion de pos­ses­sion, de pou­voir, de vio­len­ce à l’encontre de la fem­me. Une rela­tion qui peut être d’ailleurs très insi­dieu­se. Rap­pe­lons-nous par exem­ple des pre­miers rap­ports Kin­sey sur la sexua­li­té aux États-Unis ; ils pré­ten­daient que plus on était culti­vées plus on avait du mal à attein­dre l’orgasme. L’année d’après, ils ont publié une deuxiè­me édi­tion en disant : Nos recher­ches n’étaient pas com­plè­tes, c’est le contrai­re ! Plus on est culti­vé, plus on rem­pla­ce ce qui ne va pas phy­si­que­ment par l’excitation céré­bra­le, un films por­no, de la lit­té­ra­tu­re éro­ti­que, ce qu’on veut… On jouit mieux quand on a l’esprit plus déve­lop­pé. Ils avaient dit le contrai­re !, tel­le­ment ça les ennuyait cet­te idée qu’une fem­me intel­li­gen­te per­dait de son ani­ma­li­té !

• Quels sont vos pré­cep­tes de vie ?

– Une dose d’égoïsme, au meilleur sens du ter­me. Si on s’oublie, le jour où les enfants font leur vie ailleurs,  le mari aus­si par­fois, ou il meurt, eh bien, si on ne s’aime plus soi-même, qu’est-ce qui vous res­te ? C’est en s’aimant qu’on est le plus rayon­nant fina­le­ment. Bien sûr, il y a aus­si une ques­tion de tem­pé­ra­ment, de chan­ce. Et aus­si ce fait d’avoir vécu au siè­cle où j’ai vu les fem­mes sou­mi­ses à un cadre, à un car­can – moi-même aus­si d’ailleurs, n’osant m’affirmer, ni pren­dre la paro­le dans une réunion poli­ti­que, effa­cée… Il fal­lait entrer dans le rôle de grand-mère…

• Il y a une vision de la grand-mère ou du grand-père…

– …Oui, impor­tan­te, je m’en aper­çois…

• …mais en même temps égoïs­te de la part des enfants. Ne fau­drait-il pas savoir ne pas être une bon­ne mamie ou un bon papi ? Ce qui serait aus­si une maniè­re de l’être.

– Je le crois . Par­ce que les enfants sont très cruels et peu­vent mépri­ser ce grand-parent qui les attend com­me le mes­sie, et ils ne vien­nent pas. 

• Ne peut-on dire aus­si qu’il y a un tabou entre les parents, cet­te fois, et les enfants ?

– Les enfants n’aiment pas bien, en effet, enten­dre par­ler de la sexua­li­té des parents – sur­tout quand ils ont 70 ans !

• On n’en par­le pas.

– Pas dans les détails, ce que je trou­ve d’ailleurs très bien. De même qu’à l’inverse les parents n’ont pas à connaî­tre de la sexua­li­té de leurs enfants. C’est tou­jours une affai­re per­son­nel­le, inti­me.

• Fina­le­ment, qu’est-ce qui peut enco­re nour­rir cet­te curio­si­té que vous consi­dé­rez com­me le sel de la vie, sinon de l’amour et de la sexua­li­té ?

– Eh bien, ne serait-ce que de lire – des romans d’amour par exem­ple –, ce qui main­tient dans un état de sen­si­bi­li­té pro­pi­ce à « ça » et à se dire : C’est vrai que les com­men­ce­ments sont une cho­se mer­veilleu­se ! Se ren­con­trer aus­si, se fai­re des confi­den­ces, aller au ciné­ma, bref : res­ter en contact avec la vie.

Entre­tien avec Gérard Pon­thieu„ octo­bre 1998.

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Grèce, carnet de voyage. 5) Paros. Conversation résinée avec Épicure

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Iles des Cyclades, 13 juin 2016. Voilà ce qui m’amène ce soir, ayant vidé une demi-bouteille de retsina [Voir encadré ci-dessous] sous la tonnelle d’une chouette taverne sur le port de Parikia, île cycladique de Paros, entre Santorin et le Pirée. Je m’y suis régalé de sardines grillées tout en devisant et papotant en "globish". Puis…

…Puis je me suis permis de converser avec Épicure, vieux pote à la jeunesse éternelle. Non pas tant parce que je me tapais la cloche ; ou alors, si, justement. Parce que voilà bien un philosophe grec de l’Antiquité qui demeure parmi les plus mal connus, voire mécompris. « On » en a fait le chantre de l’hédonisme, le pape des jouisseurs, voués aux plaisirs insatiables. Contre-sens !

Le vin résiné est un vin blanc ou rosé léger auquel est ajoutée de la résine de pin au cours de la fermentation. La résine stabilise le vin, lui permettant de mieux résister à la chaleur. Elle lui donne aussi son goût si particulier. Cette pratique remontrait à l'Antiquité lorsque l'étanchéité des amphores à vin était assurée par un badigeonnage interne de résine. Ce goût  a été gardé comme une valeur gustative. Dionysos s'est chargé du reste…

Pour Épicure, en effet, il ne s’agit nullement de se goinfrer des plaisirs à la manière du Gargantua de Rabelais, et autres hédonistes. L’important, pour lui, est de parvenir à une autosuffisance dans la gouverne de sa vie, autrement de ne pas devenir dépendant en quoi que ce soit – on parlerait de nos jours d’addiction – à la bouffe notamment. La mesure des plaisirs, dit-il, par l’exercice d’un « raisonnement sobre » est la marque de cette autonomie ; elle s’oppose à la recherche permanente et sans fin des jouissances immédiates. En quoi notre époque, du point de vue « occidental », n’est nullement épicurienne ! En quoi un Pierre Rahbi et sa « sobriété heureuse » le serait autrement plus qu’un Jean-Pierre Coffe (lequel, d’ailleurs, est mort…)

Le plaisir, selon Épicure, est principe et but de la « vie heureuse », ce qui suppose une délimitation réciproque des plaisirs et des peines ; à cet égard, la douleur est le marqueur déterminant : il faut privilégier les seuls désirs naturels et nécessaires ; le plaisir qui en résulte implique l’exclusion de la douleur. On peut, dés lors, connaître l’ataraxie, état de quiétude sans troubles ni douleurs.

L’usage des drogues s’oppose à cette conception épicurienne puisqu’elle conduit à l’insatisfaction et même à la douleur liée au manque, tout en créant une dépendance physique, matérielle et morale – le contraire de l’autonomie.

« Quand nous disons que le plaisir est notre but, nous n'entendons pas par là les plaisirs des débauchés ni ceux qui se rattachent à la jouissance matérielle, ainsi que le disent ceux qui ignorent notre doctrine, ou qui sont en désaccord avec elle, ou qui l'interprètent dans un mauvais sens. Le plaisir que nous avons en vue est caractérisé par l'absence de souffrance corporelle et de troubles de l'âme. » (Épicure, Lettre à Ménécée)

« Il n'est pas possible de vivre de façon bonne et juste, sans vivre avec plaisir. » (Ibid.)

Telle était l'état de ma réflexion, hier soir dans ma taverne à Paros… Vous me direz : tout le monde ne peut s’offrir des sardines grillés arrosées de retsina face à la mer Égée ; pas « tout le monde » en effet, mais « du monde », s’agissant de ces milliers, voire millions d’homos touristicus, qui, sur toutes les mers, errent de port en port à bord d’hôtels flottants ?

J’en étais là, en pensant aussi à ce qu’on appelle la « sagesse populaire » (déclinaison relative de la philosophie) qui, au travers d’une chanson pourtant très conne exprime un bon sens somme toute assez épicurien (mais transgressé à l’occasion de noces et beuveries !) :

Boire un petit coup c'est agréable
Boire un petit coup c'est doux
Mais il ne faut pas rouler dessous la table
Boire un petit coup c'est agréable
Boire un petit coup c'est doux
 

Ne pas rouler dessous la table, serait le zeste (ou le reste) d’épicurisme mêlé au bon sens populo…

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Grèce, carnet de voyage. 4) Santorin, considérations au-dessus du volcan

SatelliteIles des Cycla­des, 11 juin 2016. Vient l’heure de phi­lo­so­pher un peu. 1 Aimer la sages­se en Grè­ce, sinon à quoi bon s’y trou­ver.  Je remon­te phy­si­que­ment dans les temps anciens, enco­re plus anciens. Me voi­ci en effet « au des­sus du vol­can », sinon dedans ; dans la mâchoi­re de San­to­rin – Thi­ra en grec, Θήρα – avec ses îlots com­me coin­cés en tra­vers du gosier.

Remon­tée dans le temps au dou­ble sens :

D’abord, une his­toi­re de délu­ge quand cet­te île des Cycla­des explo­sa lit­té­ra­le­ment, vers 1550 avant JC, cau­sant un ras-de-marée apo­ca­lyp­ti­que (on ne disait pas enco­re tsu­na­mi, puis­que le Japon n’existait pas ¿), et for­mant cet­te cal­dei­ra si par­ti­cu­liè­re, com­me un immen­se chau­dron bor­dé de falai­ses ver­ti­gi­neu­ses, bible ouver­te pour géo­lo­gues.

santorin-carteLe nom anti­que de l’île est Thé­ra, de même que la vil­le anti­que fon­dée à l’époque archaï­que. Selon les auteurs anciens, son pre­mier nom aurait été Kal­lis­té, « la plus bel­le » ou « la très bel­le » ; elle aurait été rebap­ti­sée Thé­ra en l’honneur du fon­da­teur mythi­que de la colo­nie dorien­ne, Thé­ras. Le nom de San­to­rin est venu des Véni­tiens au XIIIe siè­cle en réfé­ren­ce à Sain­te Irè­ne, San­ta Iri­ni. De là San­to Rini puis San­to­ri­ni. Après le rat­ta­che­ment de l’archipel à la Grè­ce en 1840, celui-ci reprend offi­ciel­le­ment le nom anti­que de Thé­ra (ou Thi­ra) mais l’usage de San­to­rin a été conser­vé.

D’après les cher­cheurs, l’éruption est une des ori­gi­nes pos­si­bles du mythe de l’Atlantide. Elle pour­rait aus­si être à l’origine des « dix plaies d’Égypte ». Mais là, nous des­cen­dons de plu­sieurs crans dans le ration­nel véri­fia­ble.

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Un livre ouvert pour géo­lo­gues.

– Ensui­te, remon­tée dans le temps cultu­rel. Le cata­clys­me a sans dou­te accé­lé­ré l’implantation en Crè­te de la civi­li­sa­tion mycé­nien­ne (de Micè­nes en Grè­ce conti­nen­ta­le), au détri­ment de la civi­li­sa­tion minoen­ne (du roi légen­dai­re Minos) déve­lop­pée sur les îles de Crè­te et de San­to­rin de - 2700 à 1200. [Mer­ci qui ?]

Les consé­quen­ces de tout cela – com­me nous pour­rions spé­cu­ler sur les consé­quen­ces dans le futur plus ou moins loin­tain du réchauf­fe­ment cli­ma­ti­que sur la « civi­li­sa­tion » qui sur­vi­vra – ont por­té sur la cultu­re au sens plein : hié­rar­chie des croyan­ces, des mythes, des pro­duc­tions poé­ti­ques, artis­ti­ques, et par­ti­cu­liè­re­ment archi­tec­tu­ra­les.

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Une vue du « chau­dron » depuis l’île de Thi­ra­sia.

Au-des­sus du vol­can, disais-je, au sens pro­pre et pas seule­ment lit­té­rai­re 2. En effet, en 1950, un fort séis­me dévas­ta les vil­la­ges de Fira et Oia, où j’ai fait hal­te. Le livre de Lowry, lui, se situe dans l’intermonde, entre le ciel et l’enfer. En m’accueillant hier, ma logeu­se m’a assu­ré que « le para­dis, c’est ici ». Ça se peut bien. Sur­tout le para­dis des pri­vi­lé­giés, de la gent tou­ris­ti­ca, déver­sée par pleins fer­ries – et notam­ment les nou­veaux riches chi­nois. Main­te­nant que la Chi­ne, sur­tout, a cap­té nos indus­tries de base, il nous res­te à leur ven­dre nos pro­duits de l’industrie tou­ris­ti­que et des loi­sirs ; tant qu’ils ne dupli­que­ront pas ces mer­veilles com­me San­to­rin…

Depuis mon char­mant coin de para­dis, donc, je consul­te la télé ; sa dizai­ne de chaî­nes (dans les hôtels, des cen­tai­nes) confir­ment l’état du mon­de mon­dia­li­sé. Mêmes débats caco­pho­ni­ques sur décors hyper­co­lo­rés, mêmes cos­tu­mes bleu som­bre des poli­ti­ciens dans l’hémicycle ; mêmes des­sins ani­més tapa­geurs cen­sés dis­trai­re les petits ; mêmes publi­ci­tés révul­san­tes. Pas de dou­te, l’Europe avan­ce !

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Le timi­de dra­peau étoi­lé va-t-il par­tir en lam­beaux ?

Euro­pe : enco­re une inven­tion grec­que ! Enfin le mot, sinon l’idée et la cho­se…

Dans la mytho­lo­gie, Euro­pe (en grec ancien Εὐρώπη / Eurṓpē) est une prin­ces­se phé­ni­cien­ne – je pas­se sur le pedigree…Selon une ver­sion du mythe, Euro­pe, fille du roi de Tyr, une vil­le de Phé­ni­cie (actuel Liban) fit un rêve. Le jour même, Zeus la ren­con­tra sur une pla­ge, se méta­mor­pho­sa en tau­reau blanc, afin de l’aborder sans l’apeurer et échap­per à la jalou­sie de son épou­se Héra. Impru­den­te, Euro­pe s’approche de lui. Che­vau­chant l’animal, elle est enle­vée sur l’île de Crè­te…

…Et ils eurent beau­coup d’Européens !

600px-2_euros_GrèceJe viens de pren­dre mon billet de fer­ry pour Paros ; l’employé me rend la mon­naie, dont une piè­ce de deux euros. Je lui deman­de s’il en aurait une por­tant l’effigie d’Europe. Com­me il n’en a pas, j’ajoute : « C’est sans dou­te à cau­se de la cri­se… » Il me répond, cal­me, sans acri­mo­nie : « Sans dou­te, et on devra s’en sou­ve­nir. »

J’avais for­cé­ment abor­dé cet­te ques­tion avec Geor­gios, à Athè­nes ; il m’avait répon­du : « La cri­se, il n’y a qu’à regar­der autour de soi… » Nous étions dans son quar­tier, à Exaer­chia, où la débrouille et la soli­da­ri­té arron­dis­sent les angles. Mais en géné­ral, pour ce que j’ai pu en voir, les dif­fi­cul­tés ne sont pas fla­gran­tes. Il n’y a ni plus ni moins de clo­chards à Athè­nes que dans les rues de Paris ou Mar­seille. Et, de même, les bars sont pleins de gens insou­ciants d’allure, et même gais… « Bien sûr, m’a fait remar­quer Elef­the­ria – « Liber­té » en grec ; peut-on por­ter plus beau pré­nom ? –, bien sûr, nous ne le mon­trons pas ! Mais la cri­se nous tou­che très dure­ment. Beau­coup de jeu­nes au chô­ma­ge vivent chez leurs parents. Moi-même, j’ai de la chan­ce, j’ai un emploi [elle est secré­tai­re à l’Université], mais je fais par­tie de cet­te clas­se moyen­ne qui doit désor­mais fai­re beau­coup de sacri­fi­ces. Nous ne pou­vons même plus nous offrir de petits plai­sirs com­me d’aller au théâ­tre, par exem­ple. Sur­tout, nous nous som­mes sen­tis humi­liés quand nous avons été soup­çon­nés de tra­vailler peu et de tri­cher avec l’État. »

On ferait le même constat en Fran­ce, et aus­si ailleurs dans l’Union…  Pas de dou­te, l’Europe avan­ce !

Devant moi, le grand bleu égéen (de la mer Égée), des îles sur tout l’horizon, au pro­che et au loin­tain. Je me dis que l’Europe a repris d’une main ce qu’elle a don­né de l’autre. Sur­tout, elle a don­né aux riches, au détri­ment des pau­vres. Com­me le dit le vieil ada­ge, les pau­vres ne sont pas bien riches, cer­tes… mais ils sont si nom­breux ! Oui, le grand nom­bre fait la riches­se. En favo­ri­sant le sys­tè­me ban­cai­re, en sou­te­nant la Grè­ce des nou­vel­les indus­tries du Tou­ris­me, de la Cultu­re et des Arts (en par­ti­cu­lier dès les Jeux olym­pi­ques de 2004), elle a, en effet, embel­li et pour­vu d’équipements impor­tants (com­me le métro, aus­si per­for­mant que beau) cer­tai­nes par­ties du pays et sur­tout cer­tains lieux d’Athènes. Vue sous l’angle « macro », l’économie a engrais­sé – au détri­ment de l’économie quo­ti­dien­ne, cel­le des reve­nus, des loyers, du pain.

Cet­te par­tie de la popu­la­tion à hauts reve­nus n’a pas été frap­pée par la cri­se. Les beaux quar­tiers d’Athènes, com­me dans la plu­part des capi­ta­les occi­den­ta­les, exhi­bent bou­ti­ques et de voi­tu­res de luxe. Ce cer­cle res­treint, déploie sa riches­se osten­ta­toi­re et recou­vre le petit mon­de deve­nu qua­si trans­pa­rent, assu­jet­ti aux miet­tes de l’indécent ban­quet.  

Je vais ren­trer au pays en rébel­lion, com­me en l’ayant quit­té, dans les manifs et les grè­ves. J’ai croi­sé hier soir un grou­pe de 160 Bre­tons dont l’avion n’a pu décol­ler pour Brest… Il n’y a pas qu’à San­to­rin que le situa­tion est vol­ca­ni­que. D’ailleurs, com­me aurait dit Mon­sieur Prud­hom­me 3, « Le char de l’Europe navi­gue sur un vol­can. »

–––––––

Ci-des­sous, un petit jeu de mes car­tes pos­ta­les (cli­quer des­sus). Les pho­tos sont de bibi, sauf men­tion, et, com­me les tex­tes, sous Licen­ce Crea­ti­ve Com­mons [voir colon­ne de droi­te].

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Notes:

  1. Je conti­nue à sou­li­gner en pas­sant cer­tains mots fran­çais de raci­nes grec­ques.
  2. Au-des­sous du vol­can (Under the Vol­ca­no), roman de l’écrivain bri­tan­ni­que Mal­colm Lowry (1947). John Hus­ton en tira un film aus­si fameux.
  3. Mon­sieur Prud­hom­me, per­son­na­ge cari­ca­tu­ral du bour­geois fran­çais du XIXe siè­cle, créé par Hen­ri Mon­nier.

Athènes, carnet de voyage. 3) « Rencontres avec des hommes remarquables »*

Athènes, 9 juin 2016.  Il faut des jours pour connaître une ville comme Athènes, archi séculaire, si riche de beauté et d’histoire. La parcourir à pied, prendre les transports en commun, s’y perdre, croiser les habitants. Des jours, et encore… Se méfier des premières impressions, rarement les bonnes (contrairement à l’adage) ; ce sont celles des préjugés. Alors revenir sur ses pas, marcher, respirer, sentir. Odeurs, sons, lumières. Pas toujours « joli », « charmant », dès lors que ça vit.

DSCF5670 Dans mes souvenirs, si lointains, la place Omonia fleurait bon le lieu prestigieux. Aujourd’hui, ça sent plutôt la pisse et la pauvreté. Pareil pour la rue Athinas, la déesse fondatrice et comme négligée dans cette artère peu engageante. On dépasse l’Hôtel de ville, quelconque. Mais c’est là que je croise mon premier « grand homme », et pas n’importe lequel : Périclès, en pied et en marbre.

Ça y est, j’ai mis le doigt dans l’engrenage historique ! C’est bien l’inconvénient avec ces innombrables statues : soit elles vous narguent et vous renvoient à votre ignorance crasse…, soit elles vous obligent à savoir. J’avais bien entendu parler du « siècle de Périclès », comme d’une sorte d’âge d’or athénien… DSCF4917Pas de quoi nourrir un topo historique, ni l’occasion d’en imposer un, dont je serai d’ailleurs incapable. Mais l’Histoire nous rattrape, et tout spécialement ici, à chaque coin de rue ou presque, ne serait-ce que sur les plaques bleues émaillées (c’est aussi leur rôle). De plus, l’étranger de passage, se croit tenu de pousser le vice en fréquentant nombre de musées.

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C'est ici, dans ce Musée de l'Acropole, que sont exposées cinq des six vraies cariatides de l'Erechtéion. La cinquième se trouve au British Museum, à Londres. La septième est en prime… [Ph. gp]

DSCF4964Ainsi, je sors du Musée de l’Acropole, le tout beau tout moderne : splendide en effet, un monument en soi, bâti sur des ruines – la Grèce, pays de ruines et de mythes superbes – que l’on surplombe en marchant sur un plancher de verre ! Tandis que là-haut, sur cette colline inspirée, d’abord citadelle anti-barbares, des générations d’architectes et de bâtisseurs géniaux ont tenté de conjurer le temps en édifiant un temple, puis d’autres, et même des théâtres… Tandis que d’autres générations de travailleurs de la pierre se relaient encore, de nos jours, pour réparer, sauvegarder, restaurer.

Sur l’Acropole, le Parthénon, notamment, porte les stigmates de sa si longue histoire – vingt-cinq siècles ! En grec ancien, parthénon signifie « appartement de jeunes filles ». En l’occurrence, il s’agissait d’accueillir la statue d'Athéna, fille de Zeus, déesse de la sagesse, de la guerre, des artisans, des artistes et des enseignants. Une sacrée charge ! D’autant qu’Athéna était aussi la protectrice de la cité qui porte son nom. Sa statue, d’ivoire et d’or massif, fut détruite lors d’un incendie, au Ve siècle. De multiples répliques ont été produites, dont celle qui domine l’Académie d’Athènes [photo ci-dessous]. Encore et toujours des statues donc. Et c’est là que je retombe sur mes pieds : à qui doit-on l’édification du Parthénon ? À Périclès, pardi !

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Deux mots et quelques sur ce Périclès, que la modestie ne devait pas étouffer. On l’a même dit assez mégalo et démago sous ses allures de démocrates. Ce qui a fait l’objet de livres savants. Toujours est-il qu’en grec ancien Περικλῆς / Periklễs, signifie littéralement « entouré de gloire ». Né à Athènes vers 495 av. J.-C, il y est mort en 429. [Merci Wiki]. Il acquit sa gloire en guerrier, sur les fronts des guerres médiques et celles du Péloponnèse – Thucydide, le « reporter de guerre » dont j’ai déjà parlé ici, l’admirait beaucoup. Ce n’était pas le cas d’Aristophane, poète et auteur de théâtre, ce Molière de bien avant (- Ve siècle), qui se le paie littéralement comme va-t-en guerre assoiffé de pouvoir. Très près de nous, feu Umberto Eco lui a taillé un costume de populiste… Ce qui nous amènerait à entamer le chapitre énorme et inépuisable de la Démocratie selon ses innombrables penseurs grecs. Je m’en garderai bien – par facilité de blogueur peu apte aux Travaux d’Hercule. Mais l’actualité politicienne, à Athènes comme à Paris et partout dans le monde mériterait ce retour aux fondements historiques et philosophiques. 1

J’en ai donc fini, pour ma part, avec cette première rencontre. Laissons Périklès devant l’Hôtel de ville, passons le grand marché (agora en grec) à poisson et à viande [« vaut le détour » cependant]. Et voilà sur qui je tombe : Diogène, il se trouvait en bas de la rue d’Athinas, accroupi sur le trottoir, ratatiné sur ses genoux, tout maigre, presque nu, les côtes saillantes. Quand j’ai mis un euro dans sa sébile en plastique, il a levé les yeux et a souri. C’était lui !

– Mais Diogène était de Sinope, pas d’Athènes. Et il logeait dans une jarre.

– Je sais, et alors ? Il était en vadrouille et venait souvent à Athènes. C’était bien lui ! (Je n’ai pas eu l’impudeur de le prendre en photo. Sans doute ne m’aurait-il  pas envoyé paître par un « Barre-toi de mon soleil ! » ?)

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Et voici Hippocrate, rencontré un peu plus loin, quartier de Psiri. Déguisé en vieux rocker, jouant de la gratte électrique devant le rideau baissé d’une pharmacie sur lequel son image avait été bombée. C’était bien lui !

– Lui, le « père de la médecine », tu rigoles ?

– Vois combien son illustre portrait protège sa réincarnation moderne ! Et comme il nous protège encore : Hippocrate fut le premier médecin à avoir rejeté les superstitions et les croyances qui attribuaient la cause des maladies à des forces surnaturelles ou divines. Chapeau !

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Maintenant voici Socrate, permettez ! Je sortais de l’ancien Agora, je l’ai repéré, déambulant, parlant à voix haute et sans cesse. J’ai croisé son regard amical. Il m’a accordé la permission d’une photo. Et il m’a dit, en grec académique : « À tout à l’heure ! » Et ne l’ai plus revu.

– Ce n’est pas Socrate, il était laid comme un pou ! Le tien est beau comme Zeus.

– Alors, c’était Socrate déguisé en Zeus !

En vrai, il s’appelle Gargala. Ne parlant ni anglais ni français, sauf pour dire « A tout à l’heure » et « Merci », je ne sais ce que sa chienne de vie a pu lui réserver….

J’en viens à mes héros personnels « modernes », en fait universels. Zorba, Alexis, celui qui m’a amené en Grèce à mes 17 ans, l’ado finissant que le Crétois Nikos Kazantzaki venait de tournebouler…. Celui-là de Zorba, mon exemplaire du jour, soixantenaire chenu, je l’ai vu hier dans Exarchia attablé à une terrasse avec une jeune femme et un enfant, le teint rougeaud, sourire au vent, parlant fort, chemise dépoitraillées. C’était lui, bien sûr !

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Et la vielle copine de Zorba, la Bouboulina, n’était pas loin : aperçue sur l’avenue Akadimia, toute enfarinée et emparfumée, robe bleue à fleurs, hauts-talons scabreux, des dreadlocks jusqu’aux fesses. C’était elle, mais oui !

Ce voyage, je le vis comme un double retour aux sources :

– les miennes, celle de mon passage de l’ado à l’adulte, si possible à la vie d’homme ;

– les sources de notre civilisation dans ce monde si désorienté. Ça ne pouvait être plus essentiel, surtout vers la fin d’une existence.

–––––––––

*J'emprunte à Peter Brook le titre de son film consacré à la vie de Georges Gurdjieff (1979).

Photos de gp.

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Notes:

  1. J’apprends que Montebourg suggère de remplacer les sénateurs élus par des citoyens tirés au sort… Quoi, aurait-il eu connaissance du système démocratique de la Grèce antique ? J’espère revenir sur ce chapitre.

Athènes, carnet de voyage. 2) Exárcheia, territoire anarchiste

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Athènes, 7 juin 2016.  J’ai quitté dimanche le quartier de Metaxourgio pour celui d’Exárcheia. Comme si j’avais migré des Ternes à Ménilmontant, à Paris. Ou bien, à Marseille, de Vauban au cours Julien – ce qui est plus juste. Je me trouve à une encablure du Musée archéologique et plus près encore de l’École polytechnique. Comme qui dirait « au cœur du problème » grec.

Quoi, problème ? Depuis le « traîne-couillons » universel qui charrie le touriste ici comme partout, Athènes présente le charme des capitales à haut niveau culturel-marchand ; son circuit emprunte les hauts-lieux entretenus car rentables. En jupette, avec leurs souliers à pompons, les gardes présidentiels (evzones) perpétuent leur rituel désuet – désuet en apparence, mais à symbolique profonde : la fustanelle, cette jupe, serait formée de 400 plis rappelant les quatre siècles d’occupation turque (je reviendrai sur la question turque).

DSCF5528Le tourisme se nourrit grassement du folklore et de ses clichés. Mais quel heureux privilège, ma foi, de déguster un verre de retsina (vin blanc résiné) sur une terrasse au pied de l’Acropole ! La crise grecque, où ça ?

Ici, à Exárcheia, ils connaissent. Pris entre deux quartiers bourgeois, Εξάρχεια (en grec moderne) est renommé pour être le foyer de l'anarchisme en Grèce. Anarchie, mot grec à l’origine [je les souligne désormais en passant] : an, préfixe privatif : absence de, et arkhê, hiérarchie, commandement. Je me régale ici de l’étymologie – encore du grec ! Que serions-nous sans ces racines ? [La querelle du grec au collège n’est pas anodine ; pour en avoir été privé, j’en mesure l’importance fondamentale un demi-siècle plus tard.] Je m’amuse à l’idée de taquiner l’étymologie du mot étymologie : c’est ce qui éclaire le sens des mots et, ainsi, ouvre la pensée. On voit bien que tout se tient chez l’animal pensant-parlant, et écrivant et vivant à l’occasion.

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"Tout ou toute une histoire"… Martial, lecteur scrupuleux, s'interroge sur l'accord de "tout" dans mon précédent titre. Moi aussi… J'ai vérifié : "tout" est ici un adverbe, invariable, car il exprime le sens de "complètement", "tout à fait". Maudit français !

Exárcheia, donc. Rues étroites, plutôt sinistrées d’allure : pas mal de rideaux métalliques baissés, peinturlurés, taggés comme le moindre recoin. Affiches à pleins murs. Couleurs vives sur la verdure des arbres, nombreux. Quartiers de squats et aussi d’imprimeurs, d’éditeurs, disquaires, boutiques, cybercafés et épiceries bio ; beaucoup  de librairies, parfois chics ou bien carrément « anar », tandis que la « com’ » tente sa percée, avant-poste d’une boboïsation qui gagne vers les hauteurs. Quartier "à part", sorte de no man's land où la police est interdite de territoire, ou alors seulement les robots-cops, quand ça chauffe pour de vrai.

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Je me dois ici de vous présenter Georgios chez qui je loge, dans son coquet appart’ de la rue Solomou, tout en couleurs pimpantes. La quarantaine, regard écarquillé et sourire radieux, il est prof d’informatique et photographe chevronné. A parcouru une partie du monde. Mais ne connaît pas, ou à peine, et de nom, ses ancêtres philosophes des temps antiques – il est de son époque, dans l’ « ici et maintenant » de nos urgences sans avenir (ou alors lequel ?) Georgios parle un anglais « fluent » [L’anglais qui est devenu ici la seconde langue, comme dans tous les pays à langue régionale – salut les Québécois de mon cœur ! L’anglais dominateur, médiateur utile, et ratatineur de particularités essentielles – tout se paie !] Georgios est aussi cycliste urbain 1 (il y en a si peu à Athènes), mais hier, une portière lui est rentré dedans en lui cassant le bras, et le vélo. Depuis, je trouve que son english est devenu chaotique et j’ai plus de mal à le comprendre… Sa compagne, Alexia, aussi sympathique et enjouée ; ingénieure, francophone, militante humanitaire, Amnesty international, etc.

DSCF5536C’est ainsi qu’hier soir (tard), je me suis retrouvé avec eux deux sur une terrasse festoyante, en haut d’un vieil immeuble voisin tenu par « Nosotros », non pas un squat mais ce qu’ils appellent un « espace social libre », lieu autogéré de résistance.

Résistance à quoi ? À tout, pardi ! C’est bien le moindre, quand on considère l’état du pays, que l’on dit en délabrement – surtout l'état d’Athènes qui agglomère presque la moitié de la population grecque (plus de 4 millions sur 10 millions de Grecs environ. 2 Bien sûr, ça ne se voit pas « en passant ».

Nosotros (de l’espagnol, cette fois : nous), rassemble des anarchistes "soft", de la mouvance anti-autoritaire, des pacifistes, plutôt non-violents. Plutôt, car on ne sait jamais trop ce qui peut arriver. Et il s’en est passé des choses dans cette Exarcheia la noire 3 : C'est à Exarcheia que commencent les émeutes de décembre 2008, après la mort d'un adolescent de 15 ans, tué par balle par un policier, dans une rue du quartier. C'est aussi à Exarcheia que débute le soulèvement contre la dictature des Colonels en novembre 1973, lors de la révolte étudiante de l'Université polytechnique nationale d'Athènes et évacuée par les militaires putschistes le 17 novembre 4

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Cette sculpture, à l'entrée de l'École polytechnique, honore les victimes du soulèvement de novembre 1973, quand les Colonels putschistes décident d'une intervention brutale. Dès les premières heures du samedi matin 17 novembre 1973, un char-blindé pénètre de force au sein de l’université. La violence de l’attaque est sauvage : il y a officiellement 34 morts, mais en vérité beaucoup plus. Des centaines de blessés se cachent pour éviter l’arrestation. Des milliers d’arrêtés et d’emprisonnés vont subir la torture par la police militaire.

Donc cette nuit, du haut de cette terrasse, de jeunes résistants refaisaient le monde, qui en a bien besoin. Un repas avait été préparé spécialement en solidarité avec des réfugiés syriens – on sait qu’ils sont nombreux à être passés par l'île grecque de Lesbos – ou y avoir trépassé en mer. Aujourd’hui, le gouvernement grec a fermé la frontière, détournant le flux vers la Turquie.

Vu d’ici, de la gauche de gauche athénienne, Alexis Tsipras (actuel premier ministre) est aussi « populaire » de Valls et Hollande auprès de « Nuit debout ». Georgios, le bras droit dans le plâtre, raconte en rigolant l’histoire suivante : Tsipras, à la télé, évoquant des souvenirs d’enfance, rappelle s’être cassé le bras gauche et que, gaucher, il dut se faire droitier… « Ce qui ne lui fut pas bien difficile », n'ont pas manqué de commenter les Grecs, goguenards…

C’est tout pour aujourd’hui ; j’étais parti pour vous présenter d’autres amis, des illustres antiques, car j’ai flâné hier, selon ma dérive, dans l’ancien agora. Et j’y ai croisé Socrate, si si ! Suite au prochain numéro (c’est ce qu’en pub, on appelle du teasing – qui ne vient pas du grec !)

PS - En rentrant ce soir, Georgios m'apprend qu'un homme a été tué ce matin de deux balles de pistolet, sur la place Exárcheia, là dans notre quartier, où je viens de passer… Affaire de drogue, semble-t-il. Ce qui ne saurait guère effaroucher un Marseillais…

Bonus (latin) : panorama (grec) sur le quartier d'Exárcheia. Je reviendrai plus tard sur l'École polytechnique. (Photos de gp).

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Notes:

  1. Je l’étais aussi, jusqu’à ce que des malotrus volent mes deux vélos, dont l’électrique de mes 70 balais, en grande partie financé par de généreux actionnaires. Je devais le signaler…
  2. La diaspora grecque (omogenia) représenterait quelque 6,5 millions de personnes sur les cinq continents et principalement au États-Unis (de 3 à 4 millions). Chicago, avec 300 000 Grecs est la troisième ville grecque du monde après Athènes et Salonique. Source : Bibliomonde. 
  3. Exarcheia la noire, au cœur de la Grèce qui résiste, de Yannis Youlountas, photos Maud Youlountas. Les Éditions Libertaires, 2013. Un film a également été réalisé par les mêmes auteurs.
  4. Z, le film de Costa Gavras aurait pu/dû se tourner à Exarcheia, mais la dictature des colonels l’en empêcha. Le tournage eut lieu à Alger qui, par son architecture, ressemble beaucoup à Athènes.

Athènes, carnet de voyage. 1) Tout une Histoire

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Athènes, 5 juin 2016. Pourquoi là ? Tout une histoire – personnelle. Et toute l’Histoire du monde – enfin cette partie qui remonte à l’Antiquité datée et à ce monde qui a serti la Méditerranée comme une perle précieuse, ce bijou appelé civilisation – bien qu'elle ne soit pas unique. Si on s’en souvient tant, après vingt-six siècles, c’est parce qu’ils avaient inventé l’alphabet – alpha, béta « Ils », ces Grecs lumineux à qui l’on doit l’irruption de la pensée pensante et donc critique, l’élévation de la conscience d’être au monde, et dans quel monde au juste ? Et naîtront ainsi le questionnement existentiel et l’amour de la sagesse, la philosophie, puis les sciences, les arts, l’histoire, la politique. Mais aussi la guerre ! Et enfin la démocratie, toujours recommencée…

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Trois tiers pour constituer une ville. Le quatrième pour l'immortaliser. [Ph. gp]

On s’en souvient car ils ont beaucoup écrit… Non pas qu’ils aient inventé l’écriture, elle venait des Sumériens, et peut-être même des Chinois si on remonte à la nuit des temps anciens. Mais les Perses, probablement, exportèrent cette invention fondatrice lors de leurs invasions barbares – barbare : qui parle une autre langue, ainsi que le rapporte Hérodote 1, le père de l’Histoire et même du journalisme.

Hérodote et Thucydide, inventeurs de l'histoire. Bustes du Musée archéologique de Naples. [d.r.]

Hérodote et Thucydide, inventeurs de l'histoire. Bustes du Musée archéologique de Naples. [d.r.]

Ses enquêtes autour de la Méditerranée délimitaient le monde connu. Il mesurait les distances en stades… (ce que perpétuent les journalistes actuels quand ils disent « grand comme trois terrains de foot ») et, au delà, en jours de marche ou de navigation à voile. Il découvrait le monde, alors si petit en apparence connue ; ce monde qu'il parcourait pour l'agrandir, ainsi qu'un Candide pré-voltairien.

Il faut aussi saluer Thucydide 2, continuateur d’Hérodote mais en reporter de guerre, celle du Péloponnèse. Pour dire bien vite que les écrits abondent, inscrivant ainsi l’histoire grecque et ses œuvres innombrables au Patrimoine de l’Humanité. Parmi ces illustres auteurs se distingue cependant un certain Socrate qui, lui, n’écrivait pas (en tout cas il n’a pas laissé d’écrit connu) ; il en chargeait ses disciples et l’un d’eux tout particulièrement : Platon.

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Les fondateurs de l'Académie des arts : Socrate et son élève, Platon. À l'arrière-plan, l'Université antique. [Ph. gp]

Socrate était un parleur, un vrai beau parleur, pas un baratineur. Entouré de ses élèves, il parlait, marchait, questionnait, prétendait qu’il ne savait rien. Moyennant quoi il éleva le doute au rang de la connaissance… Mais ce premier des sceptiques et des rationalistes, questionna tout autant les dieux – jusqu’à douter de leur existence. On ne lui pardonna pas. Et il but la ciguë – jusqu’à la lie.

Je ne vais surtout pas prétendre ici raconter l’histoire de la Grèce « des origines à nos jours »… Mais plutôt tenir un carnet de voyage, sur le mode impressionniste et « dérivant », au sens où Breton puis les situs appréhendaient la ville en y déambulant comme un esquif sans voile, allant au gré des courants sensoriels. Remarquez que ces lettrés, à l’occasion un peu prétentieux sinon pompeux, n’avaient rien inventé. Montaigne, quelques siècles avant eux, avaient pratiqué la chose sans besoin de la nommer :

« Moi, qui le plus souvent voyage pour mon plaisir, ne me guide pas si mal. S'il fait laid à droite, je prends à gauche, si je me trouve mal propre à monter à cheval, je m'arrête. [...] Ai-je laissé quelque chose à voir derrière moi ? j'y retourne. C'est toujours mon chemin. Je ne trace aucune ligne certaine ni droite, ni courbe. » 3

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Figurine de marbre de la collection cycladienne du Musée national d'archéologie (3000 ans avant notre ère) [P. gp]

C’est qu’on n’invente rien ! ou si peu. Depuis des millénaires – pour ne pas remonter au Déluge et au-delà… – que l’Homme s’est mis à penser, parler, créer, agir… il s’est beaucoup répété, a beaucoup copié et recopié, voire singé, en croyant innover. Les vraies inventions sont si rares, quelque fois accidentelles et, le plus souvent, formelles. Rares, même dans les arts ! Picasso et tant d’autres n’ont-ils pas « récupéré » les créations africaines, sculptures et masques rituels notamment. Ou bien n’ont-ils pas « pompé » ces sculptures de l’époque dite cycladienne 4, dont peut s’enorgueillir le splendide Musée archéologique d’Athènes ? [Galerie photo ci-dessous. Cliquer sur les vignettes pour les agrandir.]

Ce musée, j’y ai passé l’après-midi complet, jusqu’à éreintement. De la Culture grand C dans la splendeur totale et dans des conditions muséologiques exceptionnelles.. Des collections préhistoriques remontant jusqu’à sept millénaires « avant » ; puis des sculptures par milliers, de marbre ou de bronze ; des céramiques et des terres-cuites ; des bijoux en or ; des vases « à en loucher » aurait dit Brassens – si on me permet cet anachronisme sacrilège…

Qu’on se rassure, je ne vais pas écrire un énième guide gréco-savant. Plutôt tenter de vous embarquer dans ma dérive athénienne (et au-delà, on verra), toute subjective, mais tout de même ancrée au sol, attestée par des photos, relativement plus « objectives » certes. Voilà pour ce premier épisode.

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Notes:

  1. Auteur d’une grande œuvre historique, les Histoires, également appelée Les Enquêtes, Hérodote, est né vers 484 av. J.-C. à Halicarnasse en Grèce d'Asie mineure (Turquie actuelle), mort vers 420 av. J.-C.
  2. Homme politique et historien athénien, né vers 460 av. J.-C., mort, peut-être assassiné, entre 400 et 395. Dans sa quête de "la vérité", il a inventé la rigueur méthodique et aussi le recoupement des sources d'information.
  3. Essais III, 9 De la vanité.
  4. Des îles Cyclades. Objets datant d'environ 3000 ans avant notre ère.

Télévision. Collaro chez les ploucs, ou le mépris anthropologique

« Col­la­ro chez les ploucs ». Repor­ta­ge sur un cou­ple d’agriculteurs de Condé-sur-Seul­les, dans le Cal­va­dos. Lui a échoué au per­mis de condui­re. Elle est à la remor­que… Et Sté­pha­ne Col­la­ro – qui ser­re la main du mon­sieur mais pas cel­le de la dame… – d’y aller de sa déma­go­gie d’amuseur public et de son mépris des gens sim­ples de la cam­pa­gne. Alors, pour­quoi publier à nou­veau ? Par­ce que  ce mépris vaut anthro­po­lo­gie, tant pour les obser­vés que pour l’observateur. Sans nier que c’est quand même poi­lant, tout en témoi­gnant d’une épo­que et d’une for­me de télé­vi­sion (Anten­ne 2, émis­sion La Lor­gnet­te, 2 avril 1978. © Archi­ves Ina).

Dans un autre regis­tre, mais pro­che, revoyons cet autre mor­ceau d’anthologie : Dumayet et Des­grau­pes, Pier­re-s angu­lai­res du scoop rim­bal­dien 

Com­me quoi la « télé-réa­li­té », dès ses ori­gi­nes, c’est d’abord la réa­li­té de la télé.

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Ben oui : baisser le Smic ! (Faber)

© faber - 2016

 

 

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Pourquoi il serait bon de garder un peu de fuel

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André Brahic dans le cosmos

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[Ph. dr]

"C'est un feu d'artifice qui vous hypnotise" a-t-on pu dire de lui 1 :  astronome et astrophysicien, André Brahic est mort d'un cancer ce 15 mai à Paris, où il était né il y a 73 ans. Un grand bonhomme, comme on peut le dire avec familiarité pour exprimer admiration et sympathie. Je ne l’ai pas connu mais j’en ai eu l’impression, tant il me semblait proche à chacune de ses interventions à la radio – plus rarement à la télé. Son enthousiasme, son sens de la répartie, de l'humour et de l’improvisation dans ses explications cependant rigoureuses, étayées par un art de la métaphore… tout cela faisait d’André Brahic un remarquable vulgarisateur scientifique.

Passionné par le cosmos et ses mystères, étirant son insatiable curiosité entre le big-bang et l’infinité des mondes, il fut aussi le découvreur des anneaux de Neptune, dont il était un spécialiste, ainsi que de Saturne.

Il avait aussi participé à la mission Cassini, dont la sonde du même nom fut lancée le 15 octobre 1997 en direction de Saturne pour arriver aux alentours du 1er juillet 2004. La mission, initialement prévue pour une durée de quatre ans, a été prolongée jusqu'en 2019, compte tenu de la richesse des premières observations. Ainsi André Brahic devait-il être membre de la communauté Cassini jusqu'en 2021, mission qu’il ne pourra honorer. Son nom a été donné à un astéroïde.

Comme tous les épris de connaissance, il savait questionner l'inconnu avec philosophie. Ainsi cette idée selon laquelle les mythes sont nécessaires aux hommes : ils leur permettent de se solidariser, de se sentir ensemble… Jusqu’à se faire la guerre !

André Brahic est notamment l'auteur de livres comme Enfants du Soleil et De Feu et de glace (Éd. Odile Jacob).

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Notes:

  1. "André Brahic, superstar !", La Marche des sciences, d'Aurélie Luneau, France Culture, octobre 2014.

BD de comptoir, par Faber

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© Faber 2016

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  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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